Et voilà le chapitre 1 ! J'espère qu'il vous plaira, il est sur ton très différent du prologue.
Bonne lecture !
CHAPITRE I : UN RÉVEIL DIFFICILE
Yuki sentit la personne à côté de lui bouger. Il s'étira, peu content de quitter les bras dans lesquelles il dormait jusque alors. Non qu'il aimait l'homme avec qui il avait partagé le lit pour cette nuit, mais la chaleur procurée était si agréable qu'il serait restait ici pour l'éternité s'il avait pu.
Il ferma à demi ses sublimes yeux verts quand une main caressa sa brillante et douce toison noire. Ah ! Comme il culpabilisait d'être si heureux de sentir ces doigts dessiner son nez, effleurer ses joues, masser ses tempes... Mais c'était tellement bon... Il aurait tout donné pour que cela ne s'arrête pas. Il pensa tout à coup avec ironie qu'il était bien étrange de se sentir ainsi aimer par celui qu'il haïssait tant. Celui qui, par sa simple existence, l'empêchait d'avoir une vie tranquille, sans complication. Une cheminée, la douceur d'un foyer, une personne quelconque pour le choyer... Voilà le rêve de Yuki.
Enfin... Surtout un homme en particulier, en fait. Il fallait qu'il l'aime et qu'il soit fidèle aux engagements qu'il avait pris pour faire tout le sale boulot à la place de cet esclavagiste ! A croire que Yuki était un peu masochiste. Non... Même s'il préférait de loin se la couler douce, le travail, c'était le travail. En l'occurrence, on lui demandait d'être tout beau, tout mignon, tout gentil et de faire semblant d'aimer celui avec qui il avait dormi, comme la plupart des siens. Ce dernier le regardait d'ailleurs de son regard de braise :
« Eh bien, mon cher... Avez-vous passé une bonne nuit ? »
Yuki renvoya une telle image de bonheur pur qu'il n'y avait pas besoin de mots pour se faire comprendre. De toute façon, avec toutes ces couvertures bien chaudes, dire le contraire aurait été mentir.
« Vous m'en voyez désolé, se navra l'autre, mais si vous êtes découvert ici, nous aurons tous les deux des problèmes. »
Yuki, peu bavard, ne répondit rien. Il n'y avait rien à répondre. Il se leva, mangea aussi vite qu'il put et partit rapidement dans les froides rues londoniennes de ce matin de décembre 2012 par la porte de derrière, sous les yeux tristes de celui qui l'avait accueilli.
Tant pis, pensa Yuki. Il devrait revenir. En attendant, il avait beaucoup à raconter à celui qu'il aimait vraiment et pour qui il travaillait.
oOo
Tandis qu'en Angleterre Yuki s'éloignait de l'hôtel particulier où il avait dormi, à Aix-en-Provence, en France, un jeune homme se glissait sans le moindre mal dans un petit appartement. Il alluma une tablette numérique encore en veille, vérifia les informations et se dirigea la chambre du fond, plein sud. Il était un peu étonné de devoir entrer dans l'immeuble, tout aurait dû se passer sur le parking du Domaine des Milles. Mais ce n'était pas la première fois qu'il avait à faire à de telles bizarreries. Tout se réglait au moment voulu, mais il préférait quand même suivre la personne destinée à mourir.
Car oui, cet homme aux étranges yeux verts traversés de jaune lumineux n'était pas un Humain, mais un Shinigami en mission de fauche. Et il avait une âme à récolter, ainsi que sa Lanterne cinématique. Il n'avait qu'une hâte : que ça se finisse pour aller fêter le Réveillon du Jour de l'An 2013.
Il entra dans la chambre qui jouxtait le salon. Celle-ci était plongée dans le noir et une forme dormait profondément sur le lit. Il s'agissait d'une jeune femme de vingt-trois ans aux cheveux bruns et au visage rond. Il s'approcha d'elle en silence, soupirant en voyant le dernier volume de Black Butler sur le bureau. Il passa sa main dans sa chevelure blond vénitien et brune en-dessous : depuis que ce manga était sorti, révélant l'existence des Démons et des Shinigami, il avait pas mal de problèmes quand il rencontrait des fans. Heureusement au moins que personne ne croyait que tout cela existait réellement.
Il regarda l'heure à sa superbe montre et grimaça : comment la jeune femme devant mourir pourrait-elle être dans cinq minutes en bas de l'immeuble en dormant aussi profondément ? Pouvait-il la réveiller ? Non, il n'en avait certainement pas le droit... Enfin bon, tout n'était pas perdu pour le moment...
Plus que quatre minutes... Elle allait se réveiller, oui ?!
Plus que trois minutes avant l'échéance... Il ne paniquait pas mais... Si, complètement en fait. Elle ne serait jamais à l'heure et il continuait à l'observer profondément endormie.
Deux minutes... Il fit apparaître une tondeuse à gazon dans l'espoir d'accélérer les choses.
Une minute... A moins qu'elle soit championne du sprint, elle ne serait jamais à l'endroit prévu au moment voulu.
Trente seconde. Impossible que ce qui était prévu se passe. Et puis... Il doutait fortement qu'elle se fasse renverser par une voiture dans son lit, au troisième étage qui plus est.
L'aiguille de sa montre afficha sept heure onze. Oui, quelque chose clochait ! Il se pencha vers elle. Peut-être était-ce un leurre et la véritable personne était déjà en bas ? Il était prêt à accepter toutes les explications possible.
oOo
Emma était dans un demi-sommeil. Elle se retourna dans son lit. Se sentant observer, elle émergea lentement et ses paupières papillonnèrent. Qu'est-ce qu'était cette chose au-dessus d'elle, ces ronds verts et jaunes entourés de rectangles noirs ?
Sa vue se précisa. Des yeux. Elle hurla de peur, réveillée en sursaut.
Celui qui la regardait fit un bond en arrière, se cognant contre l'armoire. La patère entreposée dessus lui tomba sur la tête. Il poussa un cri de douleur.
Un troisième hurlement retentit. Il venait cette fois de la première chambre.
« AAAAH ! AU MEURTRE ! A L'AIDE ! »
Emma s'exclama à son tour :
« Mais... Mais qui êtes-vous ?! Et... qu'est-ce que... qu'est-ce que vous faites dans ma chambre avec... avec une... tondeuse ?!
-Euh... Je... fit le blond en se massant le crâne.
-AU SECOURS ! »
Emma se leva en vitesse et se précipita vers la chambre de sa colocataire. Une femme à la longue chevelure rousse la menaçait d'une tronçonneuse.
« Clémence ! s'exclama Emma.
-Aide-moi ! paniqua cette dernière. ON VEUT M'ASSASSINER !
-Mais vous devriez être morte ! se plaignit la rousse.
-Grell ? fit le blond.
-Ronald ! J'ai un problème ! Clémence est pas morte ! Il est sept heures treize !
-Emma aussi.
-Mais qui êtes vous ?! » demanda cette dernière.
Ni Grell ni Ronald ne faisaient désormais attention aux deux Humaines, mais Clémence, la plus jeune, avait changé de couleur en voyant entrer le blond. Elle ne semblait même plus penser au fait que, quelques secondes auparavant, elle croyait être assassinée et fixait le Shinigami.
« Pourtant, d'après le Death note, elles devraient être mortes à sept heures onze ! remarqua Grell en allumant une tablette numérique écarlate, sans faire attention à celle qui venait de parler ni même à Clémence qui continuait à regarder Ronald sans un mot.
-Qu'est-ce qu'on doit faire ? Ce genre de situation est inédite, j'en ai jamais entendu parler...
-OOOH ! Il faut... appeler Willou ! Il saura quoi faire !
-Grell, tu sais bien que William en a marre que tu l'appelles tout le temps... Il a dit que c'était du harcèlement.
-AAAAH ! fit-elle théâtralement en mettant le dos de sa main sur le front. Appeler ou ne pas appeler ? Telle est la question ! Ce que l'amour peut faire, l'amour ose le tenter ! Willou, pourquoi es-tu Willou ? »
Clémence parut enfin réagir et redescendre sur terre. Elle tourna ses yeux vers Emma. Les deux colocataires se regardèrent, abasourdies. Qui pouvait être assez fou pour sortir des citations de Hamlet mélangées à celles de Roméo et Juliette avec autant de fougue, après être apparu dans une chambre et avoir voulu massacrer quelqu'un à la tronçonneuse ?!
Pendant ce temps, Ronald sortit son portable de la poche et composa un numéro.
« Allo, patron ? C'est Ronald Knox à l'appareil...
-...
-Désolé de vous déranger si tôt le matin du Réveillon mais...
-...
-Oui, elle est avec moi.
-MON WILLOU ! minauda Grell en prenant le téléphone de Ronald. Je suis là aussi !
-...
-Tu ne veux pas me...
-...
-Tu es sûr Wi...
-...
-Je t'aime mon chéri ! »
Elle tendit à contre cœur le portable à son propriétaire. Ronald entreprit alors d'expliquer la situation à son supérieur : Clémence était sensée mourir d'une mauvaise chute après avoir glissé sur une feuille mouillée à sept heures dix (alors qu'il n'avait pas plu depuis quinze jours et que l'arrosage automatique ne marchait qu'en plein été). Emma, extrêmement choquée, aurait dû se reculer de quelques pas, au moment où une voiture déboulait à fond et se faire renverser à sept heures onze.
Seulement, ni l'une ni l'autre n'était sortie de son lit pour aller sur le parking de leur immeuble et elles étaient en pleine forme.
Les deux intéressées se regardèrent, de plus en plus perplexes. Tandis que Grell s'extasiait sur « le bon goût de Clémence qui a une chambre toute dans les tons rouges et c'est tant mieux si elle est pas morte parce que ça aurait été dommage de perdre une Humaine aimant la plus belle couleur du monde », Emma se rapprocha de l'occupante de la pièce et s'assit sur son lit. Elle se pencha alors vers elle :
« Dis, Clém... Ils ne te rappellent pas quelqu'un ? »
Voyant qu'elle ne répondait pas et regardait à nouveau Ronald, la brune soupira et secoua légèrement son amie pour la réveiller avant de répéter sa question.
« Hein ? fit Clémence. C'est... C'est impossible, Emma... Des cosplays super bien faits peut-être ?
-Et comment t'explique leur apparition ? Ils n'ont pas pu entrer... Et il n'y a que Grell Sutcliff qui soit assez fou pour avoir une tronçonneuse...
-Folle... reprit Clémence par habitude.
-Ouais, c'est vrai, folle, pas fou... Mais c'est forcément eux ! Des Shinigami !
-C'est im-po-ssi-ble ! Ce n'est qu'un manga ! dit son amie d'un ton catégorique.
-Je sais, ça a l'air dingue mais... C'est la seule explication plausible au fait qu'ils se baladent avec une tondeuse à gazon et une tronçonneuse. »
Pendant ce temps, la conversation téléphonique continuait.
« La Death tablet est complètement HS, patron ! déclara Ronald.
-Vraiment... C'est exactement la raison pour laquelle j'étais contre le fait que le Death note passe au numérique. Je vous jure... En faire une application pour les nouvelles Death tablets... Nous n'avons jamais eu de problème avec les anciens modèles en papier. J'espère que notre système informatique n'a pas été piraté par les Démons.
-On fait quoi, patron ?
-Tsss... Je vais encore devoir faire des heures supplémentaires, le jour du Réveillon en plus. Vraiment... Où vous trouvez-vous, Knox ?
-A Aix-en-Provence, au Domaine des Milles. Appartement 308, bâtim...
-Aix-en-Provence ? s'étonna son supérieur. Comment ça, Aix-en-Provence ?
-Oui, près de Marseille. C'est...
-Merci Knox, je sais où se trouve Aix-en-Provence. Qu'est-ce que Sutcliff et vous avez encore fait ? Vous ne croyez pas que c'est légèrement en dehors de notre secteur ?
-C'est ce que je me suis dit, mais Gr...
-Je vous jure... A l'avenir, n'écoutez plus Sutcliff. Je ne sais pas qui vous vouliez faucher, mais ce n'est certainement pas les bonnes personnes. Quand j'ai donné l'ordre de mission à Sutcliff en désignant Aix, il me semblait logique que se soit Aix-les-Bains. C'est notre secteur, ça.
-Aix-les... Oh ! s'horrifia tout à coup Ronald en comprenant l'erreur monumentale que Grell et lui avaient faite.
-Rester où vous êtes surtout et ne prenez pas la moindre initiative ! Je vous jure... Quelle bande d'incapables... »
Ronald raccrocha bientôt puis déclara que William ne tarderait pas à arriver.
« QUOI ?! s'écria-t-elle d'un ton suraiguë. Et c'est que maintenant que tu me le dis ?! RHAAAAA ! Je suis dans un teeeeel état ! Je ne peux recevoir mon cher et tendre dans cette tenue ! »
Elle se tourna vers les Humaines :
« VOUS ! Où est la salle de bain ?
-Euh... E... Elle est là... » désigna Clémence en tremblant.
Vingt minutes plus tard, quelqu'un toqua à la porte. Les deux locataires se précipitèrent vers elle. Emma regarda par l'œilleton et vit un homme d'une bonne trentaine d'années, ses cheveux bruns impeccablement peignés. De strictes lunettes encadraient ses yeux verts aux bordures jaunes. La jeune femme hurla à nouveau.
« C'est Wiiiiill ! Je crois que c'est Will ! En tout cas, il lui ressemble... Il va nous tuer aussi !
-Sauf qu'on n'est pas mortes encore... et d'après ce j'ai entendu avec Ronald, on n'est pas sensées mourir...
-Ah oui, c'est vrai... Si je lui ouvre, il nous sauvera peut-être de cette folle furieuse de Grell.
-Elle ne nous a pas encore tuées !
-Ouais, bon... Passe-moi les clefs s'il te plait. »
Clémence se tourna vers le meuble à chaussure de l'entrée sur lequel elles avaient mis un fourre-tout. Elle prit les clefs et les jeta à Emma. Celle-ci, fébrile, ouvrit à son Shinigami préféré. Elle voulut accueillir le chef de secteur, mais ce dernier prit la parole avant qu'elle ne puisse dire quoi que se soit, avec un léger accent anglais :
« Bonjour, je suis William T. Spears. Voici ma carte...
-Euh... Bonjour... répondit Emma en ouvrant des grands yeux, se persuadant qu'elle avait bien le célèbre Faucheur devant elle avant de prendre poliment la carte tendue.
-Je m'excuse pour le comportement inadmissible des deux incapables qui vous ont rendu visite ce matin. Enfin, surtout un je crois... Mr Sutcliff est-il ici ?
-Dans... Dans la salle de bain...
-Puis-je entré pour le voir ?
-Euh non... Enfin oui...
-Je vous jure... marmonna-t-il. Et où est cette salle de bain ?
-Deuxième porte à droite, montra Clémence.
-Merci.
-Bonjour M'sieur Spears ! fit Ronald. Vous savez que les tablettes numériques...
-Marchent parfaitement... Vraiment... Quelle idée ai-je eu en vous affectant à la surveillance de Sutcliff durant sa mise à l'épreuve... »
William franchit les quelques pas du petit couloir qui le séparait de la salle de bain, tandis que Emma et Clémence se poussaient pour le laisser passer. Énervé, il ouvrit et entra dans la pièce sans frapper.
« IIIIIIIIIIH ! cria la voix de Grell. MON WILLOOOOOUUUUU ! Ouh le coquin ! Ça ne se fait pas d'entrer comme ça quand une lady se pomponne ! J'aurais pu être en tenue... mh ! lé-gè-re !
-Je vous jure... Mr Sutcliff, vous...
-Miss ! Ça se voit non maintenant ? » reprit-elle en se dandinant des hanches sous son nez, sa main gauche dans les cheveux pour faire ressortir sa poitrine et la droite sur sa taille fine, parfaitement soulignée par la courte robe pourpre qu'elle portait.
William soupira d'exaspération : ce maudit Shinigami lui pourrissait la vie depuis maintenant deux siècles, une décennie, trois ans, six mois, deux semaines, quatre jours et un certain nombre d'heures, de minutes et de secondes indéterminées. Et depuis le 23 avril 1889, jour fatidique que le brun maudissait, il était obligé de travailler en étroite collaboration avec Sutcliff, Knox et Slingby. Heureusement qu'Humphries était là pour rattraper le niveau de la petite équipe. Il secoua la tête : ce n'était pas le moment de penser à cela.
Pour calmer la rousse et lui apprendre à lire un Death note, il lui asséna un violent coup du manche de sa Faux sur la tête. Elle cria de douleur. Emma et Clémence glapirent de surprise et de peur : il aurait pu la tuer ! Loin de là, elle n'avait absolument rien. Les deux colocataires se regardèrent et se comprirent sans se parler : c'était bien des Shinigami, aussi étrange que cela paraisse.
« On ne frappe pas une faible femme ! protesta la rousse pour la forme. Mais... AAAAH ! Tu es si fort Will ! Je suis entièrement en ton pouv...
-Sutcliff, coupa-t-il sans l'écouter déblatérer ces âneries, je vous prierais de cesser immédiatement vos enfantillages. Puis-je savoir ce que vous faites ici ?
-Toujours ta froideur... C'est tellement sexyyyy !
-Sutcliff...
-Je me fais une beauté pour toi mon Willou ! finit-elle par répondre en papillonnant des yeux.
-Je me moque éperdument de savoir ce que vous faites dans cette salle de bain. Qu'êtes vous venus faire à Aix-en-Provence, Knox et vous ?
-Faucher les locataires de cet appartement.
-Votre incompétence dépasse largement mes pires cauchemars, Sutcliff. Savez-vous seulement lire ?
-Je suis une actrice, Will ! Bien sûr que je sais lire !
-Alors que lisez-vous sur cette Death tablet ? »
Il sortit sa propre tablette numérique et cliqua sur l'onglet Death note. La liste des Humains à faucher en Savoie apparut et montra les morts de sept heures dix et onze.
« Clémence Curiel et Emma Acquaviva à Aix, lit Grell d'une voix ennuyée.
-Non.
-Quoi ?
-Non, ce n'est pas ce qui y est écrit.
-Oh ça va, il y a écrit simplement Aix-les-B... Les-Bains ?! Pas En-Provence ?!
-Bien entendu, Aix-les-Bains. Notre secteur, c'est le département de Savoie. Pas les Bouche-du-Rhône. Je vous jure... De plus, c'est Clément Curièle et Emma Aquaviva, un couple, et non Clémence Curiel et Emma Acquaviva, des colocataires. Je sais que c'est un incroyable hasard mais vraiment... C'est notre travail de faire attention à ce genre de chose.
-C'est pas si grave...
-Pas si grave ?! répliqua William en tirant la rousse hors de la salle de bain vers le salon. Non seulement vous avez failli tuer des gens qui ne sont pas destinés à mourir de suite, mais en plus, les deux à faucher sont morts et n'ont pas été fauché. Vous savez ce que ça signifie si on ne s'en occupe pas vite ? Des fantômes ! Vraiment... Je n'ai jamais eu de fantôme dans un de mes secteurs, ça ne va pas commencer aujourd'hui... Ça va faire encore des montagnes de papiers à remplir, des heures supplémentaires... Vous ne vous en tirerez pas si facilement cette fois ! Ni vous d'ailleurs, Knox !
-AAAH ! fondit Grell. J'aime me faire gronder par toi...
-Pas moi... grommela Ronald. Patron... J'ai rien fait moi ! C'est pas moi qui avait la Death list, c'est Grell. Elle m'a juste dit qui, où et à quelle heure...
-Sutcliff était mis à l'épreuve et je vous avais ordonné de le surveiller. Ne croyez-vous pas qu'il fallait vérifier ses moindres faits et gestes ? répondit William, incisif. Et votre Death tablet vous sert à quoi ? Vous avez vos codes d'accès au Death note, non ?
-Euh oui... Mais... Elle m'a certifié qu'elle avait bien vérifié et... On s'est réparti le travail...
-Réparti le travail ? Sutcliff était sensé faire tout le travail seul, sous votre direction. Vous êtes aussi fautifs l'un que l'autre dans cette histoire. Dire que je ne pensais pas que vous pouviez faire pire que sur le Campania...
-Quoi ?! protestèrent les deux Shinigami en même temps.
-Mais il y avait Sebas-chaaaaan ! continua Grell, des étoiles dans les yeux.
-C'est vrai ça ! Et on s'est fait aussi attaquer par un déserteur ! rappela Ronald. Vous avez déjà eu à combattre un Démon et un Shinigami renégat en même temps, en étant sur un navire en train de sombrer et rempli d'étranges poupées, tout en tentant d'interroger quelqu'un ne voulant pas coopérer, en se retenant de ne pas assassiner un vicomte complètement mégalomane et en faisant attention de pas tuer des personnes n'étant pas sur la Death list ?! C'est pas facile de faire son boulot dans ces conditions ! On... On aurait dû toucher une prime de risque ! Oui, c'est ça ! Une prime de risque !
-Tout à fait ! approuva la rousse. Une prime de risque ! Mais... moi j'ai eu la mienne ce jour-là ! AAAAAH ! Wiiiiiiill ! Je me souviendrais à jamais que tu es venu me sauver de la noyade, tel le Prince sauvant sa belle ! Que ta froideur, ce jour-là, dépassait celle de tout l'Arctique et de la glace se trouvant autour de nous... Cela valait tous les risques du monde et bien plus encore ! Mon cœur était...
-Je vous jure... On touche vraiment le fond. » soupira William en remontant ses lunettes puis en se pinçant l'arrête nasale.
Il secoua la tête, comme pour espérer chasser les deux imbéciles qui se trouvaient devant lui. Il rouvrit les yeux et déclara :
« Comme si un Shinigami pouvait se noyer... De toute façon, le problème ''Campania'' a été réglé en 1889 et nous sommes aujourd'hui le 31 décembre 2012. C'est votre actuelle incompétence qui est au centre de la question. »
Il se tourna ensuite vers Emma et Clémence qui attendaient timidement à la porte du salon.
« Je m'excuse au nom des Shinigami de la gêne occasionnée par ces deux employés. Si nous pouvons faire quoi que se soit pour rattraper ce malentendu, nous le ferons. »
Les deux locataires se regardèrent. Que pouvaient-elles répondre à ça ? Puis elles sourirent. Elles venaient d'avoir la même idée.
« Vous faites quelque chose pour le Réveillon du Jour de l'An ? demanda la plus jeune.
-Euh... Eh bien à vrai dire... s'étonna William. Je le passe comme d'habitude avec le Comité d'Entreprise.
-Le CE ?! OOOOH ! Willou ! Tu devrais t'amuser un peu plus ! J'aimerais te voir un jour te dé-ver-gon-dé... »
William regarda la rousse avec un air de dégoût. Tout ce qui était dévergondé, dans son univers parfaitement réglé comme du papier à musique et sans fioriture, c'était la chose rouge qui se trémoussait sous son nez en cet instant-même.
« Ronnie et moi, continua Grell, on a prévu de sortir en boîte ce soir...
-Aix est une ville étudiante, nota le Shinigami le moins âgé, il doit y avoir pas mal de filles ici qui...
-En gros, coupa Emma, vous ne faites rien de particulier. Vous n'allez pas voir votre famille ou quoi...
-Bah, j'y serais bien allé, grogna Ronald, mais mon père dirige la section d'Édimbourg et ma famille vit dans le Nord des Highlands. Et vu que cette année je suis de service pour le Jour de l'An, je ne risquais pas d'y aller.
-Dans ce cas, ça vous dirait de passer le Réveillon avec nous ? proposa Emma.
-Quoi ?! s'exclama William.
-Allez ! Plus on est de fou, plus on rit ! renchérit Clémence. Nos parents et une amie doivent déjà venir. »
Grell sourit, dévoilant ses dents pointues.
« Will ! S'il te plait ! Dis oui ! On passerait notre premier Jour de l'An ensemble ! En tout cas, moi, je reste ! Rien que pour parler avec quelqu'un qui aime le rouge !
-Moi aussi je reste, ça peut être sympa... accepta Ronald. C'est la première fois que je vais passer le Réveillon auprès de personnes qui ont survécu à la fauche...
-Elles ne devaient pas mourir, rappela William. Je vous jure... Et je ne sais pas si...
-M. Spears... insista Emma. Ça pourrait changer du CE.
-Et puis vous avez dit faire ce que vous pouviez pour rattraper l'erreur de Grell et Ronald, continua Clémence.
-Vraiment... Je crains de ne pas avoir le choix. »
oOo
Il avait été décidé de ne rien dévoiler de l'identité des Shinigami aux autres invités, une amie et les parents de Clémence et d'Emma, qui arriveraient dans l'après-midi. Or, si Ronald et Grell auraient parfaitement pu faire parti de leurs amis, il n'en allait pas de même pour William qui n'avait pas le moindre humour et ne savait même pas sourire. De ce fait, Grell avait eu la merveilleuse idée de proposer que William et elle se feraient passer pour un couple.
William avait refusé tout net.
Grell avait insisté.
William lui avait asséné un nouveau coup de Faux sur la tête.
Grell ne s'était pas calmée.
William avait décidé de la faire taire une bonne fois pour toute, mais ne savait pas comment exactement.
Clémence avait proposé de ''laisser les Dieux décider'' et donc de tirer au sort celle qui se ferait passer pour sa petite-amie.
Emma avait été désignée, au plus grand soulagement du Shinigami à l'élagueur.
Ronald et Clémence s'étaient retenus de rire.
Grell n'avait pas apprécié d'être évincée par Emma et avait sorti sa tronçonneuse.
Clémence ne riait plus, tout comme Emma qui paniquait.
Ronald pensa que ça tournait au ridicule.
William avait menacé Grell de la muter en Alaska ou en Sibérie. Loin très loin. Voire en Antarctique, à faucher des pingouins.
Grell s'était aussitôt calmée. Or de question d'être dans une région si froide où personne ne pourrait admirer ses jolies courbes perdues sous d'épais manteaux...
C'est ainsi que William et Emma se firent passer pour un couple. Le hasard faisait d'ailleurs bien les choses au goût du brun. Emma était pondérée, calme et sobre, comme le témoignaient les couleurs neutres qu'elle portait : marron et noir. C'était ce que William attendait d'une femme et, d'ailleurs, de n'importe qui. Elle aurait fait une employée modèle à ses yeux. En revanche, Clémence avait un côté ''Sutcliffien'' qui l'inquiétait : une obsession pour le rouge (comment appeler cela autrement ? elle portait des collants et un pull de cette couleur, sans parler de la rose écarlate dans ces cheveux... La seule couleur acceptable sur elle était le noir... de sa mini-jupe), partait facilement dans des délires incompréhensibles (il se demandait encore qu'est-ce que cette histoire d'écureuil mutant et meurtrier qui n'avait fait rire que Grell avait de drôle... pauvre petit animal qu'ils avaient aperçu dans un arbre, par la fenêtre !), avait un esprit un peu trop mal placé (mais c'était quoi ce fantasme dans les feuilles mortes ?! D'ailleurs, ça avait eu juste l'effet de donner des idées à la rousse et d'énormément intéresser l'Écossais)... Non, décidément, Emma était parfaite dans le rôle de la petite-amie. C'était certainement la seule saine d'esprit à part lui.
oOo
Aux alentours de dix heures, Clémence partit chercher leur amie à la gare. Un bon quart d'heure plus tard, elle s'arrêta sur le dépose-minute où une jeune femme de son âge aux longs cheveux blonds clairs et aux yeux d'un ciel d'été patientait avec ses deux valises. Elle sortit de la voiture et elles se firent la bise.
« Salut Lena !
-Salut ! Emma n'est pas venue avec toi ?
-Euh... Non... Elle est restée à l'appartement avec William.
-Qui est William ? demanda Lena en mettant ses sacs dans la voiture.
-Son copain.
-Emma a un copain ?!
-Tu crois qu'elle est restée pour quoi à l'appartement ? rit Clémence.
-Vous auriez pu me le dire !
-C'était la surprise du Réveillon. »
oOo
Clémence et Lena entrèrent dans le petit appartement pour trouver Emma en train de faire à manger pour midi. La plus jeune Humaine présenta alors la blonde aux Shinigami. Celle-ci plut beaucoup à Ronald :
« Voici Lena Ljungström, une amie de la licence mais qui était déjà avec Emma depuis le lycée. Si vous vous demandez pourquoi un nom aussi barbare, elle est d'origine suédoise !
-Merci pour le ''barbare''... » rit la concernée.
Clémence présenta les Dieux de la Mort.
William se leva et s'approcha de Lena pour lui tendre la main d'un air digne, la blonde lui sourit et lui fit la bise.
« Salut ! T'es le... euh... Vous êtes le copain d'Emma, c'est ça ? » demanda-t-elle après une hésitation.
Le chef de secteur la regarda comme une extraterrestre. Personne ne lui avait jamais parlé si familièrement, hormis Grell qui, d'ailleurs, lançait un regard meurtrier à la blonde. Il y eut un silence. Puis Clémence et Ronald éclatèrent de rire.
« Dé... Désolé patron... C'est juste que... Faut voir votre tête...
-Knox, vous me ferez des heures supplémentaires non rémunérées.
-Quoi ? Mais c'est injuste ! »
Pendant ce temps, Lena, un peu refroidie par l'attitude de William, fit la bise à Emma. Le Shinigami les regarda faire de près puis comprit que c'était ainsi que les Humains se saluaient.
Une fois les présentations achevées, tout le monde se mit à aider à faire le repas du midi.
« Et... Vous faites quoi dans la vie William ? » interrogea prudemment la dernière arrivée.
Tout le monde répondit en même temps quelque chose de différent.
« Chef de secteur, répondit l'intéressé.
-Dans les pompes funèbres, sortit Ronald en pensant à un métier en rapport avec la mort.
-Prof de maths, expliqua Emma.
-Rentier en Angleterre ! sourit Grell d'un air rêveur.
-Fonctionnaire... » imagina Clémence.
Lena resta un instant silencieuse puis les dévisagea un à un. Ils devenaient tous fous ou quoi ?! William faisait quoi en définitive ?
« Vous vous foutez de moi ou quoi ?
-Nooooon ! s'exclama Emma avant que personne ne réponde quoi que se soit. Il a fait pas mal de trucs dans la vie.
-Je suis professeur de mathématique, soupira le Shinigami en récupérant tout ce qui avait été dit. Mais j'ai hérité de l'entreprise anglaise de pompe funèbre de mes parents dont je m'occupe en parallèle en tant que patron.
-C'est... original. Emma, je ne m'étais jamais attendue à te voir avec quelqu'un comme ça !
-Ah ? Et pourquoi pas ?
-Bah... Vu que tu détestes les maths, que tu comprends rien à l'anglais et que tu es nécrophobe...
-J'ai eu dix en anglais au bac ! protesta Emma rouge comme une pivoine. Et c'est les maths qui m'aiment pas ! Clémence ! Arrête de rire ! »
Sa colocataire était plié en deux de rire, tout comme Ronald qui avait enlevé ses lunettes pour essuyer les larmes qui coulaient sur ses joues. Quant à Grell, elle abordait un immense sourire triomphant : Emma n'avait rien à faire avec William.
« La vie est injuste... grogna Emma. Je vais me suicider. Quelqu'un à une corde ?
-Non mais j'ai une tronçonneuse ! proposa Grell. Si ça peut t'aider...
-Sutcliff, vous en avez assez fait pour aujourd'hui. »
Pendant ce temps, Clémence, entre deux hoquets de rire, racontait quelque chose au blond qui semblait le faire encore plus rire. Il s'avéra que c'était la fois où leur poisson rouge était mort, faisant partir en courant la pauvre Emma. Heureusement que cette dernière n'était pas une Shinigami !
