J'avais remarqué lors de la première écriture que mes chapitres étaient de plus en plus long, et c'est encore plus sensible maintenant que je suis repassée derrière... J'espère que ça vous fait plaisir ! Personnellement, en tant que lectrice, je sais que j'aime beaucoup les fanfictions qui ont des chapitres fournis, entre autre car ça laisse moins sur sa faim en attendant la suite. Ça se répercute sans doute sur mes propres fics !


Chapitre 4 : L'intransigeante loi

Ce n'était pas possible. Pas le petit Colin, au sourire innocent et à l'appareil photo toujours au cou pour saisir la moindre occasion de garder un souvenir de tout ce qu'il trouvait important. Ça ne pouvait pas être cet ancien Gryffondor qui allait être exécuté. Il n'avait jamais fait de mal à une mouche.

Pétrifiée, la lionne ne bougea plus. Inconcevable. C'était le seul mot qui lui venait en tête quand elle tentait d'imaginer la situation comme étant réelle. Seulement, elle s'en doutait, cette fille de Sang-Mêlé ne pouvait mentir.

Se tournant vers Malefoy, Hermione lui jeta un regard noir, mais ne lui adressa pas un mot. C'était inutile de toute façon ; son regard fixe, soutenant celui de son ennemie sans peine, prouvait qu'il connaissait déjà cette décision. Au moins, il ne voulait plus l'étrangler. Cependant, elle avait deux mots à lui dire. Mais ce n'était pas le moment, aussi, elle se contenta de lui dire de façon patibulaire :

« Tiens, toi qui joue le grand préfet-en-chef, occupe-toi de ramener cette élève à son dortoir. Je retourne me coucher. »

Puis, après un regard rassurant pour la jeune Serdaigle, lui promettant silencieusement de chercher une solution. Même si elle n'en voyait aucune pour le moment. Elle avait conscience de laisser la pauvre fille au milieu des couloirs avec un serpent irresponsable, mais l'ancienne Gryffondor était paniquée, et transmettre son angoisse à la peur déjà pesante de sa cadette ne les aiderait pas. De toute façon, Malefoy ne tenterait rien, elle en était persuadée. Qu'avait-il à gagner ? Tout au plus, il laisserait la jeune fille en plan au lieu de la raccompagner. Ce qui, en soit, n'était rien de grave. Il fallait en priorité qu'elle trouve comment sauver Colin.

Elle partit donc, malgré les protestations de Drago Malefoy.

Faisant le chemin inverse de celui fait quelques heures plus tôt, elle vit la lune, presque noire, resplendir dans le ciel nocturne où le jour commençait déjà à pointer le bout de son nez. Cela confirma l'heure à la fois tardive pour la nuit et matinale pour le jour, fatiguant encore plus la lionne ; mais elle ne dormirait sûrement pas avant un moment.

Une fois devant le tableau sans n'avoir croisé âme qui vive, ce qui n'était pas étonnant, Hermione prononça le mot de passe qui réveilla en sursaut l'homme au nez crochu du tableau. Il était bien trop fatigué pour s'amuser à ne pas lui obéir, et peut-être avait-il encore la menace de la miss en tête, car il la laissa passer sans problème.

Une fois dans la salle commune, plongée dans le noir, elle tenta de retrouver son lit. Après quelques minutes passer à faire attention de ne cogner contre aucun matelas d'une des Gryffondor endormies tout en cherchant sa couchette, elle tomba enfin sur le dernier matelas libre. Le coussin l'appelait irrésistiblement. Mais elle se secoua, avant de tapoter l'épaule d'une Ginny encore au pays des rêves, jusqu'à ce qu'elle se retourne en grognant. Avant d'annoncer la nouvelle à son amie, seule confidente probable en cette matinée, Ron étant à Poufsouffle, Hermione prit soin de lancer le sortilège assurdiato.

« Je dois te parler de quelque chose Ginny, répondit la fille brune à la question silencieuse de la Weasley, il semble que certaines personnes tentent vraiment d'éliminer les Sangs-de-Bourbe.

-Quelqu'un t'a menacé ? »

A l'idée de son amie en danger, la rouquine s'était redressée vivement, complètement réveillé devant le ton sérieux de son amie, où perçait pointe de peur.

« Non, mais je crains que ce ne soit pire. Tu vois qui est Mandy Brocklehurst ?

-La fille de Serdaigle ? Oui, elle fait partie de la liste de sorciers et sorcières de Sang-Mêlés se trouvant à Poudlard… Et je l'ai croisée hier. »

Hermione soupira. Elle détestait cette histoire de liste, affichée au début de l'année, donnant les noms de toutes les personnes dont le sang était directement impur ; autrement dit, tous les élèves ayant au moins un de ses deux parents moldus. Bien sûr, la préfète-en-chef n'avait pas échappé à voir son nom affiché parmi quelques cinquantaines d'autres. Et elle s'était arrêtée de lire à la première liste qui l'avait déjà horripilée. Mise en évidence un peu partout dans l'école, Voldemort cherchait à leur rendre la vie impossible par tous les moyens. Ainsi, les élèves les plus extrêmes prirent soin d'apprendre absolument par cœur tous les patronymes inscrits.

« Oui, c'est elle.

-Elle est la petite amie de Colin non ? »

L'ancienne lionne fut interloquée d'entendre le nom se rapportant à la mauvaise nouvelle qu'elle avait en tête. Mais elle se souvint, lors d'une nouvelle illumination dont elle seule avait le secret : il est vrai que Ginny était de la même année que ce Crivey, elle le connaissait un peu plus. Et sa relation avec Mandy expliquait pourquoi la jeune Serdaigle cherchait si désespérément son ami. Et elle se souvenait que le garçon aux cheveux clairs avait semblé soulagé de se retrouver dans la maison des aigles. Mais elle avait assimilé cela au fait de ne pas se retrouver à Serpentard.

Voyant son amie plongée dans ses pensées, la jeune Weasley haussa des sourcils, se demandant ce qu'il pouvait se passer. Elle finit par reprendre, constatant que l'autre lionne ne semblait pas prête à parler d'elle-même :

« Eh ben ? Il lui est arrivé quoi ?

-A vrai dire... Déjà hier soir, avant que je ne revienne dans la salle commune, je l'ai croisée… et c'est pour cela que j'étais remontée contre Malefoy. Elle m'avait dit que Colin avait disparu, qu'elle avait cherché partout. Aussi, étant donné que... »

S'interrompant, Hermione se rendit compte qu'elle n'était pas prête à avouer qu'elle s'était faite menacer par son ennemi, bien que ce fût important. Elle reprit avec rapidité, afin d'éviter toute question :

« ... Que pour certaines raisons, je soupçonnais Malefoy d'en savoir plus –ce qui est le cas d'ailleurs- j'ai voulu lui demander. Mais comme il a... esquivé, hier, ça m'était sorti de la tête. Seulement, j'étais allée dans ma chambre de préfet. Et avant, quand je me suis réveillée, ce serpent était aussi là-bas.

-Ce mec... Il va me payer ce qu'il t'a fait !

-Ne t'inquiètes pas Ginny, on s'en occupera. »

Puis, afin d'éviter d'avoir à raconter en détail ce qu'il s'était passé avec le Serpentard, ce qu'elle souhaitait éviter à tout prix pour elle ne savait quelle raison, elle acheva en lui parlant de la révélation de Mandy sur Colin.

Elle devina les traits horrifiés de son amie, alors que celle-ci murmura :

« Ce n'est pas possible... »

Gardant le silence, les deux jeunes filles ne dirent rien pendant un moment, tentant d'accepter, et surtout de comprendre l'effroyable vérité. La même question les hantant toutes deux : Pourquoi ?

C'est alors qu'un bruit venant de l'entrée de la salle commune se fit entendre. Contrairement à son homologue précédemment, Malefoy n'eut aucun remord à allumer le bout de sa baguette pour illuminer assez la pièce afin de rejoindre son dortoir. Heureusement pour eux, les anciens Gryffondors étaient encore assez profondément endormis. Seuls quelques mouvements de têtes faits automatiquement par leurs corps pour échapper à la lumière perçant leurs paupières furent perceptibles, puis la pièce redevint calme dès que Drago se dirigea vers les dortoirs. Les paravents préservaient le minimum d'intimité, mais n'étaient vraiment pas efficace, concernant la luminosité.

D'ailleurs, le Serpentard ne bougeait plus, observant les ombres des deux filles qu'il apercevait grâce à la lumière lunaire, bien réveillées. Il avait la sensation qu'elles le fixaient à travers le paravent, l'accusant silencieusement. Ce ne fut que quand la rousse se tourna vers la miss je-sais-tout qu'il comprit qu'il ne pourrait pas entendre ce qu'elles disaient, un sort les protégeant. Laissant tomber, il rentra dans les dortoirs des garçons où il ne fit pas plus d'effort pour ne réveiller personne.

Etrangement, ce sentiment de reproche silencieux des anciennes Gryffondors l'avaient déstabilisée. En même temps, après une nuit pareille, ce n'était pas étonnant. Dans le noir, il leva son bras au-dessus de lui, fixant un endroit précis de son avant-bras gauche. Touchant un tatouage en relief dessus, son doigt suivit une ligne presque droite traversant toute cette partie de son bras ; une boursouflure remplaçait l'endroit où, quelques heures plus tôt, il avait fait couler son sang en espérant naïvement que ce tatouage, et tout ce qui s'y rapportait, s'effacerait. Et il ne pouvait s'empêcher de griffer sa peau, encore et encore. Avec un sourire sans joie, il se dit qu'il s'était montré aussi idiot que la Sang-de-Bourbe se trouvant dans la pièce à côté, sans doute en train de déblatérer contre lui.

Seulement, il avait tort. Car si Ginny Weasley et Hermione Granger allait avoir à parler de son cas, leur priorité était de trouver comment être sûres que ce ne soit pas une simple farce des Serpentard : car après tout, il suffisait de tendre un piège au jeune lion, pas vraiment sur ses gardes, de le garder quelque part, de prendre une grande cape noire et d'aller effrayer la Serdaigle. Ginny trouva la preuve qui excluait une blague des serpents.

« Mais… Mandy a dit que le mangemort avait transplané... C'est impossible dans l'enceinte de l'école non ? »

Hermione fit un signe de tête indiquant que c'était plus compliqué que ça.

« En fait, c'était vrai jusqu'à l'ascension de Voldemort. Maintenant, ceux portant la marque des ténèbres...

-Peuvent transplaner même ici c'est ça ? Je croyais que ce n'était qu'une rumeur.

-Je crois que c'est la vérité. Mais dans ce cas... »

L'ancienne Gryffondor se tut, son amie sachant aussi bien qu'elle ce que cela signifiait. Il n'y avait pas besoin de le dire à voix haute. Se levant d'un même élan, les jeunes filles sortirent de la salle commune sans problème, connaissant par cœur l'emplacement des matelas à partir de leurs lits.

Le tableau gardant l'entrée se remit en place à grand coup de râles pour avoir été réveillé tout au long de la nuit par ces maudits élèves, cette Sang-de-Bourbe et puis ce Malefoy prétentieux...

Ignorant le portrait au nez crochu, les anciennes rouge et or remontèrent les escaliers pour quitter le sous-sol. Les yeux encore légèrement plissés par le changement de luminosité, les couloirs étant illuminés par des flambeaux d'où le feu magique ne s'éteint jamais, elles avançaient en silence.

Montant les marches deux à deux, les filles croisèrent un élève baillant à s'en décrocher la mâchoire qui semblait se diriger vers la Grande Salle pour son petit déjeuner. Cet élève de Poufsouffle semblait bien matinal à Hermione, qui regarda sa montre.

Elle grimaça.

Presque sept heures.

L'afflux des lèves-tôt n'allait pas tarder, et elles souhaitaient se rendre le plus discrètement possible au bureau de la directrice, connaissant certains élèves s'étant donné le mot pour fouiner dans les affaires de ceux au sang impur.

La lionne faillit aborder le jeune Poufsouffle, sans doute en deuxième ou troisième année, pour lui poser une question sur un certain Gryffondor reconverti chez les jaune et noir, mais renonça. Ron n'était pas du genre à se lever en même temps que le soleil, et demander au garçon de le chercher aurait été une perte de temps. Elle le retrouverait après avoir vu le professeur de métamorphose. Elle n'avait visiblement pas le choix.

Une fois arrivé au deuxième étage, Hermione remercia le ciel d'être préfet-en-chef et donc de connaitre le mot de passe pour que la gargouille gardant l'entrée du bureau de la directrice coulisse et lui ouvre le passage. Après l'avoir murmuré, les deux filles purent entrer dans cette immense salle sur trois étages.

La seule chose qu'eut le temps de remarquer Ginny était l'absence perceptible d'un tableau au milieu de ceux de tous les directeurs et directrices. Elle comprit tout de suite que cette place était tout simplement pour le portrait de leur ancien directeur, Albus Dumbledore. Il n'y était toujours pas, ce qui n'était pas normal… Du moins, ce qui n'aurait pas été normal si l'école n'était pas désormais supervisée par les forces du mal. Le ministère gardait sûrement le tableau en sécurité quelque part.

La rousse ne put s'arrêter sur les autres d'un détail du bureau -qu'elle n'avait jamais vu que deux ou trois fois-. La directrice de l'école était face à eux, les traits fermés.

« Professeur McGonagall ! Colin Crivey, il...

-Je sais, miss Granger.

-Vous dev... quoi ? »

Mais sans répondre, le professeur se décala légèrement, laissant apparaitre une personne dans le champ de vision des jeunes filles, dos à elle. Elle était penchée au-dessus du bureau de la vieille femme, encapuchonnée dans une robe de sorcier noir. La lionne fronça les sourcils.

Qui était-il ?

Cependant, elle recentra son attention sur l'ancienne tutrice des Gryffondor, et remarqua enfin son air accablé, semblable à celui qu'elle affichait le jour où elle était entrée dans la salle commune des Gryffondor pour leur annoncer la fermeture de leur maison.

Soudain, une voix retentit, et Hermione se demanda un instant pourquoi elle lui semblait aussi forte, comme si quelqu'un s'était décidé à crier directement dans son oreille. Ensuite elle comprit c'était la personne vêtue de la cape qui parlait, et elle ne prenait pas la peine de le faire à voix haute.

« Elèves et professeurs de Poudlard ! Je parle au nom de notre bien-aimé et tout-puissant Seigneur des Ténèbres et de son dévoué ministère de la magie. Colin Dennis Crivey, élève en sixième année de la maison Serdaigle de l'école de sorcier Poudlard, a été reconnu comme coupable de trahison envers les lois du ministère de la magie concernant les sangs impurs, misent en place le dix juillet 1997, et se doit être puni pour rappeler qu'aucun écart n'est toléré. Il sera exécuté ce vendredi 29 septembre à midi pile. Tous sauront ainsi que les traîtrises et actes de rébellion n'ont pas leurs places dans ce monde. A toutes et à tous, bonne journée. »

Hermione grimaça. D'abord à cause de cette marque de fausse politesse écœurante après une telle nouvelle, mais aussi pour la concrétisation de la peur qui la rongeait depuis plusieurs heures. Que c'était-il donc passé ?

Elle ne remarqua qu'elle était tombée à genoux que quand une larme s'échoua sur sa main. Elle serra sa jupe au point que ses jointures en devinrent blanches. C'était autant une larme de rage que de tristesse, car elle se sentait si impuissante qu'elle s'en voulait à elle-même. Ginny, elle, était pétrifiée, debout raide comme un piquet mais chancelante. En voyant son amie aussi mal, la lionne puisa au plus profond d'elle pour se relever, et prit son amie dans les bras. La rousse éclata en sanglots. Hermione était incapable de réconforter sa meilleure amie, étant elle-même tourmentée. Elle ne put que mettre un bras dans le dos de la jeune rousse alors qu'elle avait le visage contre son épaule, secouée de tremblements face à la terrible nouvelle.

La plus âgée des deux rouge et or, qui retenait ses larmes à grand peine, aperçu alors la silhouette encapuchonnée se redresser, et cru discerner un sourire sur son visage presque entièrement masqué. Mais surtout, elle eut le temps d'apercevoir des lèvres scellés l'une contre l'autre, avec qu'il ne disparaisse avec un crac ! sonore. Alors elle comprit.

Ce Mangemort était le Silencieux, qui avait une capacité telle à embobiner tous les sorciers, même les plus grands, que le droit à la parole lui avait été retiré lors de son enfermement à Azkaban il y avait des années. Ceci expliquait qu'il avait parlé par la pensée pour s'adresser aux autres Voldemort lui-même lui avait sans doute appris.

Les traits fermés, McGonagall rejoignit les deux jeunes filles.

« Je suis vraiment désolée pour Mr. Crivey mais... Je n'ai rien pu faire. On raconte qu'il a enseigné la magie à un Né-Moldu, alors que cet enfant se trouvait dans l'école près de Londres spécialement créée pour eux et les Sangs Mêlés... Un de ces établissements leur apprenant à ne jamais leurs capacités de sorciers. D'après les mots du ministère, il a franchi un interdit imposé par les lois. Dit autrement… Il a appris quelques sorts à un type d'enfant dont le mage noir souhaiterait éradiquer la magie. »

Avec rage, Hermione siffla :

« Je ne suis pas stupide professeur, et vous non plus. Si Colin va mourir aujourd'hui, c'est parce qu'il est un Sang-de-Bourbe. Cette histoire de trahison n'est qu'une excuse que répandront les adeptes de Voldemort et à laquelle croiront les naïfs ! »

Le professeur ne répondit rien, confortant l'impression de la jeune fille que la femme avait aussi elle aussi deviné la vérité. Une expression affligée qui ne quittait pas son visage, McGonagall dit simplement :

« Aller dans la Grande Salle. Vous avez cours dès neuf heures il me semble. »

Prenant son amie par le bras, Hermione sortit de la salle en comprenant que la directrice était tout aussi bouleversée que ses élèves. Ginny, bien que ne pleurant plus, avait toujours les yeux humides et son regard regardait sans vraiment voir autours d'elle, plongée dans de sombre pensées.

Ce n'est que quand elle croisa plusieurs élèves que l'ancienne Gryffondor comprit que quelque chose clochait. Son bras serra la manche de son amie qu'elle tenait depuis tout ce temps. En plus d'y avoir bien plus de personnes qu'habituellement, beaucoup arboraient des airs mal réveillés, et avaient la mine déconfite. Elle comprit soudain pourquoi : cette impression que l'homme criait dans ses oreilles n'était pas que parce simplement car il leur parlait par télépathie… Mais car c'était en réalité le sortilège permettant à tous les élèves du château d'entendre une annonce importante ! Normalement, ce sort était réservé à la directrice de l'école. Visiblement, malheureusement comme beaucoup d'autres choses, ce n'était apparemment plus le cas. Avec ce sort, même les centaures devaient avoir entendu la nouvelle, même s'ils étaient cachés au fin fond de la forêt interdite. Ils y avaient été obligés, pour échapper à l'esclavagisme que souhaiterait exercer le mage noir sur eux

Après un soupir, l'ancienne rouge et or se dit que, au moins, Ron devait être réveillé maintenant. Sa sœur quant à elle était étrangement calme, contrairement à son habituel caractère enjoué.

Elles rejoignirent la Grande Salle à une lenteur qui semblait avoir gagné tout le château. C'était comme si l'annonce ralentissait les cerveaux, empêchant les élèves de réaliser l'horrible décision prise par le ministère. Beaucoup semblaient affligés.

Mais certains, ceux qui faisaient la chasse aux Sang-de-Bourbe ou ceux qui commençaient sérieusement à penser qu'il existait des différences entre les sorciers à cause de leurs sangs, agissaient comme si de rien n'était, avec une ironie extraordinairement déplacée. Cependant, même ceux qui parfois jetaient des regards noirs à Granger semblaient attristés. Cela étonna d'abord celle-ci, avant qu'elle ne comprenne : Colin était apprécié pour son innocence, souvent utilisé comme souffre-douleur, mais personne ne concevait qu'une personne comme lui puisse mourir... ainsi.

Les jeunes filles, et surtout la brune, auraient presque put se sentir soulagées en apercevant une tête rousse se démarquant parmi les autres de la table des Poufsouffle. Mais l'ambiance ne s'y prêtait pas. Elles se contentèrent donc simplement de le rejoindre, Hermione entrainant la cadette Weasley avec elle.

La première le héla lorsqu'elle fut assez proche, et il se tourna, presque avec hésitation, une expression d'hébétude sur le visage. L'ancienne Gryffondor ne doutait pas qu'il arborait celle-ci depuis son réveil. Le manque de sa dernière heure de sommeil lui donnant une mine encore plus ahurie, Hermione ne put s'empêcher de se jeter dans ses bras, retenant toujours ses larmes.

« Colin… Oh Ron, c'est Colin qu'ils veulent exécuter. Pas un délinquant, Colin ! »

Mais personne ne pouvait réconforter personne en cette triste journée ; et tout semblait irréel.

La majorité des Serpentard, sans compter les lions ayant rejoints leur maison, agissaient et riaient comme d'habitude. Pourtant, même Malefoy ne vint pas chercher des problèmes à Ginny et sa meilleure amie, toutes deux assises à la table des Poufsouffle pour leur petit déjeuner.

Et la matinée entière se déroula avec cette impression d'irréel, tel un rêve brumeux dont on a du mal à sortir. Les professeurs eux-mêmes semblaient désintéressés par ce qu'ils racontaient. Le professeur de potion, Horace Slughorn, en oublia même de mettre un composant dans une de ses mixtures, embrasant sa cape. Et sans la réaction rapide -véritable réflexe- d'une certaine miss je-sais-tout qui déversa de l'eau grâce à sa baguette magique, elle aurait sans doute brûlé un petit moment avant réaction du professeur.

Midi sembla arriver avec hésitation, et pourtant bien trop vite au goût des élèves, qui ne savaient pas à quoi s'attendre. Recevoir la tête du gentil petit blond sur un plateau ? Une exécution publique ? Ou alors rien ne prouvant ce qu'il s'était passé ?

Alors que, sortant de son cours de botanique dans les serres avec les Serdaigle, qui semblaient d'ailleurs tous abattus, Hermione se dirigeait vers le château, quelqu'un l'attrapa par la manche. Elle se retrouva à quelques centimètres d'un regard gris, si proche qu'elle remarqua pour la première fois des reflets bleu ciel. Sans grande conviction, elle tenta de lui faire lâcher son bras, mais il ne desserra pas sa prise. Aussi, elle soupira :

« Lâche-moi Malefoy.

-A ta place Granger, je n'irai pas voir un sort qui me sera sans doute bientôt réservé. »

Puis, il la relâcha et se glissa dans un petit chemin entre deux serres.

« Mêle-toi de tes oignons Malefoy ! »

Mais elle était loin d'être sure qu'il l'ait entendu. Serrant le poing, elle regarda sa montre moldue, véritable tic chez elle. Mais elle savait pertinemment qu'elle heure il était. Alors qu'elle rebaissait son bras contre elle, elle eut un déclic, remarquant un détail qu'elle avait mis du temps à analyser. Relevant son bras, elle sut qu'elle ne s'était pas trompée : sur sa manche se démarquait une tâche. La touchant du bout des doigts, elle fut surprise de se retrouver avec de légères traces rouges.

Rouge sang.

Pourtant, elle n'avait rien fait de spécial en botanique, elle n'avait même pas coupé de plante. En revanche, c'était la manche qu'avait attrapée son ennemi.

Qu'avait donc cet idiot de serpent ?

Mais elle chassa cela de ses pensées, se dépêchant de rejoindre l'enceinte de l'école.

Cependant, ce qu'elle ne savait pas, c'était que l'exécution se déroulait à l'extérieur, devant le pont principal. Elle n'avait pas ouïe dire que les élèves souhaitant dire au revoir à Colin pouvaient venir ; le but était surtout de prouver aux sorciers que le jeune garçon allait réellement subir le sort promis. Les mangemorts étaient réellement sans cœur.

Avec horreur, Hermione comprit qu'elle n'arriverait pas au château à temps. Pourquoi ? Parce que la masse d'élèves présents bloquait l'accès au pont. Et surtout, elle fut tant saisit par l'ambiance froide qui s'installait qu'elle se figea. Un frisson d'épouvante lui parcouru le corps.

Un détraqueur.

Ils comptaient vraiment faire subir un sort pire que la mort à ce pauvre Colin ?

Malheureusement, elle comprit que oui en se tournant vers la droite, là où tous les regards étaient rivés. Une silhouette encapuchonnée flottait juste au-dessus d'un corps qu'elle devinait être celui de l'ancien lion. Il gémissait faiblement, alors que le détraqueur semblait déjà happer tout bonheur qu'il pouvait avoir ressenti et ne ressentira jamais. Le Gryffondor le plus souriant qu'Hermione n'ait jamais vu était en train de se faire priver pour toujours de tous ses plus beaux souvenirs, ne laissant que la peine et la douleur.

Hermione elle-même entendait sans cesse les bruits de ses pires cauchemars ; elle pensa même voir à nouveau Voldemort annoncer la mort d'Harry tant elle crut à cette vision. Elle ne reprit ses esprits que lorsqu'un silence inquiétant remplaça les bruits de sa tête. Tous les élèves retenaient leurs souffles. Bien que pleurant à chaudes larmes, ils semblaient chacun incapable d'émettre le moindre son, et pas même un sanglot ne perça le silence.

Une jolie flamme bleutée sortit de la bouche entre-ouverte alors que Colin affichait une expression crispée et triste. La boule céruléenne rejoignit le visage masqué de la silhouette penchée au-dessus de lui, avant de disparaitre. La tension sembla se relâcher, et soudain les cris de Mandy Brocklehurst brisèrent ce silence insupportable.

Les larmes roulaient toutes seules sur les joues d'Hermione, qu'elle essuya rageusement. Elle détestait pleurer devant quelqu'un, alors c'était hors de question devant toute cette foule. Elle souhaitait toujours réconforter les autres, être là pour eux lorsqu'ils sont accablés mais elle l'était elle-même bien trop pour aider, c'était pourquoi elle ne voulait pas rester. Tout ce qu'elle ferait, serait ajouter de la peine à la tristesse omniprésente.

Il fallait qu'elle trouve Ron, lui seul pouvait l'aider. Et alors qu'elle partait en bousculant de nombreux élèves qui étaient tous en train de chercher du réconfort dans les bras de leurs voisins, elle ne remarqua pas le détraqueur qui emportait le corps de Colin avec le mangemort présent.