Coucou !
Et voilà un nouveau chapitre ! La première citation est tirée de "Transformers" (il me semble que c'est le premier film) de Michael Bay, la deuxième des "Frères Scott" de Mark Schwahn. A vrai dire, je les ai trouvés sur un site de citation dont je ne me souviens plus le nom... XD
Bref ! Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture !
CHAPITRE XVII : A LA FACULTE
Silencieusement, Grell se glissa dans l'appartement plongé dans le noir, repensant à ce que Virgile lui avait dit. Peut-être avait-il raison, quelque part. La meilleure chose qu'il pourrait m'arriver, pensa-t-elle. Oublier William... Elle soupira, c'était facile à dire, mais à faire... Bah, ça ne lui coûtait rien d'essayer. Au moins, elle avait la preuve qu'elle pouvait plaire à d'autres hommes.
Une aussi jolie femme que vous... Elle gloussa sans bruit, pour ne pas réveiller les autres. Certes, ce Virgile avait tenté de la séduire, mais ça faisait toujours plaisir à entendre. Il n'y avait guère de personne l'ayant appelée ainsi. Depuis combien de temps ne l'avait-elle pas entendu ?
Bah, ça n'avait guère d'importance. Finalement, peut-être qu'Emma avait raison : ce n'est pas parce que William ne la regardait pas que d'autres hommes ne pouvaient pas le faire.
Elle entra dans la chambre de la brune pour aller dormir. Refermant derrière elle, elle alluma la lumière. Il y eut trois cris quasi simultanés.
« SUTCLIFF !
-Qu'est-ce qui se passe ?
-MAIS QU'EST-CE QUE VOUS FOUTEZ DANS MON LIT VOUS DEUX ?! »
Grell prit une teinte pivoine en voyant le couple complètement nu et assis sur les draps. Alan ayant passé ses jambes autour des hanches d'Éric et se trouvant entre ses cuisses, le blond, tenait son amant par la taille et eut le réflexe de le basculer sur le lit en tirant les draps sur eux pour les cacher. Le plus jeune étouffa un cri de douleur quand Éric se retira un peu violemment de lui. Il était désormais impossible de savoir qui était le plus rouge de gêne entre Alan et Grell, tandis qu'Éric avait blanchi.
Celui-ci s'énerva alors pour dissimuler son malaise :
« Comment ça, dans ton lit ?! Tu sais pas lire ?! On a laissé un mot sur la porte ! On a tout changé !
-Un mot sur la porte ?! gronda la rousse, se reprenant alors qu'elle se faisait attaquer. Mais vous êtes pas biens ! Comment j'aurais pu le lire dans la nuit ! Ou même le voir ! Et vous êtes pas obligés de faire vos cochonneries ici !
-Demande à Père de changer de lunettes ! On l'a foutu sur la poignée pour pas que tu le loupes ! Et tu serais le p... la première à faire sûrement bien pire !
-Éric, s'il te plaît, je... tenta Alan.
-Tu ne me connais pas alors ne dis pas que je ferais pire ! coupa Grell sans faire attention à ce dernier. Et génial le mot sur la porte ! C'était la chose la plus intelligente à faire ! Comme si c'était poss...
-Non mais je vous jure ! Vous avez bientôt fini ?! »
William s'était levé pour voir ce qui se passait, suivi par Richard et Alexander. Ils furent rejoints par Ronald et Clémence qui rougit d'embarras en voyant Éric et Alan, avant de détourner les yeux.
« Qu'est-ce qui se passe ? demanda l'Humaine.
-Quel réveil abominable ! commenta l'adolescent. C'est pire que les sifflements de Richard et... AÏE ! »
Le comte l'avait frappé violemment à l'arrière de la tête. Il en avait plus qu'assez de l'entendre râler pour une chose non maîtrisable. Comme s'il avait choisi son asthme...
« Ils font des cochonneries dans mon lit ! protesta Grell.
-Mon dieu que c'est ignoble ! C'est absolument contre nature de... AÏE ! Mais Richard, quand vas-tu arrêter de me frapper ?
-Quand tu arrêteras avec tes propos homophobes!
-C'est le lit d'Emma, fit remarquer William à Grell sans écouter les Phantomhive. Nous avions laissé un mot sur la porte, mais...
-Vas-y ! Défend-les en plus ! s'énerva la rousse sans écouter ce qu'il avait à dire. C'est pas comme si j'avais l'habitude de...
-Sutcliff, ça suffit ! Vraiment... Je reconnais que nous aurions pu le mettre un peu plus en valeur. Nous vous avons installé un lit dans le salon, mais je reconnais aussi que...
-En tout cas, tu t'es empressé de ne pas me demander mon avis ! » cracha-t-elle.
Elle fit volte face et entra dans la pièce pour aller se coucher sous le regard exaspéré de William qui n'avait toujours pas dit ce qu'il voulait. Il se tourna donc vers Éric et Alan :
« Mais je reconnais que vous n'aviez pas à faire cela ici. Nous sommes en service permanent désormais ! Vraiment... Ce n'est même pas votre lit. Humphries, je vous pensais plus sérieux que cela.
-M... Mais Mr Spears... tenta Alan complètement mortifié.
-Je vous jure... Être en couple n'est pas une raison suffisante. C'est comme si vous le faisiez au bureau ! Personne n'aurait l'idée de le faire au bureau ! Vraiment... »
Éric et Alan se regardèrent, plus humiliés que jamais. Heureusement, leur coup d'œil passa inaperçu de William qui continua sa tirade sur ce qu'il ne fallait pas faire en service. Visiblement, eux, y avaient déjà pensé, tout comme Ronald qui se mordit la lèvre. Il se tourna vers Clémence et l'invita à se recoucher. Inutile de rester et, surtout, il ne voulait pas que William comprenne qu'il était le seul qui n'aurait jamais de relations sexuelles au bureau. La jeune femme approuva dans un bâillement, contente de pouvoir laisser les deux hommes tranquilles.
« J'espère que nous pourrons enfin dormir, remarqua Alexander.
-Et c'est toi qui dit ça ? » répliqua Richard.
.oOo.
Un bruit strident qui ne s'arrêtait plus retentit tout à coup. Clémence leva brusquement la tête, se cognant le crâne contre quelque chose de dur.
« Aïe ! s'écria Ronald.
-Oh ! Ronnie, ça va ? » s'inquiéta-t-elle.
Elle était affreusement gênée de lui avoir fait mal alors que c'était la première fois qu'ils dormaient ensemble. Visiblement, elle avait passé la nuit calée dans ses bras. Cette idée la fit rougir.
« T'es violente au réveil, grogna-t-il en se massant son nez qu'il avait enfoui dans les cheveux de l'Humaine durant son sommeil. Heureusement que je suis un Shinigami, tu aurais pu me casser le nez...
-Désolée ! rit-elle tout à coup. J'ai pas l'habitude de dormir avec quelqu'un.
-Ça te fait rire ?
-Tu as le nez qui devient bleu, on dirait un Schtroumpf. »
L'Écossais grommela en voyant Clémence éclater de rire. Elle poussa un cri de surprise et prit une teinte tomate quand il attrapa ses fins poignets d'une seule main, sachant très bien qu'elle était incapable de se débattre ainsi. Il ricana :
« Tu vas avoir une raison de rire, tu vas voir ! »
De son autre main, il voulut la chatouiller, mais elle était bien plus chatouilleuse que ce qu'il avait prévu et elle eut le réflexe de donner un coup de pied qu'il reçut dans le tibia. Il la lâcha aussitôt.
« Aïe ! Mais fais attention ! protesta-t-il. Maintenant, en plus du nez, je vais avoir un bleu sur la jambe ! Arrête de rire !
-Mon Grand Schtroumpf ! rigola-t-elle en l'embrassant du bout des lèvres. Enfin, ça va, c'est pas comme si t'étais Humain. D'ici une heure, tu n'auras plus rien.
-Ça ne te donne pas le droit de me massacrer.
-Ah, j'te jure ! Les hommes sont des petites natures... taquina-t-elle alors qu'il se levait.
-Au fait, c'est quoi ce bruit persistant ? » demanda-t-il tandis que le bruit continuait.
Clémence se mordit les lèvres de colère avant de répondre :
« C'est le perceur fou.
-Le... Le perceur fou ?
-Oui, régulièrement il s'éclate avec sa perceuse. Son appartement doit être un gruyère avec plus de trous que de fromage.
-Ça vient d'où ? L'appartement d'à côté est inhabité, non ?
-C'est celui du dessus.
-On a l'impression que c'est dans la chambre-même, grogna-t-il. Ça dure longtemps ?
-Parfois quelques minutes, parfois toute la journée.
-Ah quand même... On ira le voir s'il faut. Ou on attendra qu'il soit sur la Death list.
-Hein ?! s'écria Clémence. Tu... Tu veux le tuer ?
-Non ! Le faucher seulement. Je me dis qu'il y aura bien un voisin qui le fera à ma place, plaisanta-t-il.
-J'ai quand même pas envie qu'il y ait un meurtre dans mon immeuble... »
Il lui sourit, se pencha vers elle en lui attrapant le menton et l'embrassa avec douceur.
Alors qu'ils entraient bientôt dans le salon pour prendre le petit déjeuner, ils furent salués par les Phantomhive, Grell et l'autre couple. Alan n'osait regarder personne et garder le nez dans son bol de thé. Éric était à peu près pareil à la différence qu'il regarda quand même Ronald et Clémence arriver. Il dévisagea un instant son ami avant d'éclater de rire :
« Eh bien, qu'est-ce qui t'arrive Ronnie ? T'as décidé de te transformer en poisson que t'es tout bleu ? »
Tout le monde se mit à rigoler, hormis l'Écossais qui marmonna que c'était la faute de Clémence.
« Ça commence bien entre vous... nota Grell. J'ignorais que vous donniez dans le SM ! »
William arriva sur ce, se plaignant du boucan du voisin du dessus approuvé par Alexander. Il haussa un sourcil étonné en voyant Ronald et lui demanda comment il s'était fait ce bleu sur le nez, sous les ricanements de Grell et Éric.
.oOo.
Quant ils eurent tous finis de déjeuner et qu'ils se furent occuper des chiots, ils partirent pour l'hôpital, voir comment se remettait Emma. Une fois sur place, ils entrèrent directement dans sa chambre où ses parents étaient déjà présents. Tous demandèrent des nouvelles et furent rassurés de voir que l'opération s'était bien passée et qu'elle se sentait aussi bien qu'elle pouvait l'être en une telle situation. Pour le moment, la brune n'était plus vraiment sous l'influence de la morphine et était maîtresse d'elle-même. Elle ne souffrait cependant pas trop, les antidouleurs agissant juste assez pour l'en empêcher. Personne ne lui raconta pourtant ses exploits de la veille. Elle était persuadée d'avoir rêvé et c'était tant mieux pour elle. Thomas était monté sur le lit de sa sœur et s'était calé contre elle.
Quand Emma vit Clémence avec un large sourire dans les bras de Ronald, elle comprit aussitôt ce qu'il s'était passé :
« Hey ! Alors comme ça, vous êtes ensemble ?
-Oui, approuva son amie.
-Félicitation ! s'exclama Michel. Au moins, Emma n'est plus la seule en couple de vous deux !
-Merci...
-Et je suppose que je suis, bien entendu, la dernière au courant, grogna Emma.
-Tu n'étais pas là, en même temps, taquina Ronald.
-J'aurais bien aimé l'être !
-Krys' est déjà au courant, avoua Clémence en parlant de sa meilleure amie. Mes parents aussi, mais Lena ne le sait pas.
-Encore heureux ! L'apprendre après la barbare blonde, merci bien ! »
Tous se mirent à rire.
« Euh... Pourquoi tu me fixes comme ça, toi ? demanda tout à coup Ronald à Thomas qui le regardait depuis un petit moment déjà.
-Le taux de phéromone du garçon indique qu'il veut s'accoupler avec sa femelle... » annonça l'enfant, fier de lui et de sa citation.
Il y eut un grand éclat de rire et Emma embrassa son frère. Clémence rougit aussitôt et crut mourir de honte. Elle se détacha de l'Écossais, trop mal à l'aise pour rester dans ses bras, mais il la rattrapa en riant et déposa un baiser sur sa joue.
« Ce gosse a tout compris ! s'esclaffa Éric.
-Hu hu ! J'aime bien ton frère, Emma, commenta Grell.
-Je vous jure... s'exaspéra William, sans que l'on sache vraiment si ça concernait la remarque de Thomas ou celle de Grell.
-C'est dans mon film préféré ! déclara Thomas avec un grand sourire.
-Les jeunes de nos jours sont absolument ignobles, déclara d'un ton hautain Alexander.
-C'est vrai que t'es tellement vieux... ricana Richard.
-Et au fait, demanda Maria à sa fille, ça va toujours comme vous voulez entre William et toi ? »
Emma eut un moment de doute, sans comprendre, avant de se souvenir que jusqu'à présent, ses parents étaient persuadés qu'ils étaient en couple, eux aussi.
« Oui bien sûr.
-Vraiment ! Cela va de sois.
-Comme ça, on ne dirait pas, rit Michel. Vous êtes toujours aussi peu démonstratifs... »
Thomas ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais la brune coupa court à toute nouvelle citation :
« Si tu dis quoi que se soit, tu t'en prends une...
-T'es pas drôle grande sœur. Mais comme tu pourras pas m'attraper et que j'ai une supère réplique... »
Il sauta par terre et déclara :
« L'acte d'amour le plus parfait est le sacrifice, cacher ses sentiments pour pouvoir être bons amis... »
Cette fois, ce fut Clémence qui rigola avec Thomas. Le chirurgien entra à ce moment dans la chambre pour examiner le pied d'Emma. Satisfait de la manière dont la greffe s'était passée, il entreprit d'expliquer ce qui aller se passer ensuite. La jeune femme resterait une semaine à l'hôpital et ne sortirait donc que le samedi d'après, soit le 16 mars. Cependant, elle n'en aurait pas fini avant un bon moment : elle ne devait pas s'attendre à remarcher avant août ou septembre et devrait encore avoir de nombreuses séances de rééducation. En résumé, elle ne marcherait pas avant longtemps. Et hors de question qu'elle repose le pied par terre avant ce moment-là !
Il précisa aussi qu'une infirmière devrait passer tous les jours chez elle afin de lui prodiguer des soins quotidiens, notamment en ce qui concernait la prise de morphine.
« Mais c'est une drogue ! s'exclama Maria. Vous voulez faire de ma fille une junkie ou quoi ?
-Rassurez-vous, madame. C'est bien pour ça que c'est une infirmière qui s'en occupera : ce sont des doses infimes et médicales. »
.oOo.
Le lundi arriva, les parents et le frère d'Emma étaient repartis la veille, après avoir demandé à William de bien veiller sur leur fille. En effet, ils étaient toujours persuadés qu'ils étaient en couple, surtout après le ''bisou de l'amour'' passionné que la brune lui avait administré devant eux après son injection d'antidouleur. Le Shinigami n'avait bien entendu pas pu protester devant eux, au risque de faire tomber leur couverture. Il avait cependant décidé de rester cette semaine auprès d'Emma pour des raisons de sécurité. Il valait mieux que quelqu'un reste avec elle, même si les Phantomhive étaient bien plus en danger qu'elle, d'autant que c'était à cause de son équipe qu'elle se retrouvait à l'hôpital. Augure s'occuperait de lui apporter les dossiers à traiter et de ramener aux bureaux ses ordres de chef de secteur.
Le réveil sonna dans le salon. Un long grognement retentit.
« Pourquoi doit-on se réveiller aussi tôt ? Il n'est pas encore six heures et demi...
-Fais-moi plaisir, Alex, tais-toi, moi, je peux encore dormir un peu, répliqua Richard en se retournant.
-J'ai mal dormi, j'ai mal partout, je suis fatigué et je dois me lever tôt. Cela devrait être interdit. À Weston, on ne se lève qu'à sept heures et quart.
-Hein ?! Vous vous levez si tard à Scarlet Fox ?! s'écria Richard. Ou les horaires ont changé depuis que j'y étais ?
-Il en a toujours été ainsi, me semble-t-il.
-On voit la différence avec Blue Owl : nous, c'était sept heures moins le quart. On avait l'habitude de relire les cours de la matinée avant d'y aller. Et moi, du moment où j'ai été Préfet, je devais me lever encore plus tôt... Allez, debout Alexander ! Tu vas te faire pleins de nouveaux amis ! tenta Richard d'un ton plein d'entrain.
-De nouveaux amis ? Merci bien. Je vais devoir me mêler à la plèbe et aux roturiers sans le sous. Je n'ose imaginer quelle horreur cela sera. Pour autant que je sache, ces gens peuvent se montrer d'une horrible vulgarité. »
Le comte soupira et accorda un regard désabusé à son frère avant de déclarer :
« Franchement, Alex, tu es désespérant parfois. Tu ressembles plus à vieux scrogneugneu qu'à un ado de quatorze ans.
-Alexander ! Quand vas-tu cesser de me prénommer ainsi ? »
Bientôt, Éric et Alan les rejoignirent au salon, le blond ayant enlacé les épaules de son amant. Le léger sourire qu'ils abordaient l'un et l'autre disparut quand le plus jeune Humain recommença à se plaindre :
« Pourquoi est-ce moi qui doivent avoir des gardes homosexuels ? Je vais me faire assassiner à c... AAAH ! »
Avant qu'un des deux Shinigami concernés n'est le temps de lui répliquer quoi que se soit, un coussin avait volé avec précision sur son visage, avant de tomber sur son bol de thé qui s'était renversé sur ses genoux et l'avait brûlé.
« Je t'ai déjà dit d'arrêter de parler comme ça, tu me fais honte, commenta Richard depuis le canapé-lit.
-D'un côté, pourquoi est-ce que c'est nous qui devons nous occuper de ce mioche ? bougonna Éric.
-C'est comme ça, Éric, soupira Alan en prenant ses médicaments. Tu ne vas pas commencer à râler ?
-Si c'est vous deux qui vous en occupez, expliqua William en lançant un regard à Grell qui dormait encore malgré le bruit, c'est que je ne fais pas confiance à Sutcliff pour le laisser en vie et que vous avez l'habitude de travailler ensemble.
-Je ne vois pas pourquoi quelqu'un voudrait m'assassiner. Quant à ce tran...
-Un mot de plus, Alexander Phantomhive, menaça Richard, et je donne du travail en plus aux Shinigami. Ou j'appelle Amber. »
Alexander jeta un regard noir à son frère mais ne rajouta rien. Quant il eut fini son Earl Grey et ses œufs au bacon, Éric et Alan l'escortèrent jusqu'à l'arrêt de bus, juste à la sortie du Domaine des Milles.
« Quoi ?! s'exclama-t-il. Ne prenons-nous pas une voiture ?
-Maintenant, tu vas te taire, je commence à en avoir plus qu'assez de toi et de tes caprices d'enfant gâté, répliqua Alan avec hargne. Tu vas apprendre à faire comme les autres, à te fondre dans la masse ou tu te feras tuer. Est-ce clair ?
-Je ne suis pas un enfant gâté, je dis juste que...
-Tu sais, coupa Éric, tu ferais mieux de ne pas énerver Alan. Malgré les apparences, il est plus dur que moi et tu le regretteras amèrement. Je sais de quoi je parle. N'est-ce pas ? »
Il avait adressé sa dernière phrase à son amant qui eut un léger sourire entendu.
.oOo.
Environ une demi-heure plus tard, ils arrivèrent au collège qu'Alexander lorgna d'un mauvais œil. Ce grand bâtiment gris des années quatre-vingt n'avait rien à voir avec l'architecture médiévale et renaissante de Weston School. D'ailleurs, la cours était goudronnée et non pavée, il n'y avait pas le moindre jardin et encore moins de pelouse, une sonnerie stridente annonçait le début des cours au lieu que se soit une mélodie jouée par des cloches de la sublime chapelle gothique, il n'y avait même pas d'uniforme et, comble du comble, horreur suprême, ignominie parfaite : il y avait des filles !
L'adolescent resta pantois en voyant que des filles se promenaient dans la cours, au milieu des garçons, sans que personne ne dise quoi que se soit à cette odieuse infamie. Depuis quand filles et garçons étaient dans les mêmes collèges ? Les mêmes cours ? Se côtoyaient ainsi ? Jouaient ensemble ? Et... Et s'embrassaient de manière aussi indécente, devant tout le monde ?!
En effet, à une dizaine de mètres de lui, Alexander venait de repérer un couple. C'était... Ignoble. Tout simplement ignoble. Où était-il donc tombé ? C'était quoi, cet établissement de fous ? Une ouverture à toutes les bassesses de ce monde ? Aux vices les plus impardonnables ?
William T. Spears allait l'entendre ce soir. Hors de question qu'il mette les pieds ici le lendemain. Pour aujourd'hui, c'était déjà trop tard, il ne pourrait plus ressortir. Mais jamais il ne reviendrait là.
À Weston, rien de tout cela ne se serait vu. Si l'établissement s'était ouvert aux filles, celles-ci se trouvaient dans leurs propres bâtiments, tout aussi splendides que ceux des garçons, mais séparés d'eux. C'était tout de même plus décent.
« Salut ! fit une voix féminine d'un ton joyeux et accueillant. Tu dois être le nouveau, non ? On nous a prévenu de ton arrivée. »
Le blond se tourna vers la nouvelle venue, un peu plus âgée que Richard et la détailla sous toutes les coutures. De quel droit cette... paysanne s'autorisait-elle à lui parler si familièrement ?!
« Je crois que nous ne nous sommes jamais rencontrés ni n'avons jamais été intimes alors je vous serais grès de me vouvoyer, mademoiselle. »
La jeune femme éclata de rire, pensant à une blague, jusqu'à ce qu'Alexander lui demande avec une froideur digne de William ce qu'il y avait de drôle.
« Tout d'abord, tu me parles sur un autre ton ! s'écria-t-elle. Tu as de la chance d'être nouveau, ou tu aurais eu des heures de colles ! Les petits morveux dans ton genre qui pètent plus que leur cul ne font pas long feu avec moi. Met-toi ça dans la tête. »
Alexander fut tout bonnement horrifié en entendant cette gueuse s'adresser à lui de la sorte. Il allait lui dire sa manière de penser (après tout, un manant n'avait pas à parler ainsi à un noble avec autant de quartiers de noblesse que lui, voyons ! Les Français avaient fait la Révolution, coupé la tête à leur roi et voilà où ça les avait menés...), mais il capta le regard menaçant d'Alan qui se trouvait un peu plus loin et préféra se taire.
Il suivit donc l'impudente jusqu'à un bureau où il était écrit C.P.E sur la porte. Il se demanda un instant ce que cela voulait dire. Chancelier et Préfet des Élèves ? Conseiller du Président des Étudiants ? Tiens, ça pouvait même faire Comte de Phantomhive et d'Exeter, même si ça n'existait pas. Mmh... Ah ! Il avait trouvé, ça ne pouvait qu'être ça.
Il entra donc chez le Cardinal Premier de l'École et s'installa à la demande de celui-ci sur un siège en face de son bureau. Finalement, ce n'était peut-être pas un cardinal, il ne possédait absolument rien de religieux dans la pièce et portait même une alliance.
« Bonjour, salua l'homme. Je me présente, je suis le Conseiller Principal d'Éducation de ce collège, Fabien Sarez.
-Enchanté, M. Sarez. Mon nom est Bastien Flavet, répondit Alexander en se disant qu'il avait au moins trouvé le Conseiller dans l'abréviation.
-Je sais, je sais. Nous t'avons affecté à la classe de Quatrième D. Tu commenceras donc en Musique. J'espère que tu t'habitueras vite à notre établissement. En tout cas, si tu as le moindre problème, n'hésite pas à venir à m'en parler.
-Doit-on tous se tutoyer ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Est-ce la coutume dans ce niveau de la société ?
-Pardon ?
-Dans le collège où j'étais avant, le vouvoiement était de mise pour tout le monde. Alors je me demandais si ici, c'était le tutoiement.
-Tu te moques de moi ?
-Non, c'est juste que je n'ai guère l'habitude d'être confronté à des gens tels que vous et je suis bien obligé de m'adapter, répondit-il d'un ton légèrement méprisant.
-Sors d'ici avant que je m'énerve.
-Bien M. Sarez, dit-il en se levant. Et veuillez m'excuser si je vous ai offensé de quelque manière que se soit. Ce n'était pas mon intention, je souhaite simplement me tenir au courant. »
Il sortit sous le regard ébahi du C.P.E qui ignorait s'il était sérieux ou non. Alexander croisa Éric et Alan, engagés comme nouveaux pions et qui avaient rendez-vous avec Sarez juste après lui, avant de rejoindre sa classe avec la surveillante. La professeure de Musique l'attendait et avait déjà annoncé son arrivée imminente.
« Je vous présente donc votre nouveau camarade, Bastien Flavet. »
Alexander eut un soupir particulièrement exaspéré en s'avançant quand les filles se mirent à glousser en le voyant. Ce n'était rien d'autre que de la volaille sans intérêt. Voilà pourquoi il était mieux à Weston ! Il pouvait échapper à ces... choses. Il n'avait jamais compris les filles. Pourquoi se sentaient-elles obligées de pouffer de la sorte ?!
Il était vrai qu'avec sa belle chevelure blonde, ses sublimes yeux de saphir et son visage un peu rond, parfaite réplique de celui de Ciel, il avait l'apparence d'un petit ange et avait de quoi plaire aux filles de son âge, tant qu'elles ne connaissaient pas son caractère. Sans parler que, malgré sa taille plutôt petite et son apparence fluette, son corps avait été façonné par des années d'escrime de haut niveau. Jusqu'à présent, il avait remporté tous les tournois auxquels il avait participé.
« Veux-tu bien te présenter ? pria la professeure.
-Mon nom est Bastien Flavet. »
Visiblement, ils attendaient autre chose mais il ne dit plus rien. L'enseignante se décida à lui arracher les mots :
« Tu viens d'où ?
-De Saint-Julien, près de la frontière Suisse.
-Ah ! Voilà d'où vient ton accent ! Tu as quel âge ?
-Quatorze ans.
-Tu as redoublé ?
-Bien sûr que non ! s'offensa-t-il. Je suis simplement né en janvier.
-Tu pratiques des activités extra-scolaires ? Un sport, un instrument...
-Je... »
Ne pas dire qu'il excellait en escrime ! se rappela-t-il de justesse.
« Je joue du violon.
-Oh ! C'est très bien ! Depuis longtemps ?
-Depuis mes cinq ans.
-Tu dois être passionné alors ! Nous avons donc un musicien parmi nous ! »
Pourquoi les filles se mettaient-elles à glousser encore plus ?
« Non, détrompa-t-il d'un ton sans égal, mais cela serait une honte de ne pas savoir jouer du violon. C'est tout de même un minimum dans une famille comme la mienne. »
.oOo.
Richard attendait le bus pour aller à l'université Schuman et son tout premier cours en licence d'Histoire qui aurait lieu à dix heures. Emmitouflé dans son manteau et son écharpe, il jeta un coup d'œil à Clémence et Ronald qui s'embrassaient. La jeune Humaine était venu souhaiter une bonne journée au dieu de la Mort. En master, elle n'avait pas de cours et devait rédiger son mémoire et n'irait donc pas avec eux. Grell, en revanche, patientait en faisait des réussites sur sa Death tablet.
Le comte douta un instant que William approuve tous les jeux qu'elle avait, mais ne fit aucun commentaire. Il soupira, regardant l'heure. Ce maudit car n'arriverait donc jamais ?! Il s'enfonça un peu plus dans l'abri pour échapper au mistral particulièrement violent ce jour-là. Il releva la tête et vit enfin le bus qui approchait. Après lui avoir fait signe pour qu'il s'arrête, il signifia sa présence aux autres.
« On arrive ! grogna Grell en éteignant sa tablette. Pfff... Pourquoi je suis obligée de retourner en cours ? Ça fait bien deux cents trente-cinq ans que j'ai pas mis les pieds dans une salle de classe... Peut-être plus...
-Te plains pas, moi j'ai jamais rien compris à l'Histoire, répondit Richard. Mon truc, c'est l'astrophysique. Dire que je pourrais être en train de suivre un cours sur les plasmas ou sur l'astrosismologie...
-L'as-quoi ? s'abasourdit Grell.
-L'astrosismologie ! s'enthousiasma aussitôt Richard. C'est passionnant ! C'est ma spécialité... C'est l'étude de la sismologie des étoiles autres que le Soleil ! En fait, ces dernières produisent des ondes sonores, inaudibles à l'oreille humaine, qui voyagent en leur sein, dans n'importe quelles directions, avant d'atteindre la surface. Là, grâce à ça, on peut mesurer ces ondes grâce à des instruments adaptés. Ensuite, c'est comme la sismologie terrestre : quand on mesure les ondes sismiques, on détermine énormément de choses, comme les tremblements de terre, la nature du terrain en profondeur, etc... À part qu'ici, ça concerne le cœur-même des étoiles ! Et tout ce dont elles sont faites ! C'est comme... Comme si elles nous parlaient ! Au sens propre ! Mon directeur de recherche à Oxford me disait que c'était comme écouter la musique des étoiles. C'est beau hein ? C'est une musique extrêmement lente et continue, c'est vrai, il faut des années pour mesurer les ondes, mais c'est magnifique... Pourquoi vous me regardez tous comme ça ? »
Parti dans ses explications sur un ton enjoué et passionné, il n'avait pas remarqué Grell et Ronald qui le regardaient avec une profonde incompréhension, tandis que Clémence lui souriait.
« On sent que tu aimes ça, expliqua cette dernière. Ça fait plaisir à voir.
-Y a vraiment des gens qui s'intéressent à ce genre de choses ? grommela la rousse.
-Il faut de tout pour faire un monde, soupira Ronald, mais évite de parler de ça en cours ou tu te feras repérer...
-Je m'appelle Richard Phantomhive, pas Alexander. Inutile de me le préciser. On y va ? »
Ronald et Clémence s'embrassèrent une dernière fois, et les Shinigami et leur protégé montèrent dans le bus. Le comte s'installa contre la fenêtre et se mit à observer d'un air rêveur le ciel d'un bleu pur. Dire que là haut, invisible à cause du Soleil, se trouvait l'étoile qu'il avait décidé d'étudier... Et il était coincé là, à Aix-en-Provence, à devoir fuir sans cesse et utiliser son intelligence à survivre et non à ce qu'il aimait, à cause de son imbécile de sœur qui n'était pas capable de comprendre qu'Alexander et lui étaient innocents de la mort de Lester McMillan.
À croire que, quelque part, Amber avait raison. Les Phantomhive étaient une famille maudite.
Bientôt, ils arrivèrent à l'université Schuman. En passant le portail, Richard s'arrêta, comme électrisé.
« C'est pas ici, on a dû se tromper, déclara-t-il.
-Pourquoi ? lui demanda Ronald.
-C'est... C'est pas une université, ça ! C'est... une ruine. »
Stupéfait, le comte regardait autour de lui les hauts bâtiments qui tenaient plus d'une barre d'immeubles de banlieue que de l'image qu'il avait d'une université réputée. Ils étaient loin, les sublimes bâtiments médiévaux d'Oxford ! Ce qu'il avait devant lui tombait par endroit en lambeau, comme le démontraient les filets installés pour retenir les pierres. D'ailleurs, plus on levait les yeux vers les hauts étages, plus ils semblaient délabrés.
Heureusement, se dit le comte pour se rassurer, divers échafaudages indiquaient que les bâtiments étaient en rénovation et certains étaient déjà finis et flambants neufs.
« Non, on ne s'est pas trompé, c'est bel et bien ici, répondit Grell. Maintenant, il s'agit de trouver l'amphithéâtre où tu es...
-Dominus illuminatio mea... soupira Richard pour se donner du courage.
-Hein ? Que est le rapport ? fit l'Écossais en fronçant les sourcils.
-Le Seigneur est ma lumière, c'est la devise d'Oxford. Ça va me manquer plus que ce que je pensais, finalement. »
Ils passèrent les deux heures suivantes à écouter un cours d'Histoire Moderne durant lequel Grell finit sa nuit, Ronald flirta avec une ou deux étudiantes malgré son nouveau couple et Richard gribouilla quelques équations à plusieurs inconnues. Le comte reçut un texto de son frère alors qu'ils se dirigeaient vers la cafétéria pour le déjeuner.
Ce collège est absolument ignoble... Les cours d'Anglais sont d'un niveau lamentable (ils apprennent les verbes irréguliers), ceux de Français ne sont pas mieux (ils n'ont jamais lu Flaubert !), ils ne jouent que de la flûte à bec en Musique (mon violon me manque)... Quant à ce qu'ils osent nommer ''réfectoire'', c'est simplement immangeable : de la cuisine industrielle. Et je ne te parle même pas de ces péronnelles qui passent leur temps à glousser... Je ne comprends guère pourquoi M. Spears m'oblige à fréquenter un tel endroit.
Richard soupira, entendant presque la voix outrée de son frère lui dire tout ça. Il lui répondit un petit courage ! et acheta son sandwich avant de rejoindre Ronald à une table. Grell était trop occupé à choisir entre cookie nature et cookie tout chocolat pour qu'il l'attende.
« Qu'est-ce qu'on a, cette après-midi ? interrogea l'Écossais.
-Euh... Deux heures de tutorat avec un élève de master, répondit Richard en regardant son emploi du temps. Mais c'est Emma, normalement, qui nous le fait. Alors je ne sais pas si ça aura lieu.
-On ira quand même, conseilla le Shinigami. Si on fait voir qu'on était au courant de l'absence d'un prof, ça risque d'être suspect. »
Après avoir mangé, ils montèrent au quatrième étage et cherchèrent un quart d'heure la bonne salle avant de s'installer dans le fond. Quand le reste de la classe fut installée avec eux, une secrétaire du département d'Histoire entra et annonça que Mlle Acquaviva avait eu un accident durant le weekend et ne pourrait pas assurer son cours. Heureusement, un autre membre de sa promotion s'était proposé et la remplacerait le temps de sa convalescence.
Cependant, il venait tout juste d'arriver en master pour des raisons personnelles et était anglais. Pour cette raison, elle leur demanda d'être compréhensif avec lui s'il n'était pas encore bien adapté.
Richard pâlit aussitôt. Les deux Shinigami se regardèrent et se comprirent, aussitôt près à s'emparer de leurs Faux de la Mort. Grell n'hésita pas et plongea la main dans sa veste pour atteindre sa Death tablet, sous les yeux approbateurs de son collègue qui allait faire de même. Elle appuya sur le bouton réservé uniquement aux Traqueurs pour déclencher une alarme au sein de toute l'équipe. Le deuxième dieu de la Mort sentit aussitôt sa propre tablette numérique se mettre à vibrer.
Richard, Grell et lui avaient en effet en tête un Anglais, ou qui se voulait ainsi, fraîchement arrivé en France et qui avait déjà été précepteur et professeur... Ce pouvait-il que Sebastian Michaelis ait déjà retrouvé la trace des Phantomhive ? Tout était possible avec ce diable de majordome...
La porte s'ouvrit soudainement sur le nouveau venu.
Prochain chapitre : "Red Alert".
Une référence à la Bataille d'Angleterre, une course poursuite dans les couloirs et un important dilemme pour William...
