Chapitre 2
Notre vie est trop courte pour se réveiller avec des regrets. Aime les gens qui te traitent bien. Oublie ceux qui n'en font rien. Crois que tout arrive pour une raison. Si tu as une seconde chance, attrape-la à deux mains ! Personne n'a dit que la vie serait facile, ils ont juste promis que ça valait la peine.
Je suis couverte d'hématomes de la tête aux pieds. Non, je ne me suis pas battue. On m'a battu, nuance. Du sang s'écoule de mes lèvres. La douleur m'empêche d'avancer. Pourtant, je m'obstine à ramper, laissant une énorme trace de sang sur le sol. Je suis pitoyable. Et si faible. Je suis brisée. Mais ils n'auront jamais mon cœur. Car on ne peut pas briser quelque chose qui n'est pas déjà complet, à la base. Je continue de ramper. Je perds beaucoup trop de sang. Si je continue comme ça je vais…
Et je ne veux pas mourir comme ça. Je ne leur laisserais pas cette chance de ce débarrassé de moi si facilement.
Je ne vois pas comment ils réussiraient alors que même moi je n'arrive pas à m'ôter la vie.
Passons.
Je roule sur le dos, épuisée. Et je laisse le soleil soigner mes blessures. En plus d'être capable d'absorber ma propre magie, je pouvais également soigner mes blessures grâce aux rayons du soleil.
Je suis une bien étrange mage.
Je pousse un soupir de soulagement quand la douleur disparait petit à petit. Finalement, je n'ai plus mal du tout.
Je ne connais pas vraiment la douleur mentale.
Je suis couverte de sang. Son goût âcre emplit mes narines ainsi que ma bouche, me faisant grincer des dents. Je suis à bout de force. L'inconvénient de pouvoir récupérer mes pouvoirs une fois utilisés c'est que je ne peux pas les manger. Dommage. Ou, plutôt, cela ne me remplit pas l'estomac. Malheureusement. Je meurs littéralement de faim. Il faut vraiment que je chasse. Ma main glisse dans ma poche, faisant glisser la lame de ma dague contre ma peau. C'est une jolie arme que m'a confiée la sorcière avant de mourir. C'est le seul présent qu'elle m'a laissé.
« Survie. Tu dois survivre. N'écoute pas ces idiots. Tu es promise à un grand destin, que tu le veuilles ou non. »
Bah. Ce n'est rien d'autre que des radotages d'une vieille femme. Pourquoi, moi, une pauvre orpheline, serais-je promise à un grand destin ? Sornettes et balivernes. Ce ne se sont que des histoires pour me donner espoir. J'ai peut-être l'apparence d'une enfant, je suis plus intelligente que je laisse paraître. Encore une raison pour laquelle je n'ai aucuns amis. Pour tout avouer, je n'en ai pas besoin. Cela ne sert à rien. J'avancerai plus vite, seule. Pas la peine de s'enticher d'un boulet, en plus de cela.
L'amitié comme l'amour sont des absurdités.
Je suis née ainsi. Sans connaître ses valeurs. C'est minable, je le sais. Mais est-ce vraiment de ma faute ? On me rejette et moi je me défends. La vie est ainsi faite. On ne m'a jamais appris à aimer. Je ne connais pas ce sentiment. On ne me l'a jamais enseigné. Et on n'en parle pas dans les livres de sciences. Je suis comme incapable de ressentir quoi que ce soit. Mon cœur ne fait que son travail. Pomper le sang. J'amènerais la destruction dans ce monde tout en gris. Et personne ne pourra m'arrêter.
Désolée… Je m'embrouille l'esprit avec ces histoires. Cela n'a aucune importance à mes yeux. La fin approche. Plus les jours passent, plus elle arrive. Doucement, mais sûrement. Et je ferme les yeux, en espérant que ce sera la dernière fois. Avant que je m'en rende compte, je viens de passer l'étape de mes dix-ans. Mes pouvoirs s'accroissent de jour en jour, d'année en année. Est-ce que j'arrive à les contrôler ? Non. Ils me consument. Je ne sais pas si je parviendrais un jour à les manipuler à mon aise. En attendant, je ne peux que contempler lentement ma chute. Voilà tout ce que je pouvais faire. Admirer. Je regarderais ma mort arriver sans pouvoir réagir. Je l'accueillerais comme une vieille amie. La seule personne qui m'attend, quelque part. C'est triste à dire. Je ne demande pas aux gens d'avoir pitié de moi. Je n'ai pas besoin de ça. Je peux vivre sans. J'ai toujours vécue sans. Sans amour, sans amis. Seule.
Je parle beaucoup trop.
Des gens sont morts parce qu'ils en savaient trop. Comme quoi si les gens de mon village connaissaient tous les secrets qu'une enfant de dix ans pouvaient contenir, ils tâcheraient d'éviter de raconter tout et n'importe quoi devant moi. Je pouvais retenir une masse de choses presque impressionnante. Je connaissais tous les secrets de chaque villageois. Je pouvais même les reconnaître à leur parfum. Mes sens ont toujours été plus développés que les autres. C'est ainsi que je devine que les villageois arrivent dans ma direction, des torches ainsi que des armes à la main. Ils ont décidés d'en finir. C'est tellement mal me connaître. Je suis prête, moi aussi. Depuis des années. Je sens la puissance m'envahir. Je ressens les flammes brûler tout mon être. Ma « mère » le savait. Ma naissance annoncerait la fin de ce village.
Ce soir, seule la mort gouvernera.
Ils m'encerclent. Je n'ai pas peur. Je suis tout bonnement incapable de ressentir une quelconque peur. Aussi loin que remonte mes souvenirs, j'ai toujours été incapable de montrer un sentiment, quel qui soit.
Peut-être qu'ils ont raisons. Peut-être que je ne suis qu'un monstre. Comme mon l'homme qui m'a abandonné.
Bon sang, qu'est-ce que je donnerais pour le rencontrer juste une fois.
Un objet me touche au visage, me coupant à la joue. Le sang s'écoule doucement de ma joue. Ils l'ignorent mais plus le temps passe, plus j'augmente ma puissance. Ils se mettent à chanter :
« Sorcière, sorcière,
Celle qui a tué sa mère nourricière.
Monstre, monstre,
Celui qui n'est que désastre.
Va-t'en d'ici, pars loin,
Avant que tu ne goûtes au silence créé par nos soins. »
Et tandis qu'ils continuent de chanter, moi je me nourris du feu de leurs troches. Ils ne comprennent que trop tard, quand je me mets à « brûler ».
En fait, je ne brûle pas vraiment. Mon corps est entouré de flammes mais je ne ressens aucunes douleurs. Un cercle rouge se forme. Pas seulement autour de moi, mais également autour de ceux qui veulent ma peau mais aussi du village en entier.
Je suis devenue une bombe humaine en quelque sorte.
…
Il fait noir. Je ne vois plus rien, devenue aveugle. Les étoiles masquées par des nuages. J'ai froid. Mes vêtements sont partis en fumée. J'ai faim. Je me suis vidée de toutes mes forces.
Mais je refuse de rendre l'âme.
Autour de moi, les cadavres calcinés de ceux qui s'étaient promis à rendre ma vie un enfer. Mes yeux sont flous mais j'arrive à voir les flammes dansés sous la noirceur de la nuit. J'ai réussi.
Je suis devenue une meurtrière.
Ma poitrine se soulève et s'abaisse lentement. J'ouvre la bouche. Non seulement pour remplir mes poumons d'air mais également pour récupérer des forces. Les flammes rampent vers moi. Soignant mes blessures. Je suis vivante. Ils ont échoués.
Je suis vivante.
Pas eux.
Je les ai détruits. Je suis née pour ça. Tuer. Je ne suis pas capable d'aimer ni même de ressentir un quelconque sentiment de faiblesse. Physiquement, je suis en vie. Mais à l'intérieur, je suis morte née.
Je suis l'enfant de la Mort. La fille d'un démon. La sœur des dragons. L'amie du feu.
Et un jour, je m'en fais la promesse, je serais capable de détrôner les dieux eux-mêmes.
