Chapitre 2

Elle avait parfaitement dormi. La bouche pâteuse, Hermione ouvrit difficilement les yeux. Elle était sur une surface molle, chaude et mouvante. Sa tête se releva difficilement et elle failli tomber à la renverse lorsqu'elle aperçut le visage endormi de son professeur.

Elle observa ses pattes et le rappel de sa transformation de la veille sonna à ses oreilles. Son regard se leva de nouveau vers lui. Elle se trouvait sur sa poitrine et son corps se soulevait au fur et à mesure de sa respiration régulière. Ses cheveux retombaient sur ses yeux et il semblait étrangement… serein. Lorsqu'elle approcha timidement le visage, Snape grogna au chatouillis provoqué par ses moustaches.

Il posa une main tendre mais ferme sur elle et se tourna. Hermione arrondit le regard et se sentit transportée sur le côté, la chaleur du corps de Snape la quittant plutôt brutalement. Elle soupira intérieurement et se blotti plus encore contre lui.

Tant pis, elle était morte de froid… Aux grands maux les grands remèdes.

Sans qu'elle ne s'en rende compte, elle se rendormit. Lorsqu'elle se réveilla de nouveau, Snape n'était plus là. Un doux fumée de pain grillé, de beurre et de d'oeufs brouillés parvinrent jusqu'à elle. Dictée par sa faim, elle s'étira durement et sortit du lit en un mouvement gracieux.

Les potions avaient fait parfaitement effet. Elle se sentait terriblement bien, ni courbaturée, ni douloureuse. Et puis, elle n'avait jamais été si souple de toute son existence. C'est avec un pas enjoué qu'elle pénétra dans la pièce principale des quartiers de son professeur. Il était en train de manger des toasts sur sa table en corrigeant ses copies. Lorsqu'elle se hissa jusqu'à la table, Snape leva un regard interrogatif.

« Tu te sens mieux. Déclara-t-il.

_ Oui. »

Evidemment, son oui se transformait en miaulement, plus joyeux que les plaintifs de la veille cependant.

« Je n'ai aucune idée de ce que mange un chat, mais ça... »

Il la prit et la reposa sur le sol. Elle voulut contester, il ne fit face qu'à un son protestataire.

« C'est interdit. »

Quel rabat-joie.

Il lui tendit un bol de lait et elle bouda. Non mais… Hors de question de manger ça.

Hermione monta sur ses genoux et renifla son toast beurré. Snape leva les yeux au ciel. Il en coupa plusieurs morceaux et lui donna un par un.

« Je vais devoir y aller. Je dois réécrire mes cours pour les dernières années. Dit-il en se levant. »

Mue par une peur irraisonnée, Hermione se mit à le suivre. En fait, depuis le tabassage qu'elle avait subit, elle était effrayée à l'idée de se retrouver seule. Snape vit son nouveau compagnon le suivre et haussa les épaules. Ma foi, tant qu'il était calme…

Il parvint jusqu'à son bureau et Hermione se hissa en haut du meuble.

Il fallait absolument qu'il comprenne qu'elle était… elle, merde ! Elle oscilla son regard sur le bois et aperçut l'encrier ainsi que la plume. Lorsqu'elle voulut s'en saisir, tout tomba sur les feuilles et s'obscurcit de noir.

« Descend de là tout de suite. »

Snape grogna plus fort encore et Hermione crut entendre enfin la véritable voix de son professeur de potions. Elle se figea. Il la prit pour la reposer sur le sol et s'assit sur le siège de son bureau, agacé en voulant ranger le capharnaüm qu'elle venait de causer. Hermione se sentit quelque peu coupable.

Sa nouvelle condition était difficile à maîtriser. Snape se tourna vers elle et soupira devant ses yeux suppliants. Elle avait envie de s'excuser. Elle en était incapable.

« Je suis faible. Dit-il en levant le regard au ciel. »

Hermione voulut sourire lorsqu'il la reprit pour la poser sur ses genoux. S'il savait, bon sang… Elle avait envie de rire nerveusement. Il la tuerait, oui. Bon. Peut-être que ce n'était pas une si bonne idée que ça que de lui dire qu'il tenait actuellement Hermione Granger sur ses genoux. Snape roula ses doigts sur la tête du félin et elle se remit à ronronner en fermant les yeux. Puis, elle se pencha vers sa âume et lui donna des coups réguliers.

Foutus instincts.

Elle avait envie de protester vivement en le voyant mettre d'aussi mauvaises notes sur ses copies, mais se retient. Finalement, elle ne voulait plus vraiment lui avouer sa véritable nature. Il avait bizarrement l'air d'avoir autant besoin d'elle, que l'inverse. Elle s'endormit de nouveau et se fit réveillée par le tressautement du corps de son professeur.

« Severus ! Nous avons une réunion dans une heure et… Qu'est-ce que c'est que ça ? »

La voix de Minerva finit par la sortir vraiment de ses rêveries. Elle la vit pointer un doigt étrangement dans sa direction et Snape se tendit.

« Rien, je l'ai juste… recueilli. Lâcha Snape en soupirant.

_ Il est bien moche. Sortit McGonagall en pouffant. »

Alors ça, c'était vraiment vexant.

Snape grogna tandis qu'Hermione lui envoya un regard pénétrant.

« Vous l'avez pris car il vous ressemble ? »

Non mais, elle est juste maladroite ou vraiment très conne ? Lorsque la Directrice voulut avancer sa main, Hermione l'observa suspicieuse, puis finit par lui cracher dessus d'un air dissuasif.

Snape sembla presque jubiler de fierté alors que la sorcière s'éloigna vivement.

« Je confirme, ce chat vous est étrangement familier Severus. Dit-elle, surprise. »

Définitivement conne.

« Il n'est pas moche. Vous n'y comprenez rien, Minerva. Grogna Snape à demi mot. »

Comme pour la réconforter, Snape passa une main douce sur son corps et Hermione sourit intérieurement.

Et toc !

« Je m'y connais plus en félin que vous, Severus. Dois-je vous rappeler la forme de mon animagus ?

_ Clématite n'est pas un chat ordinaire. Lâcha le maître des cachots en l'ignorant sciemment. »

Et retoc ! Hermione leva la tête, fière et la jaugea pleinement.

« Ça c'est certain. Où est-ce que vous l'avez trouvé ? Demanda la Directrice en prenant place en face de lui.

_ Près des cachots.

_ Il porte le nom d'une fleur qui flétri dans les milieux humides. Pourquoi vous l'avez appelé comme ça ?

_ Pour faire parler les idiots. »

3 – 0 pour Severus, jeu set et match.

Hermione ricana de plus en plus intérieurement. Ça lui apprendra, à lui dire qu'elle est moche.

« Pour quoi êtes vous venu me déranger ? Demanda-t-il.

_ Vous rappeler la réunion. Et vous dire au passage de ne pas emmener votre… animal. Hors de question qu'il pénètre dans mon bureau. »

Snape grogna en guise de réponse jusqu'à ce que la femme sorte de la pièce Il repassa une main sous le menton du chat sur ses genoux et l'observa.

« Ne fais pas attention, c'est une vieille chatte territoriale. Et tu es parfaite, regarde ! Le seul chat qui ne laissera jamais de poil sur mes vêtements beaucoup trop noirs. Ricana presque Snape. »

Hermione eut envie d'en rire, mais se contenta de fermer les yeux sous ses attentions.

« Moi je te trouve magnifique et cela suffit bien assez. Murmura l'enseignant. »

Hermione ouvrit doucement les yeux et les planta dans les orbes sombres de Snape. Elle se trouva troublée par ses paroles.

« Peut-être que ta ressemblance avec la Miss Je Sais Tout en joue pour beaucoup. Lâcha-t-il. »

Elle cligna plusieurs fois des yeux. Venait-il vraiment de lui faire un compliment, un vrai… compliment, sur elle et pas seulement sur sa condition animale ? Il la trouvait… belle ? C'était bizarre... et un peu troublant.

Il lui sourit et elle sentit son coeur s'emballer. C'était bête, vraiment… Elle se sentait bête. Hermione se leva et hésita. Puis, elle finit par se blottir plus encore contre sa redingote et ferma les yeux en humant son parfum.

Sa respiration était toujours aussi profonde et régulière. Lorsqu'il continua de caresser sa peau avec douceur, elle se dit subitement qu'elle s'était rarement senti aussi bien de toute son existence.

Si bien qu'elle s'assoupit de nouveau.

Son réveil fut plus glacé et rude que le précédent. Snape n'était plus là et elle reposait durement sur le fauteuil de son bureau. Il faisait sombre et Hermione frissonna… De peur et de froid.

Elle tomba gracieusement son corps au sol, puis s'étira en sortant les griffes. Enfin, elle sortit de la pièce qui était entrouverte, mais se figea lorsqu'elle continua de marcher dans le couloir. Elle fit face à une paire d'yeux rouges la scrutant avec parcimonie.

Miss Teigne.

Hermione recula d'un pas, doucement… Tout doucement… Puis, un second pas… Miss Teigne s'avança en la fixant bizarrement.

Bon sang, elle était encore plus flippante que quand elle la croisait dans son état d'humaine.

Un pas… Encore… Doucement…

Subitement, les pupilles de l'autre chatte devant elle devinrent noires. La jeune femme arrondit le regard et se mit à courir avec rapidité. La chatte de Rusard se lança à sa poursuite, avec hâte, la talonnant de près. Elle miaulait avec force et agressivité, crachant presque son venin vers elle.

Bordel, il fallait qu'elle se barre très vite d'ici.

Hermione contourna les escaliers et alla jusqu'aux cachots. Vite, elle traversa le tableau avec aisance, bondissant avec grâce alors que Miss Teigne se heurta au dit tableau avec brutalité.

Hermione était effrayée. C'était même pire que cela. Bordel, elle avait failli se faire bouffer !

Elle chercha une présence dans les appartements et tomba sur Snape en train de manger tout en lisant le journal. Elle miaula, encore et encore en se frottant à ses jambes.

« Quoi ? Demanda-t-il en lâchant sa fourchette. »

Hermione continuait de l'implorer, encore et encore.

« Il faut que vous me sortiez de là, que vous me protégiez absolument Monsieur. Le monde extérieur me déteste, je crois qu'ils veulent tous ma mort, il n'y a que vous qui m'acceptez ! Ne partez plus sans moi, s'il vous plait. Je n'ai que vous. Disait-elle alors qu'il n'y avait qu'un son animal qui sortait de sa bouche. »

Snape prit son corps et la posa sur ses genoux. Alors qu'il pensait qu'elle était morte de faim et lui tendit un morceau de jambon, le chat se tourna et monta sur lui. Il posa ses pattes avant sur son épaule et se frotta à son cou avec force. Snape leva un sourcil puis passa une main sur le dos de l'animal.

« Bien, je n'ai jamais vu de chat aussi affectueux. C'est surprenant. Dit-il, presque figé.

_ Vous ne vous rendez juste pas compte de ce que vous faites pour moi.

_ Je t'ai… manqué ou quelque chose comme ça ?

_ Oui ! »

Hermione fut surprise par sa propre réponse. Snape lui avait manqué ? Son état de chat commençait sérieusement à empiéter sur son esprit.

« Je n'ai jamais manqué à quelqu'un. Déclara le professeur de potions. »

Il prit alors l'animal en main et fixa son regard avec intensité et douleur. Hermione se sentit tellement attristée par la dernière phrase prononcée par son maître que ses yeux semblèrent refléter la même souffrance que lui.