Et voilà le nouveau chapitre ! C'est un de ceux que j'ai le préféré écrire, alors j'espère qu'il vous plaira aussi. ^^
Bonne lecture !
CHAPITRE XVI : NOUVEAU DEPART ?
Le visage du médecin était grave, inquiétant les parents d'Emma et sa colocataire. Que s'était-il donc passé ? Y avait-il eu des complications ? Il leur expliqua alors le déroulement de l'opération, depuis l'anesthésie.
« Tout d'abord, n'ayez crainte, tout s'est parfaitement passé et comme c'est sa propre peau qui a été greffée, elle n'aura même pas à prendre des médicaments antirejets. »
Il y eut un grand soulagement.
« Par contre, elle a traumatisé un des internes du service d'anesthésie, grogna-t-il. C'était sa première intervention et elle l'a embrassé à pleine bouche devant sa petite-amie qui est aussi interne. Il refuse de s'approcher des autres patients sous morphine maintenant... »
Michel rit avec Thomas, Éric, Grell et Ronald, tandis que Maria, Clémence et Richard se contentaient de sourire. Ce dernier commenta d'ailleurs qu'il y avait de quoi être traumatisé. Lui-même, ça avait été son premier baiser. Ayant quatre années d'avance, il avait toujours été avec des filles bien plus âgées que lui.
William se contenta d'un Je vous jure ! et Alexander d'un Ignoble... à leurs habitudes.
« Peut-on la voir ? interrogea Maria.
-Non, elle est en salle de réveil et nous devrons faire des examens complémentaires ensuite. Vous pourrez venir demain à partir de dix heures.
-Merci beaucoup docteur. »
Maria et Michel décidèrent ensuite d'aller à l'hôtel le plus proche pour attendre le lendemain, après avoir cru à l'histoire comme quoi les Shinigami et les Phantomhive étaient des amis de passage devant rester la semaine. Le beau-père d'Emma n'avait pu s'empêcher de faire une petite réflexion selon quoi Aix-en-Provence leur faisait du bien et les dévergondait enfin, avant de se souvenir que William était le petit-ami de la brune.
Il ne savait toujours pas que ça n'avait été que factice. Thomas, lui, était impressionné que sa sœur sorte avec un homme aussi sérieux.
Ils se séparèrent donc et les Traqueurs, leurs protégés et Clémence rentrèrent à l'appartement. La nuit était déjà tombée depuis peu. Dans sa voiture, Ronald jeta un coup d'œil à la jeune Humaine tout en démarrant :
« Ça va ?
-J'ai vraiment eu très peur pour Emma... avoua-t-elle. Tu... Tu crois que ça ira ?
-Oui, je n'en doute pas, rassura-t-il. Ne t'en fais pas. Elle ne va pas mourir, crois-en un Shinigami ! »
Il lui fit un petit clin d'œil malicieux.
« Il y a quand même pire que la mort, non ? dit-elle sombrement. Imagine qu'elle ne remarche jamais ou qu'elle chope une maladie grave ou...
-Tu ne devrais pas penser à tout ça. Le médecin a dit que ça c'était bien passé, il n'y a aucune raison pour qu'on l'ampute !
-L'ambulancier...
-N'était qu'un imbécile, soupira Ronald.
-I... Il fallait tourner, là.
-Tu crois ?
-J'en suis sûre.
-Merde. Je peux pas faire demi-tour en plus... Tu sais où on va ?
-Non. Ça ne fait pas si longtemps que ça que je suis sur Aix-en-Provence... Je connais surtout le Domaine des Milles, la Pioline qui est à côté, les facs et le centre ville...
-Dommage, ça ne va pas nous aider ça...
-Ne prends pas là ! s'écria Clémence. Et mince... T'as pris l'autoroute là...
-J'ai vu, grogna Ronald. C'est parce qu'on parlait, j'ai pas fais gaffe.
-Non mais j'te jure ! Tu vas sur Nice maintenant... Tu peux pas discuter en faisant gaffe à la route ?
-Mais c'est pas ma faute, je... Ah ! »
Voyant une sortie, la dernière d'Aix en direction de la Côte d'Azur, il s'engagea dans la voie de décélération et atterrit dans un quartier entre ville et campagne. Il finit par sortir complètement des derniers quartiers résidentiels et se gara à côté de l'entrée d'un chemin de terre.
« Et maintenant, on est complètement perdu. Mais quelle journée de merde ! » s'exclama Clémence.
L'Écossais la regarda se mettre tout à coup à sangloter, relâchant la pression accumulée au cours des dernières heures.
« Tu... Tu pleures ou tu rigoles ? demanda-t-il sans trop savoir.
-Je... Je sais pas... »
Elle continua à hoqueter.
« Hey, on va retrouver l'appartement ! tranquillisa-t-il.
-Emma est... en train de... d'agoniser et nous... nous on est perdu ! À l'autre... b... bout d'Aix et... Si... Si tu savais l... lire un... un Death note ça... ça serait jam... jamais arrivé...
-Allez, calme-toi, sourit Ronald en comprenant que toute sa nervosité retombait violemment. J'ai toujours ma Death tablet avec moi, on devrait retrouver notre chemin. »
Clémence se mit à pleurer de plus belle. Elle n'en pouvait plus de tout ça. Le dieu de la Mort soupira, se détacha et se pencha vers elle en la prenant par les épaules. Il l'attira contre lui, par dessus la boîte à vitesse et le frein à main, et embrassa tendrement son front.
« Tu sais quoi ? On va sortir faire un petit tour, murmura-t-il. Ça te fera du bien de prendre l'air. »
Elle acquiesça d'un signe de tête, toujours sanglotant. Ils sortirent de la voiture et Ronald la verrouilla. L'air s'était largement rafraîchi après la tombée du jour et Clémence tremblait de froid. Il l'enlaça et frotta le haut de son bras afin de la réchauffer, tout en marchant le long du sentier serpentant entre les champs. Reniflant, elle essuya ses larmes avant de nettoyer ses lunettes avec un mouchoir, se laissant faire par l'Écossais.
« Mieux ?
-Oui. C'est juste que... enfin, ça n'a pas été facile ces derniers jours entre tout ce qui s'est passé. Et maintenant, Emma est à l'hôpital... Si jamais elle était morte, la dernière chose qu'on aurait fait ensemble, ça aurait été de se disputer...
-Elles y sont allées un peu fort avec cette histoire de rouge à lèvres et moi aussi, sûrement.
-Mmh... » se contenta de faire Clémence dans un petit sourire triste.
Ils se turent un petit moment et s'arrêtèrent pour regarder la vigne qu'ils longeaient depuis qu'ils avaient quitté la Barchetta. Elle finit par fermer les yeux puis poser machinalement sa tête sur l'épaule de Ronald qui sourit de la voir faire. Si, malgré la nuit, quelqu'un les voyait, la personne les prendrait à coup sûr pour un couple.
Il descendit sa main sur la taille de l'Humaine et l'obligea à quitter son épaule pour se mettre face à elle.
« Je crois qu'il est temps que je me fasse pardonner ma réflexion de l'autre jour, non ? » souffla-t-il en remettant en place une mèche des longs cheveux redevenus châtains de Clémence.
Sa main effleura délicatement la joue de la jeune femme au passage. Celle-ci frissonna et rougit aussitôt, ce qu'il remarqua grâce à la lumière de la Lune et des étoiles. Elle fut incapable de répondre quoi que se soit, perdue dans le regard vert-jaune de Ronald. Ce dernier lui sourit d'un air charmeur. Il approcha son visage du sien et captura ses lèvres. Clémence se laissa embrasser sans la moindre réaction, son cerveau étrangement vide et le cœur sur le point d'exploser.
Sans quitter sa bouche, le Shinigami sentit les joues de la jeune femme s'empourprer, devenir brûlantes. Il y mit fin et appuya son front sur celui de Clémence, avec un sourire :
« C'est beaucoup mieux ainsi, n'est-ce pas ? »
La jeune femme se mordit les lèvres avant d'approuver dans un rire joyeux.
« On rentre ? proposa-t-il dans un souffle léger. Il ne faudrait pas que tu prennes froid...
-Je... Je n'ai pas froid... répondit-elle en retrouvant enfin l'usage de la parole.
-Mais on ne sait toujours pas où on est.
-Je n'ai plus très envie de rentrer... » souffla-t-elle.
Ronald se mit à rire et déposa un nouveau baiser sur ses lèvres, baiser auquel elle répondit cette fois.
« Allez, viens. Allons au moins à ma voiture. »
Enlacés, ils regagnèrent la Fiat du blond. Une fois installé dedans, ce dernier prit sa Death tablet et l'alluma pour regarder la carte intégrée. En effet, chacune des tablettes numériques des dieux de la Mort en possédaient une précise afin d'aider à trouver les adresses des âmes à faucher.
Clémence pouffa alors.
« Qu'est-ce qui t'arrive ?
-Tu as voulu me faire le coup de la panne revisitée, n'est-ce pas ?
-Pour une fois, non ! rit-il. Ce n'était pas prémédité.
-En tout cas, nota-t-elle dans un soupir, tu as réussi à embrasser Emma puis moi dans la même journée. »
Ronald préféra ne rien répondre à sa nouvelle conquête, se contenta de lui servir un petit sourire en coin qui en disait long : c'était plus fort que lui.
.oOo.
William regarda une nouvelle fois l'heure en s'impatientant. Il était tard et Ronald n'était toujours pas rentré avec Clémence. Que pouvaient-ils bien faire tous les deux ?! C'était l'Humaine qui avait les clefs de l'appartement et ils étaient bloqués devant la porte. Ils avaient déjà attendu un moment à la barrière que quelqu'un ouvre avec le passe pour entrer et désormais, ils campaient au troisième étage.
Grell s'était assise sur la balustrade de la coursive, dos au Mistral qui soufflait légèrement ce jour-là. Richard faisait les cent pas pour se réchauffer, un peu plus loin, à l'abri du vent. Asthmatique comme beaucoup dans sa famille, il n'avait aucune envie d'attraper une énième bronchite. Alexander le regardait faire d'un air pincé, droit comme un piquet. Éric et Alan s'étaient installés par terre, blottis l'un contre l'autre et discutaient à voix basse dans leur langue maternelle.
« Vraiment ! » s'écria tout à coup le chef d'équipe.
Ils tournèrent tous le regard vers la cage d'escalier d'où venaient de surgir Clémence et Ronald. Ce dernier tenait par la taille la jeune femme qui avait un large sourire.
« Pourquoi vous êtes tous dehors patron ? s'étonna le blond.
-Je vous jure, pesta William en remontant ses lunettes. Nous vous attendions, Knox ! C'est Miss Curiel qui a les clefs.
-Hein ?! Oh ! Mince... s'exclama-t-elle. Désolée...
-Peut-on savoir où vous étiez ?
-On s'est perdu, il a fallu qu'on traverse Aix-en-Provence intégralement, expliqua Ronald. Et... Nous n'avions pas très envie de rentrer... »
Son ton taquin fit rougir la jeune femme qui le traita d'imbécile. Grell sauta de sa balustrade et s'approcha d'eux avec un léger sourire :
« Vous êtes ensemble, pas vrai ?
-Oui, avoua l'Humaine d'une petite voix.
-Félicitations ! s'écria la déesse en serrant Clémence dans ses bras. Je suis contente pour toi. »
Elle lui murmura tout de même de faire attention à un séducteur patenté comme Ronald avant de la lâcher et de lui déclarer avec un air un peu triste :
« L'amour, c'est ce qu'il y a de plus important.
-Ah je vous jure... grommela William. Nous faire attendre dehors pour ça...
-Ignoble, approuva Alexander. Si vous tenez réellement à entretenir une relation, vous auriez au moins pu faire en sorte que nous puissions entrer avant de vous mettre en couple.
-T'es pas croyable, Alex, soupira Richard. Je...
-Alexander ! reprit celui-ci avec véhémence. Quand vas-tu cesser de me nommer ainsi ?
-Je disais donc, continua le comte sans faire attention à son frère, je me demande de qui tu tiens ton caractère de cochon. En tout cas, toutes mes félicitations de ma part aussi ! »
Il pensa cependant sans le dire que, s'ils s'étaient décidé légèrement plus tôt, il n'aurait pas eu à subir la honte de sa vie en allant acheter du yaoi.
Ronald croisa alors le regard dubitatif et désapprobateur d'Éric et d'Alan. Visiblement, ces deux-là ne leur accorderaient pas tous leurs vœux. L'Écossais compris clairement que ses amis n'approuvaient pas sa toute nouvelle relation, en vertu de ce qu'ils lui avaient dit au supermarché. Mais il n'en avait que faire, ses fréquentations galantes ne les regardaient pas.
Ils entrèrent enfin dans le petit appartement alors que Richard se mettait à tousser.
« Comment te sens-tu mon frère ? demanda Alexander.
-Ne t'inquiète pas, ça va. Un bon lait chaud avec du chocolat et du miel et ça ira.
-Je ne m'inquiète pas. » grogna le cadet.
Richard pouffa. Clémence partit dans la cuisine pour chercher une tasse, après avoir embrassé Ronald du bout des lèvres. Ce dernier se fit entraîner par Éric dans le salon.
« Alors ? Tu as des explications, Ronnie ?
-On s'est juste perdu, je n'ai pas tourné au bon endroit et...
-Je te parle de Clémence. Ce que je t'ai dit ne te suffit pas ?
-Je t'ai déjà dit que ça ne te regardait pas.
-Fais pas de conneries Ronald, prévint son ami. Ça risque de mal tourner cette fois et personne ne te le pardonnera. On est déjà assez dans la merde à cause de Sutcliff qui pouvait en finir avec Undertaker et qui n'a rien fait, alors si tu en rajoutes une couche avec Clémence...
-Je crois que maintenant, c'est un peu tard pour me dire ça, non ? sourit ironiquement Ronald.
-Sauf que je te l'avais déjà dit. J'espère que tu sais ce que tu fais. Nous n'allons sûrement pas tarder à recevoir les félicitations de la Garde Prétorienne à cause de Sutcliff, alors évite de nous faire remarquer un peu plus.
-Je doute que les Prétoriens aient quelque chose à faire des femmes que je fréquente.
-Sauf que Svend Sørensen a répondu au patron : il approuve le plan qu'il a conçu pour la protection des Phantomhive, ici, dans cet appartement, insista Éric. Il nous l'a dit en vous attendant.
-Svend Sørensen ? L'Officier ?
-Notre grand patron, oui. En personne. Alors évite de larguer Clémence ou il faudra qu'on quitte l'appartement et je doute que ça plaise beaucoup en haut lieu. »
Éric rejoignit Alan, laissant Ronald un peu dépité.
.oOo.
« Sutcliff, puis-je vous parler un instant ? demanda William avec un air plus grave qu'à l'ordinaire.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Venez dans mon bureau s'il vous plait.
-Euh... Quel bureau ?
-Vraiment... La chambre d'Emma je veux dire. »
Étonnée, Grell lâcha la nouvelle boîte de cookies qu'elle avait entamée pour le suivre. Elle s'assit sur le lit qu'elle partageait d'ordinaire avec la brune, tandis que William prenait place sur la chaise du bureau.
« C'est à propos de votre demande de mutation, expliqua-t-il en Anglais. Comme vous le savez, notre supérieur nous a répondu et il a profité pour annoncer que votre demande était à nouveau refusée.
-Qu... Quoi ? se décomposa-t-elle. Mais... Mais non, enfin, c'est... Pourquoi ?
-Mr. Sørensen désire garder notre équipe telle quelle. Changer les membres maintenant serait une erreur selon lui. Pour lui, vous avez parfaitement votre place ici : vous êtes puissante et vous connaissez mieux Undertaker qu'aucun de nous.
-Je ne vois pas en quoi je le connais mieux que vous, répliqua-t-elle d'une voix désespérée.
-Vous l'avez affronté sur le Campania, avec Knox, certes, mais vous l'avez aussi rencontré chez lui quand vous faisiez passer pour le majordome de Madame Red, expliqua William en remontant ses lunettes. En tout cas, ce sont les arguments qu'il a avancé.
-Et je ne suis pas si forte que ça, souffla-t-elle.
-Vous l'êtes, contredit William en toute sincérité. Vous êtes la fille de Neal Sutcliff et la petite-fille de Clarence Forester après tout. D'après ce que j'ai compris, vous avez hérité de la puissance de celui-ci. Je peux comprendre que Mr. Sørensen...
-Tu es plus puissant que moi, meilleur en tout et tu le sais très bien, coupa Grell d'un ton agressif. Et comment sais-tu tout ça sur moi ?
-Contrairement à ce que vous affirmiez la dernière fois, je sais parfaitement qui vous êtes, Sutcliff. Tout comme chacun des membres de mon équipe. Toujours est-il que vous restez avec nous pour le moment.
-Je demanderais jusqu'à ce qu'ils acceptent, s'entêta la rousse.
-Ils refuseront quoi qu'il arrive, soupira William en voyant son obstination. Nous dépendons des Prétoriens depuis que nous sommes Traqueurs. Ce n'est pas aussi facile que quand nous étions simples Faucheurs.
-Est-ce que je vais avoir un blâme pour la Japan ?
-Assez étonnement, Mr Sørensen a dit que ça pouvait arriver à tout le monde, répondit le brun d'un ton agacé. Ne me demandez pas pourquoi, mais il a décidé de laisser passer pour cette fois, malgré votre dossier déjà chargé. Ce qui est fait est fait a-t-il dit. Par contre, il veut que vous continuiez vos séances de psychothérapie avec le psychologue des Bouches-du-Rhône.
-C'est hors de question, grogna Grell. Je ne mettrais plus jamais les pieds dans un de ces maudits cabinets.
-Vous n'avez malheureusement pas le choix, Sutcliff.
-Tu as au moins une bonne nouvelle pour moi ?
-En contrepartie, vous aurez deux jours de repos au lieu d'un et vous êtes augmentée.
-Génial, ironisa-t-elle en se levant. Et comme je n'ai nulle part où aller en-dehors d'ici, je passerais quand même mon weekend en ta compagnie.
-Où allez-vous ?
-J'ai besoin de prendre l'air. Ne m'attendez pas. »
Elle se dirigea vers la porte de la chambre et mit la main sur la poignée avant de se retourner vivement vers son supérieur et de lui déclarer d'un ton aigre :
« Une dernière chose William : ne parle plus jamais de ma famille en ma présence. Ils ne sont plus rien pour moi depuis mes soixante-dix-huit ans et ça, je suppose, ça ne figure pas dans tes chers dossiers. »
.oOo.
À l'heure de se coucher, Alexander se mit à râler. Non qu'il ne voulait pas aller se coucher, mais Ronald l'obligea à virer manu militari de la chambre de Clémence pour prendre sa place et dormir avec la jeune femme à la demande de celle-ci. Elle avait en effet l'occasion rêvé de se débarrasser du jeune anglais.
Or, le canapé-lit double où dormirait les deux frères était particulièrement inconfortable. Indigne d'un Phantomhive comme lui, même si Richard lui assura qu'on s'y faisait parfaitement. Il alla même jusqu'à proposer que le nouveau couple dorme dans le salon avec Éric et Alan, tandis que lui et son frère seraient dans la chambre de Clémence.
Finalement, Clémence et Ronald restèrent dans la chambre de cette dernière l'autre couple hérita de la chambre d'Emma le temps qu'elle serait à l'hôpital. Les Phantomhive seraient dans le canapé-lit, au grand dam d'Alexander, et William ne changerait pas de place : toujours au salon. Quant à Grell, elle irait au salon dès qu'elle rentrerait. Elle n'était toujours pas revenue et ils lui laissèrent un mot sur la porte de la chambre d'Emma.
Quand les lumières furent éteinte, une voix s'éleva au salon.
« Richard...
-Quoi Alex ? murmura celui-ci.
-Alexander... Je ne m'appelle pas Alex. Richard, j'ai mal au dos.
-Tais-toi un peu et dors, tu n'y penseras plus. C'est psychologique.
-Je ne pourrais plus me lever demain.
-Bien sûr que si. Tu n'as pas quatre-vingt-dix ans. »
Richard commença à s'endormir quand son frère le réveilla à nouveau :
« J'ai mal aux cervicales. Le coussin est ignoble.
-Je comprends que Clémence ait voulu se débarrasser de toi.
-Je vais avoir un torticolis, Richard.
-Mais non ! Dors. »
Il y eut un court silence avant que le cadet ne reprenne :
« En plus, il n'y a même pas de volets aux fenêtres et la lumière passe à travers les rideaux qui ne sont pas assez épais.
-Ferme les yeux et la bouche et ça ira bien mieux, répliqua Richard qui en avait assez des interventions de son frère.
-Pourquoi fermer ma bouche m'aidera à bien dormir ?
-T'es con ou tu le fais exprès ? Ça m'aidera moi à bien dormir.
-Quelle vulgarité, mon frère. »
Richard soupira et tourna le dos à Alexander, espérant pouvoir enfin dormir. Un quart d'heure plus tard, alors qu'il allait enfin rejoindre le pays des rêves, le plus jeune Humain grommela à nouveau :
« Ne pourrais-tu pas faire un peu moins de bruit ?
-Bon sang, je fais pas de bruit, grogna le comte en baillant. J'allais dormir.
-Si, tu siffles quand tu respires, je ne peux pas trouver le sommeil.
-Je te donne avec plaisir mon asthme, répliqua Richard avec acidité, et comme ça tu pourras dormir, je ne ferais plus de bruit en respirant.
-Ah... Ne peux-tu pas prendre des médicaments pour faire moins de bruit ?
-Je peux toujours utiliser ma Ventoline.
-Je veux bien, merci. »
Richard s'assit sur le lit et regarda son frère d'un air désabusé :
« C'était de l'ironie Alex. Je n'utiliserais pas mes médicaments de crise pour que tu puisses dormir.
-Ignoble... Tu ne penses vraiment qu'à toi. Et c'est Alexander. »
Richard allait le frapper pour lui remettre les idées en place quand William intervint en apostrophant son cadet en anglais :
« Je vous jure ! Phantomhive ! Quand allez-vous vous décider à vous taire ?! Laissez donc le comte dormir et moi aussi par la même occasion. Ce n'est pas sa faute s'il est asthmatique. Vraiment... Vous me feriez presque regretter que je doive vous protéger.
-Vous voulez appeler Amber et Sebastian ? proposa Richard d'un ton plein d'espoir.
-Il ne faut tout de même pas exagérer. Vraiment... Bonne nuit messieurs.
-Good night, Mr Spears. [Bonne nuit, M. Spears.] » grogna Alexander.
Le silence se fit enfin.
.oOo.
Dans un coin mal éclairé du Domaine des Milles, Grell s'était laissée glisser contre un arbre et s'était assise sur la pelouse qu'elle avait entrepris d'arracher violemment tout autour d'elle. Elle ne savait pas vraiment si elle était furieuse ou malheureuse.
Sa demande de mutation avait encore été refusée. C'était donc si compliqué que ça de l'envoyer dans un autre département que celui des Traqueurs ?! Elle n'avait jamais demandé à y entrer, elle. Il fut un temps où elle aurait été ravie d'en faire partie. La chasse aux Démons et aux déserteurs, la possibilité de les rougir de leur sang sans qu'on ne lui dise rien... Se défouler, tout simplement.
Mais là, maintenant, elle était obligée de vivre avec William pour la mission. William qui, non content de l'avoir rabaissée plus bas que terre la dernière fois, venait de faire remonter en elle des épisodes de sa vie qu'elle aurait préféré oublier. Qu'elle avait tout fait pour oublier.
Elle essuya furieusement les larmes de rage qui coulaient sur son visage en repensant à sa famille, si on pouvait appeler cela ainsi. Ils n'avaient jamais fait que l'enfoncer un peu plus, sans jamais l'aider. Elle les haïssait sûrement plus que toutes ces femmes qui avortaient. Qu'importait que Neal Sutcliff, son géniteur, et Clarence Forester, son grand-père maternel, soient très appréciés. Qu'importait que le premier soit le chef du secteur d'Hampshire, ou que le second ait été le secrétaire d'État de Grande-Bretagne, le supérieur des chefs de secteur, avant sa mort face à un Démon. Et sa génitrice, ses oncles, tantes, cousins, cousines... Aucun ne valait mieux qu'eux. Elle, elle savait qui ils étaient réellement, elle savait ce qu'ils lui avaient fait subir durant son enfance.
Elle se souvenait comme si c'était hier du jour où elle avait été mise à la porte alors qu'elle n'était qu'une jeune adolescente. Juste parce qu'elle était différente. Parce qu'une transsexuelle dans une famille hyper traditionaliste et très respectée, ce n'était pas convenable.
Elle tourna la tête en direction de l'immeuble Daguerre mais celui-ci était invisible de là où elle était. Elle maudissait William pour lui avoir rappelé tout ça, même si ce dernier ne pouvait pas être au courant de ce qu'elle avait vécu. Elle arracha une nouvelle touffe d'herbe. Et cet abruti de Sørensen ! Qu'est-ce que ça lui faisait qu'elle parte ailleurs ?! La seule chose qu'elle pourrait peut-être regretter, c'était Clémence et Emma. Elle s'entendait plutôt bien avec elles qui la considéraient réellement comme une femme. Mais le reste, elle n'en avait que faire.
Et puis, Sørensen aurait dû être ravi de se débarrasser d'elle ! Elle demandait sa mutation juste après avoir fait une grave erreur professionnelle. Au lieu de ça, il lui disait de faire mieux la prochaine fois. Elle ferma les yeux et repensa à son combat contre Undertaker. Mais pourquoi, pourquoi avait-elle été incapable de réagir ?! Elle déracina férocement une touffe d'herbe plus grosses que les autres.
« Vous me semblez particulièrement énervée mademoiselle. » s'amusa une voix.
Grell sursauta et tourna la tête vers un inconnu qui la regardait massacrer le gazon tout autour d'elle. Elle dévisagea un instant cet homme dont les cheveux d'un noir de jais tombaient sur les épaules, laissant son visage fin découvert. Sa peau était plutôt mâte. En revanche, la rousse était absolument incapable de déterminer la couleur de ses yeux, sûrement clairs. Peut-être dans les tons bleus, mais le manque de lumière l'empêchait de le déterminer.
« Que me voulez-vous ? agressa-t-elle, les nerfs à fleur de peau.
-Je me demandais juste ce que cette pauvre pelouse vous avez fait.
-Ça ne vous regarde pas.
-Alors je vous dis au revoir. Par contre, vous devriez changer d'arbre.
-Pourquoi ?
-Il n'y a plus assez de gazon à portée de votre main, rit le brun.
-Pfff... Où allez-vous ?
-Je m'en vais.
-Pourquoi ?
-J'ai cru comprendre que je vous dérangeais dans votre arrachage. Dites-moi, vous ne vous arrêtez jamais de poser des questions ?
-Je ne pose pas tellement de questions ! protesta-t-elle. Si ? »
Devant le sourire moqueur du brun, elle se rendit compte qu'elle en avait encore posée une. Elle ne put s'empêcher de glousser.
« Désolée. Je m'appelle Grell.
-Enchanté, Virgile. »
Grell s'apprêta à faire une remarque, mais elle aurait été des plus déplacée envers un Humain. En effet, lui dire que c'était un des prénoms les plus portés par les Shinigami avec Dante, depuis la sortie de la Divine comédie, ainsi que Lucius et ses dérivés en hommage à l'un des plus grands dieux de la Mort n'était peut-être pas une bonne idée.
« Vous alliez poser une autre question.
-Même pas ! se défendit la rousse. Je pensais juste que j'ai déjà connu des Virgile.
-Je ne pense pas être le seul sur Terre, en effet. J'espère au moins qu'ils étaient sympathiques.
-Pas forcément avec moi, mais je crois que je dirais ça d'à peu près tout le monde.
-S'en prendre à une aussi jolie femme que vous et qui sait si bien assassiner le gazon est un risque inconsidéré et stupide. Je préfère vous avoir à mes côtés...
-Hu hu hu... gloussa-t-elle. Tenteriez-vous de me séduire ?
-Si c'était le cas, cela vous gênerait-il ?
-Eh bien... Je dirais qu'un aussi bel homme que vous à de quoi plaire, minauda-t-elle. Cependant... »
Elle soupira, se détestant de penser à William alors que quelqu'un venait la draguer, ce qui arrivait assez peu souvent. Virgile vit son changement d'humeur et sa soudaine tristesse. Il vint s'asseoir à ses côtés, son visage légèrement caché par l'ombre.
« Vous n'êtes pas prête, finit-il dans une sorte d'affirmation.
-Non, je ne crois pas.
-Rupture ?
-Non, une déception amoureuse, expliqua Grell qui se demandait pourquoi elle se confiait à un parfait inconnu. Un homme qui ne m'aimera jamais et qui me l'a clairement signifier. Je... J'essaie de faire mon deuil et de passer à autre chose, mais c'est dur.
-Un Virgile ? interrogea malicieusement le brun.
-Non, sourit tristement la rousse. Un William.
-Oh c'est pire alors.
-Vous en connaissez ?
-À vrai dire, non, avoua l'homme, mais c'est un prénom assez pédant, je trouve. C'est Anglais.
-Je suis Anglaise, répliqua Grell légèrement vexée.
-Je n'ai jamais dit que l'Angleterre ne refermait pas de belles choses, se rattrapa Virgile dans un sourire.
-Connaissez-vous seulement l'Angleterre ?
-Il pleut beaucoup, il y a une reine et la capitale est Londres. J'ai résumé l'essentiel, non ?
-Vous oubliez Shakespeare ! reprocha-t-elle.
-C'est vrai. Mais sa pièce la plus connue se passe à Vérone, en Italie. Une bien belle ville d'ailleurs...
-Vous y êtes allés ?! fit vivement la rousse.
-J'ai fait quasiment toute l'Italie, signorina Grell... »
Cette dernière pouffa à nouveau. Elle allait demander des précisions sur la cité de Roméo et Juliette, mais le portable de Virgile sonna. Il regarda rapidement le nom et soupira :
« Si je ne décroche pas, il va me harceler.
-D'accord.
-Allo ? Oui, c'est moi... répondit-il, exaspéré. Qu'est-ce que tu... Si j'ai envie de le faire, je le fais. C'est tout... Quoi ?! C'est une blague, j'espère ? Oui, oui, ça va... Non, ne bouge pas, j'arrive. À tout de suite. »
Il raccrocha, avec le regard de celui qui réfléchit rapidement.
« Grell, vous m'excuserez. Je dois y aller, un problème au travail.
-Il est tard pour travailler, nota-t-elle.
-Pas dans ma branche, malheureusement. Alors, je vous dis à bientôt j'espère et dans de meilleures conditions.
-Je l'espère aussi. »
Virgile se leva et allait partir quand il regarda une dernière fois Grell et lui souffla avant de disparaître :
« Ne vous en faites pas trop pour ce William. C'est qu'il ne vous méritait pas, que ce n'était pas le bon. Oubliez-le, c'est la meilleure chose qui pourra vous arriver. »
Grell voulut répliquer quelque chose, mais Virgile était déjà parti. Elle ne chercha pas à le rattraper, c'était inutile dans la nuit, et à vrai dire, il était temps de rentrer.
Prochain chapitre : "A la faculté".
Un Schtroumpf, la découverte du monde extérieur pour Alexander et un grand retour...
