Hem...
Je sais que j'ai dit la dernière fois que je ne publierais pas avant longtemps, mais il se trouve que Momo0302 a corrigé ce chapitre alors bon... J'en profite ! XD
Dans celui-ci, ne vous attendez pas trop à rire, il ne porte pas ce nom pour rien.

Egalement, il y a une petite référence à un film. Saurez-vous la retrouver ? ^^

Bonne lecture !


CHAPITRE VIII : LARMES

Une fois sur le parking du parc Chanot, ils furent beaucoup plus tranquilles. William avait donné à Emma, Clémence et Grell tous les prix qu'ils avaient gagné. Elles n'auraient qu'à tout se partager entre elles. La rousse espérait garder les quelques manga yaoi qu'elle avait repéré parmi tous les prix.

« Où allez-vous ? demanda le chef de secteur à Ronald et Éric qui se dirigeaient vers le portail.

-Ben... On va chercher nos voitures... expliqua l'Écossais.

-Vous les laissez là où elles sont, répliqua leur patron. Nous n'allons pas perdre un temps fou à aller les chercher dans le parking où vous avez voulu les mettre...

-Mais c'était le parking surveillé le plus proche ! protesta Éric. On allait pas les laisser n'importe où !

-Il était hors de question que je laisse la mienne dans une rue ou ici ! Pour qu'on me la raye...

-C'est clair ! approuva le Shinigami à la scie. Ou qu'on me la vole ou pire...

-Pire ? s'étonna Emma en ouvrant la porte de sa Twingo rouge cerise.

-Volée et brûlée. Je la reverrais jamais.

-Parfois, soupira Alan en levant les yeux au ciel, je me dis que tu préfères ta voiture à moi.

-Quand même pas !

-Patron, vous êtes sûr que je peux pas aller...

-Non Knox, nous n'avons pas le temps ! Vous irez demain. Vous pouvez très bien vous passez de votre voiture une journée. Slingby, allez derrière Emma et vous, Phantomhive, à côté de lui. » rajouta William à Richard qui s'empressa d'obéir.

Le brun s'installa sur le siège avant. De cette manière, le comte serait un peu mieux caché aux regards indiscrets.

Clémence amena Alexander, Grell, Alan et Ronald à sa Chevrolet. Le dieu de la Mort châtain était aidé par le blond. Même s'il allait mieux, il était loin d'être remis de sa crise et aurait besoin de repos une fois arrivé à bon terme. L'Humaine s'installa au volant, tandis que Grell se mettait derrière elle et Alan du côté passager. Alexander était entre eux deux, après avoir déclarer qu'une si petite voiture était indigne de transporter un membre d'une illustre et riche famille comme lui. Ronald, à l'avant, lui avait répliqué qu'il n'avait cas rester ici et attendre Sebas-chan. Ce dernier saurait sûrement se délecter comme il faut d'un membre d'une illustre et riche famille comme lui. Le jeune Humain n'avait plus rien dit, sentant que les Shinigami étaient tout à fait capable de le laisser à la merci du Démon.

Clémence, accrochée au volant, ferma un instant les yeux et inspira profondément.

« Ça va ? » s'inquiéta Ronald.

Elle acquiesça raidement de la tête avant de mettre le contact et d'enclencher la première vitesse.

.oOo.

Deux heures plus tard, les deux voitures arrivèrent en même temps au Domaine des Milles, sans encombre. Clémence avait effectivement suivi Emma qui possédait un GPS. Si elles avaient mis plus du double du temps nécessaire, c'était à cause de William qui leur avait fait faire de nombreux détours pour être sûr de ne pas être suivis. Elles trouvèrent heureusement sans problème des places à côté de l'immeuble Daguerre, celui où elles habitaient. Ils montèrent au troisième étage et Clémence chercha ses clefs nerveusement. Elle les trouva, mais ses mains tremblaient trop pour qu'elle les insère et ce fut Emma qui s'en chargea.

« Tu es sûre que ça va ? insista Grell. Tu n'as pas prononcé un mot depuis le combat. »

Clémence ne répondit rien, se contentant de se mordiller les lèvres. Ils entrèrent un par un dans le petit couloir, tandis qu'Alexander commentait que ce taudis servant soit disant d'appartement était plus petit que sa chambre. Emma lui jeta un regard meurtrier et lui répliqua vertement que tout le monde n'avait pas les moyens de se payer un gigantesque château.

« Est-ce que je pourrais me reposer quelque part, s'il te plait ? demanda Alan à Emma d'un voix fatiguée.

-Tu as encore mal ? s'inquiéta aussitôt Éric. Tu vas bien ? Tu...

-Ça va, rassura celui qu'il aimait. Je suis juste complètement épuisé. J'ai voulu trop en faire aujourd'hui.

-Je vais changer les draps de mon lit et tu pourras y aller, proposa Emma en se dirigeant vers la porte au fond du couloir.

-Merci beaucoup. »

Ronald se tourna vers Clémence qui restait contre la porte d'entrée, regardant d'un air un peu hagard le sol. Il s'approcha d'elle, comprenant bien que quelque chose n'allait pas.

« Tu n'enlèves pas tes chaussures ? » demanda-t-il avec douceur.

Elle releva les yeux vers lui et acquiesça, toujours silencieuse, avant de s'exécuter. Une fois en pantoufles, elle fit quelques pas et s'arrêta. L'Écossais insista pour savoir comment elle allait, mais avant qu'elle ait réussi à dire quoi que se soit, elle éclata en sanglot.

« Hey ! Qu'est-ce qui t'arrive ?

-Je... Je... On... faillit... mou... mourir... réussit-elle à articuler à travers ses larmes. Peur... Je...

-Que se passe-t-il ici ? demanda William en revenant du salon.

-Je crois qu'elle a eu très peur, tout à l'heure, expliqua Ronald en la prenant contre lui. C'est bon patron, je m'occupe d'elle.

-Vous allez vous en sortir ? interrogea son supérieur qui n'avait jamais été un modèle d'empathie, surtout pour consoler les gens.

-Étant donné que je suis un écossais blond vénitien, je devrais m'en sortir, répondit-il avec un petit sourire en coin. Pas vrai Clémence ? »

Celle-ci, loin de rougir comme à son habitude, redoubla ses pleurs et ses tremblements.

« Allez... Shhhtt... Ça va allez... On va dans ta chambre ? On y sera mieux... »

Elle ne répondit bien entendu pas, mais il ouvrit la porte et la poussa avec douceur à l'intérieur. La seule chose de différent par rapport à quand il était venu à Noël était le canapé-lit double encore ouvert. Il s'y assit, dos au mur et jambes étendues, pour l'attirer contre lui. Elle se laissa faire, dans un état second, et se retrouva assise sur ses genoux à se blottir instinctivement contre lui. Elle continuait à trembler et à pleurer, complètement rongée par l'angoisse. Ronald lui enleva avec attention ses lunettes pour qu'elle soit plus à l'aise. Il enlaça ensuite sa taille et ses épaules, la berçant lentement, lui caressant le dos pour la calmer et lui murmurant des paroles rassurantes.

Alexander, qui avait entrepris de visiter dans les moindres détails ce qu'il appelait la boîte d'allumettes, jeta un coup d'œil à l'Humaine avant de déclarer d'un ton supérieur :

« Si j'avais dû me mettre à pleurer autant à chaque fois que Michaelis a failli me tuer, je me serais desséché depuis longtemps. »

Ronald lui lança un regard noir et s'apprêta à lui répliquer quelque chose de cinglant, mais Richard fut plus rapide et ricana :

« Ce n'est pas parce que tu as la capacité émotionnelle d'une petite cuillère, Alex, que tout le monde est comme toi !

-Je me nomme Alexander ! grogna le jeune Phantomhive. Et je...

-Ferme-la un peu, veux-tu ? pria son frère d'une voix lasse. Laisse-les tranquille, on va au salon.

-Ah, cette chose plus petite que ma salle de bain personnelle à Phantomhive ? » renifla de mépris le blond.

Richard lui donna un coup derrière la tête en lui disant de montrer un peu plus de respect envers celles qui leur offraient si gentiment le gîte.

« Je sens que la cohabitation ne va pas se faire sans mal avec un tel chieur... grogna Ronald. Même s'il n'est pas sur la liste, je vais finir par le faucher. »

Il marqua une pause et jeta un regard malicieux à la jeune femme qui continuait à pleurer contre lui

« Ce qui est un comble pour un milliardaire, finir fauché... »

Sa petite plaisanterie eut l'effet escompté et Clémence eut un petit rire tendu à travers ses larmes.

« C'est con... souffla-t-elle du bout des lèvres.

-C'est le seul truc qui me soit venu à l'esprit. » rit-il.

Elle bougea légèrement la tête pour la relever et regarder Ronald. Pour la première fois, elle redescendit sur terre et se rendit compte dans quelle position elle était. Recroquevillée sur les genoux du Shinigami, le visage calé dans son cou, une main sur son torse à triturer nerveusement sa chemise et sa cravate humides de larmes. Elle mordilla ses lèvres et préféra fermer les yeux pour profiter du sentiment de sécurité et de la douceur que lui offrait les bras du dieu de la Mort.

Il sourit et demanda :

« Ça va mieux ?

-Je crois... répondit-elle à mi-voix.

-Tu n'as plus à t'en faire, tu sais... Sebas-chan ne nous trouvera pas ici. D'ailleurs... Pourquoi tu t'es jetée sur la Death Scythe quand j'ai compris ce qu'il allait faire ?

-Un... Un réflexe stupide... avoua-t-elle.

-Pour être stupide, ça l'était ! déclara la voix de Grell.

-J'aurais fait exactement la même chose, à sa place ! vint en aide celle d'Emma.

-Au fait, intervint à nouveau la rousse, Will m'a demandée de ranger les Faux, tu me passes la tienne s'il te plait ?

-On peut vraiment pas être tranquille ici ! » protesta Ronald qui se pencha légèrement pour lui donner sa Death Scythe en la matérialisant avant de leur claquer la porte au nez.

Les deux femmes se mirent à rire et entrèrent dans la salle de bain qui était leur première destination. Elles y étaient allées pour regarder les vernis après qu'Emma ait fini de faire le lit pour Alan. Pensant qu'ils seraient beaucoup mieux sans tout ces gêneurs, Ronald resserra sa prise sur Clémence. Il sourit en sentant le cœur de la jeune Humaine battre à tout rompre, mais en la voyant se laisser faire et se caler un peu plus contre lui.

« Comment tu fais ? chuchota-t-elle soudainement, sans ouvrir les paupières.

-Pour ?

-Pour supporter cette vie, tout le temps...

-Ce n'est pas tout le temps comme ça, tu sais, expliqua-t-il d'un voix calme. Et puis... Je pense que le fait d'être un Shinigami aide beaucoup. Nous n'avons pas le même regard que les Humains sur ce qui nous entoure. »

Ils restèrent silencieux un moment. Clémence s'apaisa petit à petit jusqu'à ne plus pleurer. Même si elle était plutôt gênée de se retrouver ainsi seule avec celui dont elle était tombée amoureuse, elle se sentait particulièrement bien et appréciait assez cette proximité. Il lui murmura :

« Ça ira ou tu veux encore rester un peu ?

-Je... Je peux rester encore un peu, s'il te plait ? rougit-elle.

-Bien sûr.

-Merci... »

Il embrassa son front, l'empourprant un peu plus. Aucun des deux ne prononça la moindre parole durant un long moment. Puis il sortit de son mutisme, demandant tout à coup, à voix basse, à la limite de l'inaudible :

« As-tu peur de la mort ? »

Clémence rouvrit enfin les yeux et croisa le regard de Ronald à quelques centimètres du sien.

« Non.

-Alors pourquoi réagis-tu ainsi ? Tu ne devrais pas avoir une telle peur rétrospective...

-Ce n'est pas parce que je n'ai pas peur de mourir que j'en ai envie. C'est l'instinct de survie. Du moins, je crois. Et je... je ne veux surtout pas voir mourir ceux que j'aime... Et de toute façon je... je suis assez émotive...

-J'avais remarqué, sourit-il. Et... »

Sa phrase fut coupée par une exclamation de William, de l'autre côté de la porte.

.oOo.

Pendant ce temps, William se tourna vers Grell, la seule Shinigami restante. Éric était avec Alan, Ronald consolait Clémence.

« Sutcliff, voulez-vous bien trouver un endroit pour ranger les Death Scythes s'il vous plait ? ordonna-t-il.

-Pourquoi moi ? grogna-t-elle, détestant le rangement.

-Vous êtes la seule disponibles et je vais devoir passer des coups de fil.

-Et pourquoi les ranger ? tenta-t-elle. Tant qu'elles restent dématérialisées, elles ne nous encombrent pas et elles sont à portée de main vingt-quatre heures sur vingt-quatre...

-Je vous jure... Cela revient à se servir de nos dons et nous risquons de nous faire repérer plus facilement par Michaelis. Faites ce que je vous dis maintenant. Ensuite, vous viendrez me voir, j'ai à vous parler. »

Après avoir rangé toutes les Faux sous l'armoire d'Emma hormis la tondeuse qui atterrit sur le balcon, Grell essaya tous les vernis rouges des Humaines, afin de choisir quel serait le prochain qu'elle s'achèterait. Pour bien tous les comparer, elle en avait mis un différent sur chaque ongles, ce qui était parfait étant donné qu'il y en avait dix. Elle adorait le Die another day d'OPI et avait flashé sur le nom d'un autre. Rouge diable, d'Innoxa.

Elle se tourna vers Emma qui l'avait regardé faire :

« Hu hu hu... Ne trouves-tu pas que Ronnie et Clémence sont bien silencieux ?

-Tu t'attendais à quoi ? Qu'il se mette à lui chanter Clémence de Johnny Hallyday en faisant un strip-tease ? éclata de rire l'Humaine.

-Précisément... » ricana la rousse.

Emma se sentit peu rassurée en entendant le ton employé. Qu'avait-elle donc en tête à glousser ainsi ?

« Moi, fit-elle, j'aimerais bien savoir où ils en sont... Pas toi ?

-Oui, avoua la brune. Mais on s'est fait jetée tout à l'heure, c'est pas pour s'incruster en douce. Ça va casser tout leur truc.

-Qui te dit qu'on va entrer dans la chambre ? Viens, j'ai une idée ! »

Elle attrapa le poignet de l'Humaine, sortit de la salle de bain, s'empara des clefs dans le vide poche et sortit sur la coursive. Sans bruit, elle s'approcha de la fenêtre de Clémence, à cinquante centimètre. Emma comprit ce qu'elle avait en tête et leva les yeux au ciel accompagné d'un Franchement exaspéré.

« Je vois rien... se plaignit Grell à voix basse, comme si Ronald ou Clémence pouvaient l'entendre. Il y a ce fichu voile qui coupe tout...

-En même temps, elle l'a mis à sa fenêtre pour qu'on ne puisse pas voir à l'intérieur, justement... Tu pourrais pas leur laisser un peu d'intimité ?

-Tsss... Je veux savoir comment ça va tourner entre eux. »

Elle fronça les yeux pour essayer de voir mieux.

« Alors ? Ça donne quoi ? demanda Emma qui, malgré tout, était curieuse.

-On dirait que... Oui, je crois qu'ils sont toujours sur le lit. Il la tient contre lui, mais rien de plus par rapport à tout à l'heure... Rha ! On voit vraiment rien...

-Et si on allait écouter à la porte ? Après l'image, on aura le son...

-Oh ! Excellente idée ! »

Les deux femmes retournèrent à l'intérieur, fermèrent rapidement les verrous puis collèrent leurs oreilles à l'entrée close de la chambre de Clémence. Au bout d'un long moment de concentration, elles perçurent quelques paroles mais ne comprirent pas ce qu'ils se disaient. Ils ne devaient pas parler bien fort.

« Que faites-vous donc ? »

William venait d'apparaître dans le couloir et les regardait d'un air désapprobateur. Emma mit son indexe sur sa bouche et Grell s'écria :

« Chut ! On entend rien... »

La porte s'ouvrit violemment sur Ronald qui avait parfaitement entendu William puis Grell et avait aussitôt compris ce que se faisait derrière la porte. La rousse et Emma basculèrent à l'intérieur de la chambre pour s'y étaler. Elles eurent un petit cri de surprise.

« Qu'est-ce que vous faites là, toutes les deux ?!

-Mais ça va pas de crier comme ça ?! fit Emma en levant les yeux vers Ronald, debout devant elle. Y a Alan qui se repose !

-Hein ? Ah... Ok... Mais qu'est-ce que vous faisiez à écouter aux portes ? demanda-t-il en baissant la voix.

-Bah, on écoutait ce qui se passait justement ! répondit la brune en se relevant.

-On voulait savoir où vous en étiez, sourit la rousse.

-Où nous... »

Clémence prit une teinte pivoine en comprenant le sous-entendu.

« Il... Il ne s'est rien passé... On... On parlait juste... souffla-t-elle.

-Tch... Ignoble. Il est en tout cas certain que des gens bien élevés ne resteraient pas seuls dans une chambre porte fermée, déclara Alexander. C'est tout de même douteux et cela ne se fait pas avant le mariage.

-Non mais, de quoi je me mêle ?! grommela Ronald. Je ne pense pas avoir de leçon à recevoir d'un morveux...

-Calmez-vous Knox, je suis absolument d'accord avec lui, intervint William. D'autant que nous sommes ici pour le travail, pas pour nous amuser. J'espère que vous saurez faire passer vos flirts en second.

-Mais il ne s'est rien passé ! insista Clémence.

-Je lui ai juste remonté le moral.

-En attendant, je veux que mon personnel soit mobilisable vingt-quatre heures sur vingt-quatre à partir de maintenant. Et vous allez tous me donner vos tailles d'uniformes, je dois téléphoner aux locaux de ce secteur pour les prévenir de la présence de notre équipe, ainsi que nos supérieurs du nouveau transfert. J'en profiterais pour demander quelques uniformes de rechange pour que nous puissions nous changer. Soyez tous sur le pied de guerre. Sutcliff, poussez-vous donc, vous êtes en plein milieu. »

Elle gloussa et se releva. Pendant que William empruntait à nouveau le téléphone de l'appartement et que Ronald rejoignait Éric qui venait de sortir de la chambre occupée par Alan, elle se tourna avec un grand sourire vers Clémence en même temps qu'Emma.

« Alooors ?

-Alors quoi ? fit l'Humaine d'une voix se voulant naturelle.

-Il s'est passé quoi entre vous ? répéta la brune. Ça fait près d'une demi-heure que vous êtes là, tous les deux...

-Mais arrêtez un peu, rougit Clémence en pensant qu'elle avait passé trente minutes contre lui, puisque je vous ai dit qu'il ne s'est rien passé... On a juste discuté.

-Hu hu hu... pouffa Grell qui voulait lui faire avouer ce qu'elle avait vu. Connaissant Ronnie, vous n'avez pas dû faire que discuter calmement...

-Bon, c'... C'est vrai que... quilmaprisedanssesbras...

-Quoi ?! firent Grell et Emma en même temps, n'ayant rien compris à ses marmonnements.

-Il m'a prise dans ses bras, articula-t-elle. Et point à la ligne, je ne veux plus en entendre parler ! »

Elle avait rajouté cela en voyant Emma ouvrir la bouche pour lui demander plus d'amples explications. Cette dernière et Grell éclatèrent de rire.

« À ta place, Sutcliff, je profiterais de rire tant que je le peux encore.

-Qu'est-ce que tu me veux, Slingby ? répliqua-t-elle d'un ton tout à coup agressif à Éric qui venait d'apparaître.

-Le patron voudrait te parler et à priori, il n'est pas très content de ta prestation face au déserteur, expliqua le blond non sans un sourire. Il est plutôt en colère. »

Grell se mordilla la lèvre inférieure, parfaitement consciente qu'elle avait eu une large ouverture pour vaincre Undertaker dont elle n'avait pas profité. Elle savait très bien aussi que William l'avait vu, elle l'avait entendu crier.

Après un regard noir à Éric par pure habitude, elle se rendit au salon où William discutait de la suite des événements avec Richard, écoutés par Alexander et Ronald. Quand Grell entra dans la pièce avec Emma et Clémence, il leva un regard glacial sur la rousse.

« Ah, Sutcliff. Vous allez me rappeler quelle est la mission que l'on nous a assignée. De cette manière, je m'assurerais que vous êtes au courant, et vous l'apprendrez à nos hôtes qui ont le droit de savoir pourquoi on est ici. »

Sa voix froide était emplie d'une colère contenue. Pour la première fois depuis des siècles, Grell n'eut même pas envie de lui sauter dessus en criant Ah mon Willou ! Toujours aussi stoïque et froid ! C'est sexyyyyy ! Elle se contenta de soutenir son regard et d'énoncer d'une voix monocorde :

« Nous devons appréhender ou tuer le Shinigami Undertaker, considéré comme dissident depuis 1837 et localisé pour la première fois le 19 avril 1889. »

Emma poussa un cri de surprise. Non qu'elle ne s'en soit pas doutée, mais l'entendre énoncer de la sorte rendait la chose beaucoup plus vraie et étrange. Personne ne fit cependant attention à elle et William continua :

« Vraiment... Et pourquoi étions-nous aujourd'hui au Parc Chanot à Marseille ?

-Pour cette mission.

-Bien. Très bien Sutcliff. Je vois que vous êtes au courant de notre travail. Alors peut-être pourriez-vous désormais m'expliquer pourquoi vous n'avez strictement rien fait lorsque Undertaker vous tournait le dos et que vous aviez votre Faux de la Mort sous la main...

-Je ne sais pas, répondit-elle en baissant le regard.

-Pardon ? fit sèchement le chef de secteur.

-Je ne sais pas, William ! répéta Grell avec force. Sebastian venait de manquer de me tuer et Undertaker venait de me sauver la vie. Je devais être un peu en état de choc. C'est tout. »

Tout le monde tourna vers la rousse un regard surpris. Ce n'était pas tous les jours qu'elle appelait William et Sebastian par leurs vrais prénoms.

« Je vous jure... Vous ne savez pas... répliqua le patron d'un ton furieux. De plus, ce n'est pas la première fois que vous frôlez la mort et vous n'avez jamais été en état de choc selon vos mots.

-Cela ne se reproduira plus, déclara Grell en fermant les yeux pour échapper au regard de William.

-Le problème, Sutcliff, c'est que ça n'aurait jamais dû se produire. Si vous aviez été un peu plus réactif, nous aurions fini notre mission à l'heure qu'il est. A cause de vous Undertaker nous a à nouveau échappé, nous ignorons où il est et si nous le retrouverons ! C'était une chance incroyable d'avoir retrouvé sa trace. Nous n'avons désormais plus la moindre piste !

-Je... Je suis désolée... murmura-t-elle en se retenant d'éclater en sanglot.

-Désolé ?! Vraiment... Votre inaptitude à faire correctement votre travail est pire que ce que je pensais.

-William, arrête s'il te plaît, intervint une voix. Tu... Tu vois bien qu'elle va mal... et ne parle pas si fort, Alan dort juste à côté. »

Tous les regards vrillèrent sur Emma. Grell, en larme, n'arrivait plus à réfléchir normalement, mais Ronald et Éric s'horrifièrent. L'Humaine était-elle donc suicidèrent pour oser tenir tête à William T. Spears ? L'Écossais ne put s'empêcher de jeter un rapide coup d'œil à la Death list pour savoir si elle devait mourir ce jour-là, avant de se rappeler que si elle se faisait tuée par un Shinigami, elle ne serait pas sur la liste. Alexander marmonna qu'il avait besoin d'aller aux toilettes et partit s'enfermer dans la salle de bain. Clémence pressa doucement la main de Grell qui pleurait silencieusement. William tourna son regard tranchant comme la glace vers la jeune femme qui soutint son regard sans ciller. Elle se sentait pourtant tout à coup terrifiée et comprenait pourquoi personne ne s'était risqué à intervenir. Cependant, maintenant qu'elle était sur sa lancée, il était hors de question de céder ni de montrer sa peur.

« Ce qui est fait est fait, non ? On ne revient pas sur ce qui a été fait, c'est comme ça. Je crois que Grell a compris, pas la peine d'en rajouter. Et puis... Dis-toi qu'en le laissant en vie, Undertaker nous a débarrassé de Sebastian Michaelis. Grâce à ça, vous avez pu sauvé Richard et Alexander.

-Je... Je crois que je vais aller faire quelque chose à manger, souffla Ronald qui, lui aussi, n'avait aucune envie de rester.

-Je vous accompagne. » murmura Richard, craignant d'être mêlé à la dispute.

Ils étaient complètement passés inaperçus dans l'ambiance électrique du salon. Emma se tourna vers sa colocataire :

« Clémence ? Est-ce que tu peux emmener Grell dans ta chambre ?

-Oui bien sûr... Grell, tu viens ? Grell ? »

La rousse tourna son visage larmoyant vers elle. Son regard était complètement perdu et désespéré. Elle referma un instant les yeux avant d'approuver d'un signe de tête. Elles quittèrent toutes les deux le salon, tandis qu'Éric était pris d'une soudaine envie de regarder Alan dormir, à moins qu'il soit réveillé par la colère de William. Emma se retrouva ainsi seule face au brun qui déclara :

« Tu n'as pas à t'immiscer dans mes problèmes d'employés incompétents.

-Et un employeur n'a pas à humilier ainsi, devant tout le monde, une de ses employés !

-Mais... Mais je ne l'ai pas humilié ! se défendit William avec une pointe d'étonnement.

-Pas humiliée ?! s'abasourdit Emma. Tu te rends compte au moins du ton que tu as employé avec elle ? Tu lui as parlé comme à une moins que rien ! Grell a déjà du mal à se faire accepter, ce n'est pas pour en rajouter une couche !

-Je ne vois pas le rapport avec la mission, fit William en fronçant les sourcils.

-Ça a tout rapport, justement. Comment tu veux attraper Undertaker sans instaurer une bonne entente au sein de ton équipe ? Elle est constituée d'individualités incapables de se battre ensemble et de se coordonner ! Sans travail d'équipe, vous n'arriverez à rien et ça commence par une bonne entente ! Et ce n'est pas en rabaissant celle qui est déjà mise plus ou moins à part que tu y arriveras !

-Je ne l'ai pas rabaissé ! protesta William. Ce n'était que quelques remontrances. Je ne vois pas en quoi c'était humiliant, comme tu disais.

-Mets-toi donc un peu à sa place, William. Comment réagirais-tu ?

-Je prendrais en compte ce qu'on m'a dit pour ne plus refaire les mêmes erreurs. »

Emma resta bouche bée. En fait... il ne s'était même pas rendu compte de ce qu'il avait dit et la manière dont il l'avait dit.

« Mais... Mais franchement... Tu n'as tout simplement pas d'empathie... Grell, contrairement à toi, est sensible et à des sentiments, comme toute personne normale. Si je te dis que c'est humiliant, c'est parce que tu n'aurais déjà jamais dû l'engueuler devant tout le monde. C'est assez pénible en privé, alors avec autant de personnes réunies ! En plus, il y avait Éric qui se réjouissait de te voir faire parce qu'ils ne peuvent pas se sentir tous les deux ! D'ailleurs, j'aurais dit exactement la même chose si tu avais jeté Éric devant Grell... Et puis, je ne te parle même pas du fait que ça vienne de toi, qui a dû lui faire encore plus mal.

-Pourquoi ?

-Parce qu'elle est amoureuse de toi ! »

Elle se retint à temps de ne pas le traiter d'imbécile. Ça aurait fait beaucoup en une fois pour William T. Spears.

« Sutcliff est amoureux du moindre homme qu'il rencontre. Il n'est pas à prendre au sérieux.

-Pas à prendre au sérieux ? Est-ce que tu te rends compte que tu es le seul qu'elle n'a pas tenté de tuer ?

-Je doute que se soit une preuve au vue de ses derniers exploits.

-Que tu la prennes au sérieux ou pas, ce n'est quand même pas une raison pour la traîner dans la boue comme tu l'as fait. Essaye d'être un peu plus compréhensif et moins dur envers les autres. Parce que sinon, franchement, la cohabitation va être un enfer... »

.oOo.

Grell s'effondra sur le lit, s'autorisant enfin à éclater en sanglots. Décidément, si la chambre d'Emma était le lieu de rassemblement, celle de Clémence était celle des consolations.

L'Humaine s'assit sur le rebord de son lit et frotta amicalement l'épaule de la Shinigami qui pleurait à chaudes larmes. Celle-ci se sentait affreusement mal. Se voir ainsi ravilir par William la meurtrissait plus que n'importe quoi d'autre. Elle ne savait même pas pourquoi elle n'avait rien fait contre Undertaker. C'était vrai, elle l'ignorait elle-même. Pour tout avouer, profiter de l'ouverture ne lui avait même pas traversé l'esprit. Ce n'était qu'après qu'elle avait réalisé qu'elle aurait pu en finir, au cri de William. Encore qu'à ce moment-là aussi, elle s'était sentie incapable de réagir.

Elle se mordit les lèvres en repensant au regard glacial de son patron, à la gifle mentale qu'il lui avait assénée. Pourquoi avait-elle si mal en pensant à un homme qui ne l'avait jamais traité autrement qu'en employé incompétent et surexcité ? Qui même encore aujourd'hui ne la considérait pas comme une femme ? Pourquoi l'aimait-elle, tout simplement ? Pourquoi fallait-il que se soit lui et pas un autre ?

« Hey, Grell... Calme-toi un peu, tes lèvres sont en sang... »

La Shinigami se rendit tout à coup compte du goût de fer dans sa bouche. Elle l'essuya du revers de sa manche en sanglotant, puis se tourna sur le dos pour regarder le plafond.

« Pourquoi j'ai réagi comme ça ? murmura-t-elle à travers ses larmes en fermant les paupières. Et... Et tu sais que je ne sais pas pourquoi j'ai rien répliqué à William ?

-Il a été vachement dur avec toi... nota l'Humaine.

-J'ai... J'ai pourtant l'habitude d'ê... d'être rabaissée ou insultée mais là, c'est... »

Sa phrase s'acheva dans un sanglot. Clémence lui serra un peu plus l'épaule en signe de réconfort. Grell finit par se calmer légèrement et rouvrit les yeux pour les poser sur la fausse rousse.

« Pourquoi tu pleures aussi ? demanda tout à coup la Shinigami entre deux larmes.

-Je pleure pas, affirma Clémence.

-Si, tu as les larmes aux yeux, hoqueta Grell.

-C'est pas comme pleurer... C'est une poussière dans l'œil. Comme Obito. Et puis, j'aime pas voir les gens pleurer.

-Qui est Obito ?

-Mon personnage préféré dans Naruto. Pour dire qu'il ne pleure pas, il dit qu'il a une poussière dans l'œil.

-D'accord... »

Elles restèrent un instant silencieuses, Clémence en profitant pour sécher les quelques larmes qui commençait à couler sur ses joues. Grell entrelaça ses doigts avec les siens pour trouver un peu de soutien.

« Allez, Grell... Calme-toi un peu... On va finir pas se dessécher toutes les deux, comme dirait Alex.

-Tu pourras tou... toujours demander à Ronald de te consoler...

-Très drôle ! »

Grell eut un petit sourire triste qui disparut presque aussitôt. On toqua alors à la porte et Emma s'annonça avant d'entrer sur l'invitation de Clémence.

« Pfiou ! souffla-t-elle en se laissant tomber à côté de sa colocataire. Franchement... Il est horriblement maladroit, William, parfois ! »

En entendant son prénom, la Shinigami étouffa un sanglot. La brune se tourna alors vers l'autre Humaine et s'écria :

« Ah non ! Ne me dis pas que tu chiales encore, toi ! Grell, d'accord, mais toi...

-Mais non, j'ai juste...

-Une poussière dans l'œil. » acheva la rouquine, entrecoupée de pleurs.

Clémence et Grell se mirent à rire nerveusement, entre rire et larmes. Emma les regarda toutes les deux d'un air désabusé.

« Ah les filles... Qu'est-ce que vous pouvez être cons, quoi ! »

Grell et Clémence rigolèrent encore plus en voyant l'air qu'avait pris Emma. Cette dernière finit par les rejoindre et elles ne purent parler durant un moment. Ce fut la rousse qui se calma en premier. Elle se redressa pour s'asseoir en tailleur en croisant les bras et regarda les Humaines avec un sourire triste.

« Ça fait du bien de rire un peu, murmura-t-elle.

-Après tout ce qui s'est passé, c'est clair ! approuva Clémence.

-Wi... William ne t'a pas tuée alors ?

-Faut croire que non, sourit Emma. Grell... Il ne s'est pas rendu compte qu'il te blessait.

-Il sait parfaitement que je ne vais pas très bien, ces derniers temps. Je lui en ai parlé parce que je voudrais quitter l'équipe. Il a rien compris, comme toujours...

-Quitter l'équipe ? Pourquoi ? » s'étonna Clémence.

La rousse eut un rire ironique.

« Fin septembre, je me suis fait opérer pour enfin devenir vraiment une femme. J'avais... J'avais l'impression que tout allait miraculeusement s'arranger. En fait, c'est peut-être pire qu'avant. Les gens qui sont au courant me traite avec plus de mépris, sans parler du fait que le jour de l'opération j'ai été appelée en urgence et que je n'ai pas répondu ou j'aurais dû tout remettre à des mois plus tard. Du coup, avec mon passé, j'ai été mise à l'épreuve, Ronald et moi avons failli vous faucher... »

Emma eut un grognement en repensant à cet épisode de sa vie. Elles avaient frôlé la mort sans aucune raison !

« … et j'ai été mise à pied un mois avec confiscation provisoire de ma Faux. Et c'est long, sans voir personne. Quand je suis revenue, ça a été pour me faire à peine mieux traiter que tout à l'heure par tout le monde... A part par Ronald qui, de toute façon, a eu aussi pas mal d'ennuis avec cette histoire de Death note mal lu. Il n'a d'ailleurs pas fini toutes les heures supplémentaires que William lui a mises...

-Ah ouais, quand même ! s'exclama Clémence. Et ça date de fin décembre...

-Oui. Du coup, j'ai envie de partir, de tout recommencer à zéro, là où personne ne me connaîtra et où je serais vraiment vu comme une femme... Mais mes demandes ont été systématiquement refusées parce que je suis Traqueuse.

-Traqueuse ? demanda avec curiosité Emma. C'est quoi ça ? Tu n'es pas une Faucheuse ?

-Si également, mais les Traqueurs sont chargés de débusquer, arrêter ou tuer les déserteurs. Il existe ceux qui s'occupent des Démons les plus dangereux, ceux qui n'ont pas de pacte et dévorent n'importe quelles âmes.

-Et vous êtes donc l'équipe de Traqueurs chargés d'éliminer Undertaker...

-C'est ça. On ne nous a pas laissé le choix. Ronald et moi parce qu'on a été les premiers à l'affronter, William parce qu'il était notre supérieur direct. Quant à Slingby et Alan, les patrons ont jugé qu'on se connaissait depuis longtemps et qu'on pourrait facilement se battre à leurs côtés. Ils ont jamais pris en compte le fait que Slingby et moi ne pouvons pas nous voir ni être dans la même pièce sans nous entre-tuer, ni que les épines de la Mort ne sont guère appropriées pour un travail de Traqueur. Du coup, ça donne les résultats navrants de tout à l'heure... »

Il y eut un long silence. Se confier un peu semblait avoir fait du bien à Grell. Elle chuchota tout à coup, plus pour elle que pour Emma et Clémence :

« Et maintenant, je vais devoir cohabiter vingt-quatre heures sur vingt-quatre avec un homme que je déteste et un autre que j'aime mais qui me traite comme une moins que rien.

-En parlant de William, intervint Emma, je pense vraiment qu'il n'a pas compris qu'il t'humiliait complètement.

-Laisse tomber. Au... Au moins je suis fixée... souffla Grell en se remettant à pleurer. Si je me faisais encore des illusions, il a fini de les balayer...

-Hey ! Allez Grell... Calme-toi, un homme aussi insensible n'en vaut pas la peine, tenta la brune avec compassion.

-Est-ce que tu as dé... déjà été traitée comme ça p... par celui que tu aimes ?

-J'ai jamais été amoureuse, nota Emma.

-Qu... Quelle chance... »

On toqua à ce moment à la porte de Clémence. Après qu'elle ait dit d'entrer, William se glissa dans la chambre et regarda de son habituel air stoïque les deux Humaines.

« J'aimerais parler seul à seul avec Sutcliff, s'il vous plait.

-J'ai pas forcément envie de te parler, agressa Grell.

-Il va bien falloir pourtant. Je vous prie de sortir, mesdemoiselles.

-Ça va aller, Grell ? s'inquiéta Clémence.

-Au pire, j'ai toujours ma Death Scythe. » cracha-t-elle en regardant son supérieur.

Celui-ci ne se sentit pas rassuré. Il savait très bien de quoi Grell était capable. Il allait donc devoir y aller avec des pincettes.