Eh eh ! Voilà un nouveau chapitre où les Shinigami et les Humains vont commencer à vivre ensemble.
Il ne se passe pas grand chose, c'est plutôt un chapitre de transition.

La phrase en Anglais signifie "Tu ne me juges pas, toi..."

Bonne lecture !


CHAPITRE XIII : LA COHABITATION COMMENCE

Le soir, ils firent tout pour oublier quelque temps la mission et la présence Sebastian et Amber qui rôdaient à l'extérieur, prêts à les tuer. Ils discutèrent de tout et de rien, riant tous ensemble. Seuls Grell, William et Alexander ne participèrent pas à l'allégresse générale. Le chef d'équipe était trop occupé à remplir des papiers pour que leur transfert depuis la Savoie aux Bouches-du-Rhône soit effectif d'ici deux jours au maximum et s'était donc installé dans la chambre d'Emma afin de profiter de son large bureau. Le plus jeune Phantomhive était bien trop au-dessus de tout cela pour rire avec de simples roturiers, ou pour rire, tout simplement. Comme le disait si bien Richard, Alexander avait le sourire naturel, franc, sincère et joyeux de Ciel.

Quant à la rousse, même si elle tentait de faire bonne figure et de rire avec les autres, tous avaient parfaitement vu qu'elle était encore secouée par tout ce que William lui avait dit la veille et qu'elle ne faisait que ressasser son combat contre Undertaker. Elle ne releva même pas quand Éric parla d'elle au masculin par habitude, malgré ce que lui avait dit William. Ils la laissèrent donc tranquille, sachant qu'elle avait besoin de digérer tout ça et de faire le deuil d'un amour qui durait depuis plusieurs siècles.

Bientôt, ce fut l'heure de manger. N'ayant pas fait les courses pour tant de personnes, ils commandèrent cette fois des pizzas, se disant qu'ils devraient aller au supermarché du coin, ainsi qu'à la laverie du Domaine des Milles. Ils se feraient rapidement débordés sinon et la petite machine à laver de l'appartement ne tiendrait jamais.

Alexander grimaça en voyant le livreur : il n'aimait que les pizzas faites par le chef cuisinier de Phantomhive. Personne ne fit attention à lui, se disant qu'ils en auraient plus pour eux et que c'était son problème s'il se laissait mourir de faim.

William les rejoignit et ils mangèrent dans une ambiance joyeuse. Bientôt, il y eut un concours de rots jugé des plus puérils par le brun et le frère du comte. Ce dernier y participa d'ailleurs, au grand dam de son cadet, mais abandonna vite face à l'expérience d'Éric et d'Emma. Ce fut cependant le Shinigami qui l'emporta, sous le regard mi-désabusé mi-rieur d'Alan.

Ils débarrassèrent la table tous ensemble, après que Richard ait vertement réprimé son frère qui était contre l'idée de s'abaisser à effectuer une telle tâche. Finalement, Alexander fut obligé de participer aussi.

Une fois que tout fut fini, William retourna à ses dossiers de transfert. Clémence ramena les derniers verres et retourna dans le salon où tous étaient réunis. Elle contempla un instant Ronald qui discutait avec Éric, maudissant malgré tout son cœur qui s'accélérait et ses joues qui s'empourprait légèrement, comme chaque fois qu'il était à moins de vingt mètres d'elle. Elle repensa à la première fois où elle l'avait vu. Elle avait vraiment eu le coup de foudre, sensation très étrange. Elle paniquait complètement, pensait être assassiné par Grell et d'un coup... Voilà qu'elle était folle amoureuse d'un parfait inconnu et que le monde autour d'elle n'existait plus hormis cet homme.

Elle ne l'avait plus vu depuis le Jour de l'An mais n'avait cessé de penser à lui, même si elle n'en avait plus parlé avec ses amies. Et maintenant, voilà qu'elle allait passer quelques temps en colocation avec lui, après l'avoir retrouvé par le plus grand des hasards. La vie était parfois étrange.

Ronald sentit son regard sur lui et tourna le sien vers elle avec un léger sourire. Il aimait tant être le centre de l'attention, particulièrement de la gente féminine, qu'il ne pouvait qu'apprécier de la voir faire. Il avait toujours aimé le jeux de la séduction et attirer les femmes dans ses filets, les avoir toutes à ses pieds. Certes, les mettre ensuite dans son lit était une finalité en sois, mais il préférait encore plus les voir craquer pour lui. Il savait parfaitement qu'aucune ne résistait à son charme naturel qu'il alliait à la bonne éducation de la petite noblesse écossaise et à une certaine désinvolture. Il n'hésitait jamais à sortir le grand jeu pour parvenir à ses fins et se pensait ainsi beaucoup plus classe que la plupart de ces hommes qui pensaient attirer le beau sexe en l'abordant avec une horrible vulgarité. Il plaignait même les femmes de devoir subir leur stupidité chronique.

Car oui, s'il n'en avait jamais aimé une seule, c'était qu'il les aimait toutes, raison pour laquelle il en avait toujours une différente à son bras. De plus, il détestait être seul et préférait de loin voir ses conquêtes (ou futures conquêtes) se pomponner rien que pour ses yeux. Mais ce qu'il aimait par dessus tout, c'était être l'objet de leurs désirs.

En cela, il adorait capter les regards de Clémence ou la voir rougir de sa simple présence. Qu'une femme, Humaine ou Shinigami, puisse l'observer ainsi sans cesse ne pouvait que le flatter. Celle-ci était plutôt mignonne, mais il savourait surtout son amour pour lui. Même si, au niveau physique, elle avait pour elle une poitrine des plus acceptables.

Clémence vit que l'Écossais la fixait du coin de l'œil et se perdit dans son regard qui lui paraissait semblable à une forêt d'été traversée par les rayons du Soleil. Elle eut un sourire qu'elle aurait sûrement jugé stupide sur une autre avant de se diriger vers la chaise la plus proche, sans vraiment regarder où elle allait. Toujours perdue dans sa contemplation, elle voulut s'asseoir sur sa chaise de bureau, amenée pour en avoir une de plus. Elle redescendit aussitôt sur terre.

Au propre comme au figuré.

Elle heurta violemment le sol. L'arrière de sa tête tapa contre le pied de la table. Elle cria de douleur. La chaise avait disparu. Sa colocataire, Grell et Éric éclatèrent de rire. Même Alexander se mit à ricaner.

Elle avait tenté de s'installer sur le siège à roulette. Cependant, s'étant trop mise sur le bord parce que Ronald avait capté ses yeux, il était parti en arrière. Et elle était tombée.

« Ça... Ça va ? demanda Alan.

-Euh... Je... Ou... Oui... »

Richard et lui, rassurés, ne purent se retenir plus longtemps et rejoignirent l'hilarité générale. Seul Ronald ne rigolait pas et se contentait de lui lançait un sourire entendu qu'elle comprit parfaitement à sa grande honte : il avait très bien vu pourquoi elle avait glissé. Aussi rouge à cause de l'humiliation que parce qu'il la regardait, elle vit s'approcher et l'aider galamment à se relever.

« Tu es sûre que ça va ? » interrogea-t-il, sans se dépêtrer de son sourire mi-amusé mi charmeur.

Elle acquiesça d'un simple signe de tête, tandis qu'elle se massait l'arrière du crâne. Emma était écroulée de rire et en pleurait. William arriva sur ce pour savoir ce qu'il se passait. Clémence avait bien trop honte pour répondre, les autres n'étaient plus en état de le faire. Ce fut Ronald qui s'en chargea donc :

« Elle a voulu s'asseoir mais le siège à roulette à glisser et elle est tombée.

-Je ne vois pas ce que ça a de drôle, elle aurait pu se faire mal, répliqua le patron en regardant ceux qui riaient.

-Fa... Fallait v... voir ! rigola Emma sans pouvoir plus parler.

-C'était magnifique... renchérit la rousse, dans le même état.

-Je vais me coucher... marmonna Clémence en prenant la première excuse qui lui venait à la tête pour échapper au regard de Ronald qui continuait à lui sourire.

-A cette heure-ci ?! s'étonna la brune.

-Ou... Oui.

-Mais attend ! Comment tu as pu te retrouver par terre ?

-Loupé la chaise. » grommela-t-elle sans donner plus d'explication.

Elle se dirigea vers sa chambre qu'elle partagerait désormais avec Alexander, à son plus grand dam. Mais alors qu'elle était dans le couloir, Ronald la rattrapa et lui susurra à l'oreille :

« Fais plus attention la prochaine fois. Je ne voudrais pas que tu te fasses mal... »

Il embrassa sa tempe avec douceur. Clémence, empourprée et le cœur battant, ne put rien répondre et s'enferma dans sa chambre.

.oOo.

Le lendemain matin, les tâches furent réparties selon une équité peu appréciées par les trois femmes.

Les hommes iraient faire les courses.

Elles, elles iraient à la laverie automatique du Domaine des Milles.

Avant le départ pour le supermarché, Clémence précisa un nombre incalculable de fois qu'ils devaient prendre des boules Quies car Alexander ronflait horriblement et elle n'avait pas dormi de la nuit. Ce dernier refusait de la croire, mais Richard plaignit sincèrement la jeune femme, confirmant ses dires.

Aussitôt qu'elles ne se retrouvèrent qu'entre filles, Grell perdit son sourire de façade qu'elle affichait depuis les réprimandes de William, inquiétant les deux Humaines.

« Ça va... les rassura-t-elle. C'est juste que... que j'ai pas envie de paraître triste devant Slingby. Je veux garder le peu de fierté que William m'a laissée.

-Tu devrais essayer de ne pas trop y penser, tu sais... conseilla Clémence.

-Si je te disais d'arrêter de penser à Ronnie, tu dirais quoi ?

-Ok, j'ai compris ton point de vue ! sourit l'Humaine.

-Et si on y allait tout en discutant ? » proposa Emma en prenant la panière pleine de linge.

Les deux autres prirent les sacs plastiques contenant le reste des affaires. C'était fou tout ce qu'il y avait à laver en seulement trois jours quand on était neuf ! Elles descendirent finalement en silence en bas de l'immeuble et se dirigèrent vers celui qui abritait la boutique.

« Vous auriez fait quoi, vous, à ma place ? demanda tout à coup Grell qui sentait le besoin de parler.

-A ta place ? fit Emma sans savoir de quoi elle parlait.

-Oui a... avec Undertaker. »

Les deux Humaines se regardèrent. La rousse se torturait vraiment l'esprit avec cette affaire.

« Franchement, commença Emma, j'aurais de toute façon fait comme toi : je ne l'aurais pas tué ! C'est mon personnage préféré, dans Black Butler et j'aimerais le connaître en vrai, maintenant que je vous ai rencontré. Il est fascinant, non ? »

Elle ne précisa bien sûr pas qu'il venait après William, même si elle ne comprenait vraiment pas ce dernier. Grell eut un léger sourire fugace et triste.

« Oui, je ne dirais pas le contraire : beau, charismatique, sexy...

-Et mystérieux aussi ! renchérit Clémence en poussant la porte de la blanchisserie.

-Sans parler qu'il t'a sauvé la vie, continua Emma en entrant. C'est normal que tu lui laisses la vie sauve en retour, non ? Ça, William n'y a pas pensé.

-Il ne reconnaîtra jamais qu'un déserteur a sauvé la vie d'un membre de son équipe face à un Démon, soupira Grell. Il a trop de mauvaise foi pour ça. De la même manière que l'a dit Aude quand Undertaker nous a empêché de tuer l'ancien vicomte de Druitt. Wiliam ne dira jamais qu'il nous a empêché de faire une sacrée bourde, même si c'était parce que Druitt le faisait rire.

-Faut avouer qu'il est plutôt risible... Appelez-moi César ! cita Clémence d'après les scans de Black Butler. Il était vraiment comme ça ?

-Oh oui ! soupira la rousse en remplissant le compartiment réservé à la lessive. Complètement timbré et méga... Oh shit !

-Qu'est-ce qui t'arrive ?

-J'ai oublié d'appeler la grognasse pour lui dire que je pourrais plus venir à cause du changement de secteur...

-Quelle grognasse ? se renseigna Emma en introduisant les sous dans le monnayeur.

-La psy, grommela-t-elle.

-T'es suivie par une psy ?!

-On m'a pas vraiment laissée le choix, figure-toi, grogna Grell en se laissant tomber sur un banc. C'est obligatoire pour l'opération de changement de sexe et cette grognasse a tenu à continuer à me voir après. Sois-disant que j'en avais besoin et que si je ne le faisais pas, elle me ferait renvoyer des Faucheurs et me ferait confisquer ma Faux définitivement. Me retrouver secrétaire, merci bien !

-Et ça t'a servi ? sourit la brune.

-Ah oui, beaucoup ! J'ai appris de nombreuses choses sur moi ! ironisa-t-elle. Il parait que je serais effectivement transsexuelle, que j'aimerais, pardon non, que j'aurais une obsession pour le rouge, le sang et la violence malgré... Comment elle m'a sorti ça ? Ah oui ! Un côté romantique et fleur bleue très paradoxal. Elle m'a dit aussi que je souffrais à cause d'un amour non réciproque et d'autres trucs débiles du même genre. Si elle apprend pour Undertaker, je ne sais même pas quelle sera sa réaction...

-Moi aussi j'ai eu droit au psy, rit Emma. Mon père a décidé qu'il fallait que j'en vois un à cause du divorce de mes parents.

-Et alors ?

-Elle m'a fait dessiner. »

Les trois femmes éclatèrent de rire avant que Clémence les taquine :

« En fait, je suis la seule saine d'esprit vu que j'en ai jamais v...

-Shhht ! fit tout à coup Grell. Vous avez entendu ?

-Entendu quoi ? s'étonna la plus jeune.

-Comme un couinement... Là, ça recommence !

-Oui, j'ai entendu. Un truc aigu...

-Moi aussi, confirma la brune. Ça me fait penser à des pleurs... »

Elles se levèrent et se dirigèrent vers le fond de la boutique, entre les machines à laver et les séchoirs automatiques. Ce qu'elles virent les émerveillèrent.

« OOOOH ! s'écrièrent-elles à l'unisson.

-Des chiots ! » constata Emma.

Dans un carton, trois bébés chiens pleurnichaient à l'unisson. L'un était noir, l'autre blanc et le dernier d'un caramel un peu chaud.

« Ils sont trop chous ! fondit Clémence.

-Mais ils sont minuscules, nota Grell. Ils ne doivent pas être bien vieux.

-Vous croyez qu'on les a abandonnés ?

-Sûrement, se navra la brune. Et ils appellent leur mère. Ils sont beaucoup trop jeunes pour se débrouiller tous seuls.

-C'est monstrueux ! se révolta son amie.

-Qu'est-ce qu'on en fait ? On ne peut les laisser là... soupira Emma.

-Non, c'est sûr, les pauvres...

-William ne va pas être content, sourit tristement Grell.

-C'est chez nous, non ? répondit Clémence. On fait ce qu'on veut, il n'a rien à dire.

-Oh je sais ! se défendit la rousse. Et ils sont tellement mignon ! Personne ne peut rester de marbre face à eux ! Si Mr Pas-de-Cœur aime son stupide pigeon, il les aimera aussi, non ? »

On sentait dans sa voix qu'elle voulait s'en convaincre.

« Augure n'est pas si stupide, répliqua Emma. Il est même beaucoup plus chaleureux que son maître...

-Aha ! rit Grell. William T. Spears, l'homme qui avait moins de cœur qu'un pigeon... Bon, on les ramène chez vous ?

-Faudrait aller au véto d'abord, calma Emma.

-Et que quelqu'un reste ici pour le linge. » continua Clémence.

Elles se regardèrent toutes les trois. Aucune ne souhaitait rester.

« Bon, on laisse les Dieux décider, proposa la brune. Comme le faisaient les Romains.

-Alors c'est moi qui y vais ! chantonna la rousse.

-Les Dieux comme les Romains, pas les dieux de la Mort ! protesta Clémence.

-Ouais ! Et tu n'es pas une déesse à proprement parler, tu n'es qu'une Kami, renchérit Emma.

-Je suis toujours au-dessus des Humaines... menaça-t-elle.

-C'est pas équitable ! bougonna Clémence. C'est mieux de tirer à pile ou face !

-Sans parler que tu ne sais pas où est le vétérinaire et que tu n'as pas le permis.

-Ça, c'est pas juste. C'est pas parce que j'ai pas le permis que je ne peux pas venir. Je monterais avec une qui conduira. Je ne laisserais pas ces petits tous seuls.

-On tire à pile ou face de toute manière, s'entêta l'Humaine la plus âgée.

-Tirer pour vous deux, mais moi je les accompagne. En plus, le roux est vraiment trop mignon !

-Il est plutôt caramel, remarqua Clémence avec justesse.

-J'ai décidé qu'il était roux, alors il est roux ! répliqua-t-elle avec véhémence. Et vous n'avez pas le choix : n'oubliez pas que la psy a dit que j'avais une grande propension à la violence.

-Et moi je dis que tu as dis que ta psy était pourrie ! répliqua Clémence.

-Ah, tu veux voir ça ?

-STOP ! s'écria tout à coup Emma. Franchement, on est débiles... On pourrait y aller toutes ensemble en fait.

-Et.. Et le linge ? demanda sa colocataire.

-On vient à peine de mettre la machine. Ça ne devrait pas trop durer au vétérinaire. On viendra le chercher en rentrant. »

Grell et Clémence se regardèrent. Ça semblait être une très bonne idée finalement. L'Humaine fila chercher ses clefs et ses papiers de voiture chez elle puis retrouva les deux autres sur le parking à côté de sa Chevrolet. Emma tenait le carton des chiots tandis que Grell les caresser les uns après les autres.

Elles s'installèrent dans la voiture et se rendirent au vétérinaire le plus proche.

.oOo.

De leur côté, les hommes avaient cherché durant un bon moment les boules Quies, et avaient fini par les trouver à l'endroit le plus improbable qu'il soit, juste au-dessus des préservatifs.

Alexander, offusqué de voir ces produits au vu et au su de tous, avait refusé de mettre un pied dans le rayon, d'autant qu'il répétait sans cesse que Clémence n'avait pas besoin des antibruits : il ne ronflait pas.

Ronald se pencha alors vers Éric avec un petit sourire et murmura dans un Anglais appuyé de l'accent écossais :

« Tu crois qu'elle savait où elles se trouvaient et que c'est un message déguisé ? »

Son ami haussa les sourcils et déclara dans la même langue, avec la pureté de l'accent londonien, d'un air désabusé :

« Tu sais que t'es con parfois ?

-Hein ?

-Elle est folle amoureuse de toi, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. On sait tous que vous allez finir ensemble parce qu'elle t'aime et que tu ne résistes pas à une femme.

-C'est toi qui dit ça ?

-Oui ! Peut-être qu'avant, toi et moi étions en compétition pour savoir qui aurait le plus de femmes, mais maintenant j'ai Alan. Je n'aurais pas aimé qu'il joue avec mes sentiments comme tu le fais avec elle. Après, ce ne sont pas mes oignons, mais arrête ton cirque. Ça ne t'attirera que des ennuis. Sans parler que tu lui briseras le cœur, étant donné qu'on sait très bien aussi que tu la largueras quand elle t'aura lassé ou que tu t'en seras trouvé une autre.

-Je me suis jamais mêlé de tes affaires alors laisse-moi gérer les miennes tout seul, répliqua Ronald piqué au vif.

-Oh, moi je m'en fous, hein ! C'est pour vous deux. Elle, tu la rendras malheureuse et toi, tu vas avoir tous les pires ennuis du monde.

-En quoi j'aurais les pires ennuis du monde ?

-T'as vraiment le cerveau en-dessous de la ceinture, Ronnie, soupira Éric en levant les yeux au plafond. Emma et elle nous accueillent. Si tu commences à foutre le bordel avec tes histoires, tu crois vraiment que Spears te le pardonnera ? On est pas en vacances, mais en mission. Ne l'oublie pas.

-Ça, il n'a pas tord ! intervint Alan, dans un Anglais typique des États-Unis, qui venait de les rejoindre en se demandant pourquoi ils traînaient à l'arrière. Ce n'est pas n'importe quelle femme mais notre hôte. On a besoin d'elle et d'Emma pour y arriver. Je pense que Mr Spears a une idée derrière la tête et que ce n'est pas pour rien qu'il a voulu s'installer ici en particulier. Si tu fais échouer son plan par tes petites coucheries, je doute qu'il apprécie. Et Éric a raison, tu rendras Clémence malheureuse. Elle ne le mérite pas, non ?

-Dépêchez-vous un peu ! ordonna William qui allait passer en caisse. Il nous faut rentrer le plus vite possible, je veux remettre à l'abri les Phantomhive. »

Les trois hommes se dépêchèrent de rejoindre leur patron et ses protégés pour rentrer au Domaine des Milles.

Une fois que Ronald et Éric se furent garer à quelques pas de l'immeuble Daguerre, ils déchargèrent les affaires et entreprirent de monter les nombreux sacs. Alexander rechigna à participer, mais Richard le menaça de le livrer à Amber et son majordome s'il n'aidait pas un peu plus. Étrangement, la menace marcha parfaitement...

.oOo.

William posa ses paquets et toqua à la porte pour qu'on vienne leur ouvrir. Clémence les accueillit avant de filer vers le salon sans même les aider. Les Shinigami et les deux Humains se demandèrent pourquoi les trois femmes pouffaient de cette manière. Ils virent bientôt que l'objet de leurs gloussements : un carton aménagé avec des coussins et des torchons, renfermant trois chiots. Grell et Emma s'émerveillaient de les voir.

« Ils sont mignons, pas vrai ? sourit Clémence en regardant les hommes. On les a trouvés à la laverie.

-OOOOH ! Ma didou ! fit la brune en caressant le noir. C'est qui la didou à sa maman ? Hein ? Oh oui, t'es belle, ma fi-fille !

-Hu hu hu ! Mais le plus chou c'est toi mon petit cœur ! rigola Grell en grattouillant le caramel. Pas vrai mon chéri ?

-Et toi aussi t'es ma didou, hein ? s'extasia Emma en se tournant vers le blanc. Oh oui ! Toi aussi t'es belle ! Ma didounée à moi !

-Non mais vraiment ! s'exaspéra William. Croyez-vous sincèrement que c'est le moment d'avoir des chiens ?

-Des chiots ! s'écrièrent-elles à l'unisson.

-Je vous jure... soupira-t-il d'un ton désabusé. Cet appartement est plein à craquer et vous ramenez en plus des animaux...

-Non mais t'es pas croyable ! s'emporta violemment Grell qui avait les nerfs à fleur de peau, surtout quand il s'agissait de William. Qu'est-ce que ça peut te faire, hein ?! C'est pas ton problème, il me semble ! T'es pas chez toi ! En plus, t'as vraiment pas de cœur ! Tu les as vu ? Ils sont trop mignons ! Mais tu aurais peut-être préféré des bébés pigeons ? Je suis certaine que tu n'aurais pas réagi de la même manière !

-Ce n'est absolument pas la même chose. Et je n'en aurais de toute manière pas ramené ici.

-C'est le seul à avoir un animal qui dit ça ?!

-Augure est mon Kami, se défendit William. Ce n'est pas du tout la même chose. Nous sommes liés et il est mon agent.

-C'est vrai que c'est classe d'être lié à un pigeon ! railla la rousse aigrement. De toute façon, on a déjà dit à la vétérinaire qu'on les gardait.

-C'est vrai ! confirma Emma. On les garde quoi qu'il arrive ! Grell a raison, nous sommes chez nous. On vous accueille alors on accueille aussi les chiots.

-Oh, c'est bon, faites comme vous voulez... Je vous jure ! céda William qui sentait qu'il n'aurait guère de soutient. Mais je vous préviens que vous vous en occuperez vous-même et qu'il est hors de question qu'un membre de mon équipe soit mobilisé pour eux.

-Ne t'inquiète pas, répliqua la déesse de la Mort d'un ton acerbe. Je prendrais sur mon temps libre.

-Il serait plus agréable pour tous que vous arrêtiez de m'agresser chaque fois que je vous fais la moindre remarque, Sutcliff. »

Grell lui jeta un regard mauvais et meurtrier. Elle avait vraiment besoin de passer ses nerfs sur lui.

« Sur ce, je vais devoir vous laisser, j'ai rendez-vous avec Ambroise Bauvillier et j'aurais besoin que quelqu'un m'y emmène. Tenez, Knox, vous allez m'y conduire.

-Qui est Ambroise Bauvillier ? interrogea le blond.

-Le chef de secteur des Bouches-du-Rhône. Je dois le voir pour organiser la passation.

-Ok, on y va quand vous voulez patron.

-La passation ? s'étonna Clémence.

-Oui, en tant que Traqueurs, nous changeons régulièrement de secteur, expliqua Éric. A chaque fois, ce sont des montagnes de papiers, surtout pour le patron vu qu'il a le rang de chef de secteur et qu'il en dirige donc un. En général, il échange son secteur avec le nouveau.

-C'est cela. Venez, nous ne devons pas tarder.

-C'est sur Marseille ? demanda Ronald.

-Non, Aix-en-Provence, sinon nous serions parti plus tôt, rassura William. La ville de Marseille est un secteur à elle toute seule. »

Une fois qu'ils furent parti, tous s'approchèrent des chiots pour les admirer. Même Alexander ne put s'empêcher d'y jeter un coup d'œil.

« Quel âge ont-ils ? demanda Richard.

-Tout juste deux semaines, répondit Emma.

-Ce sont des mâles ou des femelles ? rajouta Alan.

-Le cara... le roux, se reprit Clémence alors que Grell allait lui répliquer quelque chose, est le seul mâle.

-J'aime bien les chiens, même si je préfère les plus gros... sourit Éric. Comme les labradors ou les golden retriever... Ils sont de races ceux-là ?

-Non, la véto a dit que c'était des bichons croisés, sûrement avec un caniche, expliqua Clémence.

-Vous les avez appelé comment ? interrogea Richard.

-On allait justement tirer au sort ! s'excita Grell. On a chacune mis des noms dans une boîte. On commence par le roux ?

-Ok ! »

Emma prit un papier et lut à haute voix :

« Mortuaire ?! Grell, tu n'avais pas mieux ? Ça ne peut être que toi...

-Hu hu hu ! C'est mignon, non ?

-Il n'y a que l... qu'elle pour trouver un truc aussi débile, ricana Éric.

-Est-ce que quelqu'un t'a demandé ton avis Slingby ? attaqua-t-elle.

-La noire maintenant ! coupa Clémence pour couper court à toute dispute. Alooors... Juliet !

-Hu hu ! Encore un nom à moi ! C'est mignon, non ?

-Tu vas le dire à chaque fois ? rit Clémence

-C'est toujours mieux que Mortuaire... Pauvre chiot ! plaignit le blond à tresse.

-Allez Grell, tire le dernier nom ! pria Emma.

-Cookie ! DEATH ! Tous mes noms sont sortis et... Hey ! C'est pas mon écriture, ça !

-Tu avais écrit Cookie aussi ? s'amusa la brune.

-Quoi, c'est ton Cookie qui est sorti ? Bah, tant pis, c'est mignon comme tout.

-Qu'est-ce que tu as avec les cookies en ce moment ? interrogea Alan.

-J'ai juste envie d'en manger, c'est tout. » répondit-elle en haussant les épaules.

Elle prit Mortuaire dans ses bras et grattouilla son petit museau avant de prendre un biberon et de le lui donner, imitée par Emma et Clémence.

Quant elles eurent fini de leur donner à manger et de leur masser le ventre, la plus jeune alla à la cuisine, devant faire à manger ce jour-là, tandis que les deux autres regardaient des cosmétiques sur internet.

« Tu connais la marque MAC ? demanda la brune. Y a une boutique à Aix...

-Ah ! Oui, bien sûr ! Il font des trucs sympas ! Tu crois qu'ils ont des nouveautés ?

-Je regarde sur leur site. »

Elle cliqua sur l'onglet l'intéressant.

« Tiens, ils sortent une nouvelle collection limitée cette semaine... nota la rousse.

-OH ! Le beau rouge à lèvre ! »

Emma s'extasia un instant sur un rouge tirant sur le framboise avec Grell. Puis tout à coup, elle écarquilla les yeux :

« Hey ! T'as... T'as vu le nom ?

-Non, pourq... Oh ! »

Elles se mirent à rire.

« Je sais pour qui il est, ce rouge à lèvre ! ricana Emma.

-Clémence nous en voudra, non ?

-Tant pis... CLÉM' ! appela la brune.

-Oui ? répondit sa colocataire depuis la cuisine, juste à côté de la chambre.

-Viens une seconde, on a trouvé un super rouge à lèvre ! »

La jeune femme les rejoignit et elle jeta un coup d'œil rapide au cosmétique.

« Ah oui, très beau !

-On va en réserver un pour chacune, expliqua Grell. On t'en prend un ?

-Je veux bien, merci ! J'y retourne, je ne voudrais pas que ma viande brûle... »

Elle les quitta.

« Elle n'a pas vu le nom... rit Emma.

-Elle le verra vite. »

.oOo.

Le petit appartement avait retrouvé le silence. Clémence se reposait enfin, sans entendre les ronflements d'Alexander grâce aux boules Quies. Dans le salon, pas un bruit. Il n'y avait que dans la chambre d'Emma qui n'était pas totalement silencieuse. Ronald, dans le lit de camp, dormait à point fermé, tout comme l'Humaine. En revanche, Grell, qui partageait la couche de la jeune femme, ne trouvait pas le sommeil. Elle s'agitait, se tournant et se retournant.

Encore et toujours, elle ressassait son combat contre Undertaker, ce que lui avait dit William. En repensant à tout cela, son cœur se serra douloureusement, tout comme sa gorge quand elle sentit les larmes monter à ses yeux. Elle se tourna sur ventre et enfouit le visage dans son coussin pour étouffer ses sanglots. Elle se sentait fragile et faible. Elle détestait ça.

Elle était plongée dans la solitude depuis si longtemps qu'elle avait l'habitude de se montrer forte et joyeuse devant les autres, comme si elle s'en moquait complètement. Mais c'était faux, ça lui pesait et elle souffrait du rejet. Que se soit celui qu'elle aimait qui le lui fasse subir lui faisait encore plus mal. Elle avait tant besoin d'affection... De quelqu'un qui ferait enfin attention à elle, qui prendrait soin d'elle et l'aimerait...

Un petit couinement lui fit relever la tête et essuyer ses larmes. Elle tourna la tête vers les chiots qui réclamaient à manger. On les avait en effet mis dans cette chambre pour qu'ils soient au calme.

Grell se leva, s'empara de ses lunettes, d'un biberon et de Mortuaire. Le chiot entreprit aussitôt de téter, calé dans les bras de la déesse qui s'était assise par terre, dos au lit. Elle le massa ensuite, comme l'avait montré la vétérinaire, pour faciliter son transit intestinal. Elle en fit autant avec Cookie et Juliet avant de reprendre le petit roux contre son cœur. Elle l'embrassa sur le bout de la truffe et eut un sourire triste en le voyant s'endormir dans ses bras.

« You don't judge me, you, eh ? » murmura-t-elle.

Elle refoula ses larmes qui menaçaient de couler à nouveau. Elle avait bien trop pleurer à son goût ces derniers jours et elle haïssait ça.

Elle glissa légèrement sur le sol, se retrouvant mi-assise, mi-allongée contre le lit. Elle posa sa tête sur le matelas, observant le plafond d'un air un peu perdu, caressant machinalement Mortuaire qui dormait désormais à poing fermé. Elle repensa à ce qu'Emma et Clémence lui avaient dit. Undertaker lui avait sauvé la vie, elle lui avait laissé la vie sauve.

Normal.

Elle ferma les paupières, laissant finalement quelques larmes glisser le long de ses joues d'albâtre. Elle repensa au moment où il l'avait prise dans ses bras. Il était sûrement le seul à l'avoir fait depuis qu'elle savait marcher. Même William ne l'avait jamais fait alors qu'il était venu la tirer des griffes de Sebastian deux fois. La tirer par les cheveux, la repêcher avec sa Faux, oui. La prendre ainsi, non.

Grell se recroquevilla contre le lit, appuyant désormais son côté droit dessus, le chiot toujours entre ses bras.

Elle n'avait même pas remercié Undertaker de lui avoir sauvé la vie face au Démon. A vrai dire, elle n'en avait pas vraiment eu le temps... Et William aurait sûrement été dans une colère encore plus noire. Ce n'était que partie remise, elle le reverrait un jour ou l'autre. Elle faisait parti de ses Traqueurs après tout.

Peut-être était-ce ironique de remercier quelqu'un après l'avoir arrêté ?

Bah, encore fallait-il le retrouver, le vaincre, l'attraper... Pas facile tout ça. Maintenant, à cause d'elle, ils n'avaient plus la moindre piste.

Elle eut un sourire triste : les Shinigami avaient vraiment de très beaux yeux. Et Undertaker tout particulièrement. Elle en avait la certitude après avoir croisé son regard d'aussi près. Ce fut sur cette dernière pensée qu'elle sombra définitivement dans le sommeil, toujours dans la même position.


Prochain chapitre : "Rouge".
Un chapitre qui porte bien son nom avec une rancune tenace, un hôtel et de la colère !