Merci à Infinite Interstellar Time pour sa review, et j'espère que ce premier chapitre va vous plaire. L'intrigue commence à se mettre en place ! ^^


Chapitre 1


Douze ans plus tard. Île de Balfredas. Les portes de la ville portuaire se fermaient déjà sur la nuit, après une soirée mouvementée. Des Pirates étaient arrivés dans la baie, quelques heures auparavant, et avaient assailli les tables du « Rouflcon Burni » en masse. Naru les observait distraitement, accoudée derrière son bar, la mine déconfite. Ils avaient vidé la réserve de rhum en une seule soirée, et anéanti ses espoirs de fermer la taverne un peu plus tôt que d'habitude. Son travail lui coûtait un temps précieux, et empiétaient sur ses recherches. Elle avait espéré glaner quelques informations auprès des habitués, mais au bout de cinq jours, elle n'avait encore rien appris d'utile, concernant ces mystérieuses disparitions. Ces soûlards ne savaient absolument rien, contrairement à ce que Sabo lui rabâchait dans les oreilles à longueur de journée : « c'est évident qu'ils savent quelque chose Naru, c'est comme ça sur les petites îles, tout le monde sait tout ».

La nouvelle n'avait pas été ébruitée. Comme Sabo le disait, Balfredas était une petite île, avec seulement une ville, qui se partageait entre la baie et un quartier résidentiel. Le reste de l'ile était recouvert d'une épaisse végétation, où la lumière ne pouvait se frayer un passage. Dernièrement, des habitants de Balfredas avaient disparus, sans trace, ni corps. Personne ne savait ce qu'ils leur étaient arrivés. Enfin, c'était ce qu'ils racontaient. La population était réfractaire à la venue des pirates dans la baie, et ne se confiait plus aux étrangers de passage. Naru et Sabo avaient été dépêchés pour enquêter sur ces fameuses disparitions, qui s'élevaient aujourd'hui au nombre de six. L'une d'entre elles concernait un membre de l'armée révolutionnaire, que les deux jeunes gens connaissaient bien. Un homme expérimenté, qui portait un cardigan bleu marine en toute circonstance.

La jeune femme attacha ses cheveux argentés, imbibé d'eau et de sébum, puis nota ses observations dans un petit carnet aux pages jaunies : « Cinquième jour. Un troisième équipage pirate est entré dans la baie. Aucun nouvel indice trouvé. Sabo continue à lire les rapports locaux concernant ces disparitions troublantes. Affaire à suivre ».

Puis, elle relut les notes qu'elle avait prise concernant les disparus. Un jeune couple, fraîchement débarqué sur l'île au moment des faits. Ils cherchaient à construire une vie de famille ici. Le jeune homme tenait une épicerie dans la baie, qu'il avait racheté au Maire.

Une mère de famille sans histoire. Naru n'avait aucune information sur elle. Sa famille restait incroyablement silencieuse et prostrée à la maison.

Lergo, membre de l'armée révolutionnaire. Elle l'adorait. C'était un vieux roublard, qui portait un chapeau melon (qu'elle avait rêvé de brûler une centaine de fois) et un cardigan bleu marine.

Un vieil homme très apprécié sur l'île. Beaucoup de personnes lui avaient racontés leurs souvenirs en sa compagnie. Il s'appelait Germa. Drôle de nom. C'était un altruiste, qui n'hésitait pas à accueillir les étrangers qui faisaient halte dans la baie.

Un jeune homme timide et discret, du nom de Bary. Personne ne le connaissait vraiment, mise à part ses parents. Il était six en tout. Elle avait cherché durant de longues heures ce qui aurait pu les relier entre eux, vainement. Il n'y avait aucun lien. C'était une énigme insoluble, dont elle s'en serait bien passée.

Naru frotta son front du revers de la main, étouffée par la chaleur tropicale qui stagnait sur l'ile, puis referma son instrument de travail l'air blasé. Parfois, la neige de son pays natal lui manquait atrocement. Le manteau de plumes noires qu'elle portait sur le dos en permanence renforçait cette sensation de chaleur qui l'oppressait, mais la jeune femme n'avait aucune envie de s'en séparer.

"Vous travaillez ici depuis longtemps, demoiselle ?"

Naru releva la tête brusquement, et posa son regard vermeil sur l'un des hommes, assis à son bar. Ses cheveux roux flamboyants brillaient à la lumière des torches, qui révélaient son visage souriant. Ce sourire forcé avait un semblant de déjà-vu. Pourtant, Naru n'arrivait pas à se souvenir où diable elle avait pu le croiser. Elle ne lui répondit pas, espérant secrètement qu'il se tairait. Elle détestait les pirates, et n'avaient que peu d'intérêt pour ces histoires qui défrayaient les journaux récemment. La bataille de Marineford n'était pour elle qu'un bain de sang, où des personnes sans importance avaient perdu la vie. Rien n'intéressait Naru, mis à part ses propres affaires. On aurait pu la blâmer d'être égoïste, mais la jeune femme avait une toute autre vision de son comportement. Elle n'accordait de l'importance qu'à ce qui était vraiment important.

"Joli manteau...

- Encore du rhum ?" rétorqua-t-elle sèchement.

Naru détestait que l'on s'intéresse à son manteau. Au Quartier Général des Révolutionnaires, à son arrivée, des dizaines de personnes lui avaient demandé où elle l'avait trouvé. Qu'avaient-ils tous avec ce manteau ? Naru ne leur avait jamais répondu, ne comprenant pas cette curiosité maladive.

L'inconnu du bar la fixait attentivement, sans aucune animosité dans la lueur de ses prunelles. Il tendit sa choppe après réflexion, et Naru y versa du rhum en silence. Son regard fut immédiatement attiré par le grand chapeau noir, qui se frayait un passage entre les tables. Sabo était revenu de la bibliothèque publique. Et au vu de la mine renfermée qu'il arborait, il n'apportait pas de bonnes nouvelles.

"Vous avez une tâche sur votre pull, souffla l'inconnu, détournant l'attention de Naru.

- Pardon ?"

Naru examina son pull, sans y trouver la moindre trace de saleté. Que racontait-il encore ?

"Je n'ai pas de tâche.

- Alors c'est une bonne nouvelle ! Prenez un verre de rhum aussi", chantonna-t-il, ses joues rougies par l'alcool.

D'un geste habile, il planta un verre dans la main de Naru, qui écarquillait les yeux de stupeur. Où avait-il dénicher ce rhum ? Il n'y en avait plus, et même celui qu'il buvait était en réalité du saké. Naru l'avait soupçonné d'être trop ivre pour s'en rende compte, mais elle s'était faite duper de toute évidence.

"Comment pouvez-vous faire la fête alors que des personnes sont probablement mortes, ou en train de lutter pour vivre à l'heure qu'il est ?"

La jeune femme espérait que Lergo soit toujours en vie, même si c'était peu probable. Le regard amusé du pirate la foudroya indécemment, et il glissa tout bas :

"Vous ne travaillez pas ici depuis très longtemps, pas vrai ?"

Naru ne répondit pas, posant le verre sur le comptoir, et quitta son poste pour retrouver Sabo à l'une des tables, cachée dans la pénombre. Elle gratifia la pirate d'un regard désobligeant au passage. Avant qu'elle n'atteigne son coéquipier, une main se referma doucement sur son bras droit. Elle tourna la tête vivement, l'air agacée.

"Excusez le capitaine, il n'en fait qu'à sa tête..."

Alors cet homme, avec ses cheveux rouges, et son air d'abruti, était le capitaine des pirates qui avaient vidé sa réserve de rhum ? Charmant. Naru se redressa, et scruta ce nouveau personnage attentivement. Il avait le teint mat, et des cheveux entortillés, qui formaient une sorte de serpillère de luxe. Elle ne put s'empêcher de rire à cette pensée. L'homme sourit à son tour, la relâcha et reprit sa discussion avec les autres membres de sa tablée. Naru ne perdit pas de temps, et sauta sur la chaise en face de Sabo :

"Alors, tu as pu lire les rapports ?"

Le jeune homme avait un sourire étrangement moqueur. Naru lui cogna le bras, pour qu'il cesse de la regarder ainsi. Sabo râla joyeusement, avant de livrer le résultat de ses recherches :

"J'en ai lu une bonne partie, mais il n'y a rien de concret dedans. Aucun témoignage, ni hypothèse. Ils ont classé l'affaire. On dirait presque qu'ils ne voulaient pas savoir ce qu'ils leur étaient arrivés. C'est assez étrange, je trouve."

Le regard vermeil de Naru se focalisa un instant sur la fenêtre, en face d'elle. Elle discernait les silhouettes longilignes de pirates, qui se bousculaient dans la rue. Ils rentraient dans leurs bateaux infernaux, qui bouchaient le port.

"Il y a sûrement des habitants de l'île qui doivent savoir quelque chose, se plaignit-elle.

- Mais ils ne disent rien, soupira Sabo.

- Pourquoi ?

- Si nous le savions, nous aurions déjà résolu l'affaire."

Naru se projeta en arrière, évitant le sourire raccoleur de Sabo, et déposa son dos contre la planche de bois craquelée, qui faisait office de chaise. Quelque chose ne tournait pas rond ici. Personne ne parlait, mais tout le monde savait qu'un trésor dormait probablement dans la forêt. Alors qui avait parlé ? Et pourquoi restaient-ils silencieux à présent ? Cette histoire de trésor avait ameuté des centaines de pirates, ce qui était réellement paradoxal, au vu des réticences de la population à leurs présences dans la baie. Quelque chose ne tournait pas rond sur cette île, et ils devaient à tout prix découvrir le secret qu'elle renfermait, avant de pouvoir résoudre ce mystère.


Le lendemain matin, Naru enfila une robe blanche et sortit en trombe de sa chambre, louée à un prix dérisoire. Le patron du bar qui l'employait avait insisté pour qu'elle s'installe dans l'établissement. « Une bonne publicité », d'après sa collègue Geda. L'arrivée des pirates dans la baie avait déclaré une véritable guerre entre les bars de la ville. Chacun voulait avoir ces bons clients dans sa taverne, à n'importe quel prix. Même s'ils ne payaient pas forcément leurs dûs.

Sabo s'était levé aux aurores, et déjeunait déjà au comptoir du « Burni », comme les intimes l'appelait. Naru le rejoignit en baillant. Elle se servit un verre de jus de mandarines, et guetta les nouvelles par-dessus l'épaule de son coéquipier :

"Alors ? demanda-t-elle la bouche pleine.

- Une tempête se prépare. L'île va être isolée pendant quelques jours. Personne ne pourra quitter la baie, ni y entrer.

- Ce n'est pas vraiment un problème. Il y a déjà trop de pirates ici."

Sabo continua à feuilleter le journal, alors que Naru buvait son verre d'une traite. Il émit quelques grognements, puis referma le journal d'un coup sec. Le jeune homme se retourna sur Naru, qui s'empiffrait de gaufres avidement :

"Elles sont bonnes au moins, j'espère ?"

Elle leva les yeux au ciel, et prit une gorgée d'eau, afin de tasser les bouts de gaufres qui coinçaient dans son œsophage.

"Je vais interroger le Maire aujourd'hui, avec un peu de chance, j'obtiendrai quelque chose de sa part."

Sabo ramassa ses affaires tranquillement.

"Et moi j'irai parler aux parents du dernier disparu... Monsieur et Madame Blosku", compléta Naru en jetant un coup d'oeil à ses notes.

C'était les parents de Bary, le dernier disparu en date. Sabo fronça les sourcils, en empoignant son grand chapeau noir, posé près de lui :

"Tu devrais te reposer, Naru. C'est ton jour de congé.

- Pas avant que j'aie trouvé ce que je suis venue chercher. Cinq jours que nous sommes ici, et nous n'avons aucune piste, à part le « trésor fantôme ». Je n'ai même pas eu l'occasion de cueillir mes plantes médicinales."

Sabo abdiqua d'un soupir silencieux. Naru était têtue. Mais il était vrai qu'ils n'avaient aucune preuve pour l'instant. Le temps filait à vive allure qui plus est. Ce n'était pas vraiment un problème, mais qui sait, cette série d'enlèvements n'étaient peut-être pas terminée.


Naru avait trouvé la maison facilement, dans le quartier résidentiel. Des longues allées séparaient les maisonnettes, longeant la lisière de la forêt. Toutes étaient assez récentes, avec leurs beaux jardins et leurs clôtures aussi blanches que la lumière divine. Elle prit une bouffée d'air, pour s'encourager, et toqua deux coups distincts à la porte des Blosku. Une femme, aux cheveux de paille, lui ouvrit la porte :

"Que voulez-vous ? demanda-t-elle d'une voix étriquée.

- Je souhaitais vous parler de votre fils…"

Elle n'etait pas douée dand le jeu de la compassion, et se sentit assez mal a l'aise. La femme jaugea Naru de la tête au pied, et déclara d'un regard vide et esseulé :

"Attendez ici, je vais chercher quelque chose."

Puis elle lui ferma la porte au nez.

Naru attendait sur le pallier, craignant l'orage qui se profilait à l'horizon. L'île serait isolée durant plusieurs jours. Les journaux annonçaient une tempête sans précédent. La jeune femme détacha ses cheveux argentés, puis examina le ciel de son œil affuté. Les plantes qu'elle recherchait adoraient l'humidité ; certaines ne fleurissaient que sous une pluie torrentielle. Ce serait l'occasion d'arpenter la forêt à la recherche d'Herbe de Lune. Un sourire discret naquit aux coins de ses lèvres. Sabo râlerait encore contre « ces maudites plantes », mais il l'aiderait tout de même à les cueillir. Elle en avait besoin, et c'était en partie à cause de ces plantes rares qu'elle était venue à Balfredas.

"Un si beau visage…"

Naru sursauta de la voix mielleuse, qui avait chuchoté dans son dos. Une vieille femme se tenait, courbée, de l'autre côté de la rue. Sa peau fripée ressemblait à la cire d'une bougie, dégoulinant par endroit et suintant par d'autres. Naru crut halluciner, et ferma les yeux vivement. Malgré tout, la voix chuchota à nouveau :

"Dommage, elle avait un si beau visage…"

Naru avait une folle envie de prendre ses jambes à son coup. Elle entendait une sorte de chuchotement. Pourtant, la vieille dame se trouvait à une trentaine de mètres, et ses lèvres ne bougeaient pas. Cette personne aux habits trop amples, la fixait, de ses yeux globuleux. Quelque chose de dérangeant se dégageait de son être. Une puanteur envahissait les alentours, engorgeant les poumons de Naru. Elle se boucha le nez aussitôt, mais au bout de trente secondes, elle suffoquait déjà. Cette odeur l'effrayait et la dégoûtait. L'air lui manquait, à force de paniquer, et elle tomba à genoux sur le perron. Naru perdit connaissance lentement.

"Vous allez bien ?" murmura une voix dans sa tête.

Brusquement, Naru rouvrit les yeux, et tomba nez à nez avec un homme, de forte corpulence, qui la regardait d'un air affolé. Elle le repoussa violemment, cherchant la vieille dame où elle l'avait aperçue juste avant. Mais elle n'était plus là. L'odeur d'ammoniac, mélangée à celle d'une chair brûlée, non plus.

"Tout doux, je voulais seulement vous aider", se défendit-il.

Naru cligna des yeux plusieurs fois, pour constater qu'il n'y avait réellement plus aucune présence dérangeante cachée à la lisière de la forêt.

"Vous l'avez vue, n'est-ce pas ? demanda-t-elle d'une voix étouffée.

- Qui ?

- La dame qui se tenait près de ce poteau", montra-t-elle d'un geste tremblotant.

L'habitant se redressa, et regarda dans la direction que lui indiquait Naru. Mais il ne voyait rien d'inhabituel. Elle perçut à son attitude qu'il était gêné. Il haussa les épaules, un sourire crispé collé au visage :

"Je n'ai rien vu mademoiselle… J'ai seulement entendu un bruit, et je suis sorti de la maison. Vous étiez par terre, avec votre main serrée autour de votre gorge", souffla-t-il.

Naru avait l'impression d'avoir eu une hallucination. L'odeur, qui créait une sensation de nausées au creux de son estomac, avait totalement disparue. Tout comme la vieille dame. Ce n'était pas possible. Doucement, elle s'appuya sur ses mains et se releva en époussetant ses habits imprégnés de poussières.

"Ma femme est toujours dans le grenier, elle cherche des photos", rajouta-t-il en se grattant la tête.

La jeune femme hocha docilement la sienne, et jeta un dernier coup d'œil en direction du fameux poteau. Cette dame avait eu l'air si réelle. Naru s'excusa poliment, pour son geste querelleur, et pénétra dans la maison, à la suite de son hôte.

"Depuis que notre fils a disparu, ma femme passe beaucoup de temps à regarder nos photos. Vous avez son âge, vous savez."

Il s'assit à la table de la cuisine, sur une chaise trop petite. Il débordait de chaque côté, pourtant recroquevillé sur lui-même. Elle eut de la peine pour lui. Il avait perdu son fils abruptement, et devait gérer la dépression de sa femme. Naru n'avait que peu de compassion en temps normal, mais cette fois-ci, son histoire la touchait. La jeune femme lui sourit sincèrement, et déposa sa main sur la sienne :

"Savez-vous ce qu'il a fait avant de disparaitre ? Est-ce qu'il avait des projets ?

- Comme tous les jeunes gens. Il voulait devenir pirate", confia-t-il en riant.

Naru se força à garder ses yeux bien ancrés dans les siens, malgré son envie soudaine de les lever au ciel. Qu'avaient-ils tous à vouloir devenir pirate ? Le sol craqua dans la pièce adjacente, entraînant l'arrivée de la mère de Bary. Elle tenait une pile de photos, et Naru devina aisément qu'elle avait pleuré, au vu de ses yeux gonflés.

"Ce jour-là, il se rendait en ville, pour acheter un mélange d'opiacés. Ma femme souffre de douleurs depuis quelques temps."

La jeune femme arqua l'un de ses sourcils, et détailla son hôte attentivement. Un baume d'herbes médicinales, à appliquer sur la peau, aurait un certain avantage. Naru détestait ces substances qu'elle désignait comme nocives, et préférait les remèdes naturels qu'offraient la nature.

"Si vous voulez, je peux vous expliquer comment fabriquer votre propre baume, pour vos douleurs, avec des herbes cueillies dans la forêt.

- C'est très gentil à vous, mais vous savez, on ne préfère pas s'approcher de la forêt.

- Pourquoi ?"

Les deux adultes échangèrent des regards embêtés. Naru aurait été vexée dans un autre contexte, mais elle les croyait volontiers s'ils lui révélaient qu'ils détestaient se rendre dans la forêt. Cette dame avait eu l'air si réelle.

"Nous n'habitons sur l'île que depuis deux mois, alors les histoires locales, on ne s'y était pas vraiment intéressé au départ.

- Que racontent-elles ? questionna Naru, en grignotant le morceau de pain que lui tendait Logne, le père de Bary.

- Nous ne savons pas exactement, mais elles racontent des choses… tous ces pirates dans la baie, ils ne sont attirés que par le trésor. Certains disent, en ville, qu'ils vont apporter le malheur sur nos têtes."

Naru avait déjà entendu beaucoup d'histoires à travers Grand Line. Certaines parlant de trésor caché notamment. Mais jamais elle n'avait eu affaire à des légendes urbaines. La jeune femme ressentait leur peur, au sein même de leur foyer. Un mal œuvrait sur cette île. Sabo avait eu raison : l'île regorgeait de mystères, et tout le monde en savait quelque chose.


"J'espère que nous avons pu vous aider."

Logne serra la main de Naru avec vivacité. La jeune femme les remercia, et quitta le perron, le regard tourné vers cet unique poteau. Qu'avait-elle vu ? Peu importe. Elle avait réussi à obtenir un témoignage, et maintenant, ils devaient se renseigner sur ces fameuses légendes. Cette piste était cependant discutable. Il s'agissait peut-être d'un canular. Elle espérait que Sabo ait trouvé des éléments plus concrets auprès du Maire de la ville.

Naru accéléra le pas, pour rejoindre le centre de la ville. Elle avait légèrement peur de s'aventurer seule dans les bois à présent. Sabo se moquerait d'elle, mais il n'était pas question qu'elle s'y rende sans être accompagnée. Les rues étaient encore calmes en cet fin d'après-midi. Les pirates dormaient toujours, et ne tarderaient pas à se réveiller pour festoyer à nouveau au centre de la ville. Elle poussa la porte du « Burni » d'un coup sec, et fut agréablement surprise de trouver Sabo, assis à l'une des tables miteuses de la « baraque » (surnom du Rouflcon Burni).

"Déjà de retour ? demanda-t-il avec ce léger sourire, qui lui donnait un certain charme.

- Apparemment. Alors, tu as pu découvrir quelque chose de ton côté ?"

Sabo titilla son chapeau, le décollant de son crâne, pour laisser son cuir chevelu respirer. De toute évidence, la journée n'avait pas été fructueuse pour lui.

"Ce bonhomme a essayé de m'endormir durant de plusieurs minutes. Soit il ne sait définitivement rien, ou soit il joue très bien la comédie", finit-il par soupirer. "Et toi ?

- La famille est bouleversée, et m'a parlé de certaines légendes…

- Celle du trésor fantôme ? On raconte que personne ne l'a jamais vu, un peu comme le One Piece.

- Oui, mais ils m'ont aussi parlé de la forêt, qui cacherait quelque chose d'autre… je ne sais pas vraiment, ils ne m'ont rien dit d'autre. Il faut que je me renseigne sur ces rumeurs demain.

- On devrait faire un tour ensemble aux archives publiques, tu ne crois pas ? J'ai peut-être raté un élément."

Naru hocha la tête, résolue à découvrir ce qui avait bien pu effrayer les Blosku. Elle souhaita une bonne nuit à Sabo, et au lieu de monter dans sa chambre, elle ressortit du « Burni », le cœur lourd.


Elle traversa la ville, la robe dansant au rythme effréné du vent. Les pirates festoyaient encore, alcool à la main, prêts à dénicher le trésor dont tout le monde parlait. De leurs côtés, les habitants se cachaient dans la pénombre, scrutant ces pirates d'un mauvais œil. Ces étrangers étaient prêts à saccager leurs légendes, sans scrupules. « Ils vont les attirer », certains murmuraient depuis des jours. Mais à chaque fois que la jeune femme leur demandait des explications, ils se taisaient inexplicablement. De ce tourbillon de murmures, elle n'en avait retenu qu'un seul, il y a trois jours :

« Personne n'aurait pu prévoir. À la seconde même où l'île fut isolée, leur sort à tous était scellé ».

Elle n'avait pas fait attention au vieux bonhomme. Ce n'était pas vraiment le plus sain d'esprit qu'elle ait rencontré sur cette île. Mais à présent, elle doutait de plus en plus. Et si ce mendiant avait vu quelque chose que personne n'aurait pu prédire ?


Un petit cabanon brillait d'une faible lueur, au loin. Naru gorgea ses poumons d'air, et trottina jusqu'à la lumière, légèrement plus anxieuse qu'elle ne l'aurait cru. Il en était toujours ainsi, de toute façon. Le cabanon n'était plus qu'à quelques pas. La jeune femme posa délicatement sa main sur la poignée dorée, et pivota son poignet pour ouvrir la porte. Une odeur âcre vint envahir ses narines, doucereuse et sournoise. D'abord légère, l'odeur se développait à mesure qu'elle s'enfonçait dans la bâtisse. Elle était différente de celle qu'elle avait sentie cet après-midi. Celle-ci, elle savait de quoi, ou plutôt de qui, elle s'échappait. Naru s'approcha d'une silhouette voûtée, assise au bord de la fenêtre :

"Bonsoir papa."