Salut à toutes et à tous !
Voici le dernier chapitre avant les vacances ! Mais ce ne sera pas le dernier de l'année, je peux vous l'assurer ! ^^
En attendant, pour la petite anecdote, Sébastien Michaëlis (v. 1543-1618) a réellement existé et était un inquisiteur d'Aix-en-Provence dont l'un des disciples est parti évangéliser le Japon avant d'y mourir en martyr.
Sur ce, je vous souhaite à tous de passer de bonnes vacances !

Bonne lecture !


CHAPITRE XX : JÉRÔME MARTIN

La semaine se déroula lentement, sans plus de problème. William passait au moins deux heures par jour avec Emma afin de lui tenir compagnie et surtout de la protéger au cas où Sebastian et Amber retrouvent la trace des Phantomhive et tentent de s'en prendre à celles qui les accueillaient chez elles.

Certes, il savait que deux heures seulement étaient bien peu pour protéger quelqu'un, mais il y avait très peu de chance pour que cela se produise. Cependant, il avait laissé Augure en faction à l'hôpital. Le Kami surveillait les environs et pourrait le prévenir si jamais le Démon approchait de trop près. Le dieu de la Mort en serait avertit une fraction de seconde plus tard, grâce au lien particulier qu'il possédait avec le pigeon et qui lui permettait de communiquer avec lui à distance. William avait toute confiance en Augure. Après tout, il n'était pas son Kami pour rien et avait été parfaitement formé. Il était tout aussi professionnel que son maître.

C'est ainsi que, le jeudi, Mme Madon revint rendre visite à son étudiante. Celle-ci étant endormie, elle trouva le Shinigami plongé dans ses dossiers, près de la fenêtre entrouverte. En effet, le pigeon venait tout juste de partir afin de se percher dans un arbre et de se reposer un peu. Le chef de secteur et la directrice de recherches commencèrent à discuter de choses et d'autres.

« J'espère qu'elle se remettra vite, fit-elle en regardant Emma.

-Je n'en doute pas, rassura William. Il n'y a aucune raison pour que cela se passe mal.

-Il ne faudrait pas qu'elle prenne en plus du retard dans son mémoire, soupira Madon. Elle ne pourrait pas valider son année et on ne peut pas redoubler le Master 2...

-Sur quoi travaille-t-elle ?

-Un sujet des plus passionnant ! s'enthousiasma aussitôt l'universitaire. Son intitulé est Les Liens sociaux et familiaux à Tarascon au début du XIVième siècle, d'après l'Enquête de Leopardo da Foligno et de Niccolo di Acerno (1331-1334), commandée par Robert Ier d'Anjou, roi de Naples, comte de Provence et Forcalquier.

-En effet, cela semble particulièrement intéressant... Et comment traite-t-elle ce sujet ?

-Elle commence par la lecture du registre, en fait la retranscription pour pouvoir ensuite éditer le texte. Le manuscrit n'a jamais été publié ! Ensuite, elle pourra récolter les informations contenues dans l'enquête, les organiser sous forme de base de données pour les exploiter et faire parler les chiffres et le reste.

-Mais c'est tout simplement passionnant, se réjouit William. J'ignorais que les recherches d'Emma étaient aussi sérieuses et captivantes... Comment lui est venu ce sujet ?

-Oh ! Tout simplement, en licence, elle a eu à travailler sur des extraits de registres paroissiaux datant de l'époque de la Peste Noire, notamment sur des listes de décès. Elle m'en a parlée et s'y était vraiment intéressée, surtout retrouver les dates des morts par rapport aux fêtes saintes médiévales. Du coup, je lui ai donné un sujet un peu similaire à sa demande. Elle voulait travailler sur la démographie qualitative, ce qui se rapproche un peu de l'ethnographie pour simplifier.

-Je vois... Des listes de décès... Je ne m'y serais jamais attendu de sa part.

-Pourquoi ?

-Elle est nécrophobe.

-Vraiment ? s'étonna Madon. Elle était pourtant très enthousiaste à cette idée... En même temps, travailler sur des listes de décès, ce n'est pas comme voir des cadavres.

-Cela dépend pour qui. »

Madon le regarda étrangement. Se rendant tout à coup compte que l'Humaine devait le prendre pour un tueur à gages, William s'empressa de rajouter qu'il dirigeait des pompes funèbres.

« Ah, je comprends mieux ! s'exclama Madon. Mais comment en êtes-vous venu à fréquenter Emma ?

-C'est une longue histoire, éluda-t-il. Je suppose donc qu'Emma connaît le vieux Français du XIVième siècle pour pouvoir lire ces parchemins.

-Oh non, non ! Le manuscrit est en Latin. Enfin, en Latin médiéval mélangé au Provençal. Mais ça se lit très bien, il ne faut pas croire ! Cependant, Emma a eu quelques difficultés. Elle n'a jamais fait de Latin et a du tout apprendre en un seul semestre alors qu'elle n'est pas bonne en langue d'après ce qu'elle m'a dit.

-Vraiment ! Je suis impressionné par son professionnalisme, nota le Shinigami. C'est incroyable, je ne la pensais pas capable de s'investir à ce point dans son travail. C'est une excellente chose. Toujours est-il que je pourrais l'aider à traduire ce registre. Cette enquête m'intéresse vraiment et je serais ravi d'y participer.

-Vous connaissez le Latin ?

-Oui, bien entendu. Je l'ai étudié et j'ai même appris à le parler couramment.

-Le parler couramment ?! C'est extrêmement rare de nos jours ! remarqua Madon.

-J'y est été obligé pour mon travail.

-Dans les pompes funèbres ?

-Oui.

-Eh bien ! s'exclama l'universitaire. Je suis absolument certaine qu'Emma sera enchantée d'avoir un soutien. Ce n'est pas facile pour elle et elle avancera plus vite. Je suis sûre qu'elle rattrapera son retard grâce à vous. »

.oOo.

Le lendemain, William commençait à aider Emma dans son travail de traduction. Elle avait pris des photos du registre lors de sa visite aux archives départementales d'Aix-en-Provence et travaillait dessus. Le Shinigami avait tout d'abord commencé par lire ce qu'elle avait déjà retranscrit.

« Je vous jure... grommela-t-il. Hospicio, hospicio... Qu'est-ce que cela peut bien signifier, hospicio...

-Laisse tomber, s'amusa Emma. Ce mot n'a aucune traduction, justement.

-Si, il y en a forcément une, contredit-il. C'est le datif ou l'ablatif d'hopicium, cette forme. C'est d'ailleurs plutôt rare, normalement, on trouve hospitium.

-Et ça veut dire quoi ?

-Hospitalité.

-Ils déclaraient peut-être le nombre de personnes qu'ils recevaient chez eux, rit la brune.

-Non Emma, c'est impossible, on ne déclare pas cela dans une enquête qui recense les biens.

-Je sais, soupira-t-elle, c'était juste de l'humour. Et de toute façon, tu vois bien que ça n'a rien à voir avec un quelconque endroit où on accueillerait les gens. Ou alors, ils étaient vraiment sympathiques à Tarascon et accueillaient tout le monde ! »

William relit pour la énième fois la phrase avant d'obtempérer.

« Cette enquête ne veut rien dire. Ils utilisent des mots qui n'existent pas en Latin.

-Ça devait vouloir dire quelque chose pour eux, nota Emma. C'est sûrement un mot de provençal qui n'a strictement rien de Latin et qui s'est glissé là parce qu'il désignait quelque chose de particulier à leur époque.

-Je vous jure... Ils auraient pu employer du Latin classique ! Enfin... Qui est le prochain propriétaire ?

-Michaelis B...

-Quoi ?! coupa William en entendant le nom de famille du Démon.

-Ben oui, ce n'est pas ma faute s'il s'appelle Michaelis comme Sebastian. Mais c'est Michaelis Benedicti... Michel Benedicte, quoi. Michaelis, c'est son prénom.

-Je vois... fit-il en remontant ses lunettes. Pourquoi ris-tu ?

-En fait, si on traduit en Français... C'est Sébastien Michel ! C'est pas mal...

-Vraiment ! C'est ridicule... De toute façon, Sebastian Michaelis n'est pas son véritable nom, c'est celui que lui a donné sa maîtresse.

-C'est quoi son vrai nom, d'ailleurs ?

-Comme si je le savais ! Cela ne m'intéresse guère de toute manière. Je vous jure... Les bêtes sauvages ne méritent pas qu'on s'attarde à ce genre de détails. Bien, ne nous dispersons pas. Que possède donc Michaelis Benedicti ?

-Plusieurs hospicio, des...

-Encore ces maudits hospicio... »

Emma se mordilla les lèvres pour ne pas rire à nouveau quand William marmonna qu'il avait bien envie d'aller visionner la Lanterne cinématique de Leopardo da Foligno dès qu'il aurait cinq minutes afin d'avoir le fin mot de l'histoire.

« Ne fais pas ça, soupira Emma. Je mettrais quoi, dans ma bibliographie ? Lanterne de Leopardo da Foligno ?

-Je vous jure... On dit lanternographie. Il suffit d'écrire Foligno, Leopardo da, Lanterne cinématique, né le, L.C. récoltée le, par tel Shinigami, à tel endroit. Si jamais il a passé un Pacte avec un Démon, il faut rajouter ''pactisant'', suivi de la mention a.d si son âme a été dévorée et a.f si elle a été malgré tout été fauchée. »

Il eut un long silence durant lequel la brune dévisagea William, légèrement désabusée. Elle finit par le rompre d'un nouveau soupire :

« Et comme ça, les profs me prendront pour une folle. Non, c'est gentil, merci, mais c'est inutile. Je préfère ne regarder que des sources humaines.

-Rien ne m'empêche, moi, de regarder.

-Et tu ne pourras plus m'aider parce que tu seras influencé par cette Lanterne.

-Vraiment... Quel intérêt y a-t-il à être un Shinigami si on ne peut pas se servir de notre propre bibliothèque pour des recherches... »

.oOo.

Dans l'après-midi du lendemain, Emma put enfin sortir de l'hôpital pour rentrer à l'appartement, bien qu'elle soit toujours autant persuadée que ce n'était que des rêves quand elle embrassait tout le monde. Personne n'avait eu le courage de lui dire la vérité.

Ils vinrent tous la chercher et elle eut même la surprise de voir Druitt avec un bouquet de cent une roses rouges qu'il lui déposa délicatement sur les genoux. Elle était en effet en fauteuil roulant jusqu'à ce qu'elle puisse remarcher.

Après avoir réussi à se débarrasser de lui, ils rentrèrent au Domaine des Milles. Monter au troisième étage fut des plus compliqués. William dut porter Emma, tandis qu'Éric et Ronald s'occupaient du fauteuil.

« C'est pas trop tôt, grogna l'Écossais en atteignant enfin le bon étage. Ils ne pourraient pas mettre des ascenseurs ?

-Il faut cinq étages et notre immeuble n'en a que quatre, soupira Clémence en ouvrant la porte.

-Ça fait du bien de rentrer chez sois ! s'exclama la brune, à nouveau assise dans sa chaise. HEY ! Mais... Mais il est où mon canapé ?! C'est quoi ce truc ? »

À la place du vieux clic-clac se trouvait désormais un superbe canapé de luxe, entièrement en cuir et spacieux. À la grande surprise d'Emma, tout le monde éclata de rire, hormis les deux habituels, avant que Richard ne réponde :

« C'est mon cher petit frère qui avait, je cite, trop mal au dos et qui allait se briser la nuque sur l'ancien. Il en a donc acheté un nouveau, maintenant que nos comptes sont à la Banque des Shinigami et donc sécurisés. Il se déplie aussi et est bien mieux que l'autre d'après Alex.

-Alexander, reprit celui-ci. Et ose dire que tu n'es pas mieux sur lui.

-Oui, c'est vrai, mais je n'aurais pas été jusqu'à en acheter un...

-Et je ne peux même pas l'essayer... soupira Emma. Tant que je suis dans ce fauteuil roulant, je ne ferais que le regarder...

-Tu en as pour combien de temps ? interrogea Alan.

-Longtemps, grogna-t-elle. Je ne sais pas exactement. Il faut le temps de la cicatrisation, la rééducation... Je m'en souviendrais de votre passage ici !

-Je suis désolée, je ne pensais pas que cette Faux glisserait... s'excusa Grell, gênée.

-Ouais, ben j'espère que t'es désolée ! répliqua Éric. En plus, il faut que ce soit la mienne...

-Ah ne commence pas ! s'emporta aussitôt la rousse. Je...

-Vous êtes vraiment obligés de vous disputer encore ? soupira Richard. Oh ! Mais c'est l'heure de donner à manger aux chiots !

-OOOH ! Qu'est-ce qu'ils m'ont manqué, eux ! Il faut absolument que je les vois !

-Donc nous, nous ne t'avons pas manqué ? plaisanta Clémence.

-Bien sûr que non ! Ils vont biens ?

-Très ! confirma Alan. Mortuaire et Juliet ont ouvert les yeux il y a trois jours et Cookie l'a fait le lendemain ! Ils commencent même à entendre !

-Et si tu voyais comme ils rampent ! s'extasia Grell. Ils sont tellement chous !

-Dire que j'ai loupé tout ça...

-Ignoble... Ce ne sont que de vulgaires animaux, commenta Alexander.

-Tu n'as absolument aucun cœur, répliqua la rousse. Ça me rappelle quelqu'un...

-Je vous jure... Je vous ai déjà dit d'arrêter, Sutcliff. »

Grell lui lança un regard mauvais et préféra pousser le fauteuil d'Emma jusqu'à sa chambre pour lui montrer les chiots.

« OH ! fondit la brune. Mes didous ! Comme vous avez grandi !

-Ça va être dur de savoir qui prendra lequel, soupira Richard qui les avait suivi.

-Je vous les laisse, ne vous inquiétez pas, rassura Clémence. Ils sont vraiment mignons, mais je préfère les chats.

-Et je crains que ce ne soit une mauvaise idée pour Alex et moi, grommela le comte. Étant en fuite constante et ne sachant pas quand ça se finira, nous ne pouvons pas nous le permettre.

-DEATH ! s'écria Grell. Ça veut dire que je pourrais garder Mortuaire. »

Elle s'empara avec douceur du petit animal et le cala dans ses bras comme on l'aurait fait avec un nourrisson. Avec un regard tendre, elle s'installa sur le lit et commença à nourrir le chiot au biberon après l'avoir remis dans le bon sens pour ne pas qu'il s'étouffe en mangeant.

« C'est presque comme un bébé, murmura-t-elle pour elle-même d'un ton un peu triste.

-Ma didou ! C'est qui la didou à sa maman ? Hein ? C'est qui ?

-Ça y est, éclata de rire Clémence. Emma a pété un câble avec Cookie. »

.oOo.

Le soir, il avait été décidé de faire une petite fête en l'honneur du retour d'Emma. Un bon repas avec ce que la brune aimait avait été préparé par Clémence. Après la moussaka, vint le flan qui eut pas mal de succès. Ronald proposa ensuite de mettre un peu de musique et d'aller de danser, mais il se récolta un regard noir de Clémence :

« Et comment fait Emma ? On a organisé tout ça pour elle et elle ne risque pas de danser !

-Bah, c'est pas grave, je n'aime pas danser, souligna sa colocataire. Ça ne me manquera pas.

-Tu viens, Clémence ? invita Ronald.

-Je... Je ne sais pas danser, avoua-t-elle. Et je n'aime pas vraiment ça non plus.

-Ça, c'est parce que tu n'as jamais dansé avec moi, taquina l'Écossais avec un clin d'œil. Allez, viens, je vais t'apprendre. Tu sais au moins danser un slow ?

-La seule fois où j'en ai fait un, ça a été pour m'entendre dire que je n'étais pas assez souple.

-On verra ça. »

Ronald se leva et tendit la main à Clémence qui se leva de mauvaise grâce.

« Au lieu de mettre le poste, fit tout à coup Richard, vous ne préférez pas qu'Alex nous joue un morceau de violon ?

-Alexander !

-Tu joues du violon, Alex ? interrogea Alan.

-Alexander ! Je m'appelle Alexander ! s'énerva l'adolescent. Quand allez-vous le retenir ?!

-Oh ça va ! Tu vas pas commencer pour si peu, Al' ! » répliqua vertement Emma.

Le petit blond lui jeta un regard horrifié et outragé, comme si elle avait proféré la pire des insultes au monde. Il allait à son tour répondre sur le même ton, quand le comte intervint :

« Elle a raison, calme-toi un peu, ce n'est pas bien méchant. Maintenant, Alexander, très cher frère, aurais-tu l'extrême amabilité de nous jouer un morceau de violon s'il te plaît ? »

Mais le plus jeune Phantomhive décida de ne pas répondre à la demande par pur orgueil.

« Dans ce cas, je te propose un petit jeu, appâta Richard.

-Lequel ?

-Si je te gagne aux échecs en quatre coups, tu joues du violon. Sinon, je ne t'appellerais plus jamais Alex de ta vie. Ça te va ? »

Son frère le toisa un instant, cherchant visiblement le piège. Surdoué, son aîné excellait à ce jeu de réflexion et de stratégie. Cependant, lui non plus n'était pas si mauvais. Il savait très bien qu'il ne perdrait jamais en quatre coups, puisqu'il arrivait même à battre Richard de temps en temps.

« Bien, j'accepte. »

Le comte eut un sourire éclatant et partit chercher le jeu d'échec de Clémence. Les deux Phantomhive s'installèrent face à face, les Shinigami et les Humaines autour d'eux, avides de voir comment aller se dérouler la partie.

« À toi l'honneur d'avoir les blancs. »

Alexander ne se fit pas prier et s'empara des pions clairs. Quatre déplacements plus tard, le comte annonçait non sans un sourire moqueur :

« Échec et mât, Alex ! »

Le cadet regarda le plateau d'un air abasourdit avant de jeter un regard noir à son frère :

« Mais... Comment... ? Enfin, je...

-Quand tu gagnes, c'est parce que je le veux bien, ricana le bouclé. Sinon, tu ne m'aurais pas eu une seule fois. D'ailleurs, je fais toujours en sorte que le jeu dure plus longtemps et que tu ne me gagnes pas trop facilement. Ce n'est pas drôle sinon. Et puis... Je te connais, tu te vexerais. Tu nous joues quelque chose maintenant, s'il te plaît ? »

Le regard saphir de l'adolescent tourna à l'orage et lança des éclairs à Richard. Pourtant, trop orgueilleux, il ne répondit rien et se leva dignement pour aller chercher son instrument favori. Il en avait en effet acheter un en même temps que le canapé de cuir du salon, ayant repéré un magasin d'instrument de musique en face de celui de meuble, même s'il regrettait son violon habituel.

« Tu joues d'un instrument aussi, Richard ? demanda alors Éric.

-Oui, dans la famille, on nous en apprend dès notre plus jeune âge. Amber, c'est le piano et moi, le violoncelle. Mais bon, j'ai jamais trop aimé jouer de la musique et ça fait des années que je n'en ai pas touché un. Il n'y a qu'Alex qui adore ça.

-Il est normal de savoir jouer d'un instrument dans une famille comme la notre ! protesta le violoniste. Ciel, par exemple, savait parfaitement jouer du violon. D'ordinaire, je joue sur son Stradivarius.

-Euh... Dans Black Butler, il n'est pas dit qu'il n'est pas très doué justement ? réfléchit Clémence.

-Fadaises ! grogna Alexander.

-C'est pas vraiment ce que rapporte sa Lanterne cinématique ! éclata de rire Ronald. Même après des années d'exercice il ne tenait toujours pas correctement son archer. Je ne sais pas en jouer, mais Sebas-chan le lui reprochait tout le temps et... franchement, ça s'entendait.

-Oui, approuva Grell. C'était atroce.

-Vous n'y connaissez rien, défendit le plus jeune Phantomhive avec véhémence.

-Non, ils ont raison, contredit Richard. Tu as pourtant lu comme moi ses carnets, non ?

-Justement, il n'est nullement fait mention de cela.

-Et tu n'as pas remarqué qu'il ne parle justement à aucun moment de violon alors qu'il évoque de n'importe quelle manière tous les domaines dans lesquels il était doué ? »

Alexander haussa vaguement les épaules et préféra porter l'instrument à son épaule. Fermant les yeux, il laissa glisser l'archer sur les cordes. Il eut une légère moue : cet instrument n'avait pas la qualité de son précieux Stradivarius. Il passa cependant outre et se laissa porter par les notes qu'égrenait le violon. Il avait toujours apprécié jouer, même s'il préférait largement l'escrime pour laquelle il était extrêmement doué. Mais la musique le détendait, d'autant qu'il avait toujours tenu à savoir parfaitement jouer, persuadé que Ciel, son modèle, le savait aussi.

Il eut un léger sourire, tant par le plaisir de jouer que par la pensée qui venait de l'effleurer. Alors, comme ça, Ciel était mauvais en musique ? Très bien, finalement. Cela signifiait qu'il avait dépassé celui qu'il admirait tant dans au moins un domaine. Ensuite... Il était sûrement aussi bon que lui quand il s'agissait de jeu, même si Richard était généralement toujours vainqueur. Mais seulement dans les jeux de stratégies... Bref, Alexander se considérait à égalité avec Ciel sur ce point-là. Il le dépassait également largement à l'épée puisqu'il tenait ses capacités de Lizzie. Qu'une femme puisse d'ailleurs être bien meilleure qu'un homme, surtout dans ce domaine, l'avait toujours exaspéré. Cependant, son arrière-arrière-grand-mère était un véritable génie de l'escrime et il était bien content lorsque autrefois son grand-père le comparait à elle.

En définitive, Alexander regrettait amèrement que les Chiens de Garde de la reine aient disparu après Ciel. Il ne pourrait jamais savoir s'il pouvait se comparer à son ancêtre sur ce point-là.

« Dis donc, tu pourrais pas faire un peu attention à ce que tu joues ? grommela Richard. Tu joues beaucoup mieux d'habitude.

-Ce violon est ignoble, ce n'est pas ma faute. » répliqua-t-il en rouvrant les yeux.

Pourtant, quand il arrêta de partir dans ses rêveries sur le premier maître de Sebastian et qu'il se concentra, sa musique devint bien meilleure.

Il dardait d'un mauvais œil Éric et Alan qui avait entrepris un slow, l'un contre l'autre. Il préféra cependant ne faire aucun commentaire quand il croisa le regard de son frère qui lui montra son téléphone, signifiant qu'il était près à appeler Amber. Il ne pensait pas que son frère en soit capable, mais il ne voulait prendre aucun risque. Il referma donc les paupières, se laissant envahir par le rythme de son archer.

Richard tendit la main à Grell pour l'inviter sur la piste de danse improvisée. Après une légère hésitation, elle se leva.

« Pourquoi pas ! Hu hu ! »

William resta assis à observer Alexander et son violon. Ce n'était pas parfait, mais il jouait bien pour un amateur. Le Shinigami, bien que n'ayant jamais touché un instrument de musique de sa vie, allait souvent à l'opéra et savait reconnaître un bon musicien.

Emma, Augure perché sur son épaule, préférait regarder Ronald et Clémence qui dansaient dans les bras l'un de l'autre. Elle se retenait de ricaner en voyant la ''performance'' de son amie car elle était sûre qu'elle n'aurait pas été meilleure. Clémence était beaucoup trop raide et donner la preuve qu'elle n'avait aucune souplesse, ce qui contrastait avec Ronald. Ce dernier avait clairement l'habitude de danser et tentait de donner des conseils à sa cavalière :

« Laisse-toi faire, on dirait un piquet...

-Je fais ce que je peux...

-Et plutôt que de lever les pieds à chaque pas, il faut que tu glisses.

-Je vais surtout me gameler.

-Impossible, je suis là, sourit-il. Au fait... Pourquoi tu es si nerveuse ?

-J'essaie de me concentrer pour ne pas te marcher sur les pieds, d'intégrer ce que tu me dis et de le mettre en pratique, tout en regardant si je ne vais pas cogner quelqu'un et en essayant de quand même m'amuser un peu...

-C'est moi qui mène la danse, alors ne te préoccupe pas de rentrer dans quelqu'un ou non. »

Il devait tout de même avouer que ce n'était pas facile dans ce tout petit salon de danser à trois duos, d'autant que Richard et Grell s'amusaient à faire n'importe quoi. Voyant que Clémence se concentrait plus sur les pas, sans pour autant y arriver, et ne profitait pas de l'instant présent, il s'arrêta tout à coup et resserra sa prise sur les hanches de la jeune femme. Avant qu'elle est le temps de dire quoi que se soit, il l'embrassa langoureusement. Rougissant légèrement, elle lui répondit et se détendit complètement, oubliant la danse, le violon et tout le reste. Son monde se résumait aux lèvres de celui qu'elle aimait.

Jusqu'à ce qu'il heurte violemment son front et que leurs lunettes s'entrechoquent.

« AÏE !

-Mais vous êtes pas bien tous les deux ! » s'écria le blond.

Richard et Grell éclatèrent de rire tout en s'excusant. À force de faire des grands gestes, ils avaient fini par rentrer dans Ronald qui, à son tour, avait heurté Clémence. Cette dernière avait enlevé ses verres et se frottait le nez et le coin interne des yeux où la monture l'avait frappée, ainsi que son front.

« Ça va ? l'interrogea celui qu'elle aimait.

-Oui, oui, grogna-t-elle. Ça ira.

-Désolé, Clém', rit le comte. On a pas fait attention.

-J'ai remarqué, oui.

-Tu sais que tu as un bleu qui apparaît sur ton front ? remarqua la rousse.

-QUOI ?! »

Affolée, elle se précipita à la salle de bain tandis qu'Alexander terminait son morceau. En effet, une marque violacée s'imprimait sur sa peau. Ronald la rejoint et déposa un léger baiser sur sa tempe.

« Ça partira, ne t'inquiète pas. Chacun son tour ! rajouta-t-il malicieusement.

-À part que toi, en tant que Shinigami, ça a mis moins d'une heure pour disparaître, désespéra-t-elle. Moi, j'en ai pour une semaine et lundi, j'ai rendez-vous avec mon directeur de recherches.

-Je ne l'avais pas vu comme ça.

-Avec du maquillage, ça passera, intervint Grell.

-Mouais... J'en doute. »

Ils retournèrent dans le salon où Emma, encore faible, tombait de sommeil. William décréta alors qu'il était temps pour tout le monde d'aller dormir et dut le répéter pour faire sortir de leur bulle Éric et Alan qui s'embrassaient tendrement et semblaient ne pas vouloir se lâcher.

.oOo.

La répartition des chambres fut encore une fois modifiée. Emma réintégra son lit ainsi que Grell, tandis que le couple homosexuel retournait au salon où restaient également les Phantomhive. Le lit de camp fut installé dans la chambre de la brune pour William. La rousse serra les dents et commença à attaquer verbalement ce dernier comme elle le faisait toujours depuis qu'il l'avait rejetée, mais finit par se rendre. De tout façon, William n'avait aucun autre endroit où dormir, à part s'il se mettait dans la baignoire ou sur la loggia. Elle se coucha donc en lui tournant ostensiblement le dos, se récoltant au passage un Vraiment ! exaspéré. Cela passa pour un acte puéril et rancunier de la part de Grell. Pourtant, la rage qui l'animait n'était que façade et elle voulait surtout cacher les larmes qui l'assaillaient à nouveau. Elle se demanda alors un instant comment tout cela se serait passer si elle s'était emparée de sa Death Scythe pour arrêter Undertaker. Elle soupira en repensant au dissident. Elle aurait tellement voulu réagir ! Mais même encore en ce jour elle sentait qu'elle n'aurait pas pu. Le si beau déserteur lui avait sauvé la vie après tout...

Pendant ce temps, William venait de remarquer pour la première fois dans la chambre d'Emma deux affiches pour le moins... dérangeante à son goût. Deux images de Black Butler, l'une avec Sebastian tenant un chat dans ses bras, l'autre d'Undertaker dans un cimetière. Exposées dans un recoin, il ne les avait pas encore remarqué. Mais maintenant qu'il était allongé, il ne voyait plus que le sourire de ses deux ennemis qui semblait le narguer.

« William ?

-Quoi Emma ? fit-il froidement.

-Je vois que tu observes mes posters... Je ne peux pas me lever, mais si tu veux le faire, ne te gène pas.

-Je vous jure... Avoir de telles affiches ! Merci bien Emma.

-Bonne nuit tout le monde ! s'écria la voix de Clémence. Euh... Vous faites quoi ?

-J'enlève ces affiches, cela se voit, n'est-ce pas ? Vraiment !

-Bonne nuit Clém' ! » répondit Emma.

La jeune femme rejoignit alors sa chambre où Ronald était en train de se changer pour se mettre au lit. Il avait déjà passé le pantalon du pyjama d'un bleu nuit profond et déboutonnait sa chemise pour pouvoir passer le haut. Elle ne put s'empêcher de le dévorer des yeux. Il tourna vers elle un sourire charmeur qui la fit rougir.

« Ta tête va mieux ? demanda-t-il.

-Ou... Oui. »

Il s'approcha d'elle, l'empourprant un peu plus, et plissa les yeux pour regarder l'ecchymose. Il avait ôté ses verres et sa myopie l'empêchait de voir comme il voulait le bleu.

« En effet, il ne sera pas passer lundi, grimaça-t-il. Même sans mes lunettes, je le vois de loin.

-Merci de me remonter le moral, maugréa-t-elle.

-Tu marques beaucoup...

-Je sais, c'est ignoble comme dirait Alex. »

Il rit et embrassa doucement sa contusion. Elle en profita pour se caler dans ses bras et il passa sa main sur les hanches de Clémence avant de la descendre plus bas, embrassant avec douceur son cou.

Elle se sépara aussitôt de lui.

« Arrête, s'il te plaît, pria-t-elle un peu rudement.

-D'accord. D'accord... Clémence, ça va ? s'inquiéta-t-il devant son changement de ton.

-Oui, ça va. Je suis juste fatiguée. »

Elle se coucha alors et il ne tarda pas à la rejoindre. Tandis qu'elle glissait dans les bras de Morphée, il l'observa un instant, intrigué. Elle était bien la première femme avec qui il sortait qui se refusait à lui ainsi, même s'il n'était pas du genre à insister. Il sourit malgré lui : ça avait quelque chose d'adorablement innocent.

.oOo.

Le lundi 18 mars arriva. Clémence, qui avait rendez-vous avec son directeur de recherches à trois heures de l'après-midi, fut de retour vers quatre heures et demi. Il n'y avait qu'Emma, complètement droguée par la morphine, à l'appartement. Tandis que la plus jeune nourrissait les chiots, la brune chanta les louanges du petit Père Noël accroché en décoration à sa table de chevet.

Éric, Alan et Alexander ne tardèrent pas à arriver eux aussi, une heure après. Alors que l'adolescent prenait un goûter, quelqu'un toqua à la porte.

« C'est qui à cette heure-ci ? s'étonna Alan. Mr. Spears finit à dix-huit heures et ceux qui sont à l'université ont cours jusqu'à dix-neuf heures trente, non ?

-Je vais ouvrir ! fit Clémence en se dirigeant vers la porte.

-Non, interdit Éric. Je m'en charge, question de sécurité. »

Le Shinigami blond s'empara des clefs et les glissa dans la serrure tout en jetant un coup d'œil par le judas de la porte. Ne connaissant pas la personne sur le pas de la porte, il resta sur ses gardes.

Il se retrouva face à un homme légèrement plus petit que lui, à la chevelure noire et au visage plutôt fin. Ses yeux oscillant entre le marron et le vert entouraient un nez aquilin. Ses minces lèvres s'étirèrent d'un sourire en voyant le dieu de la Mort.

« Bonjour ! salua l'homme. Je suis désolé pour le bruit que j'ai fait toute la journée juste à côté de vous, mais je viens juste de m'installer. Je suis votre nouveau voisin.

-Enchanté... Éric Slingby...

-Tout le plaisir est pour moi ! Je suis Jérôme Martin. »


Prochain chapitre : "Gandalf le Blond".
Oui, on ne pense pas de suite à "Black Butler" en lisant ce titre, n'est-ce pas ? XD Et pourtant !
Au programme, on fera la connaissance de Jérôme Martin, le Ronnie Red sera à nouveau sur le devant de la scène et Gandalf s'invitera dans à l'appartement...