Hey everybody !
Même si j'ai beau essayer, je pense que je ne vous remercierai jamais assez pour tous vos retours sur cette fic, même les silencieux. Alors, véritablement, merci.
Comme promis, un chapitre avec un peu plus d'agitation qui va laisser place à un peu de réflexion.
Je ne vous retiens pas plus...
Bonne lecture~
Chapitre XVII
« Hantises »
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« -Non, ne partez pas… » fait la blonde, faussement boudeuse.
« -Désolé Jo mais on a une vie en dehors du bar. » sourit Dean face à sa petite sœur de cœur.
« -Ce n'est pas juste… » maugrée-t-elle « Au revoir Castiel. »
Il lui fait un signe de la main en lui rendant le sourire qu'elle lui offre.
« -Elles sont géniales hein ? » fait Dean en montant dans sa voiture.
Castiel opine, le visage détendu.
« -Tu sais, après tes quatre semaines de congé… » commence le barman en démarrant la voiture « Tu pourras rester ici autant de temps que tu le voudras. Ou revenir quand ça te chanteras. Ou pas hein, c'est toi qui vois… »
Dean sent des yeux insister sur lui. Il en a trop dit, il en est sûr. Il sent que Castiel a des doutes, qu'il est suspicieux quant à certaines décisions de que FBI a pris à son insu.
Alors il ne dit plus rien et continue de rouler en direction de chez Bobby, fixant la route qui est devant lui afin de ne plus rien trahir de ses mots.
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« -Tu peux rebrancher. » annonce Dean à Bobby.
Le mécanicien de profession lève le pouce, lui signifiant que c'est fait. Dean tourne la clé de la voiture qui commence à vrombir.
« -C'est une réuss… » un sourire se dessine sur son visage avant de s'effacer « Putain de merde ! » lâche-t-il, énervé contre la voiture qui cesse toute activité.
« -Voi-tu-re. C'est une voiture Dean. » s'amuse Bobby.
Castiel reste muet face à ce spectacle dont il ne saisit pas grand-chose.
Devant lui se trouve une Lincoln Continental Mark V datant de 1978, que Dean a l'air de détester tout autant que d'apprécier. Elle refuse catégoriquement de démarrer alors que le barman, lui, s'acharne à tenter de la faire revivre.
« -Je t'ai déjà dit de laisser tomber avec cette épave… » tente de le raisonner Bobby.
« -Hors de question. » en retournant sous le capot « Cette caisse pourrait être une vraie merveille si jamais elle… Oh putain ! »
« -Quoi encore ? » sourit le vieil homme.
« -Les câbles. Ça vient des câbles. Ce sont les putain de câbles qui sont morts ! » s'explique-t-il « Pourquoi on n'a pas vu ça ? C'est pourtant évident non ? »
« -C'est vrai qu'on a changé la batterie mais sans se préoccuper de l'état des câbles… » murmure Bobby pour lui-même « Je dois avoir ça. » dit-il en partant en chercher.
Castiel scrute attentivement le visage de Dean qui étend un large sourire au vu de sa trouvaille.
« -Tu ne veux vraiment pas rentrer pour t'occuper de choses plus intéressantes ? » s'enquiert-il.
C'est un non catégorique.
« -Elle est belle hein ? » demande le barman émerveillé par la voiture beige.
Castiel opine en souriant de l'enthousiasme et de l'admiration que Dean éprouve pour cette voiture. Il se surprend même à penser comme lui, que cette voiture a une certaine beauté. Il est vrai qu'il ne s'est jamais réellement intéressé aux voitures mais le vécu de celle-ci et son côté antique l'attire à elle, le pousse à la fascination.
Il est vrai que de prime abord, elle semble vraiment ancienne et désuète, de ces voitures qu'on ne voit plus nul part, ces anciennes américaines oubliées. Mais en réalité c'est sa rareté qui fait sa beauté. On ne voit plus de voiture avec un si long capot ni même cette calandre qui est si élégamment dessinée. Et c'est ça qui fait son charme, c'est ces rares traits perdus que le temps a effacé de ces nouveaux modèles de voiture. Alors effectivement, comme le dit Dean, elle est véritablement belle.
Bobby revient avec les câbles et tous deux procèdent à ce qui semble être aux yeux de l'unique spectateur un acte chirurgical assez précis bien que barbare à cause des divers outils employés tel que des clés ou des pinces coupantes.
Et après avoir sorti un nombre incalculable de jurons, Dean se met de nouveau derrière le volant, tourne la clé et sourit franchement lorsque la voiture démarre enfin.
« -Merci ma belle… » souffle-t-il soulagé, semblant largement se détendre.
« -Tu vois ça Castiel ? C'est en disant des mots doux à cette vieillerie que Dean compte s'en sortir avec elle. » lance Bobby rieur.
L'agent sourit en retour en dodelinant légèrement de la tête.
« -Bon, maintenant qu'elle démarre il faut réparer la boîte de vitesse… » grogne Dean retournant à la dure réalité « Cas, tu peux nous aider ? »
L'intéressé s'approche afin de démontrer son approbation.
« -Il faut la pousser jusque là-bas. » déclare Dean en désignant une vieille bâtisse à 400 mètres de là « Ouais je sais, ça fait sacrément loin mais on a besoin d'un pont. »
Il rit en voyant l'expression d'incompréhension de son vis-à-vis.
« -Un pont c'est… Une sorte de crique géant pour soulever la voiture. On en n'a pas vraiment besoin pour réparer la boîte de vitesse mais ça sera pour plus tard, pour vérifier que tout va bien là-dessous. Et là-bas c'est plus pratique pour réparer tout ça. »
Les trois hommes poussent alors, non sans grandes difficultés, la voiture jusqu'au vieux bâtiment de taule, faisant tout de même quelques arrêts forcés, le chemin étant long et pénible.
Puis Castiel reste encore debout, s'adossant légèrement contre un mur tout en les regardant tenter de remettre sur pied cette voiture.
Les heures passent sans que le temps ne paraisse long. Il observe les réparations tout en écoutant les incessants jurons de Dean et les douces moqueries de Bobby, donnant un coup de main de temps à autre, lorsqu'il le peut, se salissant les mains et sa chemise.
« -Ce n'est pas que je veux jouer les rabat-joie les garçons mais il est temps d'aller se nourrir. » annonce le vieux bougon « Et ne t'en fais pas Dean, tu reverras ta maîtresse demain. » ricane-t-il en voyant la déception se lire sur le visage de son fils de substitution.
« -Tu pourrais me laisser profiter… Elle a un pare-choc d'enfer celle-là. » poursuit-il rieur sous le sourire de Castiel.
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Le dîner est passé à une vitesse fulgurante.
Jessica a prié Sam de se dépêcher afin qu'ils ne ratent pas leur séance de cinéma alors les tourtereaux n'ont pas passé plus de dix minutes à table. Quand à Bobby…
« -Idjit ! » hurle-t-il à son téléphone « Et t'as personne d'autre qui peux t'aider ? »
Il patiente impatiemment quelques secondes, pinçant les lèvres et levant les yeux au ciel, le temps que son interlocuteur réponde.
« -Peut-être que si t'étais moins con les autres voudraient bien… … Ok, je me calme. J'arrive mais t'es vraiment un… » il semble étouffer un autre « idjit » avant de raccrocher.
Le vieux mécano prend une grande inspiration afin de retrouver un semblant de calme.
« -Gordon est en panne. Enfin si on peut appeler une roue crevée une panne. » lâche-t-il.
« -Et il ne sait pas changer une roue ? » s'amuse Dean.
« -Sa roue de secours est crevée aussi. » annonce-t-il dépité.
« -C'est franchement pas malin ça… »
Bobby approuve en roulant à nouveau des yeux et, dans un silence qui en dit long sur sa colère, prend sa veste et s'en va.
La porte claque, Dean et Castiel se retrouvent seuls.
« -Gordon c'est… Rah, laisse tomber. » à son égard « Bon ok… » sans aucune demande de la part de celui-ci « C'est un mec qui fait pleins de plans foireux. Tout le monde le déteste. Ou personne ne l'aime, comme tu préfères. Et Bobby risque d'en avoir pour un moment puisqu'il n'habite pas la porte à côté… ».
Tout en parlant Dean s'est levé et a commencé à débarrasser la vaisselle. Castiel l'aide, comme à son habitude, rassemblant couverts et assiettes.
Cependant le barman ne peut s'empêcher de remarquer les paupières tombantes et les gestes quelques peu maladroits de son vis-à-vis qui est visiblement rongé par la fatigue. Il manque même plusieurs fois de laisser s'échapper les couteaux de ses mains tant il est éreinté.
« -Non laisse, je vais me débrouiller. »
Mais l'agent fait la sourde oreille, continuant de débarrasser.
« -Arrête… Cas, je te dis d'arrêter ! » s'agace-t-il.
Le noiraud lève alors les yeux vers lui, hébété. Dean sourit en voyant qu'à travers ce regard las et épuisé se trouve encore une étincelle de témérité.
« -Va dormir, tu tiens à peine debout. » en s'en allant poser la vaisselle près de l'évier.
Mais Castiel insiste de ses yeux, durcit son regard et pince les lèvres. Lentement il balance sa tête de gauche à droite, manifestant un net refus.
« -Va dormir. » poursuit Dean avec plus de conviction.
Cette fois ce sont ses mâchoires qui se serrent et ses poings qui se ferment. Il réitère un non résolu qui ne laisse vraisemblablement pas place à discussion.
Et Dean est surpris de le voir le considérer avec tant d'impudence, semblant presque en colère face à sa demande. C'est la première fois qu'il ressent de l'hostilité de la part de Castiel, il peut voir que sa demande réveille quelque chose en lui, provoque un affront.
« -Cas, va dormir. » réitère-t-il une dernière fois.
Et Castiel éclate, repoussant rageusement Dean qui, surpris, se rattrape comme il le peut, reculant de trois pas.
« -Putain Cas, mais ça va pas ?! » lâche-t-il presque aussitôt, considérant attentivement le moindre de ses fais et gestes tant par méfiance que pour comprendre.
Il se fait prendre par le col de sa chemise et coller contre le réfrigérateur.
Dean reste totalement coi, en suspend face à ces gestes brutaux. Castiel le happe de ses yeux qui laissent passer une colère sourde et sans nom, une angoisse anciennement tue qui s'exprime enfin.
Ils se considèrent un moment, Dean déchiffrant là où Castiel transmet, les visages proches, les souffles mêlés et les pensées finalement données.
Puis Dean gigote pour se défaire de sa prise et Castiel cède, reculant même d'un pas afin d'effacer leur proximité.
« -Tu fais des cauchemars… C'est pour ça que tu ne veux pas dormir… ? » demande-t-il finalement.
Pour toute réponse, Castiel hoche très légèrement la tête en détournant les yeux.
Alors Dean comprend mieux ses réticences quant à trouver le sommeil, il comprend enfin la raison de ces cernes noires sous les yeux et surtout la violence de cette peur qu'il transforme en rage brute. Parce que ses cicatrices internes sont là, toujours présentes et qu'il déteste ça, les rejette du mieux qu'il le peut.
« -Écoute Cas… Tout le monde a besoin de sommeil. Et personne ne peut te forcer à dormir en claquant des doigts, c'est physiquement impossible. Mais… Assieds-toi juste sur le canapé et ne pense plus à rien. Je ne te demande pas de dormir, seulement de te reposer. »
Il le guide alors par les épaules à l'endroit indiqué. Castiel chancelle, la colère qui l'a animé quelques secondes plus tôt s'étant totalement évaporée pour laisser de nouveau place à la fatigue.
« -Fais-ça pour moi. »
Il ne répond rien, tombant simplement sur le sofa, à présent trop las pour exprimer son désaccord. Et Dean s'en va simplement faire la vaisselle, dans la cuisine qui est juste derrière.
Mais Castiel n'est pas dupe, il sait que cette tête de mule de Winchester veut qu'il dorme et que c'est pour cette raison qu'il est assigné à ce canapé. C'est un fait, il va forcement finir par sombrer dans les délices des abîmes du sommeil. Mais cela n'a rien de rassurant, dormir est tout sauf reposant ces temps-ci.
Dos à la cuisine, face à la cheminée éteinte, il entend les cliquetis de la vaisselle et le robinet couler de même que la main de Dean qui s'échappe de l'eau pour laver un couvert puis le rincer… Il entend tout ça, il sent cette réalité. Il sent sous ses doigts le vieux cuir usé du canapé, celui-là même sur lequel il est assis à ce moment précis. Mais le sommeil gagne, la lutte est déloyale, cela fait bien trop longtemps que son corps n'a pas eu le droit au repos.
Il tente du mieux qu'il peut de garder les paupières ouvertes, de rester prisonnier du monde conscient, de l'éveil. Mais il a aussi conscience qu'il perd cette bataille et que les ténèbres le gagnent, empiétant sur la réalité.
Il ne semble effectivement pas à Castiel qu'il y avait quelqu'un, debout, face à lui, la seconde d'avant, ni même que cette personne parlait.
Il tente alors de se concentrer du mieux qu'il peut sur ce vieux tapis aux couleurs enflammées, celui de chez Bobby. Mais c'est le béton humide et froid qui finit par prendre définitivement sa place, l'emportant dans le monde de l'inconscient.
« -Répète-moi ça pour voir ? » demande l'homme debout devant lui.
« -Je veux être à toi. » ment consciencieusement Castiel.
Lucifer se met à genoux en face de lui pour contempler ses yeux et y déceler un trace de mensonge. C'est à présent habituel, il le sonde afin de mieux le comprendre. Et à chaque fois Castiel ment mieux que les fois précédentes, réussissant à le duper.
Mais sans prévenir, il es frappé au visage.
L'agent garde la tête baissée, ne voulant pas s'accrocher à ce regard trop perçant. Il se sait conscient mais reste un funambule sur un fil. Il peut basculer à tout moment, ne penser qu'à lui à tout instant.
Il lui agrippe les cheveux pour relever sa tête et fixer ses yeux dans l'espoir d'y voir un once de vérité. Castiel tente d'être convainquant.
« -Tu en es toujours sûr ? » demande Lucifer.
« -Oui. » en sentant étrangement ses sentiments vaciller.
Nouveau coup, moins retenu cette fois-ci.
Il réitère l'opération, pénétrant son regard et ses moindres pensées.
Un boule se noue dans la gorge de Castiel. Et Seigneur qu'il déteste ça. Il sait de quel côté il est, pour qui il travail mais… Ces yeux… Ses yeux et cette volonté de le faire plier… C'est trop, beaucoup trop.
« -Toujours aussi sûr ? »
« -Oui. » murmure-t-il presque sincèrement.
Nouveau coup, dans la mâchoire cette fois.
Mais Castiel s'en fiche de la douleur physique, c'est sur la psychologique qu'il se focalise. Et il sent, oui, il sait que toutes les barrières qu'il avait soigneusement posées sont étrangement toutes tombées, qu'il est à présent à nu devant lui et que toutes ses pensées sont à présent siennes.
« -Sûr ? »
« -Oui. » dans un souffle.
Lucifer rit haut et fort durant quelques secondes puis semble s'essuyer une larme de joie.
« -T'es vraiment un sacré numéro toi. » en souriant autant d'attendrissement que d'amusement.
Puis il s'approche et dépose un très léger baiser sur ses lèvres.
Mais Castiel en veut plus, il veut plus que cet effleurement de lèvres. Il veut être à lui, tout à lui.
« -Plus. » murmure-t-il.
Son vis-à-vis fronce les sourcils de mécontentement, semblant ne pas comprendre. Puis il prend une mine boudeuse, ayant saisit là où il veut en venir.
« -Cassie… Non, je ne peux pas. Tu es… Je n'ai jamais vu quelqu'un comme toi. Tu es ici avec moi c'est donc que tu as tes démons mais tu es si pur… Tes yeux Cassie, ils reflètent ta pureté et même si j'ai envie de plus, je veux ce plus avec toi… Je ne peux pas. Tu comprends ? »
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Le Castiel de maintenant voit l'ancien, assis contre ce mur, face à cet être abominable. Celui qu'il est aujourd'hui a une fois encore assisté à toute la scène, voyant celui qu'il était. Il se dégoûte de ne pas avoir su résister, il se hait d'avoir faillit. Mais il n'y peut plus rien à présent, il ne peut que contempler ces souvenirs avec la nausée et et un goût amère en bouche.
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« -Sérieusement ? » lâche Lucifer dans la voiture, en route vers Minneapolis « Le FBI ? Non mais Cassie, tu aurais pu m'en parler… » sans colère mais les reproches s'entendant dans sa voix.
Son emprise s'étant relâché, il ne peut réprimer un sourire ironique. Il aime cette façon qu'ils ont de dialoguer presque ouvertement lorsqu'il est dans cet état de semi-conscience de lui-même, cette sorte d'ivresse inconsciente et insouciante.
« -Il fallait poser les bonnes question. » répond-il simplement.
« -Et avec Dean Winchester en prime. » sourit-il doucement en dodelinant de la tête « T'aurais vraiment pu m'en parler… » sans plus aucun reproche.
« -Je leur reste fidèle. »
« -Mais tout ce que tu m'as raconté, sur toi, sur ta famille… C'était vrai, n'est-ce pas ? »
« -Je ne t'ai jamais menti. J'ai juste omis certains détails. » répond-il franchement.
Lucifer soupire de soulagement.
« -T'as vraiment de la chance que je t'aime bien… Et ça ne change pas grand-chose au plan finalement… C'est même mieux. Je visualise mieux comment sortir de tout ça au final… »
« -Quel plan ? » incrédule « De quoi est-ce que tu parles ? »
« -Tu verras mon Cassie. » en détournant brièvement ses yeux de la route pour le contempler avec douceur.
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Ce moment là, Castiel le revoit toujours de la façon la plus neutre possible.
C'était les moments où il n'était pas sous emprise totale ni vraiment ancré dans la réalité à cause de l'oxycodone. Il n'y a rien à y redire, aucune maltraitance ni rien de ce genre, seulement une conversation détendue et sans trop d'artifices.
Non réellement, ces souvenirs-là étaient le calme avant la tempête, le calme avant que tout ne soit bouleversé.
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L'inquiétude est d'abord ce qui frappe Castiel lorsqu'il voit Lucifer arriver avec une énorme charge dans les bras. Puis l'inquiétude se mue en panique lorsqu'il découvre que cette charge est en réalité Dean. Dean Winchester, un presque inconnu, un homme qu'il a rencontré et connaît du FBI et de Sam seulement.
Mais pourquoi diable est-il ici ?
« -Il n'est pas mort si c'est ce que tu veux savoir. » s'amuse Lucifer en voyant la mine effarée de Castiel.
Il le dépose dos à lui et semble lui lier les mains avec une chaîne, tout comme lui l'est.
« -Comment ? » demande simplement l'agent, incapable de formuler sa question autrement.
« -Il est venu de lui-même. Ou plutôt à ma demande. Au fait, ça ne te gênes pas d'avoir un coloc ? » lance-t-il ironiquement « Je vais chercher de quoi manger. J'ai tellement faim… On dirait que le diable lui-même habite mon estomac. » avec un sourire narquois « Surtout, pas de bêtises les garçons. »
Il s'en va, refermant la porte derrière lui.
Castiel tâte de la main pour voir si Dean est bel et bien attaché, au cas où ses chaînes seraient mal fermées. Mais non, elles sont bien closes.
Par inadvertance ses doigts effleurent le creux de sa paume. Il a les mains agréablement chaudes. Celles de Castiel sont gelées à force de rester contre ce béton aussi froid que la glace.
Il réussit alors à faufiler ses doigts entre les siens et n'y trouve pas seulement de la chaleur mais aussi du réconfort.
Puis la lumière se fait totalement dans son esprit. Il se rappelle maintenant qu'il n'est pas seulement Cassie, l'ami de Lucifer mais qu'il est bel et bien Castiel ou plutôt l'agent Novak et qu'il est ici parce qu'il est en mission.
Il doit… Il doit encore le faire tomber pour coups et blessures. Même s'il l'a frappé plus tôt, ce n'est pas suffisant, pas assez marquant. Un simple bleu n'est pas durable et ne peut être une preuve s'il disparaît avant de se faire examiner par un médecin. Hors il ne sait pas quand est-ce qu'il sortira d'ici. Non, il doit aller loin, bien plus loin que ça. Il doit avoir une marque durable sur la peau, quelque chose qui saura témoigner contre lui et le faire tomber.
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« -Non ! » crie Lucifer « Il n'y a pas de "Eh bien…". Ton connard de père était du FBI. Tu lui faisais confiance ? Est-ce qu'il t'a bien traité ? »
« -Non. » après un moment, tentant de ne pas se laisser manipuler.
« -Aimes-tu vraiment le FBI ? Est-ce que tu n'as pas été contraint d'y aller ? C'est ton père qui t'y a poussé ? »
« -Oui. » admet-il franchement.
« -Oui quoi ? » plus durement.
« -Oui, mon père m'y a contraint. Et je… Je déteste ça. Je n'aime pas être agent. »
Sa voix se brise, ses yeux s'embrument de larmes. Parce que sa vie ne se résume qu'à ça, qu'à continuer d'obéir à un père absent et ce même si ce qu'il fait ne lui plaît pas.
Son vacillement penche bel est bien du côté de Lucifer. Il a raison, il ne sert à rien de rester fidèle à eux alors que la facilité est là, qu'il peut simplement s'abandonner à ce que cet homme lui dit.
« -Alors hais le FBI comme tu hais ton père. Maintenant dis-moi Castiel, tu veux m'appartenir pour toujours ? »
Il se sent chuter dans un trou béant. Oui, pourquoi pas. Il n'a que ça à faire de sa vie après tout. Il n'y a que lui qu'il sache réellement aimer puisque tous ses amis sont du FBI, de cette organisation défaillante. Alors oui, il veut être avec lui pour toujours.
« -Oui. » dans un murmure.
« -Tu me fais confiance ? »
« -Bien sûr. »
Il semble à Castiel qu'une autre voix raisonne dans la pièce, une voix qu'il connaît. Mais non, il doit sûrement rêver, il n'y a que Lucifer et lui ici.
La suite ? Floue. Douloureuse. Ensanglantée. Une envie de fuir et de rester. Fuir parce que son instinct le lui dit. Rester parce que Lucifer est ici, avec lui.
On l'appelle, il ouvre les yeux et Dean est là. Un visage familier qui lui rappelle qui il est.
Dean sourit presque tristement, avec peine. Castiel ne se rappelle pas vraiment de leur bref échange mais il se souvient qu'un bonheur amère traversait les traits de son ami.
Mais le plus gênant c'est son corps qui refuse de bouger. Il n'a pas nécessairement envie de se déplacer mais il sait que si il tente le moindre geste il n'y parviendra pas. Il se sent lourd, comme fait de plomb. Son corps est faible, probablement en état de choc suite à cette chose qu'il a accepté de porter sur son torse.
Et il meurt de froid, tremble de tout son être, une douleur lancinante lui transperce les reins. Il est en manque. Et la seule source de chaleur qui comble ce manque est la main de Dean.
Un longue conversation a lieu. Il l'écoute. Il les écoute, tous les deux. Dean regorge visiblement de haine et d'incompréhension tandis que Lucifer reste cordial et détendu, comme à son habitude.
Puis Sam finit par il ne sait quel moyen par arriver. Il est là, il le regarde, lui parle.
Rufus tente de le calmer puisqu'il est énervé. Alors Sam se calme, Lucifer parle encore et…
Lucifer meurt. Devant lui, sous ses yeux. Il le regarde très précisément quand ça se produit.
Il le regardait murmurer quelque chose à l'oreille de Dean et un trou est apparu au beau milieu de son front.
Puis silence.
Une voix l'appelle. Il est pris aux piège, des mains maintiennent fermement ses épaules alors Castiel se débat, lançant ses poings en avant.
« -Cas ! »
Son agresseur tente de l'immobiliser mais il ne compte pas se laisser faire, s'acharnant à donner des coups, parfois dans le vide, parfois ils atteignent leur cible, heurtant quelque chose de dur.
« -Cas, c'est moi ! »
Cas… Personne ne l'appelle comme ça mise à part… Dean. Il ouvre les yeux et le voit penché sur lui, visiblement inquiet.
« -Ça va ? » en retirant une de ses deux mains de ses épaules pour relâcher sa prise.
Castiel a chaud, son cœur bat à tout rompre et il a la sensation désagréable d'avoir une boule en travers de la gorge, une boule qui l'oppresse d'une étrange manière. Sans qu'il ne le veuille, des perles d'eau salées viennent orner le coin de ses yeux pendant qu'il hoche la tête pour signifier que oui, il va bien.
« -Hey, c'est rien. » dit-il en essuyant ces affreuses gouttes d'eau, s'asseyant à côté de lui.
L'agent se défait de lui et se réinstalle correctement sur le canapé.
« -Je sais de quoi tu as rêvé. » après un moment de silence « Tu as… Enfin t'as… Crié. Comme ce jour là. » prononce Dean, gêné.
Seul un léger regard en coin lui répond.
Castiel se mure en lui-même, voulant à tout prix éviter d'y songer. Il ne voulait pas revivre ça une fois encore. Ce n'est pas tant que c'est douloureux mais seulement humiliant de se dire qu'il a fait tout ça pour échouer, pour qu'au final Lucifer soit mort et qu'on ne veuille toujours pas lui parler e l'issue de cette enquête. Il se doute qu'il y a anguille sous roche, qu'elle n'a probablement pas dû aboutir, que l'agence l'a laissé à l'abandon ou bâclé à défaut de vouloir prendre le temps de bien faire les choses.
Et pour lui ce n'est qu'une enquête de plus, une terrible et tortueuse enquête mais tout de même une enquête de plus. Bien sûr qu'elle l'a atteint, qu'elle a fait plus que momentanément tergiverser ses idées mais elle demeure une enquête, bien que complexe.
Il sait ce pourquoi il s'est engagé au FBI en plus du fait que son père lui ait dicté : il voulait faire le bien, il voulait aider les gens et les sauver dans la mesure du possible. Il n'a cependant jamais aimé cette organisme corrompu, il ne l'aurait jamais pensé aussi pourrit et véreux avant d'y avoir été lui-même. Au fond elle reste à l'image de son père.
Et il aimerait dire tout ça à Dean, dire que certes, lorsqu'il était sur le terrain il a souffert, qu'il s'est senti faible, qu'il s'est détesté même parfois et que Lucifer est parvenu à l'atteindre mais que maintenant il en est sorti. Ça le touche encore mais d'une tout autre manière. Il souffre seulement de ne pas avoir été à la hauteur et surtout d'avoir laissé des dommages collatéraux derrière lui.
Parce que Sam a dû pâtir d'avoir tué Lucifer, il en est certain. Il aimerait pouvoir en discuter avec lui plus tard, il ne veut pas laisser cette conversation sur le banc de touche, il doit le rassurer et l'aider à surmonter ça, quand bien même il a l'air d'assez bien s'en sortir.
Quant à Rufus, il a déjà tout vu du métier et approche la retraite. Il sait qu'il a déjà dû se remettre des événements et doit seulement se soucier de ses hommes, il ne s'en fait donc pas réellement pour lui.
Mais en ce qui concerne Dean, il sait qu'il ne va pas bien. Il sait qu'il n'a jamais réellement guérit de son passé et il a la certitude qu'il se déteste parce qu'il pense que lui ne va pas bien. Et Castiel aimerait lui dire, le rassurer à ce sujet. Mais si il a compris une chose en l'observant, c'est qu'il ne se laissera pas convaincre par des mots glissé au creux d'une main ou couchés sur une feuille de papier. Non, Dean doit les entendre, il doit sentir ses mots s'échapper pleinement de ses lèvres.
Et malheureusement Castiel reste incapable de les lui donner ces fichus mots pour lui signifier qu'il va bien, pas encore. Parce que lui-même a besoin de savoir l'issu de cette enquête et surtout de savoir que Sam et Dean vont bien, réellement bien. Il est donc pris dans un cercle vicieux.
« -Tu sais, j'aurais tout donné pour empêcher ça. Ta… Ta marque. » peine-t-il à articuler en songeant aux rêves qui hantent Castiel « Mais je ne pensais pas qu'il allait le faire… Et après j'étais… Enfin je ne pouvais plus rien faire et… »
Castiel lui coupe la parole d'une étrange manière, prenant sa main en otage pour y écrire dessus, comme à son habitude.
« PAS_TA_FAUTE »
« -Tu rigoles j'espère ? Tout ça… » en faisant un large geste du bras « De Denver à Minneapolis, tout est de ma faute. Tout a commencé avec moi. »
Des yeux bleus le dévisagent comme si ce qu'il avait dit n'avait réellement aucun sens.
Et ça n'a réellement aucun sens pour Castiel et il aimerait le lui faire sentir. Dean n'est coupable de rien. En revanche, lui est en parti coupable de l'échec de Minneapolis, il n'a pas su éviter les dommages autour de lui.
« -Attends tu ne penses quand même pas que… » il s'arrête pour formuler clairement sa pensée à voix haute « Tu n'es pas une charge, au contraire. Et rien n'est de ta faute non plus. T'as même réussi un paquet de choses grâce à cette mission. »
Castiel penche la tête sur le côté, posant des questions muettes que Dean seul sait entendre.
« -Je ne peux toujours rien te dire d'officiel mais… » il détourne les yeux, n'arrivant pas à se décider à dire la suite.
Cependant l'agent est bien décidé à en savoir plus et relève le visage de son vis-à-vis. Dean retombe alors dans ses yeux, bien qu'il aurait aimé ne pas y faire face.
Il doit lui dire, il doit lui parler.
« -T'as fait l'impossible Cas. T'as réussi à me sauver. » la voix tremblante et hésitante « Je ne sais pas comment te dire ça mais je n'ai plus besoin de survivre comme je le faisais avant. Je n'ai plus besoin de ce foutu carnet que je gardais ni de toutes les habitudes que je m'imposais avant pour tenter de vivre au quotidien. Toi, ta foutue mission suicide et tout le reste. Ça m'a enfin sorti la tête de l'eau. Totalement je veux dire. »
Dean ferme les yeux quelques secondes et prend une grande inspiration afin de reprendre contenance, ne voulant pas flancher. Pas ici, ni maintenant.
Il les rouvre et laisse son corps faire s'échapper toute l'air de ses poumons.
« -Alors ne pense jamais que c'est de ta faute. Peu importe ce que les autres te diront, ta mission est un succès. Tu m'as au moins sauvé, moi. Je sais pas comment mais… »
Il se tait, ne parvenant pas à achever sa phrase, détournant les yeux. Après quelques secondes, il avale durement sa salive et décide de changer de sujet.
« -Maintenant soldat il faut que tu te rétablisses, ok ? Moi, je vais me coucher. »
Le Winchester se lève du canapé précipitamment, préférant esquiver le regard de l'agent, gêné de s'être ouvert. Il commence à marcher en se fustigeant intérieurement d'avoir trop parlé, de s'être trop dévoilé face à lui. Il a été bien plus sincère qu'il ne l'a jamais été.
Parce que tout ce qu'il a dit est vrai, depuis l'enquête est bouclé il n'a plus besoin de se dire que c'est une belle journée, ni s'accrocher uniquement aux choses qu'il connaît déjà pour ne pas froisser ses habitudes. Pour preuve il s'est attaché à Rufus et même à ce foutu agent Novak.
Dans son dos, une main saisit son bras, le contraignant à se retourner. Et le vert s'ancre au bleu, n'arrive plus à s'en défaire.
Dean reste pantois, cherchant comme à son habitude la signification des gestes et regards de son vis-à-vis. Mais cette fois-ci il n'y voit rien de connu, seulement Castiel qui semble résolu.
Et il l'est. Parce que si il ne peut dire à Dean qu'il va bien, il veut au moins lui montrer, pouvoir lui signifier qu'il n'est pas si amoché qu'il ne le pense. Et surtout, il veut lui faire sentir qu'il est là, bel et bien présent pour lui. Il veut qu'il le voit comme un homme et non comme un animal blessé.
Alors sans préavis il plaque sa main dans sa nuque et colle ses lèvres aux siennes, les imposant avec dureté. Il l'embrasse sans rien attendre en retour, sans rien espérer d'autre que de lui faire savoir qu'il va bien et qu'il reste là. Il veut seulement laisser une trace de lui, un simple contact de lèvre et rien de plus.
Mais Dean n'y tient plus et donne lui aussi, engageant sa langue dans sa bouche dans un soupir non contenu. Parce qu'il a besoin de s'en assurer, il doit sentir et goûter ce que Castiel veut lui transmettre.
Et c'est viscéral, Dean a besoin de laisser ses doigts s'agripper à ses cheveux et les tirer pour mieux dompter ce besoin qui grandit en lui, tout comme Castiel se doit d'offrir plus de lui à Dean, glissant ses mains sans son dos pour mieux se rapprocher.
Le mouvement de leurs lèvres s'accentuent, les souffles se font plus forts et erratiques à mesure que leurs les mains serrent toute matière se trouvant à leur portée.
Mais ce sont leurs corps qui se rapprochent et se collent qui trahissent ce que cachent leurs intentions, qui dévoilent plus que ce que l'objectif premier de leurs gestes souhaitait démontrer.
Dean calque totalement son corps sur celui de Castiel, désirant toujours plus de proximité, voulant rassurer tout autant que l'être.
Mais c'est Castiel qui met fin à cet échange, pantelant, questionnant Dean du regard quant à ce soudain et brusque cri du corps.
Le barman reste perdu quelques secondes, les mains à présent posées sur ses épaules.
Il n'a aucune idée de ce qu'il vient de se produire, réellement aucune.
Il dévisage alors Castiel d'une étrange manière tandis que celui-ci s'éloigne de quelques pas, rompant cette proximité de lui-même.
« -Je… » souffle Dean en ayant aucune idée de la suite de sa phrase « Bonne nuit Cas. » articule-t-il perplexe.
Ce dernier hoche légèrement la tête, l'air de rien, et le regarde quitter la pièce en silence.
En espérant que ce chapitre vous à plu...
Samedi prochain on se retrouve avec le retour tant attendu de Rufus. Les vérités vont enfin bientôt tomber.
Bisous~
