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Salut les gens ! J'espère que vous allez bien !
On se retrouve aujourd'hui pour le chapitre huit ! J'espère qu'il vous plaira ^^
N'hésitez pas à me laisser une reviews, pour me donner votre avis sur ce chapitre ! :)
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Bonne lecture
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Chapitre 8 : Retour à la maison.
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PDV Externe
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D'un commun accord, la petite famille avait décidé de retourner chez eux, à Nantes. Certes, ce n'était plus un endroit sûr pour eux, mais ils n'avaient nulle part où aller, plus personne pour les héberger, rien. Ils ne seraient plus en sécurité nulle part.
Ils étaient fatigués, et n'avaient rien avec eux : ni d'argent, d'habits convenables, de nourriture, d'eau ou quoi que ce soit, alors autant revenir chez eux où ils étaient sur de trouver tout ce dont ils avaient besoin. Ils aviseraient ensuite.
Les Sommet n'avaient pas dit un mot de tout le voyage, ou presque. Tous étaient encore trop traumatisés et fatigués pour parler. Pour tout dire, ils avaient peur de la discussion qui allait s'en suivre, peur de ce qui allait se dire et de ce qui allait se passer.
Ils arrivèrent enfin devant chez eux, après avoir conduit toute la journée, et une bonne partie de la nuit. Il était trois heures du matin, et pourtant, personne ne semblait vouloir dormir. Le petit schizophrène et sa famille rentrèrent sans bruit dans la maison, après avoir ouvert la porte avec le double des clés caché sous le paillasson.
Ils allèrent tous au salon, et toujours dans le silence le plus totale, prirent place. Le Patron, le Geek, le Prof et le Hippie s'installèrent dans le canapé, la Fille et le Panda dans deux fauteuils avec chacun Tim et Gab sur les genoux, et Mathieu s'assit sur la table basse.
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PDV Mathieu
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Voilà, nous en étions là après tout ce temps. Après avoir passé presque trois mois dans cet asile, si j'en croyais mon calendrier, nous nous retrouvions dans notre maison, au salon, après avoir vécu l'enfer.
Je soupirais, et regardais ma famille.
Mes personnalités étaient couvertes de bleus, de coupures et de traces de sang séché, tout comme Tim. Il avait un œil au bord noir, et le nez couvert de sang séché. Gabriel s'en sortait visiblement beaucoup mieux que lui.
Je ne voulais pas reparler de l'asile, savoir ce qu'ils avaient subi, ou du moins pas tout de suite. Pour l'instant, je voulais juste m'assurer qu'ils aillent bien.
« Je… ça va ? »
Question stupide, évidemment, et le Patron souffla bruyamment pour me montrer son exaspération. Mais les autres me répondirent par un hochement de tête positif. Ils n'avaient surement pas envie de se plaindre maintenant, alors qu'ils venaient de sortir de l'asile.
Avec un petit sourire triste, je caressais doucement la joue de Gabriel. A mon grand étonnement, il me repoussa brusquement et se rétracta contre le Panda. Ce dernier parut aussi ébahi que moi, et fit descendre Gab de ses genoux.
« Ça ne va pas, mon grand ? » lui demanda-t-il.
Mon fils, debout devant moi était en train de m'insulter du regard. Je ne comprenais pas pourquoi, plein de suppositions se bousculaient dans ma tête, et toutes me faisaient peur. Je prenais une voix douce et rassurante, et le prenais dans mes bras.
« Qu'est-ce qui ne va pas, mon chéri ? Tu sais que tu peux tout dire à papa. »
Encore une fois, il me repoussa et se défit de mon étreinte. Ses yeux brillaient de larmes, et j'avais peur de l'avoir blessé, à moins qu'il lui soit arrivé quelque chose d'affreux durant le séjour à l'asile qu'il ne voulait pas me dire.
« T'es pas mon père. »
Hein ? Pourquoi ? De quoi il parlait ? J'étais pourtant sur jusqu'aux dernières nouvelles qu'il était de moi.
Il était en colère, vexé, triste et j'en passe, ça devait certainement être ça. L'asile l'avait chamboulé. Tout allait s'arranger avec le temps, je l'espérais. A moins qu'il y ait un problème, quelque chose de plus grave…
« Pourquoi tu dis ça ?
-Si tu étais mon père, tu ne m'aurais pas menti. »
Je me figeais et n'osais plus prononcer un mot. Avec toutes ces histoires, tout ce temps passé dans l'asile, notre évasion et la peur de perdre mes proches, je n'avais plus repensé au fait que Gabriel savait ce qu'il s'était réellement passé cinq ans plus tôt, à la mort de sa mère.
Je voyais mon fils trembler de rage, et bientôt des larmes se mirent à rouler sur ses joues. Toutes mes personnalités semblaient avoir compris ce qu'il se passait, elles aussi étaient pétrifiées. Seul Timothée semblait ne rien comprendre, et il leva un sourcil interrogateur vers son frère.
« De quoi tu parles ?
-Ah, t'es pas au courant ? » cracha Gab.
A travers ses larmes, il lâcha un rire hautain.
« Papa va peut-être pouvoir te dire ce qui est arrivé à maman ! »
Tim fronça les sourcils, et se tourna vers moi. Je voyais l'incertitude et la peur dans son regard. Il ne comprenait pas de quoi parlait son frère, il comptait sur moi pour tout lui expliquer, mais je ne pouvais pas, je n'en avais pas le courage. Comment pourrais-je lui dire toute la vérité après cinq ans de mensonge, après avoir monté une histoire de toutes pièces ? C'était impossible, j'avais bien trop peur de le décevoir, de lui faire de la peine, peur de ce qu'il pourrait penser de moi.
« Quoi ? Pourquoi ? De quoi il parle ? » demanda Timothée.
Je baissais la tête et la prenais entre mes mains. C'était au-dessus de mes forces de lui dire ça, le lui expliquer.
« Bon, on dirait qu'il ne veut pas te raconter ! Bah alors c'est moi qui vais le faire ! » s'exclama haut et fort Gabriel.
Il me lança un regard moqueur et assassin, qui cachait toute sa douleur. Je m'en voulais de lui faire subir tout ça, je m'en voulais affreusement mais ça ne changeait rien.
Tim tortillais ses doigts sous le stress et l'appréhension, et il regardait son frère avec une lueur à la fois rempli de curiosité et de peur.
« S'il-te-plait, Gabriel… » implorais-je, dans l'espoir qu'il se taise.
Il ne m'écouta pas, évidemment, il s'avança d'un pas décidé vers Tim, et posa une main sur son épaule, en une poigne forte, comme s'il déversait sa colère sur lui.
« Alors voilà, il se trouve que papa nous a menti sur ce qui était arrivé à maman ! »
Il parlait à voix haute, et faussement joyeuse, comme s'il faisait un numéro. Moi, je gardais ma tête entre mes mains, je ne pouvais pas regarder ce qu'il se passait autour de moi.
« Gab, ne soit pas trop dur avec ton père… » plaida le Panda.
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PDV Timothée
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Je ne comprenais pas ce qu'il se passait, mais tout ça m'effrayait et ne me disait rien de bon. Maintenant que je savais que mon père m'avait menti, il suffisait que je découvre ce que ça concernait. D'après ce que j'avais compris, c'était sur la mort de maman.
Mais je ne comprenais pas pourquoi il nous aurait caché la vérité, qu'est-ce que ça lui aurait apporté ?
Rien, évidemment ! Ça n'avait pas de sens, Gabriel était surement en train de mentir. Pourquoi, je ne savais pas, mais ça avait l'air de l'amuser. Il semblait furieux, et papa et les autres avaient l'air abattus, gênés et inquiets. Ils appréhendaient tous ce moment et… ma réaction ? J'en avais l'impression. Et si Gabriel me disait la vérité ?
Je fronçais les sourcils.
« Qu'est ce qui est arrivé à maman ?
-C'est très simple ! Elle s'est fait tuer ! » s'exclama-t-il, toujours avec ce faux sourire moqueur, et un rire hautain.
Il se donnait en spectacle, était presque en train de devenir hystérique, et criait à présent toutes ses phrases.
Moi, mes oreilles bourdonnaient, je n'arrivais pas à assimiler ce qu'il me disait, je le comprenais, mais je ne pouvais pas y croire, c'était impossible. Ma mère était morte dans un accident de voiture, c'était comme ça et ça devait le rester. Pourquoi tout était tellement si compliqué ? Pourquoi fallait-il toujours que tout se complique, pourquoi je ne connaissais pas la vérité ? Pourquoi papa m'avait menti ?
Et comment ma mère était morte ? Tué pendant son séjour en Allemagne, ou ailleurs ? Morte par un fou, lors d'un braquage de banque ? Dans la rue ? Par quelqu'un qu'elle connaissait ou un inconnu ? Trop de questions traversaient mon esprit à la seconde près.
Je levais les yeux vers mon père. La tête entre ses mains, il sanglotait silencieusement, et ses personnalités baissaient honteusement la tête. Je ne m'étais jamais senti aussi trahi, jamais senti aussi seul et abandonné. Pourquoi se mentir, entre proche ?
Des larmes silencieuses roulaient aussi sur les joues de mon frère, et j'étais triste pour lui. Je savais ce qu'il ressentait.
« Comment elle a été tuée ? » demandais-je à mon frère en avalant difficilement ma salive.
Il essuya ses larmes d'un revers de manche et regarda mon père avec dégout. Il lui en voulait terriblement, je ne l'avais jamais vu éprouver autant de rancœur pour lui.
« Il nous a menti pour tout. Maman est jamais partit en voyage d'affaire. Elle était avec lui, à l'asile il y a cinq ans. C'est là-bas qu'elle a été tuée, lors d'une expérience qui devait faire un choc à papa pour voir si ses personnalités disparaîtraient grâce à ça. »
Je retournais mon attention sur mon père, ma respiration était haletante et mon cœur tambourinait si fort dans ma poitrine que je pensais mourir à cause de cet aveu. Gabriel partit dans sa chambre à cet instant, comme s'il avait peur de cette confrontation.
« C'est vrai ? » demandais-je difficilement.
Papa hocha doucement la tête, sans me regarder, toujours en train de pleurer.
Pourtant je voulais qu'il me regarde ! Je voulais qu'il nous voie, mon frère et moi ! Je voulais qu'il voie le mal qu'il nous avait fait, qu'il lise toute la douleur et le reproche en nous ! Je voulais qu'il comprenne qu'il nous avait brisé en nous mentant, qu'il nous avait détruit, qu'il se rende compte que nous lui en voulions.
Je me figeais, et je crois avoir été déconnecté de la réalité pendant plusieurs secondes, car quand je revenais à moi, papa était face à moi en train de me tenir fermement par les épaules, et se confondait en excuses. Des excuses inutiles, car je ne savais pas pour l'instant si je pourrais lui pardonner. C'était honteux de sa part de m'avoir caché ça.
Je me dégageais de son emprise, et marmonnais :
« Je vais dans ma chambre…
-N-non ! Tim ! Revient, s'il te plait ! » implora papa.
Je ne l'écoutais pas et montais dans ma chambre, ressentant malgré tout un petit pincement au cœur face à la détresse de mon père. Ça me faisait mal de le voir dans cet état, mais il fallait que je sois seul un peu.
J'allais m'installer sur mon lit, la chambre était en désordre depuis la dernière fois où nous l'avions quitté, la nuit où le docteur Frédérique et ses hommes étaient venus nous chercher, ils avaient tout cassé, tout retourné.
C'était le gros bordel. Comme dans ma tête. Je ne savais plus quoi croire, mon père m'avait-il menti sur d'autre chose ? Etait-il au moins mon père biologique, ou ça aussi c'était un mensonge ?
Ma mère avait été tuée.
Quelqu'un avait osé faire du mal à maman, et je n'en avais jamais rien su, j'avais vécu dans le mensonge pendant cinq ans. Elle était morte, et j'en avais ignoré la véritable cause jusqu'à aujourd'hui.
Je n'en voulais pas à papa pour la mort de maman, ce n'était pas sa faute et je le savais, il n'avait pas choisi d'être schizo, et encore moins d'aller dans cet asile. Et puis maman aimait papa, elle n'aurait surement pas voulu que je lui en veuille. Non, je ne lui en voulais pas, la seule chose que je lui reprochais été de m'avoir menti.
Mais pourquoi avait-il fait ça ? Pourquoi avoir menti ? Pour me protéger ? Par peur de ma réaction ? Je ne savais pas, mais il devait bien avoir ses raisons, non ?
Et puis, comment aurais-je réagis si j'avais su la vérité à cinq ans ?
. ~ Flashback ~ .
J'ai cinq ans, il fait beau aujourd'hui. Les oiseaux chantent, et le soleil brille, heureusement les feuilles des arbres nous font de l'ombre à moi, papa, Gabriel et les autres.
On est dans un cimetière. C'est très joli, d'être dans cet endroit avec ce beau temps. Mais ça le serait encore plus si ce jour était joyeux. Mais il ne l'est pas.
Aujourd'hui, on enterre maman.
Ça fait une semaine que papa est revenu de l'asile, pour nous annoncer que maman est morte dans un accident de voiture. Une semaine que j'apprends à vivre sans elle, sans sa présence, ses bisous, ses câlins, sans sentir l'odeur de son parfum, sans entendre son rire, sa voix douce, les regards amoureux qu'elle lance à papa et l'attention qu'elle nous porte. C'est très difficile, et extrêmement douloureux. Je ne sais pas si j'arriverais à vivre comme ça.
Je ne veux pas dire à papa ce que je ressens, j'ai peur qu'il réagisse mal. J'ai peur qu'il pense que je ne l'aime pas, que je ne me sens pas en sécurité avec lui. Peur qu'il croie que tous les efforts qu'il fait pour que moi et Gabriel soyons heureux et bien avec lui ne servent à rien.
Pourtant c'est faux, j'aime papa et je ne pourrais pas vivre sans lui, encore plus depuis que maman est partit. Il est le seul parent qu'il me reste. J'aime ses bisous, ses câlins, l'odeur de déodorant et de mousse à raser qui émane de lui, son rire et sa voix parfois légèrement abîmé par le tabac, l'attention et tout l'amour qu'il nous donne depuis toujours, et ses regards doux et attendris qu'il nous porte quand il nous observe. Je lui suis reconnaissant pour tout, et surtout depuis qu'il fait de son mieux pour nous apporter à lui tout seul l'amour et le sentiment de sécurité dont nous avons besoin, moi et Gabriel.
Il y a des papillons qui volent autour de nous, et j'aimerais bien essayer de les attraper, mais je n'ai pas le cœur à ça. Panda me tient la main, il la serre fort dans la sienne, si fort que ça me fait mal. Mais je ne lui dit pas, je n'ose pas, parce que je sais qu'il fait ça pour me consoler, et peut-être pour se consoler lui-même.
Prof porte Gabriel dans ses bras. Mon frère est blotti contre lui, et comme moi il regarde papa.
Papa est agenouillé par terre, devant la tombe de maman. Il pleur beaucoup, et ça me fait mal de le voir comme ça. Moi je n'arrive plus à pleurer, et je ne sais pas pourquoi. Je me demande si ça fait de moi une mauvaise personne. Mon frère aussi ne pleure pas, et les autres non plus.
Il n'y a pas eu de messe à l'église, comme dans les films, papa dit que c'est parce que maman ne croyait pas en dieux, et qu'elle n'aimait pas les discours que font les curés. Il dit qu'elle n'aurait pas voulu ça, mais je suis sûr que maman n'aurait pas non plus voulu voir papa pleurer comme ça.
Je suis triste, et même si ce jour est assez flou, et que je ne me souviens pas de tout, c'est un des pires souvenirs que j'ai.
J'ai cinq ans, je suis triste parce que maman et morte, et qu'on l'enterre aujourd'hui.
Oui, on l'enterre.
C'est quelque chose que je ne comprends pas tout de suite. Je ne comprends pas tout de suite que maman est à six mètres sous terre, parce que à mon âge, ça me parait impensable d'enfouir quelqu'un sous des kilos de terre. Même si elle est morte.
Etre mort, c'est comme dormir très longtemps, non ? C'est ce que papa m'a dit. Moi, si je devais dormir très longtemps sans me réveiller, je n'aimerais pas qu'on me mette sous un tas de terre. Pourtant c'est ce qu'ils ont fait. Ils ont mis maman dans une boîte inquiétante, et ils l'ont enterré. Sans se soucier de voir si elle allait se réveiller. J'en ai parlé à papa, il dit qu'elle ne peut pas se réveiller, que c'est impossible.
Mais ça ne change rien, on enterre quand même maman, et même si je ne suis pas d'accord, je ne dis rien. C'est bizarre, d'enterrer quelqu'un, comme on voudrait enterrer des mauvais souvenirs, effacer des erreurs ou des cauchemars.
Je ne veux pas oublier maman, comme j'oublierais de mauvais souvenirs. Je veux me rappeler son visage, son odeur, et toutes les sensations de bonheur que j'éprouvais quand elle était encore là.
Pourtant cinq ans plus tard, quand je repenserais à elle, je n'éprouverais rien de tout ça, je ressentirais juste un grand vide et beaucoup de tristesse. J'aurais tout oublié de son odeur, je ne me souviendrais plus de son visage, rien.
. ~ Fin flashback ~ .
C'était peut-être mieux comme ça, mieux si je n'avais pas su la vérité. Aujourd'hui j'en voulais à mon père de m'avoir menti, mais à cinq ans, je ne comprenais déjà pas grand-chose à la situation, alors pourquoi compliquer les choses avec une horreur comme l'assassinat de ma mère ? Je n'aurais jamais pu comprendre que quelqu'un ait voulu, ou ait fait du mal à ma maman, si gentille avec tout le monde. A part me choquer et me détruire d'avantage, à quoi ça aurait servi de savoir qu'elle avait été tuée ?
Finalement, papa avait eu raison de ne rien dire. Enfin, raison je ne sais pas, mais disons juste que je comprenais son geste, et que je ne lui en voulais pas. Je me demandais quand même s'il me l'aurait dit un jour, ou s'il m'aurait laissé dans l'ignorance toute ma vie.
Je poussais un petit soupire et passais une main dans mes cheveux. Je n'arrivais pas à pleurer, mais j'en avais envie. J'avais l'impression que le cour de ma vie m'échappait, je ne comprenais plus rien. Et si tout ce dont en quoi je croyais était faux ? J'avais peur de ce qui allait se passer, et j'avais vraiment peur de voir le docteur Frédérique sortir de nulle part pour m'emmener à l'asile.
Qu'est-ce que j'allais devenir si on me poursuivait ? Je ne voulais pas avoir la même vie que papa, c'était peut-être méchant dit comme ça, mais pouvait-on me le reprocher ?
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PDV Mathieu
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« Allez Mathieu, reprend toi. » me dit le Geek en posant une main mal assuré sur mon épaule.
« Ouai, et arrête de chialer comme une gamine. » grogna le Patron.
« Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même. » soupira la Fille.
« Tu savais bien que ça arriverait un jour…. » m'informa le Hippie.
Pourtant rien de ce qu'ils pouvaient dire, de réconfortant ou non, ne pouvait me consoler. Je venais sans doute de perdre la confiance de mes enfants, et je ne savais pas si je pourrais la regagner un jour. J'avais peur, si peur de savoir ce qu'ils pensaient de moi, à présent.
Ils m'en voulaient, c'était évident, mais j'avais fait ça pour leur bien ! Pour ne pas qu'ils souffrent, pour qu'ils soient heureux ! Pour ne pas leur causer de choc supplémentaire !
Est-ce que j'étais un mauvais père ? Pouvait-on me reprocher d'avoir voulu leur cacher ça pour ne pas qu'ils aient à endurer autre chose ?
Toutes mes personnalités disparurent une à une, où ça ? Je ne sais pas, mais ça m'importais peu. Je devais rester seul, réfléchir et faire le point sur ma vie. Il fallait aussi que je trouve comment me racheter auprès de mes petits.
. ~ Flashback ~ .
Je suis coincé dans cet asile depuis longtemps, trop longtemps. Des mois, des semaines, plus ou peut-être moins, ça je ne sais pas. Je n'ai plus la notion du temps. Je ne sais pas quel jour, quelle heure ou même quel mois nous sommes.
Je suis faible, je suis maigre, pâle comme un linge, j'ai faim et soif, je suis fatigué et pourtant je ne fais rien de mes journées. Je suis révolté de mes conditions de vie, et révolté d'être retenue ici contre mon grès pour me guérir d'une maladie qui n'affecte en rien ma vie ou celle des autres.
Ma schizophrénie n'a jamais fait de mal à personne, ni à moi, ni à ma famille, ni à qui que ce soit. Mes personnalités sont sorties de ma tête pour se matérialiser cinq ans plus tôt, grâce à une expérience de l'une d'elle, Prof. Depuis le début de ma maladie, le docteur Frédérique me poursuivait sans relâche, et je ne comprenais pas pourquoi il s'acharnait autant. Enfin, il avait fini par arriver à ses fins au bout de cinq ans. Et voilà, maintenant je suis coincé ici, alors que j'ai vingt-trois ans et deux garçons dans la vraie vie, loin de cet endroit, en dehors de l'asile.
J'ai aussi une femme, une femme magnifique et absolument parfaite, une femme plus belle que n'importe qui d'autre et que j'aime comme je n'ai jamais aimé personne. Je veux finir ma vie à ses côtés, voir nos deux enfants qui lui ressemble tellement grandir près d'elle.
Je veux l'aimer jusqu'à ma mort.
Mais j'ai peur, tellement peur pour elle. Elle est coincée dans cet endroit, elle aussi. Elle aussi ne mange presque rien, elle doit être maigre, pâle, comme moi, et surement comme mes personnalités. Je ressens une peur et une inquiétude tellement forte, plus forte que n'importe quels sentiments. Je ne suis sûr de rien, je ne sais pas si ma femme est encore en vie. Le doute et l'incertitude sont les pires des sentiments.
J'ai aussi peur pour mes personnalités, évidemment. Mais même si j'ai honte de le dire, j'ai encore plus peur pour ma femme. Amaya et nos garçons, c'est toute ma vie, je ne peux pas vivre sans eux. Mes personnalités, c'est différent, je les considère comme mes frères et je les aime, évidemment, mais j'ai bien plus peur pour ma femme et mes fils.
Aujourd'hui, on nous a réuni, moi et mes personnalités dans une grande salle froide, qui m'intrigue un peu, et j'appréhende ce qu'il va s'y passer. On nous attache les mains avec des chaines, qu'ils attachent ensuite au mur, comme pour nous empêcher de bouger. De toute façon, je suis trop faible pour faire quoi que ce soit, et je sens que c'est pareil pour les autres.
Je sens qu'ils vont nous tuer, il n'y a pas d'autres possibilités.
A cet instant où je pense à ma futur mort, je me dis que ce n'est pas grave, que ce calvaire va enfin se terminer. Quand je ne serais plus là, ils relâcheront Amaya, et elle pourra rentrer pour s'occuper de Gabriel et de Timothée. Ils laisseront enfin ma famille tranquille, et même si ce sera dur pour eux, je sais qu'ils s'en sortiront. Amaya est forte, je sais qu'elle surpassera mon trépas, et qu'elle saura trouver les mots juste pour expliquer convenablement à nos petits ce qu'il nous est arrivé.
Je suis prêt à partir, je suis tranquille et serein.
Mais tout ne se passe pas comme je l'aurais souhaité, et mes pires craintes vont se produire.
Ma femme entre dans la salle, suivit du docteur Frédérique. Ses cheveux bruns et bouclé sont tout emmêlés et coiffé en chignon, ses beaux yeux bleus sont fatigués, et ses belles joues habituellement magnifiquement rosit ont perdue leurs couleurs. Elle semble terrifiée, et je le suis aussi en la voyant dans cet état.
Le Docteur Frédérique me lance un sourire cruel, et attache également Amaya, mais plus loin que nous, et de façon à ce que nous puissions tous la voir, surtout moi.
Je commence à paniquer, et à bouger dans tous les sens.
C'est la première fois que je revois ma femme depuis que nous avons été capturé, j'ai envie de la prendre dans mes bras, de la serrer fort, de l'embrasser et de lui dire à quel point je l'aime, de savoir si elle va bien, mais je sens que ça ne va pas être possible, et que quelque chose de grave va se produire.
« Qu'est-ce qu'elle fait ici ?! Qu'est-ce que vous allez lui faire ?! »
Le docteur Frédérique soutient mon regard sans ciller, et toujours en abordant ce sourire suffisant et sadique.
« Eh bien, ça fait partie du traitement contre votre maladie. Je pense qu'un choc émotionnel pourrait peut-être vous guérir. Alors, je vais essayer de la manière la plus efficace qu'il soit. »
Je me fige et essais de trouver une autre explication à ses paroles qui me font froid dans le dos. Mais je n'y arrive pas, et j'essaie difficilement d'encaisser ce que je viens d'entendre. Je tourne la tête vers Amaya et la regarde, la questionnant du regard, en espérant qu'elle me dise que tout est faux, que ce n'est qu'un cauchemar. Mais non, elle soupire et me lance un sourire triste, puis baisse la tête, comme résigné.
« Qu'est-ce que ça veut dire ?! » demande brusquement le Panda.
Le Docteur ne lui répond pas, il lui lance juste un regard dédaigneux. Il regarde ensuite Amaya, avec une lueur folle dans les yeux, et je grogne de rage. Il ne peut pas lui faire du mal, c'est impossible.
« Qu'est-ce que vous comptez lui faire ?!
-Oh, ne vous inquiétez pas, vous le découvrirez bien assez tôt. »
Je tremble de rage, j'ai peur pour ma femme, et je ne peux pourtant rien faire. Je veux sauter sur cet homme, lui faire du mal, le frapper, le défigurer, lui infliger toutes les pires tortures du monde, mais je ne peux pas. Je suis attaché, il est presque impossible pour moi de faire le moindre geste, alors je ne peux pas le menacer, si je veux sauver ma femme il va falloir que je le supplie.
« Ecoutez, on peut trouver une autre solution…
-Non, on ne peut pas. Il n'y a pas d'autre solution, aucun des médicaments que je vous ai donné n'a marché. »
Je le vois s'avancer vers ma femme, et Amaya, ferme ses yeux larmoyant. La main du docteur fend l'air et vient s'écraser sur sa joue. La tête d'Amaya part en arrière, et va se cogner contre le mur en un bruit sourd. Ses jambes flanches sous la violence de ce coup.
« MAIS ÇA VA PAS ?! »
Je me débats furieusement contre les chaînes qui entravent mes poignets, mais rien ne se passe. Devant moi et sous mes cris, le docteur continue de frapper et de battre Amaya. Ces images tournent dans ma tête sans fin, Il lui pince et lui mord les seins, la frappe dans le dos avec une barre en fer, touche des parties de son corps que personne ne devrait toucher hormis moi, il lui fait mal, volontairement, et moi je suis impuissant.
Ce petit manège dur un bon bout de temps, et ça me rend fou.
Mais ce n'est pas tout.
Il la frappe, mais ce n'est pas tout, il utilise aussi des armes blanches, il lui brûle des partie du corps avec des braises encore brulantes, l'asperge d'eau brulante, puis glacée, il lui tire les cheveux, la mord jusqu'au sang, et j'en passe.
C'est affreux à voir, impossible à supporter, je me débats, je hurle à m'en casser la voix, je pleure, je supplie et je menace à n'en plus pouvoir, mais rien ne change. Je suis prisonnier, spectateur impuissant face à cet horrible spectacle, forcé à assister à la torture de ma femme.
Amaya pleur, elle hurle de douleur, ses cris résonnent dans la pièce et me donnent mal à la tête. La vue de ma femme à présent nu, saignant abondamment à plusieurs endroits, incapable de bouger ou de se défendre, me donne la nausée. Je vomis et hoquète, épuisé de me débattre depuis si longtemps. Je ne vois plus mes personnalités, seul compte l'amour de ma vie en pleine détresse, et ce monstre qui l'a maltraite.
Au bout d'un moment, Amaya arrête de se tortiller dans tous les sens, elle ne cri plus, ne pleurs plus bruyamment, elle regarde dans le vide, les yeux vitreux et le souffle court, la respiration lourde. Des larmes silencieuses coulent sur ses joues, elle n'en peut plus. Mon cœur est sur le point d'exploser de tristesse et de peur, j'ai l'impression que le cour de ma vie est en train de m'échapper, je ne contrôle plus rien. J'ai l'impression que je suis en train de la perdre.
Le docteur me lance un sourire sadique, et s'éloigne d'Amaya. Il regarde l'heure et me dis :
« Je vais y aller, j'ai d'autres patients à voir. Je reviendrais demain, voir si ce nouveau traitement a marché. »
Ça doit faire longtemps, très longtemps qu'on est coincé ici. Il donne un dernier coup de pied dans le ventre d'Amaya, comme pour faire bonne figure avant de nous quitter. Il sort de cette grande pièce froide et referme la porte. Je pense que cette salle est surveillée par des hommes de main, je sais que le docteur ne nous laisserait jamais seuls.
Je suis accroupie par terre, toujours en train de me débattre mollement contre mes liens, regardant fixement Amaya. Elle ne me regarde pas, elle, je sais qu'elle a honte, et peur de croiser mon regard. Je le sais, mais je ne sais quand même pas pourquoi.
Je ne remarque pas autour de moi que les autres se battent aussi contre leurs menottes. Ils s'acharnent même, de toutes leurs forces. Ils s'acharnent tellement bien, que leurs efforts finissent par payer. Geek arrive à retirer ses menottes en extirpant ses mains, et Patron lui lance :
« Viens-là, gamin. »
Geek, tremblant et paniqué, s'approche de lui en titubant. Il pleure, peut-être de peur, ou d'inquiétude pour Amaya, ou encore par traumatisme suite au spectacle auquel nous venons d'assister. Ou alors un peu tout ça.
Il aide difficilement le Patron à extirper ses mains des menottes. Après, tout ce passe très vite, et sans que je ne comprenne, on se retrouve tous libres, sans menottes ni rien.
Je me précipite alors vers ma femme, sans attendre une seconde de plus.
Je la prends, tout tremblant dans mes bras. Elle est glacée, et sa peau est sanglante, mais elle a arrêté de pleurer. Je ramasse la blouse blanche qu'elle portait plus tôt dans la journée et que le docteur lui avait retirée avant de la torturer, pour la blottir dedans. Elle s'accroche à moi, faiblement, et je caresse doucement sa joue.
Je peux m'enfuir, c'est le bon moment, mais ça ne m'importe pas. A quoi ça sert de m'enfuir, d'être libre, si ma femme n'est pas là ?
Pendant que je serre la femme de ma vie contre moi, du bruit se fait entendre devant la pièce dans laquelle nous nous trouvons, mais je n'y fais pas attention. Je m'en fiche de ce qui peut m'arriver, je m'en fiche de me faire de nouveau capturer, sans avoir pu profiter de quelques secondes de liberté pour m'enfuir, je m'en fiche de tout ça.
Je ne saurais que plus tard que ce bruit que j'entendais était en fait le Patron, le Hippie et la Fille, qui défonçaient la porte et assommais les deux gardes qui nous surveillaient, pendant que les autres faisaient le guet.
Amaya tourne lentement la tête vers moi, et passe sa main sur ma joue. Elle me sourit doucement, l'air fatigué, alors que je pleure. Je prends la main qu'elle a sur ma joue pour la serrer dans la mienne et déposer un baiser dessus.
« Je vais mourir. »
L'amour de ma vie vient juste de murmurer ses mots, mais je les ai très bien entendus, et ses mots résonnent dans ma tête comme si elle venait de crier. Mes larmes coulent sans un bruit et je secoue obstinément la tête, bégayant :
« N-non, dis p-pas de conneries ! O-on va s'en sortir, partir t-tous ensemble !
-Non Mathieu, tu sais que c'est faux. Regarde-moi.
-On va t-te soigner ! »
Elle lâche un petit rire, faible, mais très beau. Je ne sais pas encore que ce sera le dernier rire que j'entendrais venant d'elle.
« Non Mathieu, tu ne vas pas me soigner, il faut que tu partes. C'est surement ta seule chance de partir de cet endroit.
-M-mais, et toi ?!
-Je te l'ai déjà dit, c'est l-la fin. »
Sa voix est faible, j'ai beaucoup de mal à l'entendre, mais je comprends pourtant ses paroles. J'ai peur de ce qu'elle me dit, peur de ce qu'il va se passer. Au fond de moi, je sais qu'elle a raison, qu'elle va crever et que moi je vais rester là comme un con, à ne pas savoir quoi faire. Je ne veux pas que ça arrive, sans elle je ne suis rien, sans elle je suis mort, seul, perdu dans le noir. Elle est la lumière qui m'éclaire.
Je ne pourrais jamais expliquer avec des mots ce que je ressens en ce moment. C'est un mélange de panique, de détresse et de désespoir contre lesquels je ne peux rien. C'est affreux.
Je ressentirais ces émotions tout le restant de ma vie.
« A-Amaya, je ne peux pas vivre sans t-toi ! Tu le sais bien ! »
Je pleure, et c'est ma façon de supplier ma femme de ne pas me quitter, comme si elle pouvait décider de mourir ou non en ce moment même. Mais sa voix faiblit de plus en plus. Je me penche vers elle, mon visage juste au-dessus du sien. Je lui embrasse le front, les joues, les lèvres, tout ce que je peux atteindre.
L'amour de ma vie utilise ses dernières forces pour m'embrasser tendrement. Je caresse doucement ses cheveux, mes larmes roulent sur ses joues et mes sanglots perturbent notre dernier baiser.
Dernier baiser. Ça me fait si mal de penser ça. Je ne peux toujours pas l'accepter.
Amaya met fin à notre étreinte et caresse ma joue.
« Si, tu le pourras. Tu d-dois le faire, Mathieu.
-S-si tu meurs, j-je me tue ! »
Je la menace, comme si ça pouvait arranger les choses. Mais je pense vraiment ce que je dis, quand je dis que je me tuerais. C'est vraiment ce que je veux faire, si on meurt tous les deux, on sera toujours ensemble.
« Non m-mon amour, je veux que tu sois fort, et que t-tu restes en vie pour nous deux. Si tu ne le fait pas pour toi, fais le… pour moi. »
Toute ma vie, je serais impressionné par le calme et le courage que ma femme aura eu jusqu'à sa mort. Moi je suis inconsolable. Amaya est pris d'une violente quinte de toux, avant de prendre mon visage entre ses mains.
« F-fais le pour nos enfants. Je les aime p-plus que tout, et t-toi aussi. I-ils… Ils ont besoin de toi. Je t'en s-supplies Mathieu, o-occupe t-.. Toi d'eux, p-protège-les.
-Mais comment je vais faire sans toi ?! J-je ne pourrais jamais les élever correctement sans toi, c-comment je vais leur dire ce qu'il t'ai arrivé ?! Comment je vais r-répondre à leur question, c-comment je vais soigner l-leur tristesse ?! Je ne peux pas, sans toi !
-S-si, tu pourras ! T-tu dois y arriver ! j-je.. je sais que t-tu peux l-le faire. Apporte l-leur tout l'amour que tu p-peux leur o-… offrir. T-tu vas ré-… réussir, j-je te fais con-confiance. »
Je baisse la tête et je pleure, parce que je sais qu'elle a raison. Je vais devoir m'occuper seul de nos fils. C'est moi qui ai voulu avoir des enfants, mais je ne sais pas si sans elle, je me sens capable de les élever. Tout sans elle me semble triste.
« P-promet moi qu-que… tu p-protègeras n-nos fils, e-et que tu les aimeras qu-quoi qu'il a-… arrive. Et pr-… promet moi de v-vivre, d-de ref-… refaire t-ta vie, d'être… h-heureux. S-s'il te p-plait, c-… c'est très i-important… pour m-moi. »
Je pousse un faible soupire et étouffe un sanglot. Comme si je pourrais un jour être heureux sans elle. Mais c'est sa dernière volonté, alors je n'ai pas le choix, il faut que je la rende heureuse une dernière fois.
« Je te le promet. »
Amaya ferme les yeux, et je la serre contre moi, pleurant toujours à chaudes larmes. Elle serre faiblement ma main, sa respiration est sifflante, elle parle de plus en plus lentement.
« D-dis à-à… Timothée e-et Gab… Gabriel… qu-que j-… je l-les… aimes. »
Je hoche la tête, même si elle ne le voit pas. Je ne peux pas parler, c'est trop dur. Alors ce sont vraiment les adieux avec la personne que j'aime le plus au monde ?
« Je t'aime. » elle murmure.
« M-moi aussi, m-mon amour, j-je t'aime p-plus que t-tout, et… et je t-t'aimerais toute m-ma vie. Je… j-je n'aimerais qu-que toi. J'ai hâte d-de te re-retrouver. »
Elle n'a pas entendu ma dernière phrase, je l'ai dit trop tard. Elle s'est endormie, et elle est belle, même comme ça. Elle s'est endormie, et même si au fond de moi je sais que plus jamais elle ne se réveillera, je n'y crois pas encore. Je suis dans le déni.
Je la serre contre moi, je l'embrasse, la couvre de baiser, caresses ses joues, ses cheveux, lui murmure des mots doux à l'oreille, lui dit combien je l'aime, et je pense qu'elle m'entend, j'en suis presque sûr. Je ne réalise pas ce qu'il se passe, j'oublie où je suis et ce qu'il se passe.
Je reste comme ça pendant quelques minutes, pas trop longtemps. Parce que durant ces quelques minutes, la vérité me revient en pleine face. Amaya est morte. Elle a été torturée, et a succombé à ses blessures. Ma femme, l' amour de ma vie, est morte. Ce mot est froid, et il me fait peur. La mort me fait peur. Je n'ai pas peur de mourir, mais j'ai peur de perdre mes proches, comme beaucoup de personne. Et aujourd'hui c'est le cas.
Je suis veuf, je viens de perdre la mère de mes fils. C'est si triste, je ne pensais pas dire ça un jour, ou du moins pas aussi tôt.
Je suis seul au monde, je suis entouré de froid. Je ne sais même plus si ma vie en vaut la peine.
De toute façon, j'ai fait une promesse à ma femme. Je vais la respecter, pour elle, pour qu'elle soit fière de moi, et pour les dernières choses qu'elle m'a laissé : nos fils. Je vais aussi faire ça pour eux, parce que je les aime, mais j'ai peur de ne pas savoir m'occuper d'eux sans Amaya. J'ai peur de ce qui va arriver à mes garçons.
L'amour de ma vie est mort.
Tout le monde part un jour.
Je pleure et je hurle à m'en casser la voix. Je m'accroche au corps sans vie de ma femme et la supplie de se réveiller. Ceux qui ont déjà perdu des proches savent ce que je ressens, ceux pour qui ce n'est pas le cas ne peuvent même pas imaginer ma douleur.
Mais je n'ai pas le temps de pleurer ma femme, je n'ai pas non plus le temps d'emmener son corps loin de cet endroit.
Patron me prend fermement par les épaules et me relève. Jusqu'à là, j'avais oublié qu'ils étaient là. Ma personnalité sombre me tire vers la sortie, je me débats, je hurle :
« NON ! JE REFUSE DE LA LAISSER LA ! »
Patron me gifle, et je ne comprends pas pourquoi. Ça devait être pour me faire réagir. Je le regarde, mes yeux plein de larmes. Je souffle :
« J-je ne peux pas la laisser ici. »
Panda pousse un petit soupire.
« Ecoute, il va falloir que tu sois fort. On n'a pas beaucoup de temps, il faut qu'on parte. C'est ce qu'Amaya aurait voulu. Pense à tes gosses. Allez, viens, on… on ira la chercher demain, si tu veux, c'est risqué mais je suis prêt à le faire. Mais pour l'instant il faut vraiment qu'on y aille. »
Il n'attend pas ma réponse, les autres non plus. Ils se mettent à deux pour me soutenir, Prof et Geek. On traverse les couloirs à toute vitesse, personne ne s'est encore rendu compte de notre évasion.
Je pars, et je laisse ma femme derrière moi. Ça me tue.
Je vais tenir ma promesse même si je sais que ça va être dur, que je ne m'en remettrais pas, même si je sais que je souffrirais tout le restant de ma vie.
Je m'occuperais de nos enfants comme elle me l'a demandé, et aussi parce que je les aime plus que tout au monde. Ce sont les dernières choses qu'il me reste d'elle, c'est un mélange d'elle est moi. Ce sont mes amours, ma seule raison de vivre désormais. A cet instant, je me promets, et je promets à ma femme que je me battrais pour eux jusqu'à ma mort.
Mais je ne referais pas ma vie, comme elle me l'a demandé. Je ne veux pas retrouver l'amour, plus jamais. L'amour fait trop mal, et de toute façon je ne veux qu'elle.
Je veux l'aimer jusqu'à ma mort.
Et je l'aimerais jusqu'à ma mort, quoi qu'il arrive.
Je n'aimerais qu'elle.
Je me détestais.
Mais je ne savais plus pourquoi.
Parce que j'avais mentis à mes fils ? Parce qu'Amaya était morte dans ce fichu asile par ma faute ? Parce que je ne savais pas si elle aurait été d'accord que je cache la vérité à nos garçons ? Que devait-elle penser de moi, où qu'elle soit désormais ?
Je n'arrivais plus à pleurer, mais j'étais abattu. J'étais un père lamentable, je n'avais pas réussi à protéger mes enfants de moi-même, je leur avais menti, j'avais monté une histoire de toutes pièces, et même si je pensais bien faire, aujourd'hui je ne savais plus où j'en étais.
Je pourrais leur acheter plein de jouer, pour me faire pardonner, leur donner de l'argent, mais mes gamins n'étaient pas et ne seront jamais pourris gâté, de plus je savais au fond de moi que ce n'était pas la solution. Je ne pourrais pas racheter la confiance de mes garçons, ça ne marchait pas comme ça.
Il allait falloir que je leur parle, mais accepteront-ils seulement de m'écouter ?
Je montais et toquais timidement à la porte de leur chambre. Je savais qu'elle n'était pas fermée, ils n'avaient pas les clefs.
Ni Gabriel, ni Timothée ne répondirent. Ils n'étaient visiblement pas prêts à me laisser entrer.
Peu importe.
Je poussais un petit soupire et entrais, comprenant que je n'aurais surement pas leur autorisation. Je n'allais pas attendre éternellement devant leur chambre, si ?
Mes garçons étaient dans leurs lits. Ils ne faisaient rien, ils ne parlaient pas, ne souriaient pas, ne jouaient pas, ne s'amusaient pas. C'était comme si tout le bonheur du monde avait disparu. Ça me fit mal de les voir comme ça, et je ne savais pas comment les réconforter.
Ils tournèrent tous les deux la tête vers moi. Gab grogna et se tourna dos à moi, alors que Tim soupira en détournant le regard. J'avançais à petits pas vers eux, et m'installais sur le matelas de Timothée. Je jouais nerveusement avec mes doigts, et cherchais mes mots.
« Ecoutez, les garçons… »
Je soufflais bruyamment, et regardais autour de moi. Je cherchais quelque chose à quoi m'accrocher. Ni moi, ni mes enfants ne voulions nous regarder. L'ambiance était froide, et pesante.
« Je sais que… que je n'aurais pas dû vous mentir.
-Tu l'as pourtant fait. » cracha Gabriel.
« Je sais mon chéri, et je le regrette vraiment tu sais, mais… il faut que tu comprennes, vous étiez si jeune…
-Et alors ?! Qu'est-ce qui t'obligeais à inventer une histoire débile ?! Ou à nous mentir si longtemps ?!
-Je… je ne sais pas, j'avais peur…
-Peur de quoi ?! Il ne fallait pas faire ça, c'est de ta faute ce qui arrive ! Tu penses qu'on n'avait pas le droit de savoir ce qui était arrivé à maman ?!
-J-je ne voulais pas vous voir souffrir ! Je sais que je n'aurais pas dû faire ça, que c'était une erreur, mais je l'ai fais parce que je vous aime !
-Tu crois qu'on ne souffre pas, là ?! Si tu nous aimais vraiment, tu ne nous aurais pas fait ça.
-Gabriel… »
Il se leva de son lit dans le but de partir, mais je lui attrapais le bras pour l'attirer contre moi, il se débâtit un peu au début, essaya de me repousser, et de me frapper, mais ça ne faisait rien, je le tenais fermement et il finit par fondre en larme. Il s'accrocha à moi, et je le berçais doucement. Je voulais qu'il se sente en sécurité, même si je savais qu'il allait falloir du temps pour qu'il me pardonne, je devais m'occuper de lui.
A cet instant, il évacuait sa tristesse, sa peur, et tous les sentiments qu'il gardait pour lui depuis trop longtemps.
« Je t'aime mon bébé, ne l'oublie jamais. Je suis désolé pour ce que j'ai fait, pardonne moi. Je suis là, pleur, ça fait du bien. »
Je murmurais des mots doux à son oreille et le cajolais. Je jetais un sourire triste à Timothée et lui fis signe de se joindre à notre étreinte. Il se leva nonchalamment et vint aussi se blottir contre moi.
« Toi aussi pardonne-moi Tim, je pensais bien faire, je te le jure.
-C'est pas grave, je comprends. »
Il était sincère, je le savais, ça s'entendais dans sa voix. Je le serrais lui aussi fort contre moi, et lui apportais toute la tendresse dont j'étais capable.
Je fondis en larmes moi aussi, et Timothée se joignit à nous. Je pense qu'il pleurait pour les mêmes raisons que son frère, je n'en étais pas sûr. Moi je ne savais plus pourquoi je pleurais. De soulagement, pour m'être fait pardonner, de la douleur de la mort de ma femme, du fait que je ne me sois pas remis de la trahison que j'avais infligé à mes garçons ? Un peu tout en ça en même temps, je pense.
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PDV Fille
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Le retour de l'asile a été plutôt compliqué, entre la fatigue, la douleur physique et émotionnelle, le fait que notre maison était ravagée et la violente confrontation entre Mathieu et les garçons, rien n'allait plus.
Je m'inquiétais pour mon créateur et ses fils. Je savais que Mathieu pensait bien faire en cachant ce qui était arrivé à Amaya à ses enfants, mais je n'avais jamais été d'accord. Personne n'avait été d'accord. De toute façon, je ne pouvais rien faire : je n'avais pas à intervenir dans l'éducation de Tim et Gab.
Pauvres petits, ça avait dû leur faire un choc. Apprendre la vérité aussi brutalement…
Et pauvre Mathieu, aussi. Même s'il avait fait une erreur, j'avais mal pour lui, mal parce qu'il ne méritait malgré tout pas de perdre l'amour et la confiance de ses garçons. Tout le monde mérite une deuxième chance.
Je ne savais pas vraiment si c'était bien ou non, et s'il ne fallait mieux pas que je me mêle de mes affaires, mais j'avais vraiment envie de les aider à se réconcilier. La vie était déjà assez dur, et je savais que personne ne la supporterais s'il y avait en plus des tensions entre les membres de notre famille. Je ne voulais pas que la vie des gamins et de Mathieu soit gâchée à cause d'une dispute stupide.
Ça me faisait un peu chier d'être conciliante, de régler les problèmes des autres, et même si je ne faisais pas ça d'habitude, je savais que je devais le faire aujourd'hui, que ça valait le coup.
Je me dirigeais vers la chambre des enfants, en cherchant les mots et les phrases que j'allais leur dire, comme si je répétais le texte d'une pièce de théâtre.
Je m'arrêtais devant la porte de la chambre qui était entrouverte, et jetais un regard dedans avant d'entrer, pour être sûr que je ne dérangeais pas.
Mathieu était là, allongé dans le lit de Timothée, en train de serrer les deux petits contre lui. Ils étaient épuisés et dormais tous les trois, encore dans leur blouse blanche, étant donné que contrairement à moi et aux autres, ils n'avaient pas pris le temps de se changer. Ils semblaient sereins, et les voir comme ça me fit un bien fou, et je sentis une agréable chaleur envahir mon cœur.
Tout c'était arrangé, ils n'avaient pas eu besoin de moi.
Notre vie allait reprendre son cour, ça me faisait peur. Mais j'avais pourtant l'espoir que les choses allaient s'arranger pour nous, comme un bon pressentiment.
Si seulement c'était possible…
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Voilà, c'était le chapitre huit de cette fiction, j'espère qu'il vous a plu ! ^^ On approche doucement de la fin !
N'hésitez pas à me laisser une reviews pour me donner votre avis ! :D
Passez une bonne semaine, à la prochaine ! :)
Amour et licorne *-*
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