Lorsque la baguette l'avait choisi il n'avait pas été surpris outre mesure. Pourquoi en aurait-il était autrement pour un rejeton de la famille Black ?
Cela avait toujours été comme ça, les Black et autre sang-pur semblaient attirer les baguettes aux formes alambiquées, aux courbes les tortueuses et aux ornementations nombreuses. C'est pour cela qu'il n'était pas étonné de voir quelle avait été la baguette avait choisi le premier des fils de la branche ainée de la noble et pure famille Black. C'était une baguette d'un bois sombre, presque noire. Tout en courbe et arabesque elle était ostensiblement majestueuse.
Et pourtant, pourtant elle avait ce petit quelque chose qui la faisait dénoter des autres baguettes de la famille. Enfin de presque toutes, il y en avait une autre qui, quoi que majestueuse, n'était pas aussi arrogante que ses soeurs. Si ses souvenirs étaient bon elle appartenait à la deuxième des filles de la branche cadette, oui c'est ça Andromeda Black. Une petite brunette qui avait dans son regard une lueur étonnamment douce. Intrigué il reporta son regard scrutateur sur le visage du jeune homme. Dans ses traits il devinait un air volontaire, et sous le carcan des inepties familiales qui lui avait été inculquées depuis sa naissance pointait une farouche volonté d'exister par lui-même. A ne pas s'en douter Sirius Black tout comme sa cousine allait sortir du chemin qui avait été tracé pour lui depuis des générations. Et la baguette ne se trompe jamais. Sirius Black n'était pas le rejeton idéal des Black. Il pouvait donner sa main à manger au dragon. L'essence, le cœur mais aussi la forme, ne mentent jamais.
C'est cette association systématique entre ses baguettes les plus complexes et les rejetons des vieilles familles qui lui avait fait penser que la forme jouait tout autant que le reste.
Il gardait pour lui ses pensées, qui n'étaient le fruit que de simples observations et déductions. Ses confrères auraient tôt fait de se moquer de lui, car c'était connue seul le cœur et l'essence d'une baguette compte. Et pourtant, lui qui passait des heures à sculpter amoureusement ses baguettes dans son atelier savait qu'ils se trompaient tous. Chaque baguette avait son humeur, son petit caractère et c'était elle qui imposait au ciseau à bois la forme qu'elle allait prendre.
Il ne savait pas comment l'expliquer mais il sentait bien qu'une fois qu'il se mettait à définir la forme finale de la baguette quelque chose le guidait. C'était comme ça à chaque fois. Il dégageait d'abord une forme mal dégrossie du bois choisi. Une fois cette première étape faite il insérait alors le cœur de la baguette, puis l'animait à l'aide de sortilège complexe. Il sentait alors sous ses mains l'objet prendre vie. C'est là qu'il se mettait alors à finaliser la forme de la baguette et à sculpter le manche.
Il se laissait guider par le bois qui influait sur ses outils magiques. Il adorait ce moment magique où la baguette lui parlait. C'était à ce moment-là qu'il créait un lien avec elle.
Écoutant la baguette raconter ses rêves, ses espoirs de magie et envies de maitre il parvenait à tisser l'histoire qu'il lui était comptée sur le minuscule bout de bois. Ces moments enchanteurs il les chérissait. Ils lui permettaient d'établir une certaine complicité avec ses œuvres qui au fil du temps était devenues bien plus qu'une part de lui. Elles étaient presque ses enfants. Parfois sa femme lui disait en souriant qu'ils avaient un fils, mais que lui avait une multitude de filles.
