Hey tout le monde !
Merci de votre présence sur cette fic, jamais je n'aurais pensé qu'elle puisse avoir tant d'ampleur. Vos mots me touchent toujours autant, de même que les mises en follow et favori muettes.
Un nouveau chapitre qui se déroule dans un calme convivial. Il le faut bien pour se reposer un peu.
Bonne lecture~
Chapitre XVI
« Les maux d'une chanson »
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Les conversations fusent de toute part, tout le monde étant dans la bonne humeur d'un repas familial.
Bobby discute avec Sam du boulot alors que Jessica nargue Dean sur le dernier Star Wars, lui qui a une sainte horreur que l'on s'en prenne à une de ses sagas favorites. Sam prend parfois part à la conversation et Castiel écoute, ne comprenant pas grand-chose aux Jedi, ni à ce pourquoi Dean s'acharne autant à défendre le rôle d'un certain Harrison Ford. Mais il sourit néanmoins de temps à autre quant aux arguments parfois alambiqués du barman.
« -Je ne dis pas que sa mort était mal jouée en soit mais quand tu te fais transpercer à mort par une épée et qu'on te la retire, la gravité veut que tu chutes. Han Solo est resté debout plusieurs longues secondes avant de tomber. Avoue que ça ne rend pas sa mort très crédible. » argumente Jessica.
« -Mais c'est un homme, un vrai. Même mort il reste le jeune insolent qu'il était dès le quatrième épisode. C'est là la magie du truc, il a le temps de toucher la joue de son fils pour lui transmettre une dernière fois ses pensées avant de mourir. C'est un putain de coup de maître d'Harrison Ford. » renchérit le barman.
En silence Castiel pose ses couverts et glisse sa main sur la table pour saisir celle de Dean qui voit son acharnement pour son acteur favori s'évaporer en un instant pour se concentrer sur les gestes de Castiel.
Dans le creux de sa paume il semble dessiner des signes.
« SEL »
Dean lui sourit, récupère sa main et fait passer le condiment.
Il ne pense jamais l'avouer un jour mais même si ce mode de communication a d'abord été mis en place pour discuter secrètement dans un état d'urgence, il adore que Castiel lui parle de cette manière, faisant glisser son index au creux de la paume de sa main. Ça l'apaise comme jamais rien en l'avait jamais apaisé auparavant, c'est un échange simple et sans aucun complexe.
La soirée passe, les cafés arrivent puis plus tard vient le tour des bières. Sans grand étonnement de la part de Sam et Jessica, Castiel n'en prend pas.
« -T'es sûr Cas ? » demande Dean « Ok, c'est toi qui vois. » en s'installant à côté de son ami.
Il arrive à Castiel de communiquer avec les autres, notamment Jessica qu'il apprécie énormément. De temps à autre il échange également un regard vers Sam et tente de répondre aux mieux à Bobby lorsque celui-ci lui propose à boire, à manger où lui donne quelques mises en garde sur la douche de sa chambre qui peut être capricieuse. Mais le fait est que Dean reste celui avec qui il échange le plus et le mieux.
Le bras du barman se fait tirer, l'agent harponne ses yeux. Dean sait par avance ce qu'il veut mais ne peut lui donner maintenant alors il se hâte de détourner le regard.
Mais Castiel réitère la tentative, plus brusquement cette fois, en y mettant plus d'audace, le bleu s'agrippant fermement au vert pour ne pas qu'il puisse s'échapper, serrant plus durement son bras.
Comme aucune réaction de la part de son interlocuteur se fait sentir, l'ex-agent sous couverture prend sa main pour ne lui laisser aucune chance d'ignorer ses mots muets.
« L'ENQUÊTE? »
« -Plus tard. On en parlera après-demain quand Rufus sera de passage. Promis. » finit-il par répondre.
Castiel le fusille du regard, mécontent de la réponse. Mais rapidement il se referme sur lui-même. Il sait que si ce qu'ils ont à lui dire doit attendre, c'est sûrement qu'ils veulent qu'il soit « prêt » comme on dit et que cela n'annonce rien de bon, il le sait. D'autant plus si Rufus se déplace exprès pour ça alors qu'il est par habitude submergé par le travail.
« -Hey Cas, ça ira. » prononce-t-il doucement en posant une main sur son épaule en signe de réconfort ce qui sans le vouloir conforte les craintes de l'agent.
Bobby part se coucher quelques instants plus tard, laissant les plus jeunes poursuivre leur soirée, l'aîné des frères commençant à charrier son cadet sur son premier béguin.
« -Dean, arrête… » sourit Sam.
« -Non mais tu déconnes ? » ricane la blonde « Continue, je veux tout savoir. » en s'adressant à l'aîné.
« -Il ne savait vraiment pas comment s'y prendre alors il l'a suivie jusque dans la bibliothèque, s'est caché derrière les étagères de bouquins et m'a appelé. » sourit Dean au souvenir de la première tentative d'approche de son frère avec une fille.
Jessica rit aux éclats.
« -C'est donc inné ton absence totale de talent pour draguer ? » entre deux soubresauts de rire.
« -Eh, je te signale que j'ai réussi à te draguer. » l'informe Sam, faussement outré.
« -Tu te moques de moi ? » fendant son visage d'un sourire et ébouriffant les cheveux trop longs de son homme « Chéri, si on est ensemble c'est uniquement grâce à Brady qui t'as traîné jusqu'à moi. Et au charme de tes bégaiement et de tes joues toutes rouges qui m'ont fait craquer. » dit-elle en les lui pinçant.
Sam sourit malgré la douce honte de ce souvenir dont il n'est pas spécialement fier. Il est vrai qu'il n'a jamais été doué avec les filles. Heureusement que maintenant il a Jessica.
La jeune femme s'approche de lui pour lui murmurer quelques messes basses qui ont pour effet de le faire rougir jusqu'aux oreilles. Elle sourit en se retournant vers Dean qui connaît la signification de ces rougeurs : elle tente de l'aguicher pour une nuit d'amour. L'aîné des frères est son complice de toujours lorsque qu'il s'agit de mettre le plus jeune mal à l'aise.
« -Bon, je crois que Sam et mois ferions mieux d'aller nous coucher. » sous-entend-elle en prenant la main de son amant.
« -Vous êtes sûrs de ne pas vouloir rester ? » s'enquiert Dean faussement insistant.
« -Je pense que ton frère n'est pas de cet avis. » ricane-t-elle sous un Sam dont la gêne est grandissante.
Il les regarde partir, Jessica entraînant son pauvre petit frère, lui ayant dit des choses sûrement bien honteuses à l'oreille.
« -Hey Sammy ! » l'interpelle Dean avant qu'il ne s'engouffre dans le couloir « Sois un homme mais en silence s'il te plaît, j'ai la chambre d'à côté. » sourit-il en voyant son frère devenir plus que cramoisi et en entendant sa future belle-sœur rire aux éclats.
Puis il se lève sous l'œil curieux de Castiel.
« -Je vais me coucher, tu ferais mieux de faire de même… » en s'étirant « Dis-moi, tu quittes ton trench pour dormir au moins ? » en ne réprimant pas un petit rictus rieur.
Il lui sourit mollement en se levant à son tour.
Dean marche alors jusqu'à sa chambre, Castiel dans son ombre, ne laissant qu'à peine cinquante centimètres les séparer.
« -Bonne nuit mec. » en le considérant une dernière fois.
Une main agrippe son bras. Le barman se retourne pour se confronter au visage décomposé de son vis-à-vis.
« -Non Cas. Tu dois vivre ta vie. Je ne suis pas loin. Tu comprends qu'on ne peut pas dormir ensemble ? » avec une pointe de tristesse dans la voix, le cœur au bord de la rupture face à ce regard trop expressifs.
Castiel lâche son bras, baisse la tête, ses yeux se remplissant d'eau.
« -Non… Tout mais pas ça s'il te plaît. »
Dean se sent vaciller face à cet être dont on lui disait qu'il était fort et brave alors qu'il semble à présent simplement vulnérable.
« -Écoute, je suis juste en face. On se retrouve demain matin. Tu ne dois pas te fier qu'à moi. Tu dois savoir être seul, prendre des décisions et te débrouiller par toi-même. Tu n'as strictement pas besoin de moi pour dormir. » prononce-t-il doucement.
Le cœur brisé de le l'abandonner ainsi, Dean s'approche de lui, prend son visage en coupe et dépose un long baiser sur son front afin de lui laisser une trace de lui-même.
Sans avoir le courage de le regarder à nouveau, il se retourne, entre dans sa chambre et referme la porte derrière lui.
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Des cris. D'horribles hurlements. Du sang. Une croix. Non. Sa croix.
Dean détourne les yeux, encore et toujours. Il les garde clos mais rien n'y fait. Il entend tout. Toutes sortes de plaintes, d'atroces supplications… Mais ce sont les cris qui restent le plus terrifiant.
Il finit par ouvrir les yeux. Le silence règne et Castiel est là.
Il semble lui faire confiance, le bleu de ses yeux est dirigé vers lui et lui seul, Lucifer.
Est-ce qu'il l'aime ? Que peut-il bien se passer dans sa tête ?
« -Castiel ? »
Pas de réponse.
« -Cas, réponds-moi ! »
Enfin une réponse. Des cris, les cris reviennent encore plus fort et le sang aussi, toujours plus de sang.
Et cette phrase revient, se mêlant aux hurlements non dissimulés du soldat.
Stat Crux dum volvitur orbis. La Croix demeure tandis que le monde tourne.
Devise de l'Ordre des Chartreux lui a-t-on dit. Mais il sait qu'il ne l'a pas pris pour ça, qu'il s'en fout de cet ordre religieux. Il l'a uniquement pris pour son sens littéral.
La Croix demeure tandis que le monde tourne.
Ce salaud a bien réussit son coup. Leurs croix demeurent pendant que le monde continue de tourner autour d'eux. Il veut qu'ils vivent selon ce qu'il leur a dit, qu'ils savent à présent ce qu'est la vie par ce qu'ils ont subi.
Mais ça n'arrivera pas, il n'a pas le droit de gagner, pas encore une fois.
Les hurlements retentissent de plus belle dans son cerveaux, faisant cesser toutes pensées.
« -Cas… » le supplie-t-il d'arrêter.
Dean se réveille, en nage, le cœur battant à tout rompre.
Foutu cauchemar mêlé de peurs et de souvenirs…
Il ouvre les yeux mais ne voit strictement rien dans l'obscurité à laquelle il n'est pas habitué. Alors se tourne sur le côté et sent un souffle chaud juste devant lui. Il ne lui faut qu'une seconde pour comprendre.
« -Bordel Cas, qu'est-ce que tu fous ici ? » plus sur le ton d'une question rhétorique que de l'agacement.
« PEUX_PAS_RES »
« -Rester loin de moi ? » achève Dean à sa place « Oui ça j'avais bien compris… » en souriant doucement.
« TU_M'AS_APPELÉ »
« -Ah… » embêté « C'était rien, juste un rêve. » tente-t-il de le convaincre.
« PAS_UN_RÊVE »
« -Ok j'avoue, un cauchemar. Mais c'est rien, tout va bien. »
« FAUX »
Les yeux de Dean sont à présent habitués à l'obscurité et peuvent presque nettement distinguer le visage de son interlocuteur.
Il ne peut s'empêcher de passer une main dans ses cheveux ébènes. Pourquoi faut-il que cet homme lui donne cette impression de tout connaître de lui alors qu'ils étaient de parfaits inconnus il y a encore un mois ?
« -Pourquoi moi Cas ? Je veux dire, tu connais mieux ton coéquipier, tu pourrais rester avec Sam. »
Dean fait un bond presque hors de son lit lorsque Castiel pose la main sur son torse, là où se trouve sa difformité.
Sans reprendre sa place, le barman passe la main dessus pour la sentir à travers son t-shirt, comme pour constater qu'elle est encore là, que personne ne lui a enlevé sa marque.
« -Désolé… C'est un vieux réflexe. Je ne voulais pas… Enfin personne ne peut toucher. » tente-t-il d'argumenter.
Il se réinstalle à ses côtés.
« -Tu crois que c'est cette horreur qui nous lie ? »
Pour toute réponse l'agent pose ses doigts sur l'épaule de Dean pour les faire lentement descendre vers jusqu'à la zone limite. Le barman sent l'appréhension monter en lui, son rythme cardiaque accélère, ses tripes se nouent… Mais Castiel retire sa main, sentant qu'elle est réellement mal venue dans cette zone rouge.
« J'AI_LU_LE_DOSSIER_DE_L'AFFAIRE »
« -La vieille j'imagine, celle qui a plus de 10 ans… » réfléchit-il à haute voix, sachant qu'il a dû l'étudier avant sa mission « Mais tu ne répond pas à ma question. Pourquoi moi ? »
L'agent ignore royalement sa demande, préférant se rapprocher et nicher sa tête dans le cou de Dean, son menton reposant sur son épaule.
« -J'ai besoin de savoir Cas… Tu me prends pour quoi ? Une bouée de sauvetage ? »
« JUSTE_DEAN »
« -Mais… Tu te rends compte que tu ne te conduis pas… Enfin c'est pas… Merde ! » s'agaçant contre lui-même, n'arrivant pas à exprimer clairement sa pensée « On ne tient pas la main à un ami et bordel de Dieu on ne vient pas dans son lit sachant que le plus bizarre est que nous sommes pédés. »
« GAYS »
« -Quoi ? » s'interloque Dean.
« PAS_PÉDÉS »
« -Oui, pardon… » laissant passer quelques secondes avant de répondre.
Une fois de plus, Dean constate qu'il a évité le sujet. Mais au fond il s'en fiche pas mal parce que peu importe comment Castiel le voit, il sent qu'ils ne sont pas nuisibles l'un à l'autre et qu'ils peuvent s'aider.
Bien sûr qu'il pâtit de le voir dans cet état, qu'il aimerait le voir au moins parler et qu'il voudrait ne plus voir un soldat brisé mais un Castiel pleinement en forme. Mais c'est tôt, bien trop tôt, il va falloir bien du temps avant d'avoir cette vision des choses.
Alors il va attendre, peu importe le temps que cela prendra.
« -Tu pourrais au moins retourner dans ton lit… » sans grande conviction.
Pas de réponse.
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Le jour filtre largement à travers les vieux volets alors lorsque Dean ouvre les yeux, c'est sur ceux de Castiel qui sont proches, bien trop proches.
Il se recule aussitôt, se passe une main sur le visage puis se lève pour prendre des affaires et file dans la petite salle de bain sous le regard muet de Castiel.
Une fois sorti de la douche, il retrouve toujours le même homme assis sur son lit, habillé avec des vêtements propres et encore affublé de son trench-coat.
Dean le regarde et soupire.
« -T'es vraiment incorrigible toi… » ne sachant réellement si c'est pour son manteau ou sa persévérance quant à rester non loin de lui qu'il dit ça « Viens on va déjeuner. »
Ils arrivent dans la cuisine où Bobby s'acharne vraisemblablement à faire des œufs brouillés.
« -Bien dormi ? » demande le propriétaire des lieux aux deux arrivants.
« -Ça peut aller. » répond Dean « Et toi Sammy, ce vieux lit n'a pas trop grincé ? » avec un sourire moqueur.
Un simple rougissement surmonté d'un regard de tueur lui suffisent pour se dire que son petit frère a passé une excellente nuit.
« -En ce qui me concerne j'étais au septième ciel. » déclare Jessica, s'étirant en prenant toute la place avec ses bras afin d'en rajouter une couche.
« -Je vous déteste. » annonce solennellement Sam.
Dean engloutit ses œuf à une vitesse folle tandis que Castiel n'y touche pas beaucoup.
« -T'as le feu au cul ? » s'enquiert Bobby.
« -Non mais Ellen et Jo oui si je ne me dépêche pas. »
« -Ce n'est pas comme s'il y avait beaucoup de monde au bar à huit heures du mat' Dean. » intervient Jessica.
« -Tu connais pas Martin toi. » avec un sourire.
« -J'aurais juré qu'il était à l'asile celui-là… » murmure le vieux carrossier.
« -Il y était, je te rassure. » avant de se lever de sa chaise.
Une main le saisit vivement.
« -Je termine à 14 heures. » à l'égard de Castiel.
Son regard reste accroché au sien, lui signalant qu'il ne compte pas renoncer. Dean hésite, sentant les yeux de toute la tablée peser sur lui, comme si eux savaient ce que lui doit dire.
« Ok, tu peux venir… Pour cette fois. » se dépêche-t-il de rajouter « Mais tu risques de t'ennuyer. »
Sam et Bobby échangent un regard que Dean appréhende bien qu'il n'en saisisse pas le sens.
Jessica tente de dissimuler un sourire alors que le barman réalise seulement que sa main s'est liée à celle de Castiel.
« -Pars, idjit. » lance Bobby avec son éternel regard paternel.
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Dean enfonce la clé dans la vieille serrure rouillé de la porte du Roadhouse et l'ouvre.
L'odeur du whisky entre dans ses poumons puis s'échappe à travers l'air ambiant de la pièce. Il sourit, l'air satisfait. Jamais il ne se lassera de ces doux relents d'alcool.
« -Laisse la porte ouverte, il fait bon ce matin. » à l'égard de Castiel en s'en allant derrière le zinc.
A peine une minute plus tard, le vieux Martin a à peine franchit la porte que Dean fait sortir la bière de sa tireuse et pose le verre sur le comptoir à son attention.
A pas lents, un homme ayant les yeux cernés, le crâne dégarni et les cheveux coupés à ras arrive face à eux.
« -C'est qui lui ? » demande-t-il sans préliminaires d'un geste vague du menton.
« -Un ami. » sous le regard interrogateur de Castiel face à cet étrange bonhomme.
Martin opine mollement de la tête, pend sa bière et part se tasser dans sa solitude au fond du bar où comme à son habitude, il va passer la journée à parler tout seul en regardant une vieille photo.
« -Désolé pour ça… » en désignant l'homme au loin « C'est lui Martin. Il est schizophrène. Enfin je crois. Et alcoolique aussi. Oui je sais, je ne l'aide pas en lui donnant de l'alcool mais je n'ai pas le droit de lui refuser, il est sobre le matin. En général je le fais sortir aux alentours de midi, quand il est trop plein. » explique-t-il.
Dean se tourne et allume le poste de radio pour tomber sur Hurt de Johnny Cash. Bien triste chanson, d'autant plus chanté par cette voix emblématique que Dean aime tant.
Il se tait pour mieux s'imprégner des paroles qui résonnent à travers le bar.
Sa main se fait prendre en otage, il tourne les yeux vers son détenteur.
« -Non Cas… Pas au boulot. » en s'en défaisant.
Dean sourit intérieurement en sentant le bout des doigts de Castiel effleurer le dos de sa main. Il trouvera décidément toujours une ruse pour le toucher. Mais pourquoi tant d'acharnement pour rester en contact physique avec lui ? Au fond de lui il pense le savoir mais ne veut simplement pas le voir, préférant se poser des question idiotes.
« -T'as… Mal dormi ? » en passant ses doigts sous les cernes plus que visibles du noiraud.
Il retire rapidement sa main de son visage, se rendant compte que ce geste est inconvenant.
« PAS » en reprenant contact avec la main fuyarde de Dean.
« -Sérieux ? T'as pas… » commence-t-il abasourdi « Mais ça va, t'es pas trop fatigué ? » s'enquiert-il.
L'agent lui offre un petit sourire navré. Dean semble réfléchir un instant puis fronce les sourcils.
« -Ça veut dire que… Tu m'as maté toute la nuit… ? » dérouté et amusé par cette question qu'il pensait s'être posé seulement dans sa tête.
« JE_VEILLAIS_SUR_TOI »
Le barman reste incrédule, ses verts envoûtés par ses bleus l'espace d'un instant, se demandant quelle est la signification de cette phrase, qu'en penser, comment réagir et que dire. Il finit par arracher sa main qui était restée dans celle de Castiel pour qu'il puisse écrire dedans et se retourne face au bar.
« -Tu ferais mieux de dormir cette nuit. » conseille-t-il finalement avec bienveillance.
Il se met à astiquer machinalement le zinc.
Au bout de plusieurs minutes de mutisme Take Me Home, Country Roads de John Denver fait largement sourire Dean. Castiel lui demande silencieusement pourquoi il sourit aussi bêtement.
« -T'entends ces paroles ? Eh bien c'est ici chez moi. Ou plutôt Lawrence c'est chez moi mais ce bar… » il hésite « C'est dingue, j'étais ici et toi, t'es là, maintenant… Enfin je veux dire après… Après tout, après ce que j'ai vécu il y a longtemps c'est ici que je me suis refait ma vie. Et toi maintenant t'es là, avec moi dans ce fichu bar. » avec un sourire dépité.
Castiel reste suspendu à ses lèvres, attendant une suite, plus d'explications. Le barman le considère attentivement afin de mieux le jauger, pour donner de meilleures explications qui semblent bienvenues.
« -Je n'étais pas comme toi, j'étais jeune et stupide, ma scolarité était déjà foutue en l'air. Je n'avais plus de père, juste mon frère et Bobby… Ellen, la proprio et amie de la famille, a contribué à me redonner une vie. Et j'ai bâtie la mienne autour de ces bouteilles de whisky, cette tireuse à bière et ce vieux juke-box qui est en panne depuis des lustres. Ça, tout ça… C'est ma vie. »
Dean s'arrête de parler, constatant qu'il en a trop dit, dévoilé plus de détails sur lui qu'il ne l'avait jamais fait auparavant. Castiel le regarde toujours, le bleu plongé dans le vert.
« -Et toi Cas, qu'est-ce que tu fous ici… ? » finit-il par lâcher doucement.
Silence. Seul John Denver qui achève sa litanie brise le calme ambiant.
Les heures passent, seul quelques regards échangés entre eux et quelques gestes maladroits restent la véritable communication des deux hommes. Les clients arrivent, les vieux fous du village surtout. Quelques un échangent des formalités avec Dean en regardant « le nouveau » qui reste planté à côté de lui, offrant quelques sourires aimables aux clients les plus sympathiques.
« -Elles arrivent. Ellen et Jo. Je reconnaîtrais le son de leur vieille planche à quatre roues entre mille. Jo c'est la fille d'Ellen. Elle est très… Infernale. » en souriant tendrement.
Et quelques secondes plus tard les deux femmes entrent, les bras chargés de victuailles, toutes deux souriantes comme à leur habitude, ensoleillant la journée de Dean.
« -Vous arrivez tôt aujourd'hui. » constate le barman.
« -On s'ennuyait de toi. » lâche naturellement Jo en posant ses sacs sur le comptoir.
« -Je vous présente Castiel. C'est… » en scrutant son visage, ne sachant comment présenter l'homme et son mutisme « Un ami, enfin le coéquipier de Sam. Il ne peut temporairement pas parler et reste avec moi aujourd'hui. »
« -Ça me va. » adjuge Ellen sans poser plus de questions, le jaugeant avec bienveillance « On a assez de nourriture pour quatre. »
Au cours du repas Jo s'amuse de la situation, posant mille et une question à l'homme vêtu d'un trench-coat. Elle l'aime bien avec son air vestimentaire légèrement décalé et sa visible connaissance des choses de ce monde. Et surtout elle reste sidérée par son manque de savoir sur la pop culture, si bien qu'elle peine à y croire.
« -Elton John ça ne te dit vraiment rien ? » s'amuse-t-elle en mordant dans son sandwich.
« Ça devrait ? » écrit Castiel sur une feuille, à l'aise avec sa nouvelle rencontre.
« -Bien sûr que oui. C'est la star du rock. »
« -Pop rock. » tient à préciser Dean, trouvant dégradant d'associer son nom au vrai rock.
« -Rabat-joie. » à l'égard du barman « Tiens, écoute Cas, ça c'est lui. »
Elle appuie sur un bouton du poste de radio et la voix du chanteur envahit l'espace.
« -Pourquoi Jo ? » sur un ton faussement accablé, un rictus mal dissimulé au bord des lèvres.
« -Tout ça parce qu'il parle d'amour et que ça t'en bouche un coin qu'il sache si bien le faire. » lance-t-elle comme une pique.
« -Touché. » rajoute Ellen, complice de sa fille, en parlant à la place du barman.
Il prend un air faussement contrit et remet l'ancienne station de radio en fond sonore.
« -Sérieusement Cas, tu l'as déjà entendu parler de ce qu'il ressent ? »
L'agent ment, faisant non de la tête et voit son ami se détendre à cette réponse.
La journée continue, Castiel est soulagé de dialoguer comme il le peut avec des personnes qui ne savent rien de lui, des personnes rayonnantes de vie et joyeuses. Il se rend compte qu'Ellen est une femme forte et autoritaire tout en étant douce et maternelle avec Dean et sa fille, commençant même à l'adopter. Jo reste fasciné par lui, continuant son interrogatoire acharné.
De nouvelles notes de musiques caractéristiques résonnent annonçant Wonderwall d'Oasis et le visage de la jeune femme s'illumine instantanément.
« -Tu sais danser ? » demande-t-elle à Castiel en augmentant considérablement le son du poste de radio.
Il répond que non.
« -C'est parfait. » en conclut Jo.
Elle prend alors la main de Castiel et le traîne dans un endroit dépourvu de tables, commençant à le faire tourner en rond.
« -Cette chanson ne se danse strictement pas. Mais laisse-toi juste porter. » lui conseille-t-elle le sourire aux lèvres.
Il y a encore un an Castiel aurait pris un air totalement effaré à l'idée d'être pris en otage le temps d'une danse devant toutes ces personnes mais à présent il s'en fiche, bien qu'il soit loin d'être à l'aise. Après tout il s'en moque, il ne connaît personne ici, il peut bien se laisser porter par cette boule d'énergie humaine qu'est Jo.
La jeune femme commence alors à tourner en rond, toujours la main de Castiel dans la sienne, un sourire heureux plaqué sur le visage, les paroles arrivant au bord de ses lèvres, commençant à chanter tout en captant le regard azur de son partenaire de danse.
Les clients se taisent et observent tout simplement avec bienveillance ce petit bout de femme faire son show quotidien, y étant habitué. Chaque jour, à chaque fois qu'une de ses chansons préférés passe, elle pousse le volume vers le haut et se met à danser à sa manière, balançant ses cheveux de toute part, prenant la plupart du temps Dean avec elle ou quelques autres clients habitués du bar qui la connaissent bien. C'est le rayon de soleil de chacun.
Alors Castiel laisse Jo l'emmener où elle le souhaite, un sourire commençant à fendre son visage tant la joie de la jeune femme est communicative.
Les paroles de la chanson arrivent dans la tête du brun et il comprend qu'il s'agit d'une belle chanson d'amour.
Jo lève le bras pour faire passer Castiel en dessous, ils tournent ensemble encore et toujours. Elle hurle le refrain en souriant franchement, il lui rend son plus beau sourire, se sentant allégé de tout poids face à cette innocente danse.
Dean a du mal a contenir son émotion face à la paix qu'il perçoit sur le visage de son ami, les yeux rieurs comme il ne l'avait jamais vu.
« -Il en a bavé c'est ça ? » demande discrètement Ellen avec bienveillance.
« -Plutôt oui. »
« -Il a l'air heureux. » constate-t-elle simplement.
« -Personne ne peut être malheureux en compagnie de ta fille. » prononce-t-il doucement.
Les mots de la chanson font écho à Castiel. Cela parle d'un homme qui ressent quelque chose d'unique, de quelqu'un qui aimerait parler, évoquer ce qu'il a sur le cœur mais n'y arrive pas. Il est dit que des routes tortueuses doivent être encore empruntées, qu'une faute va être rejetée injustement sur quelqu'un, à tort. Mais il est surtout dit qu'une personne peut en sauver une autre.
Et il voit Dean, cette âme qu'il sait torturée, marquée par le Diable lui-même. Il ne s'est jamais totalement remis d'avoir croisé sa route, il le sait. Alors peut-être… Peut-être qu'il peut l'aider. Peut-être qu'il peut le sauver comme la chanson le dit.
Il sourit plus amplement en voyant Jo se déchaîner toujours plus si tant est que c'est possible. Elle le remarque et se met à rire tout en continuant sa litanie, heureuse de voir cet homme qui lui était encore étranger ce matin sourire de bon cœur. Elle s'est déjà plutôt bien attaché à lui, avec son air franc et drôle dans tous les sens du terme.
Jo hurle ses dernières paroles, faisant son ultime ronde avec Castiel. Puis elle laisse les dernières notes de mélodie couler avant de déposer un bisou sur la joue du brun, le faisant rire aux éclats, de toute sa voix.
Un rire qui transperce l'air et dont le son est clair. Un rire vocal qui se laisse entendre.
Le cœur de Dean chute dix mètres sous terres à l'entente de celui-ci, cette douce voix rauque lui ayant manqué.
La jeune femme tire la révérence, Castiel fait de même pour la forme, se prenant à son jeu puis retourne derrière le zinc en compagnie de Dean.
« -Belle chanson hein ? » demande simplement le barman en dissimulant mal sa joie.
Le brun hoche seulement la tête, le joie se lisant encore sur ses traits.
Le silence demeure mais l'ivresse de vivre est plus forte.
J'espère que le chapitre vous a plu.
On se retrouve la semaine prochaine avec quelques tumultes. Il en faut bien...
Bisous~
