Hey !
Merci encore à tous ceux qui sont là d'être là, même aux lecteurs silencieux qui s'accumulent de plus en plus.
Et merci encore à ceux qui me laissent des petits mots, ça me touche toujours autant.
Bonne lecture à tous~
Chapitre XIII
« Un goût d'antan »
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Quinze minutes. Ça fait maintenant quinze minute que Castiel a reçu sa nouvelle injection. Il était déjà plutôt bancale avec la première, ne répondant plus vraiment aux signes qu'ils s'envoyaient avec leur mains et vacillant entre sa fidélité au FBI et l'emprise que Lucifer exerçait sur lui…
Mais à présent il est totalement soumis, docile. Plus aucune résistance psychologique ne plane, il est totalement dévoué à son tortionnaire.
L'oxycodone a raison de lui mais Lucifer triche, il ne possède pas Castiel, pas vraiment. Il lui embrume seulement l'esprit temporairement. Mais le résultat n'en reste pas moins impressionnant et effrayant.
« -Qui est-il pour toi ? » demande Lucifer en pointant Dean qui se trouve juste devant lui.
« -Une connaissance. Enfin non… Un ami. » répond franchement l'agent du FBI.
« -Je vous entend vous savez ? » s'exaspère le Winchester.
Ça fait maintenant un moment que ce petit jeu a lieu. Lucifer va le rendre dingue. Il s'approprie Castiel comme s'il était sa chose, son jouet. Ou plutôt Castiel est sa chose et il joue avec les nerf de Dean pour savoir quand est-ce qu'il cessera de tolérer cette macabre relation qui se déroule devant lui. Castiel n'est qu'à peine conscient de lui-même, Dean ne sait même pas s'il sait qu'il est là, en chair et en os, à même pas trois mètres de lui.
« -Pourquoi est-ce que tu le préfères à moi ? » demande soudainement Castiel, les larmes aux yeux.
« -Cas… » tente d'intervenir Dean.
« -Toi on ne t'a pas sonné. » objecte Lucifer « Je t'aime beaucoup tu sais. » reprend-il en regardant ses yeux bleus « Mais Dean et moi on a été amoureux pendant assez longtemps et… »
« -T'es sérieux ? Tu appelles ça de l'amour ? C'était de la possession ! »
« -Le fait est qu'il ne pouvait se passer de moi. » constate platement Lucifer en l'ignorant totalement « Il était très spécial tu sais… C'est le premier que j'ai sauvé de la perdition. Mais toi… » en essuyant une larme fuyarde du visage de son vis-à-vis « Tu est tout aussi spécial car tu seras mon dernier. »
Sachant que chacun de ses commentaires seraient ignorés soit volontairement par Lucifer soit involontairement par Castiel qui ne semble plus l'entendre, Dean préfère se taire.
Mais ses mots font tout de même écho aux oreilles du Winchester. Lucifer dit qu'il sera son dernier… Mais pourquoi ? Pourquoi vouloir arrêter ses sévices ? Il a pourtant l'habitude de s'en sortir face aux flics… Peut-être va-t-il tout simplement cesser ses activités et s'évaporer dans la nature… Oui sûrement, il n'y a pas d'autres possibilités, c'est ce qu'il fait toujours et ce qu'il fait de mieux.
Dean supporte leur abominable conversation pendant encore trente bonnes minutes. Castiel finit par s'endormir contre l'épaule de Lucifer. C'était sans doute la dose de trop, la dose qui rend trop léthargique pour rester éveillé.
Le Diable regarde Dean droit dans les yeux avec un air de défi, un bras derrière les épaules de Castiel pour mieux se l'approprier. Le barman plante son regard dans le sien avec le plus d'insolence dont il peut faire preuve, toute sa haine dirigé vers cet individu.
Puis Lucifer soupire et prend maintenant un air nostalgique surmonté d'un léger sourire.
« -Qu'est-ce qu'il y a, je te fais bander ? » crache Dean mauvais.
« -Non. » répond-il simplement en souriant plus amplement encore tout en baissant brièvement les yeux « Non, je me rappelais juste… Nous. »
« -Il n'y a jamais eu de nous. » articule-t-il sur chaque syllabes pour se faire comprendre.
« -Admets-le… Nous ne faisions qu'un. » dit Lucifer posément.
« -Bien sûr que nous ne faisions qu'un, tu me possédais. » lâche Dean sans plus aucune colère dans la voix, ayant remarqué que son agressivité ne ser à rien « T'étais dans ma tête. »
Lucifer sourit, satisfait de lui et se positionne plus confortablement, resserrant sa prise sur Castiel.
« -Pourquoi tu es ici Dean ? »
« -J'ai pas vraiment le choix, je suis enchaîné au cas ou tu ne l'aurais pas remarqué. »
« -Pourquoi tu es venu jusqu'ici ? » reprend-il.
« -Tu m'as presque conduis ici. Et je suis venu pour t'arrêter. » avec conviction.
« -Non, ça, ça serait le cas si tu en avais parlé au FBI. »
« -J'allais leur dire avant que tu ne me frappes gros malin. » il laisse un silence planer avant de reprendre « Et toi, pourquoi tu m'as fait venir ? »
« -Patience… Tu sais, je ne pensais pas que tu étais assez stupide pour venir seul… Enfin peu importe, le FBI finira par frapper à cette porte tout comme toi. J'ai bien assuré mes arrières. »
« -Tu ne veux quand même pas te faire arrêter ? » lance Dean dubitatif.
« -T'es barges ou quoi ? Jamais ils ne m'auront. » sourit-il en baissant de nouveau les yeux « Tu n'as plus peur de moi ? » remarque-t-il avec une once de doute et d'appréhension dans la voix.
« -Plus maintenant. J'ai compris que t'es juste comme ces psychopathes qu'on voit à la télé. T'as rien d'effrayant, t'es juste dangereux. »
« -Tu n'as jamais eu peur du danger… »
« -Pas lorsqu'il me concerne. » en posant ses yeux sur l'endormi pendant quelques secondes « Dis-moi, pourquoi tu fais ça aux gens ? » tente-t-il de comprendre.
« -Dors Dean. » dit-il avant de fermer les yeux.
Mais comment dormir ? Tout est si bizarre… Il vient d'avoir une conversation presque normale avec son bourreau alors qu'il le déteste, le hait au plus haut point pour ce qu'il a fait à lui mais ce n'est rien comparé à ce qu'il a fait à d'autres où encore ce qu'il fait à Castiel.
Ce pauvre Castiel qui s'est fait manipuler sous ses yeux. Dean ne s'en rendait pas compte lorsque les rôles étaient inversés mais il suffit d'une dose d'héroïne au bon moment, quelques paroles bien placées et le cerveau lâche, on se laisse sombrer dans la passivité et on écoute seulement sa voix.
Il y a encore quelques jours il redoutait Lucifer ou plutôt l'impact qu'il aurait pu avoir sur lui s'il lui parlait mais en réalité il ne peut plus l'atteindre. Tout ça est loin, bien trop loin pour lui, la page n'est même pas tournée mais arrachée, il ne reste seulement que quelques morceaux par ci par là dans la reliure. Quelques bribes de souvenir qui lui rappellent qu'il a piétiné sa vie il y a une dizaine d'années.
En y repensant, Castiel l'a fait se remémorer la première fois qu'il avait volé une vieille dame, tout comme lui. Il avait la peur au ventre… Une nuit il s'était seulement pointé au domicile d'une personne immensément âgée et riche, indiquée par Lucifer. Les vieux ont toujours pour coutume de cacher des choses précieuse chez eux ou même un peu d'argent. Il lui avait suffit de crocheter sa serrure et de se servir.
Juste crocheter une serrure, tout comme il l'a fait cet après-midi avec du pauvre fil électrique.
C'est tellement simple à faire lorsque l'on a la technique… Et il lui suffirait juste de crocheter le cadenas de ses chaînes et de piquer les clés pour s'en aller. Mais comment faire sans rien sous la main… ?
Il tâte du bout des doigts à la rencontre d'un objet pouvant l'aider, un clou ou bien…
Son index. Une infime douleur dans son index lui fait sentir qu'il devrait se rappeler de quelque chose…
Bordel de merde, son trombone ! Il est dans la poche de poitrine de sa veste.
Il observe Castiel puis Lucifer afin de s'assurer qu'ils dorment bien, ce qu'il semble être le cas.
Lucifer a dû lui faire les poches pour s'assurer qu'il n'ait rien de dangereux d'une quelconque manière sur lui, mais peut-être a-t-il seulement tâté et qu'il n'a pas glissé ses mains à l'intérieur, peut-être qu'il l'a toujours.
Avec ses dents, décidément bien utiles aujourd'hui, il fait remonter sa veste pour avoir accès à sa poche de poitrine. Et il doit s'y prendre à quatre reprises car elle retombe chaque fois sous son propre poids, la mâchoire de Dean n'étant pas assez solide et lui-même étant assez malhabile.
Mais enfin, une fois à bonne hauteur il réussi à faire remonter la doublure de sa poche et attrape avec soulagement le petit bout de métal sans trop de peine à l'aide de sa langue et ses dents. Il a le trombone, l'essentiel est joué.
Il lâche sa veste, tourne sa tête par dessus son épaule et le laisse choir au sol.
Sa main le trouve et il commence à opérer, remarquant tout de même que c'est la deuxième fois en 24 heures qu'il se fait assommer et attacher et qu'il réussit à trouver une porte de sortie.
Il doit se retenir de crier de joie lorsqu'il entend enfin le déclique indiquant que le cadenas est déverrouillé.
Avec précaution il dépose les chaînes au sol, tentant de faire le moins de bruit possible contre le béton.
Mission accomplie.
Il se masse les poignets tout en se levant, le cœur battant la chamade en se dirigeant en silence vers Lucifer qui a les clés.
Dean est habile, il le sait. Il a déjà réussit à faire les poches des gens sans même qu'il ne s'en aperçoivent, c'est Lucifer lui-même qui le lui a appris. Alors il prend les clés sans aucun bruit, retenant au maximum sa respiration pour ne pas faire sentir sa présence.
Il se relève, prêt à se diriger vers la porte mais…
Castiel est là, toujours entouré du bras de son tortionnaire, dormant paisiblement. Il ne peut pas l'abandonner à son sort, même si c'est pour revenir le chercher plus tard.
Mais il n'a pas le temps d'y penser plus que des yeux bleus lui font face, grand ouverts.
Dean se précipite à genoux et plaque une main sur sa bouche pour qu'il se taise, espérant qu'il soit lucide, qu'il reste lui-même.
Posant un doigt sur sa propre bouche, Dean lui intime de ne pas parler. Les mirettes océans du soldat sont attentives tentant de comprendre ce qu'il se passe autour de lui.
Le barman tâte les poches de Castiel d'une main pour tenter d'y trouver quelque chose. Il en sort un carnet, son petit calepin vert et l'ouvre à cette certaine page et lui montre le contenu.
« Dean Winchester est gentil. »
Ses bleus se tournent lentement afin de constater que Lucifer dort toujours. Il hoche finalement la tête, lui signifiant qu'il va se taire.
C'est à une paire de menotte murale que Castiel est retenu. Alors Dean, avec ses clés, libère la main gauche de Castiel qui s'empresse d'aller chercher celle de son ami pour retrouver sa chaleur.
« -Tu ne peux pas me libérer. » articule-t-il silencieusement.
Et il a raison, Lucifer est collé à lui à sa droite, il n'a donc pas accès à cette partie.
« -Mais ce n'est pas grave, laisse-moi. » continue-t-il.
« -Non. C'est mon devoir de te sortir de là. C'est de ma faute… » fait Dean tant à demi-voix qu'à demi-mot.
« -C'est peut-être ton devoir mais c'est ma mission. Je suis un soldat Dean. »
Il réfléchit le temps de quelques secondes, toujours la main de Castiel dans la sienne, restant dans la même réalité. Ses yeux trébuchent sans les siens pour s'y noyer.
Et bon sang, ils sont si purs… Il ne peut pas l'abandonner à son sort.
« -J'ai toujours aimé ton audace. » résonne haut et fort une voix qui les fait tous deux tourner la tête « Et cessez vos niaiseries s'il-vous plaît. »
Pour accompagner ses paroles, Lucifer pousse Dean du bout des doigts ce qui lui fait perdre son équilibre et chuter sur les fesse. De ce même geste le contact de leur peau se rompt pour retrouver le visuel.
Dean ne voit plus qu'une chose dans les yeux de Castiel : l'abandon. Il laisse tomber, tout simplement, fataliste face à son destin, n'ayant plus les mains de Dean pour palper la réalité.
Le barman se donne alors une bonne gifle mentale. Il est libéré de ses chaînes et il a les clés de la porte dans le trousseau.
Il se lève d'un bond, regarde une nouvelle fois Castiel, hésitant. Il ne veut vraiment pas le laisser ici à son sort mais n'a pas le choix, Lucifer commence déjà à se lever pour le rattraper.
Il reviendra le chercher plus tard.
« -Pardon. » murmure-t-il à l'égard du soldat avant de s'enfuir à toute allure vers la porte.
Mais quelle clé est la bonne ? Il y en a une dizaine… Il en prend une, l'essaie mais ne fonctionne pas. Il en prend une seconde mais se fait interrompre par une voix.
« -Dean… » souffle lassement Lucifer dans son dos ce qui a pour don d'immobiliser ses gestes « Tu dois rester. » en posant une main sur son épaule et l'autre sur le trousseau.
Il se retourne lentement vers lui.
« -Mais pourquoi bordel ? Pourquoi tu t'obstines à vouloir que je reste ? Pourquoi tu me forces à voir tout ça, tout ce que tu fais ? A quoi je sers dans tout ça ? » hurle Dean, perdu et en colère face à cet homme qu'il sait être un monstre.
« -Tu vas voir… Très bientôt même. Ne te sous-estime pas. Retourne à ta place. » répond Lucifer calmement.
Dean pourrait lui envoyer son point dans la figure mais il ne le fait pas. Il sait que Lucifer a du répondant et qu'il le maîtriserait en un rien de temps. Alors il s'en va docilement reprendre sa fichue place. Ce n'est pas de la soumission, seulement l'action la plus raisonnable à faire. De toute manière il a perdu sa course.
Castiel le regarde faire comme s'il était un parfait étranger. Dean s'assoit face à lui, de la même manière qu'il était quelques minutes auparavant. Et son cœur se tord d'une douleur sourde en constatant que son regard est vide, totalement indifférent. Il aimerait lui prêter sa main, seulement lui prêter sa main pour qu'il reste avec lui, qu'il reste mentalement présent à ses côtés…
Lucifer retourne auprès de lui pour l'enchaîner de nouveau.
« -C'est vraiment nécessaire ? » demande le châtain agacé.
« -Tu ne me laissera pas faire sinon. » répond simplement le Diable en prenant soin de subtiliser le trombone « Ça va toujours Cassie ? » en s'agenouillant face à lui, ne rattachant pas sa main libérée.
« -Très bien et toi ? » d'une voix morne en portant sa main à l'hématome qu'il lui a fait au visage.
« -Dis-moi… A qui es-tu fidèle ? »
« -Quoi ? » tique doucement Castiel, la tête sur le côté, perdu.
« -Moi ou eux ? » en parlant implicitement du FBI.
« -Eh bien… » hésite-t-il.
« -Non ! » le coupe Lucifer « Il n'y a pas de "Eh bien…". Ton connard de père était du FBI. Tu lui faisais confiance ? Est-ce qu'il t'a bien traité ? »
Dean s'étonne que Castiel ait pu lui parler de son père mais reste le témoin muet de cette scène.
« -Non. » après mure réflexion.
« -Aimes-tu vraiment le FBI ? Est-ce que tu n'as pas été contraint d'y aller ? C'est ton père qui t'y a poussé ? »
« -Oui. »
« -Oui quoi ? » plus durement.
« -Oui, mon père m'y a contraint. Et je… Je déteste ça. » la voix brisé, les yeux embrumés de larmes, ayant été piqué au vif « Je n'aime pas être agent. » avoue-t-il en dodelinant de la tête, l'eau s'échappant à présent à toute vitesse de ses yeux.
Le cœur de Dean se déchire définitivement. Ce connard a su taper en plein dans sa faiblesse, comme toujours. Il a trouvé une faille et compte bien l'exploiter.
« -Alors hais le FBI comme tu hais ton père. Maintenant dis-moi Castiel, tu veux m'appartenir pour toujours ? »
« -Oui. » souffle-t-il en s'accrochant à ses yeux.
« -Non… » murmure Dean en silence ayant l'impression de revivre un vieux souvenir.
Lucifer ôte son t-shirt, laissant paraître sa difformité. Le barman ne peut la voir de là où il est mais il la connaît parfaitement.
Il perçoit Castiel penché la tête sur le côté, concentré sur celle-ci, y portant sa main, comme lui-même lorsqu'il était ado, lorsque cette scène se jouait avec lui.
« -Tu me fais confiance ? » continue le Diable.
« -Lucifer, arrête ça ! » cri Dean.
« -Bien sûr. » répond le soldat qui semble pas avoir entendu l'intervention du barman.
« -Cas, non ! » hurle-t-il impuissant, les larmes lui montant aux yeux « Ne lui fais pas ça ! Ne faites pas ça… » achève-t-il à bout de voix.
Lucifer retire la dernière entrave de la main de Castiel et lui enlève sa chemise.
Et le torse de Castiel est propre et net, il ne laisse place à aucune cicatrice, aucune séquelle physique, pas encore. Il ne mérite pas d'être avili, il n'a aucun droit de se faire marquer.
Les larmes s'enfuient à toute vitesse des yeux de Dean, préférant mourir au creux de ses joues pour ne pas assister à la macabre scène qui va se dérouler face à lui.
« -Lucifer, je t'en pris, tout mais pas ça… » lui murmure-t-il alors que celui-ci lui offre un effroyable sourire.
Vous l'aurez compris, Castiel va se faire marquer... Désolée pour ça mais c'était un mal nécessaire pour la suite.
Encore deux chapitres à lire et le calme reviendra pour le chapitre 16.
A samedi si vous êtes encore de la partie.
Bisous~
