Chapitre 5

Un ami. Rien n'est plus commun que le nom, rien n'est plus rare que la chose.

- On est arrivé.

Je lève la tête vers le bâtiment plus imposant que je ne le pensais. D'ailleurs, d'où je suis, je peux entendre des bruits de fracas et de dispute.

- C'est toujours comme ça chez vous ? je lâche.

- Toujours, rigole Happy. Et encore d'habitude c'est pire.

Super. Je suis tombée sur un asile psychiatrique.

Je lève les yeux au ciel tandis qu'on pénètre dans la pièce. A peine ai-je franchis le seuil de Fairy Tail que quelque chose me percute violemment. Si bien que je tombe à la renverse en poussant une exclamation de surprise.

- Désolé.

Le gamin qui vient de m'envoyer au tapis pourrait avoir l'âge de Wendy si bien que je contrôle à grande peine mon agacement et l'écarte de ma poitrine. Je n'ai jamais eu autant honte de ma vie.

- Tiens, salut Roméo ! s'exclame Natsu tandis que je me relève avant qu'Erza ne vienne m'aider.

Je n'ai besoin de personne.

Le brun n'a pas le temps de répondre au chasseur de dragon qu'un vieil homme s'avance vers nous.

Je le regarde de haut (ce qui n'est pas bien compliqué vu nos taille respectif). D'un regard presque hautain. Ce qui ne me ressemble guère. Dans la guilde, tout le monde me fixe.

- C'est le Maître Makarof, m'explique doucement Wendy.

Le père d'Ivan… Il ne lui ressemble pas. Dans ses yeux je peux voir une bienveillance et une sagesse extrême qui n'existe pas chez son fils. Ce qui me choque. Comment deux êtres pourtant du même sang peuvent-être si différents ?

- ON POURRAIT SAVOIR CE QUI SE PASSE D'EN VOTRE TETE ?!

Je manque de faire un bond en arrière tandis que le vieil homme vient tout juste d'hurler, manquant de me rendre sourde à vie. A mes côtés les autres grimacent ou baisse honteusement la tête.

- VOUS M'AVEZ FAIT UNE PEUR BLEUE !

Je me tétanise. Le petit homme a une voix vraiment… assourdissante. Et je rajouterais également : puissante. C'est dingue comme quelqu'un d'aussi… minuscule peut posséder une telle voix.

Enfin bon, je suis bien placée pour savoir qu'il ne faut pas juger les gens sur leur physique. Qu'ils soient petits ou non.

Ou bien que leur apparence soit humaine.

Comme moi, en fait.

Il est en train de les sermonner tandis qu'ils essayent de se faire tout petits. Je trouve cela… Ridicule. Soudain, le dénommé Makarof se tourne vers moi alors que je le regarde presque de haut.

Et ce n'est pas un euphémisme.

- Qui es-tu ?

Je n'ai pas le temps de répondre que Wendy prend la parole.

- Maître ! Soyez gentil avec elle, elle m'a sauvée la vie.

- Est-ce exact ? me demande-t-il.

- Oui, je me contente de répondre.

Mon cœur manque alors un battement. Il me sourit. Un vrai sourire. Encore plus bienveillant que celui de Wendy.

- Merci. Quel est ton nom ?

Un nom ? Que dire ? Je n'en ai jamais eu besoin jusqu'à maintenant. On ne s'était jamais demandé la peine de me demander si j'en avais un. Et aujourd'hui, par je ne sais quelle sorcellerie, on me le demande enfin. Je regarde le petit homme devant moi. Mes lèvres s'ouvrent et se ferment à la vitesse de l'éclair.

- Ryuko Feudeymon, je lâche, si soudainement que je n'ai pas pris le temps de respirer. Oui, c'est cela, mon nom est Ryuko Feudeymon.

Et pour toute réponse, le vieux se contente de me sourire.

Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Je suis à la fois désemparée et… heureuse. Oui, c'est cela heureuse. Quel étonnant sentiment.

- Ce n'est pas un prénom qu'on n'entends souvent… me fit-il remarquer.

Normal. Je viens tout juste de l'inventer. Et pour tout dire, j'avais ce nom en tête depuis longtemps.

- Et bien, bienvenue à Fairy Tail jeune Ryuko Feudeymon.

- Merci. Mais je ne compte pas rester ici.

Les autres ont l'air déçu.

- Ah non ! s'exclame Natsu. Pas avant de m'avoir affronté.

J'hausse un sourcil.

- Tu te rends bien compte que tu n'as aucune chance contre moi gamin ?

Mais il ne m'écoute pas et fonce droit sur moi.

Avant de se prendre un violent coup de poing dans la figure qui l'envoie bouler quelques mètres plus loin.

- Je t'avais dit que tu n'avais aucune chance, je lâche alors tandis que les autres me regardent, bouche bée.

Bah quoi ?

Je vois Natsu ce relever tandis que j'hausse mon deuxième sourcil.

- Tiens, tu es toujours en vie ?

- Parce qu'il était supposé mourir ? s'étonne Grey.

- Non. Mais d'habitude on ne survit pas à mon coup.

Ils me regardent bouche bée alors que je me contente d'hausser des épaules. Je suis d'un naturel « je-m-en-fous-de-tout ». Je ne m'inquiète même pas de ma propre vie, c'est pour dire. En vérité, ma survie m'importe peu. Je pourrais mourir maintenant que je m'en ficherais totalement. Mais je ne compte pas me suicider non plus. Je préfère mourir de la main de quelqu'un. Question de principe.

- Tu es une mage n'est-ce pas ? me questionne Makarof.

- Exact.

Je lui montre mon poing qui se met brusquement à s'enflammer.

- Une mage de feu, voilà qui est intéressant.

- Disons que c'est plus compliqué que cela.

- Comment ça ?

- Je peux… Hm…. Comment dire… Régénérer mes pouvoirs grâce à la chaleur.

Natsu la fixa intensément.

- Tu serais une sorte de chasseuse de dragon toi aussi ?

- Non. Mais tu as raison en partie. Je suis bien une chasseuse en effet. Mais pas de dragon.

- Ah et de quoi au juste alors ?

- Cela je l'ignore totalement.

Ils se taisent. Je sens comme une tension. En serais-je la raison ? Certainement. J'ai toujours suscitée de l'étonnement parmi les gens qui m'entourent. Malgré le fait que j'essaye de me faire le plus discrète possible. Ce qui n'est pas si simple avec la chevelure que j'ai. Et surtout avec mes yeux.

- Et bien, mon enfant, sort soudain Makarof. Que dirais-tu de faire partie de notre guilde ?

- Non, je suis désolée. Je ne peux pas accepter mon offre.

Alors pourquoi ressens-je une douleur cuisante au ventre ? Comme si tout cela s'avérait être un mensonge.

- Ah bon ? Et pourquoi donc ?

- Vous êtes le père d'Ivan. Voilà pourquoi.

- Comment cela se fait-il que tu le connaisses ?

- J'ai travaillé pour lui une ou deux fois.

Le vieil homme écarquille les yeux.

- Je n'ai jamais entendu parler de toi.

- Normal. Je n'aime pas tellement me faire remarquer.

Tous les regards vont de moi à Natsu, portant encore la marque de mon pied sur la figure. J'aurais pu rigoler en voyant sa mine. Mais je ne le peux pas. Tout simplement que je n'ai pas de cœur. Pour moi, l'amour et l'amitié ne signifient rien. J'ai réussi à vivre sans. Enfin, jusqu'à là. Je ne m'abaisserais jamais à ce point.

- Ryuko ?

Je ne réagis que quand la main d'Erza se pose sur mon épaule. Ah oui… Ryuko Feudeymon. C'est mon nom désormais. Je n'arrive toujours pas à m'y faire. J'ai enfin un nom rien qu'à moi.

Est-ce les gens pleurent dans ces moments-là ?

Pas moi. Mes yeux semblent secs. Je me demande si j'ai déjà pleurée une fois dans ma vie. Je m'en souviendrais sinon, non ? Enfin je pense. J'espère… Ou pas, en fait. Je me demande parfois ce que ça fait de pleurer. Ou bien d'aimer.

Ou pire. Se sentir aimer.

Un frisson me parcourt de la tête en bas. Je ne peux pas rester ici. Je dois partir, maintenant.

- Je vais m'en aller.

Ce n'est pas une proposition. Je compte vraiment le faire. Maintenant. Je n'attends donc pas de réponses de leur part mais alors que je m'apprête à quitter la pièce, j'entends la voix du Maître me dire ceci :

- Personne ne peut vivre seul éternellement. Si tu n'as nulle part où aller, Fairy Tail t'accueilleras les bras ouverts.

Je me stoppe légèrement. Je réfléchis à ses paroles avant de secouer la tête. Je ne reviendrais pas.

Mais alors que je quitte Magnolia, je sens quelque chose d'humide glisser sur ma joue…