Et me voilà avec un nouveau chapitre !
Le rouge à lèvre dont il est question ici existe vraiment. Je ne fais bien entendu pas de pub, mais vous comprendrez vite pourquoi, quand je l'ai découvert, il a fallu absolument que je le place dans cette fic...

Également, à partir de maintenant, quand j'écrirais une phrase ou juste un mot dans une langue étrangère, je mettrais la traduction immédiatement après, en italique et entre crochet. Après discussion avec Momo0302, ma bêta-lectrice, on a trouvé que c'était mieux que de la mettre au tout début ou à la fin comme je faisais jusqu'à présent. ^^
Bonne lecture !


CHAPITRE XIV : ROUGE

Le lendemain, Alexander dut apprendre à faire les œufs lui-même, sous l'égide d'Emma. Il avait râlé, tempêté, mais rien n'avait pu convaincre le reste de la maisonnée de le servir et de lui faire son petit-déjeuner tous les matins.

Bientôt, les trois femmes quittèrent l'appartement pour aller acheter leurs rouges à lèvres, laissant les chiots à Richard qui se faisait un plaisir de s'en occuper. William n'opposa aucun argument à ce que Grell prenne quelques heures de libres : ça lui ferait du bien et il y aurait du calme, sans personne pour lui sauter à la gorge dès qu'il prononçait la moindre parole. D'autant qu'elle avait très mal dormi et qu'elle était d'humeur encore plus irascible que d'ordinaire. Normal quand on s'endormait par terre, dans une position improbable, un chiot dans les bras.

William réunit ainsi ceux qui restaient :

« Comte, j'ai pris la liberté de vous inscrire à l'université d'Aix-Marseille pour la fin de l'année.

-Mais... Mais je suis déjà à Oxford ! s'écria Richard. Je dois présenter la première partie de mes recherches en juin !

-En quoi êtes-vous pour faire déjà de la recherche ?

-En première année de Master d'astrophysique. Et oui je n'ai que dix-huit ans, confirma-t-il d'un air las avant que la question ne lui soit posée. Je vous l'ai déjà dit, je suis surdoué et j'ai donc sauté plusieurs classes. Quatre exactement.

-Vous comprendrez que pour votre sécurité, vous ne pouvez pas retourner en Angleterre, encore moins à Oxford. Votre sœur sait sûrement où vous faites vos études.

-Vous me laisserez au moins y aller pour présenter mes recherches ?

-Nous verrons cela en temps et en heure, mais n'ayez guère d'espoir, comte.

-Bien, soupira-t-il. Et... Et en quoi m'avez-vous inscrit ?

-En première année de licence d'Histoire. J'ai appris qu'Emma y avait des élèves en tutorat, cela peut être intéressant. Knox et Sutcliff vous accompagneront, ils sont également inscrits aux mêmes cours que vous.

-Hey ! sourit Ronald. L'université, ça me va !

-On se demanda bien pourquoi, soupira Alan. D'ailleurs, Mr Spears, qu'allons-nous faire, Éric et moi ?

-J'y viens, Humphries. Vous deux, vous serez surveillants d'externat au collège où a été inscrit le jeune Phantomhive, en quatrième. J'ai conscience que vous ne serez pas sans cesse à ses côtés, mais nous ne pouvons pas faire mieux.

-Où devrais-je me rendre ? interrogea l'adolescent.

-Dans un collège public, j'ai préféré ne pas prendre le risque d'une école privée. Votre nom sera Bastien Flavet. Quant à vous comte, vous serez Nicolas Vibrole. Étant donné que vous n'avez pas le moindre accent anglais, vous faire passer pour des français est bien mieux.

-Nous avons l'accent suisse, tout de même.

-Vous n'aurez qu'à dire que vous venez de la frontière. Bien entendu, vous commencerez dès lundi, après les vacances.

-Comment j'expliquerais que j'ai changé de fac en plein milieu de l'année ? interrogea Richard. Sans parler que je n'aime pas l'Histoire et que je n'y ai jamais rien compris...

-Vous pouvez dire que vous avez déménagé !

-Bien sûr que non ! On ne change pas ainsi de fac ! protesta le comte de Phantomhive.

-Dites que ce sont pour des problèmes familiaux, proposa Alan. C'est proche de la vérité et c'est possible. Vous avez voulu vous rapprocher d'un membre malade ou quelque chose comme ça.

-Ça peut se faire, ricana Richard. Je dirais que petit frère a été interné en hôpital psychiatrique et que je tiens à rester près de lui...

-Eh ! Je ne te permets pas de dire une telle chose ! protesta ledit petit frère. C'est tout bonnement ignoble !

-Je ne sais pas si tu connais, mais il y a un truc qui s'appelle humour... Tu devrais essayer parfois. »

Alexander lui jeta un regard dédaigneux.

.oOo.

Ah ! Comme c'était agréable ! Vautré sur un canapé des plus confortables, la télévision à portée des yeux... Yuki n'avait pas hésité à jouer de ses charmes pour pouvoir bénéficier d'autant de luxe. Certes, il savait que ça ne durerait pas. Ça ne durait jamais. Mais les quelques heures ou jours qu'il passait ainsi lui rappelait de bons souvenirs, venant directement de son enfance...

Comme le palais aux marbres blanc et noir où il avait grandi lui manquait ! Il donnerait tout pour courir à nouveau dans les près au senteur de l'asphodèle qui le longeaient, revoir les fins cyprès s'élevant vers le ciel, parcourir les grandes forêts d'ifs, grimper dans le vieux saule pleureur qui bordait le fleuve... Il se souvenait aussi de ce fichu hibou qui prenait un malin plaisir à le réveiller tous les matins.

Même ce casse-pieds lui manquait. Pour lui tordre le coup, d'accord, mais il lui manquait tout de même.

Sans parler des fauteuils et des lits plus agréables les uns que les autres. Oui, il regrettait le confort et le luxe du palais de son enfance. Il avait été traité comme un véritable prince, ce qui était en adéquation avec son rang.

Quoique... Ici, il n'était pas mal non plus ! Ça changeait de son taudis habituel, sans parler que l'enquiquineur et sa rousse n'étaient pas là pour lui pourrir la vie.

Yuki redescendit sur terre quand l'animateur annonça l'émission culinaire. Parfait ! Il adorait ça. Oh ! En plus, c'était un plat à base de poisson ! Excellent, il aimait cela par dessus tout. Il regrettait seulement de ne pas avoir les bonnes odeurs.

Le programme de cuisine se termina sur un rappel des différentes étapes, laissant place aux informations internationales. Il y eut les habituels rappels des attentats, des guerres, de la famine qui sévissait et les résultats du foot.

Yuki haussa un sourcil. Les Humains étaient vraiment des êtres étranges. Entre les morts et les carnages, ils trouvaient important de parler sport. Décidément, il ne les comprendrait jamais. Il concevait sans mal pourquoi ils fascinaient à ce point celui qu'il aimait. Lui, il était plutôt désespéré.

« Pour finir, sourit la présentatrice, voici quelques images venant tout droit de nos voisins français. Ce weekend a eu lieu la Japan Expo Sud, à Marseille, où de nombreuses personnes se sont retrouvées pour célébrer leur passion des mangas et de la culture japonaise. Ce genre de rassemblement... »

Et bla et bla et bla... Yuki eut droit à peu près tous les clichés inutiles sur le sujet. Il soupira et allait éteindre pour rejoindre la femme qui l'avait accueilli afin de manger, mais celle de la télévision annonça quelque chose qui retint son attention :

« Et c'est ainsi que les participants ont eu la surprise de voir une représentation non prévue à l'origine, réalisée à partir du manga Black Butler de Yana Toboso. Les artistes n'ont malheureusement pas laissé leurs noms, mais leurs cascades ont énormément impressionné et il est probable que des cinéastes les recherchent pour les engager. Voici donc quelques images tournées en direct au Parc Chanot, à Marseille, France. »

Yuki écarquilla les yeux en reconnaissant Undertaker se battant contre Michaelis ainsi que contre Spears et sa bande. Ah ! Il était toujours aussi excellent ! Même s'il aurait mieux valu qu'il n'attire pas l'attention sur lui.

Le léger sourire de Yuki fit place à une colère sans nom. La jalousie piqua de son douloureux aiguillon son cœur quand il vit l'argenté prendre Grell dans ses bras pour la sauver. Quoi ?! Cette maudite poil de carotte bis avait le droit de se blottir contre Undertaker tandis que lui, qui était là depuis toujours, qui avait tant fait pour le déserteur, était bloqué ici, en Angleterre ?! Loin de celui qu'il aimait tant ?! À devoir le regarder à travers la télévision prendre dans ses bras cette... pimbêche ?! Alors que c'était lui et personne d'autre qui devrait être à cette place ?!

Il pensa avec colère qu'il y avait toujours une fichue rouquine pour lui pourrir la vie. Ce n'était pas sans raison qu'il détestait les rousses... La haine traversa ses yeux aux prunelles phosphorescentes, ni tout à fait verte, ni tout à fait jaune, qu'il n'avait pas pris la peine de métamorphoser cette fois.

Tiens ! Voilà qu'Undertaker le contactait... Yuki serra les dents et ferma un instant les yeux avant de répondre. Ce sale traître allait entendre parler de lui.

.oOo.

C'était un de ces petits hôtels peu chers que l'on trouvaient au bord des autoroutes, de ces endroits où il était impossible de dormir, coincé entre les voitures qui passaient sans cesse, la voie ferrée et ses TGV, ainsi que les clients qui allaient et venaient à tout heure sans faire attention au sommeil des autres.

C'était certainement la meilleure planque pour une personne en fuite, même si on ne pouvait espérait s'y reposer.

Assis sur le lit, Undertaker avait les yeux fermés. Il soupira, exaspéré. Quelqu'un toqua à la porte de sa chambre.

« Entre, Kayden. » autorisa-t-il en rouvrant les paupières.

Il avait parlé anglais, comme toujours lorsqu'ils étaient tous les deux. L'Australien entra et ferma soigneusement derrière lui, tirant le verrou.

« Vous aviez oublié de fermer.

-Je vais bien, merci, et toi ? railla-t-il.

-Je vous fais juste remarquer que...

-C'est bon, on ne risque rien ! soupira Undertaker. Il n'y a pas un seul Shinigami à part nous à au moins un kilomètre cinq à la ronde et ce n'est pas un Humain qui me causera du tord. Au moins, tu pouvais entrer quand tu voulais.

-Admettons... J'aurais toqué de toute manière et...

-J'étais en communication, coupa Undertaker exaspéré. Avec Yuki. Je t'ai déjà dit d'arrêter de me faire la morale, non ?

-Oui, oui... soupira Kayden. Comment va-t-il ? »

Undertaker s'apprêtait à répondre qu'il l'avait trouvé dans une colère noire mais se ravisa, un petit sourire moqueur apparaissant sur ses lèvres.

« Il va très bien. Il était déjà au courant de l'échec de Marseille : il a vu à la télé que j'avais été obligé de combattre mes Traqueurs et le majordome. Yuki a compris que je n'avais pas pu récupérer les Phantomhive.

-J'aurais dû venir, regretta l'Australien. Pendant que vous attiriez l'attention, je les aurais emmené avec moi.

-Non, j'avais besoin que tu surveilles Bugarach, contredit Undertaker. Si ce Pont de l'Enfer s'était ouvert, nous aurions eu encore plus de problèmes.

-Cela semblait peu probable. Ce n'était même pas sûr qu'Amber et son Démon soient là.

-Tu sais bien que si. Et là où ils sont, il y a toujours un risque de voir débarquer bien pire.

-Je commence à me demander si tout ça est une bonne idée, soupira Kayden. Ce qu'on fait ne marche pas depuis le début, il faudrait peut-être changer de tactique.

-Sois patient ! Prends un peu exemple sur Yuki.

-Yuki est l'incarnation-même de la patience ! grogna le brun. Il serait capable d'attendre l'éternité.

-Mais nous avons l'éternité pour nous. Si on ne se fait pas tuer par les Traqueurs avant, bien entendu ! »

Undertaker éclata de rire devant l'air particulièrement désespéré de Kayden.

« Allez, plutôt que de parler inutilement, va chercher Yuki.

-I... Il nous rejoint ?

-Exactement ! Il n'y a plus aucun intérêt à ce qu'il reste à Londres.

-Et pourquoi je dois y aller moi ? Ce n'est pas mon...

-Parce que j'ai décidé que tu irais toi, coupa Undertaker avec un large sourire qui ne disait rien de bon à Kayden. Parce que tu n'es pas recherché, contrairement à moi. Parce que Yuki m'a dit qu'il avait très envie de te revoir.

-Me revoir ? fit l'aborigène d'un air sceptique. Il me déteste simplement parce que je vous adresse la parole et qu'on passe plus de temps tous les deux que lui et vous...

-Quelle vision as-tu de lui ! Il est doux, gentil... et tellement adorable !

-Ah oui, il a juste une légère tendance à massacrer à la Faux, ceux qui vous approchent d'un peu trop près. »

Undertaker se mit à nouveau à rire.

« De toute façon, je ne peux pas me permettre d'y aller en personne. Ce serait bon pour me faire capturer. Yuki va emprunter les Portes jusqu'à celles de Nîmes. Je suis peut-être puissant, mais je me vois mal affronter tous les Shinigami d'un secteur, surtout en étant blessé.

-Votre bras vous fait toujours mal ?

-J'ai pris un coup de Death Scythe au cas où tu ne l'ais pas remarqué. Ça ne fait pas forcément du bien, mais je m'en sors pas si mal que ça. D'ici la semaine prochaine, je n'aurais plus rien.

-Si vous le dites... Yuki arrive vers quelle heure ?

-Le temps de traverser les trois Portes entre Londres et Nîmes. Ça peut être très rapide s'il trouve des gens avec qui passer sans se faire repérer, comme ça peut être très long.

-J'y vais alors, soupira le Noir. Mais je vous préviens : s'il me tue, je ne veux pas devenir une étrange poupée.

-Oh ! Serait-ce de l'humour ? éclata de rire l'argenté. Ne t'inquiète pas, Yuki ne te tuera pas, il te défigurera juste un peu. Tu n'auras qu'à dire que ce sont des scarifications rituelles...

-A part que nous n'en faisons pas en Australie.

-Une attaque de requin alors... »

Kayden leva les yeux au plafond et sortit de la petite chambre d'hôtel, ne cherchant même plus à comprendre l'humour d'Undertaker qui continuait à rire. Celui-ci se retrouva seul, ayant du mal à retrouver son calme. Yuki était dans une colère noire et quand il allait voir Kayden, il allait l'étriper. Ensuite, deux solutions : soit il serait assez calmé après avoir passé ses nerfs sur le Noir et il serait ravi de revoir Undertaker, soit il en voudrait encore plus à ce dernier de ne pas être venu en personne et il le massacrerait à son tour.

Il espérait de tout cœur que se soit la première solution qui prime. Connaissant Yuki, il y avait de grandes chances pour que se soit le cas, surtout qu'ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps.

Le dissident finit par arrêter de rire et se leva pour aller dans la minuscule salle de bain, piquant des cookies en forme d'os au passage. Il enleva la bande qui protégeait sa blessure afin de la nettoyer. Elle guérissait bien, se dit-il en la regardant. Ça ne ferait qu'une quatrième cicatrice. Bien peu de chose en comparaison de son âge et de ce qu'il avait traversé. Une fois qu'il eut fini, il s'observa un instant dans le miroir avant se sourire légèrement. Heureusement qu'il avait des réflexes où Grell se serait fait assassiner par le Démon. C'eut été dommage.

Évitant de trop penser à cet épisode qui exaspérait Kayden et rendait fou furieux Yuki, il se concentra sur les Phantomhive.

« Richard, Alexander... Ubi vos requiram ? » [Où vous retrouverais-je ?] murmura-t-il, tout à coup sérieux et concentré.

Pour le moment, ils étaient en sécurité auprès de William et du reste de l'équipe. Mais combien de temps le seraient-ils ? Le chef de secteur n'était pas bête. Il savait forcément que les Phantomhive et lui étaient en contact, même s'il n'avait pas de preuve. Tant qu'il ne serait pas arrêté ou tué, William les garderait auprès de lui comme appât. Même si le dissident savait qu'il avait autant de chance de se faire capturer que Sebastian de tuer un chat ou que William de danser la macarena en pagne, il préférait ne pas prendre de risque. Que se passerait-il si les Phantomhive n'avaient plus la moindre protection ? Leurs âmes seraient dévorer sans qu'ils aient passé de Pacte ?

Les Shinigami ne laisseraient pas faire une telle chose. Même s'il avait déserté, Undertaker connaissait parfaitement les règles et les rouages de l'administration des dieux de la Mort.

Protéger les âmes quoi qu'il arrive. La première de toutes les règles, la plus importante. Il n'y avait aucune précision concernant l'état de la personne : vivante ou morte. Les âmes devaient être protégées. Ce n'était pas ce point qui l'inquiétait, il savait que les Traqueurs la suivraient avant tout.

Non, c'était si William avait toutes les preuves de la relation que les Phantomhive et lui avaient.

En tant que dissident, les lois étaient claires, Undertaker ne se faisait pas d'illusion. C'était la mort qui l'attendait. C'était la même chose pour n'importe quel Shinigami qui lui prêterait assistance de n'importe quelle manière, ne serait-ce qu'en cachant sa présence quelque part.

Mais qu'en était-il des Humains ? Il connaissait parfaitement le vide juridique qui existait à ce sujet.

Une chose était sûre : William ne le laisserait pas passer.

.oOo.

Emma glissa ses clefs dans le troisième et dernier verrou de la porte, tandis que Grell et Clémence continuaient à discuter de leurs achats. La plus jeune n'avait toujours pas vu le nom du rouge à lèvres qu'elle avait acheté, même si elle en adorait la couleur.

« C'est nous ! annonça joyeusement la brune en entrant, suivie par les deux autres femmes.

-Les chiots ont parfaitement mangé et fait leurs besoins ! s'empressa de dire Richard. Ils sont adorables.

-Ce ne sont que des chiens, modéra Alexander qui caressait pourtant Cookie.

-Sutcliff, nous avons fait les équipes : vous serez assigné à la protection du comte de Phantomhive avec Knox, déclara William du but en blanc. Votre faux nom à la faculté d'Histoire sera le même qu'à la Japan.

-Ah, parce qu'en plus il faut aller à la fac ? grogna la rousse.

-Oui, et vous commencez lundi. »

Les trois femmes posèrent leurs sac de shopping sur la table pour déballer les eyeliners, fards à paupière et autres blushes. Clémence s'extasiait sur le rouge à lèvre qu'elle avait acheté : ce rouge framboise était si beau !

Ronald, avec l'habitude hypocrite de s'intéresser à ce qui captivait les femmes, lui demanda de lui faire voir. Elle le lui tendit, sans remarquer les regards complices de Grell et Emma. Le plus jeune Shinigami se fendit d'un large sourire et éclata de rire sans que personne ne comprenne pourquoi, hormis la brune et la rousse. Une fois un peu calmé, il déclara, les yeux pétillants de malice :

« Alors Clémence ? Tu m'as dans la peau à ce point ? »

La jeune Humaine rougit violemment, le cœur battant la chamade. Les joues brûlantes d'embarras, elle ne sut pas quoi répondre, d'autant qu'elle ne comprenait pas sa réaction. Elle bégaya quelque chose d'incompréhensible. Sans se départir de son air goguenard, il lui rendit le rouge à lèvres. Elle baissa les yeux dessus, un tube blanc avec une brune souriante dessinée dessus et son prénom, Veronica, écrit en rouge et jaune. Le nom de la collection, Archie's girls, la marque, MAC... Des petits cœurs rouges... Mais elle les avait vus et il n'y avait pas de quoi...

Et le nom du rouge à lèvre ! réalisa-t-elle tout à coup à sa plus grande horreur.

Du Ronnie Red.

Le surnom de celui qu'elle aimait associé à sa couleur préférée. Et à des petits cœurs, en plus... Tout à coup affreusement pâle, elle déglutit avec difficulté et posa le rouge à lèvre sur la table, la main légèrement tremblante. Elle ferma les yeux un instant, le temps de se reprendre et d'échapper au regard de l'Écossais. Quand elle rouvrit les paupières, ce fut pour jeter un coup d'œil particulièrement meurtrier à Grell et Emma.

« Ce ne sont pas tes affaires ! répliqua-t-elle à Ronald sur un ton cassant, malgré sa voix chevrotante. Vous m'excuserez, mais j'ai des choses à ranger dans ma chambre. »

Elle s'empara de ses sacs et fit volte face après avoir à nouveau assassiné du regard les deux autres femmes et partit s'enfermer dans sa chambre où elle éclata en sanglot. Tout était de la faute de Grell et Emma. Elles avaient parfaitement vu le nom du rouge à lèvres, étant donné qu'elles l'avaient commandé.

Elle se laissa tomber sur son lit et jeta ses lunettes sur sa table de nuit pour pleurer tout son saoul. Elle leur en voulait. Oui, elle était tombée amoureuse de Ronald Knox. Follement amoureuse. Mais elle n'était pas aveugle, elle savait très bien que c'était un séducteur patenté qui ne l'aimerait jamais pour autre chose que sa poitrine et ses fesses.

Alors pourquoi sa colocataire et la déesse de la Mort tenaient tant que ça à la pousser dans ses bras, à jouer de ses sentiments ? C'était un peu ce qu'elle ressentait en tout cas. D'ailleurs, elle en voulait surtout à la rousse. Cette dernière savait pourtant combien on pouvait souffrir par amour. Elle devrait plutôt la soutenir plutôt que de l'enfoncer un peu plus. D'autant que Ronald ne se privait pas d'en rajouter et de s'amuser de son amour. Après, elle ignorait s'il le faisait exprès ou si c'était tellement naturel chez lui de séduire, qu'il ne se rendait même pas compte de ce qu'il faisait.

Et puis Emma ! Bon sang, elle connaissait Clémence depuis assez longtemps pour savoir qu'elle était plutôt émotive ! Qu'elle ne supportait pas ce genre de situation !

La jeune femme n'avait qu'une envie, disparaître. Qu'on la laisse tranquille. Était-ce si dur à comprendre ?

.oOo.

Quand Clémence fit volte face et partit s'enfermer dans sa chambre, Grell voulut la suivre pour s'excuser, se rendant tout à coup compte qu'elles étaient allées trop loin et qu'elle-même ne voudrait pas qu'on la traite de la sorte. Elle ne comprenait que trop bien ce que l'Humaine pouvait ressentir en cet instant. Mais Emma l'en empêcha d'un air sombre :

« N'y va surtout pas. Je sais qu'on en a trop fait mais... Clémence est extrêmement rancunière. Là, elle nous en veut vraiment et elle ne nous pardonnera pas comme ça. Mieux vaut la laisser tranquille, elle viendra d'elle-même quand ça ira mieux.

-Rancunière ? À ce point ?

-Elle m'a dit un jour qu'elle en voulait encore à des gens de la maternelle pour je ne sais trop quoi, répondit Emma.

-Ah... Quand même...

-Je vais la voir moi, proposa Ronald en amorçant un mouvement. Je la...

-Toi, elle va t'arracher les yeux, prévint la brune. Tu n'aurais pas dû lui faire la réflexion de tout à l'heure.

-Mais non ! rassura l'Écossais. Elle est amoureuse de moi et...

-Justement, ça sera pire. Crois-moi ! insista-t-elle. Je la connais.

-Eh ben... soupira Richard. L'ambiance va être encore pire que ce qu'elle était déjà...

-Ah ça... nota Éric. Ronnie, je ne te dirais que je te l'avais bien dit mais...

-Oh ça va, hein... » grogna le plus jeune Shinigami en repensant à ce que son ami lui avait dit au supermarché.

William et Alan ne firent aucun commentaire, mais le petit air exaspéré du premier et la moue désapprobatrice du second en disaient long sur ce qu'ils pensaient de cette affaire.

.oOo.

Le samedi arriva dans une ambiance des plus électriques. Clémence refusait tout simplement de parler à Grell et Emma, les foudroyant du regard dès qu'elles entraient dans son champ de vision. Quant à Ronald, il était traité à peu près de la même manière, à la différence près qu'elle rougissait toujours autant en sa présence.

Il n'y avait qu'avec Richard qu'elle conversait vraiment et un peu avec Éric et Alan. William et Alexander n'étaient de toute façon pas assez avenants pour discuter.

Heureusement que Cookie, Mortuaire et Juliet étaient là pour détendre un peu l'atmosphère.

D'autre part, le cadet Phantomhive avait réussi à se mettre à dos Emma sans le moindre problème et en une seule fois. La première fois qu'il avait fait frire ses œufs au bacon matinaux, il n'avait rien trouvé de mieux que de fermer toutes les portes hormis celle d'Emma et celle de la cuisine. Il avait ensuite ouvert en grand la baie vitrée de la chambre.

La cuisine n'avait pas de fenêtre et la pièce à coucher d'Emma était juste à côté.

C'était sa manière à lui d'aérer alors que la brune ne supportait pas l'odeur de l'œuf.

Le petit appartement n'avait jamais connu de plus mauvaise ambiance. Le fait qu'ils soient toujours les uns sur les autres n'arrangeaient certainement pas les choses. Ils attendaient tous avec impatience l'arrivée du lundi et la reprise des cours pour les uns et du travail pour les autres. Finalement, cette cohabitation n'était pas la meilleure idée qui soit.

Après le repas de midi, Clémence repartit dans sa chambre sans un mot, comme toujours depuis le Ronnie Red. Elle prétextait ses recherches et la rédaction de son mémoire pour passer ses journées seule, loin des deux autres femmes et de celui qu'elle aimait.

Richard s'installa dans le canapé pour continuer la lecture du livre d'Histoire que lui avait prêté Emma. Il espérait apprendre deux ou trois choses qui lui serviraient à se faire passer pour un élève de première année de licence. Ce n'était clairement pas aussi intéressant que l'astrophysique, mais il devrait faire avec.

Son frère s'installa à ses côtés et alluma la télévision. Cherchant un long moment, il finit pas trouver la BBC et regarda les informations de son pays, bientôt rejoint par Ronald.

Éric et Alan, sur autorisation de William qui nourrissait Augure, partirent faire une petite promenade en amoureux dans le Domaine des Milles. Grell et Emma préférèrent discuter tranquillement, toujours assises à la table, tandis que la brune continuait la traduction latine de l'enquête qui devait lui servir pour son propre mémoire.

Tout le monde tenta d'ignorer les cris des voisins qui se disputaient pour la énième fois, se demandant quand est-ce qu'ils allaient enfin divorcer. Après tout, l'immeuble entier devait être au courant que le mari trompait sa femme et que cette dernière l'avait mis à la porte avant de le reprendre en plein milieu de la nuit précédente...

Aussi quand un bruit métallique retentit, ils se dirent qu'ils s'étaient peut-être entre-tués, avant que William ne leur dise qu'aucun habitant du Domaine n'était sur la Death list ce jour-là.

« Bah, rit le comte de Phantomhive, ils ont pu tenter sans y arriver et se blesser sans être sur la liste...

-Ils continuent à se disputer... soupira Emma. Les murs peuvent être vraiment fins dans ce genre de situation...

-Wouha ! ricana la rousse. C'est moi ou la femme vient de traiter son mari d'abruti congénital et de singe baiseur ?

-Non, non, elle a bien dit ça...

-Tch... souffla Alexander. Tout cela ne nous regarde pas. Je reconnais sans la moindre difficulté que ces gens sont épouvantablement mal élevés pour s'époumoner l'un sur l'autre de la sorte, sans parler de la dépravation de l'époux, mais nous n'avons pas à les espionner ainsi.

-Non mais il est pas croyable ce mioche ! s'emporta Grell. On fait encore ce qu'on veut !

-OH ! s'écria Emma en consultant l'horloge. C'est l'heure de nourrir les chiots. J'y vais.

-Ok, je viens avec toi. »

Les deux femmes se levèrent et allèrent dans la chambre. Éric et Alan rentrèrent alors à l'appartement, main dans la main. Ce fut à ce moment qu'un véritable hurlement de douleur retentit.

Tous, même Clémence, se précipitèrent vers la pièce où elles avaient disparu.

« EMMAAAAA ! » s'égosilla sa colocataire.

La brune était au sol, se tordant sous l'effet de la souffrance. Le carrelage était rougi par son sang. Grell était penchée au dessus d'elle, cherchant à la calmer.

Par terre, une scie, la Faux d'Éric. Mal rangée sous l'armoire, elle avait fini par glisser. Emma avait marché sur le tranchant de la lame.

La moitié inférieure de la plante de son pied avait été sectionnée et gisait à côté d'elle.

Quant à ce qu'il restait de son pied, Clémence dut réprimer une terrible nausée et détourner le regard. Au milieu des tissus et de la chaire sanguinolents, on pouvait voir une partie de l'os.

Et, invisible au regard des Humains, s'échappant paresseusement, la Lanterne cinématique d'Emma.