Quelques jours plus tard, John fit ses adieux à la Tour et ses habitants. Il en ressortait certainement plus chargé qu'il n'y était arrivé. Un petit sac contenait des vêtements et les médicaments qu'il devrait continuer à prendre pendant encore quelque temps. Matt s'était assuré que son appartement lui appartenait toujours et avait même fait le nécessaire pour qu'une société de services vienne le nettoyer. John ne s'était pas inquiété pour sa cache d'armes, sachant pertinemment que Shaw en avait très certainement pris possession après sa mort.
John retrouva avec plaisir la grande pièce largement éclairée par les immenses fenêtres, mais il ne s'attarda pas. Il avait une adresse à visiter.
Suivant les indications envoyées par « Thornhill », il pénétra dans un bâtiment, puis descendit les dernières marches. Sur sa droite le couloir débouchait sur une pièce brillamment éclairée. Il fit un pas dans la direction et s'immobilisa le canon glacé d'un revolver venait de se poser sur sa nuque. Il leva lentement les mains.
"Shaw, je sais que tu m'avais tiré dessus la première fois que nous nous sommes rencontrés. Mais je pensais que tu avais perdu l'habitude de me menacer d'une arme chaque fois que tu me croises. »
Avant que Shaw nevienne travailler avec eux, chaque rencontre avec elle s'était faite en faisant face au canon de l'arme de l'ex-agent. Heureusement, elle n'avait tiré que la première fois, car les gilets arrêtaient peut-être les balles mais le choc de l'impact était toujours douloureux.
A ses pieds, Bear venait de se précipiter et aboyait gaiement tout en sautant pour essayer de lui lécher le visage. Apparemment, la joie de revoir son maître prenait le pas sur sa formation militaire.
"Et si tu as des doutes sur mon identité, Bear semble lui convaincu."
"Bear, affligen !" lança Shaw d'un ton sec.
Bear couina sa déception, mais alla se coucher sur sa couverture, gardant la tête tournée vers John.
Derrière lui le silence persista et l'arme ne bougea pas d'un centimètre.
"A vrai dire j'hésite," commença Shaw prenant un malin plaisir à laisser la situation s'éterniser. "J'ai de nombreuses bonnes raisons pour faire feu. Le fait qu'apparemment tu es vivant bien qu'on t'ait enterré, avoir gardé le silence pendant près de dix mois, entrer dans le nouveau QG comme si tu étais chez toi…"
L'arme bougea imperceptiblement. "Ah si, et j'oubliais, avoir omis de m'indiquer que tu connaissais Daredevil…"
John fronça les sourcils. Comment Shaw pouvait-elle être au courant ?
"Le rencontrer à tes obsèques a été pour le moins surprenant."
John eut un léger sourire. Voilà un détail que Matt s'était bien gardé de lui confier.
"Shaw, pourrais-tu réfléchir à ces options une fois que j'aurai baissé les bras ? Je sors d'une convalescence assez longue, cette position n'est pas vraiment confortable."
La réaction fut immédiate. Shaw rangea instantanément son arme et attrapa John par le bras pour le conduire jusqu'à un fauteuil où elle l'installa. Une main sur son poignet, l'autre sur son visage, elle prit son pouls tandis qu'elle soulevait les paupières pour mieux observer les yeux. John s'abstint de tout commentaire. Shaw avait plutôt bien réagi à sa réapparition, il ne tenait pas à se plaindre.
Elle poussa un grognement satisfait et se redressa. "Ca a l'air d'aller."
"Oui, je te remercie. Les médecins m'ont laissé enfin sortir."
Shaw resta debout face à lui l'observant. "Tu es donc vivant," remarqua-t-elle en croisant les bras.
"Il semblerait."
Bear revint tenant dans sa gueule une peluche qu'il posa avec précaution sur les genoux de John et il s'assit à ses pieds, la truffe posée sur les pieds de John.
Shaw se mit à rire.
"Quel accueil ! Pour ton information, cette peluche est son jouet préféré. Il ne laisse personne s'en approcher. Te la donner ainsi est sans doute le plus beau cadeau qu'il puisse te faire."
Elle baissa les yeux vers Bear. "Ingrat !" reprocha-t-elle à l'animal. Regardant de nouveau John, elle ajouta, "il t'a toujours préféré."
"J'étais son maître," rappela John.
"J'en sais quelque chose. J'ai bien cru que j'allais le perdre. Il a eu beaucoup de mal à se remettre de ta disparition."
John regardait Shaw attentivement. Il connaissait son problème relationnel et n'était donc pas vraiment surpris qu'elle ne manifeste pas davantage son probable plaisir de le savoir vivant. Il ne put s'empêcher de la taquiner néanmoins, il était bien trop content de la revoir.
"Et je ne t'ai pas manqué un tout petit peu à toi ?"
Shaw fronça les sourcils comme confrontée à une question insoluble. Elle s'assit à ses côtés sur le canapé.
"D'abord Root, puis toi, ensuite Finch qui s'en va…" Elle regardait fixement l'autre côté de la pièce clairement perturbée par la situation.
"Sameen," dit John doucement. "Je t'aurais contactée plus tôt si j'avais pu, mais je n'étais pas en état de le faire."
"J'imagine… Recoller les morceaux après s'être fait pulvériser par un missile ne doit pas être une mince affaire." Elle se tourna pour le regarder. "Comment t'en es-tu tiré ?"
"C'est une longue histoire…"
"Que tu vas me raconter si tu ne veux pas que je décide finalement de te tirer dessus quand même."
John rit doucement. Venant de Shaw, cette remarque voulait juste dire « je suis heureuse de te revoir».
"J'ai cru comprendre que tu m'en as voulu de ne pas t'avoir dit que je connaissais Daredevil…"
"Une autre histoire que tu vas devoir me raconter, mais je veux d'abord savoir comment tu as pu survivre à un missile."
"En n'étant plus sur place au moment de l'impact."
"Tu es capable de voler maintenant ?"
"Moi non, mais Ironman oui," répondit-il simplement en attendant la réaction.
Il ne fut pas déçu. Shaw écarquilla les yeux, clairement estomaquée et ouvrit la bouche une ou deux fois sans parvenir à parler. Elle avala visiblement sa salive et parvint enfin à s'exprimer.
"Je te déteste. La plupart des gens ne croisent même jamais les superhéros, et toi tu trouves le moyen d'en connaître deux."
John se racla discrètement la gorge.
"Non… Non," répéta Shaw, prenant soudain conscience de l'endroit où Ironman l'avait de toute évidence emmené.
Elle le regarda en silence. John fit une petite grimace et s'excusa d'un léger mouvement d'épaule. Elle se leva d'un bond et se mit à faire les cents pas.
"Tu les as tous vus ?" demanda-t-elle d'une voix presque révérencieuse.
John hocha la tête, amusé par la réaction de Shaw. Ils n'avaient jamais abordé le sujet des Avengers, mais de toute évidence Shaw leur vouait la même admiration que la plupart des habitants de New York.
Elle s'immobilisa et le regarda de nouveau.
"Je comprends mieux qu'ils aient réussi à te retaper. Ces types ont des techniques qui feraient baver d'envie le meilleur des hôpitaux."
"Et même pour eux, ça a été très chaud pendant quelques jours. Ils me donnaient peu de chance de survie."
"J'aurais bien aimé voir les scanners et radios qu'ils t'ont fait…" Bien qu'elle ait abandonné sa profession de médecin, sa curiosité en tant que chirurgien se manifestait.
"Ca doit être faisable." Il serait même intéressé d'avoir l'opinion professionnelle de Shaw. Il savait que contrairement à n'importe quel autre médecin, elle ne mâcherait pas ses mots et lui dirait toute la vérité sur son véritable état de santé et les séquelles sur lesquelles il pouvait compter à long terme.
"Tu es resté à la Tour pendant tous ces mois ?"
"Oui."
Shaw l'observa un instant se souvenant de ses blessures après la mort de Carter, comment il avait frôlé la mort et avait disparu dès qu'il avait pu se mettre debout. Pour qu'il soit resté aussi longtemps dans la Tour, il avait dû être dans un état encore plus effroyable.
Puis elle comprit. Quand il s'était s'agit d'elle et Finch, il avait préféré disparaître que de devoir dépendre d'amis. A la Tour, ce n'était que des étrangers, dans un monde où on le croyait de toute façon mort. Il n'avait pas eu besoin de sauver les apparences.
John se pencha pour gratter la tête de Bear. Le malinois se leva d'un bond et entreprit de lui laver le visage à grands coups de langue. John se mit à rire, bientôt dépassé par les mouvements intempestifs du chien que ne savait comment manifester sa joie.
"Ca suffit, Bear. Assis !" finit-il par ordonner.
Le malinois obéit immédiatement mais sa queue continuait à bouger frénétiquement. John lui fit une dernière caresse et se leva bien décidé à explorer les lieux.
Une banque désaffectée… Celle-là même dont il avait aidé à faire sauter le plafond. De toute évidence les propriétaires n'avaient pas apprécié que l'on puisse ainsi pénétrer dans les lieux et avaient fermé boutique. La mauvaise presse n'avait pas dû aider et le bâtiment était toujours inoccupé. La Machine avait sans doute trouvé le moyen d'acheter l'endroit. Jamais Finch lui-même n'aurait acheté un bâtiment qui comportait de tels mauvais souvenirs. Les jours qui avaient suivi faisaient partie des plus sombres de la vie de John, d'abord Rikers puis le gilet d'explosifs…
Ils s'étaient bien évidemment installés dans les sous-sols. La sécurité accrue des lieux était un avantage évident, et l'accès y était possible par plusieurs entrées, même s'il était en partie responsable de l'une d'entre elles...
Shaw observait John pendant qu'il examinait la pièce. Sa démarche semblait fluide et un inconnu n'aurait pas vu la différence, mais elle le connaissait depuis des années. Il avait perdu cette sorte de grâce féline qui le caractérisait. Les meilleurs médecins et prothèses du monde ne pouvaient pas remplacer un vrai corps.
"Tu fais bien tes exercices quotidiens ?" demanda-t-elle, le médecin en elle reprenant le dessus l'espace d'un instant.
John se retourna et lui adressa un regard amusé en soulevant un sourcil. Shaw conserva son regard courroucé et John redevint sérieux.
"Oui docteur," répliqua-t-il sarcastique. "Je ne désespère pas de retrouver toute ma mobilité."
"Ce n'est pas…" Parler à ses patients n'avait jamais été son fort, mais là il s'agissait de John, un ami ; le voir serrer les dents en la regardant l'arrêta. Inutile de lui répéter une nouvelle fois ce que ses médecins lui avaient sans aucun doute dit et redit, à savoir qu'il ne retrouverait probablement jamais son corps d'avant l'attaque.
"Tu reviens travailler avec nous alors ?" demanda-t-elle.
"Vous ?" demanda-t-il surpris. "Vous êtes combien ?"
"Pas assez, crois-moi. L'équipe de Washington, que tu connais. Moi et Bear ici à New York. Les geeks de Root pour la partie informatique…"
"Ils sont installés ici ?"
"Oh non, ils vont et viennent. Ils n'ont pas forcément besoin d'être là physiquement. Du moment qu'ils ont un ordinateur et une connexion internet, tu sais…"
John s'arrêta devant la porte ouverte du coffre-fort. Shaw avait transformé la pièce en arsenal militaire. Les armes étaient soigneusement rangées. Elle avait de quoi s'emparer d'un petit pays, voire d'un pays pas si petit que cela. Il reconnut une partie de son armement.
"T'as des trucs à moi là-dedans," fit-il remarquer. Shaw se contenta de soulever un sourcil incrédule. John sourit, il savait qu'il pourrait en reprendre possession quand il voudrait. "Thornhill vous a trouvé une chouette planque."
"Thornhill ?" fit Shaw surprise.
"La Machine," expliqua John.
"Oui, bien sûr, j'avais compris. C'est juste que je n'ai jamais utilisé ce nom…"
"Elle l'a utilisé pour s'identifier quand elle m'a appelé sur mon portable."
"Elle t'a appelé ?"
"Comment crois-tu que j'ai pu arriver ici ?"
"En me surveillant comme tout espion digne de ce nom."
"C'est démodé. Pourquoi se fatiguer quand il suffit de demander à une Machine qui voit tout ?"
"Si on m'avait dit que tu finirais par te conduire comme Root…" Shaw fit une grimace. La mort de la jeune femme l'avait affectée plus qu'elle n'était prête à l'admettre, ou qu'elle n'était capable de gérer émotionnellement.
John ne dit rien. Il savait combien ils avaient tous été affectés quand la Machine avait décidé de prendre la voix de Root pour s'exprimer après sa mort.
"Tu reviens t'occuper des numéros ?" demanda enfin Shaw.
"Tu avais des doutes ?"
"Finch n'étant plus là…"
"C'est toi qui fait les chèques ?"
"Nous ne manquons pas de finances si cela t'inquiète."
"J'ai peu de besoins."
"Tu as récupéré ton appart' ?" demanda Shaw avec l'ombre d'un sourire.
"Oui…" répondit John méfiant.
Le sourire de Shaw s'amplifia. "Bien, ça veut dire que Bear continuera à rester ici."
"Il reste mon chien…" rappela John.
"Oui, on verra…"
Ayant entendu son nom, le malinois s'était approché et les regardait les deux. Il les gratifia chacun d'un coup de langue et s'assit entre les deux.
"Pas le droit de tricher en lui achetant des cadeaux extravagants," prévint John.
"C'est un animal intelligent, il saura faire le bon choix."
"Alors, tu as un nouveau numéro?"
"Ca tombe bien que tu en parles…"
John ralentit le rythme, passant d'un jogging tranquille à une marche tonique. Il expira longuement.
Serrant les dents sur sa frustration, il s'obligea à continuer en marche rapide. Il n'aurait pas dû être aussi fatigué par les quelques kilomètres qu'il venait de couvrir.
Il n'y avait pas si longtemps, cela n'aurait représenté que la phase d'échauffement.
Bien sûr, il n'y avait pas si longtemps il avait été réduit en miettes.
Il n'y avait pas si longtemps, il était encore confiné dans un fauteuil roulant…
La partie rationnelle de son cerveau savait que c'était une question de temps. La partie moins rationnelle commençait à trouver ce temps un peu trop long.
Ralentissant le pas, le souffle quasiment revenu à un rythme normal, il observa le parc autour de lui. On ne perdait pas des habitudes de surveillance devenues réflexe. Des joggers, des mères avec leurs poussettes, des touristes. La population classique du parc dans la journée.
Le pas quelque peu laborieux d'un individu retint son attention. De toute évidence, John n'était pas le seul éprouvant des difficultés avec son corps. L'homme tourna vers l'allée de droite. John vit d'abord la canne blanche… puis le visage familier.
Matt.
Une ombre passa sur son visage. Il avait déjà vu Matt en mauvais état par le passé, mais le jeune homme semblait à deux doigts de s'écrouler.
Il s'approcha lentement et l'appela en restant à distance. Il ne tenait absolument pas à le surprendre. Matt risquait de réagir de manière instinctive et se blesser quand son corps ne fournirait pas toute sa coopération. John savait exactement ce qu'il en était.
"Matt !" fit-il en l'abordant.
L'avocat s'arrêta et se tourna vers lui, un sourire aux lèvres.
"John. Si je m'attendais à te croiser ici !" Il pencha la tête, cette attitude typique qu'il adoptait quand il laissait ses sens étudier son environnement. "Je suis content de voir que tu vas mieux."
"Pas vraiment." John répondit plus sèchement qu'il ne l'aurait dû." Mais toi tu as l'air encore en plus mauvais état que moi quand on m'a fait exploser sur ce toit." La formulation était sans doute un peu abrupte, mais elle décrivait la vérité. Matt faisait peur à voir.
"Toi au moins, tu as eu la bonne idée de te trouver au sommet d'un immeuble avant qu'il ne s'effondre," marmonna Matt. Il se remit en route. "Ca ne t'ennuie pas si nous continuons à marcher ? J'ai besoin de faire de l'exercice."
Un immeuble qui s'effondre, se répéta John silencieusement. Les médias avaient fait la part belle à l'incident au Midland Circle quelques semaines plus tôt. Et si le passé de John lui avait enseigné une chose, c'était bien d'identifier quand la vérité était travestie. Il n'avait pas cru à la théorie du tremblement de terre, pas plus qu'à celle de travaux qui avaient fragilisé le sol conduisant à l'effondrement d'un immeuble, qui justement avait permis au terrain de se stabiliser.
"D'accord. Et comment tu échappes à un immeuble de cinquante étages qui te tombe sur la tête ? Je sais parfaitement que ton armure n'est pas aussi solide."
"C'est une longue histoire…"
"Je n'en doute pas un instant."
Ils continuèrent à marcher en silence jusqu'au moment où John ne supporta plus les plaintes étouffées de son ami. Bien sûr, Matt préférerait mourir plutôt que de l'admettre.
"Matt, cela t'ennuie si nous nous asseyons un instant ? Je n'ai pas encore retrouvé toutes mes forces. J'ai l'impression d'avoir fait un marathon et non d'avoir couru juste quelques kilomètres."
Le sourire amusé sur les lèvres de Matt lui montra que celui-ci n'était pas dupe, mais il se dirigea vers le banc le plus proche et s'assit, laissant échapper un soupir évident de soulagement.
"Alors, cette longue histoire…" Oui, il était curieux. Il l'admettait. Et Matt n'avait pas nié avoir été blessé lors de l'explosion.
"Tu n'as pas des numéros à sauver ?" demanda Matt en passant la main devant sa bouche en murmurant le mot "numéro".
"Pas aujourd'hui. En fait, c'est surtout Shaw qui s'en occupe. Malgré la meilleure volonté du monde, je ne suis pas encore capable de me montrer très utile."
"En tout cas, tu peux au moins courir."
"Bon sang, que t'est-il arrivé ?"
"Tu ne vas pas laisser tomber, hein ?"
"Non. Tu étais présent quand j'ai eu besoin d'aide. Ceci est ma revanche." La présence de Matt à ses côtés après l'accident avait été précieuse même s'il lui était difficile d'admettre que lui aussi avait parfois besoin du support d'un ami.
Matt rit doucement. "La prochaine fois, je laisse Tony se débrouiller tout seul."
"J'aimerais autant qu'il n'y ait pas de prochaine fois…"
"Je ne sais pas. Après tout, si les gens peuvent ressusciter, pourquoi pas les Intelligences Artificielles ?"
"Les gens ne ressuscitent pas Matt. Quoi qu'en dise ta religion."
"Ceci de la bouche d'un homme revenu d'entre les morts."
"De la bouche d'un homme ayant feint sa mort…"
"Tout le monde a cru que j'étais mort pendant quelques semaines."
"C'est exactement ce que je disais. Pas mort."
"On avait pourtant enterré Elektra."
Elektra. L'ex petite amie. L'ex petite amie morte. Il avait rencontré Matt le jour de son enterrement. Celui-ci était tellement déprimé que boire de l'alcool en plein milieu de la matinée ne l'avait absolument pas dérangé.
"Ca ne l'a pas empêchée de revenir d'entre les morts et d'essayer de me tuer."
"Tu es sûr que les produits chimiques qui t'ont brûlé les yeux n'ont pas affecté ton cerveau ?" John avait croisé sa part de choses bizarres. Mais s'il y avait une chose qui était finale, c'était bien la mort. La vraie mort s'entend.
"Je ne sais pas par où commencer."
"Généralement le début fait sens."
"Le début remonte à quelques milliers d'années."
"Une chance que je sois libre alors."
Et Matt lui raconta une histoire fantastique, peuplée de dragons, d'humains immortels, d'hommes dont la peau arrêtait les balles, de femmes capables de retenir des cages d'ascenseur d'une seule main. Il y avait des histoires de katanas et de têtes tranchées, des batailles se déroulant trente étages sous terre, des affrontements inimaginables. Et en trait d'union, un groupe de gens réunis par l'amour qu'ils portaient à leur ville.
"Je ne comprends toujours pas comment tu es sorti des décombres," énonça John.
Matt se mit à rire, puis s'arrêta en se tenant les côtes.
"Ne me fais pas rire, ça fait mal," se plaignit-il. "Je te raconte une histoire qui me vaudrait d'être interné et tout ce qui te chagrine c'est comment je suis sorti ?"
"Si je racontais ma lutte contre deux IA, on me mettrait sans doute dans une chambre contigüe à la tienne."
Matt étouffa un nouveau rire en grimaçant. "Ouais, y'a des chances."
John patienta en silence.
"Les squelettes des dragons formaient une sorte de tunnel. J'ai dû un peu creuser, mais j'ai atteint un égout." Matt se redressa péniblement. "Je ne sais toujours pas comment je suis arrivé à l'orphelinat ceci dit." Il se leva lentement. "John, je dois bouger sinon je m'ankylose. Et ce banc est loin d'être confortable."
John l'observa tandis qu'il s'étirait en douceur. Etant donné que l'accident était arrivé environ trois semaines plus tôt, Matt s'en sortait plutôt bien. Lui-même était encore dans le coma trois semaines après son propre accident.
"Tes amis savent que tu es vivant ?" demanda John.
"Et les tiens ?" rétorqua Matt.
"Ma question."
"Karen et Foggy sont au courant. Et père Lantham." Matt fronça les sourcils. "En fait, je me demande si ce n'est pas lui qui m'a conduit chez les sœurs. Apparemment, je n'étais plus en armure…"
"Finch est en Italie. Lui apprendre que je suis vivant n'est pas le genre de nouvelle que j'ai envie de transmettre par téléphone," expliqua John avant que Matt ne lui demande une nouvelle fois.
"Zoé?"
John sourit malgré lui. Il devrait sans doute aller lui rendre visite.
"Après, je la crois bien capable de t'en coller une. Fais gaffe," plaisanta Matt sans attendre la réponse de John.
"Et tes nouveaux amis ?"
"Je ne suis pas sûr que ce soit vraiment des amis…" expliqua Matt avec une hésitation dans la voix.
"Collègues ?" proposa John.
"Des gens avec lesquels j'ai traversé une épreuve difficile. Nous avons été proches car il le fallait à ce moment-là, puis chacun a repris sa vie." Matt sembla y penser un instant. "Ils sont bizarres…"
"De la part d'un type qui se balade dans un costume rouge la nuit."
"Ils n'ont pas arrêté de me chambrer sur mon armure. Je dois cacher mon visage si je veux continuer à exercer en tant qu'avocat !" explosa Matt.
"Hé ! Je n'ai rien contre, moi," se défendit John en levant les mains. "J'ai vu comment elle te protège. Je suis content que tu l'aies."
Matt se tourna surpris. "Merci," répondit-il, content que John le comprenne.
"Bon bien sûr, il y a cette histoire de cornes," murmura John.
Matt ouvrit la bouche pour protester puis s'aperçut que John le taquinait.
"Oui, oui, moque-toi…" fit-il en secouant la tête. "Vas donc rendre visite à ton amie Zoé. Transmets-lui mes amitiés."
"Je n'y manquerai pas." John tendit la main, nullement surpris quand Matt lui rendit sa poignée de main. "Prends soin de toi et donne de tes nouvelles."
"Je t'avais dit que si je pouvais t'aider un jour…"
"Pour le moment, ni l'un ni l'autre ne sommes en état d'aider qui que ce soit. Mais le moment venu…"
Ils prirent des directions opposées.
John se dirigea vers leur nouveau QG. Même s'il ne pouvait pas trop intervenir physiquement, la surveillance ne demandait généralement pas trop d'énergie.
Matt continua à marcher. Il gagnerait la bataille contre son corps même s'il devait continuer à serrer les dents en attendant.
Comme l'avait indiqué Finch une fois, les numéros ne cessaient jamais d'arriver. Malheureusement l'état physique de John lui empêchait d'être vraiment actif. Il devait se contenter de missions de surveillance et se résigner à appeler Shaw à la rescousse quand il fallait intervenir.
Ces derniers temps, le nombre de numéros fournis par la Machine lui semblait supérieur à la moyenne, mais cela tenait sans doute à sa longue absence. Le fait de ne pouvoir intervenir était également frustrant et faussait sans doute également sa perception de la réalité.
Cet après-midi, après s'être assuré que leur numéro ne risquait rien, il avait enfin décidé de ne plus reporter sa visite à Zoé.
Il avait longuement hésité avant de se décider à aller la voir. Sa rencontre avec Matt avait fini par le convaincre qu'il n'avait aucun intérêt à attendre plus longtemps. Et en toute honnêteté la jeune femme lui avait sérieusement manqué, il avait hâte de lui reparler.
Tandis qu'il sonnait à sa porte, il s'interrogeait néanmoins sur sa réaction. La connaissant, il y avait peu d'options, soit elle lui claquait la porte au nez furieuse de la supercherie, soit elle serait trop heureuse de le revoir pour lui en vouloir. Il avait une préférence marquée pour cette option qui lui permettrait de l'embrasser beaucoup plus rapidement.
La porte s'ouvrit et Zoé écarquilla les yeux clairement prise de cours. Le visage livide, elle ouvrit la bouche puis sembla s'écrouler sur place. John eut juste le temps de la retenir par les vêtements afin de ralentir sa chute et lui éviter de se fracasser sur le crâne sur le sol. Il aurait dû se douter que Zoé n'allait pas réagir comme il s'y était attendu.
Il prit la jeune femme dans les bras, ferma la porte d'un coup de pied, et alla l'installer sur le canapé. Il s'installa à ses côtés et lui tapota doucement les mains.
"Zoé, Zoé," appela-t-il essayant de la faire revenir à elle.
L'abandonnant quelques instants, il alla chercher un verre d'eau. S'il le fallait il lui en aspergerait le visage.
La négociatrice commença à bouger et ouvrit les yeux. Elle eut un mouvement de recul comme si elle le voyait pour la première fois.
John lui effleura le visage du bout des doigts.
"Tout va bien Zoé, respire." Il l'aida à s'asseoir, gardant une main derrière son dos. Elle semblait prête à s'effondrer une nouvelle fois.
John prit le verre d'eau sur la table et la força à boire quelques gorgées. Zoé se passa la langue sur les lèvres et parla enfin.
"John," murmura-t-elle.
L'ex-agent lui offrit un de ses plus beaux sourires. "Bonjour Zoé."
"John," répéta-t-elle une nouvelle fois, sa lèvre inférieure se mit à trembler.
John fronça les sourcils. Il n'avait jamais vu Zoé dans cet état. A sa décharge, elle avait assisté à son enterrement et avait sans doute passé les mois suivants à faire son deuil. Même une femme aussi forte qu'elle avait le droit d'être quelque peu bouleversée.
Et contre toute attente, Zoé se jeta dans ses bras et se mit à sangloter.
Pris au dépourvu et mal à l'aise devant des larmes féminines, John l'entoura de ses bras et lui tapota maladroitement le dos.
"Chhh…. Ca va aller…" Il essaya de trouver les mots adéquats, mais cela s'avérait compliqué. Il n'avait jamais été très fort pour communiquer et voir Zoé dans cet état lui faisait perdre tous ses moyens.
Après quelques minutes, Zoé se calma et s'écarta doucement, relevant la tête pour le regarder attentivement.
"C'est bien toi," murmura-t-elle comme si elle avait cru à un mauvais rêve.
"Oui," répondit-il doucement, en écartant les cheveux de son visage d'un geste attentionné.
Elle ouvrit la bouche et bougea les lèvres sans qu'aucun son n'en sorte, incapable de trouver les mots par lesquels commencer.
John reprit le verre d'eau sur la table et le lui tendit.
"Je vais avoir besoin de quelque chose de beaucoup plus fort John," annonça-t-elle fermement ayant enfin retrouvé sinon ses esprits, au moins sa voix.
La laissant un instant, il se dirigea vers le bar et prit la bouteille de whisky. Il revint avec deux verres et reprit sa place à côté de Zoé.
"J'avais envisagé plusieurs hypothèses sur ta réaction à mon arrivée. Je dois avouer que te voir défaillir n'en faisait pas partie."
"Défaillir ?" répéta Zoé incrédule. "Tu te crois au 17ème siècle John ? Tu as failli me causer un infarctus !"
Elle posa sa main sur le bras de John comme si elle avait besoin de s'assurer qu'il était bien réel. Elle accepta le verre que lui tendait John et le vida d'un trait. John souleva un sourcil surpris. Il avait servi une ration généreuse.
"Quoi ?" se défendit Zoé. "Si tu as le droit de te faire passer pour mort pendant près d'un an j'ai bien le droit de me saouler quand tu réapparais."
John se contenta de remplir le verre une nouvelle fois sans dire un mot.
Avec le recul, John se dit que la raison pour laquelle il n'avait pas noté la récurrence tenait au nombre élevé de numéros fournis par la Machine. Lui et Shaw n'avaient pas une minute et il avait fini par appeler Matt à la rescousse pour leur donner un coup de main.
En ce moment, il gérait les cas de six numéros à la fois. Il était content d'avoir récupéré quasiment l'intégralité de ses forces ou il n'aurait jamais été capable de faire face à autant de travail. Shaw ne chômait pas non plus les longues heures la rendaient encore plus sombre qu'à l'accoutumée.
Aussi quand elle l'appela en fin d'après-midi, il ne salua même pas.
"Shaw, si tu m'appelles pour me dire qu'on a un nouveau numéro, tu ne vas pas aimer ma réponse."
"Je pourrais te mentir. Cela ne me pose aucun problème," répondit Shaw sans une trace d'humour dans la voix. "Bien évidemment, ça ne changera rien à l'affaire."
John ferma les yeux et poussa un soupir. Ils ne pouvaient pas continuer à cette cadence. De longues journées suivies de nuits tout aussi longues étaient une chose. Mais à long terme cela allait leur être fatal. Tôt ou tard, ils feraient une erreur qui ne pardonnerait pas.
"Il est temps d'appeler des renforts, Shaw."
"Pardon ? Lionel ne sait toujours pas que tu es en vie."
"Je pars recruter." John mit fin à l'appel sans donner davantage d'information.
Il savait que Matt serait heureux de les aider s'il en avait la possibilité. Il avait suivi son parcours à travers la presse et avait été soulagé quand Daredevil était réapparu à la une. Cela signifiait qu'il s'était remis de ses blessures et agissait de nouveau dans les rues. Il savait surtout que les titres qui faisaient les en-têtes des articles n'étaient qu'une petite partie de ses actions. Avec un peu de chance, il pourrait leur accorder un peu de temps pour gérer les numéros.
Le trouver de jour n'était pas un problème. Le trouver de nuit allait s'avérer plus problématique. Même si Hell's Kitchen ne couvrait pas une zone immense, cela représentait quand même plusieurs centaines de mètres carrés. S'en remettre à la chance allait leur prendre beaucoup de temps.
Heureusement, la Machine était maintenant plus accommodante quand on lui posait une question directe. Bien sûr les caméras pointaient plutôt vers les rues et non les toits cela risquait donc de prendre un peu plus de temps, mais tôt ou tard ils verraient Daredevil au niveau des trottoirs. Ayant demandé à Thornhill de leur trouver Daredevil, John patienta tout en s'occupant d'un autre numéro.
Posant une main au sol, Matt pivota pour reprendre appui sur les pieds. Il attrapa du même geste le bâton à sa hanche. Il se battait depuis plusieurs minutes avec l'homme de main d'un dealer particulièrement virulent. Matt l'avait suivi plusieurs jours avant de décider de lui mettre la main dessus et le "convaincre" de parler. Cela s'avérait plus compliqué qu'il ne l'avait anticipé.
Soit le type refusait de s'avouer vaincu, soit il utilisait les produits de son patron. Matt était essoufflé par la bagarre, mais l'homme de main continuait à repartir à l'assaut. Il utilisa son bâton sans effet notable. Il avait peut-être sous-estimé sa taille, bien qu'il en douta. Il l'avait copieusement arrosé de coups, il avait pu se rendre compte de la corpulence de son adversaire.
Le frottement de semelles au sol lui fit comprendre qu'il avait désormais un témoin. Il espérait de tout cœur qu'il ne s'agissait pas d'un « fan » essayait de glaner une photo du justicier nocturne de Hell's Kitchen. La publicité que lui faisaient les médias était loin de lui plaire.
Deux coups de feu le firent sursauter il entendit les cris de son adversaire et le bruit de son corps tombant au sol. Le curieux ne s'était visiblement pas contenté de regarder, mais Matt ignorait s'il ne serait pas la prochaine victime. Il s'éclipsa derrière une poubelle. Son armure ne le protégeait pas des balles.
"Tu peux sortir. Je ne vais pas te tirer dessus. "
"John ? " demanda Matt estomaqué.
"Oui. "
Matt expira bruyamment, essayant de reprendre son souffle et faisant redescendre son adrénaline.
"J'espère que tu ne m'en veux pas d'être intervenu, mais je suis persuadé qu'il l'avait mérité, " commenta John.
"Les armes ne sont pas la solution John. "
"Ben voyons ! Comme si les dégâts causés par tes poings ne l'auraient de toute façon pas envoyé à l'hôpital. "
Matt fit une grimace. John était probablement la seule personne capable de le faire culpabiliser. Matt avait des principes. Il ne tuait pas les gens il n'utilisait pas d'arme à feu. Un autre justicier lui avait fait remarquer que les blessures que Matt causaient n'étaient pas toujours moins sévères que celles causées par un revolver. Mais qu'on le lui jette ainsi en pleine figure n'était pas agréable.
"J'espérais le convaincre de me mener à son patron. "
"Trafic de drogue ? " demanda John.
"Oui. A des gamins. Dans les écoles ! " s'indigna Matt.
"Bon. Voyons si je peux t'aider à le convaincre. "
John n'avait pas quitté des yeux l'homme de main gisant au sol. Il savait qu'il ne pourrait pas aller bien loin. Les blessures au genou n'étaient pas fatales mais elles avaient le mérite d'immobiliser la plupart des victimes.
Matt et John se postèrent au-dessus de l'homme qui sembla rétrécir sous la menace implicite.
"Un nom, et tu pourras te contenter de béquilles et non d'une chaise roulante."
Matt faillit protester, mais il savait que bien souvent une menace était tout aussi efficace que l'action elle-même.
"Leeds, Alistair."
John fit un geste de son arme, l'invitant à être plus précis.
"Société de consultants sur la 55ème." Les yeux rivés sur l'arme pointée sur son genou encore valide, il fournit rapidement toutes les informations qu'il avait sur l'opération.
"Tu vois, ça n'était pas si compliqué." John se tourna vers Matt. "Reste là, il faut que je te parle." Il s'adressa de nouveau au trafiquant. "Tu fais réparer ce genou et tu t'assures que je ne te revois plus jamais en ville."
Puis il glissa son arme dans son dos et posa une main sur le bras de Daredevil l'éloignant de l'allée.
John savait que Matt privilégiait les toits, aussi ayant repéré un endroit qui devrait convenir, il grimpa une échelle, certain que Matt le suivrait.
"Merci," fit Matt une fois qu'ils furent tous les deux arrivés.
"Je t'en prie. Te voir réduit en charpie ne m'apporte aucun plaisir. Comme je voulais te parler, j'ai juste accéléré les choses. "
"Leeds…"
"On s'occupera de lui. Il ne fera plus de mal à personne. "
"Il sera remplacé…"
"Je m'assurerai que cette bande est mise hors d'état de nuire. Bien sûr, il ne faudra pas beaucoup de temps avant qu'une autre ne prenne sa place…"
Matt grogna. La lutte contre le crime était une histoire sans fin.
"Tu voulais me parler ?"
"Il y a quelque temps, tu m'as dit que tu voudrais bien nous aider si besoin. "
"Tout à fait. Que puis-je faire pour vous ? "
"Ce n'est pas si simple. Nous croulons sous les numéros et nous manquons d'effectifs. Je me demandais si tu pourrais nous prêter main forte pendant quelque temps. "
"Combattre le crime avec un objectif précis au lieu d'intervenir au coup par coup. Ca a le mérite de sembler plus efficace. Si je peux continuer à aider la victime ponctuelle. "
"Matt ! Je te demande juste de l'aide, je ne suis pas en train de te dicter ta conduite !"
Matt eut un léger geste de recul, surpris par le ton. John serra les lèvres.
"Désolé, c'était déplacé," s'excusa-t-il. "Nous n'avons jamais eu autant de numéros en même temps par le passé, pas même lorsque nous nous sommes attaqués à HR."
"Quand as-tu dormi dans un lit pour la dernière fois ?" demanda Matt, prenant conscience que John était littéralement épuisé.
"Un lit ? Je ne suis pas sûr de me souvenir à quoi cela ressemble exactement," répondit John essayant d'apporter un peu d'humour à la conversation.
"C'est bien ce que je pensais. Comme je te l'avais dit, je serai ravi de vous aider. Appelle-moi quand tu veux. "
"Merci."
"Et quand tu seras plus au calme, nous pourrions aller prendre un verre. On ne le fait pas assez souvent."
"Ca marche !"
Le jour où les numéros de Léon Tao et Zoé Morgan apparurent en même temps, le cœur de John fit un bond et il faillit partir en courant pour se précipiter au secours de la jeune femme. Puis il regarda le tas des précédents numéros des derniers jours. Prise par le temps, Shaw s'était contentée de les jeter en vrac dans une corbeille dès qu'ils avaient fait leur enquête et décidé que le numéro en question était à l'abri de tout danger.
Ce n'était pas la première fois qu'ils avaient des numéros qu'il avait déjà eu l'occasion de traiter par le passer. Refrénant son inquiétude, John commença à trier les photos. D'un côté les nouveaux numéros, de l'autre les numéros qu'il était sûr d'avoir déjà traité par le passé. Il fit une troisième pile plus petite de ceux pour lesquels il avait des doutes. Il ne pouvait pas se souvenir de tous les numéros traités pendant plus de six ans, et quand Shaw avait rejoint l'équipe, il n'avait pas forcément prêté attention à ses cas.
La pile des numéros sortis pour la première fois était conséquente, visiblement le crime ne connaissait pas de ralentissement.
La pile des numéros déjà apparus dans le passé représentait au moins le double. Certains des numéros remontaient à de nombreuses années auparavant. Il y avait même eu dans ce lot, le cas d'un numéro déjà décédé. Cela s'étant déjà produit dans le passé, et John ayant été le premier à feindre sa mort, cela ne les avait pas inquiétés. Mais une telle quantité de répétitions n'était pas normale, même en admettant que les gens puissent être particulièrement malchanceux.
Shaw arriva derrière lui alors qu'il observait les tas et réfléchissait.
"Tu fais le ménage ?" demanda la jeune femme en finissant de lécher une glace.
"Pas vraiment," répliqua John.
"Bon sang, j'avais bien conscience que nous n'arrêtions pas, mais je n'avais pas remarqué que nous avions eu autant de numéros." Elle s'approcha de la table. "C'est quoi les piles ?"
"La plus importante sont les numéros que nous avons déjà eus dans le passé." Il tendit les photos de Léon et Zoé à Shaw. "Et voici les deux derniers reçus il y a un peu moins d'une heure."
"Qu'a encore fait Léon," grommela Shaw. "Dans la mesure où, contrairement à Zoé, il te croit mort je suppose que c'est à moi de m'en occuper ?" Elle regarda de nouveau la pile. "C'est moi, ou c'est tout même étrange tous ces numéros qui reviennent ?"
"Ce n'est pas tout. Regarde les répétitions. Dans la plupart des cas, nous n'avons pas pu identifier de danger…"
"Et comme nous étions débordés, cela nous arrangeait bien," finit Shaw. Elle tourna la tête vers les moniteurs. "Qu'est-ce qu'il t'arrive ?" demanda-t-elle à la Machine.
"Où est Finch quand on a besoin de lui," marmonna John. Il se dirigea vers la porte. "Je vais m'assurer qu'il s'agit bien d'une fausse alerte pour Zoé. Je te laisse rendre visite à Léon."
"Bonne soirée," lui lança Sameen avec un grand sourire entendu.
Les "geeks de Root" comme les surnommait Shaw se penchèrent sur la question, essayant de comprendre pourquoi la Machine semblait s'obstiner à sortir des numéros non pertinents. Sans grand succès, puisque les numéros étaient toujours aussi nombreux. Cependant, le travail de John et Shaw en était facilité. Ils se contentaient maintenant de s'assurer rapidement que les numéros déjà sortis par le passé n'étaient qu'un bug du système.
Quelques jours plus tard, quand John entra dans la pièce l'expression de Shaw lui fit accélérer le pas. Répondant à la question muette, elle se contenta de pointer la photo sur l'écran.
Grace.
John se sentit pâlir, avant de décréter que cela n'était pas possible. Grace était en Italie. Leur système se contentait de leur donner des numéros locaux.
"Okay, ça suffit ! Je pars chercher Finch. Son bébé a besoin qu'on lui botte les fesses sérieusement."
"En Italie ?" demanda Shaw en écarquillant les yeux.
"Oui. Débrouille-toi pour lui faire cracher où habite son créateur, j'attrape un sac et je pars à l'aéroport."
Il avait disparu de la pièce avant que Shaw ait le temps de faire la moindre réflexion.
fin partie 2 - à suivre
