Et voilà comme promis un autre chapitre !
En espérant qu'il vous plaise.
Bonne lecture !
CHAPITRE XII : LE PACTE
« Silent love 3, annonça Emma.
-Euh... Pourquoi tu me regardes comme ça ? s'inquiéta Richard.
-C'est du yaoi.
-Du quoi ? »
Il y eut quelques éclats de rire parmi les fans de manga et un Je vous jure ! agacé de William. La rousse s'empressa de lui expliquer :
« Ah ! Mon petit Richard... C'est un manga pour fille mettant en scène deux beaux mâles...
-Et ils font quoi ? demanda naïvement l'Humain.
-Hu hu hu ! gloussa-t-elle. Ce que font Éric et Alan dans l'intimité... »
En l'entendant, Alan plongea le nez dans son menu, rouge de honte, tandis qu'Éric tournait violemment la tête vers elle, gêné de se rendre compte qu'il n'aurait aucun soutient du côté des filles :
« Non mais de quoi je me mêle ?!
-Faut dire ce qui est...
-Ah ? Pourtant, railla le Shinigami à la scie, pour autant que je sache, tu es concerné aussi, vu que tu es...
-Ça suffit vous deux, coupa sèchement William avant que ça ne dégénère plus.
-Encore à l'embêter pour son cosplay d'hier, hein ? » tenta Clémence qui avait pris la main de Grell pour la calmer.
Il fallait bien trouver une explication logique pour celles qui n'étaient pas au courant de l'existence des dieux de la Mort, d'autant que le regard de la rousse tournait à l'orage. Mais Éric sembla abandonner la partie sur l'ordre de leur supérieur, peu disposé à se battre avec Grell et à gâcher la journée pour quelqu'un qui n'en valait pas la peine. Celle-ci lança alors vivement sur un ton acerbe à William :
« Je t'ai rien demandé, à toi.
-En... En tout cas, fit Richard avant que la situation s'envenime un peu plus, c'est hors de question que j'achète ça. J'achèterais ce que tu veux, mais pas ça !
-Ah non ! C'est Silent love 3 que je veux et rien d'autre ! rit Emma pour détendre l'atmosphère. Mais ne t'inquiète pas, tu ne seras pas le seul à acheter un truc qui ne te va pas.
-Ah bon ?
-Oui, Lena me prendra du hentai, expliqua Emma avec un large sourire.
-QUOI ?! hurla à moitié cette dernière. Pas question que j'achète ça !
-Si si ! Ce que tu veux, mais du hentai !
-Non.
-Si.
-NON !
-Oh si !
-C'est quoi du hentai ? interrogea Grell pour essayer de se calmer.
-Ça te plaira, tu verras, appâta Emma.
-Alors je veillerais personnellement à ce qu'elle en achète. »
L'Humaine blonde pâlit. Elle craignait vraiment la rousse qui, après tout, avait assassiné sauvagement on ne sait combien de femmes, et se sentait prise au piège. Elle allait subir la pire humiliation de sa vie.
Bientôt, ils passèrent leur commande et mangèrent, parlant de tout et de rien. Lorsque arriva le dessert, un serveur vint les trouver avec un grand fraisier avec des bougies représentant le nombre vingt-quatre. La table se mit à chanter Joyeux anniversaire sous le regard ébahi de la brune. Elle souffla les bougies et tout le monde lui tendit les cadeaux, cachés jusqu'à présent. Éric et Ronald étaient allés chercher ceux des Shinigami.
Emma reçut tout pêle-mêle, sans trop savoir ce qui venait de qui. Le premier qu'elle ouvrit était une boîte un peu longue, emballée dans un joli papier bordeaux, retenu d'un nœud de velours noir. Soulevant le couvercle, elle pâlit puis s'emporta, jetant un regard noir à la meilleure amie de Lena qui lui avait un jour offert des dés érotiques pour ses vingt ans :
« LOU ! C'EST QUOI ÇA ?!
-Hein ? Mais c'est pas moi qui t'ai offert ça ! Je ne sais pas ce que c'est ! se défendit la concernée.
-Mais... Qui me... ? »
Voyant Ronald et Éric pliés en deux de rire, elle comprit aussitôt de qui ça venait :
« Raah ! Les hommes sont tous des pervers !
-Que t'ont-ils pris ? » s'inquiéta William qui voyait déjà son argent dilapidé dans quelque chose qu'il n'approuverait certainement pas.
Non qu'il fasse attention à l'argent, il avait largement les moyens pour se payer certainement plus que ça. En revanche, connaissant le caractère de coureur de jupon de ses deux subordonnés, même si Éric avait bien changé depuis qu'il était avec Alan, il refusait tout net de rentrer dans leurs délires.
« Euh... Non, personne ne veut voir cette chose.
-Si si ! » s'écria Lisa, à côté d'elle, en lui volant le paquet.
Elle sortit l'ensemble marron et blanc de bibliothécaire sexy en porte jarretelle qu'ils avaient malgré tout décidé d'acheter. Le chef de secteur crut faire une crise cardiaque en se rendant compte qu'il avait participé à une horreur pareille. C'était bien ce qu'il craignait : il ne cautionnait pas du tout ce genre de cadeau ! Il pouvait tout à fait comprendre qu'une jeune femme innocente comme elle puisse être traumatisée.
« Wahou ! Ils font le même en rouge, dites ? s'intéressa Grell.
-Eh eh ! Ils ont de bonnes idées, ricana Lisa.
-Mlle Curiel, j'espérais que vous le empêcheriez de faire ce genre de chose, nota William froidement.
-Ah ! Mais ais donc un peu d'humour ! grinça la rousse.
-Et même si elle avait voulu nous en empêcher, on l'aurait pris quand même, rit Éric. Rassurez-vous, patron, on l'a payé nous-même, on a pas utilisé la cagnotte.
-Puis c'était plutôt marrant, je trouve, sourit Clémence. Pour les dix-huit ans d'une amie, on avait pris l'uniforme d'infirmière.
-Très bonne idée... » souffla Ronald avec un léger sourire qui en disait long.
La jeune humaine rougit et détourna le regard pour la énième fois.
« Et le vrai cadeau ? demanda William.
-C'est celui-là ! »
Éric tendit à Emma deux petits présents. Elle ouvrit le premier et découvrit un superbe collier en filigrane. Le deuxième, payé par Richard pour Alexander et lui, était la paire de boucles d'oreille assortie. Elle aurait ainsi une magnifique parure. Après les avoir bien remerciés, elle passa aux cadeaux suivants.
.oOo.
Quand ils eurent fini, il fut décidé d'aller faire les magasins de Plan de Campagne. Grell et Emma insistèrent pour commencer par les mangas, en particulier Lena et le hentai. La rousse voulait absolument savoir ce que c'était.
Bientôt, ils se retrouvèrent dans une très grande librairie qui possédait une section complète de mangas. Restant à une distance raisonnable, ils laissèrent la blonde se rendre seule dans le rayon qui ''l'intéressait''. De quoi l'observer parfaitement sans être pour autant impliqués.
Rouge de honte, Lena grommela en voyant qu'un vendeur était en train de placer des livres où elle était. Sans un mot, elle prit le premier qui lui tomba sous la main et s'apprêta à repartir quand une voix lourde de sous-entendus souffla non loin d'elle :
« Excellent choix mademoiselle... »
Elle lui lança un regard meurtrier, digne de Grell face à une prostituée ayant avorté. L'homme déglutit difficilement et comprit qu'il ne valait mieux pas en rajouter et retourna à son rangement.
Elle rejoignit ensuite le petit groupe et tendit le manga à Emma.
« Ah mais non, tu vas payer, maintenant, répondit cette dernière en faisant rire Clémence.
-Tu me le paieras. Je te jure que tu me le paieras ! grinça-t-elle.
-Attends ! Je veux d'abord voir ce que c'est... »
Grell prit des mains de Lena l'ouvrage pris au hasard et le feuilleta avidement avant de le lui rendre, dégoûtée.
« Mais c'est nul ! Y a quasiment que des filles aux gros seins ! Ça n'a aucun intérêt ! Je préfère le yaoi. Bon, je vais chercher Silent love 2. Ça, au moins, c'est DEATH ! Hu hu hu ! »
Elle partit aussitôt pour le rayon yaoi, pendant qu'Alan demandait à Emma :
« Tu... Tu aimes vraiment ce genre de manga ?
-De quoi ? Le hentai ? rit la brune. Absolument pas, j'en ai jamais lu, ça ne m'intéresse pas du tout. C'est juste que je trouvais drôle que Lena se prenne la honte du siècle en allant en acheter, tout comme Richard et le yaoi. »
Pendant ce temps, le jeune Humain blond se sentait comme un poisson hors de l'eau, perdu au milieu du rayon en question. Il n'y avait absolument que des filles, dont Grell qui lisait avec attention le moindre résumé qui lui tombait sous les yeux. Il chercha un instant mais ne trouva absolument pas ce qu'il voulait. Il se résigna donc à demander de l'aide à une vendeuse qui passait par là.
« E... Excusez-moi...
-Oui monsieur ?
-Je... Jecherchesilentlovetroismaisjeneletrouvepas... marmonna-t-il sans qu'on puisse comprendre quoi que se soit.
-Pa... Pardon ?
-Je cherche Silent love 3 mais je ne le trouve pas, répéta-t-il entre ses dents.
-Oh ! Attendez, je vais vous le trouver. »
Elle était surprise par la demande, mais ne fit aucun commentaire. Les clients lisaient ce qu'ils voulaient après tout ! Elle lui montra l'étagère où la collection se trouvait avec un grand sourire. Richard n'était certainement pas quelqu'un de violent, il était même pacifique. Mais pour la première fois, il eut quelques envies de meurtres. D'abord d'Emma et de ses idées foireuses, ensuite de la vendeuse pour lui faire ravaler son rictus commercial. Il était sûr et certain que Lena accepterait d'être sa complice...
Il alla aussitôt payer et rejoindre cette dernière qui attendait dehors avec, elle aussi, des idées qui allaient donner du travail supplémentaire aux Shinigami.
Bientôt, ils furent rejoint par le reste du groupe et attendirent Grell, perdue au rayon yaoi. Quand elle revint enfin, elle avait un immense sac rempli de ce genre de manga. Elle fouilla un instant dedans et tendit le tome trois tant attendu à la brune.
« Et voilààà ! chantonna-t-elle. J'en ai profité pour m'en prendre deux ou trois aussi.
-Tiens ! Pour toi aussi ! fit Lena d'un ton acide.
-Vous avez pensé à mes Dragon Ball ? demanda Krystal.
-Et aussi à mes Host club ! sourit Lou.
-Oui, ne vous inquiétez pas. » rit Aude.
Il fut bientôt l'heure pour Lena, Lou, Krystal, Aude et Lisa de partir. Elles devaient en effet retourner sur Marseille pour prendre le train et repartir chez elles. Ils se dirent tous au-revoir à l'arrêt de bus et elles montèrent dans le car. Emma et Clémence continuèrent à leur adresser de grands signes de la main tandis que le véhicule s'éloignait.
« Bien, nous avons encore fort à faire alors ne traînons pas, annonça William.
-On a quoi à faire, Mr Spears ? s'étonna Alan.
-Nos uniformes ont été livrés, mais les Phantomhive n'ont pas le moindre habit. Ils vont devoir s'en acheter. Ou du moins, je les leur paierais.
-Ne vous inquiétez pas, j'ai assez d'argent pour acheter ça ! sourit Richard.
-Je vous jure... Je n'en doute pas, mais que ferez-vous si ce déchet de Michaelis surveille vos mouvements bancaires ? Dès que nous le pourrons, nous ferons transférer tous vos comptes à la banque Shinigami pour plus de sûreté.
-Les Shinigami ont une banque ?! s'écria Clémence.
-Bien sûr ! répondit Ronald. Ça nous facilite la vie ! Tu imagines si notre argent était chez les Humains ?! Non seulement nous serions soumis à vos crises et nous pourrions perdre des siècles d'économie, mais en plus ça nous évite des tractations impossibles pour que vous ne vous rendiez pas compte de notre immortalité.
-Vu comme ça...
-Par où commençons-nous ? demanda Alexander en cherchant du regard un tailleur digne de ce nom.
-Bah... On est pas très loin de Kiabi, proposa Emma.
-Qui est M. Kiabi ? interrogea l'adolescent. Un couturier français ? »
Il y eut un grand éclat de rire. Seuls William, Alexander et Richard ne riaient pas. Le plus jeune ne comprenait pas ce qu'il y avait de drôle. Son frère aîné, en revanche, se doutait bien que ''M. Kiabi'' n'était pas un couturier mais ignorait ce que c'était. Quant à William, il ne riait de toute manière pas et se posait les mêmes questions que les Phantomhive.
« N... Non... C'est... C'est un... un magasin... pleura de rire Grell qui connaissait sûrement chaque nom de commerce où on pouvait faire du shopping, en France et en Angleterre.
-Un magasin de quoi ? D'habits ?
-Non, de couches-culottes ! ricana Clémence. On y va alors ? »
Ils eurent tôt fait de se retrouver dans la grande surface, sous le regard ébahi d'Alexander qui paraissait voir ce genre de magasin pour la première fois de sa vie.
« Et... Et on est sensé faire quoi ?
-Choisir et essayer des habits, répondit Emma.
-Ça semble logique, non ? » rit Éric.
Ils allèrent au rayon homme, où l'adolescent se dirigea aussitôt vers les chemises, les costumes et les cravates. Ils furent obligé de lui expliquer que, s'il voulait passer inaperçu, ce n'était pas ce genre d'habits qu'il devait mettre. Surtout dans le collège où William, par l'intermédiaire des Shinigami du secteur des Bouches-du-Rhône, l'avait inscrit.
Ils eurent beaucoup de mal à le convaincre d'essayer des jeans, des tee-shirts ou autres sweat. Sans parler des pulls qui n'étaient pas en vigogne. Il avait déclaré qu'il acceptait à l'extrême limite de l'alpaga. Mais certainement pas ces « choses en laine synthétique qui devraient être interdit pour crime pour contre l'Humanité » selon ses dires.
Il avait fait un scandale quand Clémence lui avait proposé des baskets comme chaussures. Il n'avait pas mieux pris les Kickers montrées par Emma.
Richard, qui avait depuis longtemps compris l'importance de ne plus s'habiller comme de jeunes lords anglais milliardaires, soupira de désespoir en le voyant faire. Son frère voulait vraiment se faire tuer par un Démon.
« Tu parles toujours d'honneur et de respecter notre nom, fit-il pour le calmer, mais tu me fais honte, Alex.
-Alexander !
-On s'en fiche à la fin ! répliqua le comte. Comporte-toi autrement ou on se fera tuer avec tes bêtises ! J'ai pas envie de voir Sebastian dévorer mon âme parce que môssieur Alexander Phantomhive n'aura pas été capable de s'habiller comme n'importe quel jeune de son âge ! L'intégration, tu connais ? Tu te réfères sans cesse à Ciel, mais lui, au moins, il savait se faire passer pour ce qu'il n'était pas ! Comme au cirque par exemple ! J'aurais bien aimé te voir à sa place.
-Mais... Vous êtes vraiment des Phantomhive alors ? s'étonna Clémence. Je croyais que...
-Oui, nous sommes les descendants de Ciel et Elizabeth, soupira Richard. Je suis l'actuel comte.
-C'est marrant que vous ayez fait les cosplays de vos ancêtres ! sourit Emma.
-Ce n'était pas notre idée, grinça le cadet. Si j'avais eu le choix, je ne me serais pas plié à une mascarade aussi grotesque.
-Et qui a eu l'idée alors ? s'intéressa soudainement William.
-Oh ! Notre majordome, répondit l'aîné. Il nous a proposé cela avant que nous ne partions d'Angleterre et que nous nous séparions. Dans un lieu où beaucoup de personnes sont cosplayées, on ne se serait pas fait repérer, normalement, et on aurait pu disparaître définitivement.
-Oui, et ça a d'ailleurs tellement bien marché que nous avons failli mourir. »
Richard jeta un regard meurtrier à son frère, tant pour l'erreur qu'il avait faite en parlant de l'idée du cosplay, que pour sa dernière remarque. Ce n'était certainement un serviteur qui le leur avait conseillé, mais bien Undertaker. Le comte avait très bien compris que William les soupçonnait d'entretenir des liens avec lui, c'était après tout très logique. Et il savait très bien que William savait, en retour, que Richard le soupçonnait également d'avoir accepter de les protéger pour capturer le déserteur, en plus de protéger leurs âmes.
Bref, l'un comme l'autre connaissait toutes les cartes que son ''adversaire'' tenait en main. Ils ne leur restaient que des preuves à obtenir. Et dans ce jeu, Richard n'avait rien à gagner mais tout à perdre, contrairement à William. Si jamais le Shinigami le coinçait et acquérait ce qu'il voulait, l'Humain perdrait toute protection : celle officieuse d'Undertaker qui se ferait arrêter, et celle officielle des dieux de la Mort réguliers qui l'accuserait d'aider un dissident.
Cela, ni Alexander ni le reste de l'équipe ne l'avait compris. Le comte se dit qu'il devrait avoir une sérieuse discussion avec son cadet pour qu'il évite la moindre allusion à leur protecteur où ils risquaient de se retrouver seuls face à un Démon. Ah ! Si seulement ils pouvaient avoir un allié au sein des Traqueurs ! Tout aurait était beaucoup plus simple. Mais c'était aussi inimaginable que Grell Sutcliff détestant le yaoi, Undertaker allergique aux cookies, Ronald Knox marié avec trois enfants, Éric Slingby et Alan Humphries se séparant ou William T. Spears éclatant de rire. Sentant le stress monter en lui à l'idée de se retrouver complètement seul face à la fureur d'un Démon, il se répéta les lois de la relativité générale pour se calmer.
La voix de son frère le tira de ses pensées alors qu'il atteignait la dernière. Sortant de la cabine où il était, Alexander interpella la vendeuse qui gardait l'entrée du salon d'essayage.
« Veuillez m'excuser, mademoiselle, mais pourriez-vous faire venir votre tailleur ? Ces habits me conviennent pour la forme et plus ou moins pour la taille, j'aimerais les faire faire.
-Pa... Pardon ? s'étonna la jeune femme.
-Tch... souffla le blond, particulièrement exaspéré par l'apparente stupidité de son interlocutrice. Faites venir votre tailleur, ou votre couturière, qu'importe, pour que je choisisse avec lui ou elle la matière et la couleur de ces habits. »
Richard secoua la tête de droite à gauche, se tenant l'arrête nasale, désespéré de l'imbécillité de son propre frère qui donnait la preuve de n'être jamais sorti de son manoir. Les Shinigami et les Humaines les accompagnant se jetèrent des coups d'œil mi-amusés, mi-désabusés. La vendeuse semblait croire à une blague ou à une caméra cachée.
« Ça ne marche pas comme ça, ici ! rit Éric. Ici, tu essayes, et si ça te va, tu achètes directement.
-Quelle abomination ! D'autres ont donc essayé ce-ci avant moi ?! Je refuse de porter de telles affaires !
-Bien sûr que d'autres ont essayé ! soupira Emma. C'est pour ça qu'on les lave avant de les porter.
-Encore heureux... Mais je n'achèterais pas ces immondices, il faudrait les retailler un peu.
-Ça te va parfaitement pourtant, nota Clémence.
-Non, ils ne sont pas faits sur mesure, ils ne peuvent donc pas m'aller parfaitement. »
.oOo.
Après plusieurs heures de shopping et de découvertes surprenantes (Alexander n'avait jamais ouvert de canette de sa vie et Ronald avait dû lui expliquer comment faire entre les éclats de rire de Richard, Éric, Grell, Clémence et Emma), William décida qu'ils devaient rentrer à Aix-en-Provence.
Richard, Alexander, William et Alan montèrent dans la voiture d'Éric. Grell et Emma montèrent ensemble, Ronald récupérant à nouveau Clémence. Tandis que celui-ci mettait le contact, il tourna un regard malicieux vers la jeune femme.
« Dis-moi...
-Oui ?
-Tu as eu quoi, toi, pour ton anniversaire ?
-Hein ?
-Tu as offert avec d'autres un uniforme d'infirmière à une amie, là tu nous laisses acheter celui de bibliothécaire à Emma... Alors je me demandais lequel tu avais.
-Aucun ! protesta-t-elle. Pour mes dix-huit ans, j'ai eu un bracelet de perles et des boucles d'oreille en topaze.
-Faudra remédier à ça, alors... »
Il rit en voyant son regard à la fois assassin et ses joues rouges, sans qu'il sache vraiment si c'était de honte ou à cause des sentiments qu'elle avait pour lui. A moins que ce ne soit un mélange des deux.
Il enclencha la marche arrière, sortit de sa place de parking, et suivit Emma, lui-même suivi par Éric.
.oOo.
Après environ vingt minutes de trajet, ils arrivèrent à Aix-en-Provence et se garaient au Domaine des Milles.
Une fois dans le petit appartement, William leur laissa à peine le temps de poser les sacs qu'il leur disait déjà de se réunir tous dans le salon. Par tous, il entendait absolument tout le monde, dieux de la Mort et Humains. Quand tous furent installés dans une sorte de cercle présidé par le chef de secteur, celui-ci prit la parole :
« Ne tournons pas autour du pot. Comte, je voudrais savoir pourquoi nous devons vous protéger. Tant que les amies de nos hôtes étaient là, nous ne pouvions pas en parler, mais je tiens à le savoir.
-Nous allons peut-être vous laisser alors... proposa Clémence en se doutant que la conversation qui allait suivre serait secrète.
-Vraiment... Non, Emma et vous, vous pouvez rester, autorisa-t-il stoïquement. Vous êtes assez impliquées pour connaître la vérité, je suppose. Vous aussi vous risquez vos vies en nous acceptant chez vous et pour autant que je sache, les Humains aiment savoir pourquoi ils risquent d'être fauchés. »
Les deux colocataires se regardèrent : ça refroidissait n'importe qui, dit ainsi avec un ton à geler un iceberg. Elles avaient presque l'impression qu'elles allaient mourir foudroyées dans l'instant, simplement pour avoir accueillit les Shinigami et les Phantomhive chez elles. En tout cas, nota mentalement la brune, William améliorait son intégration chez les Humains. Il avait compris que ces derniers n'appréciaient pas de se faire tuer pour rien. Il lui restait juste à apprendre qu'ils n'appréciaient pas de se faire tuer, tout simplement, et ce serait parfait.
Richard et Alexander se regardèrent. Ils n'avaient pas vraiment le choix. De toute manière, l'aîné se doutait que ce moment arriverait à un moment où un autre. Leur protection donnait du travail en plus aux Shinigami, en plus de leur travail de Faucheur et de Traqueur. Et n'importe qui savait qu'ils détestaient les heures supplémentaires. Si les Humains n'aiment pas mourir sans savoir pourquoi, les dieux de la Mort n'aimaient pas faire des heures supplémentaires sans savoir pourquoi.
C'était tellement logique, ironisa le bouclé.
Il prit une inspiration et fit comprendre d'un regard à son frère que celui-ci ne devait pas intervenir. Il prenait tout en charge. Il commença alors son histoire, omettant volontairement certains points. Personne ne l'interrompit, jusqu'à la fin.
« Pour que vous compreniez toute l'histoire, il vous faut tout d'abord quelques données générales sur nous. Comme vous le savez déjà, nous sommes Richard et Alexander Phantomhive, descendants en droite ligne de Ciel et Elizabeth Phantomhive. Cela est certainement le plus important pour la suite. Il est resté dans la famille une certaine attirance pour l'escrime et une importante tradition liée à cela. Si je n'ai pas vraiment de talent pour cela, d'autant que je ne peux guère faire d'efforts à cause de mon asthme, Alex est très doué dans ce domaine.
« Quant à moi, j'ai eu la chance d'être surdoué. Croyez-moi, tout cela nous a sauvé à de nombreuses reprises face à Sebastian et Amber. Elle, c'est notre sœur aînée. Ou plus exactement, notre demi-sœur : sa mère, Rosemary Cole, est la première épouse de notre père, Amber porte donc le nom de Phantomhive. Ils ont divorcé quand elle avait quoi ? Deux ans ? Oui, c'est ça, deux ans. Le mariage entre notre père et Rosemary avait été plus ou moins arrangé en fait. Ils n'ont pas été fiancés, mais les familles ont fait en sorte de les rapprocher. Seulement, quand père a rencontré mère, il a divorcé et ils se sont mariés dès qu'ils ont pu. Mère était suissesse, d'où le fait que nous parlons couramment français.
« En tout cas, si vous connaissez les Cole, vous devez connaître leur caractère jaloux et arriviste, ainsi que leur capacité à se servir des autres ou leur caractère rusé... Je suppose que si Emma et Clémence suivent les scans de Black Butler, elles ont déjà vu Maurice Cole qui a eu quelques... démêlés avec notre ancêtre. Rosemary lui ressemblait pour ça et Amber a hérité autant des Cole que des Phantomhive. Un mélange assez... surprenant, je dirais. D'autant que chez eux, il y a eu beaucoup de mariage entre cousins, en tout cas, beaucoup plus que dans notre famille, ce qui n'arrange certainement pas le cas de notre sœur.
« Bref, toujours est-il que Rosemary et père ont eu une garde alternée d'Amber. Sa mère n'a jamais accepté de s'être fait répudiée pour une roturière, même si c'était la fille unique du PDG et principal actionnaire d'une banque suisse. Ainsi, depuis sa plus tendre enfance, elle a monté la tête de notre demi-sœur contre père et mère, et contre nous par extension. Quand notre grand-père maternel est mort, mère a hérité de sa fortune, de ses actions et de sa place de PDG. Amber a manigancé tant qu'elle pouvait avec Rosemary pour acheter le plus d'actions possible de la banque et tenter de prendre le contrôle pour ensuite nous mettre sur la paille. Quand père a vu ça, il a essayé de discuter avec Amber pour la raisonner, d'autant que sa tentative était vouée à l'échec, mère possédant soixante deux pour cent des parts, mais c'était inutile. Comme elle continuait, il l'a déshéritée. Il y a eu une grosse dispute, elle a dit qu'elle s'en moquait pas mal, elle avait la fortune des Cole et dix pour cent de la banque, Rosemary quinze. Il y a eu un an de problème avec elles, jusqu'à ce que notre sœur rencontre Lester McMillan, peu de temps avant ses vingt ans. Ils étaient très amoureux, je crois. En tout cas, Lester était quelqu'un de très calme et posé, toujours souriant et heureux. Il a réussi à lui faire entendre raison et à lui faire accepter l'idée de parler avec père pour mettre les choses au clair.
« Il est venu un jour pour parler avec père et arranger un futur rendez-vous avec Amber. Seulement, il y a eu une explosion au manoir. Lester a été tué, ainsi que père. En vérité, il s'agit d'une affaire mafieuse : même si nous n'avons plus le titre de chien de garde de la reine depuis notre arrière-grand-père, le fils de Ciel, les comtes de Phantomhive ont toujours une certaine accointance avec le monde de l'ombre et notre nom y est encore craint, à tord ou à raison. Notre arrière-grand-père et notre grand-père, par exemple, étaient connus pour être des parrains de la pègre londonienne en se servant des anciens réseaux des nobles du mal. Nous avons toujours plus ou moins soupçonné notre père de faire de même, mais nous n'en avons jamais rien su. Même mère n'en a jamais eu la confirmation.
« Toujours est-il que Lester est mort à cause de ça. Amber... Amber était persuadée que c'était notre faute. Par notre faute, j'entends la Maison Phantomhive. Rosemary est morte peu de temps après, de maladie. Ça a achevée notre sœur. Elle s'est mise en tête de venger son fiancé en éradiquant notre famille. D'après elle, ça stoppera la malédiction ou je ne sais trop quoi des chiens de garde de la reine.
« Elle n'oublie cependant pas qu'elle-même, même si elle est à moitié une Cole, elle reste une Phantomhive. Elle a donc trouvé exactement ce qu'il lui faut : un pacte avec un Démon. Quand nous serons morts, qu'elle aura récupéré l'entièreté de la fortune, Sebastian dévorera son âme. A vrai dire, ce n'est pas un hasard si elle a fait un pacte avec lui et non un autre diable. Notre ancêtre, Ciel, tenait des carnets secrets afin de laisser une trace de ses enquêtes, surtout celle concernant le meurtre de ses parents. De nos jours, ils ne le sont plus et c'est d'ailleurs à partir d'eux qu'a été écrit et dessiné Black Butler, avec l'autorisation de notre famille. Jusqu'à présent, nous pensions que cette histoire de majordome démoniaque était fausse, inventée par Ciel pour se donner plus d'importance et pour effrayer ses ennemis s'ils tombaient sur le journal.
« Mais Amber les a lus et y a cru. Elle a reproduit la cérémonie satanique qui y est rapporté et qui a fait apparaître Sebastian Michaelis. Je ne préfère pas m'attarder dessus : le prix du passage, les horreurs qui y sont pratiquées... Quiconque a posé les yeux sur ce journal comprend ce que Ciel a vécu et pourquoi il a voulu se venger. J'ai d'ailleurs personnellement brûlé toute cette partie pour éviter que cela se reproduise : je laisse à la mangaka son talent et son imagination pour retranscrire cette partie.
« Quoi qu'il en soit, Amber a donc reproduit la cérémonie qui fait apparaître Michaelis. Elle a passé exactement le même pacte que Ciel : la protection jusqu'à la mort, la vérité quoi qu'il arrive et que son Démon soit son bras armé. Elle a d'ailleurs le sceau dans le même œil que notre ancêtre. Ayant l'habitude, avec le journal, de le voir être nommé Sebastian Michaelis, elle lui a redonné ce nom.
« Une fois avec son nouveau majordome, elle nous a traqué, mère, Alex et moi. Sebastian a... a réussi à tuer et à dévorer l'âme de notre mère... Le... Le Shinigami qui devait la faucher a été tué dans le combat. Depuis, Alex et moi sommes en fuite constante, même si je viens tout juste d'accéder à la majorité. »
Un long silence suivit. Richard se mordit les lèvres et ferma les yeux. Tout expliquer avait été très dur et éprouvant. Particulièrement ce qui concernait l'assassinat de sa mère. C'était encore trop présent dans son esprit.
Prochain chapitre : "La cohabitation commence".
Une gamelle, trois nouveaux "personnages" et un mauvais coup en préparation...
