Harold Finch était installé à une terrasse de café. Contre toute attente, il dégustait un expresso. Sa préférence pour le thé vert n'était en rien diminuée, mais il devait admettre que le café italien était succulent.
Grace était en train de donner un cours de peinture et devait sortir dans une trentaine de minutes. Il ne lui avait pas dit qu'il serait là, mais il ne pourrait pas la rater quand elle quitterait l'école. Cela faisait presque un an qu'il l'avait retrouvée maintenant, et il aimait toujours autant la surprendre par de petites attentions telle que celle-ci. La retrouver après son travail, la réveiller avec un petit déjeuner au lit et une rose. Rien ne pourrait jamais réparer le mal qu'il lui avait fait, mais il y mettrait tout son cœur à essayer.
Son téléphone vibra dans sa poche. Il fronça les sourcils. Peu de gens avaient son numéro.
En quittant les Etats-Unis, après la mort de son seul dernier ami, il n'avait pas gardé de liens avec grand monde. Seule Shaw savait qu'il était sorti vivant de leur dernier affrontement, et elle emporterait ce secret dans sa tombe. Bear lui manquait…
Appel inconnu. Il faillit refuser l'appel puis se ravisa. Il était de bonne humeur, il était prêt à se montrer conciliant avec le commercial qui allait sans doute chercher à lui vendre un nouveau forfait téléphonique.
"Bonjour Finch," fit une voix qui ressemblait presque à un soupir.
Il se figea, manquant de laisser tomber son téléphone. La voix appartenait à un mort. Il ouvrit la bouche pour répondre mais s'aperçut qu'il n'avait pas de voix. Il avala sa salive et essaya une nouvelle fois de parler. Les pensées les plus folles traversèrent son esprit. Une fois déjà, il avait reçu un appel d'un mort… ou plutôt de la voix d'un mort.
"John ?" fit-il d'une voix hésitante. Il avait du mal à croire que la machine puisse le contacter en utilisant la voix de l'ex-agent.
"Oui."
A court de mots, il ne sut que répondre. Que répondiez-vous quand votre meilleur ami, mort sous vos yeux, vous contactait ?
"Comment…"
John eut un léger rire. "C'est une longue histoire."
"Je n'en doute pas un instant."
"Mais cela valait la peine de revenir d'entre les morts pour vous voir boire du café. C'est un pari que je n'aurais jamais pris."
Finch se leva d'un bond. John était à proximité ? Le geste soudain le fit chanceler tandis que la chaise tombait au sol. Une main lui prit le coude avec douceur et l'aida à conserver son équilibre. Harold se retourna d'un bloc.
Devant lui se tenait John, un sourire vaguement gêné sur les lèvres. Ne sachant s'il devait rire ou pleurer, Finch finit par faire ce qu'il n'avait jamais fait. Il encercla John de ses bras, et le serra de toutes ses forces, ne se souciant pas des larmes qui montaient à ses yeux.
Un peu gêné par la démonstration, John lui retourna une accolade moins soutenue mais gardant une main amicale sur le dos de son ami. Au bout de quelques instants, Finch s'écarta et le regarda fixement, encore stupéfait de voir John devant lui.
"J'ai toujours su que vous étiez quelqu'un d'exceptionnel, John. Je suis heureux de vous avoir fait kidnapper cette nuit-là…"
Cette nuit-là… Plus de six ans plus tôt, quand Finch avait décidé que, coûte que coûte, John l'aiderait à s'occuper des numéros non pertinents.
"J'en suis également heureux, Harold…" répondit John, lui adressant l'un de ses rares sourires éblouissants.
Finch avait gardé une main sur le bras de John. Il l'observait maintenant des pieds à la tête.
"Vous avez l'air en forme."
"J'ai eu beaucoup de chance, et une équipe médicale unique."
"C'est le moins que l'on puisse dire." Harold poussa un soupir. "John, je vous ai vraiment cru mort. Comment avez-vous pu survivre à cette explosion ?"
"Comme je vous le disais il y a un instant, c'est une longue histoire."
"Cela tombe bien, je suis un professeur à la retraite. J'ai beaucoup de temps libre…"
"Grace ?" demanda John en penchant la tête.
Finch regarda sa montre précipitamment. Grace allait bientôt sortir de l'école ; de toute façon, une terrasse de café italienne n'était pas forcément l'endroit indiqué pour raconter ce qui serait sans doute une histoire très étrange.
"J'ai tout raconté à Grace quand je l'ai retrouvée."
"Tout ?" fit John légèrement surpris.
"C'était la moindre des choses."
John fit une petite grimace. Effectivement.
"Grace donne des cours de peinture à l'école. Elle ne va pas tarder à sortir. Nous irons à la maison, nous y serons plus au calme. J'ose espérer que vous n'avez pas réservé d'hôtel. Grace ne vous laissera jamais aller dormir ailleurs que dans la chambre d'amis."
Harold regarda le sol pour le cas peu probable où John aurait un sac de voyage. "Je ne vois pas de bagage, mais je sais que vous voyagez léger…"
Il avait laissé un sac léger à la consigne. Il continuait à voyager léger comme le disait Harold, mais sa trousse à pharmacie ne pouvait plus le quitter. Il avait encore besoin de certains traitements pour pallier aux séquelles de son accident. La Machine l'avait aidé à retrouver Finch. Son heure d'arrivée ne lui avait pas laissé le temps de se chercher un hôtel.
"Je serai ravi d'accepter votre invitation."
Finch hocha la tête d'un geste satisfait et se réinstalla sur sa chaise. John prit la chaise en face.
"Vous avez arrêté le thé ?" demanda-t-il en montrant la tasse.
"Non, pas du tout. Mais j'avoue apprécier un expresso de temps en temps." Il fit un signe au serveur. "Vous devriez y goûter, vous allez voir, c'est un délice."
John souleva un sourcil incrédule.
"Oh oui, bien sûr," fit Finch d'un air penaud. "Ce n'est pas votre premier voyage en Italie."
"Mais je n'ai que rarement eu l'occasion de pouvoir me prélasser sur une terrasse." Il commanda un café, et observa Finch en silence. "Vous avez l'air… heureux," finit-il par dire.
"Plus qu'heureux, je dirais…" Finch chercha ses mots. "En paix" finit-il par dire. "Les secrets sont un lourd fardeau à porter."
John hocha la tête manifestant son accord avec cette remarque. Il en savait quelque chose.
"Mais bien sûr, je ne vous apprends rien," ajouta Finch.
Quelques instants plus tard, John n'eut pas besoin de se retourner pour deviner que Grace venait de sortir de l'école. Le visage de Finch se transforma. Cette fois, au lieu de l'immense douleur qui l'envahissait chaque fois qu'il la voyait à New York, John put voir tout le bonheur d'un homme qui avait retrouvé celle qu'il aimait.
Harold se leva et fit un petit signe de la main à Grace dont le visage s'éclaira d'un grand sourire et vint vers la table. Elle fronça les sourcils en voyant John.
"Inspecteur…" Elle s'arrêta et regarda Harold. "Dois-je m'attendre à de nouvelles révélations, Harold ?" Elle semblait plus curieuse qu'inquiète.
En quittant New York, Finch avait tout abandonné. Il n'avait gardé aucun document, aucune photo. Il avait parlé de John à Grace mais sans jamais lui montrer de photo. Celle-ci ne savait pas qu'elle l'avait rencontré, même si sous une autre identité, il y avait fort longtemps quand John l'espionnait encore cherchant à en savoir davantage sur lui.
"Rien de grave, je t'assure." Finch jeta un œil à John, "au contraire, bien au contraire."
Tous les trois avaient passé une bonne partie de la soirée à discuter. Ils avaient d'abord récupéré le sac de John à la consigne puis le couple l'avait installé dans la chambre d'amis en lui donnant presque l'ordre de se reposer. John dut admettre que la longue douche lui avait fait un bien fou. Le vol transatlantique de nuit, bien qu'en classe affaires, l'avait épuisé.
Grace avait préparé un délicieux dîner léger, puis John avait répondu avec honnêteté aux questions de la jeune femme concernant les quelques zones d'ombre subsistant dans les aveux de Finch. Quand celui-ci s'était excusé de ne pas avoir évoqué certains sujets, Grace l'avait arrêté d'un froncement de sourcil, lui indiquant que les secrets de John n'appartenaient qu'à lui et qu'Harold n'aurait eu aucune raison de les partager.
John eut un pincement au cœur en observant le regard échangé entre les deux amoureux. Finch avait gâché tant d'années de bonheur…
Le lendemain matin, Grace s'était éclipsée après le petit déjeuner prétextant la visite d'une exposition.
"Elle semblait bien impatiente de voir cette exposition," fit remarquer John.
"En effet," répondit Finch avec un sourire amusé. "Alors, qu'est-ce qui vous amène John ?"
John souleva un sourcil innocent.
"Grace n'est pas dupe, et moi non plus. Nous avons travaillé côte à côte bien trop longtemps."
John laissa un demi-sourire effleurer ses lèvres.
"Je suppose que vous savez que la Machine fonctionne toujours ?"
"Disons que je m'en doutais un peu." Voyant la surprise de John, il s'expliqua. "J'ai vu Miss Shaw pour la dernière fois à vos obsèques, la Machine n'avait pas encore repris contact à ce moment-là."
Pourtant, pensa John, elle avait pris contact immédiatement après sa victoire contre Samaritan pour lui sauver la vie à lui. Et elle l'avait appelé lors de sa convalescence. Clairement, la Machine avait bien noté que Finch ne voulait plus avoir à faire à elle. Cela ne l'avait pas empêché d'avoir fourni à John toutes les informations nécessaires pour le retrouver en Italie quand il lui avait demandé.
"Elle a de toute évidence accepté le fait que vous ne vouliez plus qu'elle vous contacte."
"Mais cela ne l'a pas empêchée de me surveiller."
"Vous êtes son créateur, Harold…."
"Elle continue donc à vous communiquer des numéros."
"En effet. Et c'est la raison de ma visite. Depuis quelques semaines, elle nous indique un nombre croissant de numéros… dont nous nous sommes déjà occupé par le passé."
"Je doute qu'ils soient tous à nouveau en danger. Sauf bien entendu si M. Tao est parmi ces numéros."
"Léon faisait partie de la liste. Shaw a passé près de deux jours à pester après lui. Et je me suis personnellement occupé du cas de Miss Morgan," ajouta-t-il avec un sourire.
"Donc, si je comprends bien M. Tao vous croit toujours mort, mais vous avez repris contact avec Miss Morgan ? Est-ce bien prudent ?" Finch ne put s'empêcher de le taquiner.
"Et l'un des derniers numéros était celui de Grace…"
"D'où votre visite," termina Finch. "Mais je doute qu'elle soit en danger," ajouta-t-il avec un froncement de sourcil.
"Qu'arrive-t-il à votre bébé Harold ?"
"Aucune idée," murmura le génie.
"Nous ne pouvons pas continuer comme cela, Finch. J'ai demandé à Matt de nous aider également, mais nous ne pouvons pas surveiller tous les numéros. Et nous risquons de rater un vrai numéro à nous disperser sur des cas qui n'en sont pas."
"Matt ? M. Murdock ?"
"Daredevil pour être exact."
"Et si vous me racontiez exactement comment vous vous êtes sorti vivant du toit de cet immeuble ?"
La veille, les sujets de conversation avaient été suffisamment nombreux pour que John parvienne à feinter et ne pas s'étendre sur son mystérieux sauvetage. Finch n'avait pas insisté Grace avait dû lire entre les lignes et comprendre que le sujet n'était pas ouvert à la discussion.
"Je me demandais à quel moment vous alliez vous décider à me demander."
"Maintenant, apparemment," rétorqua Finch.
Le récit de ses dix mois passés à la tour leur prit une bonne partie de la matinée. Puis Finch se leva.
"Allons marcher. Votre corps a besoin d'exercice." Finch parlait d'expérience et John le suivit docilement.
Ils déambulèrent dans les rues n'échangeant que peu de mots, savourant le plaisir de s'être retrouvés. Puis Finch s'arrêta au-dessus d'un pont, admirant la vue.
"Vous voulez que je rentre à New York pour étudier la Machine," dit-il sans regarder John.
"S'il vous plait."
"Seulement le temps de comprendre et réparer si nécessaire. Comme je vous le disais hier, John, j'ai pris ma retraite."
"Je ne vous demanderai jamais d'abandonner Grace, Harold."
"Il va faire froid…" marmonna Finch en se recroquevillant instinctivement.
Le vol de retour s'était déroulé sans encombre. Finch ayant liquidé ses différentes caches, John lui proposa de l'héberger.
Harold était entré puis s'était immobilisé au milieu de la pièce.
"Harold ?" s'inquiéta John à ses côtés.
Finch fit une légère grimace. "Tout va bien. C'est un peu surréaliste. Je pensais ne plus jamais revoir cet appartement."
"Moi non plus pour tout vous dire… Matt s'est occupé de remettre les choses en ordre pendant que j'étais encore à la Tour."
"J'ai l'impression que vous êtes devenus très proches avec M. Murdock."
"Pendant de longs mois, il a été le seul visage familier de mon passé, Harold."
"Oui, bien sûr." Finch lui adressa un léger sourire. "Je suis content que vous n'ayez pas été seul pendant votre convalescence."
Ils prirent le temps de se rafraîchir après le long vol transatlantique, puis se dirigèrent vers le nouveau QG.
"Vous allez sans doute reconnaître les lieux," lui indiqua John d'un air un peu sombre.
Quand il reconnut l'ancienne banque, Finch pâlit visiblement. "En effet," murmura-t-il.
"Votre Machine a un sacré sens de l'humour Finch !" lança Shaw en s'approchant.
Ni l'un ni l'autre n'ayant de facilité à manifester leurs sentiments, l'arrivée de Bear surexcité mit fin au silence un peu gêné.
"Vous lui avez manqué," fit remarquer Shaw.
"Il n'a pas été le seul," répondit Finch, en grattant affectueusement la tête du malinois.
Il observa la pièce en fronçant les sourcils. Ce lieu lui rappelait une période bien trop sombre de sa collaboration avec John. Cet aspect n'était évidemment pas entré en ligne de compte lorsque la Machine avait cherché une nouvelle cache pour son équipe. Il se dirigea vers le clavier et Shaw se précipita pour enlever les restes d'emballage de ses sucreries. Elle fit le ménage rapidement avec un léger sourire gêné. Finch avait beau avoir été absent, la Machine restait sa création et son espace même si dans les faits c'était elle qui avait veillé aux opérations depuis près d'un an.
Harold tapa quelques lignes sur le clavier, puis se redressa.
"Me reconnais-tu ?" demanda-t-il.
"Bonjour Harold," fit la voix de Root. "Cela fait bien longtemps."
"En effet."
"J'ai bien noté que vous ne souhaitiez pas poursuivre."
Finch ouvrit la bouche pour répondre puis y renonça. Ses raisons le regardaient, il n'allait tout de même pas se justifier auprès d'un ordinateur, aussi puissant et intelligent soit-il.
"Pourquoi représentes-tu des numéros que nous avons traités dans le passé alors qu'ils ne semblent pas être des numéros pertinents ?"
Seul le silence lui répondit. Finch haussa un sourcil surpris et tapa quelques lignes. Derrière lui, John et Shaw ne le quittaient pas des yeux. Harold se retourna leur adressant un regard interrogateur.
Shaw fut la première à réagir.
"Je vais voir ce qu'il en est du dernier numéro," indiqua-t-elle. "On ne sait jamais."
John eut un sourire amusé en la voyant filer comme si elle avait été prise en faute. Il se dirigea plus lentement vers la sortie.
"Merci John," fit doucement Harold.
John se retourna et hocha légèrement la tête. Il comprenait toute la portée de ce merci. Et cela n'avait rien à voir avec le fait de le laisser travailler tranquillement. Merci de m'avoir sauvé la vie, merci de vous être sacrifié pour sauver ma création, merci d'être en vie, merci d'avoir continué mon combat malgré mon absence, merci de me donner l'occasion de voir que celui-ci se poursuit... Tous ces mots que jamais ils ne pourraient ni l'un ni l'autre exprimer.
"C'est un plaisir, Harold," répondit John.
Il siffla Bear pour l'emmener, mais le malinois se contenta de le regarder avant de s'installer plus confortablement aux pieds de Finch. John était son maître, mais la protection de Finch avait toujours été sa première mission.
"Alors, dis-moi, que t'arrive donc-t-il ?" marmonna Harold à l'attention de l'ordinateur.
Lorsque John revint au QG quelques heures plus tard, Finch n'avait pas bougé de sa chaise.
"Harold, je ne suis pas allé vous chercher en Italie pour que vous vous tuiez à la tâche."
Finch leva la tête surpris et grimaça en se redressant. John se précipita inquiet.
"Ce n'est rien," fit Harold en secouant la main. "Cela fait bien longtemps que je ne suis pas resté aussi longtemps devant un clavier. Mon dos me rappelle un peu violemment qu'il n'apprécie pas."
"Alors, partons. Vous devez être épuisé. Entre le vol et le décalage horaire, j'avoue que je ne comprends pas comment vous êtes encore éveillé."
"Rien de tel qu'une bonne énigme pour vous faire oublier la fatigue."
"Elle vous donne du fil à retordre."
"C'est le moins qu'on puisse dire."
"Elle ne vous dit pas pourquoi elle ressort les numéros ?"
"Tout fonctionne correctement. Si elle affiche ces numéros c'est qu'il y a quelque chose qui les met en avant ; elle n'a donc aucune raison de ne pas nous les communiquer."
"Mais vous admettez qu'il n'est pas normal qu'il y ait tant de répétitions."
"Tout à fait." Finch se retourna vers le clavier et John se pencha pour appuyer sur un bouton.
"John !" protesta Harold face à l'écran noir.
"Demain, Harold," répliqua doucement John. "Allons dîner, j'ai donné rendez-vous à quelqu'un."
L'invité "mystère" n'était autre que Matt Murdock. Quand John l'avait appelé dans l'après-midi pour l'informer que Finch était à New York, Matt n'avait pas eu besoin de ses talents pour mesurer combien John en était heureux. Il avait immédiatement accepté l'invitation à dîner. Maintenant qu'il « savait », la conversation avec les deux hommes promettait d'être intéressante, et bien plus facile à mener que dans le passé où de vastes zones d'ombre masquaient leurs vies respectives.
Ils passèrent une soirée agréable, à discuter librement. Finch avait coupé les ponts avec New York le récit de Matt ne fit que lui prouver que rien n'avait changé dans la grande ville. Il était content que l'équipe de la Machine ne soit pas la seule à veiller sur les habitants.
Matt ne dissimula pas sa curiosité quand Finch lui raconta comment il avait retrouvé Grace. Que la jeune femme l'accepte de nouveau dans sa vie après tant d'années lui laissait de l'espoir quant à sa relation avec Karen.
Alors qu'ils dégustaient un dernier verre, Finch se tourna vers John.
"Je m'aperçois que je ne vous ai jamais demandé par quel miracle Ironman se trouvait à proximité de vous. C'est un sacré coup de chance. »
"Rien à voir avec de la chance," s'esclaffa Matt.
"Votre Machine a contacté celle de Tony Stark et…"
"Jarvis?" l'interrompit Harold.
"John, je crois que le mot que tu cherches est "hacker" », intervint Matt au même moment.
John les observa l'ombre d'un sourire sur les lèvres. S'ils venaient à travailler ensemble tous les trois ils formeraient une équipe redoutable.
"Après avoir détruit Samaritan, elle est entrée dans le système de Stark et a pris le contrôle d'Ironman pour le diriger vers l'immeuble. Stark s'est plaint assez violemment de la brèche dans son système de sécurité… tout en félicitant votre Machine pour son exploit. Il était tiraillé entre admiration et colère que son protocole de sécurité ait été percé aussi facilement. »
"Estimons-nous heureux que son système soit du côté des gentils. Il semble qu'il soit aussi performant que le vôtre, n'est-ce pas ? » demanda Matt.
"Pas vraiment. Nous ne parlons pas du même type d'intelligence… » Et Finch se lança dans une longue explication sur la conception de sa machine au grand étonnement de John qui ne l'avait jamais vu parler aussi librement de sa création.
Le lendemain matin John se leva tôt comme à son habitude, mais Finch l'avait battu. Il semblait perdu dans ses pensées à côté de la fenêtre.
"Le décalage horaire vous joue des tours, Finch?" Après tout, pour Harold il n'était pas si tôt.
"Je me demandais si Jarvis n'était pas la raison des numéros obsolètes."
"Comment ça ?"
"Si quelqu'un avait pénétré mes protocoles de sécurité et entré de l'information, je me serais fait un plaisir de retourner la pareille et vérifier qui est mon hacker." Il prononça le mot avec une grimace. Qualifier sa machine de « hacker » le dérangeait profondément.
"Et ?" Insista John.
"J'ai besoin d'un ordinateur," déclara Finch en se levant, répondant plus à ses pensées qu'à la question de John.
"Vous ne voulez pas manger quelque chose avant ?" proposa John.
"Je suis sûr que Miss Shaw a des étagères pleines de provisions." Finch était déjà en train d'ouvrir la porte de l'appartement.
"Laissez-moi enfiler des chaussures."
Arrivé dans le sous-sol, Finch s'était précipité vers l'ordinateur prenant à peine le temps d'enlever son manteau. John avait secoué la tête et était allé chauffer de l'eau et trouver de quoi manger. Finch avait raison. Shaw avait de quoi tenir un siège. Préparer du café et du thé était facile. Il trouva des muffins emballés qui feraient l'affaire en guise de petit déjeuner.
Concentré sur son clavier, Harold ne vit pas John poser une assiette à ses côtés, mais l'ex-agent savait depuis longtemps qu'il valait mieux ne pas l'interrompre.
"M. Stark est vraiment à la hauteur de sa réputation," déclara Finch quelques deux heures plus tard. "Le savais-tu ?" demanda-t-il.
John faillit répondre avant de comprendre qu'il n'était pas le destinataire de la question. Shaw venait d'arriver et essayait de se mettre à la page.
"Que se passe-t-il ?"
"J'ai bien l'impression que notre Machine et Jarvis étaient en contact."
"S'ils décident d'avoir des petits ça va devenir intéressant."
John la regarda incrédule. D'ordinaire Shaw n'était pas aussi enjouée.
Il fronça les sourcils comprenant soudain la probable raison de cette manifestation d'humour inhabituelle, mais il n'avait pas le courage de lui dire que Finch n'était pas revenu pour rester.
"Finch?" l'interrogea John en s'approchant.
"J'ai trouvé la réponse à votre problème," expliqua Finch en se redressant. Il prit le mug à côté de son clavier et fit une grimace en s'apercevant que le thé était froid.
"Je n'en ai jamais douté Harold."
"Quand vous m'avez indiqué que Jarvis était derrière votre sauvetage inespéré, je l'ai soupçonné d'être à l'origine du problème. Il était tout à fait naturel qu'il cherche à savoir qui avait pénétré son système. Ma Machine étant ce qu'elle est, Jarvis n'a pas pu trouver de réponses. Il s'est donc tourné vers le dénominateur commun de son action : les numéros. Ce qui a en conséquence alerté notre système d'un danger possible vis-à-vis des individus en question. »
"La Machine n'était donc pas détraquée. Elle détectait une activité inhabituelle sur les numéros et donc logiquement nous les fournissait," conclut Shaw.
"Tout à fait."
"Vous avez un moyen de faire cesser cela?" s'enquit John.
"C'est déjà fait."
"Vous avez contacté Stark ?"
"Non, j'ai demandé à la Machine de contacter Jarvis. Ils peuvent utiliser leur propre langage et s'entendre bien plus vite."
"Tu vois, ils vont nous faire des petits," répéta Shaw à John. Elle prit la tasse et se dirigea vers leur coin cuisine pour refaire du thé à Finch.
Harold tourna un visage interrogateur vers John.
"Elle est contente que vous soyez de retour," expliqua John.
"Je ne suis pas de retour, John."
"Je le sais bien moi," précisa Reese.
"Je vais regretter l'époque où elle m'espionnait…" Expliquer à Shaw qu'il repartait en Italie n'était une conversation qui l'enthousiasmait.
"Je vous ai également espionné pendant un bon moment, Harold."
"Root m'avait kidnappé la première fois que nous nous sommes rencontrés."
"Shaw m'a tiré dessus."
"Lionel a également essayé de vous tuer," ajouta Finch avec un sourire, amusé par la tournure qu'avait pris la conversation.
"On m'a beaucoup tiré dessus," répliqua John avec un haussement d'épaule. La façon dont les relations entre les différents membres de leur équipe avaient évolué pourrait remplir un certain nombre de tomes. Il n'était pas sûr de vouloir s'approfondir trop longuement sur la question.
"Allez-vous rester quelques jours ou souhaitez-vous que je vous raccompagne à l'aéroport ?" demanda-t-il plus sérieusement.
"Je vais profiter de ma présence pour gérer quelques affaires avant mon départ." Il observa Shaw qui revenait avec une tasse fumante. "Et je crois bien que c'est la première fois que Miss Shaw me prépare du thé. Je ne vais pas renoncer à ce plaisir."
John et Matt étaient postés sur un toit. Ni l'un ni l'autre n'aurait été capable de dire pourquoi ou quand cela était devenu une habitude. Les lumières de la ville étincelaient sous le ciel noir.
"Finch est en route pour l'Italie ?" demanda Matt.
Ce n'était pas vraiment une question. Il savait que John avait accompagné son ami à l'aéroport un peu plus tôt dans la journée. Il savait aussi que quelque part John avait sans doute secrètement espéré que Finch changerait d'avis.
"Il a découvert le vrai sens à la vie. Il ne va pas y renoncer maintenant. »
Grace, pensa Matt. Il avait pu sentir le bonheur de Finch chaque fois qu'il parlait d'elle au dîner. L'amour était donc la réponse. Sa religion le disait. Le trouver était une tout autre histoire. Il ne savait pas comment sa relation avec Karen allait évoluer. Quant à John…
"Et tu n'as pas trouvé le tien encore, John ?" demanda-t-il. Après tout, il semblait très attaché à Zoé.
John laissa échapper un léger grognement. Il avait parfaitement compris l'allusion de Matt. Savoir où cette histoire le mènerait… Il aimait beaucoup Zoé, certes. De là à avoir un avenir commun... Et il n'avait aucune envie d'en parler.
"Ah," soupira Matt. "Nous voilà enfin revenus à nos bonnes vieilles habitudes," fit-il, prétendant être soulagé de retrouver le temps où leurs conversations étaient pleines de secrets.
"Puisqu'on parle de nouveaux départs…" John glissa une enveloppe dans la main de Matt.
Celui-ci l'ouvrit et fronça les sourcils. John n'était pas le genre de personne à lui faire une mauvaise blague et lui donner une enveloppe de papiers. De toute façon, les billets avaient une odeur bien particulière.
"Finch a fait une réflexion qui m'a fait prendre conscience que tu fais partie de l'équipe maintenant."
"John, je ne fais pas ça pour l'argent," rétorqua Matt d'un ton sec en lui rendant l'enveloppe.
"Moi non plus." John repoussa la main de Matt. "Mais c'est utile. Pour les dépenses médicales, remplacer les vêtements déchirés... Et rien ne t'empêche de donner ce dont tu n'as pas besoin à ceux qui en ont besoin." John haussa légèrement une épaule. "C'est ce que je fais."
Matt resta silencieux. L'idée d'être payé pour assurer une justice secrète ne lui plaisait pas du tout, mais si cet argent pouvait aider ceux dans le besoin, il pourrait sans doute trouver un compromis avec sa conscience.
Il remercia John de la tête et glissa l'enveloppe dans une poche. Il se figea soudain.
"Le devoir t'appelle," devina John. "Vas-y, je sais où te joindre si j'ai besoin de toi."
Matt le salua de la main et disparut du toit pour se précipiter vers la rue et le cri qu'il avait entendu.
John resta sur le toit observant la ville. Le vent se glissa dans sa veste l'écartant de son corps.
Il avait souvent utilisé les toits pour espionner ses futures victimes, ou ces dernières années les numéros en danger. Mais observer la ville elle-même était différent. A l'écart, mais au bon endroit pour intervenir. Matt avait certainement trouvé l'endroit idéal. En ce qui le concernait, leur nouveau QG n'était pas trop mal. La bibliothèque lui manquerait toujours, mais la banque était un vieux bâtiment, il avait le cachet de l'histoire. Il finirait par s'y sentir bien malgré la première mauvaise impression.
Un nouveau départ... A tous les sens du terme. Jamais il n'aurait parié sur le tournant qu'avait pris sa vie. Les lumières d'un avion traversèrent le ciel.
"Merci Finch," murmura-t-il, se tournant pour aller rejoindre le trottoir.
Fin
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