Titre : Alpha Potentiel
Résumé : Pour avoir lâchement désobéi à Voldemort, Draco va recevoir une punition qui va définitivement changer sa vie… en bien, comme en mal, d'ailleurs. HPDM
Spoiler : Tome 7 (non inclus, donc)
Pairing : HP/DM… Classé M, comme toujours !
Note de l'auteur : Bonjour et bonsoir, chers lecteurs attentifs. Comment allez-vous ? Moi, mal. Les ennuis au travail continuent. C'est de pire en pire. Une part de mon esprit tente encore de lutter mais je dois admettre qu'un trop gros morceau a abandonner toute velléité de combattre…
Mais nous ne sommes pas là pour discuter de tout ça. Avec ces problèmes, je me suis encore éloignée de mes histoires, bien que j'ai planté mes ongles férocement dans les mots. MF a donc recommencé à avancer, mais le chapitre est long, compliqué et douloureux… Et j'ai actuellement une… garde familiale on va dire, à faire. Mais dans une semaine, je devrais être plus libre pour écrire.
Le problème, c'est qu'Alpha et MF se disputent la primeur… Et alors que je sais qu'Alpha a encore de l'avance (mais de moins en moins), MF me tanne car il n'en a plus assez… Et Alpha, au point où j'en suis, est presque terminé (enfin, c'est une histoire de 5 ou 6 chapitres). Bref, dilemme, quand tu nous tiens. Mais je vais favoriser MF, je pense, histoire de donner quelque chose à grignoter aux lecteurs de cette fic… ^^
Bref, je cesse mon bavardage intempestif.
Savez-vous comment je reconnais un bon auteur d'un mauvais ? Lorsque, après avoir fini le livre (ou la fic), je suis incapable de lire quoi que ce soit d'autre pendant plusieurs jours. Car son histoire m'a tellement imprégnée, j'ai ressenti tellement d'émotion que m'immerger dans un autre livre m'est totalement impossible. Je crois que j'aimerais bien faire ressentir ça à mes lecteurs, un jour… C'est ce que j'ai ressenti ce week-end, lorsque j'ai refermé un livre écris pas Jijisub… Je tenais à la saluer pour cela.
Sur ce, à dans un mois, le 17 décembre. C'est une semaine plus tard, donc, un mois et une semaine, mais je veux publier ce jour là. Car ce sera le début de mes vacances d'hiver. Et surtout, l'assurance d'une pause de deux semaines dans mon enfer quotidien. Ce sera une célébration digne de la publication du chapitre 26 ! En espérant avoir de meilleures nouvelles !
A bientôt et bonne lecture !
Musique écoutée pour la rédaction du chapitre : Ben… J'ai regardé les experts. Y'a pas à dire, écrire et écouter cette série vont de paire, maintenant T_T….
Temps de parution : Etant donné le peu de chapitre d'avance, il est pour l'instant limité à 1chapitre par mois Je vais faire de mon mieux pour vous offrir une parution plus rapide !
Nombre de chapitre : 28e toujours en cours…
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Chapitre 25 : Entraînement, confrontations et invitation
Dans un premier temps, Harry était allé courir sur le terrain d'athlétisme. Il avait fait plusieurs tours de piste, avait sauté quelques haies avant de finalement s'arrêter, le corps trempé. Courir n'était pas ce dont il avait besoin. Même si ça lui faisait du bien. Levant le visage vers le ciel, Harry resta un long moment à laisser la pluie balayer sa figure. Il faisait froid, presque suffisamment pour qu'il neige. L'idée que Draco doive passer la nuit dans ce temps le fit frémir. Avait-il pensé à lancer un sort sur sa cape, pour se protéger ?
« Contrairement à moi.»
Il leva une main pensive et regarda la pluie la remplir d'eau en quelques minutes, une grimace apparaissant sur son visage. Il avait lu que les loups-garous étaient plus résistants au mauvais temps qu'un humain normal.
«Heureusement pour les gardiens nocturnes!»
Paresseusement, il se mit à marcher sur le terrain ténébreux. Il avait besoin de Draco. C'était ce dont il avait envie, c'était la seule chose qu'il demandait pour digérer la décision de ses deux meilleurs amis. Bien sûr, il savait qu'il avait été trop loin en attaquant Ron. Mais ce dernier avait dépassé les bornes en lui demandant de quitter Draco, jalousie ou inquiétude pour sa famille incluses. Ron ne comprenait décidément rien ! Rageur, Harry se mit à arpenter la piste de long en large. Ce qui l'énervait le plus était le sentiment de culpabilité persistant au fond de lui. Il savait qu'il n'aurait pas dû attaquer Ron mais une partie de lui n'arrivait pas à se le reprocher : comme si lui pourrait quitter Hermione, dans un cas similaire !
« Pauvre con de célibataire non lié ! » grogna Harry.
Mais une part de lui était également inquiète de sa dépendance à Draco : la simple possibilité de devoir s'en éloigner de façon prolongée lui était insoutenable. Etait-ce un effet de la danse ? Ou cela serait-il ainsi toute sa vie ? Pas qu'il ait envie de quitter Draco, mais de là à ne pas pouvoir s'en éloigner trop longtemps… et bien entendu, personne n'était là pour lui répondre !
Alors même qu'il pensait ça, ses pensées l'emmenèrent vers Joshua. Sa femme était morte depuis plusieurs années et lui-même vivait au village. Un peu comme un reclus, mais il vivait là et ne semblait pas souffrir. Etait-ce le cas ? Sans s'en apercevoir, il quitta la piste pour se diriger vers la maison de l'ancien alpha. Quand il arriva devant, il se figea. Qu'est-ce qu'il faisait exactement ? Joshua détestait les sorciers ! Il n'était pas la meilleure personne à aller consulter ! Et pourtant… n'était-ce pas celui qui était allé le plus loin, avec son épouse, dans la découverte du lien ?
Hésitant, Harry finit par s'approcher de la porte à laquelle il frappa. De la lumière filtrait sous l'entrée, il n'était donc pas couché. Mais il fallut un peu de temps à Joshua pour venir lui ouvrir. La raison lui apparut quand il lui désigna un torchon et lui jeta une serviette sur la tête.
« Essuie-toi convenablement. Et sans magie ! »
Harry obéit avec déférence. C'était déjà gentil de sa part de l'accueillir sans rien demander. Un feu ronflant dans la cheminée lui procura des démangeaisons dans tout le corps : la chaleur tentait déjà de chasser le froid apporté par ses vêtements et ses cheveux mouillés.
« Qu'est-ce que tu me veux ? demanda Joshua, agressif mais plus calme que lors de leur précédente rencontre.
-J'ai des questions, répondit Harry. Et j'ai pensé que vous seriez le plus capable…
-Ben voyons. »
Un long silence régna pendant un moment, seulement coupé par le craquement des bûches dans la cheminée ou par les bruits que Harry faisait en s'essuyant.
« Bon, tu les poses, tes questions ? » s'impatienta Joshua.
Harry baissa la serviette qu'il avait sur la tête pour regarder l'homme. Il soupira, enleva ses chaussures, tira sur son jean pour l'empêcher de toucher le sol et s'approcha de la cheminée.
« Est-ce qu'il est impossible pour un loup lié de se séparer de son compagnon ? »
Joshua haussa un sourcil.
« Qu'entends-tu par séparer ?
-Eh bien… s'éloigner ? De plusieurs kilomètres ?
-Bien sûr que non ! répondit Joshua. Tant que c'est provisoire, bien entendu. »
Harry fit la moue. Pourquoi n'arrivait-il même pas à l'envisager, alors ? Ron n'avait pas dit qu'ils devaient se quitter pour toujours, juste pour quelques semaines ! Alors pourquoi cette réaction brutale ?
« Qu'est-ce qui te chiffonne ? demanda Joshua, soudainement plus calme.
-Je ne sais pas, répondit Harry, s'appuyant contre le manteau de la cheminée. Tout à l'heure… un de mes amis m'a conseillé de quitter Draco pendant quelques semaines pour… pour m'entraîner à la magie et… j'ai mal réagi.
-Tu l'as attaqué, dit philosophiquement Joshua. C'est normal. C'est la danse. Aucun lié ne peut se séparer pendant cette période. C'est trop intense. Ce moment est… un peu magique. Vous êtes jeunes liés, un peu jeunes mariés. C'est physiquement impossible de vous éloigner trop l'un de l'autre. »
Harry se tourna vers lui. Il y avait comme une nostalgie dans la voix de Joshua. Et tellement de chagrin sur son visage. Son antipathie pour l'homme diminua légèrement.
« Et après ? demanda Harry d'une voix basse.
-Après ? Vous saurez vous séparer. Plusieurs jours au début et ça finira par grandir. Mais vous ne saurez jamais vraiment vous quitter totalement. »
Harry hocha la tête. Tant mieux !
« Et… pour notre comportement… »
Joshua esquissa un sourire presque moqueur.
« Vous n'aurez plus autant besoin de contact physique, soi-disant. C'est ce qu'on m'a toujours dit, en tout cas. Personnellement, j'avais toujours besoin de toucher Annie et elle aussi. Je suppose que c'était rassurant. Après avoir vu tant d'êtres humains reculer loin de nous avec dégoût… je ne me lassais pas de la voir accueillir mes mains avec tant de joie. »
Il ferma légèrement les yeux, comme pour se plonger dans ses souvenirs.
« Le besoin de sexe sera normal et non plus anarchique. Quoique ça dépend des gens, de l'âge, du sexe des personnes… Tu le découvriras quand tu y seras. »
Harry sourit en l'entendant.
« Donc, cette… cette dépendance, c'est uniquement la danse ?
-Actuellement, oui. Maintenant, rien ne t'empêche d'être dépendant de Draco après. Vous le serez tous les deux, mais ça sera plus supportable. Ce sera comme avant qu'il te morde, mais en plus intense. »
Harry se sentit aussitôt rassuré. Bien sûr, il était dépendant de Draco. Mais pas au point de ne pas pouvoir s'en éloigner.
« D'accord, dit-il. Ça me rassure, merci. »
Joshua hocha la tête en réponse. Ils restèrent silencieux un long moment jusqu'à ce que le vieil homme reprenne la parole.
« Tu t'es disputé avec ton ami, hein ?
-Oui, répondit Harry. Je… je l'ai attaqué. »
Il baissa la tête, encore perclus de honte alors que Joshua esquissait un sourire.
« Ce sont des choses qui arrivent, tu ferais mieux de t'y habituer (il soupira face à l'air interrogateur de Harry). Tu n'es plus toi, dorénavant. Tu es toi avec un animal dans le corps. Même si tu ne le perçois pas à la disparition de la lune, il est là. Et s'il doit se manifester, il le fera. Contre ton avis, bien entendu. Pourquoi crois-tu que les loups soient craints ? Oh, il y a le fait que certains alphas deviennent fous, qu'un loup bêta est incontrôlable sans son alpha… Mais il y a aussi le fait qu'un loup-garou reste avant tout un homme impulsif, dominé par ses instincts. On a vu des loups tuer des amis, des anciens amants parfois même des parents juste parce qu'ils avaient enfreint une règle qui n'a d'importance qu'aux yeux des lycanthropes. C'est pourquoi tu dois apprendre ses règles, pour les transmettre à tes proches afin qu'ils ne commettent pas d'impairs sans le vouloir. »
Harry pencha la tête sur le côté. Les règles…
« Ne pas s'interposer entre deux liés, entre un alpha et son second, entre un alpha et un bêta ayant reconnu sa domination. Ne pas attaquer le proche d'un lycanthrope, quel qu'il soit. Ne pas tenter de soumettre un alpha, de le manipuler. Toujours montrer à un alpha le respect qui lui incombe, reconnaître son autorité sans toutefois s'y plier si on ne fait pas partie de la meute. Un tel geste signifierait qu'on se sent inférieur à lui et donc, l'alpha aura tendance à mal réagir lorsque l'humain désobéira.
« Pour ce qui est des loups normaux, les règles sont plus ou moins les mêmes, entre humains et loups. Un lycanthrope se sent toujours un peu… supérieur, par rapport à un être humain. Nous sommes plus forts, plus rapides… Et eux ont tendance à nous comparer à de vulgaires monstres bestiaux. Mais l'ignorance crée généralement le plus de problème. Votre ami rouquin doit comprendre que même si vous êtes toujours physiquement le même – ou presque, si j'en crois vos yeux et vos cheveux – ce n'est plus le cas. Vous êtes un loup-garou et cela, avec tout ce que cela implique ! Cette fille qui s'entête à fouiner partout doit le savoir. Elle ne lui a pas appris ? »
Harry soupira. Apprendre quelque chose à Ron, c'était aussi simple que de déclarer son amour à Rogue !
« Même si elle l'a fait, il est tellement têtu que ça n'a pas dû le heurter, soupira-t-il.
-Il va devoir le comprendre, dit calmement Joshua. Sinon, votre amitié risque d'être fort compromise. »
Harry grimaça en l'entendant et il s'affaissa dans le canapé.
« J'ai envie de voir Draco, avoua-t-il d'une voix troublée.
-Alors va le voir, dit Joshua. Les ordres de Greyback sont qu'il doit monter la garde. Rien n'indique que tu ne peux pas y aller.
-Mais… Ma venue ne sera-t-elle pas mal perçue ?
-Personne ne peut se mettre entre deux liés. Ils n'ont rien à y redire. Sean va se foutre de vous car il a un vécu douloureux avec les liens, mais c'est tout. Va le voir et parle-lui autant que tu veux. De toute façon, il ne se passe jamais rien pendant ces nuits de garde, c'est juste « au cas où ». Vas-y. »
Harry se leva brutalement, soudain très envieux d'obéir. Il retourna à l'entrée et remit ses chaussures. Alors qu'il attrapait la poignée pour sortir, il s'arrêta et se tourna vers Joshua.
« Que… que ressentez-vous ? demanda-t-il, gêné. Je veux dire… pour la mort de votre femme, c'est… euh…
-Une pure torture, répondit Joshua en le regardant d'un air impassible. Je survis car c'était ce qu'elle souhaitait. Elle voulait que je continue de vivre, que je profite encore un peu de la vie. Mais chaque inspiration me brûle les poumons. Chaque battement de cœur me transperce la poitrine. Il me manque une moitié de mon âme. Être écartelé me paraît plus envisageable que de vivre ainsi. »
Harry resta silencieux. Il ne savait pas quoi dire et son instinct lui dictait de se taire. Il ouvrit la porte et sortit sans plus attendre. Le désir de voir Draco était encore plus fort et il traversa le village sous la pluie, en courant. Alors que l'entrée était presque face à lui, il vira vers la gauche et se glissa entre deux maisons pour ensuite sauter par-dessus la barrière. Draco était là, négligemment appuyé contre un arbre, l'air morose. Quand il sentit et vit Harry, il tourna la tête vers lui avec rapidité, étonné.
« Harry ! s'exclama-t-il, attirant l'attention de Georges, l'homme avec qui il faisait équipe. Mais qu'est-ce que tu… »
L'autre ne répondit pas. Il s'avança jusqu'à son compagnon pour aller se réfugier contre lui, son visage se blottissant contre sa gorge avec envie. Un peu plus loin, l'autre lycanthrope grogna et se détourna : il ne pouvait pas regarder ça sans avoir l'impression d'être un voyeur !
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda Draco en massant son dos. Tu es trempé. Tu vas attraper froid. »
Harry ne répondit pas et frotta son nez contre sa gorge, inspirant son odeur qui, petit à petit, calma sa dépendance durement mise à l'épreuve.
« Ron et Hermione s'en vont, dit-il d'une voix basse. Demain. »
Draco resta un instant immobile avant d'étreindre Harry avec compassion.
« Ils reviendront dans un mois, normalement, poursuivit Harry. Ils veulent aller voir leur famille… S'assurer qu'ils vont bien… »
Draco soupira. Il pencha la tête et alla humer Harry à son tour.
« Tu sens Joshua, constata-t-il avec aigreur.
-J'avais des questions sur le lien, expliqua Harry. Je voulais savoir ce qui était dû à la danse et ce qui était dû à nous. »
Draco soupira en l'entendant, inspirant l'odeur adorée. Il appuya son visage contre son épaule et ferma les yeux, savourant la présence chaleureuse.
« Les nuits de garde seraient vraiment plus agréables si tu restais…
-Par pitié, non ! geint Georges plus loin, le dos tourné.
-Désolé », s'excusa Draco à l'intention du lycanthrope.
Il tenta d'écarter un peu Harry de son corps mais le brun poussa un geignement et resserra ses bras, pas gêné d'offrir à un autre loup un spectacle qui était jugé intime. Il avait conscience qu'il devait se reprendre mais en était incapable : l'idée de rentrer dans cette maison où régnait l'hostilité, sans Draco, le rendait soudainement plus dépendant encore.
« Calme-toi, murmura le blond en allant à nouveau frotter son visage contre sa gorge. Je reviendrai dans sept heures et trente-quatre minutes… tu devrais rentrer et aller prendre un bain. Je serai vite de retour, d'accord ? »
Harry hocha la tête en le regardant, l'air pourtant plus intéressé par l'idée de rester. Il soupira et se détacha avec lenteur.
« D'accord, je rentre, marmonna-t-il, manifestement plus tenté à l'idée de rester là avec lui.
-Tu as toujours les rêves, lui chuchota Draco à l'oreille. Je serai vite de retour… On parlera demain de tout ça, d'accord ? »
Il ne pouvait s'empêcher de caresser les cheveux humides de Harry, l'air soucieux. Il sentait parfaitement le mélange émotionnel instable de Harry et savait qu'il avait besoin d'aide pour mettre ses émotions au clair. Une part de lui était satisfaite d'avoir attaqué Ron, satisfaite aussi de le voir partir alors qu'une autre était terrifiée à l'idée que cette querelle n'ait mis un terme définitif à une amitié à laquelle il tenait plus que tout. Il y avait également cette histoire stupide selon laquelle il devait tuer Voldemort. Même si Harry n'avait pas envie d'aller faire ce qu'il devait, il n'en demeurait pas moins sans arrêt culpabilisé depuis le rappel à l'ordre d'Hermione. Son cerveau était en pleine ébullition et il ne savait plus ce qu'il voulait, ce qu'il devait faire, ce qui était bien ou ne l'était pas. Malheureusement, les gardes imposées par Greyback ne permettaient pas à Draco d'aider Harry à traverser ces premiers jours tumultueux de transformation. Lui-même, pendant les premiers jours, avait été très instable émotionnellement. Et la danse venait juste en rajouter une couche !
« Demain, Harry, je te le promets, lui chuchota Draco. Ne réfléchis pas trop, va te reposer, tu es fatigué. Et prends un bain chaud, compris ? »
Harry hocha la tête et se mit sur la pointe des pieds pour aller déposer un baiser timide sur ses lèvres.
« Désolé, dit-il. Je suis juste… dans un total chaos et ça m'est soudainement devenu intolérable d'être loin de toi.
-Je sais, lui répondit Draco. Beaucoup de loups traversent ça pendant leur première transformation. Tu as du mal avec tes nouveaux instincts. Ne lutte pas contre eux, c'est la pire idée que tu pourrais avoir. Je sais que c'est difficile, surtout compte tenu du fait que tu as eu la pire expérience qu'on puisse avoir pour une première transformation, à savoir ton conflit avec Ron… Mais ça va s'arranger. Laisse-le partir, reprendre ses esprits. Granger l'aidera à comprendre et quand vous vous reverrez, tout ira mieux. »
Harry haussa les épaules, clairement dubitatif. Quand ils se reverront… dans un mois, selon Hermione, mais Harry en doutait.
« D'accord, dit-il. Désolé de vous avoir dérangé pendant votre garde… »
Il regarda George avec un air attristé mais l'homme haussa les épaules avec indifférence.
« T'inquiète, lui répondit-il. C'est la danse… »
Il avait dit ça comme si cela expliquait tout et peut-être était-ce le cas, Harry l'ignorait. Il savait juste qu'il avait envie d'être avec Draco, sans arrêt et surtout cette nuit. L'idée de rentrer là, de supporter le silence, la rage de Ron et l'air à la fois triste et résolu d'Hermione le rendait malade. Il préférait encore continuer à courir sous la pluie !
« Rentre, lui dit Draco, semblant deviner ses pensées. Je serai de retour très vite, je te le promets. »
Harry acquiesça et finit par s'éloigner, sa main restant en contact le plus longtemps possible avec Draco. Finalement, il repassa la barrière et, non sans jeter un dernier coup d'œil vers Draco, s'éloigna dans la nuit noire en direction de sa maison. Il fixait le sol boueux avec indifférence, l'esprit encore emmêlé et perturbé. Pourquoi n'arrivait-il pas simplement à prendre une décision quelconque ? Pourquoi son esprit ne pouvait-il pas se fixer sur quelque chose et valdinguait dans tous les sens, lui criant de faire une chose que sa raison contrecarrait presque aussitôt ? Trop plongé dans ses pensées, il n'entendit les bruits de pas que lorsque son assaillant fut sur lui. Il se sentit pousser violemment et chuta dans la boue, ses vêtements s'alourdissant à cause de l'humidité. Il perçut un corps au-dessus du sien et une main empoigner ses cheveux. La force de l'homme au-dessus de lui était nettement supérieure et il sentit son cœur s'affoler un instant.
« T'en as pas marre de te promener dans mon village ? T'en as pas marre de me narguer ? »
Harry identifia Gabriel et se détendit légèrement, jusqu'à ce que le potentiel ne lui donne un violent coup sur la tête en l'enfonçant dans la terre humide.
« Tu ne peux pas juste te terrer chez toi et me foutre la paix ?
-Et toi, tu ne peux pas juste me lâcher ? s'énerva Harry, se débattant pour se défaire de la poigne sur ses cheveux et surtout, pour se relever.
-Tu me fais chier, Potter ! éructa le jeune homme. Tu me fais chier et je te hais ! »
Il enfonça encore son visage dans la boue et Harry sentit un peu de terre entrer dans son nez, le faisant hoqueter. Il ouvrit la bouche pour respirer mais ce fut sa bouche qui fut envahie de terre et il se mit à suffoquer.
« Tu me voles tout ! Le compagnon que je voulais, la place de second à ses côtés. Et puis quoi, après, hein ? »
Harry tenta vaguement de se dégager de la terre pour récupérer de l'air, sans succès. Paniqué, il descendit l'un de ses bras, alors occupés à attraper les mains de Gabriel pour les enlever de sa tête, pour essayer d'attraper sa baguette dans sa poche : s'il était plus faible que Gabriel physiquement, il avait l'avantage d'être un sorcier.
« J'aimerais que vous ne vous soyez jamais croisés ! »
Gabriel redressa sa tête et Harry cracha aussitôt la boue pour inspirer de l'air. Il avait à peine reprit une goulée d'oxygène que son visage était à nouveau propulsé dans le sol, déclenchant une vive douleur dans son nez. Il sentit au même moment que sa main frôlait sa baguette dans sa poche et expira de soulagement, malgré lui. Quand il l'eut bien en main, il se débattit avec plus de rage pour relever la tête, respirer et, surtout, lancer un sort. Gabriel tenta de le retenir, mais boosté par le désespoir, Harry parvint à se dégager et, levant sa baguette pour la pointer vers Gabriel, l'expulsa d'un puissant Expulso. Le lycanthrope décolla brutalement du sol et fut projeté dix mètres plus loin. Harry se redressa d'un bond et le pointa de sa baguette avec rage, la main tremblante : la puissance de son sort lui avait valu une décharge électrique dans tout le bras.
« Je t'ai volé ? En quoi, exactement ? Draco ne t'appartient pas, que je sache. Il ne t'a jamais appartenu. Il n'a jamais manifesté la moindre envie d'être ton amant ! Quant à ta place de second, il est vrai que je te l'ai prise mais tu aurais dû te douter que ça allait arriver ! Draco et moi étant liés, c'était inévitable qu'un jour, je deviendrais un loup-garou ! Le plus tôt est le mieux car tu peux maintenant rechercher un autre alpha. Alors de quel droit oses-tu me faire des reproches ? Tu connais pourtant les règles mieux que moi, non ?
-Et alors ? cria Gabriel, se relevant avec force pour ensuite s'approcher et se stopper à la vue de la baguette magique pointée sur lui. Trop lâche pour m'affronter au même niveau ?
-Non, réaliste, cingla Harry. Tu me prends pour un con ? J'ai à peine trois jours et tu crois que je vais t'affronter en corps à corps ? Reviens me défier quand je serai stable. En attendant, le lâche, c'est celui qui attaque un louveteau sans honte !
-Je suis un louveteau aussi, je te signale !
-Uniquement en âge humain, signala Harry. Ce qui est un avantage, car tu as pu t'entraîner, maîtriser ta force, ton corps. Ce n'est pas mon cas. Je ne t'affronterai pas aujourd'hui, Gabriel. Jamais, d'ailleurs, pas au sujet de Draco ! Tu sais que tu as perdu d'avance. Draco est mien, autant que je suis sien ! Tu n'as pas le droit de t'interposer ! »
Gabriel serra les dents, furieux, conscient que Harry avait entièrement raison.
« Rends-moi au moins mon ami ! dit-il, l'air soudainement si piteux que Harry en fut presque déstabilisé. Je sais que je n'aurais jamais pu l'avoir comme compagnon. Je sais que dès le moment où vous vous êtes unis, j'ai perdu la possibilité d'être un vrai second. Mais je veux au moins garder l'ami que je me suis fait à son arrivée ! Laisse-moi au moins ça ! »
Harry n'eut pas la stupide idée de baisser sa baguette mais il relâcha son corps. C'était le vrai problème, en vérité. Tout comme il avait négligé Ron et Hermione, Draco avait négligé Gabriel qui avait vu là un abandon. Il soupira et baissa réellement son arme.
« Je n'ai jamais voulu te le prendre ainsi, lui dit-il avec plus de calme. Draco et moi… avons vécu sur notre nuage. D'abord parce que… je ne sais pas trop pour lui, mais personnellement, je sais que j'avais besoin de profiter de lui. De ce qu'il m'offrait. De sa protection, de sa chaleur. Je n'avais jamais eu ça, avant… »
Harry se retint de baisser les yeux : ce serait une preuve de soumission et il devait tout sauf offrir sa soumission à Gabriel.
« Maintenant, c'est la danse… mais je te promets que lorsqu'elle sera finie… tu pourras récupérer ton ami. Je ne crois pas que je serai capable de te laisser l'approcher avec ce qu'il s'est passé ce soir tant que cette période sera… en cours. Mais après… tu pourras. »
Gabriel le fixa pendant un long moment, l'air clairement suspicieux. Il finit par hocher la tête.
« Je ne ressens aucun amour pour Draco, ajouta-t-il avant de s'éloigner. J'ai eu du désir à son arrivée… et j'ai voulu m'unir à lui car il était fort, charismatique et parce que nous nous entendions bien. Mais ça m'est passé rapidement. Aussi beau soit-il, Draco n'est pas pour moi. Mais je tiens à lui, en tant qu'ami. Mais dès que tu es arrivé… Je l'ai perdu et…
-Tu ne l'as pas perdu, coupa Harry. Crois-moi. Tu es toujours son ami. Nous avons juste été… trop égoïstes, je suppose. »
Gabriel ne répondit rien mais il n'en pensait pas moins, Harry pouvait nettement le voir sur son visage. Soupirant, il rangea sa baguette dans sa poche avec prudence.
« Tu ne m'attaqueras plus ? Parce que je ne suis pas sûr que Draco apprécierait ça…
-Non, je ne le ferai plus, lui dit Gabriel en grimaçant. J'avais besoin de me défouler une bonne fois… te cogner quelques fois a suffi. »
Harry grimaça en l'entendant mais haussa les épaules.
« Tu vas lui raconter ce qu'il vient de se passer ? demanda le blond, inquiet.
-Je n'ai pas vraiment le choix, lui répondit Harry. Il a sans doute senti ce qu'il vient de se passer et il va m'interroger dès qu'il le pourra… lui mentir ne fait pas vraiment partie de mes capacités. »
Gabriel grimaça.
« Ne t'inquiète pas, je tournerai ça bien, lui dit Harry, amusé.
-Pourquoi tu ferais ça ? demanda Gabriel, étonné.
-Parce que Draco a aussi besoin d'ami, répondit Harry en haussant les épaules.
-Tu ne devrais pas me haïr parce que j'ai tenté de séduire ton compagnon ?
-Oh pitié… Soyons réaliste, tu n'avais aucune chance ! »
Et sur ses mots un peu arrogants, Harry tourna le dos pour rentrer chez lui. Il entendit un sifflement furieux derrière lui mais Gabriel ne l'attaqua pas. Il tourna les talons pour rentrer chez lui également, arrachant un sourire amusé à Harry. Avec un peu de patience et beaucoup de travail sur sa propre possessivité, il pourrait peut-être tolérer Gabriel auprès de son amant.
« Mais certainement pas pendant tout le mois… Hors de question qu'il l'approche pendant la danse ! »
Sur cette pensée, Harry se dirigea vers la maison des Gryffondor, non sans sentir son cœur s'alourdir considérablement. Il devait parler à Ron, au moins une fois avant qu'il ne parte. Lui présenter ses excuses, lui faire comprendre qu'il n'avait pas voulu l'abandonner… Mais il ignorait si Ron voudrait l'écouter.
Quand il rentra dans la maison, il trouva le rez-de-chaussée désert. A l'oreille, il identifia le bruit de choses déplacées, notamment les vêtements. Il devina qu'ils devaient être en train de faire leurs bagages et soupira. Soit, il valait mieux en parler seul avec Ron. Lentement, il gravit les marches menant à l'étage et traversa le couloir pour s'arrêter devant la porte de Ron. Il l'entendait peiner dans sa chambre, déplacer péniblement ses affaires. Ça ne devait pas être facile avec une épaule cassée… Prenant son courage à deux mains et ignorant son apparence physique – son visage et ses vêtements étaient couverts de boue – Harry frappa à la porte. Il y eut un moment de silence suivi d'un « Arrête de venir voir si je vais bien, Hermione, ça va ! » agacé. Harry esquissa un sourire à ces mots, reprit son sérieux puis ouvrit la porte. Ron se tourna vers lui, la bouche ouverte, avant de blanchir et de refermer la bouche.
Harry resta planté dans l'entrée, ignorant que dire. Il savait, en vérité, ce qu'il devait dire mais n'osait pas. Ron le fixait des pieds à la tête, stupéfait mais petit à petit, son expression surprise reprenait cet air fermé et furieux.
« Tu n'es pas obligé de me parler, lui dit Harry. Mais j'ai besoin de te dire quelque chose avant que tu ne partes. Je suis désolé. »
Il s'interrompit un instant, le temps de remettre ses idées au clair.
« Pas de t'avoir cassé l'épaule ou jeter au sol, précisa Harry. Si tu laisses Hermione t'expliquer, tu comprendras pourquoi j'ai agi de cette façon et je sais qu'avec le temps, tu me pardonneras. Mais je suis désolé. Désolé de t'avoir abandonné pour Draco. C'est ce que tu as ressenti et avec le recul, je sais que c'est ce que j'ai fait mais… je ne pense pas que je pourrais t'expliquer pourquoi j'ai agi ainsi… j'ai moi-même beaucoup de mal à le comprendre. Je sais juste que j'avais besoin de me concentrer sur ce que Draco m'offrait et juste sur ça. T'expliquer pourquoi… ça me prendrait des heures et tu n'es pas d'humeur à écouter ça, je crois. Je voulais juste te dire… avant que tu partes… que j'étais désolé de t'avoir laissé. J'ai été égoïste… et une part de moi est heureuse de ça. Mais pas l'ami. Je te demande, pendant ce mois, de penser à ce qu'Hermione t'apprendra… que ce soit sur les loups-garous ou sur moi… elle est intelligente, elle a sûrement dû comprendre pourquoi je me suis jeté à corps perdu dans ma relation avec Draco… Apprends d'elle et… reviens, s'il te plaît. »
Ron ne répondit pas. Harry ne l'attendait pas de toute façon. A la place, il préféra aller s'enfermer dans la salle de bain où une douche brûlante enleva toute la boue qu'il avait sur le corps, à sa grande satisfaction. Il avait fait tout ce qu'il pouvait. A présent, les cartes étaient entre les mains de Ron.
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Draco rentra de sa garde avec l'impression persistante qu'il était en manque de quelque chose. Et ce quelque chose, il le savait, dormait paisiblement dans leur lit. Cette étrange impression qu'il devait rentrer au plus vite ne l'avait plus quitté depuis que Harry était reparti de son poste de garde, traînant des pieds d'un air apitoyé. Draco savait pertinemment que son amant traversait les pires jours de sa vie : ses instincts lupins se battaient contre sa logique d'humain et cela pouvait entraîner une grande confusion chez n'importe qui. Draco avait eu quelques difficultés aussi, surtout dues à son éducation mais il s'était contenté de se résoudre, tout simplement. Mais Harry était plus têtu et sa situation était plus compliquée, avec la danse.
Passant une main dans ses cheveux trempés, Draco savoura la sécheresse du salon lorsqu'il rentra dans la maison. Il sortit sa baguette et, ignorant l'habituel fourmillement dans sa main, se sécha d'un sort efficace. Il se dirigea ensuite rapidement vers l'étage. Une part de lui eut envie d'aller trouver refuge dans son lit mais il savait qu'il devait d'abord se laver, même s'il répugnait à être à nouveau trempé. Pourtant, vu la boue qui avait maculé ses chaussures et chevilles, il s'obligea à dépasser la porte tant attractive pour aller dans la salle de bain.
Dédaignant la baignoire, il alla ouvrir l'arrivée d'eau de la douche pour que l'eau chauffe pendant qu'il se déshabillait. Dès qu'il fut nu, il se hâta d'aller sous le jet d'eau, accueillant la chaleur avec satisfaction. Il se mouilla rapidement, stoppa la vanne et attrapa le savon spécial que Harry avait acheté. Un vague sourire aux lèvres, il ouvrit le récipient, versa une bonne quantité de savon dans sa main et entreprit de se savonner avec vigueur. Il fit subir le même traitement à ses cheveux puis, satisfait de sa propreté, se rinça. Un bruit de porte le fit sursauter mais il ne paniqua pas : l'odeur de son lié l'atteignit, même avec l'eau venant entraver son odorat.
Il eut à peine le temps de se tourner vers l'ouverture de la douche que le rideau se fit écarter prestement par un Harry au regard un peu vague. Ses cheveux étaient ébouriffés et il ne portait qu'une chemise de Draco sur le dos. Sans prononcer le moindre mot, Harry s'avança dans la cabine pour aller contre son amant, ignorant l'eau qui tombait sur lui.
« Harry ? questionna Draco, inquiet de le voir coller son visage contre sa gorge sans même une parole. Tu vas bien ? »
Le brun ne répondit pas. Il frotta son visage contre sa peau humide, un geignement lui échappant. Il resta ainsi, profitant de l'immobilité de Draco pour se coller à lui et le sentir, comme un drogué réclamant une dose manquante. Le blond finit par l'écarter, soucieux et il comprit en croisant le regard légèrement vitreux du brun : ce n'était pas Harry qu'il avait contre lui, c'était le loup. Bien que stupéfait d'assister ainsi à la prise de contrôle de l'animal – il n'aurait normalement pas dû en être capable – Draco lui fit un sourire compréhensif.
« Eh bien, bonjour, lui dit-il en le laissant recommencer à frotter son visage contre son torse dans une tentative de se marquer de l'odeur dominante. Tu m'as manqué aussi. »
Le brun renifla étrangement, comme pour répondre à sa moquerie avec ironie. Draco sourit et l'écarta à nouveau, sa main libre allant arrêter l'eau.
« Tu aurais dû m'attendre dans notre chambre. Je t'y aurais rejoins, tu sais ? »
Le loup-garou répondit en tentant à nouveau de l'enlacer mais Draco l'en empêcha.
« Attends, viens… Tu es tout mouillé et la chemise aussi. Sortons d'ici. »
Il le poussa jusqu'à la sortie de la douche et lui enleva le vêtement trempé. Totalement nu, Harry retourna se blottir contre lui et Draco fut forcé de le soulever pour le porter.
« Aussi obstiné que ton colocataire », dit-il en sortant de la salle de bain, ignorant les traces d'eau qu'ils laissaient sur le sol à leur passage.
Il le porta jusqu'à la chambre dont la porte était restée ouverte et se vit réprimander par un grognement lorsqu'il jeta son compagnon sur le lit. Il l'ignora et alla refermer la porte. Il se tourna dans tous les sens et, avisant la baguette de Harry, s'en saisit. Il fut légèrement étonné de ne pas sentir le moindre fourmillement alors qu'il leur lançait un sortilège afin de les sécher. Puis, bien que curieux de la facilité avec laquelle il avait utilisé la baguette de Harry, il le rejoignit dans le lit où il se retrouva bien vite avec un corps chaud presque enroulé autour du sien.
« D'accord, j'ai compris, lui dit Draco en l'enlaçant. Tu es câlin, toi… »
Harry ne répondit que par un marmonnement plus proche du grognement. Il gigota un peu, le temps de trouver une position confortable et de laisser Draco s'installer. Quand ils y parvinrent, le silence engloba la chambre. Le blond laissa une main apaisante passer dans le dos nu de son amant silencieux mais éveillé. Harry ne semblait pas disposé à fermer les yeux et il continuait de le sentir avec délectation. Draco sourit en le sentant faire et ferma les yeux.
« Dors, lui chuchota-t-il. Laisse ton corps se reposer, tu en auras besoin pour demain. Je serai encore là à ton réveil. D'accord ? »
Le brun gémit légèrement et ferma les yeux. Draco pouvait le sentir s'endormir contre lui et il ne tarda pas à l'imiter, non sans penser avec amusement qu'il devrait raconter à Harry la prise de pouvoir de son compagnon lupin.
oOo
Quand Harry s'éveilla le lendemain, il sentit que quelque chose avait changé mais il fut incapable de mettre le doigt dessus. Il s'étendit dans le lit, utilisant une technique de contorsion apprise à l'instinct pour que son corps puisse se décrisper malgré l'étreinte solide des bras autour de sa taille, le visage calé contre sa gorge et le corps presque à moitié couché sur lui.
Il releva la tête difficilement pour la tourner vers l'homme au corps solide qu'il sentait contre lui et sourit en le regardant. Une petite moue prit rapidement place sur son visage lorsqu'il se rappela ne pas avoir rêvé de Draco cette nuit. Il n'avait pas pu tester cette nouvelle perception onirique, de fait. La question était : pourquoi ? Les émotions de la journée, peut-être ? Non, ça n'avait pas de sens. Peu importe les émotions passées ressenties, Harry avait toujours rêvé de Draco, du moment que ce dernier était éveillé. Agacé d'avoir sans arrêt des questions à chacun de ses réveils, Harry entreprit encore de se libérer de l'étreinte de Draco, bien que sans réelle volonté : rester là, dans ses bras, lui allait très bien !
Malgré tout, une certaine obéissance à l'autorité que représentait Greyback l'obligea à s'extraire du lit et à aller se préparer pour rejoindre Chyreer. En retard à cause de sa paresse, il eut juste le temps de se confectionner un rapide déjeuner avant que le second ne frappe à sa porte. L'homme haussa un sourcil face aux œufs et bacon devant Harry.
« Désolé, dit-il. Je me suis levé en retard… J'avale vite et je viens… »
Le second souffla mais approuva.
« Mieux vaut que tu aies l'estomac plein… »
Il se tut quelques secondes puis :
« Ron et Hermione sont partis… »
Ce n'était pas une question et la formulation laissa Harry étonné. Il resta un instant immobile puis huma l'air, comprenant ce sentiment de changement qu'il avait ressenti au réveil : l'odeur de ses amis était atténuée. Ils étaient partis sans dire au revoir, sans prévenir, sans un mot. Le visage de Harry s'assombrit et il repoussa son assiette déjà à moitié vide, l'appétit coupé.
« Je n'ai plus très faim, dit-il, amer.
-J'imagine, lui répondit Chyreer. Mais mange, tu en auras besoin. Crois-moi. »
Harry haussa un sourcil interrogateur mais céda à la pression et continua de dévorer ce qu'il y avait dans son assiette. A la fin, il ne lui restait plus qu'une vague nausée mais il rangea ses couverts sales dans l'évier et s'essuya précipitamment la bouche.
« Suis prêt, déclara-t-il, un morceau de bacon encore occupé à descendre dans son œsophage.
-Alors allons-y, dit-il. Il est temps que tu apprennes certaines choses… Et cet endroit sera le meilleur pour ça. »
Harry ne chercha même pas l'interroger, malgré sa curiosité dévorante. Il le découvrirait de toute façon. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu'il sortit, de trouver un vaste ciel bleu d'hiver. Le temps était froid mais agréable, principalement à cause du pâle soleil qui les éclairait.
« Viens, on a du chemin. »
Chyreer s'éloigna sans l'attendre et Harry s'empressa de lui courir après. Il le rattrapa sans difficulté, aisance lycanthrope oblige. Chyreer n'était pas quelqu'un de très causant. Il préférait l'action aux paroles et Harry appréciait ce fait. Il ne se sentait jamais obligé de discuter avec le lycan, juste être à ses côtés et s'imprégner de sa tranquillité. Très vite, ils s'éloignèrent du village pour atteindre la frontière sud du village. Harry haussa un sourcil alors qu'ils approchaient d'une des zones les plus protégées de la propriété : la ferme.
« Mais… je croyais que les loups n'avaient pas le droit… commença Harry.
-Seulement en période de pleine lune, le coupa Chyreer. En attendant, tu peux y travailler sans problème. J'ai cru comprendre que les travaux délicats n'étaient pas ton truc. La ferme devrait te plaire. Enfin, essaye de ne pas siffloter en passant sous le bâtiment annexe, juste là. »
Il pointa du doigt une petite dépendance à l'écart dont les rideaux étaient tirés.
« Pourquoi ? demanda Harry.
-Parce que Sean y dort. C'est là qu'il habite. Il aide à la ferme quand il se réveille. Allez, viens que je te présente. »
Et il s'avança jusqu'à une large barrière en bois qu'il ouvrit sans difficulté, s'avançant sur un pont qui enjambait une petite rivière qui semblait presque encercler la propriété. Harry la regarda avec spéculation : la rivière avait-elle été détournée pour construire un vague barrage naturel face aux loups ?
Ils avancèrent sur un chemin de terre bordé de petits enclos contenant des volailles diverses mais aussi quelques moutons ou cochons. Harry comprit pourquoi Chyreer avait insisté pour qu'il mange lorsqu'il se mit à saliver à l'idée de planter ses dents dans l'une des cuisses appétissantes d'un des porcs paisiblement couchés sur le sol.
« Bon sang, marmonna-t-il.
-La matinée va te demander du contrôle, lui enseigna le second. Tu vas devoir résister aux instincts qui te disent de chasser des proies qui sont en tout point délectables. »
Harry déglutit, une main plaquée sur son nez. Il n'allait jamais pouvoir tenir. Son estomac était plein mais il avait tout de même l'envie de les manger. Si la partie humaine était révulsée par cette idée, la partie lycanthrope salivait et elle était si imposante qu'il ne pouvait le nier.
« Merlin, geignit-il.
-Courage, gamin, l'encouragea Chyreer. Pour un chasseur tel que toi, ça ne doit pas être évident… allez, viens. Voilà David. »
Un homme vêtu d'un pantalon solide et d'une chemise épaisse à carreaux s'approchait d'eux. Il devait avoir facilement dans la trentaine et respirait la tranquillité. Du premier coup d'œil, Harry sut qu'il n'était pas un loup-garou. A l'odeur, il ne remarquait rien d'animal et sa détente en présence des proies les entourant était un révélateur encore plus fort.
« Bonjour, dit l'homme d'une voix qui parut étrangement apaisante. Voici le petit fermier du matin. Enchanté, je suis David Gram et toi ?
-Harry Potter, répondit le plus jeune en lui serrant la main.
-Ah, le fameux Harry Potter, dit l'homme, amusé. Je ne sais pas combien j'ai pu entendre Sean se moquer de Draco et toi… Enfin, ne fais pas attention. Bienvenu dans ma ferme. Inutile de te préciser qu'il t'est interdit de manger quoi que ce soit que je ne te donne, bien entendu. Si je vois un seul animal mort avant ton départ, tu le paieras cher, je te préviens.
-D'accord, répondit poliment Harry.
-Je vous laisse, dit Chyreer. Passe une bonne matinée. Sois à l'heure pour tes cours de l'après-midi. »
Il s'éloigna à grands pas, laissant Harry seul dans ce qu'il baptisa officiellement son enfer personnel.
« C'est toujours dur, la première fois, lui expliqua David en l'invitant à le suivre d'un geste de la main. Surtout au début d'une transformation, tu as encore du mal à contrôler ton instinct de loup. Ta part humaine n'a aucun mal à t'obliger à enfiler des vêtements, un peu plus de difficulté quand il s'agit de se laver et pour ce qui est de la chasse… On oblige toujours les petits nouveaux à venir travailler à la ferme, au bout de trois ou quatre jours. C'est le passage obligatoire pour vous forcer à tenir vos instincts animaux en laisse. Histoire que vous restiez un peu plus humains et gentils, en société. Tu sais ce que tu aimerais faire comme métier ?
-Non, pas vraiment, avoua Harry.
-Avant d'être un loup-garou, tu avais bien une idée, non ?
-Je voulais… devenir Auror, avant, reconnut Harry. Mais ça ne me tente plus. Pas à cause de la transformation. C'est plutôt… les combats continuels… ça ne me tente plus. »
L'homme haussa un sourcil dans sa direction et ce fut à ce moment-là que Harry comprit que l'homme, en plus de ne pas être un lycanthrope, était un moldu.
« Euh… Disons que je suis fort actif dans une guerre contre un mage noir.
-Ah, oui… L'associé de Greyback, dit David avec ironie. J'ai tendance à oublier cette partie. Non pas que je ne craigne pas une arrivée probable de cet homme, je sais que ça peut arriver et que le cas échéant, je devrai me cacher, mais ce village est si paisible que j'en oublie qu'il y a une guerre, dans le monde sorcier.
-Vous êtes le compagnon d'un loup-garou ? demanda Harry, curieux.
-Tiens, mets ces bottes, lui dit David. Non, je suis le fils de l'un d'entre eux.
-Le… le fils ? s'étonna le jeune homme en enlevant ses baskets pour enfiler les bottes désignées. Mais…
-Je n'ai pas été atteint par la lycanthropie, ce qui est assez spectaculaire quand on considère le fait que ma mère et mon père étaient tous les deux atteints. Mais j'y ai réchappé. Bien que ça me donne quelques instincts typiques, notamment une certaine force. Mais passons, viens. »
Il l'entraîna vers une grange apparemment vide mais dans laquelle régnait l'odeur des animaux, à la grande horreur de Harry.
« Je ne vais pas te torturer outre mesure en te mettant tout de suite en contact avec les animaux alors on va profiter de l'absence des vaches pour nettoyer la grange. Sean dort et on ne sera pas trop de deux pour commencer. Ne t'inquiète pas si nous n'avons pas terminé, je terminerai avec lui quand il se sera réveillé. Allez, au boulot ! Prends cette pelle, tu as une brouette juste là, il faudra transporter tout ça dans le fumier, derrière. Tu ferais mieux d'enlever ton pull, tu vas avoir rapidement chaud ! »
Et de fait, Harry dut admettre que rapidement, à force de soulever des pelles de fumier et de paille usée, le froid de l'hiver disparut pour laisser place à une fournaise presque aussi grande que lors de ses entraînements avec Hystéria.
oOo
Quand Harry rentra, il avait une faim de loup ! Il sentait la sueur et le fumier mais en ressentait une certaine indifférence. Il n'avait qu'une envie : planter ses dents dans un morceau de viande, qu'importe sa consistance et sa provenance. Quand il arriva près de la maison, il fut stupéfait de sentir une délicieuse odeur de viande occupée à cuir. Il s'empressa aussitôt de rentrer, le cœur tambourinant dans sa poitrine. Dès qu'il ouvrit la porte, il s'attendait presque à voir Ron ou Hermione. Mais ce n'était aucun d'entre eux. Draco, seulement vêtu d'un pantalon lâche, baillait à s'en décrocher la mâchoire tout en surveillant la cuisson d'un steak encore saignant. Harry resta un instant immobile, stupéfait, puis referma la porte, attirant l'attention de son amant sur lui.
« Ah, tu es rentré, lui dit Draco. Va vite te laver, tu mangeras tout de suite après.
-Mais…. Mais, s'étonnait Harry, les yeux écarquillés.
-Pas de mais, dépêche-toi. »
Harry ne put qu'obéir, bien que toujours étonné de la présence de Draco à midi. Il courut presque jusqu'à l'étage, se dévêtit à la va-vite pour se précipiter sous une douche d'abord froide. Il se lava rapidement et prit à peine le temps de s'essuyer alors qu'il rejoignait la chambre où il attrapa un t-shirt sans manches, un jean propre et des chaussettes. Sa main se tendit naturellement vers un pull de Draco et il descendit en l'enfilant.
« Tes cheveux sont encore trempés, le sermonna Draco en le regardant entrer dans la cuisine, le ventre gargouillant. Mange, je vais chercher de quoi te les essuyer. »
Il quitta la cuisine, laissant là un Harry toujours bouillant de curiosité. Pourquoi Draco, alors qu'il était manifestement épuisé, était-il déjà levé ? Sa faim devenant trop grande, il s'installa à table où le steak saignant et fumant l'attendait encore, accompagné de pommes de terre sautées. Il attrapa ses couverts et se mit à découper la viande dont l'odeur lui arracha un gémissement. Dès qu'il eut un morceau en bouche, il poussa un soupir extatique puis, cessant de s'extasier, se mit à dévorer le contenu de son plat. Un léger rire l'interrompit brièvement lorsque Draco rentra.
« L'expérience de la ferme est toujours difficile », dit le blond en s'approchant de lui.
Il attrapa ses cheveux sans l'empêcher de manger et se mit à les sécher avec délicatesse, au grand soulagement du brun. Rapidement, il eut terminé son plat et Draco se permit d'être plus invasif et plus dur.
« Voilà, dit-il en lançant la serviette sur le dossier d'une chaise. Maintenant, viens. »
Il l'obligea à se lever et l'entraîna jusqu'au salon où il se laissa tomber dans le canapé, obligeant le brun à s'asseoir sur lui. Sortant un peigne de sa poche de pantalon, il entreprit de lui coiffer les cheveux lentement.
« Pourquoi es-tu levé ? demanda Harry en tentant de se tourner pour le regarder, Draco l'en empêchant en lui remettant la tête droite.
-Parce que j'avais envie de te voir, lui répondit son amant. Et parce que j'ai compris quelque chose sur la danse, cette nuit. »
Harry haussa un sourcil et pivota sur les genoux du blond afin de lui faire face.
« Quoi ? demanda-t-il.
-La danse est définie comme un moment d'euphorie et de proximité des deux liés, souvent associée à une période de sexe intense, lui dit Draco. En fait, je crois qu'elle est surtout une période pendant laquelle nous avons besoin d'être ensemble et de nous toucher. Le fait que pendant ta petite visite au début de ma garde, le simple fait de t'avoir dans mes bras m'a semblé le comble de l'extase. Je n'ai pourtant eu aucun désir de te faire l'amour à ce moment-là. Juste t'avoir contre moi, comme maintenant, m'a suffi. Et la nuit m'a paru moins pénible. J'ai donc pensé que si nous mettions à profit les moments où nous étions réunis pour nous coller l'un à l'autre, nous souffririons moins de nos séparations.
-Mais tu as besoin de te reposer, lui dit Harry, appuyant son buste contre le sien.
-Et j'irai me coucher dès que tu seras reparti, lui répondit Draco, ses mains occupées à rassembler ses cheveux en une queue serrée sur l'arrière de son crâne. Interrompre ma nuit une heure ne m'empêchera pas d'être en forme tout à l'heure. Par contre, ne pas avoir de contact avec toi, si !
-Mais on se voit avant que tu partes…
-Et ça suffit à peine à apaiser le manque que je ressens… pas toi ? »
Harry acquiesça et enfouit son visage contre sa gorge avec satisfaction. La partie égoïste de lui était ravie de l'initiative de son amant. Une autre s'en voulait d'abuser ainsi de son repos.
« Mais si la danse n'est pas responsable de nos envies de sexe alors pourquoi… ?
-Le fait d'être l'un près de l'autre nous excite, sans oublier tes instincts animaux qui sont libérés. De fait, je ne suis plus obligé de me contenir à présent. Si je te jette sur la table du salon pour te faire l'amour, tu comprendras tout à fait ça et ne t'en offenseras pas. Reste calme, Harry, ne me tente pas, nous n'avons pas le temps. »
Le brun répondit par un grognement agacé. Etait-ce sa faute si l'idée d'être si brutalement pris par Draco l'excitait ?
« Tu es très instable, à cause de ta nouvelle condition, poursuivit Draco. Et le manque entraîné par nos séparations durant la danse n'aide pas à te stabiliser. Greyback est un sale connard en nous obligeant à être séparé car ces moments sont capitaux pour toi qui est novice. Il sait que je pourrais t'aider à te fixer et il te punit autant que moi pour mes désobéissances passées. Je suis désolé pour ça. »
Harry frotta son visage contre celui de Draco et le blond resserra ses bras autour de sa taille.
« Ce n'est pas comme si c'était ta faute, lui dit Harry.
-J'aurais dû obéir, répondit raisonnablement Draco. Mais ce qui est fait, est fait. A présent, on peut juste essayer de parer à ça en profitant l'un de l'autre un maximum. »
Le brun sourit dans l'étreinte et se redressa pour le regarder.
« Ça me va, lui répondit-il en s'étirant pour atteindre ses lèvres qu'il lécha avec douceur. Mais tu vas te recoucher après, hein ?
-Promis, lui affirma Draco en allant respirer sa gorge, comme à son habitude. Ça fait tellement de bien d'être juste ainsi. »
Harry ne put qu'approuver. La pression de ses épaules avait déjà disparu et la sensation de tiraillement qu'il ressentait en quittant seul la maison s'apaisait lentement, le laissant aussi mou que de la guimauve. Ils auraient pu s'endormir mais n'en avaient pas envie, leurs corps blottis l'un contre l'autre et leurs mains se caressant sagement par-dessus les vêtements. Au bout d'un moment, ils commencèrent inconsciemment à frotter leurs visages l'un contre l'autre en poussant d'étranges sons plus proches du loup que de l'homme.
Ils commençaient à se sentir excités lorsqu'un bip sonore et répétitif se fit entendre, faisant presque couiner Harry d'agacement.
« Qu'est-ce que c'est ? grogna-t-il, agacé.
-Un minuteur que j'ai mis, lui répondit Draco en soupirant. Tu dois aller à l'école et moi, je vais retourner dormir dès que j'aurai enchanté la vaisselle pour qu'elle aille se nettoyer. »
Harry eut une grimace. Il ne pouvait pas croire que l'heure était déjà passée si vite ! Et une partie de lui paniqua à l'idée de se séparer encore de son alpha.
« Pas encore, dit-il en agrippant Draco.
-Ce n'est que cinq heures, Harry, lui répondit son amant avec tendresse.
-C'est trop, répliqua le brun en frottant son nez contre sa gorge. Une petite demi-heure de plus et ça irait…
-Je sais, lui répondit Draco en lui caressant le dos. Mais nous ne pouvons pas… »
Harry geignit mais finit par s'arracher à lui. Il le regarda un instant et, constatant les cernes sous ses yeux, se leva rapidement.
« Va dormir, ordonna-t-il. Tu es épuisé ! Tu n'aurais jamais dû te lever !
-Au contraire, j'ai bien fait, lui répondit Draco. Et ne prends pas ce ton-là avec moi, tu ne discutes pas. Va à l'école, à présent. On se retrouve ce soir. »
Harry grimaça mais obéit, malgré lui. Il sentit ses pieds le faire quitter la maison malgré son désir flagrant de rester là. Il rejoignit l'école avec des pieds de plomb et entra dans la bâtisse vide avec autant de motivation qu'un escargot à aller se faire manger.
oOo
Draco se réveilla extrêmement tôt, comme il l'avait projeté. Sachant Harry dorénavant livré à lui-même, il était décidé à prendre soin de Harry afin de lui faire oublier le départ de ses meilleurs amis. Et si pour cela, il devait s'épuiser, alors il était prêt à le faire. Il lui devait bien ça. D'une certaine façon, il était celui qui l'avait accaparé et avait entraîné la dispute entre le trio le plus célèbre de Poudlard. Non pas qu'il regrettât le départ des deux autres mêle-tout. Mais il ne supportait pas le chagrin sous-jacent en Harry. Il le sentait, flirtant avec sa culpabilité, prêt à bondir à tout moment. Et s'il y avait une chose que Draco souhaitait, c'était rendre son compagnon heureux. Son repos venait après.
Cette dévotion lui était inspirée intégralement par le loup en lui. Draco n'était pas le genre de garçon à prendre soin d'une autre personne. Il avait toujours été nombriliste, égocentrique mais tout cela avait changé à sa transformation. Il avait d'abord eu de l'intérêt pour la meute. Il s'était senti proche d'elle, comme si elle était sa famille sur laquelle il devait veiller. Et si les Malfoy prenaient soin de quelque chose, c'était bien de leur famille. Sur ce point-là, Draco retrouvait son ancien caractère. Il l'égara lorsqu'il prit plaisir à se salir, à se battre, à suer, à grogner, à courir, à tuer et à manger des animaux encore chaud de la vie qui les avait quittés. Il aurait pu être dégoûté. Il aurait pu se haïr, se sentir misérable et répugnant… Mais à la place de ça, il avait décidé que lutter était totalement stupide : il était un loup-garou, il le serait toute sa vie. S'il se méprisait, il méprisait également la meute, seul endroit où il était dorénavant le bienvenu. Et quitte à être un loup-garou, il préférait être un loup-garou sain d'esprit. Et seul, il ne l'aurait pas été. Il accepta donc ça, relativement facilement.
Se posa ensuite le problème de ses instincts. Ceux du loup qui lui disaient de ne pas porter de vêtements, de ne pas se laver – avec cet horrible savon – et de marquer son territoire. Se retenir d'uriner sur les murs pouvait paraître facile pour un homme normal mais pour Draco ce fut presque une pénitence, surtout lorsqu'on considérait le parfum entêtant de Greyback flottant sur son habitat. Merlin soit loué, il avait changé de maison et, s'il n'avait pas marqué son territoire, son odeur et celle de Harry régnaient en maître sur toute la maison, signifiant leur propriété.
Faire la distinction entre ce qu'il pouvait se permettre et ce qu'il devait s'interdire ne fut pas difficile. Loup-garou ou non, il devait garder une certaine respectabilité. Mais il fallait aussi faire des compromis. Permettre à son loup d'explorer une odeur qu'il trouvait intéressante, s'autoriser une brutalité sportive lors des entraînements, se montrer dominant avec les inférieurs et respectueux avec les supérieurs… Tout cela était des compromis que Draco avait fait inconsciemment avec son loup afin que ce dernier cesse de protester lorsqu'il refusait d'écouter ses jérémiades purement animales. Mais cela demandait quelques jours et beaucoup de patience, ce que Harry n'avait pas eu.
La danse, Ron et Hermione s'en étaient mêlés, bouleversant Harry dans sa première semaine et compliquant nettement les choses. Greyback avait été un véritable enfoiré en les empêchant d'être ensemble. Draco était l'équilibre nécessaire à Harry pour construire l'entente qu'il devrait avoir avec son loup. Malgré tout, le blond était déterminé à ne pas laisser Harry avancer seul sur ce chemin. Foi de Malfoy, il le guiderait ! Et si cela voulait dire utiliser les précieux gallions de son père pour acheter de la viande, du pain ou autre denrée alimentaire, il le ferait.
Ainsi, vers seize heures, soit deux heures plus tôt que d'habitude, il se leva pour s'habiller de façon plus convenable et quitta la maison avec quelques gallions en poche. Il alla d'abord rendre visite au boucher, Lane, qui lui vendit une généreuse part de viande avec laquelle ils pourraient se nourrir toute la semaine.
« Et mets-le dans le frigo magique en rentrant, ne gâte pas la viande ! »
Draco avait roulé des yeux mais avait été assez honnête pour remercier le boucher : il ignorait totalement ce qu'il devait faire de ça !
Le maraîcher lui vendit fruits et légumes sans mot dire, le regardant juste avec un léger sourire ironique : qu'un dominant fasse les courses pour satisfaire son compagnon était totalement atypique mais Draco ne s'en offusqua pas. Il était un homme responsable, c'était normal qu'il prenne soin de l'homme à sa charge. Et il ne dirait jamais à Harry qu'il avait pensé une telle chose, il était certain qu'il le prendrait mal.
Après cette visite, il se dirigea vers la seule épicerie présente et acheta tout ce qui pourrait accompagner la viande ainsi que du pain chez le boulanger. Après quoi, il se permit de dévier jusqu'à la maison de Boris. Il avait l'envie dérangeante de faire d'autres vêtements à Harry, à la fois tenté par des pantalons normaux, des t-shirts ou des pulls corrects… Mais d'autres types de vêtement lui hantaient l'esprit, du genre du short en cuir… Mais demander un tel service à Boris n'était pas la meilleure idée de sa vie. Il devrait se rendre dans le monde moldu pour dénicher les costumes qu'il voulait enfiler à son amant…
Un frisson délicat lui parcourut le dos et il poussa la porte de la boutique, faisant cliqueter la clochette de l'entrée. Aussitôt, Kate surgit, un sourire commercial aux lèvres.
« Ah, Draco, dit-elle, ravie. Tu es réveillé si tôt !
-Oui, j'avais des courses à faire. Dites-moi, pourriez-vous me faire des pantalons ?
-Oui, bien sûr, combien ?
-Trois pour moi, vous avez mes mesures. Noir ou en jean, peu importe. Et un avec ces mesures. Un noir. Deux autres avec ces mesures-ci. »
Kate prit les papiers qu'il tendit avec calme, malgré sa nervosité. Si la femme s'étonna de trouver l'un des papiers avec des mesures presque identiques mais un peu plus serré au niveau des fesses, elle ne fit aucune remarque et lui sourit.
« Tu peux régler tout de suite ?
-Sans problème, répondit Draco. J'en ai pour combien ?
-Dix gallions et cinq noises en argent sorcier.
-Tenez. »
Il fouilla dans sa bourse et parvint à lui donner le montant exact.
« Pas de haut ?
-Non, pas cette fois, répondit Draco en souriant. Merci pour votre aide. »
Il voulut sortir mais changea d'avis à la dernière seconde.
« Comment va Annie ?
-Elle va bien, lui répondit Kate. Même si elle continue d'avoir peur de toi… »
Draco grimaça en l'entendant.
« Je lui ai pourtant dit que je ne lui ferai aucun mal. Je ne suis pas du tout en colère.
-Je sais, dit Kate avec un sourire désolé. Laisse-lui du temps, elle finira par ne plus te craindre. »
Draco soupira en hochant la tête puis quitta la boutique, non sans promettre de passer récupérer les pantalons. Il rentra enfin chez eux où il rangea les commissions où il pensait qu'était leur place. Il trouva enfin le placard glacé où Hermione rangeait la viande et hésita à en laisser sortie. Mais Harry avait déjà copieusement dîné, un sandwich lui suffirait. Il ne fallait pas qu'il grossisse, quand même.
Sur cette sage décision, Draco décida que rejoindre Harry au terrain d'entraînement serait une bonne idée. Cela lui permettrait de le regarder en action et peut-être pousserait-il jusqu'à courir un peu : il avait besoin de se dérouiller. Quittant la maison, il traversa le village en saluant les quelques loups qu'il croisait. Depuis le début de ses gardes, à l'exception de Harry et des hommes partageant son calvaire, il n'avait pas croisé beaucoup de villageois. Les voir et les saluer lui semblait le comble de la sociabilité.
Il atteignit le terrain d'entraînement rapidement, se glissant entre la haie et le mur de l'école pour enfin débouler aux abords du terrain où, comme il le pensait, Harry se livrait à un exercice des plus ardus : dérober une simple balle à dix loups d'une dizaine d'année. Son amant était en short et en t-shirt, le tout bien serré et Draco se passa une langue gourmande sur les lèvres. La sueur et la boue tachaient son haut, le rendant presque obsolète et Draco s'imagina un instant en train de le déchirer de ses ongles pour ensuite laver le torse de Harry avec sa langue. L'image était si tentante qu'il voulut s'avancer pour la réaliser mais une main sur son épaule l'arrêta.
« Tu te rinces l'œil ? »
Le blond se contenta de regarder Hystéria du coin de l'œil. Il la fixa un instant puis se détourna définitivement d'elle.
« Oui, affirma-t-il avec fierté.
-Son entraînement n'est pas fini, dit-elle avec sévérité. N'interviens pas, s'il te plaît. »
L'ordre était sous-entendu, assez pour ne pas l'offenser. Draco resta sagement à sa place, suivant des yeux son amant peinant à attraper cette maudite balle.
« Il n'y arrivera jamais à un contre dix, dit-il. Quelle est ton intention, exactement ?
-Mon intention ? C'est qu'il comprenne qu'il n'y arrivera jamais en courant partout. Le loup en lui sait ce qu'il doit faire mais il essaye de le contenir. Il doit le laisser sortir dans ce cas-ci. »
Draco la regarda puis retourna son attention sur Harry. Il était essoufflé, énervé et épuisé de courir après les morveux qui se moquaient de lui mais il se refusait à utiliser la manière forte qui était pourtant sa seule option. Draco soupira et tenta de se détendre et de calmer sa colère : ces dix merdeux osaient ricaner du mal qu'avait son amant à les attraper. Il grogna inconsciemment et Harry se figea au milieu du terrain. Il se tourna vers lui avec hésitation et écarquilla les yeux en le voyant. Pendant un long moment, Draco le fixa avec sévérité, tentant de lui faire comprendre. Harry sembla frissonner sous son regard et, brutalement, il y eut un éclat dangereux dans ses yeux. Il se tourna vers les dix garçons qui se passaient la balle devant lui et montra les dents.
« Oh oh, dit soudainement Hystéria, tendue. Tu as réveillé quelque chose, Draco. »
Le blond ne répondit pas, observant son amant. Sa pose était tout sauf passive. Il avait plié les jambes qu'il tenait légèrement écartées. Ses bras étaient pliés aussi mais perpendiculaires à son corps. Ses doigts bougeaient nerveusement alors que, des yeux, il suivait la balle, étudiant le mouvement. Puis, soudainement, il se mit à courir. Oh, pas vers la balle. Mais vers l'un des garçons qui, en comprenant qu'il ne feintait pas, tenta de s'échapper. Mais Harry le rattrapa sans difficulté, bondit et lui tomba sur le dos, le faisant basculer en avant et demeurant immobile sur le dos du gamin alors que ce dernier glissait dans la boue, le visage enfoncé dans cette dernière. A peine le corps du gamin s'était-il arrêté que Harry bondissait à nouveau, mais cette fois, sur un autre gamin qui était proche.
En un seul bond, Harry le mit au sol et il alla jusqu'à le frapper afin de s'assurer qu'il ne se relèverait pas. Quand les huit garçons restants comprirent qu'il ne plaisantait pas, ils tentèrent de se regrouper, pensant sans doute qu'une formation serrée les protégerait mieux de Harry mais le brun se contenta de foncer sur eux sans la moindre crainte. Il ne pouvait pas faire honte à son alpha et si pour cela, il devait les tuer, il le ferait !
Les huit enfants restants comprirent que la défense ne leur servirait à rien et prirent une position d'attaque. Draco sentit son dos frémir à cette vue et eut envie d'intervenir mais Hystéria posa une main ferme sur son bras.
« Laisse-le faire, dit-elle, comme fascinée. Ton compagnon n'est pas idiot ! »
De fait, Harry avait changé sa trajectoire, augmentant la largeur de ses foulées et sa vitesse par la même occasion. Quand il fut presque arrivé au petit groupe prêt à l'accueillir à grand renfort de coups, Harry changea brutalement de trajectoire en accélérant encore. Il contourna le groupe qui, déstabilisé, tenta de pivoter dans la même direction, mais le temps qu'ils s'organisent pour aller vers la droite, Harry était sur leur gauche et avait saisi l'un des enfants par le col de son t-shirt pour ensuite le lancer cinq mètres plus loin. Le garçon atterrit sur ses jambes mais il avait laissé l'espace suffisant à Harry pour se glisser dans le groupe, dérober la balle et partir en courant rapidement, cette dernière roulant devant ses pieds agiles. Draco eut un sourire fier face à l'air déconfit des enfants qui ne firent aucun mouvement alors que Harry s'arrêtait et posait un pied gauche possessif sur le haut de la balle. Hystéria jugea que le moment était venu d'interrompre l'entraînement en sifflant violemment.
« Eh bien, Potter, il était temps, dit-elle ironiquement. J'ai cru que tu ne te déciderais jamais à te bouger ! »
Le brun fit la moue en l'entendant. Au fond de lui, il était un peu honteux d'avoir malmené des enfants de dix ans. Mais il était bien trop content d'avoir enfin réussi à attraper cette maudite balle.
« Tout le monde va bien ? demanda Hystéria en s'approchant d'un des enfants encore couché au sol. Ça va ?
-Il m'a planté dans la boue ! s'exclama le gamin en se débattant pour sortir de la prison de terre dans laquelle son corps était manifestement coincé.
-Je vois », répondit l'entraîneuse.
Elle le saisit par l'arrière de son pantalon et tira de toutes ses forces, extirpant le gamin de là. Draco sourit avec sarcasme, se permettant enfin de rejoindre son amant. Il posa une main sur son épaule avec tendresse.
« Bien joué, lui dit-il. Tu t'es laissé aller. Ça va mieux ? »
Harry inclina la tête sur le côté, perplexe, avant de se rendre compte de la signification réelle des mots de Draco : en lui, le loup exultait de satisfaction et se montrait soudainement plus calme que jamais.
« Je… je ne comprends pas, dit Harry, étonné.
-Être un loup-garou demande un certain équilibre, expliqua Hystéria en s'approchant d'eux. Nous devons garder un comportement humainement civilisé mais il ne faut pas étouffer le loup sous toutes les règles et coutumes des humains. Parfois, il est bon de le laisser s'exprimer, comme tu viens de le faire. Tu n'aurais jamais osé lever la main sur des enfants normalement, mais le loup en toi a su reconnaître des adversaires de valeur, des loups entraînés et il a attaqué en conséquence. »
Elle désigna les trois enfants occupés à frotter la boue qui recouvrait leurs vêtements, l'air boudeur.
« Ils ont dix ans, mais ce sont des loups naturels. Ils sont nés avec cette capacité et se sont entraînés depuis la naissance ou du moins, depuis l'âge de cinq ou six ans, à contrôler leur corps, à développer leur force. Alors que tu n'as que trois jours ! L'homme est plus âgé que l'enfant mais pas le loup. Vous êtes tous des louveteaux ici. Même si le tien est avantagé par le développement de ton corps d'homme. Tu n'avais pas à te retenir pour eux, au contraire. »
Harry les regarda avec hésitation. Aucun ne semblait vraiment souffrir des coups qu'ils avaient reçus, sauf le deuxième qui avait eu du mal à s'extraire de sa prison de boue molle.
« Ne prends jamais aucun lycanthrope pour un faible, poursuivit Hystéria. Eux ne se méprennent pas sur ton compte et s'ils t'attaquent, ils le feront de toutes leurs forces. Il en va de même pour tes éventuels ennemis. Compris ?
-Oui, répondit Harry, étrangement plus calme face à ces mots.
-Bon… demain, nous commencerons le combat au corps à corps. Tu sautes haut, tu cours vite mais tu dois encore coordonner tout ça. Tu t'entraîneras directement contre moi, je n'ai pas d'élève de ton âge à cette heure de la journée et je sais mieux mesurer ma force. A demain, Potter. »
Hystéria décocha un sourire évocateur à Draco et tourna les talons, ordonnant aux enfants de déguerpir fissa avant qu'elle ne les oblige à réparer les dégâts faits au terrain.
« Mais c'est Potter qui a fait des trous ! s'exclamèrent-ils, outrés.
-Ce sont vos corps qui se sont enfoncés dans la terre. Au trot, sales morveux ! »
Rapidement, Harry et Draco se retrouvèrent seuls, les yeux fixés dans ceux de l'autre.
« Tu es plus serein, constata tranquillement Draco en frottant sa joue salie. Viens, allons à la maison. Tu as encore besoin d'une douche et tu as besoin de manger.
-Toi aussi, lui dit Harry, amusé.
-Juste pour la nourriture. Je suis propre, moi ! »
Harry leva les yeux au ciel mais le suivit tranquillement. Il ne demanda pas à Draco pourquoi il était venu au terrain, il savait quelle serait la réponse. A la place, ils marchèrent en silence, savourant la proximité de l'autre, à l'extérieur, en pleine journée. Ils venaient de quitter l'école lorsque de l'agitation à l'entrée du village attira leur attention. Ils entendirent des grognements et des voix furieuses et, étonnés, se dirigèrent naturellement vers l'entrée, accompagnés d'une foule de curieux mais aussi de protecteurs inquiets. Tous se demandaient quelle querelle pouvait bien se dérouler à l'entrée de leur village. Etait-ce un étranger ou deux loups en train de régler leur compte ? Ce n'était pas un fait rare dans le village, avec des caractères aussi explosifs réunis en meute.
Rapidement, Harry augmenta la vitesse de ses foulées. Il se mit à courir lorsqu'il fut certain de sa première impression : la personne qui criait n'était autre que Remus Lupin. Draco l'avait reconnu aussi car il se mit à courir à ses côtés, maudissant Ron et Hermione entre ses dents.
« Amenez-les ici tout de suite, je ne bougerai pas tant que je ne leur aurai pas fait part de ce que je pense !
-Tu n'as aucun ordre à nous donner, solitaire, répondit un des gardes de jour. Va-t-en où tu le regretteras.
-Attendez ! cria Harry en arrivant aussi vite que possible. Ne lui faites pas de mal, attendez ! »
Les personnes présentes sur place s'écartèrent pour leur révéler la situation alors qu'ils arrivaient enfin à la porte principale. Trois gardes faisaient face à un Remus au visage déformé par la fureur. Un silence grave tomba lorsque Harry et Draco s'arrêtèrent devant lui. L'homme regarda d'abord Harry, ses yeux scannant ses cheveux longs et emmêlés, vaguement attachés, ses vêtements sales et presque estivaux, ses jambes fortes et plus toniques qu'avant. Puis son regard se posa sur Draco et une haine sans nom se peignit sur ses traits.
« Comment as-tu pu ? éructa Remus. Comment as-tu pu lui faire une telle chose ! »
Sans que les gardes ne puissent intervenir – ou ne le veuillent – Remus franchit la maigre résistance face à lui et se jeta sur Draco, Harry écarquillant les yeux de surprise. Il voulut intervenir mais, au même moment, Greyback fit son apparition. Indifférent à Remus qui tentait de frapper un Draco très adroit pour s'échapper, il se posta à côté de Harry, les bras croisés.
« Laisse, dit-il. C'est une affaire entre eux, qu'importe que tu sois celui qui est concerné. Ils doivent régler ça. Parce que Draco est ton alpha en devenir et ton compagnon, celui qui t'a mordu. C'est ce que Remus lui reproche et c'est ce pourquoi il l'attaque. »
Harry eut beaucoup de mal à obéir, mais le loup en lui était serein. Remus était fort, mais il n'était pas aussi bien entraîné que Draco, ni aussi vigoureux. Un cercle s'était formé entre les deux lutteurs et tous pouvaient constater avec quelle habilité le blond évitait les coups grossiers de Remus dans sa direction. Ce dernier grondait littéralement de rage contre l'alpha potentiel qui le fixait avec un sérieux presque respectueux. Il aurait pu se moquer, il aurait pu le ridiculiser mais il savait combien Remus était important aux yeux de Harry. Alors il se contenta d'attaquer.
Ce fut d'abord un coup négligeant sur l'avant-bras que Remus projetait sur lui, ce qui le rejeta brutalement vers l'arrière. Puis une poussée sur l'épaule, profitant que celle-ci soit dévoilée par le recul de tout le bras. Remus hoqueta mais repartit à la charge sans hésiter. Il se jeta de tout son corps sur Draco et Harry put dire aussitôt que l'homme avait perdu. Draco l'évita, le laissa tomber au sol, à ses pieds. Il attendit que l'homme tente de se relever pour décocher un coup de pied contre sa hanche, le faisant violement pivoter. Remus se retrouva étendu sur le dos, les yeux écarquillés de stupeur alors que Draco, farouchement, s'asseyait sur lui et piégeait ses mains de chaque côté de sa tête. Harry grimaça face à la position mais ne prononça pas un mot.
« Alors ils ont parlé, hein ? Oui, bien sûr qu'ils ont parlé, dit Draco d'une voix dangereuse et rauque, ses yeux lupins fixés dans ceux de Remus. Mais ils n'ont pas pris la peine d'expliquer pourquoi. Où n'as-tu pas pris la peine de les écouter et m'as-tu condamné sans chercher à comprendre ? Ah, la deuxième proposition est la réponse, n'est-ce pas ?
-Ils ont refusé d'expliquer ! répondit Remus, furieux. Et quand bien même, comment peux-tu justifier d'avoir égoïstement transformé Harry en monstre ? »
Draco n'eut pas le temps de répondre. D'une manœuvre de contorsion digne d'un serpent, Remus parvint à se libérer et donna un violent coup de poing à Draco, ce dernier accusant le coup. Du sang perla au coin de ses lèvres mais il l'ignora pour frapper Remus à son tour. L'homme parut sonné car il ne bougea plus malgré la liberté de ses mains. Il remuait vaguement la tête, comme s'il tentait de retrouver sa lucidité. Draco profita de sa confusion et, sortant sa baguette, il le ligota d'un sort rapide. Puis, ignorant les loups autour d'eux, il se pencha sur Remus, jusqu'à être totalement couché sur lui.
« Je ne vais pas me lancer dans un long plaidoyer sur les loups-garous. Ni tenter de te convaincre que nous ne sommes pas des monstres. Tu es trop obstiné pour comprendre que nous sommes ce que nous sommes. Il y a une chose, pourtant, qui me semble essentiel que tu intègres. »
Il prit son inspiration et Harry enfonça ses ongles dans ses bras.
« Harry est à moi, gronda Draco, menaçant. Il est mon compagnon. Humain ou loup-garou, rien ne changera ça. Je ne l'ai pas transformé pour en faire un monstre, ni pour l'obliger à m'obéir, ni pour asseoir l'autorité de Greyback sur lui ou toute autre connerie que tu peux inventer dans ton cerveau tordu. Je l'ai transformé parce qu'il me l'a demandé. J'ai refusé. J'ai discuté longtemps avec lui afin de l'obliger à reconnaître que ce n'était pas une bonne idée mais il ne m'a pas laissé le choix ! Je l'ai mordu parce que je l'aime et qu'il n'y avait pas d'autre solution. Si tu as l'obligeance de calmer tes nerfs, tu nous suivras bien gentiment jusqu'à notre maison où Harry et moi t'expliquerons ce qu'il en est. Le cas contraire, tu peux remballer tes cris et te casser ou je ne te promets pas de te laisser en vie. »
Il laissa planer un long moment le silence, les dents proches du cou de Remus. Si proche qu'une de ses canines frôlait ostensiblement la peau du lycanthrope.
« Alors, Remus. Que choisis-tu ? »
Harry retint sa respiration, conscient que la réponse de Remus déterminerait une relation plus forte que la question de Draco ne sous-entendait. Sa réponse signifierait soit sa soumission à Draco, soit la continuation de loup solitaire. Si Remus acceptait de plier, il se soumettrait à Draco, reconnaîtrait son autorité. Il le reconnaîtrait en tant que son alpha.
« D'accord, dit Remus, la voix honteuse. D'accord, je vous suis et je suis prêt à entendre vos explications mais libère-moi ! »
Draco resta un long moment dans la même position, jusqu'à ce que Remus réclame à nouveau sa libération. Alors seulement, il se releva et le libéra de ses entraves. Presque aussitôt, Remus bondit sur ses pieds et s'éloigna prudemment de Draco. La force du blond ne lui avait pas échappé et il le regardait à présent avec une once de respect qui détendit Harry. Ce dernier se permit enfin d'approcher mais ce fut pour aller aux côtés de Draco auprès duquel il s'arrêta avec obligeance. Il ne le toucha pas. Il se posta simplement près de lui, en marque de soutien et Remus finit par se relâcher, comprenant qu'il devait obéir.
Alors intervint Greyback qui, jusque-là, n'avait rien dit.
« Draco, dit-il. N'oublie pas qu'à partir de vingt heures, tu es de garde.
-Je n'oublie pas, répondit froidement le blond. Deux heures devraient être suffisant pour lui expliquer. Plus que suffisant. Ensuite, il s'en ira. Je le raccompagnerai moi-même jusqu'à la sortie. »
Greyback fronça les sourcils, manifestement peu satisfait de la pointe d'autorité dans la voix de Draco, mais en avisant l'air haineux de Remus qui le fixait, il hocha la tête.
« Si ça ne te dérange pas que Chyreer vous accompagne… »
L'ordre était suave, presque inexistant mais l'expression du visage ne laissait aucun doute : Draco ne pouvait pas refuser.
« Non, ça ne me dérange pas, lui dit-il. Merci de votre compréhension. »
Il y avait une sorte de révérence polie dans sa voix qui sembla apaiser Greyback.
« Mais… (l'alpha se tendit, menaçant), il y a des choses qu'il ne devra pas te répéter. Des choses relatives à Tu-Sais-Qui. »
L'alpha écarquilla les yeux ainsi que Remus. Il pinça les lèvres et hocha la tête.
« Je ne l'envoie que pour représenter mon autorité, pas pour vous espionner, lui dit finalement Greyback.
-Je sais, assura Draco. Je lui explique et je le remballe. Désolé. »
Greyback fit un vague mouvement de la main, signifiant la fin de la conversation. Il se tourna vers la meute attroupée et leur ordonna aussitôt de déguerpir. Harry, Draco et Chyreer prirent aussitôt la direction de la maison, encadrant un Remus étonné. Il les regardait tour à tour, pas dupe de la formation qu'ils tenaient autour de lui : Harry à droite, Draco à gauche et Chyreer derrière, ils l'empêchaient de fuir autrement que par l'avant et s'il s'élançait dans cette direction, il serait vite rattrapé.
Mais il n'esquissa aucun mouvement pour se sauver et ce fut sans difficulté qu'ils atteignirent la maison des Gryffondor. Harry les guida aussitôt vers les fauteuils mais il s'arrêta lorsque Chyreer et Remus furent assis.
« Je dois me changer, dit-il en désignant ses vêtements sales. Draco aussi. Nous revenons tout de suite. »
Si le blond s'étonna d'être inclus dans cette déclaration – il avait juste un peu de boue sur les genoux, il suivit Harry sans discuter. Montrer qu'ils partageaient la même opinion les faisait paraître unis et plus forts. Ils quittèrent le salon et montèrent à l'étage sans discuter. Pourtant, à peine dans la chambre, Harry se tourna vers Draco qu'il plaqua contre le mur, à la grande surprise de son amant. Il s'attendait à ce que le brun le sermonne d'avoir osé attaquer Remus mais à la place, Harry se mit sur la pointe des pieds et darda une langue vers ses lèvres. Il les lécha doucement, ses yeux lupins plongés dans les siens et Draco frémit, le cœur accélérant soudainement.
Lentement, avec un plaisir manifeste, Harry faisait voyager la pointe de sa langue sur le coin de sa lèvre inférieure, comme s'il savourait un met délicieux, un léger gémissement d'extase sortant de sa gorge. Il ferma les yeux une seconde puis les rouvrit pour le regarder à nouveau avec une passion écrasante.
Jusqu'à présent, Harry n'avait jamais fait preuve d'autorité envers lui, ni de violence. Il l'avait toujours suivi docilement, même si son caractère était plus fougueux qu'un loup normal. Mais il n'avait jamais été dominant. Mais là, alors qu'il léchait sa lèvre inférieure avec sensualité, il était tout sauf le loup soumis qu'il avait connu. Une pointe d'excitation parcourut Draco, tout autant que la réprobation de son loup. Mais rapidement, Harry s'écarta et afficha une expression plus abordable.
« Tu vas mieux ? »
Draco haussa un sourcil interrogateur avant de comprendre que Harry ne l'avait pas léché sans raison : avec sa salive, il avait soigné sa lèvre blessée. Aussitôt, le loup se calma, reconnaissant et Draco afficha un sourire.
« Oui, dit-il. Merci. »
Harry haussa vaguement les épaules et pivota pour aller chercher des vêtements propres. Draco l'y suivit : en se plaquant à lui, son amant l'avait plus que sali. Indifférent à un surplus de saleté, il enlaça Harry par derrière et enfouit son visage contre sa gorge.
« Merci, dit-il encore.
-C'est normal, répondit Harry en sélectionnant son seul jean propre et un t-shirt manches longues. Il faudra que j'aille rechercher les affaires que j'ai laissées dans les vestiaires d'Hystéria. Je n'ai déjà pas des masses de vêtements alors si je les abandonne à gauche et à droite, ça n'ira pas. »
Draco sourit.
« Je ne te remercie pas que pour le soin, s'obstina-t-il.
-Je sais, coupa Harry. Je l'avais compris. »
Il se défit de son étreinte et commença à se dévêtir sous l'œil gourmand de Draco. Ce dernier finit pourtant par se détourner. Ils avaient un invité ! Ils ne mirent pas longtemps à se changer et redescendirent rapidement, non sans que Draco n'ait coiffé les cheveux sales de Harry au préalable. Ce dernier avait grimacé à cause de la boue séchée décollée par le peigne mais n'avait pas pleurniché une seule fois, au grand amusement de Draco.
Quand ils arrivèrent enfin dans le salon, Chyreer était debout, bras croisés et jaugeait un Remus parfaitement serein dans le canapé.
« Je vais préparer du thé et des sandwichs, dit rapidement Harry, conscient que Draco devait se nourrir avant d'aller faire sa garde. Est-ce que ça vous tente ?
-Non, merci, dit Chyreer.
-Je veux bien du thé, Harry, répondit Remus avec un calme restreint.
-Je reviens tout de suite. »
Harry quitta la pièce alors que Draco s'installait dans un fauteuil faisant face au siège où Remus était assis. Le silence régna jusqu'à ce que Harry n'apparaisse avec un plateau chargé. Il le déposa sans mal sur la table basse et servit consciencieusement du thé, même à Chyreer malgré son refus. Il prit ensuite une assiette garnie de deux énormes sandwichs et la porta à Draco, ce dernier le remerciant.
« Draco a une garde à faire, bientôt, expliqua Harry. Ça ne te dérange pas s'il mange pendant que nous parlons ?
-Non, répondit Remus. Je pense de toute façon que c'est à toi d'expliquer, non ? Tu es celui qui lui a demandé de te faire ça. »
La voix était froide et furieuse mais Harry ne s'en inquiéta pas. Il sentit Draco se tendre et une aura de possession et de protection l'entoura. Il se tendit et retint péniblement le gémissement qu'il sentait monter dans sa gorge. Après avoir tendu sa tasse de thé à Remus, il prit la sienne et alla s'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil de Draco.
« Je n'avais pas le choix, Remus, dit-il avec lenteur. Voldie… Voldie a fait en sorte de se rendre immortel. Pour cela, il a scindé son âme en plusieurs morceaux qu'il a dissimulés dans divers contenants. Cinq d'entre eux étaient des objets… Les deux autres étaient des êtres vivants. S'il est… facile, de détruire les objets afin d'éliminer ces morceaux d'âme, il est impossible d'extraire ce qu'on appelle Horcruxe sans tuer l'être qui en est habité… Il faut les tuer, Remus. Et je n'avais pas envie de mourir. »
L'ancien professeur de défense avait cessé de respirer, brutalement. Il fixait Harry, de même que Chyreer.
« Je n'avais que deux solutions, Remus, poursuivit le brun. La mort ou la métamorphose. Les loups-garous sont possessifs. Ils veulent être les seuls à posséder les corps qu'ils habitent. Le choix a été vite fait. Ne reproche rien à Draco. Il a lutté, criant que nous trouverions une autre solution… Mais je ne voulais pas d'une autre solution qui n'existait peut-être pas… J'ai demandé à ce qu'il me morde pour me sauver la vie. Mais pas seulement. »
Remus était encore trop choqué pour réagir.
« Je l'ai aussi fait par amour. Parce que je ne voulais pas le quitter… »
Harry posa une main sur le genou de Draco, ce dernier alors immobile, comme tous les hommes occupés à l'écouter.
« Et parce que ça ne me dérangeait pas d'être de la même espèce que lui. D'être totalement à lui et avec lui… »
Draco émit un puissant sentiment de possession et de satisfaction qui le fit trembler. C'était ainsi à chaque fois que Harry affirmait lui appartenir. Comme une aura solide qui l'enlaçait, le serrait presque à l'étouffer et dans laquelle il se lovait avec complaisance. Comment Draco faisait-il cela ? Était-ce consciemment ? Harry repoussa cette interrogation dans son esprit. Il faudrait qu'ils en parlent, plus tard, quand ils auraient un moment à eux.
« Et tu crois que ça va m'aider à l'accepter ? demanda Remus, le faisant sortir de ses pensées. Tu crois que ta soi-disant épée de Damoclès ou ta jolie petite déclaration d'amour vont me pousser à te féliciter pour ça ? »
Remus avait presque crié sur la fin et il regardait Harry avec une rage mal contenue.
« Tu as éliminé un monstre pour le remplacer par un autre ! Un qui ne peut être extrait, si ce n'est en mourant ! Quelle est la différence, dis-moi ? Où est le bienfait là-dedans ?
-Cette conversation est stérile, intervint soudainement Chyreer, à la grande surprise des trois autres. Vous désapprouvez la lycanthropie alors qu'eux l'acceptent. A part « Non, c'est pas bien » et « si, c'est bien », vous ne direz rien d'intéressant. Je pense personnellement qu'il vaut mieux être un loup-garou que mort ou habité par le morceau d'âme d'une créature tuant par pur caprice. Mais ce n'est que mon point de vue. En outre, si vous aimez sincèrement, Harry, vous devriez également préférer ça. »
Remus fusilla Chyreer du regard alors que Harry, lui, soupirait.
« Chyreer a raison, Remus, cette conversation est stérile. Je peux comprendre que tu détestes me savoir un loup-garou, mais ne peux-tu pas garder simplement le positif et…
-Tu ne comprends pas ! interrompit Remus en se levant. Tu ne comprends pas, tu es… tu es envoûté par Draco, tu planes sur ton petit nuage sans ouvrir les yeux sur ce qu'il y a dehors. Dans ce village, tu es accepté, traité normalement, mais en dehors… Merde, Harry, tu ne pourras même pas le cacher ! Est-ce que tu as vu tes yeux ? »
Harry se retint de baisser la tête. Il n'avait pas honte de ce qu'il était mais il n'aimait pas être responsable du chagrin de Remus.
« Je les ai vus, dit-il. J'apprécie assez de ne plus être myope. Des lunettes de soleil empêcheront les moldus de constater mon anormalité. Je saurai trouver du travail, je saurai vivre, Remus. C'est ce qui compte, non ? »
L'homme ne répondit pas. Il avait les poings serrés et la mâchoire crispée, signe qu'il se retenait de répondre quelque chose de blessant.
« Combien de temps comptes-tu rester caché ici ? dit-il finalement.
-Le temps d'apprendre à me contrôler, répondit Harry. Il faut aussi que j'apprenne à me battre magiquement. Ma baguette crépite quand je la prends…
-C'est parce qu'elle ne te reconnaît plus, lui expliqua l'homme. Tu dois l'utiliser un maximum, de préférence en dehors des phases lunaires. La présence lupine est moins forte, elle sentira l'humain plus facilement. »
Sa voix était calme, presque lasse. Il semblait se résoudre au fur et à mesure et il était si pâle que Harry craignit qu'il ne s'évanouisse ou ne vomisse. A la place, il alla s'asseoir dans le canapé, l'air défait. Il se tut encore une longue minute, les yeux perdus dans le vide puis releva la tête.
« Et pour Tu-Sais-Qui ? dit-il.
-Quoi ? demanda Harry.
-Est-ce que tu comptes… continuer à te battre ou…
-Bien sûr que oui ! répondit Harry, outré. Ou quoi, Remus ? Pense-tu que j'ai abandonné ça parce que je vis ici ? »
Le silence du plus âgé était révélateur.
« Bon sang, ce n'est pas le cas ! s'énerva Harry. Je compte toujours me battre. Je compte le tuer ! Je dois juste m'entraîner.
-As-tu l'occasion de le faire ? demanda Remus.
-J'ai des cours tous les jours.
-De magie ? »
Harry serra les dents. Qu'avaient dit Ron et Hermione, exactement ?
« Non, dit-il. J'apprends à maîtriser mes nouveaux muscles, pour l'instant. Et mes instincts. Je n'ai pas encore eu le temps de pratiquer la magie sérieusement.
-Pas encore eu le temps, répéta Remus. Et quand l'auras-tu ? »
Encore une fois, Harry ne put répondre. Il l'ignorait totalement.
« Je vois, dit Remus. Que fais-tu de tes journées ? Ou plutôt, que faites-vous ?
-Je dors, répondit Draco. Je suis de garde, la nuit, pour le village. Harry, lui, a insertion au village le matin. A savoir qu'il change de poste chaque matin. C'est la technique utilisée par Greyback pour lui présenter la meute et surtout, lui enseigner le fonctionnement du village. L'après-midi, Guilbert lui enseigne les mœurs du village et de notre espèce. Ensuite, il a deux heures d'entraînement physique avec Hystéria. La soirée reste libre. »
Remus sembla analyser les mots de Draco avec un soin particulier.
« Bon, je vois… Chyreer, c'est ça ? Pourrais-tu aller chercher Greyback ? Je pense qu'il doit assister à la conversation, à présent. »
Le second regarda Draco, en une demande claire d'autorisation. Harry en fut surpris mais ne prononça pas un mot jusqu'à ce que le blond ait hoché la tête. Aussitôt, le second quitta la pièce d'un pas rapide.
« Pourquoi a-t-il attendu ton autorisation ? s'étonna Harry.
-Parce que je suis le seul, ici, représentant l'autorité, dit le blond en passant une main distraite dans son dos. Je suis le plus proche d'un alpha et surtout, je ne suis pas un étranger, contrairement à Remus. »
Harry approuva muettement et enleva la main de Draco sur son dos pour la placer sur l'assiette de sandwich.
« Mange », dit-il simplement.
Draco obéit sans rechigner. Le silence se fit pesant, jusqu'à ce que Greyback n'entre, suivi d'un Chyreer soudainement plus assuré.
« Il me semblait que tu devais le raccompagner à la sortie, une fois la conversation terminée.
-Quels sont tes projets pour Harry, attaqua presque Remus en se levant.
-Mes projets ? demanda Greyback, interrogateur.
-Que comptes-tu faire de lui ? Comptes-tu lui donner une formation magique quelconque ? Une initiation au combat en général ? »
L'alpha sembla un instant sceptique.
« Non, pourquoi ?
-Ah ! s'exclama l'ancien professeur, presque vainqueur. Non ! Non, dis-tu ! Et quoi, alors ? Tu vas lui apprendre à faire ses propres nœuds, histoire qu'il se ligote lui-même le jour où tu le livreras à ton maître ?
-Je n'ai aucunement l'envie de le livrer, Remus. Sinon, je ne passerais pas mon temps à l'éduquer !
-Une éducation inutile, par les temps qui courent, trancha l'autre homme. Tu sais que Tu-Sais-Qui veut le tuer, le combattre. Tu sais aussi que Draco est un alpha. Qualifie-le de potentiel si tu veux, mais il est un alpha. Et deux alphas ne cohabitent pas. L'enseignement des règles de ton village, de sa composition, est totalement obsolète car ils n'auront pas la direction de ce village ! Et qui te dit même qu'ils créeront un village ? Tu les occupes, tu les distrais. Quelle est ton intention ? »
Greyback fronçait les sourcils tout en regardant Remus fixement. Un bout d'un moment, il se détendit.
« Pense ce que tu veux, ça m'est égal. Peu importe ce que je fais, ce n'est jamais assez bien pour toi, de toute façon.
-Tu es un mangemort, répliqua Remus. Tu ne peux pas faire le bien, tu ne sais même pas ce que c'est ! »
Il y eut un long silence et Harry retint sa respiration. Les deux hommes se fixaient, l'un avec haine, l'autre avec une lassitude presque douloureuse.
« Tu n'as pas toujours pensé ça de moi, Remus. Ne peux-tu pas simplement te rappeler de ce que nous étions avant…
-Ce que nous étions avant ? siffla Remus. Qu'étions-nous exactement ? J'étais juste un gosse qui avait pitié d'un clochard et qui lui apportait à manger chaque soir. Chaque putain de soirée je t'apportais les restes de ma famille, je t'ai donné une couverture ! Je te prenais pour un ami !
-Je l'étais, répondit calmement Greyback. Je t'ai dit que j'étais désolé. Je ne me suis pas contrôlé, j'étais…
-Tu as déjà dit tout ça ! coupa Remus, criant presque. Tu as déjà dit que tu étais désolé, le soir même où tu m'as mordu alors que je venais de t'apporter du thé. Tu as dit que tu étais désolé, mais que tu t'occuperais de moi, que tout irait bien ! J'avais six ans à peine et tu as profité de ma pitié pour toi pour essayer de m'enrôler dans ta stupide meute !
-Je n'avais pas de meute. C'est bien pour ça que je t'ai mordu.
-Pauvre alpha abandonné. Tu crois que je vais te pardonner sous prétexte que la solitude t'avait rendu fou ? Ne rêve pas, Greyback, je ne te pardonnerai pas. J'avais six ans, je te croyais abandonné et seul. Autant que je l'étais. J'ai voulu t'aider, je suis devenu ton ami. Tu n'étais plus seul quand tu m'as mordu. »
Greyback ne répondit pas. Il se contenta de secouer la tête d'un air las.
« Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? dit-il enfin. Je suis désolé, c'est la vérité. Mais je ne peux plus rien y faire, à présent. Tu es ce que tu es. Tu te fais du mal en ne t'acceptant pas…
-Répare tes torts, coupa Remus.
-Réparer ? demanda Greyback, sceptique.
-Libère Harry et Draco de leurs obligations, à l'exception de l'entraînement physique. Libère-les et laisse-moi les entraîner à la magie. Si vraiment tu ne veux pas servir Tu-Sais-Qui, si vraiment tu es désolé de ce que tu m'as fait… donne tes ordres. »
Greyback resta silencieux comme la mort. Il fixait Remus avec une expression si étonnée que Harry fut incapable de déterminer ce qu'il allait dire ou faire. Le temps semblait comme suspendu entre eux.
« Et tu me pardonneras ? demanda enfin l'alpha. Tu me pardonneras enfin ?
-Jamais, répondit Remus, avec feu. Mais je pourrais faire un effort pour te tolérer. »
Greyback eut comme un sursaut mais resta silencieux. Il jeta un œil à Harry et Draco, toujours assis sur le fauteuil. Le blond mangeait, comme indifférent, mais ses sens étaient aux aguets.
« Ils sont en danse, dit soudainement l'alpha. J'ai puni Draco en le séparant de Harry… Mais tout le village n'arrête pas de se plaindre de ça. »
Il se passa une main dans ses cheveux sales et emmêlés.
« D'accord, dit-il. Vous changez de programme. Le matin sera consacré à la magie. L'après-midi sera divisé entre l'entraînement physique et vos responsabilités au village. Et je n'en démords pas, Remus, c'est à prendre ou à laisser. Ils doivent apprendre le fonctionnement d'une meute, c'est essentiel. Draco est un alpha, tu l'as dit toi-même. Il pourrait vivre avec Harry uniquement, mais il y a aussi la possibilité qu'il soit chef de meute. La vie est longue. En outre, j'ai reçu aujourd'hui un courrier qui m'oblige à poursuivre leur éducation, en particulier celle de Potter.
-Une lettre ? » demanda Draco, étonné.
Greyback le regarda d'un air à la fois agacé et frustré.
« Nous sommes convoqués, dit-il. Tous les alphas et leur compagnon sont convoqués pour la grande réunion annuelle. Et même si tu n'es qu'un potentiel, tu es convié également, ainsi que Rosalia, Gabriel, Joshua… Et Potter, vu qu'il est ton compagnon. Ça aura lieu le mois prochain. D'ici là, Potter et toi devez apprendre les bonnes manières.
-Je connais les bonnes manières, s'impatienta Draco.
-Celles des humains, certainement, mais pas celles des loups. Tu en sais plus que Potter, cela dit. »
Harry se retint de grogner. Ben voyons, c'était lui le mal élevé !
« Quoi que tu décides, Remus, ils doivent rester ici pendant un mois encore. Ensuite… Ensuite, advienne que pourra. Si Potter est prêt… Vous ferez ce que vous voudrez pour que cette guerre se termine. »
A suivre…
Et au passage, le prochain chapitre s'appelle « Retrouvailles ».
