18 heures. C'était l'heure à laquelle elle finissait le lundi et le vendredi dû à son club de théâtre. Elle avait dû insister un peu auprès de sa mère pour pouvoir y entrer, cette dernière avait peur que sa fille ne se fasse mal ou emmener par un pervers on ne savait trop où. Pourquoi ? En hiver, il fait noir assez tôt. Ce pourquoi elle avait tant peur pour sa fille aînée. Mais elle rentrait toujours dans les alentours de 18 heures 30, donc il n'y avait rien à craindre.

La brune arpentait actuellement les couloirs du bâtiment B, celui des lycéens. En temps normal, ils seraient bombés de gens. Mais à cette heure-ci, personne ne rôdait dans l'établissement. Elle les traversait comme à son habitude, calmement, ses pas résonnaient légèrement entre les murs. Elle poussa une porte. Puis deux. Et elle arriva enfin devant la porte de sortie, elle se demandait toujours pourquoi avoir installé autant de portes dans un seul hall... Elle replaça une dernière fois son écharpe correctement autour de son cou, ainsi que son bonnet sur sa tête. Elle vérifia une énième fois si son manteau était correctement fermé, puis poussa la troisième porte qui grinçait toujours. Quand allaient-ils enfin la réparer ? Le matin c'était presque insupportable.

Aussitôt l'énorme porte métallique ouverte, le froid hivernal se plaqua contre ses pauvres joues qui n'avaient rien demandées d'autre que d'être au chaud. Mais malheureusement son écharpe ne couvrait que le bas de son visage, juste au-dessus de ses lèvres et un peu en dessous de la limite de son nez. Mais elle ne chercha pas plus et s'avança dans les rues alors que la neige s'était mise à tomber. Cette dernière venait se poser avec toute la douceur qu'il puisse exister sur cette planète, sur les vêtements de la métisse. Elle se mêlait également dans ses longs cheveux bruns, fondant aussi vite qu'elle avait atterris, dans la seconde même. Elle s'arrêta à un feu rouge, malgré qu'il le fait qu'il n'y avait pas de voitures, on ne savait jamais. Un accident était vite arrivé et Camila n'était pas la plus chanceuse de ce monde, et elle le savait très bien. Elle préférait donc attendre, patiemment... Puis traverser quand le feu passait au vert.

De l'autre côté du trottoir elle put remarquer facilement qu'il y avait du verglas au sol. Mais elle avait la flemme de contourner les plaques gelées et ses genoux commençaient à lui faire mal. Elle n'avait pas envie de perdre du temps avec des choses aussi futiles, elle ferait attention et puis c'est tout. Ses parents l'auraient sans aucun doute engueuler s'ils la voyaient faire ça, passer sur du glaçon... Elle faillit rire, mais au loin elle put entendre un chien aboyait. Oh... Pas un gros chien, un petit chien. Les rues étaient calmes et c'était facile d'entendre un aboiement quand la ville n'avait pas de moteurs ambulant à chaque coin de rues. Cependant, ça l'avait distraite. Un peu trop distraite. Quand elle avait posé son pied, ce dernier avait décidé de glisser et, n'ayant rien pour se rattraper elle finit par se retrouver à embrasser le sol. Enfin pas vraiment... Ses genoux avaient embrassé l'énorme flaque d'eau transformée en glace. Ils l'avaient percuté, plutôt violemment. Ses mains s'étaient posées au sol par réflexe et maintenant elle ressentait une sensation de brûlure sur ces dernières. Une grimace avait pris place sur le joli minois de la lycéenne qui retenait ses larmes.

Hier, elle avait glissé à cause du carrelage mouillé dans la cuisine, sa mère ne l'avait pas prévenue et elle s'était vite retrouvée la figure par terre. Un peu dans la même position qu'à présent... Le pire était que le docteur allait l'examiner une fois qu'elle serait rentrée et dirait encore une fois la même chose... Que ses genoux s'abîmaient de plus en plus de jours en jours... Elle soupira, longuement, elle avait avec difficulté ravalé ses larmes. Elle se releva, doucement, les jambes tremblantes sous l'effet de la douleur et le froid n'arrangeait en rien sa situation déjà... Complexe...

Finalement, elle était parvenue jusque devant sa porte tant bien que mal et en boitant. Franchement, si un inconnu l'aurait rattrapé elle l'aurait peut-être serré dans ses bras pour le remercier... Mais avec sa chance actuellement à Hawaï, c'était loin d'arriver. Elle prit une grande aspiration avant d'entrer chez elle, elle baissa la clinche un peu trop froide à son goût et entra dans la petite demeure. La chaleur qui y était la réchauffa en moins de trente secondes, elle aurait bien profité, mais son pantalon était légèrement mouillé au niveau de ses genoux dû à sa précédente chute. Et elle n'avait même pas eu le temps d'enlever tout ce surplus de vêtement que sa mère était déjà sur son dos, l'examinant dans les moindres détails. Camila se mordit la lèvre inférieure, sa mère venait de froncer les sourcils... Elle allait se faire passer un savon.

«Tu es tombé ? Comment ? Où ? Sur quoi ?» les questions étaient simples, mais la brune préférait retiré son écharpe, son bonnet et son manteau avant de répondre.

«J'ai glissé.» répondu-t-elle simplement, avec une voix plutôt faible, ravalant un sanglot. La douleur commençait à être insupportable. «Je peux aller m'asseoir ?»

Sans broncher sa génitrice la laissa aller s'installer dans le fauteuil du salon, près du radiateur. Sofia, sa petite sœur, vint la voir avec un regard un peu inquiet. Elle n'avait peut-être que huit ans, mais comprenait bien la situation. Elle savait que sa grande sœur n'était pas bien. Et pour la réconforter, elle s'installa auprès d'elle, lui offrant une douce étreinte avec ses petits bras. Ce simple geste suffit à la métisse pour la faire sourire tendrement, c'était de ça dont elle avait besoin. De tendresse, d'attention, de "Comment ça va ? Tu n'as pas trop mal ?" et non d'une énième foutue leçon de morale. Mais ça, sa mère ne semblait pas vouloir le comprendre. Donc oui, heureusement que sa petite sœur adorée était là.

«Camila, sur quoi es-tu tombé ?» insista la plus âgée, les bras croisés et toujours avec cette expression dure sur le visage.

«Je te l'ai dit maman, j'ai glissé, sur une plaque de verglas. Rien de bien grave...»

Si, elle savait que c'était grave, elle essayait juste de se convaincre du contraire. De se dire que la douleur, ce n'était que là-haut dans sa tête. Puis elle posa doucement sa main sur la bouche de sa cadette qui allait prendre la parole, sans doute pour la défendre, mais elle préférait se faire engueuler à sa place. Si elle aurait contourner cette flaque, elle ne serait pas tombée c'est tout. C'était de sa faute, il fallait qu'elle assume les conséquences.

«Combien de fois t'ai-je dis de contourner ça ? Si tu continues, tu ne vas plus aller en cour, tu auras des cours à domicile et»

«Non.» la coupa donc la concernée, ce qui surpris même sa mère. «Les cours à domicile, ça a un coût. Je préfère me briser les genoux que de devoir te laisser payer des cours que je peux avoir gratuitement au lycée.» continua-t-elle avant que la porte d'entrer ne s'ouvre.

Le docteur de la famille apparut alors juste après, suivis du père de la patiente qui avait retiré sa main des lèvres de sa petite sœur. Sa mère avait de nouveau froncé les sourcils. Mais d'un côté, sa fille avait raison. Les cours particuliers n'étaient pas gratuits... Elle s'éclipsa silencieusement dans la cuisine pour préparer de quoi réchauffer tout le monde correctement. Quant au médecin, il s'approcha de Camila qui en ce moment, ne faisait que le dévisageait. Ce dernier ne faisait que lui répéter la même chose, elle avait compris, elle n'avait plus 10 ans. Mais 19. Elle était assez grande pour comprendre toute seule ce qui n'allait pas.

«Tu es apparemment tombé sur le chemin du retour.» constata l'homme assez âgé, en voyant l'état du pantalon de la pseudo-adulte. «Sur une échelle de 1 à 10, où classes-tu la douleur ?»

Camila réfléchit. 10 c'était peut-être abusé, elle n'avait pas encore mal à ce point, mais 1, ce serait mentir ouvertement. 5, ce n'était pas suffisant... Elle ne dirait pas 6 non plus. Mais peut-être 7 ou 8. C'était plus convenable.

«7, voir peut-être 8.»

Il acquiesça de façon silencieuse puis le rituel débuta. La brune monta dans sa chambre non sans grimacer, pour se changer et enfiler un short. Face au miroir, elle put constater que ses deux genoux viraient vers le bleu violacé... Pas très beau à voir. Mais c'était ce qu'il lui arrivait quand elle chutait ici ou là, peu importe la composition du sol. Bitume, moquette, carrelage, ou encore même de la glace... Si elle tombait, c'était fini. En ce moment elle remerciait son allergie au chlore, au moins elle n'avait pas à aller à la piscine et exposer ses bleus. Les gens pourraient croire qu'elle était une enfant battue et la regarderait encore avec pitié. Elle n'en avait pas besoin de cette pitié.

Après de longues minutes d'absence total, elle cligna des yeux. Ces derniers étaient devenus, pendant un court instant, vide d'expression total. Sa tête se secoua de droite à gauche pour reprendre ses esprits avant qu'elle ne redescende alors qu'elle n'avait qu'une seule envie: Aller dormir. Dormir pour tenter d'oublier cette douleur presque devenue insupportable dû aux marches d'escaliers qu'elle devait monter et descendre, dû aux pas qu'elle exécutait difficilement pour rejoindre le salon et s'installer une nouvelle fois dans le fauteuil auprès de sa petite sœur qui la regardait toujours avec cette pointe d'inquiétude.

«Faite vite s'il vous plaît, j'aimerais rejoindre mon lit.»

«J'aimerais beaucoup Camila, mais tes genoux sont plutôt bien»

«Bleus. Je sais, ils sont bleus, voir même violet mais ça ne change pas de d'habitude. Ils ne vont plus m'être utile dans deux ans, pourquoi continuez-vous de m'examiner ? Je sais déjà ce que j'ai, et vous voir ne fait que me le rappeler.»

Le regard de son père l'incita à se taire, à ne pas en rajouter plus. La métisse roula des yeux en croisant les bras. Ces auscultations ne servaient à rien et pourtant elle devait les subir tous les jours. Du lundi au dimanche. Ce docteur commençait à sévèrement lui taper sur le système. Les seules rares fois où elle l'avait apprécié, c'était quand il lui parlait de sa fille. Comme quoi cette dernière voulait entrer au FBI. Elle lui avait demandée pourquoi, mais il n'avait jamais répondu. Il lui avait simplement dit "Pose lui la question directement." Mais elle ne la connaissait même pas, et elle n'avait pas cherché à la connaître plus que ça. Elle se souvenait juste qu'elle avait dans la vingtaine. Voir peut-être juste 20 ans...

Plus tard dans la soirée, la porte sonna sans que personne n'y fasse réellement attention. Camila qui était au bas des escaliers décida d'aller ouvrir, de toute façon les adultes discutaient et Sofia s'était endormie. Elle espérait juste que ce ne soit pas ces stupides voisins qui puaient la joie de vivre à des kilomètres... Elle ouvrit donc. Sur le coup, elle eut comme un "bug mental". Son docteur avait bien dit que sa fille allait peut-être passer pour le rejoindre et aidé son père, mais jamais oh grand jamais elle n'aurait pensé l'avoir déjà rencontré au moins une fois dans sa piètre vie ennuyante et malchanceuse.

Et c'était apparemment le même bug chez la jeune femme puisqu'elle ne bougeait pas. C'était plutôt drôle à voir. Mais le froid lui rappelait qu'il fallait déjà qu'elle la fasse entrer et ensuite, qu'elle refermait parce que l'hiver était encore là. De ce fait elle se recula et la laissa passer.

«Je ne pensais tomber sur toi au début, mais sur une parfaite inconnue que je n'avais jamais rencontrée de ma vie.» le blanc fut donc rompu par la nouvelle arrivante qui souriait pleinement. «J'espère que tu es arrivé à l'heure ce matin ?»

«Je...» voilà, son manque de dialogue se faisait ressentir dès qu'elle devait entamer une vraie conversation avec quelqu'un. «Oui... Merci de m'avoir réveillé...»

La blonde lui offrit un radieux sourire avant de baisser son regard sur les genoux de la plus jeune, elle fit une grimace qui n'échappa pas au regard noisette qui ne l'avait pas quitté des yeux.

«Je... Je suis tombée en rentrant des cours... Rien de bien grave...»

Elle espérait juste que ça passe et, que du coup, son père ne lui ait pas parlé de ses problèmes de santé. Mais apparemment la jeune étudiante semblait être au courant puisqu'elle esquissa un petit sourire en venant tapoter l'épaule de la brune qui cherchait une once de pitié dans le regard brun de la jeune femme. Mais rien. Absolument rien. Ce qui la surpris assez fortement, habituellement quand les gens apprenaient ils se mettaient immédiatement à avoir de la peine pour elle alors que là non.

«Tu ferais mieux d'aller te reposer, ce n'est pas très bon pour toi de rester debout trop longtemps.» elle regarda Camila puis les escaliers juste derrière elles. «Je vais t'accompagner jusque là-haut, on ne sait jamais.»

Ça devait bien être la première fois depuis longtemps que quelqu'un était aussi attentionné avec elle, quelqu'un qui s'inquiétait vraiment et qui la regardait comme une personne "normale", qui ne l'agressait pas pour lui dire d'aller dormir, de ne pas rester debout trop longtemps, qui l'accompagnait au cas où elle chuterait à cause des marches d'escalier... Cette fille, elle ne la connaissait pas, mais elle l'aimait. Tout simplement.

J'aime me stopper comme une fourbe.

Nan en vrai, il se passe rien d'extra pour l'instant, Lauren n'est pas dans ce chapitre (par contre son clébard oui-) Hum. Mais elle va venir vous en faite pas. Je prends mon temps écoutez, j'aime prendre mon temps pour bien "organiser" l'histoire et les relations entre les filles. Et oui, la fille du médecin n'est autre que Ally. Et oui, elle veut entrer au FBI. Je la vois bien au FBI.

Du coup le prochain chapitre je pense qu'il sera centré sur l'évolution de l'amitié entre Ally et Camila.

Voilà.