Hey !
Merci encore de m'honorer de votre présence, vraiment. Merci aussi au Guest, ça fait toujours chaud au cœur d'avoir un petit mot.
Je ne vous retiens pas plus...
Bonne lecture~
Chapitre VIII
« Égarement passager »
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« -Non mais vous êtes encore là ? » constate Dean en entrant en trombe dans le motel.
« -On a fait le tour de la ville, des planques que tu nous a données… On n'a rien trouvé, Dean. » explique Sam.
« -Et alors quoi ? Vous abandonnez ? » s'énerve-t-il.
« -Eh mon garçon, calme-toi… » fait Rufus en posant une main conciliante sur l'épaule du barman.
L'effet est immédiat, Dean bien que frustré au plus haut point, s'apaise un peu et reprend ses esprits.
« -Écoute, le plan ne change pas, on va toujours filer l'autre taré ce soir. On saura où est sa planque et on pourra la mettre sous surveillance. Donc on va du même coup voir comment va Novak. » explique posément Rufus.
« -Parce que bien sûr vous partez du principe qu'ils sont ensemble. » reprend Dean « Mais si ça se trouve votre agent à replongé dans je ne sais quelle psychose, est totalement défoncé dans une ruelle ou en train de crever d'overdose. » s'agace-t-il.
« -Dean, calme-toi. Castiel va bien, j'en suis sûr. Je ne peux pas dire la même chose de toi. » déclare son cadet.
« -Qu'est-ce qui te fait dire ça ? »
« -Eh bien tu as dit que tu arriverais à 20 heures et il n'est que 19 heures ce qui veut dire que t'as roulé comme un fou et que t'as même pas dû manger. En plus tu as piteuse…»
« -Non, pas ça. » le coupe Dean « Comment tu peux savoir qu'il va bien ? »
« -Je le connais, tout simplement. J'ai confiance en lui. »
« -Eh bien moi je connais ce type, tu sais, l'autre taré dingue du ciboulot avec qui il traîne en ce moment. Et tu sais quoi ? Je ne lui fait pas confiance à lui ! »
« -Bon, les gars, ça vous dit de manger un morceau ? » propose Rufus pour mettre les choses à plat.
« -Pourquoi pas. » accepte Sam.
« -Non merci je n'ai pas faim. Je sors faire quelque chose, moi. » bougonne le barman.
« -Dean, non, ne sors pas… »
La porte claque.
« -Tout seul… » achève le cadet.
« -Eh bien, ton frère ne manque pas de caractère… » fait Rufus, platement.
.~.
Dean se met alors à arpenter les rues de Louisville, seul, au risque de le croiser.
Mais il s'en fout. Parce qu'il cherche Castiel. Comme si cet homme allait comme par magie apparaître devant lui alors que son frère et son supérieur ont déjà ratissé toute la ville.
Mais il s'en fout. Parce qu'il a peur pour lui. Parce qu'il est passé par là. Certes, il était jeune. Certes, il n'avait pas été formé comme Castiel. Mais bordel de merde il est quand même passé par là et s'est fait une promesse, celle de veiller à ce que ce schéma là n'arrive à personne d'autre.
Son ventre gargouille. Bien sûr que oui il a faim, quelle question ! Il entre dans une épicerie et s'achète un sandwich.
Puis marche, encore et encore. Pourquoi prendre le temps de s'asseoir pour manger quand on peut marcher et manger en même temps ?
Sans s'en rendre compte, Dean traverse une des sales, sombres et puantes ruelles de Louisville. Sans s'en rendre compte, il est suivi. Le barman continue sa route et passe dans un parc où les fleurs commencent à fleurir. C'est le printemps.
Il ne pourra pas rester assis à rien faire tant qu'il ne saura pas qu'il va bien, que Castiel va bien. Ce type… Il ne le connaît pas vraiment mais il sait que c'est un homme bien. Sam le lui a dit, Rufus le lui a dit et Lucifer l'a pris pour cible. C'est donc que c'est un homme bien et il ne doit rien lui arriver. Aussi dingue que ça puisse paraître, il se sent responsable de lui. Au fond, c'est un peu à cause de lui que Lucifer foule encore le plancher des vaches en toute insouciance. Il aurait pu le dénoncer quand il était gosse. Putain d'emprise psychologique…
D'un coup, une main saisit son bras et l'entraîne ailleurs. Il regarde l'inconnu, prêt à se défendre mais croise des yeux bleus, ses yeux bleus. Il le mène derrière un arbre, caché des regards.
« -J'irais droit au but : es-tu une hallucination ? » en tiquant, penchant la tête sur le côté, l'air le plus sérieux du monde sur son visage.
« -J'irais aussi droit au but. Cas, t'es défoncé ? » répond Dean en souriant malencontreusement, l'émotion mal contenue face à cet homme.
« -En fait… La plupart du temps oui. » admet-il, un sourire tirant très légèrement ses lèvres devant le Winchester qui semble soulagé de le voir.
« -Putain Cas… »
Il n'hésite plus une seule seconde pour le prendre dans ses bras, sans même réfléchir à si ce geste est conventionnel, pour vu qu'il puisse lui prouver qu'il est bien réel, qu'ils sont tout ce qu'il y a de plus réel mais surtout, pour se rassurer lui-même. Il va bien, Castiel va bien.
« -T'es… T'es au courant qu'on te cherche ? » la voix tremblante, se séparant de lui à contrecœur.
« -J'avais à faire. » visiblement gêné de cette remarque, détournant les yeux.
« -Tu te fous de moi j'espère ? » incrédule.
« -Non. » en laissant échapper un souffle, dépité de lui-même « J'ai dû dépouiller ma première petite vieille. » déclare-t-il sérieusement.
Dean rit franchement. Il avait oublié cette chose que Lucifer faisait faire quand il manquait d'argent. A croire que les vieilles habitudes ont la vie dure…
Dean s'assoit par terre, contre l'arbre derrière lequel ils s'étaient retirés, incitant Castiel à le suivre dans sa démarche.
« -Et le FBI t'autorise à faire ça? »
« -J'ai l'immunité pour la mission. »
« -Mmh, je vois. Tout comme t'as le droit de… De te… Enfin pour l'oxy quoi… » conclut Dean, mal à l'aise face au portrait moderne de lui-même qui lui fait face.
« -C'est exact. »
Ils laissent planer un silence. Dean est heureux, soulagé. Castiel va bien, il est avec lui, cette phrase tourne en boucle dans sa tête, l'aidant à respirer pleinement de nouveau.
« -Au fait merci pour… Le carnet. » en lui montrant le calepin couleur sapin « Grâce à ça je sait que Dean Winchester est un gentil. » dit-il fièrement en montrant fièrement la ligne où il a noté « Dean Winchester est gentil. ».
Dean émet un petit rire puis laisse de nouveau le calme régner entre eux. Tous deux en ont besoin. Mais il ne peut pas rester silencieux bien longtemps, il a encore des questions qui le tracassent.
« -Dis-moi Cas, je veux bien que tu ais volé une petite vieille mais après ça tu as eu tout le temps de revenir au motel non… ? »
L'agent du FBI détourne les yeux et fixe le sol, l'air mélancolique.
« -Non… » la voix morne d'une tristesse mal refoulée.
Il laisse quelques secondes passer, toujours le sol terreux en ligne de mire.
Dean observe cet homme dont il connaît la détresse. Il regarde ses mains, couvertes de plaques, de griffures et il comprend. Il comprend que Castiel n'a pas pu venir parce qu'il était sous l'emprise de l'oxycodone. L'oxycodone ravageur qui fait se gratter la peau à sang. L'agent du FBI finit par relever ses yeux dans les siens avec un faux sourire, le visage navré.
« -Hey Cas, c'est pas de ta faute. C'est pas grave. » en soutenant son regard, rempli de compassion.
« -Si Dean, c'est de ma faute. Je… Je suis devenu un toxico. » la voix brisée, tentant de ne pas flancher bien qu'une larme s'échappe de ses yeux, ce mot étant trop blessant tout autant que véridique.
Le barman, ne connaissant que trop bien son fléau, ne peut rien lui reprocher. De plus cela fait parti de son contrat, ça fait parti des obligations lorsque l'on est avec lui. Alors il passe un bras autour de ses épaules et le rapproche de lui pour le consoler, tenter de colmater cette brèche qui s'est crée dans ce vaillant soldat, dans cet homme bien, l'homme Novak. Mais l'agent du FBI le repousse.
« -Non, je ne veux pas de ta pitié. » en évitant son regard.
« -Ce n'est pas de la pitié Cas. »
« -En ce cas tu peux me dire ce que c'est ? » demande-t-il en essuyant une nouvelle larme, tentant de le défier durement du regard pour se donner contenance.
« -De l'inquiétude et de la compassion. » répond doucement Dean.
« -Non. Non, ce n'est pas possible, tu ne me connais pas. Tu n'as pas à t'inquiéter pour moi. » tente-t-il de lâcher froidement, les larmes nouant le son de sa voix.
« -Et pourtant… »
Dean tente une nouvelle fois une accolade pour calmer cette rancune et ce dégoût que cet homme éprouve envers lui-même. Cette fois-ci il ne bronche pas, mais reste tendu.
« -Tout est de ma faute… Je suis un toxico… Un fichu toxico… » murmure Novak les larmes dévalant ses joues.
« -Non ce n'est pas de ta faute. C'est de sa faute à lui. C'est tout d'abord lui qui t'y a obligé, pas toi. »
Castiel est à présent totalement abandonné dans les bras du barman, trop drogué, trop usé et épuisé par cette mission, le manque de sommeil, par tout, pour tenter ne serait-ce que d'arrêter ses larmes de couler.
Alors il sert Dean dans ses bras, ça il peut encore le faire. Parce que cet homme est là, qu'il a étrangement l'air de ne pas vouloir s'en aller et même de rester auprès de lui. Curieusement ça le rassure de savoir Dean auprès de lui, il se sent plus serein en sa présence, il sent qu'il peut se laisser aller.
« -Cas, écoute-moi. » se détachant légèrement de l'étreinte pour soutenir ses yeux bleus rougis tout en prenant son visage en coupe pour que lui aussi s'amarre à son regard « C'est bientôt fini. Cette nuit on saura au moins où tu crèches. Accroche-toi mon pote. Après ta mission, on pourra te sevrer et tu verras, tout ira mieux. Ok ? » en essuyant des larmes d'un revers de pouce.
L'agent Novak hoche la tête, faisant couler une ultime perle d'eau. Non, il ne pleurera plus, il veut se montrer fort, il va y arriver.
Un silence léger comme la brise passe, laissant les deux hommes assis, côte à côte. Dean ne peut s'empêcher de regarder ces mains agressées par des marques de griffures et quelques petites plaies qu'il s'est fait lui-même. Il sent Castiel tressauter lorsqu'il en prend une dans la sienne pour mieux l'examiner sous plusieurs angles avant de la reposer, toujours sans rien dire.
« -Sam m'a dit que t'es un bon agent. » lâche-t-il sans trop savoir pourquoi.
« -C'était le cas. »
« -C'était ? » s'interloque Dean.
« -Oui. » répond-il simplement « J'étais très professionnel, rigoureux et strict dans mon travail. Les autres m'ont toujours considéré comme le mieux préparé, le parfait petit soldat. » lâche-t-il d'un air méprisant pour lui-même.
« -Et que s'est-t-il passé ? »
« -Grâce à Dieu mon père est mort. » soupire-t-il pour cacher sa rancune « Ça a été la libération. Plus de pression, plus de règles de conduite, plus d'ordres. Ça fait un an maintenant… » distraitement « J'ai eu du mal au début. » il rencontre le regard de Dean emplit d'interrogation « Tu sais, à me défaire de ce dans quoi il m'avait endoctriné, le costume du fils parfait qui va prendre la succession du père. J'ai tenu ce rôle pendant si longtemps… C'est dur de découvrir ce qu'est la liberté, le libre arbitre et l'absence d'ordre lorsque l'on n'y est pas habitué. »
« -Je vois ce que tu veux dire. Le parfait garçon qui ne se rebelle jamais. » prononce-t-il en se remémorant sa propre situation il y a plus de 10 ans.
« -C'est ça. Et quand tout est fini, quand le rideau tombe il ne reste plus rien. On n'a plus qu'à tout rebâtir, apprendre à se débrouiller seul, se défaire de ses anciens liens et finalement changer. » il croise le regard compréhensif de Dean « Je ne suis plus ce soldat obéissant avec un balais dans le cul comme certains aimaient à me le dire. » avec un doux sourire « Ou du moins j'essaie. Sam m'y aide beaucoup. »
« -Mais alors pourquoi as-tu pris cette mission ? » d'une voix posée.
« -Et pourquoi pas ? Des innocents meurent et je ne voulais pas que quelqu'un d'autre, quelqu'un que je connais au FBI puisse souffrir de ce que Lucifer peut faire. »
« -Mais toi tu peux ? »
« -Moi je peux. » reprend-il.
« -Eh bah… » siffle Dean « Pas mal comme rébellion : tu bois, tu te drogues, tu traînes avec un mec dans des vieilles caves et le tout en te faisant manipuler. » doucement ironique.
« -C'est plutôt bien résumé. » avoue-t-il avec un triste sourire « Quelle heure est-il ? » soudainement.
Dean regarde son téléphone. Sam lui a laissé un paquet d'appels manqués.
« -21 heures 30. »
« -Tu dois partir. » déclare Castiel.
« -Quoi ? Pourquoi ? » demande Dean, incrédule.
« -Il m'a dit qu'il passerait me prendre ici vers 22 heures. »
« -Et toi tu choisis de rester avec moi pile à cet endroit là… ? » déconcerté.
« -Il n'est jamais en avance, toujours à l'heure. » répond simplement Castiel en se relevant, son ami l'imitant.
« -C'est vrai. » lui concède Dean « Bon courage Cas… On te retrouvera… » en tendant une main.
« -Vous avez intérêt. Il ne manquerait plus que je croupisse dans cette planque… » offrant un léger sourire
Il serre la main de son nouvel ami peut-être un peu plus longtemps qu'il ne l'aurait voulu, hésitant à s'en aller.
Leurs regards se suspendent un instant de même que leur poignée de main, semblant hors du temps. Dean est réticent à le laisser ici, laisser ces yeux bleus si innocents à leur sort.
Mais il lâche finalement cette main abîmée et ce regard pour se retourner et prendre la route du chemin du motel, le cœur bien plus léger, presque apaisé.
Tout va bien… Mais il savait qu'il n'aurait pas dû partir plus tôt dans la journée, que quelque chose allait se produire, il aurait dû s'écouter… Même si finalement tout va pour le mieux. Ou presque…
Filer Lucifer après son passage chez sa dealeuse sera du tout cuit pour Sam et Rufus. Tout ne peut que bien se passer maintenant. Castiel se débrouille, il est encore en vie donc tout ne va pas si mal.
C'est une belle journée.
Dean sort son téléphone et appelle Sam pour le rassurer.
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« -Dean, faut qu'on parle. »
A peine a-t-il franchit la porte du motel que Sam l'emmène dans leur chambre pour s'isoler de son patron. Ils s'assoient l'un en face de l'autre, sur leurs lits respectifs.
Le barman sent que son frère a des reproches à lui faire…
« -Qu'est-ce qu'il t'a pris de te barrer comme ça ? » demande calment son cadet.
« -Tu ne m'as pas vraiment retenu, c'est que ça n'était pas si dangereux. » constate le barman.
« -Là n'est pas la question. » il prend une grande respiration « Dean, qu'est-ce qu'il se passe dans ta tête ? » continue-t-il posément.
« -Rien. Je m'inquiète pour votre gars, c'est tout. »
« -Et c'est vraiment tout ? »
Dean détourne le regard, patiente quelques secondes pour savoir que répondre et opte plutôt pour la fuite. Alors il s'appuie sur ses jambes, prêt à prendre son élan mais la main que son frère pose sur son genoux lui intime de rester assis.
« -Quoi Sammy ? Qu'est-ce que tu veux savoir ? » en levant ses yeux dans les siens.
« -Pourquoi tu t'inquiètes autant pour lui ? »
L'aîné soupire un long moment. Son frère à le chic pour lui faire dire ce qu'il ne veut pas dire à tout prix. Il sait pourtant qu'il n'aime pas parler de ses sentiments, pour ne pas dire qu'il a une sainte horreur de ça. Ces trucs là ne sont vraiment pas faits pour lui.
« -Pour rien de spécial. C'est juste que… » il soupire à nouveau d'agacement « J'ai senti un lien avec ce type dès que j'ai vu son dossier. » n'osant pas regarder son frère « Je ne saurais pas te dire quoi, c'est… Tu sais, un peu comme deux vétérans de guerre, j'ai su qu'on avait vécu les mêmes choses. C'est une sorte de compassion bienveillante, rien de plus. »
« -Et toi, ça va ? » plus doucement.
« -Moi, oui, impeccable. » en souriant maladroitement.
« -T'es sûr ? Parce que ce soir on va quand même filer le mec qui a ruiné ta vie. »
« -Non, il n'a pas ruiné ma vie. Il l'a seulement démolie. Je l'ai reconstruite depuis tu sais. » sourit Dean en se levant, posant une main chaleureuse su l'épaule de son frère.
Ils sortent de la chambre et tombent sur Rufus qui vérifie ses poches pour savoir s'il a tout son matériel.
Il prend ses menottes, les regarde et sourit avant de les ranger.
« -On y va Winchester? » en regardant Sam.
« -Je viens. » précise Dean.
« -Ah ça non. Tu restes sagement ici. » proteste son cadet « Tu pourrais nous faire repérer. »
« -Promis, je ne quitterais pas la voiture. Je veux juste le voir. »
« -Pour quoi faire ? »
« -Voir ce que ça fait d'être de l'autre côté du miroir, de le voir être la proie. » comme si c'était la plus simple des évidences.
« -Ok Alice tu peux venir mais tu te tiens a carreau pour qu'on réussisse à filer notre Lapin blanc. » adjuge Rufus.
« -Merci Rufus, toi t'es un vrai. » en lui offrant un clin d'œil et une main sur l'épaule.
« -Tu lui cèdes toujours tout. » fait le cadet consterné.
« -Que veux-tu ? Je suis trop bon. »
J'espère que vous êtes plus ou moins rassurés. Plus serait mieux pour vous.
On se retrouve samedi si une petite filature vous tente...
Bisous~
