Hey tout le monde !
Merci encore mille et une fois de vos impressions sur cette fic, vous êtes absolument géniaux. Merci aux lecteurs muets et merci au Guest de laisser quelques mots, ça fait fichtrement plaisir !
Je vais donc vous laisser sur ce chapitre... J'aurais réellement voulu y accoler le suivant afin de vous délivrer d'un poids mais ça aurait bien rallongé le chapitre alors... Tant pis.
Bonne lecture~
Chapitre XVIII
« Introspection »
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En silence Castiel franchit la porte de la chambre de Dean.
Celui-ci est couché, sur le côté, dos à lui de sorte qu'il ne peut pas le voir. A en juger par sa respiration, le barman ne dort pas.
Castiel s'allonge donc silencieusement sur le lit et attend patiemment que Dean réagisse.
Mais ce n'est qu'après quelques longues minutes il se retourne enfin, lui faisant face.
« -Tu ne t'arrêtes jamais hein ? » soupire-t-il.
Il dodeline de la tête avec un imperceptible sourire. Dean a envie de le lui rendre mais préfère le réprimer pour rester sérieux.
« -Ça ne marche pas comme ça. Je ne suis pas… Enfin je ne fais pas dans ces choses là. Je ne suis pas fait pour ça, je ne suis pas fait pour cadrer avec toi. » lâche-t-il péniblement.
Castiel hausse les épaules, démontrant qu'il se fiche bien de ce que pense Dean mais surtout qu'il ne lui demande absolument rien de ce genre.
« -Je ne peux pas aimer tu sais… Je ne l'ai pas fait depuis un bail. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux, pas encore du moins. Mais je sais comment les relations se passent, peu importe leur nature. J'ai déjà essayé mais les gens s'attachent et… Je ne pourrai jamais te donner ça alors laisse tomber, tu veux ? » prononce-t-il difficilement.
Son vis-à-vis opine simplement de la tête et ça suffit à Dean pour qu'il se détende légèrement.
« -La nuit dernière quand tu m'as dit que tu avais lu mon dossier… Est-ce que tu l'as dit parce que ça t'avait fait quelque chose… ? Enfin quand tu l'a lu, t'as senti quelque chose de… Pas ordinaire ? » hésite-t-il.
Castiel hoche la tête et prend la main à présent craintive de Dean.
« UN_LIEN »
« -Putain mec… Je crois vraiment qu'on n'est pas normaux nous deux. » rit-il nerveusement en songeant que c'est aussi ce qu'il avait éprouvé.
Il se met sur le dos pour éviter son regard.
« -Je ne plaisantais pas tu sais. On ne peut pas… » il avale sa salive « Je ne pourrais jamais t'apporter plus alors je préfère ne rien te donner, ça serait trop cruel. »
« TU_TE_TROMPES »
« -Sur quoi ? »
« TU_L'AS_DIT_TOI-MÊME_JE_T'AI_GUÉRI »
« -Je ne penses pas que ça soit applicable à ça… J'ai déjà essayé avant… Mais j'ai blessé trop de personnes à chaque nouvel échec. Tu sais, eux ils m'aimaient et s'acharnaient en pensant que je réussirais un jour. Mais le jour n'est jamais arrivé… »
Dean soupire, désabusé par ce même constat qu'il fait depuis des années. Castiel le regarde simplement, ne disant rien d'autres de ses gestes, attendant simplement les paroles de son ami.
« -Il m'a enlevé tout ce que j'aurais pu donner Cas. » en tournant la tête vers lui, la voix éraillée par le dégoût d'une rancœur trop de temps conservée « Il est parti avec mon… Mon… Amour. » grimaçant en prononçant ce mot qui n'a pas l'habitude de franchir ses lèvres.
Silence.
Dean ferme les yeux et réprime une grimace, laissant une larme traîtresse prendre la fuite au passage.
« -Je l'ai détesté à un point que tu ne peux même pas imaginer. Mais il l'avait, il s'est barré avec cette partie de moi et je ne pouvais pas m'empêcher de l'aimer ne serait-ce qu'un peu… Et 10 ans plus tard il se pointe en me remettant tout ça sous le nez. Maintenant il est juste… Mort. Et je ne ressens plus rien du tout. Toute la haine que j'avais pour lui, tous les sentiments que je lui destinais sont morts avec lui. Et… Putain Cas, pourquoi je te dis tout ça ? » lâche-t-il avant de partir dans des sanglots étouffés par son amour-propre.
Castiel, comme à son habitude, ne dit mot, se rapprochant seulement de Dean pour le prendre dans ses bras, tentant de ne pas transgresser la zone de sa croix.
Jamais de sa vie Dean ne s'était retrouvé à pleurer en présence d'une autre personne hormis il y a plus de deux semaines alors que Castiel était étendu au sol.
Il se débat donc légèrement, voulant vainement faire partir Castiel comme on ferait partir une mouche.
Mais l'agent résiste, resserrant sa prise ce qui a pour effet de faire éclater totalement les sanglots de Dean qui ne contrôle plus rien, se laissant seulement bercer par les bras qui l'entourent. Les larmes pleuvent en cascade le long de ses joues, trempant en un instant la chemise de Castiel qui passe maintenant un main rassurante dans ses cheveux.
Les minutes passent les pleurs s'atténuent pour finalement disparaître. Dean a maintenant la tête enfouie dans le cou de l'agent, respirant pleinement son odeur bien qu'il ne saisisse pas pourquoi cela lui fait autant de bien. Et Castiel continue de passer ses doigts à travers sa chevelure, n'arrivant pas à s'en lasser.
Néanmoins Dean finit par relever la tête, croisant les yeux de son vis-à-vis qui lui adresse un triste sourire.
Castiel s'approche de son visage et pose une nouvelle fois ses lèvres sur les siennes.
Dean se laisse d'abord aller, rassuré de sentir que ce contact ne déborde pas de détresse ou encore de peur mais simplement d'un besoin de le rasséréner lui-même, ce qui est assez risible en soit parce ce n'est pas lui qui devrait avoir besoin de l'être.
Et il sent que Castiel le fait uniquement parce qu'il en a envie, qu'il veut l'aider à se calmer et se sentir mieux. Et étrangement cela fonctionne, il apaise Dean à sa manière mais pas totalement. Parce qu'une question lui brûle encore les lèvres et qu'il ne peut continuer ainsi sans la lui poser.
Alors il met fin à l'échange et le considère attentivement quelques secondes avant de se décider à parler.
« -Je dois savoir… » commence-t-il la voix enrouée « Est-ce qu'il t'a… Touché ? »
Castiel ferme les yeux et avale durement sa salive en songeant à ce que lui voulait sous son emprise et qu'il n'a pas obtenu avant de répondre que non.
« -Ça ne change rien de toute manière… » opte-t-il en se rallongeant sur le dos.
L'agent se rapproche de lui afin de nicher sa dans son cou, sa respiration chatouillant Dean qui sourit doucement, profitant de ce qu'il se laisse lui offrir. Parce qu'il aime sa présence auprès de lui, il aime le sentir à ses côtés.
Mais Castiel profite de son absence de réaction pour rapprocher un peu plus son corps du sien, venant presque se coller à son flanc.
« -Cas, arrête. » proteste Dean qui refuse trop de proximité entre eux, souhaitant toujours le tenir à distance.
Mais il ne l'entend pas de cette oreille, reculant son visage et forçant Dean à tourner le sien vers lui afin de confronter leurs regards.
Castiel ne veut pas l'obliger à quoique ce soit mais il veut simplement qu'il cesse de se faire du souci à propos de lui où des sentiments qu'il ne peut pas éprouver. Il se moque pas mal de tout ça, il sait que Dean est rassuré de le sentir à ses côtés et il veut simplement le tranquilliser quant à son état. Il n'y a réellement rien de mal à cela.
Ils se considèrent un moment dans le silence avant que Castiel ne commence à ravancer son visage vers lui.
« -Je t'ai dit d'arrêter. » lâche-t-il plus durement pour se faire entendre « Il ne faut pas. Je sais ce que tu cherches à faire et merci, je sens que tu vas mieux mais ça ne suffit pas. Enfin regarde-toi, tu ne peux toujours pas parler. » dit-il comme si cela allait de soit « Bien sûr, je sais que ça ne t'empêche pas de penser correctement mais ça veut dire que tu as encore des séquelles psychiques et… »
« JE_ME_SENS_BIEN »
« -Je sais mais… »
Castiel fait non de la tête, signe qu'il n'a pas terminé sa phrase.
« AVEC_TOI »
Dean lâche un soupir dépité. Il voit parfaitement ce que Castiel veut dire, il le ressent aussi. Ce n'est pas nécessairement un besoin physique ou amoureux, loin de là, c'est simplement une sensation. Un fait. Il se sent rassuré lorsqu'il est là parce qu'il peut le voir et voir comment il va. Sa présence est rassurante et l'aide, il s'inquiète moins pour lui parce qu'il est à ses côtés et que ça lui apporte quelque chose en plus sans non plus comprendre quoi.
« -Moi aussi… » peine-t-il à admettre « Mais je te l'ai dit c'est dangereux et pentu. Ça pourrait te faire du mal puisque je ne peux pas… » ne parvenant à achever sa phrase « Bonne nuit Cas. » conclut-il en se tournant de l'autre côté.
Dean aimerait lui demander de s'en aller de son lit, ce serait même la chose la plus normale à faire mais il n'arrive pas à s'y résoudre. Bon sang mais qu'est-ce que ce fichu Castiel lui a fait ? Il n'est même pas capable de lui demander de partir…
Mais tant pis…
.~.
Dean sort de son cauchemar en sursautant, Castiel face à lui a les yeux grand ouverts, rivés sur lui.
« -J'ai parlé dans mon sommeil c'est ça ? » en ayant encore en mémoire toujours le même cauchemar.
« JE_VAIS_BIEN »
Dean soupire. S'il dit ça c'est sûrement parce qu'il l'a une fois de plus appelé en dormant parce qu'une fois encore il a revécu la même scène.
« -Je sais. » avec un pâle sourire.
« J'AIMERAIS_QU'ON_PUISSE_PARLER »
« -De vive voix ? »
Hochement de tête.
« -J'aime bien notre mode de communication… Et puis si tu veux m'écrire un roman prends une feuille. » en souriant tendrement.
Castiel se rapproche, voulant unir leurs lèvres mais Dean se recule à nouveau, passant une main sur son visage afin de s'encourager à parler.
« -Ce n'est pas que je ne veux pas Cas… C'est seulement que je ne peux pas te donner assez, ça serait voué à l'échec. On en reparle demain. Enfin façon de parler. » en constatant qu'il est le seul à parler réellement.
Castiel acquiesce.
Ils restent face à face sans ne plus rien échanger durant quelques instants. Alors l'agent ose timidement, posant le bout de ses doigts sur les lèvres de Dean, demandant une permission muette.
« -Non. » répond-il en souriant légèrement de cette dernière approche.
Puis le barman s'approche de lui afin de déposer un baiser sur son front. Castiel se blottit donc contre son ami, sachant qu'il lui accorderait au moins ça.
Et Dean se gifle mentalement en se demandant ce qui ne tourne pas rond chez lui, chez eux même, ne comprenant pas le pourquoi du comment de ce besoin de proximité.
Bien sûr ils ressentent de la tendresse l'un envers l'autre, c'est à présent indéniable. Mais est-ce de l'amour ? Non, ça ne peut pas l'être. Du moins pas de sa part. Il ne peut pas aimer, c'est impossible. De plus Castiel est quelqu'un de trop bien pour lui et il en a déjà bien assez fait.
Il sait que cet homme est tombé à cause de lui, à sa manière. C'est de sa faute si il va mal, si Lucifer l'a atteint. Il aurait pu l'arrêter lorsqu'il était jeune, le dénoncer aux autorités. Foutue emprises…
Mais bien qu'il aille visiblement mieux, il sait ce que Castiel ressent. Il est lui-même passé par là. Il connaît cette impression de n'être plus qu'un déchu, un poids pour l'humanité. Mais il est bien plus que ça, il est celui qui a réussi à tout clore, fermer cette enquête et fermer définitivement ses propres blessures. Cependant, il en pâti maintenant et pour masquer toutes ses douleurs il a dû les intérioriser…
Et ça, Dean n'arrivera jamais à se pardonner de ne pas avoir su l'empêcher.
Peut-être qu'au fond il ne le repousse pas complètement par simple égoïsme, pour ne pas culpabiliser de laisser ce soldat brisé par sa faute face à son propre sort… Ou simplement pour une autre raison…
« ARRÊTE_DE_COGITER »
Sans savoir comment celui-ci peut être aussi clairvoyant, Dean ferme les yeux et se laisse porter par le sommeil.
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« -Bien dormi ? » demande-t-il à l'homme face à lui « Quelle question… » se reprend-il en soupirant devant ses cernes.
Castiel le regarde se lever et aller à la douche, toujours muet.
Pendant le petit déjeuner le comportement des deux hommes ne change pas réellement de d'habitude, restant à la fois proches et éloignés. Seuls les tressautements de Dean lorsque Castiel prend sa main pour lui faire une requête traduisent son léger malaise.
De même, le barman a l'impression que les yeux de Bobby, Sam et Jessica sont braqués sur lui, comme pour comploter derrière son dos, comme s'ils savaient quelque chose que lui ignorait. Il se concentre alors sur son assiette, préférant oublier ces regards qui sont pourtant purement imaginaires.
« -Tu as vraiment une mine épouvantable. » finit par lâcher Jessica à l'égard du brun.
Celui-ci hausse les épaules.
« -Dis-moi Castiel, j'avais oublié mais il me semble que le lit de la chambre que je t'ai donné manque presque de s'affaisser à cause de son usure… Ça ne te dérange pas ? Si tu veux on peut changer. » demande simplement Bobby.
Castiel sourit doucement en voyant l'air affreusement gêné que tente de dissimuler Dean et répond que non face au regard paternel du vieil homme.
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L'air est doux et chaud, Jessica est aux anges sur la terrasse, un livre de Dickens devant les yeux, le soleil mordant chaleureusement sa peau.
Face à elle, un peu plus loin sur cette grande table extérieure se trouvent Sam, Dean et Castiel en grande conversation sur… Elle n'arrive pas à entendre de quoi ils parlent mais aucun mot n'est nécessaire à ses yeux pour comprendre ce qui se trouve dans la tête de chacun.
Son homme a l'air anxieux, comme à son habitude en réalité. Sam est un grand stressé de la vie et ce depuis toujours. A dire vrai, Jessica est loin d'être dupe, elle a déjà senti dans la poche de sa veste la boîte qui renferme très sûrement une jolie bague qu'il compte lui enfiler au doigt. C'est très probablement une des choses qui le tracassent en ce moment mais il y a bien d'autres choses. Elle le sait puisqu'elle le connaît par cœur. En plus de rester fermé comme une huître depuis qu'il a tué un homme pour la première fois de sa vie, il doit avoir peur pour Castiel, peur qu'il réagisse mal à ce qui l'attend. Son chéri est déjà bien au courant de la situation nouvelle des choses et s'est fait à l'idée mais il a peur que son coéquipier n'en fasse pas de même.
Pourtant, à le regarder, Castiel va très bien. Il reste dans son silence devenu habituel, souriant de temps à autre lorsque la conversation s'y prête. Il a presque l'air en paix avec lui-même et on pourrait même croire qu'il sait ce qui l'attend et que ça ne l'atteint pas le moins du monde. Jessica sourit en repensant à la première fois que Sam les a présenté… Il était tellement rempli de doutes sur la vie et la façon de se conduire, de prendre des décisions… Une des premières choses qu'elle lui a demandé était si il avait déjà ri dans sa vie tant il était sérieux. Sam l'a tout de même bien aidé… Il n'est plus ce soldat paraissant neutre et méticuleux conservant au fond de lui toute sorte d'incertitudes, non, c'est à présent un homme qui a bien pris sa revanche sur la vie et les valeurs que lui a inculqué son paternel…
Et Dean, quant à lui, reste assez fidèle à lui-même bien que Jessica ait remarqué que quelque chose a changé depuis quelque temps chez lui. Il semble plus heureux, plus paisible. Rien que de voir son futur beau-frère sourire avec honnêteté la comble de bonheur. Bien sûr que Dean souriait avant toute cette histoire mais ça paraissait tellement artificiel, tellement faux… Alors qu'aujourd'hui, en compagnie des deux autres hommes qui l'entourent, il semble pleinement heureux.
Un nouveau jeu de regard a commencé entre lui et Castiel. Elle ne peut réprimer ses lèvres de former un léger sourire, attendrie face à ce spectacle.
L'agent prend sa main, y note quelque chose que Dean prend le temps de déchiffrer. Il réfléchit, laissant doucement leurs mains se quitter et répond à ce qui lui a été marqué, reprenant Sam avec lui dans cette conversation.
Jessica s'amuse du fait qu'il n'y a qu'avec Dean que Castiel communique de cette manière, préférant user d'une feuille et d'un stylo afin de parler aux autres.
Mais quelque chose ne va pas, Dean semble plus tendu qu'auparavant lorsque sa main est prise en otage, éprouvant presque une gêne à ce contact…
Une idée émerge alors dans la tête de la blonde et elle compte bien mettre son plan à exécution.
Elle marque la page de son livre, le referme et part à la recherche de Bobby afin de le mettre en œuvre.
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Une berline noire datant du siècle passé arrive devant l'enseigne « Singer Auto Salvage ». Sam bondit aussitôt sur ses deux pieds et fait signe à son conducteur de s'avancer.
Rufus s'exécute et se gare plus en avant.
Il tourne la tête pour contempler avec fascination des dizaines de cadavres mécaniques traînant un peu partout dans cette cour, les plus mal en point étant visiblement désossés et empilés les uns sur les autres.
Triste fin pense-t-il en regardant une pile de trois voitures, mais sûrement la meilleure que l'on puisse leur offrir.
Il se met en marche vers Sam qui s'avance vers lui. Dean et Castiel qui se lèvent à leur tour et se tournent en sa direction, restant debout à leur table.
« -Rufus. » sourit le Winchester en le prenant brièvement dans une accolade.
« -Ça va fiston ? » en posant une main chaleureuse sur son épaule.
« -Oui. Tu veux un café ? » en commençant à rejoindre à nouveau la table.
« -Attends. » en resserrant sa prise sur lui « Je te demande vraiment si tu vas bien. » insiste-t-il en faisant allusion à quelque chose de précis.
Sam pince les lèvre et hoche la tête.
Tout le monde sait réellement pourquoi il a pris deux semaines de congé.
Le cadet des Winchester a toujours voulu œuvrer pour le bien de tous, il a toujours voulu suivre au mieux les lois et mettre les brigands en prison. Mais lorsque l'on tue un homme c'est que l'on a momentanément basculé du mauvais côté et ça laisse une trace en soi, peu importe l'identité de la personne tuée, que ça soit un truand ou une gentille mère de famille, il faut se rendre à l'évidence que l'on s'est octroyé le droit de prendre une vie.
Et il n'a pas été lui-même les heures suivant le meurtre qu'il a commis, Dean s'est inquiété au possible pour lui, il paraîtrait qu'il avait le teint pâle, le regard lointain, sans compter les multiples nausées et haut-le-cœur qui ont pu secouer son estomac. Mais lorsque Jessica est arrivée à lui et l'a serré dans ses bras, tout allait déjà mieux. Parce qu'elle était là malgré tout, malgré qu'il ait tué. Il a réalisé qu'il était resté le même et que son acte ne devait en rien changer la personne qu'il est. Et elle l'aide à surmonter tout ça, de même que le psychologue qu'il voit chaque semaine.
Et tout simplement, quelques jours de congé avec son âme-sœur lui feraient le plus grand bien.
« -Je vais bien. » assure-t-il « Et eux aussi. Enfin je crois… » en jetant un œil vers les deux hommes qui s'avancent vers eux « On les rejoint ? » affirme Sam plus qu'il ne demande.
« -Novak… » lâche simplement le vieil agent avant de l'enfermer fermement dans ses bras durant quelques secondes « T'es entier ? » en le relâchant.
Castiel hoche la tête avec un imperceptible sourire.
« -T'as encore ces saletés de cernes noire… Il faut dormir mon garçon. » reproche-t-il gentiment « Et l'autre Winchester est là. » en constatant Dean, lui tendant une main amicale.
« -Ça va comme tu veux chef ? » formalise-t-il en saisissant cette main qui le ramène à lui pour une simple accolade.
« -Tout va toujours comme je veux. » ment-il en souriant.
« -Viens, on rentre, tu vas pouvoir voir Jess. »
Rufus suit donc cette marche silencieuse et franchit pour la première fois le seuil de cette porte.
Il remarque quelques vieux bibelots de bois et des montagnes de livres en tout genre, allant du simple conte pour enfant à l'essai philosophique en passant par des manuels automobiles, démontrant que le propriétaire de cette maison doit être un homme plutôt cultivé et surtout, un touche-à-tout.
Sam lui a déjà parlé de lui quelques fois, en lui disant en plaisantant que s'il continuait à être aussi grincheux, il finirait comme lui.
Une fois encore c'est en présence de Bobby que Jessica boit un café, un air encore plus enjoué et malicieux que d'habitude masqué dans les yeux de la blonde.
Elle adresse un regard cordial au patron de son homme qui lui rend puis le vieil agent tend la main au maître des lieux.
« -Rufus Turner. » s'annonce-t-il formellement.
Les deux Winchester se regardent avec appréhension, se demandant finalement si mettre deux doubles qui ne se connaissent pas dans la même pièce est une bonne idée. Après tout s'ils sont tous deux si têtus et grincheux le courant pourrait mal passer…
« -Bobby Singer. » serrant fermement sa poigne en le jaugeant « Vous êtes l'imbécile que je garde sous mon toit pour une nuit ? » demande-t-il l'air suspicieux.
« -Comment savez-vous que je suis un imbécile ? » sur le même ton.
Sam et Dean restent tendus, attendant la fin de l'échange afin de savoir s'ils vont se haïr en silence ou devenir en un instant aussi proche que deux bons vieux camarades.
« -Vous n'êtes plus tout jeune et encore de service, tout comme moi. Et comme je suis un imbécile qui ne sait pas profiter de sa retraite je suppose que vous aussi. »
La poignée de main reste en suspension, attendant une réaction. Le visage sérieux de Rufus passe au sourire puis au rire franc.
« -Bien joué. » en brisant leur signe de salutation sous le sourire en coin de Bobby.
Les frères se lancent un regard soulagé. Ils n'auraient jamais dû douter, ces deux là ont été génétiquement conçus pour s'entendre, ça crève maintenant les yeux.
« -Elle est à vous la Continental beige qui stationne là-bas dans la cour ? » demande-t-il réellement intéressé.
« -On va plutôt se tutoyer, à quoi bon se rajouter de l'âge avec des formalités ? Et oui elle est à moi mais j'appelle plutôt ça mon atelier. Tu aimes les voitures ? »
« -Et pas qu'un peu. » confirme-t-il « Plus elles sont vieilles plus elles sont belles. »
« -Ça t'intéresserait de faire le tour de l'atelier avec moi ? Peut-être qu'une d'entre elles te tapera dans l'œil… »
« -Avec plaisir. »
En partant, Bobby lance un dernier regard à Jessica qui semble lui être reconnaissante, ne pouvant s'empêcher de sourire.
« -Dean, viens, il faut que je te montre un truc. » annonce la blonde en prenant le Winchester à part, laissant Sam et Castiel en plan.
« -Et ça nécessite d'aller sur la terrasse ? » demande-t-il, soupçonneux.
« -Oui. » sourit-elle sadiquement en s'asseyant sur une chaise dehors, l'invitant à faire de même « Il faut qu'on parle de Castiel. »
Dean rougit, comme s'il était pris sur le fait, comme si elle savait qu'ils s'étaient embrassés hier soir sans que rien n'aille plus loin. Il se sent comme un adolescent à qui on va expliquer les choses de la vie et il déteste foutrement ça.
« -Mmh… » lâche-t-il pensivement.
« -Tu as des choses à cacher… ? » en levant un sourcils, s'amusant de sa gêne.
« -Non, non. Du tout. »
Elle sourit largement avant de reprendre son sérieux.
« -Bon, écoute. Personne n'est dupe. On sait tous qu'il se passe quelque chose entre lui et toi. Oh non, ne t'en fais pas, on ne te reproche rien ! » s'empresse-t-elle de rajouter en voyant la mine déconfite de son interlocuteur « Au contraire, ce n'est pas une mauvaise chose Dean… »
« -Il n'y a rien entre Cas et moi. » ajoute-t-il fermement.
« -Oui, bien sûr… » ironique.
« -Jess, je te dis que… »
« -Et moi je te dis de m'écouter Dean Winchester. » s'impose-t-elle « On s'en fout de ce qu'il y a entre vous, peu importe ce que c'est. Et quand je dis "on", je parle au nom de tous. Regarde-moi gros nigaud. » le défie-t-elle gentiment.
« -Il n'y aura rien entre Cas et moi. » lâche-t-il dans le vide sans pour autant la regarder.
« -Comment ça ? » demande-t-elle doucement en se rapprochant de lui, une main sur son bras.
« -Il n'y aura rien, c'est tout. » en relevant ses yeux dans les siens « Ce n'est pas possible. »
« -Pourquoi ? »
« -Castiel a besoin de stabilité, je le sens. Je le sais en fait. » explique-t-il.
« -Et où est le problème… ? » relève-t-elle suspicieuse.
« -Mais enfin tu le connais le problème non ? Tu le vois bien depuis toutes ces années ? » s'agace le barman, ne voulant pas se dévoiler ouvertement.
« -Dis-moi tout. » poursuit la jeune femme d'un air conciliant.
Et Dean reste désarmé quelques secondes par douce persévérance de sa future belle-sœur, comme à son habitude. Parce que Jessica est patiente malgré tout, malgré le fait qu'il se braque un peu plus à chaque fois qu'elle veut le faire parler et qu'elle y parvient toujours. Parce que sa douceur réussit constamment à abaisser ses barrière, quand bien même ses mots restent maladroits.
« -Je ne suis pas un mec qui se case tranquillement avec un autre. » finit-il par lâcher, déconcerté par cette évidence.
« -Vraiment ? »
« -Tu m'as déjà vu en couple Jess ? » inquisiteur.
« -Non. » admet-elle.
« -Ben voilà, il est là le problème. »
« -Alors d'après toi, parce que tu n'as jamais été en couple avec quelqu'un par le passé tu ne peux pas l'être maintenant ? » tente de résumer simplement la jeune femme.
Pas de réponses. C'est donc qu'elle a fait mouche.
« -Bon sang Dean, c'est juste ça qui te tracasse ? » lâche-t-elle consternée par ce simple fait « Mais faut bien que ça change un jour mon vieux, tu ne comptes tout de même pas finir tes vieux jours seul dans ta maison quand même ? »
« -Tu ne comprends pas Jess. » en dodelinant de la tête « Je ne peux pas c'est… »
« -C'est quoi ? Dis-moi parce que là je ne comprends pas. »
« -Pour commencer c'est un mec. »
« -Euh… Pardon mais jusque là ça ne t'avait jamais gêné… » constate-t-elle avec une pointe d'amusement face à ce recul soudain de Dean qui n'a jamais touché à l'autre sexe.
« -Ça on est d'accord. » en ne pouvant réprimer un sourire face au sien « Mais je ne me vois pas me caser avec un mec. »
« -Et avec une femme ça serait plus facile peut-être ? » ironise-t-elle.
« -Ah ça non ! » fait-il dégoûté.
« -Dean, on est au XXIème siècle. L'homosexualité est monnaie courante. Des couples gays vivent heureux dans des grandes maisons avec une tripotée d'enfants comme n'importe quel couple hétéro. » explique-t-elle calmement en souriant avec tendresse.
Dean soupire, énervé contre lui-même. Bien sûr qu'il le sait, il n'est pas idiot, mais ça n'en reste pas moins compliqué de l'appliquer à lui-même…
« -Je le sais tout ça… » sur un air de résignation.
« -Alors quoi ? »
« -Jess… » le prie-t-il d'arrêter son interrogatoire.
Il n'aime pas parler de ses ressentis, vraiment pas. Il hait ça en réalité. Mais il sait que ce petit bout de femme est prêt à tout pour le faire plier et qu'elle y parviendra si elle poursuit sur cette voie là. Parce que Dean est réellement faible face à elle, face à la femme au caractère fort et aimant que son frère aime tant.
« -Dean Winchester. » tonne-t-elle « Arrête de faire l'autruche. Je suis ta future belle-sœur, tu dois tout me dire. » déclare-t-elle avec autorité.
« -Je ne l'aime pas. Pas comme il faut. » lâche-t-il sans le vouloir face a l'air menaçant de la blonde.
« -Dean… » s'adoucit-elle immédiatement en passant une main dans la chevelure de son ami « Si ce n'est que ça… » sourit-elle en songeant que tout le monde a remarqué le contraire jusque là « Tu penses vraiment ce que tu me dis là ? »
« -Oui. » souffle-t-il las.
« -Alors c'est qu'il faut que tu retires tes œillères. » en laissant le dos de sa main courir sur sa joue « Écoute, il faut peut-être que tu te donnes un peu de temps mais crois-moi, peu importe la façon dont tu penses l'aimer, tu l'aimes suffisamment, j'en suis sûre. »
« -Parce que tu es devin peut-être ? » se moque-t-il, trouvant toujours un moyen de passer outre le sérieux des conversations.
« -Seulement fine observatrice gros malin. »
Mais il ne veut pas penser que Jessica peut avoir raison, il n'ose pas. Parce que quand bien même cela serait vrai, Castiel reste vulnérable, dénué de parole quand bien même il sait s'affirmer par une autorité muette. Il ne peut pas y penser parce que toute cette histoire reste insensée pour lui, que rien n'a de sens.
Et surtout, il ne peut pas y penser parce maintenant, il doit retourner auprès de Sam, Rufus et Castiel, que les vérités vont fuser à travers cette gigantesque cuisine et qu'il veut attendre d'avoir vu les réactions de Castiel. Il veut s'assurer qu'il aille bien, même après tout ça, malgré tout ça.
Et ensuite… Ensuite il pourra peut-être commencer à l'envisager.
Promis, promis, la prochaine fois vous saurez tout. Il ne restera plus qu'à constater et panser les blessures restantes.
A samedi si vous le voulez bien.
Bisous~
