Titre : Alpha Potentiel

Résumé : Pour avoir lâchement désobéi à Voldemort, Draco va recevoir une punition qui va définitivement changer sa vie… en bien, comme en mal, d'ailleurs. HPDM

Spoiler : Tome 7 (non inclus, donc)

Pairing : HP/DM… Classé M, comme toujours !

Note de l'auteur : Et me revoilà, à nouveau, pour un autre chapitre ! Le 23, déjà ! Pourquoi ai-je à peine le temps d'écrire un chapitre que je dois à nouveau réduire mon avance si péniblement acquise. Me voilà obligée de terminer le chapitre 28 afin de la maintenir… Que le temps est cruel (et que ne donnerais-je pas pour deux semaines de congé afin de me consacrer ENFIN à l'écriture !).

Brefouille ! Mes chers et adorés reviewers ont sans doute remarqué mon absence de réponse, en ce samedi 10 septembre. Il faut savoir qu'en temps normal, je réponds à vos reviews la semaine avant la publication…. Mais cette semaine a été particulièrement… épuisante ! J'ai négociée avec ma patronne afin de libérer mon samedi (je devais normalement travailler) car je n'en pouvais plus… le problème, c'est que cela me vaut des heures supplémentaires en semaine et que j'étais donc épuisée !

Je n'ai donc pas eu le temps de répondre à chacun de vous et je ne vais pas promettre de le faire maintenant, car je dois partir dans une heure ! loll Et non, en une heure, c'est impossible de vous répondre. Je pourrais le faire ce soir et vous livrer le chapitre après…. Mais je pense que vous préférez que je vous le livre maintenant, qu'importe l'absence de réponse, non ?

Je m'abstiendrai donc de réponse ce mois-ci, mais je vous ai tous relu avant ! loll

Les questions principales tournent autour de Greyback, à savoir : après Voldie, pourra-t-il se lie ? Bien entendu ! Mais Hermione voudra-t-il de lui ? C'est une autre question !

Harry doit une obéissance provisoire à Greyback, car il habite dans son village et Draco n'est pas encore alpha. Mais ! Il ne doit aucune obéissance à Voldie, car seul Greyback a fait serment de le servir, sans inclure sa meute.

Pour les fans d'un éventuel couple Gabriel/Ron, navrée, ça ne se fera pas. J'aime le couple Hermione/Ron, même si très « traditionnel ». Et même si je n'en étais pas fan, j'essaye de ne pas rendre tout le monde gay dans cette histoire. Nous avons Harry, Draco, Gabriel… C'est suffisant ! Certains personnages le seront mais ils ne feront qu'une vague apparition. Mais globalement, j'essaye de ne pas transformer tout ce gentil petit monde en une gay pride ! loll

Pour ceux qui s'inquiètent d'une trop grande soumission d'Harry, ne vous en faites pas. Il reste lui-même, on va dire. Il ne sera soumis à Draco qu'en tant que second. C'est-à-dire lorsqu'il aura ce rôle, en public. En privé, Harry gardera sa personnalité.

Tiens, tant que j'y pense, une lectrice m'a posé une question intéressante… Que préférez-vous ? Des longs chapitres ? Ou des chapitres court mais plus réguliers ? Nan, parce que je peux très bien les fractionner en 5 pages, hein… Enfin, sauf que compte tenu du fait que mes chapitres dépassent maintenant les 30 pages, nous risquons de nous retrouver avec une histoire de 100 chapitres ! loll

Bref ! Je vous souhaite une bonne lecture à tous et toutes et je vous donne rendez-vous le mois prochain, pour le chapitre 24 : Dressage et séparation. Rendez-vous le 15 octobre.

Musique écoutée pour la rédaction du chapitre : euh… En fait, j'écoute plus vraiment… je regarde la télé, je crois que vous l'aviez compris… Et ouais, c'est toujours les experts ! loll

Temps de parution : Etant donné le peu de chapitre d'avance, il est pour l'instant limité à 1 chapitre par mois. Je vais faire de mon mieux pour vous offrir une parution plus rapide !

Nombre de chapitre : 28e entamé ! Je cours, j'essaye de terminé cette histoire. Je rappelle que si j'y parviens, c'est toutes les deux semaines que je posterai ^_^

oOo

Chapitre 23 : Nouvelle vie

Sa tranquillité était parfaite. Il ne ressentait rien. Pas de sol sous son corps… Pas de corps tout court. Il était juste une masse flottante dans un vide chaleureux et confortable. Il n'y avait pas de douleur, pas de sentiment, pas de préoccupation. Juste la tranquillité apportée, la chaleur ressentie. Il était bien. Il savait ses yeux fermés car il ne distinguait rien. Toutefois, il se demandait s'il avait vraiment des paupières, car il n'avait pas conscience de les avoir fermées.

Il aurait dû se sentir en paix. Mais au bout d'un long moment, sa quiétude fut dérangée par un grognement sourd et bas qui l'effraya. Le son fut suivi d'un sifflement menaçant qui le terrorisa totalement. Ces bruits-là ne le rassuraient pas. Ils n'étaient pas censés se faire entendre. Ils n'étaient pas censés être là. C'était sa maison, son chez lui. Il était censé être seul dans cet endroit si agréable. Ils venaient le déranger dans sa quiétude, sans se soucier de violer son refuge.

Ses paupières qu'il ne sentait pas s'ouvrirent et il distingua un large océan doré. Il y flottait tranquillement, sans manquer d'air, sans se noyer. Cet océan le nourrissait, le protégeait. Il était sans fin. Il y était normalement seul et bien. Mais dans cet océan, il y avait deux choses qui ne devaient pas y être. Trois. Un lien qui s'enroulait autour de lui. Ce dernier ne le gênait pas. Il était agréable, rempli d'amour. Le toucher était l'extase.

Il y avait un loup. Un loup noir, gigantesque, aux yeux verts menaçants. Il grondait sourdement face à une masse noire et frémissante qui émettait ces horribles sifflements. Des sifflements qui le dérangeaient plus que les grognements. Ceux-ci n'étaient pas dirigés vers lui. Au contraire. Le loup regardait la masse noire et la menaçait. Il semblait le protéger de la chose sifflante. Il apprécia. Cette chose sombre était froide et désagréable. Que faisait-elle dans son océan ? C'était sa maison. Elle devait sortir.

L'impression de bouger fut étrange. Normalement, il se contentait de flotter. Mais là, il devait agir. Aider le loup. Détruire cette chose. C'était important. Il s'approcha du loup qui lui lança un regard agacé. Manifestement, lui demander son aide le contraignait. Il ne s'en soucia pas. A la place, il se lova contre lui. L'envahit. Il le remplit de force et de rage. Il fallait chasser cette chose. Pour qu'ensemble, ils puissent flotter dans l'océan doré en toute tranquillité.

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Mordre Harry était facile. Agréable. En le mordant, il le transformait en loup-garou, il le changeait en un être protégé. Il en faisait l'un des siens. Son second. Sa place naturelle, accordée par le lien qu'ils avaient construit par accident. En le mordant à sa demande, il le reconnaissait définitivement comme sien et Harry acceptait de lui appartenir pour toujours. C'était bon. Délicieux.

Mais le voir se tordre de douleur sur le sol lors de la transformation puis après… Draco savait qu'il devait se dérouler en lui un combat à mort entre trois entités et il savait qu'il en souffrirait. Il y était préparé mentalement… mais pas physiquement. Il ressentit ça comme des milliards de coups de poignard, directement dans sa poitrine et hurla. Pas ce long son mélodieux que pouvaient pousser les loups. Non, c'était un son étranglé, douloureux. Il tomba à terre en couinant, le corps pris de convulsions. Il ne savait pas qui gagnait dans le corps tremblant au sol. Au bout d'un très long moment, frissonnant, il s'évanouit. C'était trop douloureux. Un goût de sang se répandit dans sa gorge alors qu'il s'enfonçait dans le noir et il craignit un instant de s'étouffer avec. Malheureusement, les ténèbres de l'inconscience furent plus fortes que sa crainte.

Quand il se réveilla, il faisait encore nuit. Il avait mal partout, comme s'il avait été écrasé par un troupeau de centaures en colère. Il ouvrit ses yeux mais sa vue fut trouble pendant quelques secondes. Puis il distingua les arbres dénudés de l'hiver encore présent, l'entrée d'une grotte. Il entendit le son d'une rivière un peu plus loin et comprit où il était. Une fraction de seconde plus tard, il se rappela qu'il était un loup et qu'auprès de lui devait se trouver son compagnon. Presque aussitôt, ignorant les courbatures dans son corps, il se redressa pour trouver un loup noir endormi près de lui. Le soulagement qui l'envahit, en constatant qu'il respirait toujours, l'aurait fait pleurer sous forme humaine. Là, il se contenta de pousser un long geignement aigu alors qu'il se mettait à ramper prudemment jusqu'au corps étendu. Il aurait pu se lever et marcher, mais il craignait que son geste brusque n'effraie son compagnon et qu'il ne l'attaque. En arrivant avec prudence, il ne craignait rien.

Il fut rapidement proche, si proche que l'odeur agréable l'imprégna entièrement. Il souffla de soulagement. Son compagnon sentait l'agrume. S'il avait senti quelque chose de néfaste, il aurait compris que la chose en lui avait gagné le combat qui s'était manifestement livré dans le corps endormi. Mais ça n'était pas le cas. Soit cela s'était terminé sur un ex-æquo soit la chose était morte et Harry serait sauvé. Draco frôla la douce fourrure de son museau et le corps de son compagnon eut un frémissement. Il le sentit s'éveiller. Il sentit (ressentit) sa conscience perdue, son scepticisme et sa douleur. Puis sa curiosité sur ce qui l'entourait, sur les odeurs perçues, les bruits nouveaux, les sensations étrangères. Le loup découvrait son environnement.

Quand il eut constaté que rien ne venait le menacer, Harry tourna la tête dans sa direction. Les yeux verts luisaient d'une reconnaissance qui lui plut. Il le reconnaissait. Il l'aimait. Il était encore capable de ressentir ça. En plus de l'odeur, cela lui apporta une preuve indéniable de la présence d'Harry dans le corps lupin. Son compagnon était encore là, rien qu'à lui. Il se leva enfin, baissant la tête pour aller lécher doucement le haut du crâne, lavant la fourrure épaisse et douce. Le loup noir frotta aussitôt sa tête contre son pelage, marquant son approbation et sa satisfaction.

Draco grogna avec amusement. La douleur dans son corps s'effaçait pour laisser place à la joie. Il se mit à sautiller sur place sous l'excitation, mordilla l'oreille de Harry et s'éloigna avec un ordre clair : Suis-moi. Harry lui obéit aussitôt et trottina derrière lui avec maladresse au début, puis beaucoup plus d'élégance. La faim les envahit lentement et Draco eut la satisfaction de voir Harry renifler le sol à la recherche d'un gibier quelconque. Il l'imita et détecta l'odeur d'un sanglier. C'était une proie trop forte pour deux. Ou un défi intéressant. Ils échangèrent un simple regard puis, ensemble, s'élancèrent sur la trace laissée par l'odeur. Il serait toujours temps de reculer si l'animal était trop gros. En attendant, le chasser était excitant et alléchant. Autant se lancer dans l'aventure !

oOo

Draco se réveilla à nouveau, dérangé par la présence du soleil. Ils n'avaient pas pensé à venir fermer les rideaux la veille et le soleil décidait de montrer le bout de son nez le pire jour. Il grogna et enterra son visage dans son oreiller. Comme toujours, le lendemain de la pleine lune, il avait rejoint son lit avant de se retransformer. Beaucoup de loups le faisaient, mais certains avaient parfois la surprise de se réveiller dans les bois car ils avaient voulu profiter de la nuit jusqu'au bout. Draco n'était pas ainsi. Depuis plus de six mois qu'il était un loup-garou, il rejoignait toujours son lit, qu'importe combien la nuit était agréable.

Et elle l'avait été ! Le mal de tête apporté par le réveil violent diminua alors qu'il se rappelait de l'extase de la nuit passée. Oh, il y avait eu un début angoissant et douloureux, mais le reste avait été…

« Magique ».

C'était le seul mot qui lui venait à l'esprit. La nuit avait été magique. Passée la douleur, ils avaient chassé ensemble. Ils avaient débusqué un petit sanglier qu'ils avaient poursuivi sur plusieurs kilomètres avant de l'attraper, le piégeant dans un ravin de pierres. Là, chacun leur tour, ils l'avaient attaqué, jusqu'à l'épuiser tellement que l'animal n'avait pas pu se défendre lorsqu'ils avaient finalement décidé de le tuer. Draco avait mangé en premier. C'était ainsi que le voulait la hiérarchie. Harry l'avait regardé faire avec satisfaction. C'était leur proie mais Harry était celui qui était parvenu à le coincer dans le ravin.

Après un festin trop long pour le loup noir, Draco le laissa accéder à la viande déjà refroidie et ensanglantée. Harry mangea sans le moindre dégoût et Draco trouva ses crocs blancs fouillant dans la chair morte étrangement beaux. Dangereusement beaux.

Au bout d'un long moment, ils finirent leur festin. Il restait encore beaucoup de viande sur l'animal et ils savaient qu'ils ne viendraient pas manger le reste le lendemain. Ils auraient pu le ramener à la meute, mais la carcasse était lourde et ils n'étaient que deux pour la traîner jusqu'au village. La nuit était vieille, ils n'auraient pas le temps. Ils l'abandonnèrent donc aux autres prédateurs, notamment un renard qui rôdait non loin d'eux, attendant patiemment qu'ils s'éloignent. Ils le firent en se provoquant, se mordillant et se bousculant. Ils s'étaient poursuivis sur une dizaine de kilomètres avant de finalement sentir que la lune allait se coucher. Alors ils rentrèrent au village en courant, se couchèrent l'un à côté de l'autre et s'endormirent tandis que leur corps changeait douloureusement.

A présent, Draco sentait son cœur battre la chamade. Il avait encore mal dans tout le corps et se sentait un peu fiévreux, mais il voulait voir à quoi ressemblait Harry. Avait-il grandi ? Avait-il pris des muscles ? Comment seraient ses cheveux, ses yeux, son visage entier ? Douloureusement, il tourna la tête sur le côté pour tomber sur une masse de cheveux noirs. Il resta un instant interdit avant de se redresser sur le lit. Ils s'étaient endormis sur la couverture, ce qui lui permit de voir le corps nu dans son intégralité. Draco sentit son cœur s'accélérer alors qu'il dévorait le corps nu des yeux.

La peau de Harry était toujours la même, bien qu'un peu plus crémeuse qu'avant. A première vue, il avait la même taille, ce qui lui procura une satisfaction sans bornes. Il savait déjà que Harry ne serait pas un alpha, mais il pouvait être plus grand que lui, ce qu'il n'aurait pas apprécié. Heureusement, Harry gardait son mètre soixante et quelques. Il avait pris quelques muscles, surtout au niveau des jambes. Ses mollets étaient fermes, les muscles tendus sous la peau. Ses cuisses étaient solides, nerveuses… Et ses fesses… Draco dut contenir son envie d'aller les lécher tant elles l'attirèrent.

Son dos était plus musclé aussi et il devina que son ventre devait être plus marqué par les abdominaux sans doute fermes également. Les muscles de ses bras étaient légèrement apparents, sans être trop visibles. Draco ne s'était pas trompé à sa première évaluation : Harry était un chasseur. D'un point de vue force brute, Draco était clairement supérieur. Mais son compagnon pourrait le battre sans problème à la course.

Ses yeux continuèrent de monter et il les écarquilla en remarquant la longueur des cheveux. Il évalua qu'ils devraient arriver au milieu du dos de Harry. Longs, doux d'aspect, légèrement bouclés sur les pointes pour quelques mèches, ils étaient presque autant attirant que les fesses fermes. Il eut l'envie d'y plonger le nez, tant pour sentir l'odeur d'agrume tant aimer que pour apprécier leur certaine douceur. Mais il se retint. Il ne voulait pas le réveiller. Harry avait besoin de repos. Et surtout, il voulait qu'à son réveil, il trouve de quoi se rétablir.

Précautionneusement, Draco se leva pour aller chercher sa robe de chambre qu'il enfila. Au diable Weasley et Hermione, il n'avait pas le temps de mettre autre chose. Harry pouvait se réveiller d'un instant à l'autre ! Il ouvrit la porte et sortit de la chambre sur la pointe des pieds pour courir à l'extérieur. Il traversa le couloir et surgit dans la cuisine encore déserte. Ouvrant un placard magiquement glacé – que Granger nommait frigo – il attrapa deux petites bouteilles de lait et, tout en ouvrant une des deux et en la buvant par à-coup, s'empressa de remonter. Quand il arriva dans la chambre, il alla poser la petite bouteille pleine sur une des tables de nuit, partit refermer la porte et les rideaux et retourna s'asseoir sur le lit, non sans avoir presque arraché la robe de chambre de son corps.

Ses fesses avaient à peine touché le matelas qu'il sentit son amant s'éveiller. Il le vit remuer dans le lit, son corps se frottant presque contre le drap de la couverture. Puis il bascula sur lui-même pour se mettre sur le dos, ses cheveux suivant le mouvement avec souplesse. Draco sentit sa respiration s'accélérer. Il appréhendait clairement. Comment Harry réagirait-il ? Serait-il toujours aussi heureux d'être un loup-garou ? Ou les souvenirs de la veille allaient-ils le dégoûter ?

Couché sur le dos, Harry ouvrit les yeux et Draco sentit sa respiration s'arrêter. Les pupilles émeraude n'étaient plus celles qu'il avait toujours croisées. Ses yeux-là étaient ceux d'un animal, ceux d'un loup et il sentit une vague d'envie l'envahir. Doucement, son amant tourna la tête vers lui pour le regarder et Draco déglutit. Il sentit ses poils s'hérisser sous le désir et dut presque fermer les yeux pour ne pas se jeter sur lui. Il émanait de Harry un appel sourd, une bestialité renversante et cela, juste dans son regard. Et c'était irrésistible.

En face de lui, le brun s'était redressé, les lourdes boucles tombant sur ses épaules et dans son dos. Il le vit écarquiller les yeux et porter la main à l'une des mèches élégantes qu'il regarda avec étonnement avant de frissonner vivement. Harry ferma les yeux et respira. Ou plutôt, il huma l'air, semblant se délecter de ce qu'il sentait.

« Girofle, murmura Harry d'une voix adoratrice. Tu sens bon. »

Il rouvrit les yeux pour le dévisager et, se mettant à quatre pattes, il se mit à marcher dans sa direction pour s'arrêter à quelques centimètres de sa peau, son nez le reniflant doucement. Draco faillit laisser échapper un gémissement : il y avait quelque chose d'excitant à regarder son amant le sentir ainsi, si proche de lui mais refusant de le toucher, pour son plus grand agacement. Il avait envie qu'il le touche. Il le voulait tellement.

Un coup de langue sur sa peau nue lui arracha une autre plainte : c'était vif, presque comme un test et il ouvrit les yeux pour voir qu'Harry semblait se délecter de ça. Il le regarda encore, inclinant la tête sur le côté alors que sa main se levait enfin pour aller se perdre dans la longue crinière noire. Harry poussa un son d'exaltation qui fit grogner Draco. Le brun y répondit en levant les mains pour les poser sur ses épaules. Le contact de la peau chaude les fit trembler. C'était intense. Une simple empoignade qui les faisait trembler comme s'ils se découvraient pour la première fois. A bien y réfléchir, c'était une première fois. Un premier contact entre deux loups-garous liés. Quelque chose frôla la conscience de Draco à ce sujet, quelque chose qu'avait dit Joshua un jour sur les loups liés de la même espèce mais la langue de Harry passant sur sa bouche stoppa toutes possibilités de réflexion ou de raisonnement. Il ne put que sortir sa langue à son tour pour laper sensuellement celle qui était en face de lui.

Le goût du lait encore présent sur la langue de Draco excita Harry. Il grogna, attrapa le muscle dans sa bouche et se mit à le suçoter avec envie. Le blond comprit très vite ce qui l'attirait et il s'éloigna, le repoussant un peu. Harry protesta par un grondement, manifestement désireux de poursuivre sa découverte mais Draco le gronda à son tour. Il le contourna, attrapa la bouteille de lait qu'il décapsula. L'odeur fit trembler son amant qui, à présent, fixait le contenant avec presque autant de désir qu'il en avait transmis à Draco, un peu avant.

Le blond hésita une seconde puis porta la bouteille à sa bouche, aspirant un peu de lait. Harry le regarda comme s'il venait de lui voler quelque chose de précieux. Draco se retint péniblement de sourire et, à genoux, tenant la bouteille d'une main, il s'approcha de lui. Il l'attrapa par le menton de sa main libre et approcha son visage du sien. Harry dut comprendre car il ouvrit la bouche pour attraper celle de Draco et il gémit en sentant le lait couler aussitôt dans sa gorge. Dans l'échange, un peu de lait s'écoula le long du menton de Draco et sur son torse et Harry glissa le long de sa bouche pour lécher le liquide qui lui avait échappé. Il se laissa déborder et, posant ses deux mains sur le torse musclé à la peau blanche, se mit à le lécher et le sucer en poussant des sons indécents. Draco ferma les yeux pour savourer chaque attention mais il finit par le saisir par les cheveux pour le redresser et plaqua la bouteille contre la bouche tentatrice. Harry avala le contenu presque aussitôt en poussant un long son de satisfaction. Mais quand la bouteille fut vide, il la jeta au sol sans s'inquiéter pour ensuite attraper Draco et le coller à lui, sa bouche allant dévorer celle de son compagnon.

Aucun des deux ne pensait réellement. Ils avaient juste envie de se toucher, de se mordre et de se griffer, de s'appartenir encore plus. Draco ne pouvait s'empêcher de désirer Harry, pas alors qu'il était si sauvage, si beau avec ses cheveux longs et ses yeux si incroyablement lupins. Et manifestement, Harry était dans le même état que lui. Qui était-il pour le repousser ?

Ils ne parlaient pas, ils grondaient, geignaient alors qu'ils basculaient sur le lit, se frottant l'un contre l'autre, se caressant. Au bout d'un moment, Draco finit par renverser Harry sur le lit qui, en réponse, écarta les cuisses pour entourer sa taille avec une telle soumission et une telle envie qu'il en frémit. Il avait envie de le dévorer. De le marquer, partout… jusqu'au plus profond de lui…

En dessous de lui, Harry se cambra, comme s'il ressentait son désir. Il piailla presque d'impatience et releva la tête au maximum pour aller mordre ses lèvres. Draco émit un son proche du sifflement et du halètement et il se pencha pour mordre à son tour les lèvres, le menton et la gorge. Il fut surpris de sentir Harry pousser sur son crâne afin de le positionner près de la marque de leur lien.

« S'il te plaît, chuchota-t-il. Fais-le… Fais-le maintenant. »

Draco sentit ses yeux se révulser sous le désir intense. Oh oui, qu'il voulait le mordre. Se le réapproprier encore, le marquer une nouvelle fois. Mais pas ainsi. Pas avant.

« Bientôt, répondit-il. Bientôt, Harry… Je te remordrai… et tu le feras aussi. Tu sais quand il faudra le faire. »

Il le regarda dans les yeux et Harry hocha la tête. Oui, il savait quand. Il couina et l'attira pour l'embrasser encore avec violence. Ils n'avaient pas besoin de parler pour se comprendre. Draco ne prit pas la peine de le préparer. Ce n'était pas nécessaire. Il savait qu'il blesserait un peu son amant, mais il savait aussi que sa nouvelle condition le soignerait aussitôt. Et le petit cri adorateur d'Harry le rassura totalement. C'était douloureux, mais délicieux. Harry renversa la tête dans l'oreiller et Draco plongea sur son cou pour le lécher, le râpant légèrement de ses dents inférieures. Harry couina et tenta de bouger ses hanches mais le blond les saisit pour l'immobiliser. Il se redressa, le regarda droit dans les yeux et bougea brutalement des hanches, sortant et entrant pour ensuite s'arrêter. Les yeux d'Harry se révulsèrent et il resta un instant immobile, haletant. Avant de gémir :

« Encore… Pitié, encore ! »

Draco réitéra son geste avec autant de brusquerie pour s'arrêter une nouvelle fois et Harry eut les larmes aux yeux entraînées par la frustration. Ils se regardèrent à nouveau, haletants et Harry leva les mains pour encadrer le visage de Draco. Il l'attira pour l'embrasser un long, très long moment. Jusqu'à ce qu'ils aient besoin d'air. Jusqu'à ce que l'immobilité devienne insupportable. Alors, Draco se mit à bouger. Sans s'arrêter. Avec une violence presque rageuse. Posséder Harry physiquement était ce qu'il aimait le plus. Marquer son corps, le déclarer comme sien… c'était intense, brutal, physique… il aimait l'entendre crier son extase, sentir son sexe dressé contre son ventre. Il aimait être le maître de son plaisir. Son maître tout simplement. Et Harry le lui rendait bien. Il se soumettait sans discuter, sans chercher à se défaire de ça.

Au bout de longues minutes, Draco lâcha les hanches d'Harry pour se mettre à genoux sur le lit. Il attrapa la tête de lit dans ses mains et, se servant d'elle, prit de l'élan pour pénétrer Harry avec plus de force. Harry enfonça sa tête dans l'oreiller et il tourna la tête sur le côté pour mordre violemment dans le coussin à côté de sa tête. Il plia les jambes et posa ses pieds sur le haut des cuisses de Draco, se servant de sa position pour se maintenir immobile et ainsi recevoir son amant plus durement en lui.

Le lit tapait contre le mur avec tant de force qu'il en faisait presque trembler le bois les séparant de la chambre d'un Ron devant probablement avoir quitté les lieux avec horreur. Mais aucun n'y pensa. Seule comptait l'extase qui envahissait leurs corps. A un moment, ils se regardèrent. Le moment arrivait. Draco se pencha sur Harry, les dents ressorties, prêtes à s'implanter dans la peau crémeuse. Celles d'Harry étaient anormalement longues et aiguisées mais il s'en fichait. Le torse de Draco était juste au-dessus de son visage. Il pouvait distinguer les cicatrices laissées par Devis lors de sa tentative de destruction du lien. Et ce fut naturellement qu'il alla lécher cet endroit. C'était l'emplacement idéal…

Cinq coups suffirent à Draco pour faire jouir Harry et il l'y suivit aussitôt. Dans un mouvement presque coordonné, ils ouvrirent la bouche et mordirent férocement la peau qui était à portée. Et ils eurent tous les deux l'impression de jouir une seconde fois, longtemps, pendant ce qui leur sembla durer des heures alors que cela ne dura que quelques secondes. Draco s'effondra sur Harry qui eut seulement le courage de lever une main pour caresser ses cheveux rendus humides par la sueur. Ils restèrent un long moment immobile, respirant vite, le corps bouillant de plaisir.

Après de longues minutes, Draco se redressa pour le regarder. Il déposa un baiser sur le bout du nez d'Harry et frotta le sien contre sa joue, descendant sur son menton. Il suivit la ligne de sa mâchoire pour rejoindre l'oreille délicate et la lécha avec douceur. Puis il plongea son visage dans le cou adoré et dans les longs cheveux, inspirant de toutes ses forces.

« Tu sens bon, murmura-t-il. Tu sens nous. »

Harry soupira, caressant son dos. Lui aussi sentait Draco et leurs odeurs mélangées. L'odeur de leur sueur, de leurs corps et même de leur plaisir. Un mélange subtil d'orange et de girofle. Il sourit avec paresse et ferma les yeux, cédant à son envie de dormir. A la place, il s'étendit langoureusement, appréciant la sensation du sperme de Draco sur lui et en lui. Il aurait dû en être mortifié de honte. Mais au contraire, il soupira de satisfaction.

« J'en veux encore. », chuchota-t-il.

Draco se redressa sur ses coudes pour l'observer. Il leva la main pour attraper une boucle brune et jouer avec, sous l'œil observateur de Harry.

« Tu es magnifique, lui murmura Draco, portant la mèche à sa bouche pour l'embrasser avec révérence.

-Ils sont trop longs, marmonna Harry.

-Ils sont parfaits, répliqua le blond. Je les aime ainsi. Tu es sublime. »

Harry sourit. Il ne rougit pas ce qui étonna le blond. Il sentit par le lien qu'il était simplement satisfait de lui plaire et sourit. Doucement, il bascula sur le côté, non sans entraîner Harry dans son mouvement. Le brun se retrouva au-dessus et il frissonna en le constatant. Ses mains se mirent à caresser le torse musclé.

« Tu es magnifique aussi, dit-il d'une voix rauque. Si fort… si puissant… »

Ses hanches se mirent à bouger doucement, apportant une friction légère sur l'entrejambe de Draco. Ce dernier sentit, à sa grande stupeur, une excitation puissante l'envahir. Il sourit en constatant que Harry était dans le même état.

« Tu es excitant, geignit Harry. Et si chaud… »

Il se pencha pour respirer sa peau et le mouvement fut tellement sensuel que Draco dut fermer les yeux pour se retenir de renverser Harry et le culbuter.

« Ne me tente pas, dit-il. On… on ne peut pas… Il y a sûrement des choses qui nous attendent… Tu as toute une éducation à faire et… Oh Merlin tout puissant. »

Harry avait glissé le long de son corps et frottait son visage contre son sexe, sa langue sortant de temps en temps pour le lécher en poussant des petits sons d'extase. Draco le regarda faire en haletant.

« Suce-moi, ordonna-t-il. Fais-le maintenant ! »

Harry leva les yeux vers lui. Il esquissa un sourire et se pencha pour attraper le gland pourpre. Et quand ses yeux animaux se relevèrent vers lui, ils brillaient d'une malice qui effraya presque Draco. Il allait passer un excellent quart d'heure.

oOo

Ils avaient fini par quitter la chambre pour se rendre dans la salle de bain. Ils avaient traversé le couloir, indifférents à leur nudité, trop pressés d'aller se laver. En entrant dans la salle de bain, Harry croisa son reflet et sursauta, entraînant un sourire amusé de Draco lorsqu'il se rua sur le miroir pour s'en approcher et regarder ses propres yeux, stupéfaits.

« Mes… Mes yeux, balbutia-t-il, en regardant la pupille verticale et affinée du loup.

-Ils sont magnifiques, dit Draco en l'attrapant par les hanches, plaquant ses fesses contre son bas-ventre. Ils m'inspirent beaucoup. Tu n'as pas remarqué que tu n'avais pas besoin de tes lunettes pour voir ?

-Non, répondit Harry, fixé sur leur reflet. J'étais trop occupé. Mais pourquoi sont-ils ainsi ? Ils vont rester comme ils sont ?

-Probablement, répondit le blond, occupé à caresser les longs cheveux noirs, savourant presque leur nouvelle longueur. Les loups ont l'instinct de survie… et tes yeux sont un obstacle à ça. Ils te rendent vulnérable. Afin de résoudre ce problème, le loup te prête les siens… ça ne te plaît pas ? »

Harry ne répondit pas, trop occupé à savourer les mains tendres qui lui massaient si bien le crâne.

« Si, dit-il après un temps de retard, se regardant à nouveau. C'est pratique. Mais mes cheveux, par contre… »

Il attrapa une mèche, l'air agacé. Draco la dégagea presque aussitôt.

« Je les aime ainsi, dit-il, autoritaire. Garde-les… de toute façon, si tu les coupes, tu vas devoir le faire tous les mois.

-Ils vont repousser à chaque fois ? Chaque transformation ? demanda Harry, stupéfait.

-Certainement, répondit Draco en dégageant son cou pour aller le mordiller. Garde-les longs… »

Il plongea ses yeux dans ceux d'Harry, à travers le miroir et il sentit son amant frémir contre lui. L'ordre était clair, bien que teinté d'une légère supplique qui rendait la demande d'autant plus importante aux yeux du brun.

« D'accord, dit-il en penchant la tête sur le côté, laissant ainsi toute la place nécessaire à son amant. Mais tu m'aideras à les attacher ! Je ne les lâcherai que le soir, quand je serai avec toi ! »

Cette perspective sembla réellement réjouir Draco qui approuva en souriant.

« Pourquoi les aimes-tu autant ? demanda Harry, soupçonneux.

-Ils te vont bien, répondit simplement Draco, à première vue honnête. Et ils sont magnifiques… et tellement imprégnés de ton odeur. »

Il se pencha pour enfouir son visage dans ses cheveux, inspirant profondément. Harry sourit en le regardant faire. Bon… il pourrait faire un effort, puisqu'il les aimait tant… Draco, lui, se retint de toutes ses forces de soupirer de soulagement. S'il avouait à Harry que ses cheveux avaient quelque chose de féminin, il était certain qu'Harry s'empresserait de les couper !

« Allons nous laver, dit-il en l'attirant loin du miroir. Greyback ne va sûrement pas tarder à venir pour nous donner les ordres concernant aujourd'hui… »

Harry eut une grimace en l'entendant mais le suivit docilement jusque dans la douche. Là, il sursauta en sentant l'eau d'abord froide puis de plus en plus chaude s'écouler sur leurs corps collés l'un à l'autre.

« J'ai juste envie de dormir, murmura Harry en fermant les yeux, appuyé contre le torse massif de Draco.

-Je t'avais prévenu, lui répondit Draco, amusé. Greyback ne va pas nous laisser tranquille, qu'importe que ce soit ta première nuit… Il se doit de te montrer qui commande… Mais tu verras, la journée va passer si vite que tu ne la verras pas passer. »

Harry soupira, savourant les caresses des mains de Draco sur sa taille, ses hanches et son dos. Il avait l'impression étrange que chaque frôlement de son amant lui procurait des frissons d'extase. C'en aurait été gênant, avant… sauf que tout à coup, rien ne lui paraissait embarrassant. Il se sentait capable de tout dire, de tout faire, tant que c'était avec Draco, il n'y avait aucune honte. Un autre geignement de plaisir lui échappa alors qu'il frottait son nez contre le torse nu et humide devant lui. Draco posa une main apaisante contre ses cheveux.

« J'ai l'impression que tout ton corps me hurle de te toucher, chuchota-t-il à son oreille. C'est comme des appels incessants et entêtants… »

Il caressa son épaule puis descendit le long de son bras pour emmêler leurs mains.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? demanda le blond en le regardant.

-Je ne sais pas, répondit Harry. J'ai juste l'impression d'être en manque de toi… l'impression qu'il est vital que nous restions collés l'un à l'autre, que nous nous touchions… et plus encore. »

Il se mit sur la pointe des pieds pour embrasser voracement son amant, ce dernier soupirant de plaisir sous le désir manifestement présent. Il sourit en s'écartant.

« Ce que tu me décris là est ce que j'ai ressenti après l'établissement du lien… je suppose que tu n'es touché par ça que maintenant parce que tu es un loup-garou depuis cette nuit… »

Harry souffla, tentant de reprendre pied. Mais il n'en avait pas envie. Il voulait tout autre chose.

« Tu crois ? dit-il en laissant son corps se frotter contre celui de Draco.

-Je crois surtout que nous devons nous laver, Harry… pas… Merlin… »

Harry se frottait contre sa cuisse avec tant de sensualité qu'il lui était impossible d'y résister. Il accompagna son mouvement, d'abord avec lenteur puis avec un peu plus de force, plaquant le jeune homme contre la paroi de pierre de la douche. Il s'aperçut qu'il perdait pied seulement lorsqu'il se sentit frotter la pointe de son sexe contre l'anus d'Harry. Alors, il tenta de se reprendre. Merde, mais que lui arrivait-il ? Que Harry ressente les effets du nouveau lien était une chose, mais lui ? Il était déjà passé par cette phase, certes entravée par le rejet d'Harry… Mais il y était passé quand même ! Et hors lune trois quarts, il était certain de pouvoir se contrôler alors pourquoi se frottait-il si férocement contre un Harry frémissant, luttant contre une sauvagerie animale qu'il n'arrivait plus à restreindre ?

« Arrête, arrête, chuchota-t-il contre Harry.

-Mais je ne fais rien ! se plaignit le concerné, toujours occupé à se frotter contre lui.

-Oh, si, geignit Draco. Tu me tentes… tu… arrête de gémir ! »

Mais le brun n'arrêtait pas et Draco ne put retenir l'envie qui montait en lui. Brutalement, presque avec rage, il franchit la ligne et s'enfonça en Harry en poussant un grognement animal. Très rapidement, la cabine de douche se remplit de cris et de suppliques alors que leurs corps se mouvaient l'un contre l'autre, indifférents à l'eau qui se refroidissait. Ils jouirent très vite, trop excités pour tenir longtemps. Aucun des deux n'en ressentit la moindre honte et ils passèrent cinq minutes à se caresser avec langueur, le corps alourdit par le plaisir.

Soulagé, Draco laissa son visage se frotter sur le torse d'Harry, sa bouche allant lécher un téton indécent dressé vers lui. Il le lâcha en entendant le soupir appréciateur et s'écarta pour le regarder. Les joues de Harry étaient encore rouges, mais plus de gêne… Non, son compagnon n'était plus honteux de ce qu'ils faisaient ensemble. Au contraire. Draco pouvait percevoir une nette satisfaction, presque une sorte de jubilation. Il sourit en arrêtant l'eau devenue totalement froide.

« On a vidé les réserves d'eau chaude, dit-il, amusé.

-Ah bon ? demanda Harry d'une voix langoureuse, encore tremblant d'extase.

-Mhmm, répondit Draco. On se lavera plus tard. De toute façon, nous ne sommes pas vraiment sales. »

Harry approuva. Il voulut sortir mais grimaça en marchant.

« Va, je te rejoins, dit-il. J'ai quand même quelque chose à laver. »

Draco eut un sourire moqueur et le laissa. Sans gêne, Harry porta sa main à ses fesses, passant un doigt curieux sur son anus. Il releva ensuite sa main vers son visage, regardant la semence de Draco. Sans honte, il donna un coup de langue sur son index et ferma les yeux. Il savoura le goût sur sa langue, sans le moindre embarras. Il aurait bien réitéré son geste s'il n'avait pas été si pressé de retrouver Draco. Rapidement, il remit l'eau en route et frémit sous le contact glacé. Il attrapa un des gants de toilette et s'empressa de se laver à la va-vite pour ensuite sortir de la cabine. Il sourit lorsqu'une serviette s'enroula autour de lui et qu'un corps chaud vint l'entourer pour le réchauffer.

« C'était bon ? se moqua Draco.

-Oui, répondit simplement Harry, en le regardant sans la moindre gêne. Mais ça m'a donné faim. »

Les mots étaient clairement équivoques et Draco frissonna en l'entendant.

« Pervers, lui dit-il en se penchant pour lécher ses lèvres. Allez, viens t'habiller. On nous attend en bas. »

Harry obéit sans discuter. De toute façon, tant qu'il pouvait rester collé à Draco, il se fichait du reste !

oOo

Les réactions de Ron et Hermione, en le voyant, lui donnèrent envie de rire. La jeune femme le fixait, ses yeux clairement analytiques mais avec une lueur d'étonnement à l'intérieur. Ron, lui, avait carrément ouvert la bouche, celle-ci béant alors que ses yeux étaient écarquillés d'une stupeur presque offensante.

« Tes cheveux », dit-il, balbutiant.

Draco s'était contenté d'une tresse lâche. Certaines mèches encadraient son visage dont une plus longue qu'il avait coincée derrière son oreille.

« Ils ont poussé, constata Hermione en s'approchant, leur tournant autour car Draco refusait de se décoller. Par contre, ton corps n'a pas vraiment changé… Et en ce qui concerne l'horcruxe ? »

Elle se releva juste en face d'Harry après avoir admiré ses jambes et hoqueta en croisant ses yeux.

« Eh bien ça ! dit-elle. Le loup a jugé ta myopie dangereuse et l'a corrigée en t'octroyant ses yeux ! C'est vraiment une chouette idée ! »

Draco gronda en tirant Harry en arrière, à la grande surprise de ce dernier. Hermione haussa les sourcils en percevant le mouvement protecteur. Harry, lui, eut soudain l'envie brutale de se réfugier contre son amant et il eut beau lutter, il se retrouva cramponner au pull de Draco sans s'en rendre compte.

« Euh…, dit-il, surpris, en se reprenant avec le recul. C'est assez chouette, oui… »

Il lança un regard interrogateur à Draco mais ce dernier se contenta de hausser une épaule avec indifférence et l'entraîna ensuite vers la table de la cuisine pour qu'ils s'installent. Le déjeuner était manifestement largement terminé mais les deux amis d'Harry avaient eu la gentillesse de leur laisser des tranches de pain grillé accompagnées de confiture et de la pâte à tartiner. Harry commença tranquillement à se servir, non sans laisser son genou droit en contact avec la cuisse de Draco. Ce dernier avait posé une main possessive sur la cuisse de son amant, satisfait.

« Et donc, l'horcruxe ? demanda Ron.

-On a pas regardé, dit Harry en haussant les épaules.

-Vous… quoi ? s'exclama le rouquin, stupéfait. C'est une blague ? Mais… c'est la première chose que vous auriez dû faire ! Quel genre d'idiots vous êtes ?

-On avait mieux à faire, répondit Draco. Mais on va regarder, ne t'inquiète pas.

-Je vais chercher le bâton », lui dit Hermione.

Elle quitta rapidement la cuisine et, à son départ, Draco se détendit légèrement ainsi que Harry. Aucun des deux ne trouva cela étrange. Le brun avait senti l'aura de domination et d'appartenance l'envahir et l'envelopper et, à présent, il se contentait de lui transmettre un sentiment de tranquillité mêlé à beaucoup d'envie. Ils mangeaient pourtant calmement, non sans se toucher et sans se regarder de temps à autre avec envie.

« Pourquoi j'ai l'impression que vous êtes encore pires qu'avant ? demanda très justement Ron, les yeux plissés alors qu'il les fixait agir avec une étrange symbiose.

-Je l'ai ! »

Hermione surgit dans la pièce en tenant le bâton enveloppé dans son tissu protecteur. Au même moment, Harry émit un geignement de plaisir. L'aura de Draco suintait la domination et elle lui donna l'impression de l'étreindre violemment. Il se cambra sur sa chaise en fermant les yeux, à la grande stupeur de ses deux meilleurs amis. Draco se contenta de mordre férocement dans une tartine, un air moqueur sur le visage.

« Ne fais… pas ça, haleta Harry en se pliant en deux. Qu'est-ce que… pourquoi fais-tu ça ?

-Elle a tendance à trop te toucher, répondit Draco. Je n'aime pas ça. »

Il l'observa avec un étrange regard impénétrable et Harry frissonna en le voyant. Il se redressa péniblement pour aller se coller à Draco, se glissant entre ses cuisses après l'avoir écarté de la table.

« Mais elle m'indiffère ! dit-il, stupéfait.

-Je m'en fiche, répondit Draco en croisant les bras, obstiné. Elle dépose son odeur sur toi et ça ne me convient pas. Il n'y a que mon odeur qui peut se poser sur ton corps… »

Il prononça ses mots en allant lui grignoter doucement la gorge et Harry se surprit en penchant la tête sur le côté, ses yeux se fermant sous le plaisir ressenti. Lentement, il leva une main pour aller caresser le crâne de Draco, le massant avec délicatesse.

« Tu ne supportes pas ça ? questionna-t-il. Pourquoi ne l'as-tu jamais dit ? »

Draco se recula pour le dévisager, ses mains posées sur les hanches d'Harry avec autorité.

« Parce que tu n'aurais pas compris, répondit-il. Tu aurais été… en colère. Mais maintenant, je crois que tu peux comprendre. »

Harry pencha la tête sur le côté, y réfléchissant manifestement. Puis il hocha la tête. Lui non plus n'avait pas envie que Draco porte une autre odeur que la leur. Il se pencha vers son amant pour le renifler.

« C'est réciproque, dit-il en s'écartant pour le regarder. D'accord ? »

Draco acquiesça lentement de la tête, marquant ainsi son approbation. Souriant, Harry se pencha sur lui pour l'embrasser voracement, satisfait de l'échange. Il ne devait être touché par personne. Soit, ça lui convenait. Il n'était pas certain d'apprécier les autres contacts, de toute façon. Seuls ceux de Draco le satisfaisaient… Et même bien plus…

Sous l'œil écœuré de Ron et stupéfait d'Hermione, Draco fit glisser ses mains des hanches de Harry jusqu'à ses fesses, les empoignant avec force et le faisant gémir dans un baiser qui était tout, sauf innocent. Bien vite, ils se mirent à gémir et à haleter sous les regards de plus en plus choqués des deux spectateurs qui reprirent leurs esprits en constatant que Harry essayait de détacher le pantalon d'un Draco plus que consentant.

« Hé, les mecs… on est là, vous savez ? fit Ron, mal à l'aise. Euh… Harry ? »

Le brun ne répondit que par un grognement alors que Draco le soulevait pour l'asseoir sur la table. Presque aussitôt, le blond commença à tirer sur la chemise blanche trop large – et pour cause, c'était la sienne – qu'Harry portait, dans le but manifeste de le dévêtir.

« Harry, Draco ! s'exclama Hermione, rougissante. Vous êtes dans la cuisine et… et merde, arrêtez de vous toucher ! »

Elle n'osait pas approcher et pour cause, un simple pas dans leur direction entraîna un grondement furieux de la part de Draco qui la fixa d'un air dangereux. Presque simultanément, Harry se coucha sur la table en geignant de plaisir, l'attention du lycan blond se reportant aussitôt sur lui. Il lui écarta les cuisses pour se pencher sur son torse qui était largement à découvert depuis que la chemise avait été détachée. Draco allait s'incliner vers lui pour le lécher lorsque, à leur grande stupeur, un sceau d'eau apparut au-dessus d'eux pour, lentement, se pencher et déverser sur leurs corps une eau manifestement glacée. Draco cria de stupeur, ainsi que Harry qui se crispa totalement, resserrant brutalement ses jambes écartées autour de la taille de son amant et s'accrochant à lui pour tenter d'échapper à l'eau.

« On se calme, les louveteaux ! s'exclama la voix de Greyback, posté dans l'embrasure de la porte, baguette magique en main. On se calme, on descend de la table et on s'éloigne gentiment l'un de l'autre. Je vois que la danse nuptiale a commencé… »

Draco écarquilla les yeux et se redressa, stupéfait. Il plaqua une main sur sa bouche, semblant comprendre quelque chose.

« Mais oui ! dit Hermione, amusée. La danse ! J'avais oublié !

-Moi aussi, marmonna Draco, gêné. Désolé… »

Il s'écarta difficilement d'Harry, avec l'impression étrange que son corps s'en plaignait. Mais il était plus facile d'y résister en sachant la raison pour laquelle il était si désespéré de s'en éloigner.

« La… la danse ? demanda Harry en refermant sa chemise et en s'asseyant, manifestement dérangé de l'interruption.

-Guilbert t'expliquera ça, gamin ! Normalement, il ne donne pas de cours… mais vu que tu as du retard sur l'éducation des gamins de six ans qui eux, ont des leçons depuis septembre, tu vas avoir droit à quelques cours de rattrapage intensifs. Tous les jours, à partir de treize heures jusque quinze. Ensuite, tu auras la chance d'aller t'entraîner avec Hystéria et le groupe. Jusque dix-huit heures. Le matin, tu auras diverses tâches que je me ferai un plaisir de te donner. Assure-toi d'être levé et habillé pour huit heures trente. Compris ? »

Machinalement, Harry hocha la tête.

« Quant à toi, cher Alpha Potentiel… »

Il sourit et s'approcha de Draco, lui tournant autour avec un sourire presque mesquin.

« Tu vas avoir l'immense plaisir de retourner te coucher. Il vaut mieux que tu sois bien reposé pour l'activité que je t'octroie pour les deux semaines à venir… »

Draco tourna vers l'alpha un regard à la fois craintif et interrogateur. Greyback esquissa un sourire.

« Ce soir, de vingt heures à six heures du matin… »

Draco gémit en l'entendant, secouant la tête de gauche à droite.

« Oooh si, gamin, lui confirma l'alpha, amusé. Tu es de garde ! Adresse-toi à Sean. Tu sais qui est Sean, n'est-ce pas ?

-Oui, je sais, dit Draco d'une voix blanche.

-Il te donnera ton poste de garde.

-Greyback, s'il te plaît, dit Draco. Ce n'est pas… Enfin, tu sais que c'est la danse et…

-Et tu m'as défié, gamin, lui répondit l'alpha en le regardant, le plus sérieusement du monde. Alors ta danse, tu la feras les dimanches ou pendant les quelques heures où Potter et toi serez réunis, c'est-à-dire de six heures à huit heures trente ou de dix-huit heures à vingt heures. En attendant, sois à l'heure ce soir. Sean n'est pas réputé pour sa patience, tu le sais. Hermione, Ron… Comme d'habitude, vous faites ce qu'il vous plaît. Le restaurant serait ravi de te revoir, Ron… Quant à toi, Hermione… »

Il la regarda d'une façon presque gênante, comme si son regard la caressait.

« Comme tu veux, lui dit-il en tournant le dos. Sois à l'heure pour ton cours, Potter ! »

Et il sortit de la maison d'une démarche clairement satisfaite.

« Euh… C'est quoi, la danse ? demanda Ron.

-La danse nuptiale, répondit Hermione, amusée. On dit que lorsqu'un loup-garou mord son compagnon dans le but de le transformer, c'est comme un mariage. Sauf que cela a aussi des conséquences sur le comportement des deux loups liés. Ils deviennent… excités. Attirés l'un par l'autre, incapables de cesser de se toucher, de se désirer… bref, ils se transforment en deux… animaux. Avides et incontrôlables… C'est pour cela que ça s'appelle la danse nuptiale et ça explique que, depuis leur réveil, si j'en crois le boucan de ce matin et la petite démonstration que nous venons d'avoir, Harry et Draco ne pensent qu'à… baiser. »

Les deux concernés se fixaient étrangement. Harry semblait comprendre ce qu'Hermione insinuait mais ne voyait pas trop le rapport.

« J'ai toujours eu envie de toi, dit-il soudainement, franc. Je ne crois pas que mon comportement ait un quelconque rapport avec cette danse…

-Si, ça en a, répondit Draco. La preuve vient de ton incroyable capacité à oublier qu'ils étaient dans la même pièce que nous… »

Harry tourna la tête vers Ron et Hermione et haussa les épaules. C'était vrai, le fait d'être vu par ses deux meilleurs amis le laissait totalement indifférent. Tant qu'il avait ce qu'il voulait… soit Draco ! Il eut conscience qu'un frisson traversait le corps de son compagnon alors qu'il le fixait intensément.

« Tu… tu devrais reboutonner ta chemise, dit Draco en détournant la tête. Tu vas attraper froid. »

Sur ces mots, il sortit sa baguette magique et l'agita en direction d'Harry. Presque aussitôt, l'eau s'assécha, le laissant parfaitement sec. Draco se lança le même sort et retourna s'asseoir, non sans avoir ramassé les quelques tartines tombées au sol et leur avoir lancé un sortilège de nettoyage. Avec prudence, Harry retourna à sa place à ses côtés, non sans avoir l'impression étrange qu'un courant électrique le traversait alors qu'il s'asseyait juste à côté de Draco. Il ressentait toujours l'aura possessive, comme une présence l'entourant, le frôlant et le taquinant sans arrêt, comme si elle testait sa résistance qui, à son grand dam, était fort peu élevée.

A ses côtés, Draco mordit dans une tartine avec rage. Comment avait-il pu oublier la danse ? Certes, c'était excusable ! Il n'avait jamais imaginé qu'Harry accepterait d'être mordu et à son réveil, il lui avait semblé si désirable avec ses yeux animaux et ses cheveux magnifiques qu'il n'avait pas pu s'empêcher de céder. Sans oublier le fait que le lien demandait à être consolidé une ultime fois. Non, il n'avait pas pensé à cette foutue danse nuptiale… et pourtant, l'allégresse, la passion qui l'avaient envahi, si ce n'est dès le matin, au moins depuis la consolidation, étaient révélatrices de la danse. Et alors qu'il tentait de se concentrer sur ce qu'il mangeait, il ne pouvait pas ignorer l'impression étrange d'être caressé sur chaque centimètre de son corps par Harry. Ce dernier ne le regardait pourtant pas mais il dégageait une telle envie qu'il semblait littéralement l'appeler. Comme si sa peau le suppliait de la caresser, ses lèvres d'être embrassées et ses cuisses d'être écartées. C'était presque un refrain entêtant auquel il pouvait difficilement résister.

La voix d'Hermione, assise en face d'eux, les fit péniblement redescendre sur terre.

« Tiens, Harry ! Prends ce fichu bâton qu'on sache enfin si tu es libéré de l'horcruxe ! »

Le brun releva la tête pour fixer le bâton que lui tendait sa meilleure amie. Il était pratiquement certain qu'il était libéré de l'horcruxe, mais par prudence, il tendit la main et attrapa l'item pour, lentement, le découvrir de son tissu protecteur. Dès que sa main entra en contact avec le bois poli, il eut le plaisir de voir son âme apparaître. Et à ses côtés, se tenait un majestueux loup noir au pelage légèrement ébouriffé. Et rien d'autre. Pas de forme noire et menaçante, rien. Juste le loup et l'homme, tout deux traversés par un lien rouge qui se dirigeait vers Draco. Ce dernier esquissa un sourire satisfait en regardant les deux êtres symbolisant son compagnon et il tendit la main pour la poser sur la cuisse d'Harry. Presque aussitôt, sa propre âme et un autre loup blanc apparurent. Les deux âmes humaines se faisaient face tandis que les deux loups se tenaient l'un contre l'autre et se frottaient l'un à l'autre avec allégresse. Ils étaient sans conteste les responsables de leur désir sexuel.

« Il n'est plus là ! s'exclama Ron, ravi. Ça a marché ! On l'a détruit ! On peut aller tuer l'autre cinglé et tout sera fini ! »

Sa phrase fit légèrement sursauter Harry. En temps normal, une fois par jour, il pensait à Voldemort, au fait qu'il devait le tuer rapidement… mais pas cette fois. Depuis son réveil, il n'avait pensé qu'à une seule chose : Draco. Et le plus étrange était justement qu'il ne parvenait pas à s'inquiéter de l'existence de l'autre serpent. Seuls comptaient son compagnon et ses désirs. Son alpha et ses ordres. Il ne put résister, glissa de sa chaise et se retrouva contre Draco à frotter son visage contre sa gorge en poussant des petits sons d'envie. Presque aussitôt, Draco l'avait enlacé pour répondre à son avance. Son aura s'était faite protectrice, apaisante et Harry eut presque envie de pleurer de bonheur. C'était exactement ce dont il avait besoin. Il n'avait pas envie de penser à autre chose, de ressentir autre chose. Être juste avec Draco et rien d'autre ! C'était tout ce qui importait !

« Ne m'obligez pas à vous asperger ! s'exclama Ron, blême.

-Laisse-les, Ron ! dit sagement Hermione. Ils vont bientôt être séparés et avec les nuits de Draco, ils ne vont plus se voir beaucoup. Viens, allons dans le salon.

-Mais…

-Ron ! s'exclama la jeune fille avec agacement. Viens dans le salon ! »

Elle lui fit de gros yeux menaçants et le rouquin leva les siens au ciel avant de la suivre, non sans lancer un :

« Interdiction de baiser sur la table ! »

Mais les deux liés ne l'écoutaient même pas. Ils se fixaient tous les deux, semblant se comprendre sans parler.

« Tu n'es pas obligé, lui dit Draco en caressant ses cheveux d'une main tendre. Tu as déjà fait le plus dur… on peut laisser le meurtre à quelqu'un d'autre.

-Mais est-ce que quelqu'un d'autre aura le courage de le faire ? » demanda Harry.

Draco répondit par un soupir. Il savait que non. Egoïstement, les autres sorciers se reposaient sur Harry pour les libérer. Et ceux qui osaient étaient trop faibles pour gagner contre le mage noir. Mais il était égoïste. Il ne voulait pas qu'Harry s'expose.

« Rien ne nous dit que tu es assez puissant pour le tuer, chuchota-t-il contre son front, en le serrant contre lui.

-Je sais, murmura Harry. Ce n'est pas pour rien qu'Hermione voulait qu'on s'entraîne depuis la nouvelle année…

-Cet entraînement est d'autant plus important maintenant que tu es transformé, dit Draco, semblant réaliser quelque chose. Ma magie est devenue instable lorsque j'ai été mordu. J'ai encore un peu de mal maintenant à la contrôler alors…

-Alors je vais sûrement avoir le même problème, enchaîna Harry en soupirant. On va encore avoir moins de temps ensemble ! »

Etrangement, c'était la seule chose qui l'inquiétait vraiment. Le fait que cela retardait aussi le décès du mage noir ne semblait pas réellement le préoccuper.

« On se débrouillera, lui répondit Draco. Va falloir trouver… »

Il poussa un soupir et le colla contre lui, le forçant presque à s'asseoir sur ses genoux.

« Je ne t'autorise pas à te battre contre Voldemort tant que tu ne seras pas suffisamment fort… Et je m'en fous si on me traite d'égoïste ou si Hermione et Weasley désapprouvent. Ils n'ont rien à dire. Je suis celui qui décide. »

Il le serrait si fort qu'il lui faisait presque mal mais Harry ne s'en préoccupait pas. Il répondit à son autorité en allant lécher doucement son cou, frottant ensuite son nez le long de sa jugulaire. Sa soumission supposée sembla apaiser Draco qui relâcha légèrement ses bras. Il grogna en allant caresser sa joue de la sienne puis l'écarta pour le regarder.

« Te serais-tu soumis de cette façon sans la morsure ?, demanda-t-il, préoccupé.

-Oui, répondit Harry sans hésiter. Ce n'est pas une question de soumission, c'est une question de priorité. »

Voyant que Draco ne comprenait pas, Harry soupira, ferma les yeux et les rouvrit, comme pour se donner du courage.

« Je… suis amoureux de toi et… j'ai juste l'impression que tu es plus important que quoi que ce soit d'autre pour l'instant… »

Il avait rougi alors qu'il murmurait cette phrase et Draco sourit. Cela l'avait presque inquiété que Harry ne rougisse plus, face à sa soudaine facilité à dire ce qu'il pensait de lui, de son corps et de ses propres envies. Il n'avait même pas paru gêné de lui avoir sauté dessus devant ses amis… mais manifestement, exposer ses sentiments restait difficile, même si Draco savait parfaitement les percevoir par le lien.

« Je vois, dit-il en réponse à sa déclaration. C'est réciproque. »

Il alla embrasser son front, juste entre ses yeux et Harry poussa un soupir appréciateur, fermant les yeux pour savourer l'instant. Son corps frissonna lorsqu'il sentit les mains chaudes de Draco se glisser sous sa chemise et il souffla en cambrant le dos sous sa caresse.

« Tu es vraiment réactif, s'amusa Draco.

-Comme si c'était de ma faute, grogna Harry en frottant inconsciemment son corps contre celui du blond, tentant d'augmenter la force de la caresse dans son dos par ce geste. Tu… j'aime ça. Que tu me caresses… je pourrais passer la journée à ça ! »

Draco esquissa un sourire et continua de passer sa main dans son dos, une autre allant se mêler aux mèches libres sur le crâne d'Harry. Presque aussitôt, ce dernier poussa un soupir rauque et frotta presque sa tête sur la main au-dessus de lui.

« Un vrai chat, se moqua Draco, déclenchant un petit grognement outré. Je plaisante, Harry… Je sais combien c'est agréable. »

Harry le regarda, se mordant la lèvre. Presque avec hésitation, il porta une main vers la tête de Draco et se mit à le caresser, allant titiller les oreilles lycanthropes. Draco soupira et se frotta contre sa paume. Amusé, Harry se colla à lui et, appuyant sur la chaise avec ses pieds, alla lécher et mordiller les bords des oreilles apparemment très sensibles. Draco poussa aussitôt un jappement appréciateur qui le fit sourire. Les mains sur ses hanches, il l'aidait à maintenir la position, les yeux mi-clos de plaisir.

« Tu es sensible des oreilles, toi, se moqua Harry. Alors laisse-moi être sensible à tes mains…

-Ce n'est pas la même chose, répondit Draco d'une voix rauque. Tu le sais très bien… Oh putain, arrête de me mordiller, je ne vais pas pouvoir rester… calme ! »

Harry eut un sourire amusé en l'entendant parler. Il continua pourtant, donnant des petits coups de langue sur les bords sensibles des oreilles, arrachant au blond un autre jappement, ses mains quittant les hanches étroites pour se glisser à nouveau dans le dos de son amant, le caressant de long en large. Il se permit de le griffer de temps en temps, montant en douceur pour redescendre à coup de griffes, arrachant à chaque fois un « Mhmm » appréciateur chez Harry.

« J'ai dit… pas de baise sur la table ! s'exclama soudain la voix de Ron en entrant dans la cuisine. »

Il fut un peu déstabilisé de découvrir Draco simplement assis sur sa chaise, Harry perché sur ses genoux et légèrement redressé pour atteindre les oreilles blanches. Les deux amants s'étaient figés à son entrée pour le regarder, tous deux manifestement énervés d'avoir été interrompus.

« D'un, on est pas sur la table, cingla Harry.

-De deux, on est loin de baiser ! continua Draco.

-Alors dehors ! s'exclamèrent-ils en chœur.

-Oh, du calme ! dit Ron en levant les mains. C'est aussi ma cuisine ! Et puis c'est bientôt l'heure de ton cours, Harry, alors tu devrais… être un peu plus décent et te préparer. Et toi, Malfoy, t'es pas censé dormir ?

-J'irai quand Harry sera parti, répondit Draco en tirant son amant plus près de son corps, enfouissant son visage contre son ventre pour frotter son visage contre la chemise trop grande. J'aime que tu portes mes vêtements, ajouta-t-il en relevant la tête pour regarder Harry.

-J'avais remarqué, s'amusa Harry. J'aime aussi… »

Il sourit en recommençant à lui caresser les cheveux, allant ensuite lui masser la nuque ce qui provoqua aussitôt un long soupir de la part de Draco.

« Sérieux, arrêtez de flirter ainsi, c'est vraiment gênant ! signala Ron. Surtout de voir Harry frotter ses fesses contre la main de Malfoy, en fait…

-On ne t'avait pas dit de partir ? s'agaça Draco, grognant dans sa direction.

-Je prends un verre d'eau !

-Ben prends-le plus vite !

-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Hermione en entrant à son tour, souriant ensuite en voyant la position des deux autres. Ooh, Ron, je ne savais pas que tu étais si curieux et que tu viendrais les observer…

-Je… mais non, je venais prendre un verre d'eau ! C'est eux qui ne savent pas se tenir !

-Si tu le dis, ricana la jeune fille. Harry, il est bientôt treize heures. Tu devrais aller te changer. La chemise de Draco te va bien, mais je crois que les cours d'Hystéria ne vont pas te permettre de la garder en un seul morceau. Tu devrais mettre quelque chose de plus… à ta taille ? »

Harry soupira en l'entendant. Il n'avait aucune envie de quitter Draco, mais il n'avait pas le choix. Ce foutu alpha l'avait ordonné et une part de lui savait qu'il devait obéir à cet ordre-là. Une moue sur les lèvres, il se rassit sagement sur les genoux solides sous son corps, grimaçant. Il regarda ensuite Ron et Hermione, l'air profondément ennuyé.

« Si je désobéis, je risque quoi ?

-Plus que je ne saurais le supporter, intervint Draco. Vas-y. On se retrouvera ce soir, pour deux heures… »

Harry le dévisagea, clairement hésitant. Il finit par se lever de son siège confortable, s'étirant ensuite avec force.

« Puisqu'il le faut, dit-il en se tournant vers Draco. Tu viens avec moi ? »

Son air innocent ne trompa personne et Hermione se mit à rire alors que Ron levait les yeux au ciel, désespéré.

« Des obsédés ! Tous ! »

Draco rit à son tour mais se leva.

« Je vais t'accompagner, dit-il. De toute façon, je comptais retourner me coucher en attendant ton retour. Viens. »

Il le prit par la main et l'entraîna jusqu'à l'étage, sous les sous-entendus vaseux d'Hermione et les sifflements agacés de Ron. Ils furent rapidement à nouveau dans la chambre où leurs odeurs mêlées régnaient encore et les firent frémir d'envie.

« Hem, fit Draco en remuant la tête. Je ne sais pas si je vais réussir à dormir ici… »

Il se dirigea vers la fenêtre pour l'ouvrir mais se figea, la main tendue vers la poignée. Il n'avait pas vraiment envie d'aérer la pièce et de perdre ça… cette odeur, celle de Harry et la sienne, emmêlées si fort…

« Ouvre la fenêtre, dit Harry, près de l'armoire. Ne t'inquiète pas. »

Draco tourna la tête vers lui et et acquiesça, abaissant enfin le loquet et ouvrant la fenêtre à meneaux en bois. Aussitôt, l'air frais du mois de janvier envahit la pièce. Se retournant, Draco observa Harry qui, torse nu, cherchait après un t-shirt à manches longues. Il finit par le dénicher et l'enfila.

« Ainsi, ça ira ? demanda-t-il.

-Ainsi, oui, confirma Draco. Mais tu risques d'avoir un peu froid pendant la leçon de Guilbert. Tiens. »

Il s'approcha, se positionna derrière lui et tendit le bras par-dessus son épaule pour attraper un de ses gilets. Il le déplia et, précautionneusement, le posa sur les épaules menues.

« Si Hystéria est trop dure, ne te laisse pas faire, d'accord ? dit-il en caressant les épaules et la nuque devant lui.

-Tout ira bien, répondit simplement Harry en souriant. Ne t'inquiète pas.

-Elle a tendance à pousser fort à la première séance, c'est pour te tester…

-Je n'ai pas peur, Draco. Je ferai de mon mieux et on verra. »

Le blond soupira et le serra contre lui en fermant les yeux. Il était épuisé, tout comme devait l'être Harry. La nuit précédente avait été intense en émotion et ils avaient continué en dépensant beaucoup d'énergie le matin même. A la réflexion, c'était sans doute mieux qu'ils soient si épuisés. Le cas contraire eut été explosif, entre eux…

« Réveille-moi quand tu rentres, lui chuchota Draco à l'oreille. De façon originale… »

La langueur dans la caresse de ses mains sur son ventre ne laissa pas de doute à Harry qui esquissa un sourire avant de se retourner.

« D'accord, dit-il en se redressant pour l'embrasser avec délicatesse. Je le ferai. »

Il s'éloigna ensuite, non sans un réel regret. Draco lui lança un regard presque défiant en se laissant tomber sur le lit derrière lui, bras et jambes écartées. Il atterrit pile au centre et passa ses bras derrière sa tête pour se servir d'accoudoir, l'œil pétillant de malice.

« Tortionnaire ! dit Harry. Je ne te réveillerai peut-être pas, finalement… »

Et sur ses paroles, non sans tirer la langue, il sortit de la chambre pour redescendre au rez-de-chaussée.

« Je vais te conduire à l'école », dit Hermione en enfilant une cape.

Elle se tenait juste dans l'embrasure de la porte d'entrée. Manifestement, elle l'avait attendu impatiemment. Etonné de son empressement, il attrapa sa propre cape, hésita une seconde et déposa sa baguette sur la commode du salon, sous l'œil inquiet de Ron.

« Elle va me déranger pour l'entraînement, expliqua Harry.

-Tu viens ? s'énerva Hermione.

-Oui, oui, je viens ! »

Il se dépêcha de sortir de la maison, Hermione sur les talons.

« Tu vas être en retard, s'agaça la jeune femme.

-Mais non, dit-il. Il reste dix minutes, l'école n'est pas si loin, si ? »

Il n'y était jamais allé, contrairement à Hermione et Draco. Au fond, c'était sans doute une excellente chose que sa meilleure amie l'accompagne !

« Merci de me montrer le chemin, dit-il.

-Je ne suis pas venue seulement pour ça, lui dit calmement Hermione, en l'arrêtant près d'une petite maison coquette sur laquelle était peinte des pommiers. Harry… je sais que… ta vie actuelle te plaît. On vit dans ce village, protégé, isolé… Il ne se passe rien, si ce n'est l'évolution de ton couple. Les loups ont leur propre routine, leur propre monde… et tu en fais partie, désormais. »

Il hocha la tête en l'écoutant, souriant. Oui, il en faisait partie intégrante et cela l'enchantait !

« Actuellement, tu es sur ton petit nuage, lui dit Hermione, l'air soucieuse. Mais… tu ne dois pas oublier le reste, Harry.

-Le reste ? répéta-t-il en inclinant la tête sur le côté, entraînant un soupir dramatique de la jeune femme.

-Oui, le reste, Harry, confirma Hermione, grimaçant. La guerre, les combats, Tu-Sais-Qui, nos amis qui se battent. Le reste, Harry ! »

Il grimaça en l'entendant.

« Je ne l'oublie pas, dit-il, agacé.

-Si, tu l'oublies ! Tu vis quelque chose de magnifique en ce moment, quelque chose de fort et nous comprenons très bien que tu sois distrait par ça, mais… il y a le reste. En dehors de cette bulle qu'est ta vie avec Draco, de ce cocon qu'est ce village, il y a une guerre, Harry. Des gens meurent en espérant que quelqu'un les sauve…

-Et ça doit obligatoirement être moi, c'est ça ? s'énerva Harry. Ecoute, Hermione, Draco et moi en avons parlé alors…

-Non, toi, écoute ! s'impatienta la jeune femme. Cette situation n'est pas éternelle. Je te rappelle que Greyback a prêté serment à Tu-Sais-Qui. Et qu'à sa majorité, Draco sera obligé de faire de même. Et alors là, quoi ? Que se passera-t-il, à ton avis, à ce moment-là ? Lorsque Voldie apprendra que son nouvel alpha mâle s'est lié à son pire ennemi ? Tu crois qu'il vous félicitera ? Et même si c'est le cas, ce dont je doute, que comptes-tu faire ? T'enrôler ?

-Ne sois pas stupide, Hermione, je ne ferais jamais…

-Qu'est-ce que tu en sais ? coupa la jeune femme. Que serais-tu prêt à faire, pour sauver Draco ? »

Harry fut incapable de répondre. Serait-il capable de rejoindre Voldemort si cela permettait de protéger Draco ? Un frisson douloureux le parcourut quand il réalisa, avec un peu de honte, que oui, il oserait le faire. Dans la limite du raisonnable. Ce ne serait pas une adhésion totale, juste préventive…

« Tu sais très bien qu'il ne m'enrôlerait pas, lui dit Harry, conscient que c'était la vérité.

-Non, c'est vrai, répondit Hermione. A plus forte raison, il te tuerait. Qu'importe la douleur que cela provoquerait à Draco. Qu'importe aussi que Draco se rebelle ensuite et tente de le tuer ! Mais il échouerait et mourrait à son tour. Quelle belle histoire nous avons là !

-Ne sois pas sarcastique !

-Je ne le suis pas ! cingla Hermione. Tu sais très bien qu'il y a une date butoir, Harry !

-Mais on est en janvier ! La majorité de Draco n'est pas avant juin, alors pourquoi tu me prends la tête avec ça !

-Parce que le temps va passer vite, Harry ! Nous sommes ici depuis quoi ? Octobre ? As-tu seulement vu le temps passer depuis que nous sommes ici ? »

Dire oui serait un mensonge alors il ne répondit pas.

« Draco et moi avons un plan ! On comptait vous en parler…

-Quand ? demanda Hermione. Le mois prochain, quand la danse sera finie ? Ce sera encore un mois à ne rien faire ! Un mois où Tu-Sais-Qui continuera de tuer et de persécuter des gens innocents !

-ET ALORS ? cria Harry, furieux, faisant sursauter sa meilleure amie. Va le tuer puisque c'est si facile ! Tu crois que je suis prêt ? Non, je ne le suis pas ! J'ai peur et ma magie est instable, maintenant ! Je n'arrive même pas encore à contrôler réellement mon corps ! Merde, oui, je vis des moments merveilleux, mais ça m'a transformé et je dois apprivoiser ça. Et ça ne va pas se faire en un jour ! Alors sois gentille et mêle-toi de tes affaires ! »

Il voulut partir mais Hermione l'attrapa par le poignet et tira – de toutes ses forces – pour le retenir.

« Je ne voulais pas en arriver là, mais manifestement, tu es trop bien installé sur ton nuage pour en descendre sans un vilain coup, mais Harry, que se passera-t-il si Tu-Sais-Qui découvre que Draco t'est lié ? J'ai évoqué la possibilité qu'il te tue et que Draco en meure ensuite… mais la situation inverse est également possible. Ça pourrait très bien être Draco qui serait tué en premier. Pense un peu à cette possibilité. Celle de vivre seul, parce que tu n'auras pas été assez conscient que tant que ce fichu mage noir est en vie, tu es sa cible. Et tous ceux que tu aimes le seront aussi. Tout comme l'a été Sirius ! »

Harry recula comme si elle l'avait frappé. Comment osait-elle parler ainsi ?

« Qu'est-ce que tu crois ? siffla-t-il, furieux. Que je ne suis pas préoccupé par ce qu'il se passe dehors ? Par ce qu'il pourrait arriver à nos proches ?

-Oui, c'est ce que Ron et moi croyons ! »

Il sentit cette fois une réelle rage l'envahir et eut l'envie ferme de la frapper. Mais il savait que s'il faisait ça, son amitié avec Hermione – et avec Ron, par extension – serait sérieusement détruite alors il se retint péniblement.

« Eh bien vous vous trompez, dit-il. Tous les deux. Je m'en préoccupe. Et tu n'as pas à évoquer la possibilité de la mort de Draco pour me rappeler que l'arme que je suis doit faire son boulot. Pas besoin de me reprogrammer Hermione, je l'ai déjà bien été…

-Ce n'est pas ce que je…

-Vraiment ? coupa Harry, en la fixant de ses yeux lupins. (Navré mais ça y ressemblait beaucoup. Si Ron et toi ne croyez plus en moi, je ne vous retiens pas. Faites vos bagages et partez ! »

Et sur ses mots, il tourna définitivement les talons. Hermione tenta encore de le retenir, mais Harry testa pour la première fois sa nouvelle force et ce fut sans difficulté qu'il se libéra de sa prise pour partir ensuite rapidement. Il ignorait totalement où était l'école et doutait d'être capable de se concentrer sur les cours. Le mieux aurait été de commencer par les leçons d'Hystéria… Il aurait pu se défouler une bonne fois…

« Potter, appela une voix rauque, le faisant sursauter. L'école est à droite. Le bâtiment devant lequel se trouve un chêne avec une balançoire. Avec des murs beige peints d'arbres fruitiers. Des citronniers. »

Harry sursauta et se tourna vers Greyback. Il ne l'avait pas remarqué, jusque-là.

« Je te conseille de commencer par courir sur le terrain derrière. Explique à Guilbert, il te laissera faire. »

Harry hocha la tête, reconnaissant. Il sentait parfaitement les larmes de rage qui coulaient sur ses joues.

« Ne lui en veux pas, lui dit l'alpha en posant une main consolatrice sur son épaule. N'oublie pas ce qu'elle a sacrifié jusqu'ici, pour cette guerre. »

Harry hocha la tête, même si pour le moment, il ne parvenait pas encore à lui pardonner. Il était trop en colère. Il avait trop envie de lui dire combien il la détestait d'oser supposer qu'il n'était pas préoccupé par la guerre. Bien sûr qu'il l'était. Bien sûr qu'il savait que les gens l'attendaient – bande de pouilleux trouillards ! – que Draco et toutes les personnes qu'il aimait étaient en danger, à cause de lui. Mais pour une fois dans sa vie, il avait été heureux, en avait profité. Hermione avait-elle besoin de le replonger si brutalement dans la douleur ?

Il repéra l'école facilement. La balançoire bougeait, poussée par le léger vent de l'hiver et les chaînes grinçaient presque sinistrement. Toute la rage d'Harry retomba alors qu'il regardait cette balançoire. Il n'en avait fait qu'une fois, étant enfant. Un jour qu'il s'était enfui de chez les Dursley, frustré de ne pas avoir droit à ne serait-ce qu'un peu de sympathie pour son anniversaire. Il avait fait un temps odieux, pour un trente-et-un juillet et il n'y avait personne au parc. Indifférent au vent et à la pluie, il avait fait de la balançoire pendant plus de deux heures. Mais il avait dû rentrer ensuite. Et il avait été sévèrement puni pour sa rébellion. Il regarda un long moment le jeu extérieur, jusqu'à ce qu'un raclement de gorge ne le fasse sursauter.

« Vous êtes en retard, déclara Guilbert en le regardant par-dessus ses lunettes carrées, l'air épuisé. Nous avons pourtant beaucoup… »

Sa voix se tut quand Harry tourna la tête vers lui, l'air à la fois désespéré et sombre. Le professeur soupira et lui fit signe de le suivre. Il contourna le bâtiment avec lenteur, se glissant entre une haie et le mur. Petit à petit, la haie qui les cernait s'écarta pour révéler ce que cachait l'école et Harry écarquilla les yeux en voyant l'immense terrain d'athlétisme juste derrière.

« Merlin, dit-il.

-Oui, ça fait toujours cet effet-là, commenta Guilbert. Je vais chercher Hystéria. Commence à courir. On va inverser le programme. »

Harry hocha la tête. Le terrain était de forme ronde, presque aussi grand qu'un terrain de Quidditch. Une piste de course avait été dessinée et bétonnée. Peinte en rouge, traversée de lignes blanches, elle était idéale. Il sentit des fourmis lui parcourir les jambes. Courir lui faisait envie. Il enleva le gilet de Draco, non sans respirer son odeur avec adoration. Puis il s'élança, sans hésiter, ses yeux admirant les chevaux d'arçons, les barres parallèles ici et là, les dessins désignant un terrain de base-ball, les cages destinées au football… Tout le terrain était dévoué au sport et, sans s'en rendre compte, il accéléra sa course. Il aperçut des barrières sur son chemin. Il pouvait soit les éviter, soit sauter… et la seconde option lui parut enviable alors ce fut sans hésiter qu'il continua d'accélérer, prit son élan et sauta, sans la moindre difficulté, la première haie. Et il les passa toutes, bondissant majestueusement, sans la moindre crainte, avec toujours plus de rage. Il avait envie de tout casser. De hurler ! Et il mit quelques minutes pour remarquer qu'il grognait férocement en courant.

Un sifflement le détourna de sa course. Tournant la tête, il repéra Guilbert, tout menu à côté d'une femme à la carrure étonnante. Elle n'en demeurait pas moins élégante, dans une tunique un peu chinoise, ceinturée à la taille puis largement ouverte sur les jambes. Elle portait un pantalon large et assorti à son haut, ainsi que des chaussures plates à l'apparence pratique. Sans hésiter, Harry quitta la piste et courut vers les deux professeurs.

« Tu cours vite, constata la jeune femme d'une voix presque réjouie. Et quels sauts ! Tu as tout dans les jambes, à ce que je vois… »

Il s'était arrêté devant eux et Hystéria lui tournait autour. Elle devait avoir dans la quarantaine. Des cheveux roux, emmêlés de mèches châtain, noués au-dessus de la tête. Ils lui arrivaient pourtant dans le milieu du dos.

« Des fesses solides… je pense que tu en auras l'usage avec notre petit alpha potentiel… »

Harry grogna en l'entendant. Ça ne la regardait pas, ce qu'il faisait avec son compagnon. Hystéria souriait narquoisement en se postant devant lui.

« Tu es un chasseur, n'est-ce pas ? Oui, je sais que tu en es un… je sens que je vais beaucoup m'amuser avec toi… »

Harry frémit en réponse. Elle avait quelque chose de dangereux dans l'œil. Presque une lueur menaçante. Mais il n'en fut pas inquiet. Il souhaitait plus que tout se défouler.

« Tu es déjà bien échauffé, je crois, dit-elle. Viens. »

Elle s'avança jusqu'aux barres parallèles fixées au sol et les désigna du menton.

« Je sais ce que tu as dans les jambes. Montre-moi ce que tu as dans les bras. Tu vas commencer par te soulever, une centaine de fois. Fais le poirier, plie les bras pour les retendre. Cent fois. Ensuite, nous verrons ce que vaut ton lancer de poids. Puis nous testerons tes capacités au combat au corps à corps. Et si ça ne me satisfait pas… tu feras connaissance avec ma petite salle de boxe. Au travail, Potter. Montre-moi ce que cache ce petit corps ! »

Et il obéit avec une joie presque destructrice.

oOo

Il s'était épuisé. Littéralement. Il était déjà bien fatigué, avec la nuit de pleine lune, le sexe au réveil, mais la leçon d'Hystéria l'avait plongé dans un état de somnolence aggravée. Après les cent suspensions, le lancer de poids (qui n'avait guère été concluant, au vu des grimaces de son entraîneuse) et plusieurs tentatives de combats au corps à corps, Harry avait, en effet, fait connaissance avec la petite salle de boxe, cachée dans une petite maison, à l'opposé du terrain. Il avait frappé dans un sac si longtemps, si fort, qu'il en avait mal aux poings malgré les gants de protection. A la fin, il était couvert de sueur et c'est avec une pointe de soulagement qu'il avait été prendre une douche dans la salle de boxe. Apparemment, Hystéria avait pensé à tout. Il trouva même un sweat-shirt de rechange en sortant.

« Merci, dit-il en s'essuyant les cheveux, après s'être rhabillé.

-On continuera demain, dit-elle en réponse. Mais tu auras des collègues. Alors sois prêt. Tu vas en chier. »

Et elle quitta la salle sans autre mot. Harry sortit à son tour, retraversa le terrain, attrapa son gilet et l'enfila. Encore une fois, l'odeur de Draco le consola. Sa rage était passée. Il parvenait à mettre ça de côté, un tout petit peu, pour se concentrer plutôt sur ce qu'on lui apprenait. Il avait un peu plus conscience de ce qu'il avait dans les jambes, dans les bras. Il était nettement plus fort, à présent, depuis qu'il était un loup-garou. Et surtout, plus rapide. Il n'avait pas compris jusqu'à présent ce que signifiait être un chasseur. C'était simplement une rapidité, un flair, une vue plus perçante… Tout comme il était doué pour attraper le Vif d'or au Quidditch, il était à présent le meilleur pour la chasse… Hystéria le lui avait démontré en enchantant un étrange renard en peluche et en l'obligeant à le suivre sur tout le terrain, jusqu'à l'attraper. Ce qu'il avait réussi, à dix reprises. Sur dix essais. L'entraîneuse avait elle-même dit qu'il était exceptionnel, ce dont il n'était pas peu fier !

Quand il entra dans la salle de classe, il fut surpris de trouver de petits bancs en bois sur lesquels étaient collés des étiquettes en forme de pomme, de poire ou de cerise. Il y avait pratiquement tous les fruits, un différent par banc. Il sourit en regardant. La salle était enfantine, chaleureuse… mais les bancs étaient de toutes tailles, signe que des élèves de tout âge étaient présents dans la salle, pendant les heures de classe.

« Assieds-toi où tu veux, lui dit Guilbert, calmement assis au bureau professoral, devant un énorme bureau.

-D'accord. »

Il alla s'asseoir juste en face, sur un petit banc. La chaise était trop petite, mais les bancs des plus grands étaient dans le fond de la classe alors il n'avait pas le choix.

« Bon, commença Guilbert. Tu sais déjà tout ce qu'il y a à savoir sur le lien. Et si tu as la moindre question, tu peux encore les poser. »

Il se tut quelques secondes, le temps de lui laisser la possibilité de l'interroger. Mais Harry n'avait pas de question sur ce point. Il avait l'impression d'avoir tout compris, si ce n'est déjà avant la morsure, en tout cas, depuis le matin même. Guilbert reprit alors la parole.

« Une meute a une hiérarchie importante. Il y a d'abord l'alpha, celui qui dirige, commande. Il est un peu comme le maire de la ville. Il prend les décisions importantes, instaure un mode de vie. Ce dernier est toujours le reflet de ce que l'alpha veut. S'il veut la paix, ce sera un village paisible. S'il ne la veut pas… Le nom de village n'aurait pas de sens. »

Harry écarquilla les yeux. Alors la paix du village était le reflet de Greyback ? Sa vision des choses, son envie… Comment quelqu'un de si tranquille pouvait-il être le monstre qui lui avait été dépeint, bien des années plus tôt ?

« Un alpha a ses faiblesses, dit Guilbert, comme s'il devinait ses pensées. Seul, il devient incontrôlable, assoiffé de meute et mord tout ce qu'il peut. Il aura tendance à essayer un adulte de son âge. Quelqu'un qu'il connaît… Et bien entendu, cela ne se passe… jamais bien. L'ami a tendance à penser qu'il a été trahi, que la morsure est une mauvaise chose… et l'alpha finira seul. S'il est entêté, il essayera de mordre une femme, ensuite, les pensant plus dociles… mais les femmes ne sont pas dociles. Elles savent se rebeller. Et c'est souvent ce qu'elles font. Seul, désemparé, désespéré, l'alpha s'attaquera alors à une personne plus docile (soumise). Une personne qui n'a pas encore de préjugés, qu'il peut encore modeler…

-Des enfants, murmura Harry.

-Oui, des enfants, répondit Guilbert. Ce que Fenrir Greyback a fait n'est pas une première et, malheureusement, il ne s'est pas arrêté à un seul enfant. La réputation de monstre sanguinaire qu'on nous a attribuée vient en partie de là.

-En partie, répéta Harry, pensif.

-L'alpha commande. S'il est passif, tout ira bien. S'il est agressif, la meute le sera. Un alpha revanchard, en colère, incitera sa meute à l'être et à attaquer. C'est pour cette raison que le ministère anglais interdit les meutes de loups-garous. Ils savent qu'un alpha mauvais ne peut que créer de mauvaises choses. En règle générale, les alphas tentant de réunir une meute sont tués et la pseudo-meute, dissoute. »

Harry frémit d'horreur en l'entendant. Tué ? Le ministère était donc à ce point… négatif ?

« Même si l'alpha se montre positif ? Passif, je veux dire ?

-Ils ne prennent généralement pas le temps d'interroger le chef de meute, dit calmement Guilbert. C'est la première raison expliquant la sécurité et le secret sur la position et l'existence de ce village. De tous les villages, de par le monde, à l'exception du Canada, de l'Amérique du Nord et de la Nouvelle-Zélande. Ce sont les seuls pays qui acceptent les meutes, bien qu'elles soient soumises à un contrôle constant. »

Harry hocha la tête. Alors comme ça, certains pays les acceptaient ?

« Mais l'alpha instable n'est pas la seule raison nous désignant comme des monstres. Tu le sais, il existe ce qu'on appelle des loups solitaires. Des loups dominés qui vivent seuls, qui subissent les transformations, deviennent incontrôlables et attaquent absolument tout ce qui passe. Cette apparente cruauté nous rajoute une raison d'être haïs et craints. Les humains ne se rendent pas compte que nous sommes des prédateurs et que toute personne autour de nous représente une proie… C'est malheureusement le côté le plus négatif de notre… particularité.

« Toutefois, lorsqu'un loup se lie, pour peu qu'il soit enfermé dans une maison pendant la pleine lune et qu'il soit seul, avec son lié, il sera doux comme un agneau et ne fera jamais de mal à personne. Un alpha peut aussi se contrôler s'il a un lié. Il existe des loups alphas qui, bien que seuls, ne sont jamais devenus fous comme Fenrir, car ils sont liés et heureux. Ils ne ressentent que très légèrement l'appel de la meute, de fait. »

Harry sourit. Draco lui avait déjà dit qu'ils pourraient vivre seuls, s'ils le désiraient.

« La troisième et dernière raison pour laquelle nous sommes… considérés comme des monstres est à cause de la lune rouge.

-La lune rouge ? demanda Harry, curieux.

-Elle vient, une fois par an, généralement au printemps. C'est une pleine lune rouge qui… l'espace d'une nuit, rend le contrôle des alphas obsolète. Eux-mêmes perdent conscience de leurs faits et gestes et ne sont plus que des monstres, assoiffés de sang. »

Un frisson d'horreur le parcourut à ces mots.

« Cette nuit-là… tous les humains du village doivent être évacués. Il n'y a jamais personne dans ces bois, car nous les avons enchantés pour que personne ne nous approche… mais si un humain devait se glisser ici… ne doute pas qu'il serait mangé avant le lever du soleil. »

Harry ne savait pas s'il devait pleurer ou s'enfuir à toutes jambes. Guilbert avait parlé d'un ton sombre et résolu et Harry se mit à craindre l'arrivée du printemps qu'il attendait pourtant avec impatience.

« C'est la nuit de Walpurgis, Beltane…. Qu'importe comment tu la nommes, c'est toujours la même nuit. Cette nuit est inévitable, même une potion tue-loup ne peut empêcher l'animal de prendre un contrôle total. Enfin, il le fait déjà sur nous, mais pas sur les alphas. Or, cette nuit-là…Il n'y a pas d'alpha. Juste des loups sauvages et dangereux. »

Il laissa planer un long silence.

« Bref ! dit-il, faisant sursauter Harry. La hiérarchie. L'alpha, le second, le conseil et les autres. L'alpha donne l'ordre et le second s'assure qu'il est exécuté. Au fond, ce sont les réels dirigeants de la meute. Mais il y a aussi le conseil. Ce dernier est constitué des personnes les plus âgées de la meute. Ce sont surtout d'anciens alphas détrônés ou d'anciens seconds sans alpha. Ils sont replacés dans le conseil car ils connaissent le village et sont donc les mieux formés pour conseiller l'alpha et le second en poste. L'alpha a tout à fait le droit de ne pas les écouter et de les envoyer au diable ! Mais il n'est jamais mauvais d'avoir plusieurs opinions !

« En outre, il est difficile, pour un alpha, d'établir seul une certaine dynamique de groupe. Le conseil connaît parfaitement bien les habitants. Comme tu l'as remarqué, ce village fonctionne pratiquement en autarcie. Nous cultivons notre propre nourriture, à l'exception de quelques raretés ou de certains produits que nous achetons avec les taxes que paient les habitants. Car oui, nous avons notre propre système monétaire. Chaque habitant travaillant à l'extérieur – c'est-à-dire pratiquement tous – versent au conseil cinquante pour cent de sa paie. Le reste est laissé à leur plaisir personnel. En échange, l'alpha leur donne accès à la nourriture gratuitement ou presque. Seuls certains aliments sont payants, ceux qui sont généralement les plus durs à obtenir.

« Ce village cultive tout, en ce qui concerne les fruits, les légumes, parfois même les céréales. Comme tu le sais, chaque mois, la meute chasse, tant pour se nourrir que pour rapporter de quoi sustenter les habitants du village. Mais la chasse est réglementée. Nous ne pouvons pas nourrir tout le village avec les animaux que nous ramenons pendant un mois. En outre, nous ne pouvons pas non plus tuer tous les habitants de la forêt… Nous ne pouvons pas décimer la forêt entière. Nous ramenons dix animaux par nuit, grand maximum. Et nous en tuons seulement cinq pour nourrir la meute pendant cette nuit. Le reste de la viande est achetée avec ces cinquante pour cent. Cet argent sert aussi à pallier aux problèmes matériels. Fuite d'eau, maison insalubre, frais de médecin et j'en passe. Tu me suis ? »

Harry hocha la tête, fasciné. Qui aurait cru qu'il y avait une telle organisation, dans ce village ?

« Chaque habitant travaille dans ce village, en dehors de leurs activités dans le monde humain. Certains cultivent, d'autres construisent, surveillent, tout dépend de la personnalité des personnes. Tu te rends compte de l'ampleur du travail ? »

Harry acquiesça. Oui, il s'en rendait compte. Ça semblait loin d'être facile.

« Tu seras un second. En tant que compagnon de Draco, alpha potentiel et de plus en plus confirmé, tu seras un second. J'ignore encore si Draco aura le courage d'affronter Fenrir ou s'il partira avec toi. J'ignore l'ampleur du village que vous construirez, si vous en construisez un, un jour… Mais sache qu'en tant que second, tu auras la responsabilité de diriger. Actuellement, tu es sur un nuage que seul un lien fraîchement établi et la jeunesse justifie. Mais la majorité de Draco fera de toi son second. Et tu auras avec, toutes les responsabilités que cela incombe. Tu as quelques mois pour t'y préparer et, je n'en doute pas, le mieux est encore que tu les vives. Nos leçons n'auront pas lieu d'être longtemps. Juste le temps que je t'apprenne nos us et coutumes. Ensuite, ce sera au tour de Chyreer de te prendre sous son aile, tout comme Fenrir se charge, à sa manière, d'éduquer Draco. Tu comprends ?

-Oui, répondit Harry, la voix étrangement rauque. Je comprends. »

Guilbert le regarda un long moment, en silence.

« File, lui dit-il. Un lendemain de pleine lune n'est pas indiqué pour apprendre toute une manière de vivre. Demain, nous commencerons la journée par une visite du village. Je te montrerai tout ce que tu n'as pas encore découvert. Les serres, les fermes, tout ce que tu ignores d'ici. Tout comme Draco, tu apprendras à y travailler, afin de bien comprendre leur fonctionnement. C'est ce que tu feras le matin, pendant un temps. Tu auras ton tour de garde, toi aussi. Deux semaines, comme Draco. Mais cela, c'est bien plus tard. Nous allons commencer par les habitudes de vie des loups-garous. D'accord ?

-D'accord, répondit Harry, presque impatient d'être le lendemain.

-Bon, alors à demain. Mes élèves vont t'adorer. Grâce à toi, ils auront fini leur leçon à midi. File, maintenant ! »

Harry ne se le fit pas dire une troisième fois. Il se leva de sa chaise presque brutalement et partit en courant, presque. Il ralentit son pas quand il vit la maison. Les fenêtres étaient éclairées, comme en signe de paix. Mais il se sentait tout sauf en paix à l'idée de retrouver Hermione et Ron. Seul l'étage l'intéressait. Bien décidé à les éviter, il finit par se diriger vers la maison dans laquelle il entra vivement. Il claqua la porte et entendit des personnes marcher dans le salon. Il vit très vite son meilleur ami s'avancer vers lui, l'air inquiet. Hermione le suivait, manifestement incertaine. Il leur décocha un regard froid avant de se diriger vers les escaliers.

« Harry, murmura Hermione, la voix étrangement cassée. Je voudrais…

-Pas maintenant.

-Mais... Harry, il faut qu'on en parle ! »

Il ne daigna même pas lui répondre. Draco devait partir dans deux heures. Et il était bien déterminé à en profiter encore un peu.

« On en parlera dans deux heures ! »

Et il grimpa quatre à quatre les marches des escaliers pour atteindre l'étage. Là, il parcourut le couloir avec plus de discrétion pour arriver devant la porte de leur chambre. Il souffla et saisit la poignée. Il la poussa et ouvrit la porte avec délicatesse. Draco dormait profondément, immergé sous les couvertures. Ses cheveux cachaient son visage. Malgré les draps posés sur son corps, Harry devinait sa nudité et ce fut sans hésiter qu'il se dévêtit à son tour. Enfin, il se dirigea lentement vers le lit et se glissa à l'intérieur. Le mouvement du matelas tira Draco de son sommeil. Il ne sursauta pas mais gémit en s'étirant.

« J'imaginais mieux, comme réveil original, dit-il d'une voix endormie.

-Tu n'as qu'à être moins vigilant ! »

Draco sourit, amusé, alors qu'Harry se rapprochait de lui pour se coller à lui. Draco sourit en l'enlaçant.

« Alors ? questionna-t-il. Pourquoi toute cette colère, tout à l'heure ? »

Harry soupira. Draco l'avait sentie, bien entendu.

« Hermione a tenté de me faire redescendre de mon soi-disant nuage d'amour… Selon elle, je ne suis centré que sur toi et je me fiche du reste.

-Elle se sent délaissée ? demanda Draco en plissant les yeux face au chagrin qui émanait de Harry.

-Non, dit-il. Elle a l'impression que j'oublie… ce que je suis censé faire. »

Draco fronça les sourcils. Harry le regardait d'un air si peiné qu'il eut envie d'aller étrangler la stupide jeune femme dans le salon.

« Elle a raison, hoqueta Harry. J'ai tendance à oublier… ce qu'il fait. Ce qu'il a fait… j'ai tout oublié avec toi. »

Il enfonça son visage contre l'épaule de Draco qui s'empressa de le serrer avec force. Ses mains allèrent fourrager dans ses cheveux et les libérèrent de leur élastique.

« Ce n'est pas une mauvaise chose, dit-il à son oreille.

-Si, c'en est une. J'ai…. J'ai délibérément oublié ça. Oublié Sirius, oublié mes parents, oublié Dumbledore, tout… J'ai voulu oublié. J'ai voulu être… heureux, juste une fois. Pleinement, égoïstement.

-On a tous le droit à ça au moins une fois…

-Pas moi. Ou en tout cas, pas maintenant… Mais… je n'ai pas envie de revivre ça. La peur, la crainte de perdre ceux que j'aime, de les entraîner vers la mauvaise passe…

-Ça n'arrivera pas…

-Mais c'est déjà arrivé ! le contredit Harry. Et je ne veux pas que ça recommence, ça me terrifie. Je… je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose. Je veux qu'on vive ensemble, qu'on construise un foutu village ensemble ou quoi que ce soit d'autre que tu projettes, tant que c'est nous deux. »

Draco sourit paisiblement en l'entendant. Il déposa un baiser sur sa tempe, descendant sur ses paupières, léchant les larmes silencieuses qui avaient coulé du bout de la langue pour rejoindre ses délicieuses lèvres qu'il dévora aussi longtemps que leurs poumons leur permirent.

« Nous aurons ça, affirma Draco en le regardant. Je te promets d'y dédier ma vie. Nous aurons cette paix que tu souhaites. On va s'entraîner et amorcer le combat. Nous le tuerons. Et ensuite, qu'importe les autres et leurs projets, leurs attentes, ce sera juste nous deux, sans qu'ils aient quoi que ce soit à en dire. Je serai le seul que tu devras satisfaire… »

Harry sourit en entendant le ton chaud et intéressé. Il tendit les bras pour les nouer derrière la nuque de Draco, frottant son nez contre le sien.

« Mon alpha, dit-il en le reniflant avec gourmandise. Merci. »

Draco ne répondit pas. Harry avait besoin de se sentir aimé et protégé alors il l'enlaça pour ensuite l'embrasser tendrement, partout sur le visage, lui arrachant un petit rire fatigué.

« Et cette première journée en tant que loup-garou ?

-Fatigante. Emotive. Agréable. Mauvaise… un peu de tout, chuchota Harry en fermant un œil face à la pression des lèvres de Draco sur sa paupière.

-J'aimerais dire que le soir va être plus agréable, mais… pas vraiment. »

Harry sourit, manifestement résolu à le voir partir.

« On a encore deux heures, dit-il en caressant sa nuque. Fais-moi oublier encore. Oblige-moi à penser, juste encore un peu, que tu es le centre de l'univers. »

Draco gronda. Quelle supplique captivante il avait là.

« Mais je le suis, dit-il en le renversant dans le lit. Je suis le centre de ton univers, Harry… Tu t'en rendras compte bien assez vite. »

Et sur ses mots, il fondit sur lui, bien décidé à lui faire oublier, encore un peu, qu'il avait une mission à accomplir.

oOo

Deux heures plus tard, lavé et chaudement habillé, Draco descendit au rez-de-chaussée. Harry était resté à l'étage. Il n'avait pas faim et était épuisé par sa journée. Il s'était endormi presque aussitôt que Draco l'avait quitté, sur un dernier baiser et un « à demain » plein de promesses.

Quand il arriva dans le salon, il tomba directement sur Hermione et Ron. Ils semblaient tous les deux prêts à aller à un enterrement.

« Harry ne descend pas ? demanda Hermione en le regardant, craintive.

-Non, il se repose, dit Draco. Il a eu une première journée mouvementée. »

Il s'avança dans le salon, jusqu'à être devant eux, les regardant froidement.

« Que ce soit bien clair entre nous. Je vous apprécie. Sans quoi, vous seriez déjà morts pour avoir osé lui parler de cette façon. Car je sais que la discussion que vous avez eue était une idée collective. Harry a quelque chose à faire, soi-disant. Vous avez cette idée en tête, lui aussi et Merlin sait que j'ai envie de la lui arracher du cerveau. Mais je ne le ferai pas. Car étant donné les nombreux meurtres perpétrés par Voldie sur les membres de sa famille, il a une revanche à prendre. Sans compter le fait que ce connard veut le tuer. Pour cette raison, je vais laisser à Harry la possibilité de le tuer en premier. Mais ça se fera sous mes conditions. Silence ! »

Hermione et Ron refermèrent la bouche qu'ils avaient ouverte en chœur.

« Vous êtes des humains et je n'ai aucune autorité sur vous. Mais j'en ai sur Harry. Et vu qu'il est votre martyr, oh, glorieux amis…

-Draco, ce n'est pas…

-SILENCE ! tonna Draco. Je commande. Et Harry n'affrontera pas ce mage noir merdique tant qu'il ne sera pas prêt. Tant qu'il ne contrôlera pas sa nouvelle personnalité, sa magie, surtout. Alors pour l'instant, il ne va rien faire, soi-disant. Il va vivre comme d'habitude, profitant de moi, des leçons, de son innocence qu'il a enfin retrouvée. Pendant deux semaines. Le temps que mes gardes se terminent. Ensuite, Harry et moi nous entraînerons ensemble, tous les jours, à la magie. Je ne crois pas t'enseigner quelque chose en t'affirmant qu'Harry et moi avons besoin de bouger ensemble. Nous allons donc nous impliquer de la même façon dans cette guerre et tu n'as rien à y redire, Granger. C'est clair ? C'est clair ?

-Oui, c'est clair ! dit-elle. Mais je ne voulais pas… Je sais que j'y suis allée fort, mais… Comprends-moi ! Ici, c'est… protégé, isolé et il a tant envie d'oublier ce qu'il se passe à l'extérieur, mais on ne peut pas ! Ces gens… tous ces gens…qui meurent et qui souffrent, je…

-Tu crois qu'il les oublie ? demanda Draco en la regardant dans les yeux. Non, Granger, il ne les oublie pas. Il essaye, mais ils le hantent tous. S'il les oubliait vraiment, il se contenterait de vous envoyer au diable et de vous dire de vous débrouiller seuls avec Voldie. Mais non. Il ne les oublie pas et ça le torture de savoir qu'il va encore devoir les faire attendre parce que sa nouvelle transformation a rendu la pratique de sa magie difficile. Il s'en veut d'être heureux à mes côtés alors que d'autres sont désespérément malheureux. Tu devrais le connaître mieux que ça, Granger. »

La jeune fille baissa la tête, honteuse. Un choc contre la porte les distrayant, ils se tournèrent tous vers Greyback qui venait d'entrer. Il regarda Hermione d'une étrange façon. Son regard était presque partagé entre l'apitoiement et la désapprobation.

« C'est l'heure, gamin, dit-il à Draco. Sean va s'impatienter. »

Draco siffla mais approuva. Il regarda à nouveau Ron et Hermione.

« Laissez-le dormir. Vous en parlerez demain. Je te conseille de lui présenter tes excuses. Tu l'as profondément blessé, surtout en osant invoquer Sirius. »

Hermione détourna la tête, confuse, alors que Draco tournait le dos.

« Et si vous vous sentez tellement inutiles et que cela vous démange…, rien ne vous empêche de partir. Nous viendrons quand nous serons prêts. »

Et il quitta la maison, l'aura d'Harry l'entourant, semblant presque le remercier. Pourtant, sa reconnaissance était encore teintée d'une tristesse qui était appuyée par la pluie qui s'abattait sur le village plongé dans le noir. Draco n'en fut que plus agacé. Ça promettait d'être une longue, très longue nuit !

A suivre…

Que voilà un surprenant conflit qui s'installe, n'est-ce pas ? Merci à ceux qui auront l'obligeance de lire ma note d'auteur après avoir fini ce chapitre, si vous n'avez pas eu la patience de la lire avant ! loolll

A dans un mois, j'espère que ce chapitre vous a plu. J'aime expliquer un peu le fonctionnement de la meute grâce aux chapitres qui s'installent actuellement, mais cette partie ne va pas « durer ».

A bientôt !