Aujourd'hui j'ai décidé de poster deux chapitre, le 5 étant assez court . Oh et si il y a quelques problèmes au niveau de la présentation des chapitres ( à partir du précédent ) c'est que je ne peux plus rentrer sur le site internet de fanfiction, je ne peux utiliser que l'appli et pour l'instant je n'ai pas encore trouvé comment la faire fonctionner comme le site .

CHAPITRE 6

[quelques jours plus tard ]

Le bruit des machines se fait entendre, de la sciure de bois virevoltant dans l'air et se déposant dans les cheveux des travailleurs.

Castiel roule des épaules, engourdi par sa position inconfortable. Un dernier coup de ponceuse et il lève la crosse de pistolet à la hauteur de ses yeux pour voir le résultat final de son travail. Encore plein de sciure, il souffle dessus et passe son doigt le long des rainures du bois à la recherche d'échardes encore existantes. Aie ! C'est bon, il en a trouvé une autre.

Il soupire, agacé, et repose son ouvrage sur la table métallique avant d'attraper une pince pour enlever l'écharde de son doigt où une goutte de sang commence à perler. Elle coule le long de son index et tombe sur la crosse en bois clair, y laissant une tâche foncée. Ça va être ma marque de fabrique cette tâche si je continue à me prendre tout le temps des échardes dans les doigts moi. Il suce distraitement son doigt en regardant aux alentours à la recherche de son ami.

Il se trouve à une dizaine de mètres sur sa gauche, sur la même longue table que lui mais sur le banc d'en face. Bien sûr, à l'inverse de Castiel, il ne glande rien, il est en train de sculpter un ours dans le bois destiné à la crosse d'un fusil. Il est le seul à ne pas travailler, tout le monde plongé dans son ouvrage avec plus ou moins d'enthousiasme, c'est normal ils sont quand même en train de construire une partie des armes qui servira peut-être à tuer leur famille. Mais bon, à ça Castiel n'y pense pas.

Faire ce travail lui occupe l'esprit et finir ou ne pas finir cette putain de crosse ne changera rien à ce qu'il se passe hors de ce camp. Donc il le fait. Du mieux qu'il le peut, les plus belles crosses possible. Simples, mais lisses, aux dimensions parfaites comme s'il les faisait pour sa patrie. Mais ces tâches de sang sur chaque crosse qu'il a fait prouve que ce n'est pas pour son pays.

Le caporal lève subitement la tête, Balthazar vient de pousser un cri de satisfaction. Il a fini l'ours. Il l'agite en direction de Castiel et le repose à côté de son paquebot et de ses petits anges à son effigie et celle du caporal. Vraiment étrange ce type quand même. Castiel secoue la tête en souriant et cherche les gardes du regard.

Une dizaine. Quelques Allemands. Les autres étant principalement des Français. Si facile de sortir de ce block si je le voulais. Me glisser discrètement entre les machines, assommer le garde qui se trouve dans l'ombre à l'écart pour lui piquer son arme, tirer sur tous les gardes de la salle. Puis courir vers la sortie, à mes risques et périls. Du suicide peut-être, de l'inconscience. Mais au moins je tenterais quelque chose. Je ne vais quand même pas attendre que Gabriel vienne me chercher ! Je sais qu'il va venir, mais qu'est ce qu'il fout bon sang ! Castiel donne un violent coup de poing contre la table, faisant sursauter ses voisins et réveiller les gardes les plus proche.

Balthazar le fixe d'un air surpris. Castiel n'y prend pas attention. Pourquoi ! Pourquoi t'essayes pas de te barrer crétin ! T'es pas caporal-chef pour des prunes ! Tu sais te sortir de putain de situations ! Tu sais que tu pourrais compter sur Balthazar en plus pour t'aider à sortir, et plusieurs autres prisonniers. Donc pourquoi restes-tu ici, les bras croisés ? T'attends quoi mon pote ? Ou plutôt, tu attends qui… ? Une sirène retentit et coupe Castiel de ses mauvaises réflexions qui à chaque fois le font angoisser. Même s'il le voulait et qu'il le tentait, il ne pourrait pas sortir d'ici, même en étant mort. Ce camp est bien plus surveillé que ce qu'il n'y paraît.

En entendant la sirène, tout le monde se lève dans la précipitation à l'exception de notre penseur et son ami sculpteur qui finit patiemment les deux petites silhouettes enlacées qu'il place à la proue de son paquebot qu'il a nommé Titanic. À se demander pourquoi il a choisi ce bateau.

Une fois les personnages installés, il met ses sculptures dans la poche de son pantalon et se lève rapidement, vite suivit de Castiel. Une deuxième sonnerie agresse l'air, les deux compères accélèrent, les rangers de Castiel semblant à peine toucher le sol.

Au loin, ils voient Dean et ses SS de dos, un sourire traverse leur visage et il finissent en dérapage près des autres prisonniers déjà raides comme des piquets sur l'Appelplatz à l'attente de l'appel.

- Je suis arrivé le premier.

- Tu arrives toujours le premier Castiel. Pourtant je croyais pouvoir gagner aujourd'hui vu comment tu es enrubanné de bandages. Tu guéris plus vite que ce que je pensais. Mais ne t'en fais pas, la prochaine fois, c'est moi qui gagne, coûte que coûte.

Les deux amis se tapent dans la main et se redressent, plaçant un air neutre sur leur visage, calmant leur respiration. L'alarme s'est tue, le jeu est fini si on ne veut pas recevoir de sanction. À chaque fois que l'appel sonne et qu'ils sont à l'usine, les deux font exprès de partir assez tard pour devoir courir jusqu'à la place d'appel et leur but est d'arriver pile avant la fin de la deuxième sonnerie. Ils ne sont jamais arrivés en retard pour l'instant. Un simple petit jeu qui leur montre que même ici on peut faire des idioties si on fait attention, un petit moment de complicité.

- 145611 !

- Ja !

- 145678 !

- Ja !

- 21143 !...

Et ça continue comme ça, pendant au moins une heure. Sam s'occupe de faire l'appel, les chiffres appelés et n'ayant pas reçu de oui de présence barrés sur la liste prévue à cet effet par le Blockfürher. Sûrement mort, peut-être caché agonisant quelque part. Des futurs morts tout du moins. Toute personne barrée de cette liste sera tuée si elle est retrouvée vivante. Justement, il manque certains des anciens kapos. Quelques prisonniers s'écroulent avant la fin de l'appel, trop difficile pour eux de tenir debout au garde à vous aussi longtemps, sans oublier les gardes passant derrière eux.

Un petit coup de cravache entre les omoplates, un coup de pied derrière le genou. Bien sûr, rien n'est dit. Si un prisonnier s'écroule à cause d'un coup, c'est trop tard pour lui. Il rejoindra la fosse. Il ne faut pas oublier où ils se trouvent.

Mais à l'inverse des autres camps, il y a une différence avec les enfants. Ils sont sous la protection du kommandant Winchester. Personne n'a le droit de toucher à un seul de leurs cheveux sans avoir affaire à lui. Pourquoi ? Ça, il n'y a que lui qui le sait, même Sam n'en connaît pas réellement la raison même s'il l'approuve totalement. Les enfants du camp ne sont tout de même pas très nombreux, une dizaine tout au plus, et il se tiennent près des adultes au garde à vous aussi. Mais aucun coup de la part des SS ne pleut de leur côté.

Dean surveille du coin de ses yeux acérés. Balthazar retient un juron, un coup de pied l'ayant frappé derrière les genoux. Castiel le rattrape et le redresse rapidement tout en tenant toujours son bras le temps que le SS s'éloigne, le transperçant de son regard plein de poison pour cette pourriture.

Car lui, s'en est un. Certains de ces SS ne le sont pas ou pas totalement. Ils sont ici car ils n'ont pas eu le choix. Obligés d'adhérer au parti nazi, jeunes, envie d'être reconnus, d'avoir cette aventure qu'on leur a promis, cette gloire. Hop ! Envoyés dans la garde d'un camp. Il ne faut pas tous les placer dans le même panier, Castiel le sait, mais c'est difficile. Difficile de ne pas réfléchir toutes les minutes à comment se débarrasser de ce garde, comment le faire souffrir seulement à cause de son poste.

Le soldat parti, Castiel jette un regard à son ami qui le remercie et fixe l'endroit où se trouve Dean. Le chef a le regard fixé sur lui, tous les autres sont plongés dans leur comptage et recomptage. Personne n'a vu que Castiel n'était pas en position. Un sourire mystérieux arrive sur les lèvres du brun qui détourne le regard pour se concentrer de nouveau sur ce que dit son frère.

Si ce n'était pas Castiel, le prisonnier aurait au moins fini avec un petit tour de dix minutes chez Alastair ou frappé par les SS. Subitement, une goutte s'écrase sur le nez de Castiel puis une autre et encore une autre. Une petite pluie commence à tomber, la journée s'annonce éprouvante.

Après la fin de l'appel, Dean s'avance devant les prisonniers et annonce le changement de kapos alors que le précédent changement ne date que de quelques jours. Un frisson parcourt lesdits Kapos et les prisonniers se mettent à piétiner sur place, prêts à aller demander des comptes aux kapos qui leur ont fait mordre la poussière.

C'est quelque chose que Dean aime bien faire, le changement de kapos. Après en avoir congédié quelques uns et désigné d'autres, il observe les prisonniers emmener discrètement l'ancien kapo derrière les baraquements pour bien se venger de tous les coups de pieds, regards de haut et crachats qu'ils se sont pris.

Souvent, Dean envoie un garde une trentaine de minutes plus tard, lorsqu'il est sûr que le gars est mort ou mourant, et il envoie le cadavre à Alastair pour qu'il étudie les blessures qui ont été mortelles et tout le tralala de la médecine sur comment il est mort, en combien de temps, la résistance aux blessures etc.

Notre commandant a toujours cette curiosité maladive sur les réactions, comportement humains. Quelqu'un de haut placé t'en as fait baver, il est renvoyé au même niveau que toi, et bien quoi de mieux que de se venger en se salissant les mains. Plutôt que de faire croire qu'il a fait une erreur à l'usine, le pousser pour qu'il tombe pendant l'appel ou l'enfermer pour qu'il n'y soit pas. Les humains sont vraiment d'étranges choses. Dix prisonniers s'avancent d'un pas pour se découper de la ligne. C'est les kapos de départ.

- Meg, Uriel, Aaron, Nicolaï, Ava et Hester, vous gardez votre poste…Neel… Dean claque de la langue, agacé. J'ai dit Nicolaï et Ava, pas Pierce et Sarah ! J'en reviens pas. Vous n'ayez pas mémorisé les prénoms que je vous ai donné ? Que des bons à rien dans ce camp, merde ! Si c'est ça, je vous enlève tous les quatre, vous apprendrez à mémoriser vos prénoms la prochaine fois. Quoique je doute qu'il y ait une prochaine fois. Donc je reprends. Je garde Meg, C'est bon tu t'es reconnue ? Uriel, Aaron, Hester. En nouveau je prends donc toi, toi, toi, toi, toi et toi . Dans l'ordre vous vous appellerai …Mhh… Naomi, Lize, Cayden, Byron, Adam et Paul on va dire. Vous avez intérêt à avoir mémorisé, je ne répèterai pas.

Dean tape dans ses mains et sourit en fixant chaque personne à tour de rôle. Un frisson traverse l'assistance au fur et à mesure de l'avancée de son regard.

Le vert s'ancre au bleu, quelques secondes de trop, un regard trop insistant de la part des deux. L'un, amusé, l'autre, effronté. Sam fixe son frère, surpris du temps qu'il reste à fixer notre caporal yankee. Clignement des yeux, on passe aux autres prisonniers.

- Maintenant vous pouvez regagner l'espace de vos blocks, ça va être l'heure du repas. Rompez !

Tout le monde se détend et s'éloigne lentement de l'appelplatz en continuant de jeter quelques coups d'œil à l'escouade de SS située dans leur dos. Difficile de ne pas être inquiet face à eux quand on sait qu'ils tiennent des fusils mitrailleurs.

Dean enfonce sa casquette sur sa tête, les fines gouttes de pluie transperçant ses vêtements alors qu'il reste planté au milieu de la place. Tout le monde est parti, il a congédié les prisonniers et les SS en même temps, les gardes emmenant les kapos avec eux pour faire un topo aux petits nouveaux qui de toutes manières, ne resteront sûrement pas longtemps.

Un léger sourire amusé s'esquisse sur son visage en se remémorant la course de Castiel et le type aux sculptures là, Balthazar ? Oui ça doit être ça. Ancien soldat français qui avait préféré se retirer de la guerre que faisait ses frères de cœur, ayant préféré ouvrir un bar de contrebande dans la zone occupée par les Nazis. A été dénoncé par des voisins. Un drôle de numéro celui-là.

Donc comme Dean disait, à chaque fois, il voit ces deux-là courir vers l'appelplatz, arriver pile à la fin de la deuxième sonnerie. Une sorte de jeu entre eux. Et Dean s'amuse à parier avec lui-même, ou quelques fois avec Sam, sur qui va arriver en premier.

C'est toujours Castiel bien sûr, donc Sam a arrêté de parier, il perdait tout le temps. Mais il avait tenté aujourd'hui, pensant que Novak aurait du mal à courir avec toutes ses blessures. Seulement il avait encore perdu.

Au tout début, quelques gardes avaient vu le manège du français et de son compère est s'étaient dirigés vers eux pour les réprimander et en même temps, sûrement se défouler un peu. Mais leur commandant leur avaient depuis ce jour ordonné d'ignorer cette incartade faite par les deux prisonniers. Autant qu'ils s'amusent un peu, ça permet qu'ils ne cherchent pas vraiment à s'évader. Je n'aimerais pas trop devoir leur tirer dans le dos. Ça amuse le commandant de voir à quel point les deux n'ont pas remarqué que Dean les observe toujours à ce moment là, même s'il leur tourne le dos.

Une sonnerie traverse l'air, c'est le bruit pour les repas. Le kommandant frotte ses mains l'une contre l'autre et se dirige d'un pas assuré vers les blocks pour surveiller avec ses hommes l'heure du repas et jeter un coup d'œil à l'état des enfants, histoire de voir s'ils ne sont pas trop fatigués par tout ce temps passé au garde à vous. Pour certains, il y a peut-être même un membre de leur famille dans les nouveaux kapos.

Ja : oui

Blockfürher : l'assistant du schutzhaftlagerfürher, s'occupe de la supervision du maintien de l'ordre dans les baraquements.

J'espère que le chapitre vous a plu, à dimanche prochain ! :)