I : Solitude contrariée

Sans mission précise, et bien reposé, Mani visitait la Guilde des Aventuriers que ses quatre compagnons lui avaient présenté. Regardant le tableau d'affichage, il ignorait allègrement les missions sans récompense ou trop modestement payées.

L'une d'elle avait attirée son attention. Mani lisait la fiche. Il s'agissait d'une offre au sujet d'une cité-état, de taille modeste. Les habitants connaissait d'un traumatisme ignoble; celui d'avoir vu ses enfants enlevés, au nom d'une rançon que la municipalité avait refuser de payer. Le criminel, responsable d'avoir enlevé des enfants à leurs parents, est connu comme étant à la fois dangereux par ses capacités d'hypnose, mais aussi d'une prudence ignoble, car il avait réussit à éffacer ses traces, pour que gardes et mercenaires, même sans être puissants, ne puissent pas retrouver le gredin par accident.

Mani, en voleur égoïste assumé, voyait un inconvénient à partager cette nouvelle avec ses amis; cela signifierait le malheur de devoir partager le paiement. Mais la raison avait tempéré Mani; s'enrichir, très bien, mais mourir, souffrir ou échouer en ayant fait des efforts pour rien, non. Le malchanceux voleur s'était donc décidé à prévenir ses amis, se résolvant à devoir partager la récompense, en croisant les doigts pour qu'il n'y ait aucun gourmand, à part l'elfe, sur le partage du butin.

Chacun des quatre compères avait accepté de vadrouiller avec Mani envers la ville abattue de tristesse. Chaque membre du groupe se sentait faire cause commune sur une cause dont l'ignominie se devait d'être combattue. Tous étaient révulsés pour les enfants et craignait le pire. Une récompense, soit, mais trouver le criminel d'abord. Et s'il n'y a pas de récompense, tant pis, parce que c'est l'odieux et cupide personnage qui devait être la priorité.

II : Bienvenus à Résignation

La ville n'était pas facile à trouver, comme si les habitants redoublaient d'efforts pour ne pas être repérables, le traumatisme de l'enlèvement d'enfants les ayant rendus prudent. C'était grâce à un guide pas trop éméché, que les cinq aventuriers avaient trouvé la ville d'Hamelin.

Les aventuriers se rendirent à la mairie, puis indiquèrent leur motivation à s'occuper du criminel à ramener. La mairie remit alors à chaque aventurier une lettre de marque. Celle-ci les autorise à devenir propriétaire des biens et des finances liées uniquement au preneur d'otage. Personne, au nom de la lettre de marque, ne peut refuser de donner des renseignements. Le criminel se devait d'être arrêté au moins suffisamment vivant; mort ou bien trop blessé pour continuer de vivre suffisamment longtemps, le criminel ne pourrait pas être jugé, faute de quoi, les biens et finances confisqués par les aventuriers seraient retirés, ainsi qu'assortis d'une amende.

Cette formalité administrative remplie, les gardes, déjà au courant et sans même avoir lu les lettres de marque des aventuriers, étaient cependant déjà enclins à coopérer; certains d'entre eux avaient des enfants ou des filleuls qu'ils apprécieraient de voir revenir et veiller à leur épanouissement humain. Durant la conversation, le maire s'était joint à la discussion, et avait dit aux aventuriers comment la détresse d'avoir vu les enfants disparaitre avait eu lieu.

Parce que Shin n'avait pas tout suivi de la conversation, un des gardes avait fait un résumé rien que pour lui; la ville, étranglée de pauvreté et de rats apparaissant sans arrêts, avait promit une récompense à quiconque débarrasserait les rats. Le joueur de flute avait fait son apparition, demandant une pièce d'or par rat. Cet acte héroïque étant habillé d'une abusive escroquerie, le maire refusa de payer, obligea le cynique héros à accepter bien moins plutôt que de ruiner la trésorerie, bien moins que ce que le cupide joueur de flute demandait. Racketteur, très mauvais joueur, et finalement pas si soucieux de la vie et de la dignité des habitants, il avait enlevé les enfants de la ville, et s'était assuré de la paralysie provisoire de quiconque n'a pas été enlevé par le joueur de flute.

Sans avoir pu retrouvé le joueur de flute, les gardes le suspectaient d'être l'instigateur de l'invasion de rats.

III : Un fautif disparu

Tous renseignements obtenus auprès des habitants, Bob avait une idée. Etant magicien expérimenté, il a une capacité naturelle et améliorée à détecter des traces de magies. Mais la magie du joueur de flute ayant grandement disparue, tandis que la magie est chose courante, difficile pour Bob de savoir quelle trace de magie est la bonne. Il y avait Eden, la louve de Grunlek, mais après avoir essayé de flairer des traces des pas, leur trop grand nombre avait crée la confusion pour la truffe du canin.

C'était à Shin, d'avoir une idée : la forêt étant épaisse, le joueur de flute était probablement passé par la forêt, car la route était trop visible, laissait une trop grande chance aux citoyens de voir quel chemin l'odieux gredin avait emprunté. Posant ses mains sur la tête d'Eden, Bob lui chargea un sort provisoire de détection de magie.

Eden avait eu beaucoup moins de difficulté à distinguer les traces de pas d'un adulte et de plusieurs enfants. Plus loin dans la forêt, Eden avait un doute, car il y avait des animaux qui passaient également par là, près d'un ruisseau. Cette fois, Shin avait une idée mélancolique; durant le voyage, peut-être que les enfants avaient pleuré, et laissé des larmes. Ne pouvant pas les voir, Shin invoqua la petite Icy, et de par sa sensibilité particulière, elle voyait ce que le groupe cherchait; les enfants enlevés, et le sinistre personnage, auteur de leur tristesse.

Progressant encore dans la forêt grâce à la combinaison d'idées, la cachette du sinistre personnage fut découverte derrière un grand buisson près d'une pierre. Le groupe s'arrêta à la demande de Bob afin de faire un plan au lieu de foncer. Théo ressentait l'envie pressante d'entrer, et de faire trépasser un type détestable. De sa sagesse habituelle, Grunlek contribua à la prudence de Bob en disant qu'il fallait surtout ramener le criminel pour qu'il soit jugé, et les enfants restitués. Afin de ne pas se contenter de constater l'attitude odieuse du flûtiste ou les failles du plan d'attaque, ce dernier devait encore continuer d'être discuté.

IV : Organisation

Mani avait une idée; raser la barbe de Grunlek, changer ses vêtements pour être plus simples et plus serrés, et le faire passer pour un enfant, le faire entrer dans la grotte avec la confiance du criminel. Théo ne pouvait pas s'empêcher d'ajouter un "étripes-le dès qu'il a le dos tourné, pour qu'il ne voit pas que tu l'attaques !". Ne réagissant pas à la remarque de Théo tout en approuvant implicitement pourquoi il avait dit cette idée, Grunlek continuait à son tour le plan de Mani, disant au groupe que lorsque la voie sera libre, que le cruel musicien ne verra rien, il ferait entrer les aventuriers, le temps de faire évacuer les prisonniers, puis arrêter le flûtiste en dernier

Trouvant l'idée meilleure que la sienne, Théo indiquait alors qu'il n'y avait qu'une seule faille au plan; le personnel insuffisant. Il manquerait des gens de la ville de Hamelin, à savoir des gardes et des tuteurs, afin que les enfants soient guidés vers la ville, restitués, et plus tard, que le joueur de flute soit arrêté par les seuls cinq aventuriers.

Mani était le dernier à conclure avec une idée qui est la sienne; il se ferait passer pour un père, ayant enlevé un "enfant" (Grunlek) à son "odieuse mère", et qui le confierait à un pote, le temps de faire croire à une fugue. Ensuite, une fois infiltré, ce serait au tour de Grunlek de faire croire qu'il a de l'estime pour le joueur de flute de Hamelin en lui offrant le collier d'annulation; ce dernier empêcherait la magie du musicien d'entrer en action. Affaibli et sans magie, le joueur de flute serait impuissant s'il passait à l'action.

V : Passage à l'acte

Le plan était enfin mis à exécution. Mani, fin manipulateur, réussit à faire entrer son "petit garçon" auprès du flûtiste.

Entre-temps, Bob avait demander à des illusionnistes de venir; des enfants manquants ne manqueraient pas de faire douter le félon, le faire peur, le faire fuir, et potentiellement le perdre pour toujours. A chaque enfant restitué, une illusion pour prendre sa place.

Durant l'infiltration, Grunlek avait un doute; il n'avait pas trouvé comment avoir l'air suffisamment naturel pour donner le collier d'annulation de magie au coupable recherché. Grunlek ayant transmis cette information durant un bref sortie extérieure, Shin avait l'idée suivante; Mani se servirait de sa télékinésie pour frapper le flûtiste puis l'obliger à avoir ses mains en l'air. Grunlek, en profiterait à son tour pour attacher le collier. Ensuite, les autres aventuriers arriveraient en renfort pour l'arrêter, puis l'escorter.

L'improvisation mise à exécution, celle-ci avait fonctionné. Le joueur de flute était arrêté, les illusions dissipées, et tout ce qu'avait le joueur de flute entrait en possession des cinq aventuriers. Tout le monde repartait pour Hamelin.

VI : Implacable punition

Théo était surprenamment en forme de par l'adrénaline et la colère que provoquait chez lui le coupable. Le joueur de flute tentait inutilement de manipuler Théo. Ennuyé par des démonstrations orales et aussi parce qu'il se le voyait demandé, Théo montra de la "bonté"; il remit au flûtiste son instrument, puis lui dit que si ça l'amuse, qu'il pourra en jouer quand il voudra.

Le flûtiste souriait, et Théo, bien plus encore. Comme Théo avait envie d'être brutal envers le criminel; sa dureté passerait aisément pour une punission impitoyable et méritée envers le musicien.

Le jour du jugement au tribunal arriva. Le procès dura quatre jours. Le joueur de flute était d'un calme malsain et insupportable, poussant à bout certaines personnes du tribunal, témoins ou visiteurs. Le cinquième jour, le jugement était prononcé. Le prévenu a été officiellement reconnu comme coupable pour "flétrissement de l'honneur* des enfants", indépendamment de la connaissance du degré de souffrance des enfants. Châtiment : torture puis peine capitale.

Le joueur de flute sortit précipitamment son outil et en joua brièvement, n'impressionnant personne; sa magie était inexistante. "Ma magie est pourtant puissante !", criait-il brièvement. Le musicien sauta par une fenêtre, mais fut rapidement capturé par des gardes; le tribunal avait été encerclé par précaution avec une sécurité renforcée rien que pour lui.

L'atmosphère de la ville était à l'image du coupable : d'un calme tendu, prêt à éclater à la plus petite maladresse, à la plus petite excuse, pour tuer personnellement le cadavre ambulant durant une mêlée. La ville était passée de l'amertume à la vengeance, maintenant que la sévérité avait une chance d'abattre le futur criminel.

A l'abri des regards, dans un bâtiment à huis clos, le flûtiste, autrefois longtemps impuni, fut supplicié jusqu'à ce que décès s'ensuive. La source de la vengeance était enfin morte. Pour soulager un peu de la colère de la ville de Hamelin, les aventuriers, Mani inclus, décidèrent de faire cadeau d'une partie de leur richesses accumulées, notamment en monnaie, et demandèrent à avoir le collier du sale type (lequel appartenait à la base aux aventuriers). Heureux de cette modestie, la mairie accéda à la demande des aventuriers. Un dernier service avait été demandé aux aventuriers, et ce service, bien que grâcieux, se devait d'être permanent; ne jamais dire quoique ce soit du coupable.

Chacun des aventuriers prêta serment avec conviction de ne rien dire de ce secret défendable, Hamelin devant retrouver la paix après avoir été soulagé de la vengeance qui l'étouffait.

VII : Epilogue

A chaque aventurier, une pensée particulière des évènements :

- Théo trouvait la sévérité méritée. Rien de ce qu'a fait le musicien n'est pardonnable, et rien de ce qu'il avait à dire pour sa défense ne pouvait être circonstance atténuante. Connaissant le destin implacable qui attendait le faux héros, Théo riait beaucoup de celui qui avait fait souffert bien des gens.

- Shin rejoignait Théo. Par analogie, lui-même aurait aimé que ceux qui ont massacré son village ait été punis à défaut de pouvoir ramener tous le monde à la vie des années plus tôt, et voir ce qu'auraient été devenus les descendants.

- Bob estimait que quoiqu'il se serait passé après la capture du criminel, les dés étaient maintenant joués d'avance. Quelque soit la tentative de survivre du pauvre hère, soit il aurait connu de l'arme d'un garde, soit il aurait été tué par un habitant, ou un tueur à gages... Ce, dans l'approbation tacite générale de la ville.

- Mani approuvait par analogie les évènements. Lui-même aurait bien aimé tué Fineas, des années plus tôt; envoyer des mercenaires s'en occuper ne lui procurerait aucune satisfaction, et aurait eu l'impression de s'être fait voler un défi personnel.

- Grunlek, chose inhabituelle, était en paix avec la colère. Un discours de modestie en faveur du criminel aurait été d'une maladroite et odieuse naïveté. Il y a une bien grande différence entre traiter avec un bandit de grand chemin qui fait ce qu'il peut, et un être maléfique et incurable à qui le pardon et l'oubli sont humainement impossibles. Il n'avait qu'une seule réserve à tout ceci : la gourmandise de prendre goût à la douleur de quelqu'un d'autre pour le moindre prétexte.

Des mois après, par souci de ne pas être viciée de mauvais souvenirs, Hamelin multipliait volontairement les échanges culturelles et commerciaux. Le passé douloureux étant soldé, la ville pouvait enfin se permettre de revivre. Par prudence, la mairie finançait une formation exceptionnelle des gardes; à la fois guerriers et magiciens, plus jamais il ne sera question pour les habitants de souffrir des faux héros, la mairie voyant cette expérience comme étant la première et la dernière à ne plus jamais revivre.

Durant les mois passés, un temple s'était installé à Hamelin. C'était un temple de la Lumière. Craintif que Hamelin déborde et devienne une ville sanguinaire, et à l'humble et prudente demande de Théo, Castelblanc avait donné mission permanente au temple, doté de soigneurs et de druides, de veiller à la guérison et des esprits, pour que les habitants trouvent l'apaisement.

Mes précisions :

Sans surprise, j'ai repris, à mon compte, le joueur de flute de Hamelin. Là où l'histoire originale me paraissait stupide sur ses morales que j'ai vu comme "absolu" (ne jamais mentir, même par nécéssité [des exemple existent en la matière que je ne détaillerai pas, sauf demande en privé], toujours honorer un contrat, même totalement inique [tandis que le droit des obligations ne reconnait pas ce qui s'appelle une "clause abusive" comme valable dans un contrat]), j'ai pris toutes les libertés que je souhaitais.

Si j'étais allé plus loin, je serais allé jusqu'à changer le nom de la ville, pour que deviner de quelle histoire il s'agit ait un tout petit peu + de surprises. Et parmi les choses que j'ai abordé, une fois encore sans que l'histoire originale n'ait montré une éthique suffisante selon moi, j'ai aussi traité de l'indignité, du mauvais traitement humain dans la démarche du criminel. D'une part, il y a mon imagination, et de l'autre, il y a la sincérité qu'il m'arrive de pas très bien exprimer (Si j'en crois Princess Maker 2, un bon auteur doit avoir de la sensibilité, pas uniquement du talent).

Pour finir, la source de mon histoire provient d'une série d'histoires que Bob Lennon connait lui-même, j'ai l'impression. Ca s'appelle simplement "Racontes-moi des Histoires" de l'ALP, dont l'illustration générale est celle de plusieurs personnes ensembles, parcourant le monde en fil indienne, sous un ciel jaune or. J'avais même songé à reprendre une histoire comme "Gobolino, chat de Sorcière", ou encore "Tirondin et Abigaelle". C'est une série qui fait partie, si j'ose dire, de mon ADN ! J'ai même songé à faire ma version de l'histoire de l'hirondelle et la statue d'or, mais quoi que bien faite, elle provoque chez moi peut-être trop d'émotion pour que j'ose la refaire, je sais pas totalement pourquoi. L'histoire de Gulliver n'est jamais complète dans les comptes pour enfants, bizarrement. D'après un film que j'ai vu, il y a tout un passage où un fils est traité d'idiot par son père, parce que le fiston jugeait la guerre en question inutile, chose jamais évoquée dans les contes pour enfants, curieusement.

De la série "Racontes-moi des histoires", j'ai aussi en tête "Virgil, le chasseur vantard", ou bien même Rumplestilzchen (orthographe incertaine, ici), ou encore "Les habits neufs de l'empereur". Enfin, une autre série qui m'a plu, et dont je n'ai, ici comme pour le cas précédent, pas tout, il y a "Mes Contes Préférés", et son symbole de coccinelle rouge. C'est dans cette série que j'ai connu pour la 1ère fois "Le chat, le chien, l'âne, et les voleurs" (curieusement, le coq n'est pas évoqué), ainsi que "Le Magicien d'Oz". Ce défi m'a beaucoup plu, au passage, merci aux autrices du profil de toujours très bien s'en occuper !