Tout le crédit des personnages et univers revient à J. K. Rowling.
Kendra retraversa l'Atrium la tête haute, tenant ses deux petits par la main. Elle s'arrêta même un instant pour leur tendre des grands mouchoirs magiques et les serrer dans ses bras, ce qu'elle faisait rarement. Albus n'avait plus du tout le cœur à regarder autour de lui et fut soulagé lorsqu'ils arrivèrent enfin devant une cheminée.
Mais lorsque, tous trois debout dans les flammes vertes, Kendra annonça leur adresse d'une voix claire, il ne passa rien. Les essais suivants furent tout aussi inefficaces.
« Encore des perturbations sur le réseau des cheminées, s'agaça Kendra. Restez là les garçons, je vais demander à l'accueil s'ils en ont entendu parler. »
Ab et Al se blottirent l'un à côté de l'autre sur un banc, silhouettes dérisoires dans l'immensité de l'Atrium. Des deux, Aberforth était le plus bouleversé, Albus sachant à l'avance que son père écoperait d'Azkaban à vie. Son petit frère était tellement responsable pour son âge qu'il en oubliait souvent qu'il restait un enfant.
« T'inquiète pas Ab, fit-il, dès qu'Ariana ira mieux, elle pourra raconter pourquoi Papa a attaqué les Moldus, et on le sortira de là.
- Mais ils ne croiront pas que c'est de la faute d'Ari, hein ?
- Bien sûr que non ! C'est toujours la faute des agresseurs, jamais de la victime. La violence est l'arme des faibles.
- Mais du coup Papa est faible ?
- Il a fait quelque chose qu'il n'aurait pas dû faire parce qu'Ari était en danger. Mais les Moldus sont plus faibles que les sorciers, il ne faut pas utiliser la magie contre eux.
- Mais Ari ne maîtrise pas sa magie… Et moi non plus… Ils ont attaqué Ari alors qu'elle avait juste fait des étincelles, Al… »
Albus ne savait plus trop quoi lui répondre, alors il lui prit juste la main et la serra fort. En quelques jours, leur monde avait complètement changé, et il avait beau se penser intelligent et solide, force était de constater qu'il était aussi bouleversé qu'Ab. Voire même plus. Son cerveau surchauffait à force de faire des connexions entre Ari, son père, la politique, ce qui pourrait se passer…
Soudain, Aberforth le tira par la manche, un petit sourire au coin du visage :
« Dis, Al, on joue au Dernier Sort ?
- Si tu veux Aby… Alors… Quel dernier sort a jeté le sorcier en robe grise là-bas ?
- Facile ! Un recurvite pour ses lunettes et pis aussi son sac et pis tout ce qu'il a sur lui en fait. Et là il a le nez vers le bas parce qu'il regarde s'il a pas oublié de laver ses chaussures ! A toi ! La sorcière en robe jaune là-bas ?
- Un tarentallegra sur son mari parce qu'il s'est moqué de sa tenue ! La vielle sorcière en robe verte ?
- Un hominum revelio pour vérifier si y'avait quelqu'un derrière ses fleurs ! Le sorcier avec la longue barbe et les cheveux argentés ? »
Le temps passait plus vite lorsqu'ils jouaient, et Kendra leur sembla presque aussitôt de retour. Ses yeux noirs lançaient des éclairs et elle marmonnait des mots rocailleux dans sa langue natale.
« On y va les garçons ! lança-t-elle d'une voix trop forte qui résonna dans l'Atrium. Personne ne peut m'expliquer ce qui arrive avec la cheminée, le Ministère va donc se faire le plaisir de nous trouver un autre moyen de transport ! »
Kendra était tellement imposante qu'Albus ne remarqua le petit employé du ministère qui trottinait à ses côtés que lorsqu'ils furent dans la rue, sous une pluie londonienne classique. Ce dernier tremblotait un peu, manifestement secoué par leur mère. Il lança donc un lumos vacillant avec sa baguette et attendit, l'air un peu idiot.
Un énorme BANG les fit sursauter la famille Dumbledore, et un gigantesque véhicule violet apparut devant eux dans un nuage de vapeur épais. Le nuage provenait de dizaine d'ouvertures percées sur les côtés de la chose. La porte avant s'ouvrit en grinçant et un escalier escamotable se déroula, avant qu'une femme aux longs cheveux verts sorte en sautillant du bus. Kendra renifla d'un air outré.
« Bienvenue ! Je suis Luce, conductrice, mécanicienne et contrôleuse de notre beau Magicobus, unique au monde ! Où allez-vous, très chers voyageurs ?
- Mould-on-the-Wold, dans le Derbyshire, fit Kendra en dédaignant sa main tendue.
- ça fera 1 gallion 6 mornilles ! Pour 13 mornilles en plus, je peux vous offrir un chocolat chaud, et pour 5 mornilles de plus, de quoi vous brosser les dents !
- Non merci, répliqua Kendra.
- Je vais régler, s'empressa de dire le sorcier du Ministère en farfouillant dans ses poches pour en sortir une nuée de pièces en cuivre. »
Une fois la pile de piécettes fourrés dans la bourse de Luce, la famille Dumbledore put prendre place à bord. Le premier étage du Magicobus était bondé de fauteuils violets à franges et envahi d'une fumée grisâtre.
« On a quelques problèmes en ce moment avec le moteur à vapeur magique, s'excusa la conductrice. Je suis sûre que ce sont ces réacs de Sang-Pur qui ont trafiqué la ventilation pour discréditer le service ! 30 ans que ce bon vieux Dugald a inauguré un transport inspiré des Moldus et ils l'ont toujours dans le fion ! … Excusez-moi du langage.
- Je comprends votre agacement, dit Kendra qui s'était radoucie d'un coup. Ils n'aiment pas que leur monde change, ces sorciers, n'est-ce pas ?
- ça ! S'ils pouvaient de nouveau réduire les Moldus en esclavage comme ils le faisaient au Moyen-Âge, ça serait déjà fait, pour sûr ! Vous êtes née-moldue aussi, Madame ?
- Pire, Moldue de couleur ! répondit-elle en grimaçant. Je récolte le pire des deux camps.
- Ah ça ! Pour ça que je suis bien contente d'avoir hérité de la magie ! Au moins, quand les sorciers essayent de me renvoyer à la popote, je peux leur coller ma baguette dans le nez ! »
Pendant qu'Aberforth courait dans tous les sens pour explorer le Magicobus désert, Albus observait avec curiosité sa mère rire avec Luce. C'était vraiment rare de voir Kendra sortir de sa gravité habituelle, et voilà que cela arrivait le jour de l'emprisonnement de son mari ! Il en resta perplexe. Peut-être qu'en réalité, sa mère n'était pas heureuse avec son père ? Al savait déjà qu'elle n'aimait pas la magie, qu'elle en avait peur… Mais quel Moldu verrait la beauté de la magie sans être effrayé par son pouvoir ?
Le voyage se passa rapidement, entrecoupé de BANGS qui dérangeaient Albus dans sa lecture et de cahots qui lui ôtaient le livre des mains pour l'envoyer valser à l'autre bout de l'habitacle. Abertforth, lui, s'était joint à la discussion des deux femmes, et Al vit Kendra lui ébouriffer les cheveux en souriant. L'agacement lui piqua un peu la bouche quand il passa près d'eux pour récupérer son grimoire et qu'ils ne lui jetèrent même pas un regard. Il se surprit à vouloir écraser le pied d'Ab en passant, et se réprimanda en silence pour son manque de maturité. Il ne décolla pas l'œil de sa page pendant le reste du trajet.
Ainsi, juste après le BANG et la secousse finale, il fut le dernier à voir les ruines à la place de la ferme.
Aberforth se mit à hurler et se débattit pour échapper à la poigne de Kendra. Des larmes de peur roulaient sur ses joues à l'idée qu'Ari ou ses chèvres auraient pu être blessées.
Al, lui, resta sous le choc une fois descendu du bus. Il inspira profondément l'air, et trouva que cela sentait la magie. Une magie bien plus sombre et lourde que celle qu'il connaissait. Il frissonna.
Il s'approcha précautionneusement du mélange de pierre, de tourbe et de bois éclaté qui avait été « chez lui ». Il ne se rappelait d'aucune potion dangereuse qui aurait pu causer ce genre de chaos. Il n'avait rien lu dans les journaux à propos d'un nouveau mage noir. Les verts gallois étaient quasiment éteints depuis le milieu du siècle, comme d'ailleurs la grande majorité des espèces de dragons.
Il ne voyait pas, vraiment pas, ce qui avait pu causer ce désastre.
Il était au milieu des débris qui écrasaient le petit jardin, où l'odeur dérangeante était un peu masquée par les herbes aromatiques écrasées. Il cherchait, car l'accumulation de malheurs qui leur tombait sur le dos était bien trop lourdes pour que les choses ne soient pas liées. Il ne savait pas ce qu'il cherchait, d'ailleurs, mais il trouva : certains des morceaux était noircis. C'était le genre de noir suie qu'on obtient après un feu, sauf que rien n'avait brûlé. Le sol était intact un brasier aurait consumé les herbes. Al fronça les sourcils, intrigué.
Ce fut en faisant le tour des ruines qu'il tomba sur Tante Honoria, Ari sur ses genoux avec la figure dans ses cheveux roux, Ab assis à leurs pieds, Kendra les bras croisés et Luce qui regardait tout ce petit monde avec l'air d'être tombée du ciel à l'instant.
« Te voilà enfin ! le houspilla sa mère.
- Je cherchais à comprendre ce qui s'était passé…
- Il ne s'est rien passé ! Viens t'asseoir ici, je dois discuter avec ta tante ! »
Albus obtempéra de suite et alla se placer à côté d'Aberforth. Celui-ci récupéra délicatement Ari dans les bras de Tante Honoria. Depuis l'accident, elle n'était guère loquace, mais elle semblait avoir atteint un extrême : elle ressemblait à une poupée de chiffon, toute molle. Elle s'écroula sur l'épaule d'Ab et ferma les yeux. Son frère lui frotta les épaules, tout en murmurant à leur aîné :
« Les chèvres étaient au pré, Tante Honoria dit qu'elles vont bien… Tu as trouvé un truc ? »
Albus secoua la tête.
« Dis, Al, qu'est-ce qu'il va se passer maintenant ? »
Albus le regarda, inspira profondément avant de lui répondre :
« Je ne sais pas. Mais ça va aller, promis. On reste tous les trois, d'accord ?
- On reste tous les trois… On est pas comme les frères Peverell, dis ?
- Bien sûr que non, Ab… Ne dis pas de bêtises. »
Quand leur mère et leur tante revinrent, Al vit que cette dernière avait pleuré. Le visage de Kendra était plus dur que la pierre lorsqu'elle alpagua Luce :
« Merci d'être toujours là. Pouvez-vous nous conduire à Godric's Hollow ? »
Ni Albus ni Aberforth ne réalisaient ce qui leur arrivait. Dans la même journée, leur père avait été envoyé à Azkaban, leur maison avait été détruite et leur mère les faisait déménager dans un village inconnu. Enfin, pas si inconnu que ça pour Al : Godric's Hollow, c'était le village des Peverell, les fameux trois frères des contes. Il espérait donc encore se réveiller pour se rendre compte que ce n'était qu'un rêve, démarré juste après qu'Ignatius Peverell ait enlevé sa cape et rejoint la Mort.
Mais c'était loin d'être un rêve si ç'avait été le cas, les cahots infernaux du Magicobus l'auraient réveillé depuis longtemps.
Godric's Hollow, c'était la maison de Tante Honoria, où ils n'étaient jamais allés parce qu'elle n'y était jamais. Elle ne faisait qu'y stocker les trouvailles de ses voyages tout le temps qu'elle ne passait pas à Mahoutokoro, elle enchaînait crapahutage après crapahutage, et envoyait des cartes postales où à chaque fois des amis différents faisaient des grands signes à côté d'elle. Kendra méprisait son mode de vie et ne s'en cachait pas. Tante Honoria n'en avait que faire et passait des heures au coin du feu de leur ferme, prise dans de grandes discussions avec son frère Percival, Ariana sur ses genoux et Aberforth à ses pieds. En revanche, elle intimidait beaucoup Albus, avec sa liberté, ses grands rires et sa flamboyance invétérée. Al aimait les gens qu'il pouvait cerner, les choses cadrées et les événements qu'il pouvait voir venir de loin. Sa tante n'était rien de tout ça.
Au gré des BANGS, de plus en plus de gens se succédaient à bord du Magicobus. La plupart, échevelés, froissés, semblaient rentrer d'une longue journée de travail. Albus se sentait encore plus oppressé qu'au Ministère, avec tous ces sorciers qui persistaient à lui atterrir sur les genoux 2 secondes après s'être levés ou à laisser échapper leur brosse à dents à une mornille qui manquait de l'éborgner.
Lorsque le bus s'arrêta brusquement et que Luce cria « Godric's Hollow ! Pour les Tussow, les Dumbledore, Mr Jonas et Mr Abbot ! », Albus mit un instant à réaliser qu'il devait se lever et descendre. Il n'y avait rien au bord du carrefour, que des grands arbres et une lanterne manifestement magique qui se balançait à une branche. Une fois sur la terre ferme (étrangement, le sol tanguait), il put cependant apercevoir les ombres d'un petit village dans la nuit, en contrebas d'une grande pente sur laquelle courait un large chemin. Un clocher se détachait de la masse, et seules quelques lumières étaient allumés.
Les Dumbledore hissèrent leurs maigres bagages sur leurs épaules et, main dans la main, descendirent en direction de Godric's Hollow.
