Vous m'avez sauvé... Merci pour tout. Arag pestait contre elle-même en son for intérieur. Si on lui avait dit il y a quelques semaines qu'elle s'amouracherait d'un humain elle aurait ri à gorge déployée. Elle avait toujours pensé être seulement attirée par les membres de sa propre espèce. En y réfléchissant plus en détail les humains qu'elle avait rencontrés lors de ses parties de chasse n'étaient pas vraiment les meilleurs représentant de leur espèce. Des braconniers crasseux pour la plupart qui ne lui parlaient seulement que pour acheter les peaux qu'elle leurs vendait. Remarque les hommes orques qu'elle côtoyait depuis petite à la forteresse n'étaient pas mieux non plus. Quand l'adolescence avait commencé à leur monter à la tête elle avait dû faire renoncer plusieurs de ses prétendants un peu trop insistants par des coups de pieds bien placés. Sa grande sœur et sa mère n'était pas toujours là pour la protéger.
La bêtise, l'ignorance et la fermeture d'esprit n'étaient visiblement pas l'apanage d'une seule espèce. Heureusement pour tous ces défauts il y avait également des personnes possédant les qualité inverses. Decumus en était un parfait exemple. Il avait fait plus de bien pour la forteresse en quelques jours que Yamarz pendant toute sa vie. C'était sûrement ça ce qu'il y avait de plus attirant chez lui. Son altruisme et sa noblesse d'âme. Il n'avait pas le physique musculeux et imposant des orques mais c'était à coup sûr un adversaire redoutable. Sûrement le plus dangereux combattant qu'elle ait vu pour l'instant. Elle se surprit à se demander à quoi il ressemblait sous son armure et cette pensée la fit rougir. Elle n'avait jamais fait assez confiance à quelqu'un pour s'offrir à lui. Peut-être que Decumus... Elle chassa vite cette pensée de son esprit. Elle avait des problèmes plus urgents pour l'instant. Les remparts de Fort Hraggstad commençaient se rapprocher. Une voix se faisait également de plus en plus audible, elle enfila son casque et pressa le pas.
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La simple vue du légat Maximus pouvait à elle seule témoigner de la décadence de l'Empire. Jadis de haute stature et combattant les cheveux au vent, il était aujourd'hui osseux, constellé de balafres sur le corps et le visage, ainsi qu'amputé de l'œil droit. Sa moustache de morse auparavant d'un noir de jais tendait à présent vers le gris et ses longues boucles d'ébènes n'étaient plus qu'un lointain souvenir. Cependant même si ces quarante années dans la Légion n'avait pas été de tout repos, il n'avait rien perdu de sa vivacité. Son œil restant brillait toujours du même éclat que durant sa jeunesse.
Devant lui aligné, se tenait le groupe de volontaire envoyé par Rikke. Il n'était qu'une quinzaine, il avait espéré plus. Cela va être plus compliqué que prévu. Pensa-t-il. Il soupira puis sortit machinalement de sa poche une petite boite de métal ronde contenant du tabac qu'il se mit à chiquer bruyamment. Bien que majoritairement composé de Nordiques et d'Impériaux le groupe était plutôt hétéroclite. Tout à gauche il y avait deux Argoniens tellement emmitouflés dans leurs manteaux de fourrures que seul leurs museaux ressortaient, l'un était vert, l'autre rouge et chacun portait à sa ceinture une épée de fer. À leur droite se tenaient divers humains, des fermiers pour la plupart le dernier était particulièrement chétif et tenait une fourche pour seule arme. Il paraissait minuscule et inoffensif par rapport à l'immense Cathay-raht gris torse nue à côté de lui. Il doit mesurer dans les deux mètres celui-là, son épée est aussi grande que le gamin à côté. Songea Maximus. Il cracha sa chique et s'attarda alors sur les trois derniers volontaires. Il s'agissait d'une Dunmer, d'un Bosmer et d'une Orque. Fait intrigant, la Dunmer ne portait aucune arme : seulement une armure de cuir simple en très bon état. Le Bosmer lui faisait plus peur à voir, son armure de cuir était rapiécée de partout et il ne portait qu'un arc et de flèches de fer. À sa ceinture pendait piteusement une vieille dague rouillée. L'Orque était arrivée la dernière et l'avait interrompu en plein discours. Ça ne lui avait pas plu mais il passa outre, ils manquaient cruellement de recrues. De plus son équipement semblait de première qualité, il reconnut un casque de facture impériale mais ce qui l'intéressait le plus était son épée orque et surtout l'arc étrange et magnifiquement ornementé qu'elle portait dans son dos. Surement fait d'orichalque lui aussi. Sa vieille armure de peaux n'a pas l'air de protéger grand-chose par contre... Au pire si elle ne survit pas je pourrais toujours récupérer son épée et son arc.
-Bon la bleusaille ! dit-il enfin en crachant le reste de sa chique. Comme je disais avant d'être interrompu. Vous voulez intégrez la Légion et nous, nous avons besoin de ce fort là-bas. C'est pas compliqué aidez-nous à le capturer et vous êtes engagé. Si vous mourrez et bien… Mort vous ne nous servez à rien.
La ligne de volontaire resta silencieuse, le regard fixé vers le Légat. Certains se demandèrent tout de même s'ils avaient vraiment bien fait de vouloir s'engager.
-Ecoutez-moi bien ! Je me fiche de votre couleur de peau, si vous avez des poils, des écailles, des oreilles rondes ou pointues. L'Empire accepte tout le monde, il aime la diversité ! Quand je vous regarde je vois tant de potentiel qui ne demande qu'à être exploité ! Je sais que vous en êtes capable ! Avec votre aide nous pourrons prendre ce fort mais également vaincre Ulfric ! Faite le pour l'Empire ! Rendez-moi fière, rendez-vous fiers !
Il dégaina alors son épée et la pointa en l'air.
-Qui est avec moi !?
La ligne de volontaire s'embrasa et hurla son approbation avec une ferveur qui réchauffa le cœur du vieux Légat. Chacun pointait son arme ou son poing vers le ciel. Il avait toujours adoré ces moments juste avant la bataille où toutes les peurs disparaissaient… De manière illusoire seulement. Il ordonna alors l'assaut mena la charge.
Arrivé aux abords des murs de la forteresse, les deux premiers à tomber furent deux fermiers Nordiques. Des flèches transpercèrent leurs poitrines. Leurs meurtriers ne leur survécurent pas longtemps, l'Orque et le Bosmer décochèrent presque simultanément une flèche tuant les deux bandits sur le coup qui dégringolèrent derrière les remparts. Par chance il n'y avait qu'eux sur ce côté-ci des murs et ils n'eurent pas le temps de donner l'alerte. Aussi la compagnie parvint à se rapprocher sans trop de dégât. Un autre problème fit alors son apparition : l'entrée sous les remparts était barricadée par un amoncellement de débris de bois. Maximus pesta à haute voix, ce n'était pas une simple porte à enfoncer : le temps de nettoyer tout ça les autres bandits découvriraient les cadavres de leurs compères et donneraient l'alerte.
-Reculez tous, j'ai une idée. Intervint alors la Dunmer.
Maximus intrigué fit signe aux autres et le groupe recula quelque peu des remparts. La Dunmer fit face à la barricade et commença à marmonner des incantations tout en bougeant les bras. Elle pointa alors ses mains vers le tas de bois et une puissante vague d'énergie propulsa la barricade à l'intérieur des remparts dans un bruit assourdissant. A l'intérieur de la cour du fort le groupe de bandit resta un instant bouche bée devant le tas de bois qui venait de s'écraser contre le mur d'en face et avait emporté au passage l'un de leur camarade. Ce court instant suffit au Khajiit pour bondir à l'intérieur de la cour. Espadon à la main il trancha net trois bandits d'affilé puis couru après un quatrième qui prit la poudre d'escampette… En vain.
-Qu'est ce que vous attendez tas de limaces ! Qu'on nous invite à entrer ? hurla le Légat Maximus. À l'assaut !
Toutes armes brandies, la compagnie se précipita à l'intérieur des murs. L'Orque et le Bosmer se dirigèrent arc en main chacun vers une tour du fort. Malin ces deux-là. En prenant de la hauteur ils pourront les arrosés avec des tirs croisés. Un bandit le tira alors de ses pensées. Armée d'un marteau de guerre il lui asséna un coup puissant mais très lent. Même si son corps paraissait malingre, il n'en était rien. Maximus parvint aisément à esquiver le coup. Il pivota ensuite sur le coté de son agresseur et lui adressa un coup d'épée au genou. Le malheureux finit sur le dos et Maximus vif comme l'éclair lui transperça le thorax de son épée. Crétin de bandit.
Profitant de cette légère accalmie il observa le déroulé de la bataille. Le gamin fermier plantait ardemment sa fourche dans le ventre d'un bandit qui s'écroula par terre dans une râle macabre. De leurs côtés les deux Argoniens étaient aux prises avec trois bandits et semblaient bien s'en sortir. La Dunmer tenait à elle seule cinq bandits en respect à l'aide d'une épée invoquée qu'elle tenait dans sa main droite et de cercles de flammes qu'elle générait de son autre main. Cependant elle commençait à fatiguer surement dû à la vague d'énergie qu'elle avait lancé pour déblayer le passage. Le Kahjiit couvert de la tête au pied d'un sang qui n'était pas le sien vint lui porter secours et à eux deux ils eurent tôt fait d'éliminer leurs adversaires. Des guerriers conventionnels, une mage de guerre et un mastodonte… Oui ça pourrait aller.
Il leva ensuite les yeux vers les deux tours du fort et vit le Bosmer et l'Orque faisant littéralement pleuvoir des flèches sur leurs adversaires en contrebas. Leurs tirs croisés étaient d'une précision fatale, chaque coup faisait mouche. On aurait dit qu'ils avaient parié que chacun en descendrait plus que l'autre. Une macabre compétition. Pas étonnant pour un elfe des bois de tirer aussi bien. En revanche il est plus rare de trouver des Orques avec des prédispositions d'éclaireurs…
La bataille tournait nettement à leur avantage. Les derniers bandits résistants furent achevés par les Argoniens et les quelques fuyards restant ne survécurent pas aux volées de flèches meurtrières des deux archers. Maximus ordonna alors le regroupement d'un sifflement sonore, il voulait voir combien il y avait de survivants. À sa grande surprise ils étaient plus nombreux que dans ses meilleures prévisions. Le petit fermier à la fourche fut le premier à répondre à l'appel. Il avait non seulement survécu mais s'était battu vaillamment. Vint ensuite le Kahjiit occupé à se frotter avec de la neige pour nettoyer le sang qu'il avait sur tout le corps, puis les Argoniens, la Dunmer et les autres Nordiques et Impériaux survivant. L'Orque et le Bosmer arrivèrent les derniers. On aurait dit qu'ils se disputaient mais Maximus n'y prêta pas attention. Lorsqu'ils furent tous au garde à vous, il prit la parole.
-Excellent ! Je vais être franc avec vous, je ne m'attendais pas à ce qu'il y ait autant de survivant. Maintenant on va regrouper tous les cadavres séparer bien les bandits de nos camarades tombés au combat. Nous les enverrons à leur famille.
Tout le monde s'exécuta avec une étrange cohésion et en une vingtaine de minutes plus tard tous les cadavres de retrouvèrent alignés dans la cour.
-Bien nous n'avons plus qu'à attendre la garnison de renfort. Ils s'occuperont de nettoyer le fort. Encore bravo soldats. Allez rompez. Vous avez mérité un peu de répit avant que les choses sérieuses commencent. Ne vous éloignez pas trop par contre, il en reste peut-être dans les parages.
Sur c'est dernières paroles il ressorti du tabac et chiqua de plus belle.
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Arag s'assit lourdement contre un mur de la cour. Elle s'emmitoufla dans une fourrure qu'elle avait dérobé à un bandit. Après l'effervescence des combats le froid commençait à l'agresser de toute part. Son armure en peau n'était vraiment pas très épaisse. Elle se rendit vite compte cependant que rester assis sans bouger ne faisait qu'accentuer le froid. Dans un grognement elle consentit à se lever puis alla chercher le nécessaire à la préparation d'un feu de camp.
Une fois le feu allumé, elle s'assit devant et commença à se réchauffer les mains. La chaleur qui se diffusait lentement dans tout son corps lui fit le plus grand bien. Des images de la bataille lui revinrent alors en tête. Elle n'avait pas compté le nombre de bandits tombés sous ses flèches mais ils étaient nombreux. Elle se sentit soudain sale, les affres de la guerre lui apparaissaient sous la pire des formes. J'ai vraiment envie de devenir soldat ? Elle se rassura en se disant que ces bandits l'avaient bien mérité mais quelque chose c'était brisé en elle.
-Un feu quelle brillante idée. Puis-je me joindre à vous ?
-Encore vous ! retorqua Arag. Soit faites comme bon semble.
-Merci bien. Répondit le Bosmer en prenant place en face d'Arag.
Ils se réchauffèrent en silence pendant plusieurs minutes.
-Ecoutez. Commença l'elfe brisant enfin le silence. Je m'excuse pour tout à l'heure, je n'aurais pas dû parler ainsi. C'était une excellente idée de monter sur ces tours pour les arroser d'en haut.
-Ah c'est maintenant que vous le reconnaissez, répliqua Arag avec un rire sarcastique.
-Repartons de zéro si vous le voulez bien. Je me nomme Abelas de Falinesti.
L'elfe tendit la main avec un sourire timide, de plus prêt son visage paraissait réellement malingre. Ses cheveux normalement châtains étaient sales et gras. Mal rasé, avec de larges cernes sous les yeux. Il essayait maladroitement de les cacher avec des peintures de guerre noires mais l'effet était raté. Cependant il avait de magnifique yeux couleurs ambre qui pétillaient de malice.
-Arag-gra-Gurzug. Sourit-elle en lui serrant la main.
-Enchanté. Que diriez-vous de partager un peu lembas ? C'est un pain elfique. Il est un peu rassis mais très nourrissant.
Arag acquiesça et Abelas lui donna un petit morceau que l'Orque goba sans autre forme de procès. Elle se sentit soudain repue comme après un festin. Incroyable. Toutes les disettes qu'on aurait pu éviter…
-Ahah vous avez vu c'est bon. Avec ça vous pouvez tenir deux voire trois jours sans avoir faim.
-Regarde ça frangin ! Un feu ! On va pouvoir se réchauffer les écailles.
Les deux Argoniens s'assirent et ôtèrent leurs capuches. Abelas leur proposa aussi du lembas qu'ils acceptèrent volontiers.
-C'est vous les archers qui nous ont sauvé la mise. Dit l'Argonien rouge de sa voix grinçante mais chaleureuse. On vous en doit une. Je m'appelle Gorm-Treii mais vous pouvez juste m'appelez Gorm. Lui c'est mon frère, Vasul-Treii. Il ne parle pas beaucoup et est plutôt grognon de nature mais vous verrez il n'y a pas plus gentil au fond.
-Ça c'est parce que tu parles toujours pour deux ! retorqua l'Argonien vert de sa voix sifflante. C'est pas pour rien qu'on te surnomme « Langue-pendue ».
-AH AH ! Pas faux frangin. Enfin bref camarades c'était une bien belle démonstration d'archerie. Alors quelle est votre histoire ? Pourquoi rejoindre la Légion ?
Abelas éclata d'un rire sonore, Arag se boucha les oreilles et Vasul enfonça sa main sur son visage de honte. Son frère était vraiment indiscret. Il avait toujours aimé se mêler de ce qu'il ne le regardait pas. Et c'était un peu à cause de ça qu'il se retrouvait à s'engager dans la Légion.
-Pourquoi vous voulez savoir ? plaisanta l'elfe. Vous êtes des espions c'est ça ? Pourquoi ne pas raconter votre histoire d'abord.
Cette fois ci ce fut Gorm qui éclata de rire. Arag se reboucha les oreilles et Vasul soupira de plus belle.
-Soit. Répondit l'Argonien aux écailles rouges. Il n'y cependant rien de bien folichon dans nos pérégrinations. Nous étions dockers à Vendeaume. Une ville où les habitants sont encore plus glaciaux que le temps lui-même. Nos semblables sont obligés de se parquer à l'extérieur de la ville. Les Elfes Noirs vivent dans un ghetto qu'ils appellent « Le Quartier Gris ». Ulfric se fiche de tous ce qui n'est pas Nordique. C'est pour ça qu'on est ici. On veut renverser ce salaud.
-Des idéalistes ! Comme c'est mignon. Eh bien je me nomme Abelas de Falinesti et voici Arag-gra-Gurzug. Comme l'indique mon nom, je viens de Val-Boisé. Un pays magnifique. Des arbres si grands qu'ils masquent le ciel. Ahh je ne puis en dire plus, ce pays me manque terriblement. Cependant je ne puis y retourner. Ma famille m'a chassé. Il n'aimait pas ma façon de… Les déshonorer. Depuis j'erre ça et là en Tamriel. Après Elsweyr je me suis rendu à Cyrodiil et enfin ici dans cette province gelée. Comme je me débrouille plutôt bien avec un arc et qu'il faut bien manger j'ai décider de mettre à contribution mes talents à la Légion. Evidemment j'aurais pu rejoindre la Guilde des voleurs mais j'ai toujours été quelqu'un d'honnête.
-En voilà un autre qui a la langue pendue. Ricana Vasul.
Abelas le fusilla du regard ce qui fit à nouveau éclater de rire Gorm. Après s'être arrêter il prit la parole.
-Eh bien quel mélodramatique vous faite. Et vous ma chère ? Qu'est ce qui vous amène ici ?
Qu'est ce que je vais bien pouvoir répondre. Je n'en ai aucune idée. Je ne vais qu'en même pas dire que je suis à la recherche de moi-même.
-Je viens d'une forteresse au sud-ouest de Faillaise. Finit-elle par répondre. J'étais chasseresse, mais je ne voulais pas terminer troisième femme d'un chef et me faire engrosser jusqu'à la fin de mes jours. J'ai besoin de voir le monde.
-Et un oiseau sorti de sa cage. Merveilleux. Je vous disais qu'on formerait une bonne équipe. Ironisa l'elfe.
-Wahou c'tait incroyable M'ssire ! Comment z'avez découpé ces brigands ! J'en ai presque chié dans mes braies ! Et vous Mam'zelle z'êtes une sacrée mage ou je ne mis connais point ! Ma Grand-M'man, Akatosh ai son âme disait que les chats c'étaient que des voleurs et des accrocs au skooma et puis que les peaux-grises c'étaient que des lâches incapables d'utiliser une épée. Elle s'est foutrement trompé cette vieille bique.
Les quatre compères se retournèrent dès qu'ils entendirent cet accent peu banal. Il s'agissait du petit fermier impérial à la fourche en compagnie du Kajjiit et de la Dunmer. Au vus de l'expression de ces deux derniers leurs tètes était au bord de l'explosion. Abelas leur fit signe et leur proposa de s'assoir prêt du feu et de déguster un peu de lembas. Ils acceptèrent volontiers et chacun fit les présentations. La Dunmer se nommait Zurina Zainab et avait quitté l'Académie des Mages à cause de leur inaction à propos de la guerre civile. Elle était plutôt quelconque mis à part qu'Arag la surprit quelque fois à la reluquer. Elle essaya de ne pas trop y prêter attention. Le Kahjiit lui avait pour nom Dar'Jahirr. Il était plutôt évasif quant à son passé mais les marques de fers sur ses poignets, les traces de fouet qu'il arborait dans le dos et sur le torse ainsi que le surin qu'il portait à la ceinture hurlaient qu'il s'était évadé de prison. Sa voix étonnamment douce surprit Arag et contrastait grandement avec son physique. Au milieu de ces deux là se tenait un gamin qui ne devait pas avoir plus de seize ans. Ses parents l'avaient prénommé Uriel pensant que ça le rendrait noble. Hélas pour lui il n'en était rien. Son strabisme, ses dents du bonheur et ses cheveux gras tombant sur ses yeux lui donnait plus un air de nigaud.
-Un vrai délice ces p'tis pains M'ssire l'elfe ! reprit l'impérial de plus belle en croquant à pleines dents un morceau de lembas. Mes parents, Arkay ait leurs âmes disaient que c'était tous des traitres qui ne nous laissaient pas adorer Talos. Pis pareil pour les orques Grand-M'man disait que c'était que des faces de cochons aux grandes dents qui culbutent les chèvres et nous vole le bétail. Pourtant vous Mam'zelle l'archère vous avez un sacré joli minois pour sur et des mignonnes petites dents. Et vous M'ssire l'elfe z'êtes sacrément gentil, z'êtes pas un traitre. Je vais vous dire le seul que j'ai vu culbuté des chèvres c'était le vieil oncle Sergius mais il était tombé sur la tête petit.
Arag baissa la tête et rougit quelque peu à la remarque du gamin. Elle sentait le regard de Zurina sur elle. Abelas lui adressa un léger sourire. Le reste de la troupe rigola de bon cœur. Ils étaient de toute évidence très nombreux à avoir la langue pendue. L'ambiance commençait à se détendre, ils parlaient de tout et de rien chacun s'ouvrit peu à peu.
-Savez. Reprit Uriel toujours avec son accent à couper au couteau. Même si j'ai un nom impérial M'man était Nordique et ma famille vit en Bordeciel depuis la 3eme Ere. D'après les prêtres on descend tous des compagnons d'Ysgramor. Enfin à part les Rougegardes. Mais c'que j'veux dire c'est qu'j'ai jamais compris pourquoi ils n'aimaient pas tout ce qui n'était pas humain. Pourtant… Ceux qui ont incendié la ferme, c'était pas des elfes ou des orques… C'était des hommes. Des Sombrages…
Le petit commença à sangloter. Tout le monde se regarda, personne ne sachant quoi faire. C'est alors que Vasul sorti une flasque de son manteau. Il s'agissait d'un alcool maison fort et odorant qu'il tendit à Uriel dans une accolade.
-Allez t'inquiète petit. Bois ça. T'es pt'ète un peu jeune mais ça te réchauffera le cœur.
-Attention… prévint Dar'Jahirr en souriant à pleine dents. Faudrait pas que le Légat nous surprenne à nous saouler.
-Ahah pas de risque. Regardez-le il chique son tabac là-bas. Rigola l'Argonien aux écailles vertes en passant la flasque à l'impérial qui s'empressa de boire. Tu sais petit. Je suis prêt à parier qu'on a tous ici perdu des proches. On va se serrer les coudes t'en fais pas. Un peu comme une famille.
Chacun bu à longue gorgée de la flasque. Les cœurs se firent plus légers. Abelas, Zurina et Gorm se mirent même à pousser la chansonnette. Une histoire idiote d'un homme perdu en forêt. Ils furent rejoints par Dar'Jahirr, Vasul et Uriel qui semblait avoir retrouvé sa gaieté naturelle. Arag elle, les joues légèrement empourprées par l'alcool était pensive. Une famille… Elle laissa aller son esprit vers sa forteresse natale. Sa mère, sa sœur, son clan, son père… Et Decumus. Elle sourit puis, se mit à chanter.
