Le séjour de la brune à l'hôpital n'était pas l'un des meilleurs qu'elle avait passé. Elle en avait passé de bien meilleur où elle venait pour faire une radio et repartait aussi vite. En l'occurrence celui-ci était insupportable. La nuit elle se réveillait souvent à cause des douleurs qu'elle ressentait, quand ce n'était pas ça c'était les médecins. Autant dire qu'elle dormait particulièrement mal. La journée elle avait les visites de ses amies et sa famille, c'était bien la seule choses de positive qu'elle pouvait en retirer. Les médecins lui avaient également fait un petit rapport sur les différentes blessures qu'elle avait sur le corps et, évidemment, elle n'avait pas été surprise quand ils lui avaient dit qu'elle risquait de ne plus pouvoir marcher. Elle le savait déjà. La nouvelle qu'elle avait appris c'était qu'elle aurait quelques séquelles, ce qui était normal après un tel accident.
Elle avait aussi appris d'autre chose, certaines plus agréables que d'autre. Par contre quand elle avait appris que Dinah avait enfin osée se dévoiler à Ally, elle avait limite fait la tête pendant une semaine en précisant qu'elle aurait aimé être là et que donc, ses deux amies auraient dû attendre. Sauf qu'elle sortait dans pas mal de temps, un peu trop même, comme si les deux blondes auraient attendu aussi longtemps. Bon ça, c'était l'une des bonnes nouvelles quand même, la petite brune était contente pour ses amies. Cependant, quand elle avait appris que le père de Lauren avait de nouveau levé la main sur elle, évidemment ça ne lui avait pas plu. Pas du tout même. Elle ne comprenait pas pourquoi Lauren ne disait rien à qui que ce soit sauf elle. Elle lui avait pourtant fait la remarque pas mal de fois, mais toujours cette même réponse: Je n'ai pas besoin d'en parler, je t'en parle déjà, c'est suffisant. Camila n'était pourtant pas une psychologue ou encore même une adulte. Elle avait toujours cette crainte qu'un jour on vienne lui annoncer que son amie est à l'hôpital pour telle ou telle raison.
« Camz, arrête de bouger. »
« Je suis dans un lit depuis plus de trois mois, pour le peu que je me lève pour aller au toilette je dois demander de l'aide. »
Lauren fronça les sourcils.
« Je ne peux pas me permettre de me tromper, c'est du fusain Camz. »
« J'ai besoin de marcher Lauren... »
L'étudiante en science ne releva pas ce que venait de lui dire la littéraire, elle se contenta de soupirer très légèrement et de poser son carnet et son fusain sur la table près du lit. Quand elle se leva, Camila lui afficha un sourire complètement niais. Lauren balança la tête de droite à gauche avant de s'approcher de la métisse et de se pencher au-dessus d'elle.
Pour Camila, elles étaient soudainement beaucoup trop proches. Elle avait juste à se redresser légèrement pour que leurs lèvres puissent se toucher.
« Hey, on va faire tout ce qui est en notre possible pour que tu puisses de nouveau marcher, d'accord ? Fait moi confiance. »
Doucement, elle posa sa main droite sur la joue de la cubaine. À ce contact, elle ferma les yeux. Lauren pourrait la mettre dans un état second en quelques secondes avec de simples petits gestes.
« Maintenant, cesse de bouger Camz. » susurra-telle soudainement au creux de son oreille.
Ayant fermés les yeux, elle n'avait pas remarqué que la noiraude avait bougée. Ses lèvres se trouvaient à présent très proche de son oreille, ce murmure lui avait provoqué d'agréables frissons le long de sa colonne vertébrale.
« Je ne voudrais pas rater un si joli visage. » reprit-elle en se reculant, récupérant ses affaires pour s'installer au fond de son siège. « Tu n'es pas d'accord ? »
Camila relâcha sa lèvre qu'elle avait inconsciemment coincée entre ses dents en même temps que son souffle. Son coeur s'était soudainement accéléré sans qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte et des bouffées de chaleurs en avaient profité pour prendre son corps en otage. Là, elle regrettait de ne pas avoir de fenêtre dans sa chambre.
« Je vais éviter... De bouger. »
« Sage décision Karla. »
La concernée allait répliquer mais Lauren leva sa main pour l'interrompre, lui ordonnant d'un seul regard de garder le silence. Après, c'était à ses risques et périls, non ? Donc la cubaine qui avait entrouvert ses lèvres décida de les refermer sans broncher. Elle n'était pas dans une bonne position pour tenter de tenir tête à son amie. Ainsi, Lauren put reprendre son chef-d'oeuvre.
« Comment ça se passe entre Dinah et Ally ? » osa finalement questionner Camila après une dizaine de minute de silence.
« Hm... Bien. »
« Bien ? »
« Depuis qu'elles sont ensemble depuis le mois passé, je pense que tout se passe bien. Ally m'a dit que Dinah était une personne adorable quand elle le voulait. Mais Dinah et sa console tu sais, c'est une grande histoire d'amour. » elle releva la tête pour croiser le regard noisette de sa camarade. « Je suis sûre qu'à force, Ally va lui ordonner de dormir sur le canapé avec sa play. »
« Je suis sûre qu'elle en ai capable. Puis Dinah rentrerait discrètement dans la chambre tel un bébé labrador pour la supplier de dormir dans le lit. »
Actuellement les deux filles avaient un énorme sourire, mi-heureux mi-amusé. Ça leur arrivé souvent d'imaginer ce genre de scénario entre les deux blondes, l'autre fois c'était Ally et ses gaufres. Aujourd'hui, c'est Dinah et sa console. Chacune leurs tours.
« Et toi alors ? Comment ça se passe avec ton lit ? »
Camila plissa les yeux mais Lauren se contenta de ricaner légèrement.
« Mon lit d'hôpital est très confortable crois moi. »
« Tu sais ce qui est encore plus confortable ? » elle traça quelques traits sur sa feuille après avoir fixé durant quelques secondes Camila.
« Mon propre lit, avec mon matelas, ma couverture, mes oreillers et mes peluches. » répondu rapidement l'étudiante.
Elle était à deux doigts d'éclater de rire. Camila était horriblement adorable et bien trop innocente à son goût. Mais puisqu'elle avait terminé son oeuvre, elle se contenta de poser son fusain sur la petite table et se frotta les mains.
« Tu as fini ? Je peux bouger maintenant ? »
Pour lui répondre, elle lui montra simplement son carnet. Son regard passa du dessin à Lauren et de nouveau au dessin. Pourquoi cette fille restait-elle au département des sciences juste pour faire plaisir à son père ?
« Tu sais, tes cheveux sont magnifiques mais particulièrement chiant à dessiner. »
« En même temps, ils ne sont pas fait. »
« Eh bien je dirais que ça fait parti de ton charme. »
Lauren retourna son bloc et regarda son dessin. Elle avait certes galéré avec les cheveux de la jeune fille couchée dans son lit, mais ça en avait valu la peine. Le rendu était génial, c'était tout ce qui compté Elle esquissa un sourire quelque peu fière avant de fermer son énorme carnet qui rejoignit son ami le fusain sur la table.
« Je n'ai aucun charme, s'il te plait, je suis dans un lit d'hôpital avec une jambe en moins et un bras toujours en plâtre avec des espèces de... Vis, je crois, à l'intérieur. »
Elle haussa les épaules et se leva pour s'étirer, si elle relevait ce que Camila venait de dire ça partirait dans un débat. Dans tous les cas, elle savait qu'elle gagnerait. Il suffisait simplement de gêner la petite Mila et c'était fait. Pendant ce temps, Camila était à la hauteur parfaite pour examiner le corps, ou du moins ce qu'elle pouvait en voir, de son amie.
« Ton père t'a encore frappé ? »
Aussitôt, Lauren baissa les bras ainsi que son pull et sa veste. Lâchant un petit "Merde" au passage.
« Bon sens Lauren, ce n'est pas parce que tu t'imposes et donne ton avis qu'il a le droit de te frapper ! Je sais que c'est ton père, mais franchement, tu pourrais porter plainte. Les preuves sont sur ton corps Lauren, bouge toi. »
« Ça ne fait rien, je te l'ai déjà dit. J'ai l'habitude, changeons de sujet. »
« Lauren Michelle Jauregui Morgado, tu ne devrais pas en avoir l'habitude. »
« Premièrement, Karla, je t'interdis de prononcer mon nom complet. Deuxièmement, je m'en fiche. »
« C'est vrai, Michelle ça ne te va pas. Je préfère Lauren. Tu sais, ça fait plus bad-girl, que Michelle. N'est-ce pas Michelle ? »
« Tu me cherches ou je rêve ? »
Elle prit un air totalement innocent, avec Ally, elles étaient imbattables à ce jeu. Lauren finit par se rasseoir en soupirant.
« Non vraiment Lauren, je suis sérieuse. Tu dois en parler. Je ne suis pas psychologue, m'en parler à moi ne t'aideras pas plus. S'il te plait, tu dois faire quelque chose. Tu es majeur non ? Tu pourrais te prendre un appartement ou quelque comme ça. Tu sais, je n'ai pas spécialement envie qu'on viennes m'annoncer que tu es à l'hôpital pour coups et blessures. Tu sais tout comme moi, que ça peut mal finir. »
« Je me prendrai un appartement, si ça peut te faire plaisir. »
« Tu devrais aussi entrer dans une école d'art. Tu sais quoi Lauren ? Quand je sortirai d'ici, on ira voir ton père, je lui parlerai. »
Elle n'en était pas sûre, mais durant une fraction de seconde, elle avait cru apercevoir une lueur d'espoir dans le regard vert aux reflets bleus de son amie. Oui, elle n'en était pas sûre. Mais elle était sûre d'une chose, elle le ferait, elle irait parler à Mike pour lui faire ouvrir les yeux.
