Voici le dernier chapitre sur le Jour de l'An, l'histoire commence vraiment au prochain. ^^ Mais celui-ci introduit le vrai héros de l'histoire, Augure (hem...).
Bonne lecture !
CHAPITRE III : BONNE ANNÉE !
Après avoir discuté un moment, Michel proposa de prendre l'apéritif, ce qui fut le bienvenu. Rémi apporta les trois bouteilles de Clairette de Die pour les servir. Tout le monde en prit une coupe, hormis Emma qui n'aimait pas l'alcool.
Ronald observait Lena depuis un moment : une grande suédoise blonde aux yeux bleus avait de quoi lui plaire. Il s'empara de deux flûtes et en proposa une à Lena avec un léger sourire charmeur.
« Merci ! fit-elle en la prenant, sans vraiment voir son air séducteur.
-Cela ne vaut pas un bon champagne, mais c'est tout de même excellent pour trinquer avec une aussi délicieuse jeune femme... »
La blonde comprit aussitôt où il voulait en venir et préféra l'avertir:
« Je te préviens, je suis en couple.
-Et c'est un problème ?
-Bien entendu ! s'offusqua-t-elle.
-Ah ! rit-il avec un clin d'œil. Les femmes fidèles sont ce que je déteste le plus, mais c'est tout à ton honneur. »
L'heure du repas ne tarda pas à arriver. La table habituelle avait était mise de travers, tandis qu'un table de camping avait été rajouté. Ils leur avaient paru tout à fait naturel de mettre les ''jeunes'' à côté, sur le meuble de vacances.
Seulement, ce dernier, avec chaises pliables intégrées, n'était pas très solide. Ronald, qui avait bien vu que Clémence n'était pas insensible à ses charmes, contrairement à Lena, effleurait sa main chaque fois qu'il le pouvait. C'est ainsi qu'il se pencha vers elle pour lui glisser quelques mots à l'oreille. La table, pas assez solide pour supporter le mouvement, plia du côté de Clémence. Elle entraîna tout le monde. Clémence et Emma tombèrent du côté de leurs mères, William et Ronald sur elles. Lena, en bout mais pas sur une chaise intégrée, fut aux premières loges pour admirer le spectacle, juste après avoir pris son verre. Dans un grand fracas, des bruits de casse et des cris, ils se retrouvèrent par terre, coincés par la table.
« Ça va ?
-Tout va bien ?
-Vous n'avez pas mal ? »
Après avoir été rassuré, tout le monde éclata de rire, particulièrement Lena qui pleurait, son verre toujours à la main. C'était le seul rescapé du massacre. Les deux Humaines et les deux Shinigami tentaient en plus de se dégager mais n'y arrivaient et s'énervaient, ce qui faisait redoubler l'hilarité générale.
« Knox ! Je vous jure ! Vous vous sentez obligé de faire n'importe quoi !
-Désolé, je...
-Je te l'avais dit Clémence ! pesta Emma. Cette table est pourrie !
-Bon sang ! J'y suis pour rien ! Je pouvais pas savoir !
-On en a une autre imbécile ! Mais non, il a fallu que tu prennes celle-là ! Non mais franchement ! Quelle idée !
-Voilà où ça mène de toujours être en train de séduire ! Vraiment... Quelle habitude lamentable... Emma, pourrais-tu enlever ton pied s'il te plait ?
-C'est pas le mien ! Le mien est dans celui de la table !
-Non, c'est le mien ! répondit l'autre Humaine. Mais tant que Ronald n'aura pas bougé, je pourrais pas l'enlever... D'a... D'ailleurs, tu pourrais enlever ta... ta main, elle est... très mal placée !
-Le hasard fait mal les choses, hein ? sourit-il.
-Et ma main dans ta figure, c'est le hasard aussi ?! répliqua-t-elle malgré un sérieux rougissement.
-Rhooo ! Ça va ! Et il faudrait déjà que tu en dégages une...
-KNOX ! s'énerva William. Ça commence à bien faire ! Vous flirterez plus tard ! Vous nous avez mis dans cette galère, vous allez nous en tirer ! Je vous jure...
-I... Il fau... faudrait peut... être les... les aider... non ? » pleura de rire Rémi.
Ce n'était certainement pas du côté de Lena qu'il y avait le moindre espoir en tout cas... Elle était appuyée sur le canapé et n'en pouvait plus de rire, à bout de souffle.
« Je... Je n'ai pas... pris ma... ma boîte à outil... rigola Michel. Co... Comment on... on fait ?
-Et vous disiez qu'ils savaient pas s'amuser ? » se moqua Hélène.
Ils repartirent de plus belle dans leur fou rire. Grell finit par proposer d'un air innocent d'aller chercher sa tronçonneuse.
« NOOOOOONNNNN ! crièrent les quatre coincés.
-Tu es malade ! protesta l'Écossais.
-Complètement tarée ! s'écria Clémence.
-Je veux pas mourir ! continua Emma. Surtout à cause de Ronald !
-Mais j'y suis pour rien !
-C'est de votre faute Knox ! Et vous, Sutcliff, vous faites ça et je vous jure que je vous fauche sur place ! » menaça William.
Finalement, avec l'aide de tout le monde, hormis celle de Lena qui était hors service, ils finirent par s'extirper de la table maudite et des débris de verres et d'assiettes. Ils réinstallèrent une autre table, plus solide cette fois, en interdisant à Ronald de bouger.
.oOo.
Minuit arriva bientôt. Quand retentirent les douze coups au portable d'Emma, tout le monde se souhaita la bonne année. En revanche, Ronald, plutôt que de faire la bise à Clémence, embrassa légèrement sa joue, s'amusant de son rougissement. Quant à la colocataire de cette dernière et à William, ils se contentèrent du minimum, joue contre joue. Les parents s'offusquèrent de les voir faire.
« Vous êtes vraiment ensemble ?! s'écria Maria.
-C'est vrai, on a l'impression de voir deux inconnus qui se rencontrent pour la première fois, rajouta Michel.
-On est pas démonstratifs, grogna Emma.
-Oui, je vois ça ! confirma sa mère. Allez, un peu de courage !
-Ouais, c'est pas comme si on ne doutait pas de ce que vous faites dans l'intimité... »
William haussa un sourcil, se demandant bien ce que Hélène sous-entendait par là. Il remonta dignement ses lunettes au lieu de répondre, alors que les parents commençaient à réclamer un baiser de la part des deux ''amoureux''.
« Le bisou ! Le bisou ! Le bisou ! »
Ronald se retenait difficilement de rire. Grell observait d'un air menaçant ce qu'allait faire Emma. Clémence et Lena se mordillaient les lèvres, gênées pour leur amie.
Bien entendu, les deux bruns n'avaient guère le choix s'ils ne voulaient pas que la couverture créée parte en lambeau. La jeune femme s'obligea à s'approcher du chef de secteur, mais il était clair que son regard froid donnait plus envie de fuir que de l'embrasser. Il n'y avait bien que Grell pour en avoir envie...
Pour raccourcir le moment fatidique, ils effleurèrent rapidement leurs lèvres, juste pour donner l'illusion de s'embrasser. Seule la rousse s'en rendit compte : elle les fixait tellement qu'il ne pouvait en être autrement. Elle en fut satisfaite, pendant que les autres applaudissaient l'exploit de l'heureux couple.
« Bonne année Emma, souhaita professionnellement William.
-Bonne année. » répondit-elle avec l'idée d'assassiner ses parents et ceux de Clémence.
2013 commençait bien. Pourquoi avait-il fallu que se soit-elle qui soit désignée par le pile ou face ?! Ça n'aurait pas pu tomber sur Clémence ? Bon, Emma reconnaissait que si sa colocataire avait dû se faire passer pour la petite-amie de William, ça aurait été encore moins crédible. Tout le monde avait vu la manière dont elle regardait l'Écossais.
.oOo.
Aux alentours d'une heure et demi du matin, certains commencèrent à bailler et il fut proposer d'aller se coucher. Michel s'étonna alors de voir Ronald dormir avec Emma et William, se disant qu'ils auraient pu avoir un peu de solitude à deux...
« Ah ben moi qui me disait que tu te décoinçais un peu en dormant avec ton copain... » glissa-t-il malicieusement à Emma.
Mais William, à qui rien n'échappait, l'entendit et ne comprit pas le sous-entendu pour ce qu'il était. Il se voulut alors rassurant :
« Vraiment ! N'ayez pas peur, je dors dans la chambre de votre fille, mais en tout bien tout honneur... Si cela vous gène, je...
-Ah mais nooooon ! rit Michel. Pas du tout. C'est juste que vous auriez pu en profiter pour avoir un peu d'intimité.
-Hu hu hu... gloussa Grell en sortant de la salle de bain après s'être lavée. Will n'a jamais su ce que voulait dire in-ti-mi-té... dans ce sens-là en tout cas. »
Elle portait une nuisette de satin rouge lui tombant au-dessus des genoux. Elle l'avait achetée lors d'un saut au supermarché, ainsi qu'un change pour le lendemain. Les deux autres Shinigami avaient fait de même. Elle rejoignit la chambre de Clémence où avait été installé le lit de camp pour elle. Lena dormirait dans le lit superposé et y était déjà.
.oOo.
Le bruit était sec, répété.
Tac tac tac tac.
Insistant.
Tac tac tac...
De plus en plus fort. L'Humaine se réveilla en grognant. Elle vit que William cherchait ses lunettes à tâtons à côté du matelas où il avait dormi.
« Elles sont un peu plus loin, renseigna Emma. Oui, là.
-Merci. Tu as de la chance de ne pas porter de lunettes...
-Oh mais j'en ai ! J'ai une très légère myopie ! Seulement, elle est trop faible pour me gêner. Ce n'est pas comme Clémence qui est quasiment aveugle sans ses verres. »
William la regarda comme si elle était folle. Ne pas porter de lunettes était contre toute loi quand on était myope ! Emma changea de sujet :
« Tu as une idée de ce que c'est ce truc qui tape à mon volet ? Je vais aller voir.
-Fais attention à Knox, je ne voudrais pas qu'il prenne pour excuse d'avoir pris un pied sur la figure pour ne pas faire ses heures supplémentaires, même s'il les fera quand même. »
Emma crut que William plaisantait, mais il était sérieux. Elle contourna donc en grommelant l'Écossais qui dormait encore pour accéder à l'interrupteur qui commandait son volet et le monta. Bientôt, un pigeon grassouillet voleta jusqu'à William et se posa sur la main qu'il lui tendait.
« Un pigeon ?! s'exclama l'Humaine.
-Oui, c'est mon pigeon voyageur. Il est très pratique. C'est un agent exemplaire que j'ai depuis très longtemps.
-Ah bon ?
-Oui, il peut arriver qu'un Shinigami se lie avec un animal et il se trouve que ma famille est liée aux pigeons.
-Mais à quoi sert un animal à un Dieu de la Mort ?
-Il peut l'aider dans son travail. Les animaux auxquels peuvent se lier les Shinigami doivent eux-mêmes être des Kami sous forme animal, c'est à dire des esprits, des êtres qui sont presque des Dieux sans en être. Les Shinigami sont des Kami. C'est pour cette raison que nous pouvons nous lier à eux. En tant que tel, les animaux sont alors enregistrés comme agents et recrues de la Shinigami Society.
-Cet oiseau en est une ? De recrue ?
-Bien entendu ! s'exclama William comme si Emma avait insulté son pigeon. D'ailleurs, je ne te conseillerais pas de toucher à ses griffes : elles lui servent de Faux de la Mort en cas de besoin.
-Il s'appelle comment ?
-1697-WTS.
-Quoi ?
-1697-WTS, c'est son matricule. On nous a conseillé de ne pas donner d'autre nom au cas où il serait perdu.
-C'est tout de même triste ! Il faudrait lui trouver un prénom ! Euh... Je ne sais pas moi... C'est un mâle ou une femelle déjà ?
-Un mâle.
-Mh... Borée, ça se serait pour une femelle... Aquilon ? Éole ? Zéphyr ? Non, ça fait trop Babar... Augure ? Mis...
-Rrrou ! »
L'oiseau s'envola et vint se poser sur l'épaule d'Emma qui était tout autant surprise que William. Il roucoula.
« Augure ? Ça te plait ? demanda-t-elle. Augure Spears...
-Ou-rrrrou !
-Qu'est-ce que tu en penses William ?
-Eh bien, si 1697-WTS apprécie ce prénom, pourquoi pas... »
C'est ainsi que le pigeon fut ensuite connu sous le nom d'Augure Spears. William lut rapidement le mot. Il s'agissait des vœux de sa famille restée à Londres.
.oOo.
Il était aux alentours de seize heures trente quand les parents s'en allèrent. Ils avaient près d'une heure et demi de route et préféraient rentrer tant que le Soleil était dans le ciel. Ils saluèrent chaleureusement leurs filles, leur amie et les Shinigami puis repartirent chez eux.
Bientôt, les trois Humaines se retrouvèrent à nouveau seules avec les Shinigami. Emma se laissa tomber sur le canapé en soufflant d'aise. C'était un Jour de l'An éprouvant. Faire à chaque instant attention à ce qu'elle disait était épuisant. Et stressant aussi. D'autant que, maintenant, il allait falloir trouver une bonne raison pour expliquer à ses parents qu'elle n'était plus avec William.
« Ça vous dirait de prendre un thé ? proposa-t-elle.
-Avec plaisir, accepta le chef de secteur.
-Je vais mettre l'eau à bouillir. »
Emma ne tarda pas à revenir avec les six mugs qu'elles possédaient. Heureusement qu'ils n'étaient pas sept... Lena eut droit au spécial Futuroscope qu'elle prenait tout le temps, William en eut un humoristique sur l'importance de prendre des pauses, Ronald obtint une grenouille mexicaine jouant du banjo, Grell un rose avec Diddle, Emma un entièrement noir et celui de Clémence possédait un personnage avachi sur des peluches dans une pause sensuelle.
Un personnage qui attira l'attention de Grell.
« Mais... Mais c'est moi ! se mit-elle à rire. Avec une peluche de Sebas-chan !
-Hein ? fit la plus jeune Humaine sans comprendre. Ah ! Oui, c'est vrai, j'avais oublié...
-Avoue que t'es une fan de moi... ricana-t-elle.
-Oh mais je ne l'ai jamais caché ! Tiens, tu me ferais une dédicace, dessus ?
-Hu hu ! Pourquoi pas... »
Clémence lui tendit sa tasse et Grell la prit ainsi qu'un stylo pouvant marquer la céramique avant de signer. Les Humaines furent étonnées de la belle écriture de la Shinigami. Elles s'attendaient à quelque chose de brouillon et de désordonné, d'autant qu'elle était gauchère. Mais les lettres étaient parfaites, extrêmement lisibles et rondes, bien qu'avec quelques fioritures. Elles se souvinrent alors tout à coup que la Déesse de la Mort était née à la toute fin du XVIIième siècle. Elle avait forcément appris à écrire à la plume et à faire les pleins et les déliés. Ça expliquait pourquoi elle écrivait aussi bien. Il en était sûrement de même pour William et Ronald.
Clémence alla ensuite mettre du vernis transparent sur l'autographe pour que l'encre ne parte pas au lavage. Quand elle revint, Emma avait versé le thé dans les mugs. Grell et Ronald poussèrent tout à coup un cri de surprise. La tasse auparavant noir de l'Humaine la plus âgée était désormais blanche et divers photos d'elle et de pigeons étaient apparus. Elle se mit à rire.
« C'est un mug magique. A la chaleur, ça apparaît.
-Tu aimes les pigeons à ce que je vois, nota William en regardant les volatils photographiés sur sa tête et son épaule.
-Bah c'était à Venise, il y en avait partout. »
Mais le visage du chef de secteur s'était adouci autant qu'il le pouvait. A ses yeux, une personne que les pigeons approchaient aussi facilement était forcément quelqu'un de bien. Ces oiseaux étaient délicats et craintifs.
Ils continuèrent à discuter de tout et de rien, puis se fut l'heure de se séparer.
« C'était sympa de vous rencontrer, déclara Clémence.
-On a passé un excellent Jour de l'An grâce à vous ! sourit Grell. Ça change du Comité d'Entreprise, par vrai mon Willou ?
-Vraiment...
-Peut-être à un de ces jours alors ! salua Lena.
-Je doute que nous nous revoyons, remarqua William.
-En tout cas, j'ai été très heureuse de faire votre connaissance, dit Emma.
-Allez, on se reverra peut-être à votre mort ! » déclara Ronald en guise d'adieu.
Ils se dirent tous au-revoir puis les Shinigami s'en allèrent, retournant en Savoie. Les trois filles retournèrent dans l'appartement et s'assirent autour de la table. Les regards de Lena et Emma obliquèrent aussitôt vers Clémence.
« Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? Y a un problème ?
-Aloooooors ? s'écria la blonde. Ronald ?
-Quoi Ronald ?
-Allez, fais pas l'innocente, railla Emma. T'as pas arrêté de le dévorer des yeux...
-N'importe quoi ! se défendit Clémence en sentant son cœur s'accélérer.
-Elle a raison ! contredit Lena. T'as fait que rougir quand il était là. Il est plutôt mignon, pas vrai ? Plutôt classe aussi...
-Mais.. Mais je...
-De toute manière, la coupa Emma en enfonçant un peu plus le pieu, dès que tu l'as aperçu, ça s'est vu. Tu as changé de couleur et tu as eu un sourire stupide.
-C'est vrai ?
-Oui.
-De toute façon, soupira Clémence, je ne le reverrais plus jamais de ma vie. Le jour de ma mort peut-être, mais il y a tellement de Shinigami que j'en doute alors... Et puis, c'est pas comme s'il était immortel et moi non.
-Sois pas si défaitiste, on sait jamais.
-Vous les avez rencontrés comment d'ailleurs ? demanda Lena.
-Ils étaient sensés nous faucher mais ils ont fait une grosse erreur en lisant leur Death list, expliqua Emma. Du coup, William est venu s'excuser et on leur a proposé de passer le Jour de l'An avec nous. La suite, tu la connais déjà.
-Au fait, Grell n'est pas sensé être un homme ?
-Elle a dû se faire opérer pour devenir complètement une femme. Ça semblerait logique.
-En tout cas, une chose est sûre ! rit Lena. Vous ne faisiez pas un couple convainquant avec William. »
Les trois jeunes femmes se mirent à rire. Ce Jour de l'An resterait gravé dans leur mémoire et les Shinigami qui les faucheraient rigoleraient bien en visionnant ces morceaux de Lanterne cinématique. Surtout s'ils connaissaient leurs trois confrères.
.oOo.
Yuki était allongé sur le côté, les yeux fermés. On aurait pu croire qu'il dormait, mais ce n'était pas le cas. Il ne profitait même pas de ce lit moelleux qu'il aimait tant, mais repensait à la veille. Il était rentré très tard dans son appartement de fonction. Enfin, appartement de fonction... De fortune plutôt. C'était minuscule et on entendait les voisins tout le temps (il avait cru tuer le chien d'à côté), mais au moins, il avait un toit. Même s'il aurait préféré quelque chose de plus digne de son rang, il acceptait son sort. Il se rattraperait quand il retrouverait son homme. D'ailleurs, ce dernier allait l'entendre dès qu'il se reverrait ! L'obliger à dormir dans un tel endroit... Enfin, c'était toujours mieux que rien. Au moins, c'était confortable et personne ne posait de question en le voyant aller et venir à toutes heures. Il n'était pas le seul dans le même cas.
Cependant, pour le moment, il repensant à sa soirée du Nouvel An. Rien de bien excitant ! Au lieu de la passer avec celui qu'il aimait, comme il l'espérait cette année, il avait dû effectuer une filature plus ou moins inutile.
Tout ça pour voir cette foutue rouquine se pomponner d'un maquillage qui devait coûter plus de cent ans de salaire, passer une robe hors de prix, mettre des bijoux achetés dans la plus grande joaillerie londonienne, sortir dans sa Lamborghini jaune aux portes papillon, rejoindre des amis tout aussi riches qu'elle et sûrement aussi peu fréquentables, s'amuser et rire avec eux en dégustant du caviar et une coupe du meilleur Bollinger (si tant est qu'on puisse s'amuser et rire ainsi... Yuki avait une vision différente de l'amusement), se souhaiter la bonne année, puis repartir avec un jeune homme de son âge rencontré durant la soirée. Il ne voulait même pas savoir ce qui s'était passé ensuite entre eux deux.
Une soirée de perdue. Pour tuer le temps, il avait tenté d'inspecter la voiture mais n'avait fait qu'apprendre que c'était une Lamborghini Diablo. Ça ne l'étonnait même pas de l'autre Poil-de-Carotte. Ça lui correspondait parfaitement. Un étalage parfait de ses richesses et de sa réussite volée, arrosé d'une pointe d'ironie. Il n'y avait qu'elle pour acheter une telle voiture quand on savait la vérité sur elle. Et c'était à ce moment que l'enquiquineur était arrivé et l'avait surpris. Dire que celui-ci n'avait même pas été surpris de le voir là...
Yuki eut un léger sourire ironique en se souvenant ce que ce dernier lui avait dit en le prenant sur le fait avec un sourire qu'il jugeait niais :
« Oh ! C'est vous mon cher ? »
Yuki s'était retenu de lui lancer quelque chose comme « Non, sombre idiot, c'est mon jumeau maléfique ! » ou « Pauvre tâche, bien sûr que c'est moi ! Il te faut des lunettes ou quoi ? ». Il avait été cependant achevé quand son vis à vis avait déclaré :
« Ah ! Vous m'avez suivi, n'est-ce pas ? Vous ne pouvez plus vous passez de moi et de mes caresses ! Si seulement je pouvais vous garder à mes côtés ! Mais ma maîtresse ne me le pardonnerait pas... »
Ça, Yuki voulait bien le croire, mais il aurait adoré voir la scène entre ces deux-là s'ils se faisaient surprendre ensemble au lit...
Au lieu de ça, il avait dû essuyé tout un discours inutile et ennuyeux sur l'importance de bien cacher leur relation. Comme s'il avait besoin de ça pour le savoir ! Heureusement, il avait été sauvé bientôt par l'arrivée de la Roussette avec son chéri d'un soir. Il n'aurait jamais imaginé le penser un jour, mais il la remerciait d'arrêter cette torture verbale, de l'obliger à fuir. S'il ne la détestait pas autant, il lui devrait une fière chandelle !
Bref, une soirée pourrie, comme il s'y attendait, surtout pour un Nouvel An. 2013 commençait bien. Cependant, à peine avait-il pensé à ça, qu'il avait entendu Miss Tâches-de-Rousseur dire à Mr Accroc-aux-Caresses, loin des oreilles de Mr Beau-Gosse-à-Mettre-dans-le-Lit, qu'ils agiraient dès demain. Que les cibles seraient mortes avant le coucher du soleil puisqu'elles étaient enfin repérées.
Aha. Mort de rire.
Comme s'il allait les laisser faire après avoir entendu ça.
Il était parti furtivement, sans que les comploteurs sachent qu'il avait tout entendu. Il avait fait comme il avait pu, c'est-à-dire avec les moyens du bord, autrement dit, rien, pour prévenir les désormais ex-cibles. Puis, il avait contacté celui qu'il aimait, après avoir fait tout le travail à sa place. Comme d'habitude, quoi. Pendant que l'autre se prélassait en Suisse, il galérait en Angleterre.
Yuki ouvrit enfin ses yeux et soupira. Il savait très bien qu'il était dur : s'ils étaient loin l'un de l'autre, ce n'était pas plaisir. Et son ''patron'' ne s'amusait pas, là bas. Il avait de nombreuses choses à faire puisque les cibles de Poil-de-Carotte auraient dû être en Suisse le lendemain.
En attendant, il s'était bien reposé et décida qu'il pouvait bien prendre une journée de repos. Il avait fait tout ce qu'il fallait. Le reste ne dépendait plus de lui. Il eut tout de même un léger sourire : même s'il le haïssait, le complice de Tête de Fraise ne pouvait pas se passer de lui. C'était bon pour son objectif, mais surtout pour son égo : normal après tout ! Nul qui voyait Yuki ne pouvait rester insensible ! Il se savait beau, mignon et parfait en tout point. Ce fut sur cette pensée des plus alléchantes qu'il décida de commencer sa longue journée de paresse par une grasse matinée.
Non, non, Yuki n'est pas narcissique, ce n'est qu'impression, je vous l'assure ! XD
En attendant, j'espère que ça vous a plu et le prochain chapitre, "Préparatifs", ne devrait pas tarder à paraître. ^^
A bientôt !
