Hey tout le monde !
Merci encore d'être au rendez-vous pour cette fic, que vous soyez lecteur silencieux ou non, ça me touche toujours autant.
Comme promis un petit chapitre qui reste assez à part mais poursuit sa continuité dans cette fic. Avec en prime un personnage qui n'avait pas eu l'occasion de se montrer alors qu'il a en vérité des choses à dire dans toute cette histoire.
Bonne lecture~
Chapitre XXII
« Point de rencontre »
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Dean frissonne alors qu'il ne fait pas froid.
Castiel se rapproche de lui, par réflexe, pour le rassurer. Parce qu'il sait que s'il frissonne, c'est d'appréhension.
Leurs doigts se frôlent et se trouvent tandis qu'ils continuent de marcher.
Cet endroit est triste et vide. Il est triste parce qu'il est rempli d'âmes à l'abandon, d'âmes qui n'ont plus eu assez de temps pour vivre. Et il est vide. Vide malgré toutes ces stèles qui sont dressées autour d'eux, comblant la platitude du terrain.
Ils sont les seuls êtres vivants des environs.
Dean s'arrête devant l'une de ces pierres taillée visiblement maladroitement, les lettres inscrites semblant déjà gommées par le temps alors qu'elles ne sont ici que depuis cinq mois.
Il frissonne encore et cette fois, Castiel passe un bras autour de lui, tant pour le rassurer que pour tenter de combler ce que le passé a laissé.
Sur la tombe est marqué en toutes lettres « Nicolas Shurley » et c'est tout. Rien de plus, rien de moins.
Seulement un nom qui a longtemps été ignoré. Un nom qui a longtemps été bafoué et oublié de tous.
« -Ça fait vide, n'est-ce pas ? » résonne une voix derrière eux.
Dean se retourne, connaissant le détenteur de cette voix pour l'avoir rencontré une fois seulement. Castiel suit le mouvement, curieux.
C'est un homme d'assez petite taille qui leur fait face avec les cheveux légèrement longs et une maigre barbe lui mange les joues. Ses yeux reflètent un certain éclat qui semble momentanément éteint, terni par une triste mélancolie.
« -J'ai été seul pour payer l'enterrement, les autres n'ont pas voulu… Et je vis bien à l'abri de la fortune familiale alors… » en haussant vaguement les épaules « J'avoue que l'idée de prendre une stèle en forme de croix m'a bien traversé l'esprit mais ça serait assez ironique non ? Et je pense que mon frère en a déjà assez souffert. Et toi aussi Dean. »
« -Lui aussi. » complète-t-il en désignant Castiel « C'était lui notre agent de terrain. »
L'homme qui leur fait face tend une main amicale vers le brun qui la saisit.
« -Désolé pour toi mon ami… Gabriel Shurley. » se présente-t-il.
« -Castiel Novak. »
« -C'est drôle de se croiser ici… A croire qu'il sera toujours notre point de rendez-vous… » prononce-t-il amèrement.
« -Ils n'ont pas voulu payer la tombe de leur propre fils ? Ou même de leur frère ? » s'enquiert Castiel.
« -Non… Mes parents ne veulent plus entendre parler de lui. Et ce n'est pas nouveau, ça fait plus de dix ans déjà et… Connaître ses crimes ont renforcé leur opinion bien forgée du fait que le Diable habitait Nick… Quant à mes frères n'en parlons pas. Michael et Raphael, mes très chers grands frères, suivent comme à leur habitude les ordres de leurs parents chéris. » explique-t-il dépité.
« -Vous avez… Vous avez tous des noms d'archange ? » s'étonne Castiel.
« -Connaisseur à ce que je vois. » ricane Gabriel « En effet oui… Nick a réussi à faire exception à la règle puisqu'il est né le jour de la mort de mon grand-père qui avait ce nom. J'imagine qu'il devait également avoir un nom d'archange mais mes parents en ont décidé autrement sur le moment. Et Nick reste un hommage à Saint Nicolas malgré tout… »
« -Ce n'était donc pas si étonnant de l'appeler Lucifer… » réfléchit Dean à voix haute.
« -Pas vraiment non. » répond Gabriel « Mes parents n'étaient pas très fan du surnom puisqu'il s'agissait originellement du porteur de lumière quand bien même il reste un déchu mais… Nick le préférait aux autres antagonistes bibliques réellement mauvais dont ils le surnommaient… » soupire-t-il à ce souvenir « Mais peut-on parler d'autre chose que de toutes ces conneries religieuses s'il vous plaît ? »
« -Bien sûr. » répond Castiel.
Ils restent muets quelques minutes face à cette tombe à la simplicité déconcertante, chacun ayant ses pensées dirigées vers lui et lui seul, chacun ayant un souvenir différent de cet homme.
Les doigts de Dean et Castiel restent emmêlés, se serrant plus fort que jamais.
Ils ont appris à vivre avec cette ancienne composante de leur vie et l'ont acceptée comme telle. Lucifer ou Nick, peut importe le nom qu'ils leur donnent, reste un homme et non uniquement un monstre. Ils ont appris à le connaître depuis sa mort. Ils ont même réussi à le comprendre et peut-être même l'apprécier à leur manière sans toutefois aucunement approuver ses choix et ses actes. Ils ne voient maintenant en Lucifer seulement ce qu'était Nick, à savoir un gamin que la vie n'a pas gâté et qui a malheureusement très mal tourné.
« -Ça vous dirait d'aller boire un café… ? » hésite Gabriel « Je ne veux pas nécessairement que l'on discute du mort mais… Juste boire un café. J'aimerais mieux vous connaître. »
« -Tu aimerais le comprendre. » le reprend doucement Castiel « Par nous connaître tu veux dire que tu aimerais comprendre et connaître ce qu'il a bien pu arriver à ton frère ? »
Gabriel se mord la lèvre en réfléchissant quelques courtes secondes.
« -C'est peut-être ça oui… Vous savez, le Nick que j'ai connu n'était pas quelqu'un de mauvais. Il était seulement un incompris au milieu d'une bande de fanatique. Je le sais parce que je l'ai été aussi. Seulement, contrairement à lui, j'ai appris à cacher mes idées devant eux pour ne pas me faire réprimander. J'étais son petit frère et… Je me dis que si j'avais eu le courage à l'époque, malgré mon jeune âge, on aurait pu rester ensemble. J'avais huit ans lors de ses premières rébellions, treize ans quand il a quitté la maison… J'étais jeune mais… »
« -Tu n'étais qu'un gosse Gabriel. » lui concède Dean « Aucun gosse ne devrait avoir à prendre de telles décisions, c'était à tes risques et périls aussi. Tu as essayé de le raisonner alors que tu n'étais qu'un enfant, c'était déjà bien assez. Tes parents auraient fait de toi leur nouveau Diable alors tu as déjà suffisamment agit en fonction de tes moyens. »
« -Peut-être mais… J'aurai pu plus essayer de reprendre contact avec lui une fois adulte. »
« -Il était déjà trop tard. » intervient Castiel « Il avait déjà eu Dean à ce moment là… Il avait déjà basculé. »
« -La vie est une chienne, n'est-ce pas ? » ricane-t-il amèrement.
« -Assez oui… On le prend ce café ? » propose Dean.
.~.
Gabriel rajoute une nouvelle dose de sucre à son chocolat chaud sous l'œil moqueur de Dean qui n'avait jamais vu encore quelqu'un autant sucrer une boisson de toute sa vie.
« -Je peux prendre les vôtres ? » en désignant les sachets qui se trouvent sur la soucoupe de leurs tasses de café.
« -Fais-toi plaisir. » sourit Dean.
Le châtain ne se fait pas prier pour leur prendre leur sucre et le verser sans sa tasse.
« -Et donc vous êtes en couple ? » demande-t-il, inquisiteur.
« -Oui. » répond docilement Castiel.
« -Son premier et son dernier… » reprend-il distraitement « C'est assez ironique. »
« -On le sait… » laisse échapper Dean en se cachant derrière sa tasse.
« -Ça fait combien de temps ? »
« -Presque cinq mois. »
« -Je vois… »
Gabriel racle la chantilly qui se trouve au dessus de son chocolat à l'aide de sa cuillère et fait disparaître presque magiquement son contenu à l'intérieur de sa bouche. Une étincelle de malice presque enfantine ravive son regard, faisant légèrement sourire Dean.
Mais quelque chose vient troubler Gabriel qui reprend un air sérieux aussitôt sa bouchée avalée, semblant revenir à la réalité.
« -Je suis vraiment désolé, j'avais dit qu'on ne parlerait pas de lui mais… » reprend-il.
« -C'est tout à ton honneur. » lui concède Castiel « Ça ne nous gêne pas tu sais. Plus maintenant. »
« -Vous êtes sûrs… ? »
Dean hoche la tête en signe d'assentiment bien qu'il ne peut s'empêcher de glisser sa main sur celle de son amant sous la table, à l'abri des regards.
« -J'aimerais savoir… Vous ne semblez pas en colère contre ce qui vous est arrivé, ce qu'il vous a fait à tous les deux. Vous êtes même venu jusqu'ici, jusqu'à sa tombe. Pourquoi ? »
Castiel sent la main de Dean presser la sienne, signe que c'est à lui de répondre en premier.
« -Ton frère, bien que personne ne sera jamais d'accord à ce sujet, n'était pas un monstre. » explique-t-il « Ou du moins pas seulement. C'était un homme, un être humain. Je n'ai pas du tout vécu la même chose que Dean, en ce qui me concerne il ne s'agissait que d'une enquête de plus, je savais que cette mission serait ma dernière tout comme je savais comment tout ça allait se terminer ou tout du moins j'étais certain que ça n'allait pas être facile. Je savais aussi que j'allais en pâtir et qu'après je devrais tirer un trait sur ma carrière d'agent alors… J'en ai voulu à ton frère parce que j'ai souffert mais dans le fond c'était programmé. Disons que j'ai seulement suivi les ordres qu'on m'avait donné puis l'emprise qu'il avait sur moi. Par la suite c'était de savoir cette mission inaccomplie qui m'a le plus fait souffrir. Les dégâts que tout ça a laissé… Dean qui n'allait pas réellement mieux, Sam qui avait tué Nick… Je n'ai pas souffert d'avoir perdu mon poste, au contraire, c'était un soulagement mais savoir cette mission inaboutie et penser au fait que tout ça, toutes ces tortures que j'ai acceptées… Tant physiques que psychologiques… Tout ça ne servait à rien puisqu'il était mort. Et c'est lorsque l'on m'a expliqué les détails de l'enquête et que j'ai découvert que tout n'était pas vain que j'ai pu passer au-delà de ça. »
« -Et donc… Tu ne lui en a jamais voulu ? Tu ne l'as pas détesté ? »
Castiel prend le temps de réfléchir quelques secondes avant de répondre.
« -Si… Mais pas personnellement disons. Je l'ai détesté comme on déteste les criminels que l'on traque. Je le déteste d'ailleurs sûrement encore dans le fond… Mais j'ai appris à le connaître une fois mort… Alors sans pour autant l'excuser de ses actes, je l'ai mieux compris. Ce n'était pas un être sanguinaire, assoiffé de sang comme un peut le penser… Seulement un homme qui a fait de très mauvais choix en pensant bien agir. »
Gabriel semble se détendre légèrement à l'entente de cette réponse. Son regard se tourne alors vers Dean qui sent que c'est à présent à son tour de parler. Et quand bien même il est à présent en paix avec son passé, ça ne veut pas dire pour autant qu'il aime en discuter, mise à part avec Castiel avec qui il parle de tout.
« -Et toi ? » demande finalement Gabriel.
Castiel laisse simplement son pouce glisser au creux de sa main, traçant des lignes régulières afin de le détendre. Et ça marche, il voit les épaules de Dean se décontracter et son souffle qui s'était momentanément bloqué repartir.
« -Moi j'ai… Sincèrement haït ton frère. Pendant des années. Une décennie en fait… Je te l'ai déjà dit la première fois qu'on s'est vu, on a eu une relation particulière lui et moi… C'était malsain. Et je n'étais qu'un gosse en plus de ça, je n'avais que quinze ans au commencement… Quand j'étais avec lui tout allait très bien. Enfin c'est comme ça que je le ressentais à l'époque… Mais quand il est parti j'ai ressenti le manque. Et quand je te parle de manque c'est pas seulement son absence c'est tellement plus. C'est… Un vide. Un vide immense, comme si on t'avait enlevé tout ce que tu possédais. Et ensuite… Ensuite on m'a aidé à comblé ce vide par autre chose, des choses plus saines. Comme la famille, les amis, le travaille… L'amour même. »
Il prend le temps de scruter le visage de Castiel durant quelques secondes. Ses yeux bleus semblent briller, émus par ces mots ou plutôt ce mot qu'il évoque sans crainte pour la première fois depuis des mois. Dean lui rend un léger sourire avant de se retourner vers Gabriel.
« -Enfin bref… Après l'enquête ou plutôt après sa morts en fait… Je l'ai compris. J'ai compris ton frère. Je n'ai pas balayé mes anciennes souffrances d'un revers de manche, je ne les ai pas oubliées mais maintenant, je sais que ça appartient au passé. Et depuis que je sais qui était vraiment Nick, que j'ai compris que ce n'était qu'un homme, je ne le déteste plus. Je n'arrive même plus à lui en vouloir. Je ne cautionne toujours pas, ça serait même inhumain de cautionner tout ça, toutes ces personnes qui se sont données la mort ou tout simplement qu'il a fait souffrir. Mais non, pour te répondre je ne déteste pas ton frère et je n'ai plus de rancœur envers lui. Et même si tu vas trouver ça idiot, c'est pour ça qu'on est venu jusqu'à lui aujourd'hui. Parce que je me suis rendu compte de ça, que je ne lui en veux plus et que d'une certaine manière, je voulais m'en assurer devant lui. Et lui montrer peut-être, par cette même occasion. »
« -Ce n'est pas idiot. » répond simplement Gabriel « Et je suis assez rassuré d'entendre tout ça. Parce que je sais que ce qu'à fait Nick est inexcusable mais… C'était mon frère et… Je n'aurais pas cru que vous soyez capable de passer outre ce qu'il vous a fait. »
« -Ça n'a pas été évident… Je ne l'ai même pas voulu tu sais, ça c'est imposé à moi. » répond Dean en haussant légèrement les épaules.
« -Je vois oui… Et mon frère, comment il était avec vous ? Je veux dire… Je sais qu'il vous a fait subir pas mal d'horreur, je suis bien au courant des faits mais… Sa personnalité, comment il était ? Je ne l'avais pas vu depuis tellement longtemps… »
Castiel tourne la tête vers Dean qui à son tour interroge Castiel du regard, ne sachant qui doit parler. Il est clair qui si c'est Dean qui l'a le mieux connu, il n'aime réellement pas en parler. Mais il fait tout de même un effort. Parce qu'il ne s'agit pas d'une personne désintéressée qui lui fait face mais de quelqu'un qui a réellement connu Nick et que cette histoire intéresse vraiment.
« -Il était… Gentil en fait. » admet-il dépité « Il est clair qu'il était capable des pires horreurs mais en dehors de la manipulation et de son égoïsme redoutable, il restait altruiste. S'il voyait que j'avais froid, il s'empressait de me couvrir. Ou même s'il voyait que j'avais besoin de parler de quoique ce soit, sans rien que je ne lui dise, il me demandait de le faire. Donc… C'est très mitigé en fait. Il y a des moment où il était assez compréhensif mais d'un autre côté il pouvait se montré incroyablement sarcastique et cassant pour ne pas dire carrément blessant. Sans compter les moments de torture bien sûr. » ricane-t-il dépité.
« -Mais… Vous ne vous êtes jamais senti menacés par lui ? »
« -Non. » s'empresse de prononcer Castiel « Enfin Dean, je ne sais pas si toi tu… ? »
Son amant dodeline de la tête afin de confirmer ses propos.
« -Nick n'avait rien de réellement menaçant. » continue l'ancien agent « En tout cas si j'avais peur d'une chose, c'était des trahisons que mon cerveau pouvait me faire en se laissant guider par lui et l'oxycodone… Mais pas de lui en tant que tel, il n'a jamais été réellement violent en lui-même. Ses pratiques l'étaient, pour sûr mais lui non, je ne le pense pas. »
« -Je suis totalement d'accord avec ça. Ce n'est jamais de lui que j'ai eu peur, seulement de mes réaction. Et plus tard, de celles de Cas… »
Il resserre légèrement sa main sur la sienne. Son amant se rapproche légèrement de lui sur la banquette du café.
« -De ce que vous me dites là… Ce Nick est resté un peu le même que celui que j'ai connu… Hormis que la torture se pratiquait sur lui et que la drogue était, bien entendu, absente de notre foyer… »
« Et toi… Comment est-ce qu'il était ? » demande Castiel.
« -Je l'aurais sans aucun doute élu grand frère de l'année. » ricane-t-il « Enfin avant qu'il ne commence à se rebeller bien sûr… Il était génial avec moi, il prenait le temps de m'aider à faire mes devoirs et… On était proche quand on était enfant. Il m'a appris tous les tours de magie qu'il connaissait, on adorait ça… Bien sûr nos parents n'en savaient rien, ils n'auraient pas apprécié, la magie était considérée comme de la sorcellerie pour eux. Alors c'était notre petit secret, ça et bien d'autres choses. On a toujours pensé différemment du reste de ma famille lui et moi. On se disait que lorsqu'on serait grand on aurait chacun une grande maison sans plus aucune religion ni restriction, qu'on serait enfin libres. Mais il a réellement changé lors de sa crise d'adolescence… Tout a commencé quand il n'a pas pris la peine de masquer son penchant pour les hommes. En conséquence mes parents avaient amenés les prêtres en masse et commencé la purification des pêchés par le sang et… Au lieu de comprendre qu'il valait mieux ravaler ses idées jusqu'à sa majorité, là où il quitterait le foyer, il a fait tout l'inverse, laissant exploser son dégoût pour leurs valeurs. Alors ça a empiré et… Il était le fils préféré avant tout ça. Bien sûr que lui et moi on a toujours fait des choses interdites par la famille mais on restait toujours caché auparavant, il était un fils modèle devant eux. Ils l'aimaient tellement qu'il devait prendre la succession de l'imprimerie mais… Enfin bref… J'aime mon frère et malgré tout ce qu'il a pu faire à d'autres, je garde un bon souvenir de lui… »
« -Tu as bien raison. » lui concède Castiel.
Il offre un triste sourire aux deux hommes avant de plonger ses lèvres dans le chocolat chaud.
Chacun d'eux s'est ouvert à sa manière et ça ne leur semble pas étrange, bien au contraire. Tout semble familier entre eux. Ils ont connu la même personne à différentes périodes de leurs vies et de sa vie et en discutent, tout simplement. Ils n'ont plus que ça pour se libérer et le comprendre.
« -Et… On ne m'a pas parlé de ça à moi mais qu'en est-il des autres ? Je veux dire, les familles ou encore l'homme qui séjourne en hôpital psychiatrique, comment ont-ils pris la chose ? »
Dean s'en remet visiblement à Castiel, tournant son regard vers lui.
« -A vrai dire… On n'en sait rien. » avoue-t-il « Le FBI leur a seulement envoyé une lettre explicative parlant des chefs d'accusation dont il s'est déclaré coupable sur leurs enfants mais rien de plus n'a suivi. »
« -Rien ? Vous ne les avez même pas vu ? »
Castiel secoue la tête négativement. Gabriel s'enfonce au fond de son siège et se mord la lèvre quelques secondes, semblant réfléchir.
« -Pourtant vous devriez aller les voir. » adjuge-t-il après un moment.
« -Pourquoi ? » s'enquiert Dean sur la défensive.
Il ne peut pas dire que l'idée ne lui a jamais traversé l'esprit, bien loin de là. Il a souvent pensé à ces oubliés de cette affaire, à ces victimes pour qui il est déjà trop tard, où le mal à déjà été fait. Il a pensé à ces familles laissées à l'abandon, à celles qui n'ont que récemment reçu des réponses sur un vulgaire bout de papier et rien de plus. Il a pensé à venir leur parler de vive voix afin de leur expliquer clairement ce que leurs enfants ont vécu, quel genre d'homme était leur bourreau. Mais il ne s'en est jamais senti capable, il ne se pense pas assez fort pour leur faire face et les écouter pleurer tout en conservant à l'esprit qu'il a été le premier, qu'il aurait pu bêtement le dénoncer aux autorités si jamais il n'avait pas été sous emprise. Mais il n'avait jamais voulu à l'époque et lorsqu'il est parti, Dean n'aurait jamais pu s'imaginer qu'il y en aurait d'autres comme lui, qu'il s'en prendrait à d'autres. Alors non, il ne se sent pas d'aller les voir et de les regarder dans les yeux, quand bien même il exposerait la situation sans pour autant dévoiler qui il est réellement, il ne réussirait jamais à parler devant eux, il n'oserait pas s'ouvrir à des inconnus.
Et il sait que Castiel aussi a déjà pensé à aller voir ces familles ou même cet homme qui reste enfermé dans un hôpital, il le sait. C'est évident qu'il y a pensé, Dean ne le connaît que trop bien. Mais il sait à son tour que Castiel le connaît parfaitement et ne veux pas le brusquer, qu'il veut attendre qu'il soit prêt afin de lui suggérer l'idée. Mais Dean le sait, il ne sera jamais prêt à faire face à ça, à eux. Aux pleurs et aux regrets qui dévaleront le long des joues de ces familles abattues.
« -Parce que ça ne peut que les aider. » répond Gabriel « Je vous ai écouté parler et… Je comprends bien mieux mon frère. Je sais mieux ce qu'il a pu se passer dans sa tête durant tout ce temps. J'étais là quand c'était mes parents qui le torturaient. Ce n'était pas moi qui avait le fouet et la Bible dans la main mais j'ai encore l'impression que c'est tout comme… Et je comprends mieux pourquoi ça vous est arrivé à vous. Et à lui. Je pense que ça va grandement m'aider à avancer… Et je ne dois pas être le seul dans ce cas là. Je pense que beaucoup de familles apprécieraient d'avoir d'autres réponses, de vraies réponses et non une vulgaire feuille de papier envoyé par La Poste. Ça peut réellement les aider. D'autant plus que j'imagine que rien n'est réellement détaillé sur cette feuille, que ça doit rester purement administratif, non ? »
Castiel soupire lourdement en acquiesçant d'un mouvement de tête.
« -C'est le cas en effet. »
« -Tu penses réellement que ça peut aider… ? » demande presque timidement Dean.
« -J'en suis convaincu. »
« -Cas… Tu crois qu'on devrait… ? »
« -Si tu le veux bien, oui. Il ne s'agirait pas de s'exposer Dean, seulement de raconter les détails, ce que le consultant et l'agent de terrain ont réussi à faire ressortir de cette affaire et si ils veulent l'entendre, ce que leurs enfants ont réellement pu ressentir. On se présenterait seulement comme des messagers et non ceux qui ont vécu. Sans compter cet homme en hôpital psychiatrique, je suis sûr qu'il aurait besoin de savoir qu'il y a des personnes qui le comprenne avec qui il pourrait échanger. »
« -Mais lui ne peut plus parler Cas… Il est devenu muet… »
« -Et alors ? Tu crois que ça empêche d'écouter ? Bien au contraire, crois en mon expérience, on est bien plus à l'écoute lorsqu'on ne sait plus parler. »
« -Je ne sais pas les gars… Les familles c'est… Dur… » argumente vainement Dean.
« -Si tu trouves ça dur c'est que tu y vois un obstacle. » commente Gabriel « Mieux vaut le franchir que le contourner. »
« -Ce n'est pas ça c'est… Je ne sais pas. » soupire-t-il en se passant une main sur le visage « On irait tous les deux… ? » en regardant son amant.
« -Bien sûr. Je leur parlerai si tu veux. »
« -C'est… »
Il n'achève pas sa phrase, ne sachant que rajouter.
« -Allez Dean-o, essaies au moins une fois. » conseille Gabriel.
« -Ok… » soupire-t-il « D'accord, je veux bien. Ils méritent de savoir… »
Si Dean est convaincu de cette vérité, il sait que ça ne va pas moins en être difficile. Pour lui la bouclé avait déjà été bouclée, les plaies cicatrisées. A présent il va devoir non pas réellement les rouvrir mais les regarder en face et énoncer des constatations et ça, il sait que ça ne va pas être facile.
« -Les gars… Je vous adore, vous êtes vraiment sympa mais… Ça va être l'heure de la réouverture de ma boutique… » annonce Gabriel en regardant sa montre.
« -Boutique de confiserie, c'est bien ça ? » demande Dean.
« -Exact. Tenez, c'est ma carte. Si jamais vous avez besoin ou même… Je ne sais pas, si vous voulez parler. »
Castiel prend la carte tendue. Gabriel remet immédiatement sa main dans sa poche afin d'y dénicher une sucette qu'il déballe pour immédiatement la mettre dans sa bouche.
Et une joie enfantine se lit dans ses yeux qui brillent d'un éclat malicieux. Cet homme aime visiblement son métier et plus encore les bonbons.
« -Vous en voulez ? » articule-t-il difficilement, montrant qu'il en a plein d'autres dans ses poches.
« -Ça ira merci. Mais… C'est peut-être débile ce que je vais te demander mais tes parents ne désapprouvent pas trop ton choix de métier… ? » s'enquiert Dean.
« -Oh que si ! Ça fait même parti des milles raisons pour lesquelles on ne se parle plus. Tu comprends, les bonbons mènent à la gourmandise et la gourmandise au péché… Ils sont incorrigibles. » en levant les yeux au ciel, souriant tout en se moquant de ceux qui l'ont élevé.
Ils s'échangent encore quelques banalités nuancées d'humour avant de se quitter.
Dean et Castiel retournent silencieusement jusqu'à la voiture, les doigts enlacés, pensifs. Ce n'est que lorsque Dean s'assoit derrière le volent qu'il se dit qu'aujourd'hui il a beaucoup parlé, bien plus que d'accoutumé. Et comme l'a dit Gabriel, ça fait du bien de parler, il devrait le faire plus souvent. Mais surtout Dean sent qu'il ne doit s'arrêter en si bon chemin, qu'il doit continuer de parler et dire les choses, ne serait-ce que pour Castiel qui reste à ses côtés.
« -Cas… Tu sais… Au départ j'étais bien incapable de te le dire et j'ai réussi à le faire une fois mais depuis… J'avais toujours trouvé ça assez inutile parce que je pensais que c'était évident… Mais tu mérites que je te le dise, tu dois le savoir… »
L'intéressé le regarde curieusement, scrutant le visage de son amant afin de décrypter le message qu'il semble avoir du mal à formuler, redoutant les mots qui vont franchir le seuil de ses lèvres.
Dean se mord la lèvre avant de relever ses yeux dans les siens pour fermement s'y accrocher.
« -Je t'aime Cas. »
Et Castiel étouffe un rire qui se mélange à un soupire de soulagement. Bien sûr qu'il le sait déjà, c'est même une évidence entre eux.
« -Tu sais que c'est super vexant de rire dans ces conditions ? » ironise-t-il doucement.
« -Désolé Dean. C'est juste que je le sais. Et que moi aussi je t'aime. »
« -Peut-être bien que tu le sais… C'est juste que je ne crois pas que tu réalises à quel point et tout ce que tu m'apportes. C'est grâce à toi si je vais bien aujourd'hui et si j'ai réussi à trouver un véritable sens à ma vie. Avant je ne faisais que vivre au jour le jour et c'était ça mon moteur : m'occuper d'aujourd'hui et uniquement de ce jour là. Je ne visualisais pas de lendemain heureux, seulement la répétition monotone d'un aujourd'hui. Mais… Maintenant que tu es là, je vois un futur. Je nous vois nous, vieux et heureux. Parce je sais qu'entre toi et moi tout ne peut qu'aller bien. Et c'est étrange d'ailleurs parce que si je sens que tu m'apportes beaucoup, que tu m'apportes tout en fait, j'ai toujours assez de mal à concevoir ce que moi je t'apporte de plus dans ta vie… »
Castiel plisse les yeux comme si sa dernière phrase n'avait réellement aucun sens.
« -Eh bien… Tu m'apportes toi. » répond-il comme une évidence.
« -Moi… ? » dubitatif.
Son vis-à-vis hausse simplement les épaules.
« -Je ne saurais te dire Dean… Dans le fond j'étais un peu comme toi, quand bien même ton frère et Jess m'aidaient à mieux vivre, je continuais à vivre sous l'influence du FBI, d'un choix que je n'avais pas fait moi-même. Je vivais pour suivre les ordres et rien de plus, sans visualiser ma vie autrement que par les ordres. Et maintenant tu es là et je vis pour nous. Pour toi et moi. Et c'est tellement mieux… »
Un léger sourire apparaît sur les lèvres de Dean à cette réponse. Il n'y avait jamais songé, il n'avait jamais pensé qu'il puisse être un réel apport pour quiconque.
« -Donc… Moi ? »
Castiel sourit et acquiesce.
« -Toi. »
J'espère que ce petit extra vous a plu.
On se retrouve la semaine prochaine pour l'ultime oublié de cette fic. A moins que vous m'en suggériez d'autre(s), je suis toujours preneuse, une idée peut (à mon sens) toujours être exploitée d'une manière ou d'une autre.
Bisous~
