Chapitre 6
Dans la tête d'Altaïr, les choses étaient très simples. Il savait qu'il agaçait ouvertement Malik en venant quasi tous les jours au Bureau. Il était également persuadé que celui-ci s'était foutu de sa gueule avec cette histoire de double. Il avait donc décidé de venir à l'improviste durant un mois entier juste pour emmerder le noiraud. C'est donc pour cette raison qu'il entra comme à son habitude dans le Bureau en saluant.
- Paix et sérénité, Malik.
Mais rien, même pas ses longues années d'entrainement, n'aurait pu le prévenir de la scène qu'il avait sous les yeux. Malik qui était alors en train d'embrasser Desmond sursauta violemment et se retourna. Altaïr aurait ouvertement jubilé d'avoir pris par surprise le maitre du Bureau si son attention n'était pas entièrement tournée vers l'homme derrière. Les yeux exorbités, l'assassin avisait le fameux jeune homme qui lui ressemblait effectivement comme deux goutes d'eau. Les joues encore rouges du baiser devinrent plus pâles que la mort lorsque Desmond croisa son regard. Putain… il était mort…
Malik fut le premier à se ressaisir et se plaça devant Desmond.
- Paix et sérénité, Altaïr, dit-il d'un ton lent et menaçant.
Il allait sérieusement buter ce maudit novice.
Un frisson d'horreur parcouru Desmond lorsqu'il perçut le bruit métallique de la lame secrète d'Altaïr. Celui-ci s'était mis en position de défense, son regard de faucon scannant sous tous les angles l'étranger en face de lui. Les doigts de sa main droite se serraient convulsivement en poing puis se desserraient dans une tentative de se calmer. Malik n'avait pas menti, le garçon lui ressemblait énormément, jusqu'à la cicatrice qu'il portait à la lèvre. Altaïr sentait un énorme malaise à la vue de cet homme, comme s'il n'était pas normal qu'il existe. Qui était-il ? Pourquoi lui ressemblait-il autant ? Est-ce que son existence était une menace pour lui ? Son corps, prêt à l'attaque, semblait tout à fait disposé à faire disparaître l'individu douteux. Mais sa tête savait qu'il n'avait objectivement rien contre l'homme. De plus, il avait parfaitement enregistré la menace dans le ton du maître du Bureau.
Les yeux d'Altaïr glissèrent alors vers Malik. Les deux hommes se mesurèrent longuement du regard. Le maître du Bureau avait la main sur le pommeau de son poignard, prêt à contrer en cas d'attaque. Desmond sentait la terrible tension entre les deux assassins. La situation était pour lui totalement délirante. Premièrement, il venait de se faire embrasser par Malik ! Et deuxièmement, le noiraud et Altaïr étaient à deux doigts de se sauter à la gorge à cause de lui ! Mais il était dans l'Animus putain ! Ce genre de mémoire n'existait pas ! IL n'existait pas ! Où alors sans qu'il ne s'en rendre compte il avait perdu la boule et son corps était actuellement en train de se baver dessus dans le vrai monde… Cette pensée le fit frissonner. Mais il fut bien vite ramené à la situation actuelle. Altaïr venait de se redresser, même s'il était encore très rigide, quittant ainsi sa position menaçante.
- Pourquoi le protèges-tu ?
Le ton de l'assassin était terriblement froid.
- Parce qu'il ne mérite pas de mourir, et tu le sais, répondit calmement Malik.
- Que sais-tu de lui ? Il pourrait très bien être un espion des templiers…
- J'avoue ne pas savoir grand-chose sur lui. Cependant, après l'avoir observé durant un mois je peux t'affirmer qu'il ne travaille pas pour les templiers.
- Quelles preuves as-tu ?
- Mon observation et mon intuition.
- Ne crois-tu pas que tes sentiments biaisent ton opinion ? Ne pense pas que je n'ai pas vu ce que tu faisais avec lui. Les relations entre hommes sont prohibées !
Altaïr jeta un regard dur à Desmond qui rougit furieusement à la mention du baiser et baissa la tête. Sûr de son argument, l'assassin comptait bien faire pencher la balance en sa faveur.
- Voyez-vous ça, répondit Malik calmement. Veux-tu que l'on parle de Kadar ?
L'assassin pâlit et perdu de sa superbe, Malik savait…
- Je ne vois pas de quoi tu parles, répliqua-t-il difficilement.
- Tu te permets de critiquer mes relations mais Kadar m'avait parlé de vous deux. Mon propre frère, Altaïr. Mais je n'ai rien dit, car il t'aimait.
- Je… ce n'est pas… bredouilla Altaïr.
- Oserais-tu affirmer que Kadar m'avait menti ? demanda Malik en plissant les yeux.
Altaïr baissa la tête en la secouant.
- Dans ce cas, je ne pense pas que tu aies quoi que ce soit à redire sur mes relations, conclue Malik.
Malik avait raison, il était bien mal placé pour critiquer. Cela faisait des années que Kadar était mort. Il était à présent marié et avait un enfant mais il n'avait pas oublié le jeune homme. Altaïr se sentit honteux.
Il tourna alors son attention vers le brun.
- Quel est ton nom ?
- Desmond, répondit celui-ci prudemment.
- Desmond… très bien. Alors écoute-moi bien Desmond. Je ne sais rien de toi et ton apparence est beaucoup trop proche de la mienne pour être innocente. Je ne te fais donc absolument pas confiance. Mais tu as d'une manière ou d'une autre obtenu celle de Malik.
"Sûrement par tes charmes" ajouta Altaïr plus doucement. Le commentaire arracha un sourire au maître du Bureau.
- Par conséquent, continua-t-il, je ne tenterais rien contre toi. Mais tiens-le-toi pour dit, si je trouve quoi que ce soit qui te rend suspect, je fondrais sur toi pour te tuer.
Desmond hocha la tête. Il relâcha alors le souffle qu'il avait inconsciemment bloqué durant l'échange. Son cœur battait à cent à l'heure, il était tellement sûr qu'Altaïr allait le tuer quelques minutes auparavant. Malik avait tout son respect pour être parvenu à calmer l'assassin.
Sous le regard insistant du maître du Bureau, Altaïr tendit, réticent, la main vers Desmond pour la lui serrer. Le jeune homme s'approcha. Et tout bascula. Une douleur terrible lui explosa le crâne.
JE L'AI TROUVÉ !
Desmond tomba à genoux en hurlant de douleur. La voix de Rebecca résonnait dans tout son être. S'agrippant la tête à deux mains, le brun gémit.
- Stop… Rebecca…
- Desmond !
Malik s'était précipité vers lui pour l'aider.
- Desmond ! Qu'est-ce qui se passe ?!
ON TE SORT DE LA TOUT DE SUITE, DESMOND.
- Non… Lucy attend… pas maintenant…
Un crissement terrible vrilla les tympans de Desmond qui hurla à nouveau. Malik tentait de lui parler mais il n'entendait rien. Sa vision se brouillait. Il ne savait pas si c'était lui qui sombrait dans l'inconscience ou si c'était le monde lui-même qui s'effaçait. Mais lorsque les ténèbres l'envahirent, le silence se fit enfin.
