Déjà un nouveau chapitre, vu que c'est la suite de la journée de Naru. Tout ce chapitre pour une seule soirée héhé ! On y voit Shanks, on y voit Corazon, on y voit Yasopp, et on y voit ce bon vieux qui me fait personnellement flipper ! J'espère que ce chapitre va vous plaire. Merci à Infinite Interstellar Time et Musicmyb pour leurs reviews, ça me fait hyyyper plaisir :)
Bonne lecture !
Chapitre 7
Naru évitait de croiser son regard depuis maintenant dix bonnes minutes. Elle s'appliquait à nettoyer sa joue déchiquetée par les débris de verre dans un silence religieux. Aucune mouche ne volait entre eux, il n'y avait aucun bruit parasite. La jeune femme coupa quelques bouts de coton supplémentaires, les imprégna d'un gel gluant de sa confection et les posa délicatement sur sa joue. Puis elle banda cette dernière, en enroulant le tissu autour de sa tête et en cachant l'un de ses yeux. Il ne ressemblait à rien, mais au moins, ses blessures seraient guéries rapidement.
Corazon n'avait pas besoin de ce bandage, mais il aimait observer Naru et constater ce qu'elle était devenue en l'espace de ces quelques années. Alors il la laissa enrouler ce bout de tissu ridicule autour de sa tête. Elle avait toujours le même tic qu'avant, cette façon de se frotter la lèvre supérieure du bout des doigts comme si elle avait une terrible décision à prendre.
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« Il reprenait ses esprits doucement. Tous les muscles de son corps étaient douloureux. Il se souvenait du visage de son frère, du pistolet qu'il braquait sur lui, des coups de feu qui avaient été tirés. Alors pourquoi était-il toujours vivant ? Il bougea lentement son bassin, et vit tous les bandages et les pansements qui le recouvraient. Qui avait fait ça ? Il tenta de s'appuyer sur ses avant-bras pour se redresser, malgré la douleur lancinante qu'il ressentait.
─ Tiens le barjot s'est réveillé.
Il détourna le regard, et vit l'ombre d'une petite fille, devant un flux de lumière orangée aveuglante. Où était-il ? La petite fille se pencha au-dessus de son torse et appuya en un point précis sur son épaule droite. Corazon hurla de douleur, en se recouchant immédiatement.
─ Pourquoi t'as fait ça ? demanda-t-il dans un râle.
─ Pour que tu te recouches… et parce que ça m'amuse, avoua-t-elle du bout des lèvres, la main cachant sa bouche déformée par un fou-rire contagieux.
La petite fille avait de longs cheveux argentés, et ne devait pas avoir plus de sept ans. Il resta à l'observer quelques secondes, durant lesquelles elle fit de même.
─ Tu fais peur le barjot, dit-elle finalement.
─ J'espère bien, sourit-il faiblement.
─ Pourrais-tu arrêter de sourire ?
─ Non.
Naru croisa les bras, et pencha la tête sur le côté. Le sourire de ce barjot, couplé à son maquille d'excentrique l'effrayait réellement. Peut-être pouvait-il boire son âme… Naru se cacha aussitôt derrière le nécessaire à pansement, jetant des coups d'œil furtif à Corazon. Ou peut-être qu'il s'intéressait à son rein… les pirates étaient tous des êtres sanguinaires, ils avaient déjà tué tant de personnes sur l'île…
─ Tu peux toujours courir pour avoir mon rein ! cria-t-elle soudainement, paniquée.
Corazon l'avait vue disparaitre derrière un petit meuble en acier et se demandait bien ce qu'elle était en train de trafiquer. Elle parlait toute seule, et brayait des inepties à tort et à travers. Il avait bien envie de la jeter par la fenêtre, comme il le faisait avec Law et tous les autres enfants.
« As-tu réussi à t'échapper Law ? » pensa-t-il alors.
Il tourna son visage en direction de Naru, et la fixa durement.
─ Depuis combien de temps suis-je ici ?
─ Je savais que tu voulais mon rein ! répondit-elle en sautant en l'air, les mains plaquées sur ce qu'il restait de son visage.
─ Elle est complétement stupide, soupira-t-il en la voyant s'écrouler par terre.
Il devait maintenant attendre qu'elle se réveille pour lui poser des questions. Corazon s'inquiéta de savoir Law tout seul dehors, mais il était obligé de rester clouer au lit. La douleur était trop irradiante, et il savait qu'en poussant son corps dans ses derniers retranchements, il mourrait. Il laissa donc son regard se perdre sur le visage endormi de Naru.
Cette gamine l'agaçait déjà. »
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Elle était devenue une femme aujourd'hui, beaucoup moins bruyante et revancharde qu'avant. Sa silhouette s'était affinée, des formes étaient apparues aux endroits opportuns et son visage avait perdu ses traits enfantins. C'était une jolie jeune femme. Il décida de briser le silence trop pesant entre eux.
─ Alors tu as vu le vieillard ?
Naru hocha la tête, et rangea son matériel rapidement. Quand elle était partie chercher son père, ce vieux lui était apparu. Naru était dans tous ses états, en colère et terrifiée, elle n'avait plus aucune idée de ce qu'elle devait faire. Elle avait fait quelques pas dans sa direction, malgré la faiblesse de ses membres. Elle s'était approchée, jusqu'à n'être plus qu'à quelques mètres de ce fantôme d'un monde passé. C'était à cet instant que sa tête s'était mise à tourner, et elle s'était effondrée par terre.
Et elle l'avait entendue, cette voix. « Je vous avais dit de ne pas la suivre… ». Naru en eut des frissons, alors qu'elle refermait sa bouteille de désinfectant. Elle répondit distraitement à Corazon :
─ J'ai comme l'impression que ce vieillard essaie de nous protéger.
─ Comment ?
─ Je ne sais pas, c'est juste une impression. Mais il est toujours là, et il ne me semble pas qu'il nous ait fait du mal. Peut-être que nous ne devrions pas avoir peur de lui.
Corazon arqua l'un de ses sourcils. Naru n'était définitivement plus la même qu'autrefois. Elle n'aurait jamais cru à cette histoire un seul instant, et serait partie chercher son père en courant.
─ Si tu le dis.
Il la soutenait, mais ce n'était pas pour autant qu'il croyait réellement à ces histoires de fantômes. Cette île avait des problèmes plus urgents à régler. Naru prit la mouche, et se retourna pour lui faire face.
─ Pourquoi tu es sur cette île Corazon ?
─ Il est trop tôt pour te le dire.
Elle passa la main sur l'épaule de Corazon, afin de vérifier qu'il n'y ait plus aucune brique de verre plantée dans sa peau. C'était à cet endroit qu'elle appuyait autrefois pour l'inciter à rester coucher. Elle sourit en se remémorant ces moments où il lui criait dessus et qu'elle s'évanouissait de peur au sol. C'était le bon temps. Sans s'en apercevoir, Naru caressait sa peau du bout des doigts en formant de petits cercles. Corazon ne disait rien, mais ce geste le troublait beaucoup.
─ Et le jeune garçon dont tu m'as parlé, tu as pu le retrouver ?
Elle parlait sûrement de Law. Corazon posa sa main sur la sienne, stoppant ainsi la caresse de Naru. Il souriait de toutes ses dents. Elle ne put s'empêcher de rire. Il était effrayant avec cette tête de barjot. Corazon leva les yeux au plafond, d'un air rêveur.
─ Je ne l'ai pas rencontré en personne, mais je sais qu'il va bien.
─ Sait-il au moins que tu es en vie ? soupira-t-elle.
─ Sûrement pas. Personne ne le sait, à part toi et ton père.
Elle fronça les sourcils, en se penchant en avant. Sa tête était maintenant à la même hauteur que la sienne.
─ Pourquoi avoir gardé le secret ?
─ Personne ne sait que je suis encore en vie, pas même mon frère. Ce qui me permet d'agir comme bon me semble, et de récolter les informations dont j'ai besoin…
─ Des informations ?
Naru ne le comprendrait jamais. Ce barjot avait eu l'occasion de recommencer sa vie, et il avait choisi de rester mort aux yeux de tous. Elle ne ferrait jamais une chose pareille. Elle avait déjà bien trop de regrets, malgré sa courte vie.
─ Il serait content de te savoir en vie, tu ne crois pas ?
─ Sûrement.
Il l'aimait beaucoup ce garçon, Naru l'avait deviné très vite. Elle l'avait toujours un peu envié. Corazon était quelqu'un de bien, derrière ses airs de pirates excentriques. Elle s'assit près de lui, et laissa sa main reposer sur le genou de Corazon. Naru était contente qu'il soit sur cette île. Elle avait l'impression d'être en sécurité à ses côtés.
─ Tu ne m'as jamais parlé de ton frère.
─ Et je ne compte pas le faire. Au fait, tu as mon manteau ? J'aimerais le récupérer.
Elle se crispa. Il sentit sa main se recroqueviller sur son genou. Corazon savait qu'elle adorait ce manteau, et qu'il représentait beaucoup pour elle. Il le lui avait donné le jour de son départ, car elle avait tenté de le lui voler une bonne cinquantaine de fois. Mais aujourd'hui, elle ne pouvait pas le garder, surtout si elle avait rejoint l'Armée Révolutionnaire.
─ Peut-être que je devrais aller voir Shanks et lui parler de ce qui se passe ici, marmonna-t-elle. Il m'a proposé son aide pour retrouver l'Herbe de Lune, tu sais. Et peut-être qu'il croira mon histoire de vieux fou cette fois.
Corazon n'était pas stupide et connaissait Naru. Ceci n'était rien qu'un reproche destiné à l'énerver.
─ Tu ne devrais pas les impliquer, il faut qu'ils partent de cette île. Sa présence n'est pas la bienvenue ici, crois-moi.
─ Son équipage est plutôt sympa, contra-t-elle, agacée.
Corazon vit ses joues s'enflammer. Il comprit aussitôt de quoi il en retournait. C'était une jeune fille comme les autres, dans la fleur de l'âge. Cette constatation eut l'effet escompté ; il s'énerva au quart de tour.
─ Tu fais comme tu veux, je t'aurais prévenue.
Il dégagea sa main de son genou, et sortit de la chambre. Il avait l'air contrarié. Ce qui la contrariait à son tour. Ce barjot ne manquait pas une occasion de l'énerver. Elle décida de sortir prendre l'air, fermement résolue à montrer à ce barjot qu'elle était capable de découvrir le mystère de cette île sans lui.
oo
Elle arriva au port dix minutes plus tard. Jonzy était assis sur un banc, vraisemblablement très bouleversé. Il pleurait à chaudes larmes, les poings serrés. Était-il en colère ? Ou bien était-il seulement chagriné ? Naru s'approcha lentement de lui, en trébuchant sur un pavé. Elle se rattrapa au bord du banc, et se hissa dessus en lâchant un soupir de soulagement. « Je faillis me faire décapiter par ce banc, qu'elle poisse… ». Naru jeta un coup d'œil à Jonzy. Il n'avait pas bougé d'un poil, comme s'il ne l'avait pas vue. La révolutionnaire n'aimait pas voir les gens pleurer, et les fuyait comme la peste. Mais sur cette île, la moindre broutille était importante. Elle se devait de gratter la surface.
─ Pourquoi tu pleures ?
Naru lui sourit timidement. Jonzy renifla un peu, et sécha ses larmes immédiatement. Il avait l'air très perturbé.
─ On ne devrait pas nous voir ensemble.
Elle entre-ouvrit ses lèvres, mais il la coupa aussitôt :
─ Je ne peux pas t'en parler. En tout cas pas maintenant.
Jonzy lui prit les mains avec un regard mêlé de haine, de terreur et d'envie. Elle ferma la bouche, étonnée qu'il se soit rapprochée d'elle aussi rapidement. Il sentait la fumée froide, et le poisson. C'était typiquement le genre d'odeur que l'on retrouvait dans les commerces du port.
─ Il faut que tu t'en ailles de cette île le plus vite possible.
Il se leva brusquement, retirant ses mains pour les poser sur sa tête. Que se passait-il sur cet île de fous ? Elle l'entendait marmonner tout bas à lui-même, la tête penchée en avant et le corps prit de spasmes :
─ Tout le monde doit quitter cette île avant qu'il nous démasque…
Naru se leva à son tour, et tendit ses bras pour le calmer.
─ Je voudrais bien partir, mais la tempête…
─ Nous condamne tous, termina-t-il d'un ton agressif. Reste près de tes amis cette nuit… l'orage approche.
Jonzy pénétra dans le café sans se retourner. L'atmosphère étouffante de cette soirée chaude n'augurait rien de bon. Naru était scotchée par la voix d'outre-tombe, agressive et effrayante, qui était sortie de la bouche de Jonzy.
« Ce n'est quand même pas tous des barjots… », se dit-elle. « Et si tout ce qui arrive ici n'est qu'une mise en scène, un jeu dont les habitants tirent les ficelles ? »
Naru secoua la tête. Si elle commençait à se méfier de la population locale, elle n'était pas rendue. Ils étaient son seul soutien, en plus de Sabo. Naru se remit en route, et s'immobilisa finalement sur le ponton. Elle devait parler au capitaine de toute cette histoire. « Il doit être grand, son bateau ». Ce qui ne lui restait plus que deux choix possibles parmi les navires amarrés. Elle emprunta la passerelle choisie, et fut agréablement surprise par son instinct.
Seulement, son sourire victorieux s'estompa très vite en découvrant la fête qui battait son plein sous ses yeux.
De l'alcool, partout. Dans les choppes, dans les tonneaux à moitié vides, dans les ventres des pirates, et dans leurs cheveux. Naru écarquilla les yeux de stupeur. C'était un véritable carnage. Des hommes étaient étendus par terre, nageant dans une gouille non-identifiée et riant comme des ogres. Elle voulut faire demi-tour, tout oublier de ces quelques secondes, mais un bras se referma solidement autour de sa taille, et l'entraîna sur le bateau, sans qu'elle n'ait pu protester. La surprise l'empêchait de prononcer le moindre mot. Peut-être était-elle un peu intimidée par tous ces hommes éméchés.
─ Regardez qui nous rend visite les gars ! s'exclama Yasopp, le bras fermement ancré autour de sa taille.
Il la colla encore plus à lui, pour qu'elle n'ait plus aucune chance de s'échapper. Certains membres se retournèrent par réflexe, de jolis sourires dessinant leurs mines de soulard invétéré. La jeune femme les fixait, abasourdie, tentant de reprendre ses esprits. Corazon avait déjà perturbé son petit monde, alors ce fut plus difficile qu'escompter. Elle ne savait plus où se mettre, et tirait mollement sur la cape de Yasopp pour manifester son mécontentement.
─ La gamine du Burni ! rétorqua l'un d'entre eux en levant sa choppe. Allez viens, on va fêter ça, ria-t-il en cœur avec ses compagnons, assis autour de lui.
L'électrochoc du mot gamine l'aida à reprendre contenance rapidement.
─ Stupide pirate, marmonna-t-elle tout bas.
─ Qu'est-ce que tu as dit ? demanda Yasopp à son oreille, couvrant ainsi le boucan général.
─ J'ai dit… pourrais-tu me lâcher, s'il te plaît ?
Naru affichait ce sourire angélique qui lui seyait à merveille. Yasopp plissa les yeux, légèrement inquiet.
─ Tu es sûre que ça va ?
─ Pourquoi ça n'irait pas ?
Naru faisait pâle figure au milieu de cette fête. Elle n'avait jamais festoyé comme eux, et n'avait même pas envie de le faire. Seulement, elle le cachait derrière un sourire hypocrite. Il n'était pas question qu'ils se moquent tous d'elle encore une fois.
─ Eh bien, je ne sais pas, tu as l'air beaucoup plus sympa qu'avant.
─ Abruti de pirate !
Elle voulut lui assener un coup sur la tête, mais une main l'en empêcha habilement. Elle avait intercepté son bras, et le retenait prisonnier en l'air.
─ Je me disais bien que j'avais entendu ta douce voix, ricana Lucky en terminant sa chope. Alors, tu viens faire la fête Naru ?
─ Non, je voudrais…
─ Avant de vouloir quoi que ce soit, prend cette chope et va faire un tour vers les gars ! C'est la fête, déclara-t-il, un immense sourire aux lèvres.
Il lui planta sa chope dans les mains.
─ Elle n'aime pas ça Lucky, se moqua Yasopp.
─ Qu'est-ce que vous en savez ?
Naru aimait contredire Yasopp, c'était devenu l'une de ses activités préférées. Le tireur la regarda avec un sourire en coin, et elle sentit son souffle chaud s'écraser sur sa nuque.
─ Alors vas-y, lui dit-il en poussant doucement la chope à ses lèvres.
Peut-être arriverait-elle à calmer les rires autour d'elle, si elle y goûtait. Et puis, c'était la faute de Corazon si elle était ici. Naru prit la chope et trempa ses lèvres dedans, faisant languir les hommes autour d'elle. Ils attendaient tous à ce qu'elle recrache son breuvage aussi sec. Mais la révolutionnaire se fit violence pour tout avaler, et déclarer sans une once de grimace :
─ C'est pas mauvais.
Les rires redoublèrent autour d'elle. Elle ne s'était pas montrée assez convainquant, loin de là. Naru s'essuya la bouche et réprima un ricanement. L'un de ces pirates lui avait fait une jolie révérence. C'était cocasse, et amusant. Yasopp resserra son étreinte autour de sa taille, l'emmenant sur le pont du navire, et la présenta aux autres membres qu'elle ne connaissait pas encore.
─ Les gras, ça c'est Naru, et elle va rester un moment ce soir avec nous, dit-il solennellement, devant ses compagnons éméchés.
Un pirate se rua sur elle et l'enleva aux bras de Yasopp, la collant fermement à lui. Yasopp sourit de plus bel, en entendant son compagnon :
─ Une jolie fille, ça se partage Yasopp.
─ C'est une gamine ! s'écria un autre, hilare.
Naru bouillonnait de sa faire balloter dans tous les sens, comme un vieux morceau de viande. Yasopp se rapprocha du fameux pirate qui l'enserrait.
─ Même cette vieille sorcière que nous avons croisée il y a deux mois était jolie à tes yeux, ricana-t-il. Ne le prend pas mal Naru, hein…
La jeune guérisseuse prit la mouche. Bien sûr qu'elle le prenait mal. Yasopp ne perdait rien pour attendre.
─ Ne sois pas jaloux, mon pote. Je partagerai avec toi, ria-t-il à son tour.
─ Mais je n'en veux pas !
Naru transperça Yasopp du regard, l'incitant à la sortir de ce pétrin. Ce type lui broyait les côtes à force de la presser comme un citron. En plus c'était un pirate ! Que faisait-elle dans les bras d'un pirate ? Elle devait quitter ce bateau au plus vite.
─ C'est bon, lâche-là, elle déteste ça, reprit Yasopp plus calmement.
Malgré la seule chope qu'elle avait bue, Naru sentait déjà sa tête tanguer et ses jambes ramollir. Yasopp l'attrapa délicatement, après sa courte danse au bras de ce babouin qui lui avait sûrement cassé une côte ou deux. Le tireur remarqua les yeux luisants d'ébriété de la jeune femme. Il rigola bruyamment, quand il comprit qu'elle tentait de le repousser.
─ Où est votre capitaine ?
─ Il n'est pas ici, répondit-il. Mais viens, on pensait retourner en ville avec Lucky et Ben, on te déposera chez toi.
─ Non.
Naru se maudirait plus tard d'avoir laissé cette chance inouïe de partir. Yasopp n'en croyait pas ces oreilles. Avait-elle bien dit…
─ Non ?
─ Je veux rester ici, et boire…
Naru tendit la main avec hésitation.
─ Cette délicieuse bouteille.
Il fallait bien qu'elle trouve une excuse pour rester, autre que le capitaine. En plus, elle voulait oublier Corazon le temps d'une soirée – pourquoi n'arrêtait-il pas de hanter ses pensées ? C'était l'occasion rêvée d'y parvenir. Et elle devait bien avouer que la compagnie de ces pirates n'était pas aussi atroce qu'elle avait pu l'imaginer.
─ Tu es sûre ? Regarde-toi, tu ne tiens pas du tout l'alcool.
─ C'est un mensonge, répondit-elle en sifflotant. Je vais faire un tour, monsieur serpillère.
Naru se mêla aux pirates, et sirota sa bouteille lentement. Elle voulait parler à leur capitaine, mais où était-il ? La révolutionnaire était persuadée qu'il se trouvait sur le bateau, quelque part. Il était hors de question qu'elle parte sans lui avoir parler, surtout après l'épisode de « Jonzy le dérangé ». Elle chercha à s'éloigner de la fête, pour fouiller le bateau, mais Yasopp ne la lâchait pas d'une semelle. Il finit par l'emmener à l'endroit où il était assis, avant qu'elle ne fasse irruption sur leur navire.
─ Naru, goûte-moi ça !
Lucky lui lança une bouteille dans la figure, qu'elle esquiva avec des yeux ronds. Elle termina sa course dans la main de Yasopp. Le bon gros pirate fit une place à la jeune femme, et déchiqueta un nouveau morceau de viande. Naru leva la tête en direction du ciel, menaçant, et perçut une ombre au-dessus d'elle. C'était certainement Ben. Ce dernier descendit alors de son perchoir, et vint rejoindre le petit groupe.
─ Qu'est-ce qu'elle fait là ? demanda-t-il à ses coéquipiers, avant de la dévisager attentivement.
Sa peau était rosée, alors qu'elle tendait vers le bleu cet après-midi, et ses yeux brillaient de vitalité. Elle ne ressemblait en rien au cadavre qui s'était invité sur leur bateau il y a quelques heures.
─ Dis à ces ploucs de me lâcher, maugréa-t-elle en pointant Lucky et Yasopp.
Ben ne l'écouta pas et continua à la sonder d'un œil mystérieux. Elle était très différente de cet après-midi. Ce n'était pas la même personne qui était venue, elle n'avait de similaire que les traits de la jeune femme. Naru commençait à se sentir mal à l'aise. Pourquoi la regardait-il ainsi ?
─ C'est vrai ça Naru, qu'est-ce que tu viens faire sur notre navire ? continua Lucky.
─ Je voudrais voir votre capitaine.
Lucky éclata de rire, rejoint par le rictus amusé de Ben, qui relâcha une bouffée de fumée. Il était sûr et certain que c'était elle, la vraie Naru. Yasopp se contentait de croiser le bras, l'air rieur.
─ Que lui veux-tu ?
─ Discuter.
Naru avait l'impression que le balai qu'elle s'était ôté du postérieur un peu plus tôt dans la soirée était subitement revenu s'y loger. Lucky donna un coup de coude à Yasopp. Ils eurent un sourire complice.
─ Le capitaine n'est pas intéressé par les gamines, ricana Ben.
─ Qu'est-ce que ça peut bien me faire hein ? s'énerva-t-elle de l'insinuation.
Naru s'était décrédibilisée en seulement deux secondes. Touché, coulé.
─ Eh bien, on se demandait juste ce que tu attendais du capitaine, déclara Lucky malicieusement.
─ Je n'attends rien du tout, je veux juste qu'il écoute ce que j'ai à lui dire concernant les disparitions et cette île.
─ Eh bien, d'accord, on te croit.
Ben gardait son calme, alors que les deux autres devenaient rouges à force de retenir leurs rires exacerbés par l'alcool. Après réflexion, ils n'y croyaient pas du tout.
─ Alors, où il est ?
─ Comment dire… il n'est pas disponible pour le moment, rétorqua Lucky.
─ Pourquoi ?
─ Ce ne sont pas les affaires d'une gamine, répondit Ben en soufflant une nouvelle bouffée de fumée.
─ Arrêtez de m'appeler comme ça !
Elle frappa le sol, renversant une bouteille sur le bas de sa robe. Naru grogna en frottant la grosse tâche avec le bout de la cape à Lucky.
─ Tu dois avoir le même âge que mon fils, c'est normal que nous t'appelions comme ça ! s'exclama Yasopp.
─ Alors, quand pourrais-je le voir ? râla-t-elle.
Elle n'avait rien à faire de son fils.
─ Demain, nous lui ferons passer le message. En attendant, je vais te raccompagner chez toi, tu as bien assez bu comme ça.
En effet, les joues cramoisies de Naru avaient eu raison d'elle. Elle se leva en titubant, aidée par les bras réconfortants du tireur d'élite. Elle salua Lucky et Ben d'un juron attentionné, avant de s'en aller en compagnie de Yasopp. En fin de compte, elle les aimait bien ces pirates. Ils zigzaguèrent entre les tonneaux vides pour rejoindre l'avant du bateau. Naru se concentrait de toutes ses forces pour ne pas s'encoubler les pieds. Ils passaient devant la cabine du capitaine, quand elle eut un sursaut au cœur.
─ Yasopp, arrête-toi.
─ On y est presque.
─ Je..
Naru se pencha en avant, et vomit toutes ses tripes sur le sol. Yasopp la lâcha par reflexe, et elle tomba sur les fesses, avec un reste de vomi au coin de la bouche. Classe.
─ Vous avez mis quoi dans cette saloperie de bouteille, se plaignit-elle en se laissant tomber sur le dos.
Alors que Yasopp l'aidait à se relever, la porte de la cabine de Shanks s'ouvrit brusquement. Yasopp la pressait de plus en plus pour qu'elle se relève, la traînant même sur quelques mètres. Seulement, il dut s'arrêter quand Naru eut l'envie de vomir une deuxième fois. Cette dernière gisait sur le sol, et leva la tête pour reprendre une bouffée d'air.
─ C'est qui celle-là ? demanda une femme aux longs cheveux noirs.
Elle était habillée d'une belle robe rouge, qui s'arrêtait à mi-cuisse. Naru la dévisagea à son tour, espérant retenir les prochains reflux de son estomac. Yasopp s'accroupit près de la révolutionnaire, passa son bras autour de son épaule, et la souleva d'une facilité déconcertante. Naru avait l'impression de voler.
Malgré ses cheveux qui lui barrait la vue, Naru distinguait nettement le sourire moqueur de cette femme.
─ Va chercher ce qu'il te faut et retourne dans la cabine, s'agaça Yasopp.
─ La pauvre… ça vous apprendra à amener des gamines sur votre navire, l'informa-t-elle en allant cherchant une bouteille de rhum.
─ On y peut rien, c'est le patron qui l'a invitée.
Lucky avait rejoint la discussion, un morceau de viande dans les mains. Naru ne comprenait rien, et avait envie qu'on la jette dans l'océan, pour qu'elle puisse voler à la surface de l'eau.
─ Si ça vous plaît de ramasser son vomi.
La femme parut énervée un court instant. Elle fila dans les cuisines et réajusta son peignoir en découvrant avec dégoût tous les hommes soûls qui trainaient par terre.
─ Allez, on y va, soupira Yasopp.
Naru hocha la tête, perdue dans les nuages.
─ Qu'est-ce qu'il se passe les gras ?
Lucky et Yasopp se crispèrent. Shanks était sorti de sa cabine, sans sa chemise, mais tout de même recouvert par sa cape. Elle cachait son bras qui n'était plus. Yasopp tenta de s'enfuir avec Naru sous le bras, avant qu'il ne remarque sa présence. Il y était presque, plus que deux mètres avant d'emprunter la passerelle. Mais Shanks avait déjà suivi la trace de vomi qui s'étalait de sa cabine à Yasopp.
─ Naru ?
La jeune femme reconnut sa voix et leva la tête dans sa direction, un grand sourire aux lèvres. Shanks était stupéfait. Elle ne ressemblait en rien au macabé de cet après-midi. Il lança un regard à Ben, qui acquiesça lentement de la tête.
─ Désolé, on va nettoyer, ne t'inquiète pas, répondit sereinement Lucky.
─ Depuis quand est-elle ici ? questionna-t-il en s'approchant d'elle.
─ Depuis une heure environ.
─ Personne ne m'a prévenu ?
Il se retourna vers ses hommes.
─ Patron, tu étais occupé il me semble.
Naru était contente de le voir, il était enfin là. Ce sentiment de plénitude fut de courte durée. La femme aux longs cheveux noirs était revenue, et s'était accrochée sans vergogne au bras de Shanks. Elle se mouvait sensuellement contre lui, la bouteille brandit comme un trophée. La révolutionnaire perdit sa sourire. Une pierre de cinq tonnes lui était tombée sur la tête. Qui était cette greluche ? Elle se mordit la lèvre d'exaspération.
─ J'ai ce qu'il nous faut, reprenons-là où nous nous sommes arrêtés, lui murmura-t-elle, avant de remarquer que Naru était toujours sur le pont.
Naru la fixa sans expression, espérant qu'une météorite tomberait sur elle dans les plus brefs délais. Ce qui ne se passa pas, malheureusement. Elle baissa les yeux, légèrement déçue.
─ Je vais la raccompagner.
Yasopp la serra un peu plus fort.
─ Allez Naru, on y va.
─ Non, c'est bon.
Elle se détacha de lui avec difficulté, chancelant au moindre pas. Elle n'avait pas besoin qu'on la raccompagne.
─ Merci Yasopp, mais je peux me débrouiller seule.
Naru avait fait un effort pour sourire, malgré qu'elle n'en ait pas du tout envie. Il n'insista pas et la laissa tituber le long de la passerelle, veillant à ce qu'elle atteigne le sol saine et sauf.
« Ce pirate ne manque pas de toupet ! »
Naru dévia soudainement de sa trajectoire, et tomba à la renverse dans la mer. Elle sentit ses poumons se gorger d'eau, à mesure qu'elle sombrait de ces profondeurs qui l'avaient toujours effrayée. Inutile de résister, son corps était paralysé. Sa phobie et l'alcool l'empêchait de nager pour revenir à la surface.
Deux bras la sortirent de la mer quelques secondes plus tard. Elle cracha toute l'eau qu'elle avait accumulée dans ses poumons, ressentant pour la première fois ce que pouvait être la peur de son père.
« Mourir asphyxier… je comprends mieux papa ».
Assise sur le ponton du port, elle reprenait ses esprits doucement. Quelqu'un lui parlait mais elle n'entendait rien. Ses oreilles étaient bouchées par l'eau de mer. Quand elle vit Shanks, accroupit à quelques centimètres d'elle, Naru lui donna un faible coup de poing dans son torse pour le forcer à reculer.
─ Allez-vous en !
─ Tu ne peux même pas tenir sur tes deux jambes.
─ Rien à faire, laissez-moi tranquille.
Shanks se redressa et partit alors rejoindre la passerelle, en lui jetant un dernier coup d'œil. Il était inquiet. Elle le regarda partir avec soulagement, et remercia Yasopp qui dégoulinait d'eau de mer, tout comme elle.
─ Je te ramène cette fois-ci. Il manquerait plus que tu tombes dans un trou et que tu t'arraches une jambe.
Elle ne l'en empêcha pas. Naru n'avait qu'une seule envie : fondre dans ses draps et oublier cette journée. Ils marchèrent en silence jusqu'au Rouflcon Burni. Elle ne laissait rien entrevoir sur son visage renfermé. Il se serait bien moquée d'elle, mais il ne le fit pas. Elle ne l'aurait pas écouté de toute façon. Elle était plongée dans ses pensées. Yasopp trouvait l'atmosphère des rues assez pesante. Les habitants s'étaient tous barricadés chez eux et seuls quelques pirates buvaient encore sur les terrasses. Naru dans les bras, il pénétra dans le Burni qui ne comptait plus aucun client.
─ Vous voulez un verre, beau pirate ? demanda Geda.
─ Non merci, je ramenais juste Naru.
─ Ça devient une habitude, sourit-elle.
─ Il semblerait, rétorqua Yasopp en ricanant.
Naru se détacha du pirate, cherchant à atteindre la fenêtre du bar. Yasopp fit de même, intrigué par son comportement. Son regard était voilé et troublé. Naru posa ses mains contre la vitre, le cœur bondissant dans sa poitrine comme un félin en cage.
─ J'ai un mauvais pressentiment, souffla-t-elle.
Elle le voyait, debout à la lumière d'une lanterne. Le vieillard aux haillons et aux dents pourries. Elle l'avait vu au port, au moment où Yasopp s'était proposée de la ramener. Elle l'avait vu avant de rentrer dans le Burni. Il était toujours là, sous le faisceau lumineux. Qu'attendait-il ?
─ Yasopp, tu devrais rester ici cette nuit.
Naru fixait ce vieillard, cherchant à comprendre la raison de sa présence devant ce bar.
─ Pourquoi tu fais cette tête ? questionna-t-il les bras croisés.
─ Il y a quelque chose dehors.
La porte du Burni s'ouvrit à nouveau, et Sabo entra en trombe. Il referma la porte derrière lui d'un geste brusque. Le révolutionnaire rejoignit Naru et Yasopp, regardant à son tour à l'extérieur par la fenêtre. Il était essoufflé, son chapeau dans la main. Le pirate vit d'ailleurs du sang dégouliner de cette dernière.
─ Je suis content que tu sois là, souffla Sabo. On raconte que beaucoup de pirates sont allés dans la forêt chercher le trésor ce soir, j'avais peur que tu aies suivi…
Il remarqua subitement Yassop, en décalant sa tête sur le côté.
─ Nous ne sommes pas intéressés par le trésor, contra le pirate.
─ Il y a quelque chose dehors, Sabo.
─ Je sais.
Sabo tira sur sa veste, et dévoila deux larges entailles sur son avant-bras gauche. Les plaies étaient sales, imprégnées de terre à première vue.
─ Je suis parti à ta recherche. En allant au cabanon de ton père, j'ai de nouveau vu ce garçon qui criait et courait dans la clairière. Il avait l'air effrayé, alors je l'ai suivi.
─ Un garçon ?
Le vieillard n'était plus dehors. Naru détacha son regard de la vitre, et accorda son entière attention à Sabo. Yasopp restait près d'elle, et écoutait en silence. Rien de ce qu'ils disaient n'avait de sens pour lui.
─ Quand je suis arrivé à l'entrée de la forêt, il a disparu et le vieillard était là. Mon bras s'est mis à saigner à ce moment-là. Quelque chose m'attaqué, mais je n'ai rien vu.
Naru regardait ses plaies avec beaucoup d'appréhension.
─ C'était comme si mon assaillant était invisible, chuchota-t-il pour lui-même.
─ Tu ne n'aurais pas dû suivre le garçon.
─ Quoi ?
─ Le vieux essaie de nous prévenir. Nous ne devons pas nous méfier de lui, mais de l'autre chose…
Naru avait vu ce vieillard dans la lumière, mais elle avait également vu la vieille dame, celle qu'elle avait aperçue lors de sa visite aux parents de Bary. Elle était tapie dans l'ombre, derrière le vieillard. L'odeur infecte qu'elle avait senti ce jour-là, devant la maison de Bary, lui avait chatouillé les narines en entrant dans le Burni. Quelque chose œuvrait sur cette île. Quelque chose de sinistre, qui lui donnait la chair de poule. Quelque chose qui se trouvait là-dehors, juste sous leurs nez.
