Salut tout le monde !
J'espère que vous allez mieux que moi. Je suis clouée au lit par ma vieille copine la trachéïte qui, se sentant seule, a fait venir son amie la grippe. .
Bref... Tout ça pour vous dire que c'est un peu compliqué pour moi d'être sur l'ordi en ce moment, donc je ne répondrais peut-être pas de suite à vos commentaires.
En attendant, fini de raconter ma vie ! XD Je vous laisse à la lecture de ce chapitre des plus déprimants je trouve...
Bonne lecture !
Chapitre XXVI : DISCUSSIONS
Les jours passèrent et se ressemblèrent dans le petit appartement. L'infirmière qui passait tous les jours pour Emma s'était énervée en voyant qu'elle ne voulait plus prendre de morphine et que personne ne lui avait rien dit. La brune lui avait dit que cette maudite drogue était à l'origine d'une catastrophe la soignante n'avait rien voulu savoir et l'avait obligé à reprendre des doses médicales. William s'était alors engagé personnellement à veiller à ce qu'elle les prenne.
Les trois filles avaient été installées dans la même chambre, celle d'Emma, tandis que le chef d'équipe dormait désormais dans la chambre de Clémence avec Richard, refusant toujours de le laisser seul. Le comte avait ironiquement fait remarquer qu'il manquait que les menottes pour qu'il ressemble à un criminel. William avait un instant réfléchi sérieusement à cette possibilité avant de remarquer que ce n'était guère pratique mais qu'il appréciait l'initiative de Richard, démontrant qu'il tentait de faire preuve de bonne volonté.
Alexander, en revanche, avait été horrifié de dormir uniquement avec des homosexuels dans la même pièce que lui. On ne savait jamais de quoi ces gens étaient capables. De là à ce qu'ils le violent dans la nuit... Au moins, même s'il n'avait que du mépris pour Grell qui n'avait jamais compris de quel sexe elle était, les deux sodomites ne s'en seraient pas pris à lui devant un témoin quand elle était là. Après tout ils n'étaient que des dépravés sexuels et des malades mentaux. Des gens dont il fallait se méfier.
À la suite de ses propos homophobes, il avait été enfermé sur le balcon, volet et baie vitrée fermés. Il n'avait qu'à dormir ici. Il avait eu beau tambouriner et crier, on ne lui avait rouvert qu'après le dîner, vers vingt-et-une heure. Si jamais il recommençait, il y passait la nuit. Étrangement, la menace avait marché et il n'avait plus rien dit de la soirée.
C'est ainsi qu'arriva le vendredi 12 avril. Clémence se coucha dans le lit de camp plus tôt qu'à l'ordinaire, épuisée par sa semaine de stage, d'autant qu'elle ne dormait pas bien, son esprit accaparé par Ronald. Les Shinigami avaient pu lui rendre visite mais l'Érèbe était fermé aux Humains. Ils lui avaient donné quelques nouvelles mais rien de bien satisfaisant aux yeux de la jeune femme qui était toujours autant persuadée qu'il allait désormais la détester.
Emma et Grell ne tardèrent pas à la rejoindre, après avoir nourri les chiots avec Alan. Ce dernier s'occupa de Juliet, la brune de Cookie et la rousse de Mortuaire qu'elle semblait particulièrement adorer. Elle avait d'ailleurs décidé que se serait elle qui le garderait. Après s'être souhaité une bonne nuit, le silence retomba dans la chambre.
Une fois le noir complet, la rousse se tourna sur le côté, dos à Emma. Comme chaque fois qu'elle se retrouvait seule avec elle-même, Grell ne put empêcher ses pensées de s'égarer du côté d'Undertaker, se demandant ce qu'il faisait en ce moment, à quoi il pensait... Elle se mordilla lèvres pour s'empêcher de pleurer comme elle ne le faisait que trop à son goût ces derniers temps.
Elle se tourna sur le ventre puis se remit sur le côté. Elle revoyait sans cesse les beaux yeux effilés de l'argenté dans son esprit qu'elle avait pu admirer de si près. Elle donnerait tant pour passer ne serait-ce qu'une seconde de plus dans ses bras... Elle se mit sur le dos, tandis que les larmes perlaient ses yeux. Pourquoi fallait-il qu'elle tombe toujours amoureuse de personnes qui ne lui rendraient jamais ? Qui la rejetterait quoi qu'il arrive ? Comment, en effet, un déserteur pouvait aimer une Traqueuse ?
Elle se tourna à nouveau sur le côté, vers Emma qui était quasiment endormie. Ne supportant pas de se retrouver face à quelqu'un, même d'assoupi, alors qu'elle pleurait silencieusement, elle pivota violemment pour se retrouver à nouveau dos à la brune.
« Qu'est-ce qui se passe, Grell ? » fit une voix ensommeillée.
La rousse sursauta, ne s'attendant pas à ce qu'Emma soit éveillée.
« R... Rien... souffla-t-elle en étouffant un sanglot.
-Me dis pas rien, grogna la brune, t'arrêtes pas de bouger et je peux pas dormir.
-Je... Je vais arrêter... murmura Grell, la voix vibrante de pleurs contenus.
-Ça va ? s'inquiéta aussitôt Emma qui avait parfaitement entendu le tremblement.
-Ou... Oui. Je vais très bien. » tenta-t-elle de se persuader.
Elle qui détestait qu'on la voit fragile ne put pourtant se contenir plus longtemps et éclata en sanglots. Emma se sentit complètement désarmée face à la détresse de Grell qui, d'ordinaire, était la joie de vivre incarnée et la première à sourire ou à rire avec Clémence et elle. Une fois la surprise passée, elle serra l'épaule de la rousse avant de s'asseoir sur le lit et de la prendre dans ses bras pour la consoler. Grell se laissa faire, incapable de réagir et secouée de violents sanglots.
« Shtt... Qu'est-ce qui t'arrive ? chuchota Emma d'une voix douce.
-Je... J'en peux plus... pleura-t-elle. J'en peux plus...
-De quoi ?
-De tout...
-Qu'est qu'y a ? marmonna alors Clémence en se réveillant à cause du bruit. Pourquoi vous... Grell ?! Mais qu'est-ce que... ?
-Ça va vraiment pas fort, répondit la brune.
-Oui, je vois. » fit sa colocataire dans un bâillement.
Alors que Grell continuait à sangloter dans les bras d'Emma, Clémence s'étira et se leva pour rejoindre les deux autres sur le lit. Elle prit la main de la rousse qui se raccrocha à elle comme elle le faisait déjà à la brune dans un geste désespéré.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? interrogea Clémence.
-Mais rien ne va ! Je... Je ne supporte plus cette vie... Je... L'homme que j'aime me hait... et je... je me sens tellement seule... »
Sa voix se brisa complètement.
« Tu n'es pas seule, on est là, nous, lui fit doucement remarquer la brune.
-Si... Si je m'attache à vous... sanglota-t-elle. Je serais encore plus seule après... Ça me fera t... trop mal de vous voir mourir... »
Clémence et Emma eurent une drôle de sensation en attendant parler Grell de leur future mort. Elles étaient jeunes et avaient encore la vie devant elle au regard des Humains. Mais pour des Shinigami, c'était relativement peu. Cependant, ce n'était pas le moment de dire ça à Grell qui craquait complètement.
« On a encore quelques années, tu sais, tempéra Clémence d'une voix un peu chevrotante. Beaucoup de choses peuvent changer d'ici là. »
En voyant que son amie était à deux doigts de pleurer elle aussi parce que Grell était en larme, Emma lui lança un regard meurtrier. Elle n'avait pas envie de se retrouver avec deux femmes larmoyantes. Et puis... La rousse avait besoin de réconfort et qu'on lui redonne courage. Certainement pas qu'on se lamente avec elle où elle allait désespérer encore plus. Clémence capta le coup d'œil de la brune et déglutit pour refouler les larmes d'empathie qui lui venait trop naturellement. Elle avait tout à fait conscience que ce n'était pas la chose à faire, mais c'était plus fort qu'elle.
« Rien ne changera pour moi... répliqua Grell entre deux sanglotements. Je... Je me dis ça depuis... depuis toujours... qu'un jour ça ira mieux mais... C'est jamais mieux...
-Tu ne peux pas tout à fait dire ça... tenta Clémence. Tu... Tu as déjà pu changer de sexe et d'état civil... Il y a même pas un siècle, ce n'était que de la science fiction...
-Sans parler que tu as toute l'éternité pour trouver le bonheur, rajouta Emma. Il n'y a aucune raison pour que tu ne sois pas heureuse.
-Et comment ? Je... Je ne suis même pas complètement une femme : je peux pas avoir d'enfants ! Et l'homme dont je suis folle amoureuse ne m'aimera jamais !
-Peut-être, fit Emma d'un ton rassurant en pensant qu'elle parlait de William, mais je suis certaine qu'un jour tu trouveras celui qui te convient.
-Et ce n'est pas parce que tu ne peux pas avoir d'enfant que tu n'es pas une femme. Il y a des tas de femmes qui ne peuvent pas en avoir.
-Tu sais, il reste toujours l'adoption. Ça sera exactement pareil, ce sera ton enfant.
-I... Il faut quand... quand même être deux... pour adopter... répliqua la Shinigami. Mon âme sœur ne... »
À l'idée qu'Undertaker était un dissident la voyant uniquement comme sa Traqueuse, ses larmes redoublèrent. Pourquoi, pourquoi avait-il fallu que ce soit lui et pas un autre ? Le desmos était plus une malédiction qu'une bénédiction.
« Je voudrais tellement mourir pour ne plus souffrir... » souffla-t-elle entre ses pleurs, la voix éteinte et désespérée.
Les Humaines se regardèrent en pâlissant. Si Grell commençait à parler ainsi, c'était bien plus grave que ce qu'elles imaginaient. Emma resserra sa prise sur le rousse, comme pour la protéger, pendant que Clémence frottait avec douceur sa main.
« Tu souffres à ce point ? demanda cette dernière d'une voix blanche.
-Je... Je n'ai ab... absolument personne... La solitude me pèse trop...
-On te l'a dit, insista Emma. On est là, nous. On te soutiendra quoi qu'il arrive.
-Ça n'aura qu'un temps... rétorqua-t-elle, plus malheureuse que jamais. Ça... Ça n'a toujours qu'un temps... Je n'ai pas d'amis, ma famille m'a reniée depuis longtemps, celui que j'aime sait à peine qui je suis. Si seulement... j'é... j'étais née femme... Ça serait tellement différent...
-Tu es une femme, Grell, personne ne dira le contraire ! répondit la brune. Tu as même pu te faire opérer !
-I... Il aurait fallu que... que je recommence à zéro... N'importe où... Loin... Où je ne serais pas connue... Où je serais une femme et rien d'autre... Mais soit Slingby s'empresse de détromper les Shinigami quand... quand on arrive sur un nouveau secteur... soit je... je suis connue et ils savent que... que je suis transsexuelle...
-Quoi ? Mais comment ils peuvent le savoir ? s'étonna Clémence.
-Jack l'Éventreur... C... C'est connu chez... chez nous aussi... Su... Surtout en Angleterre... Alors si... si je mourrais, je n'aurais plus aussi mal et... de toute façon, personne ne me regretterait...
-Si, nous. »
Grell releva légèrement la tête pour regarder Emma et Clémence qui lui avaient répondu à l'unisson. Elle paraissait avoir reçu un choc et ne s'était pas attendue à une telle réponse. Ses lèvres tremblèrent et ses prunelles phosphorescentes se teintèrent d'une légère lueur de reconnaissance. Elle semblait vraiment bouleversée de savoir qu'elle comptait pour les deux Humaines. Cependant, habituée à être rejetée de tous, elle ne put s'empêcher de demander :
« C'est... C'est vrai ?
-Mais qu'est-ce que tu crois ?! s'écria Clémence qui se retenait toujours de pleurer. Qu'on a envie de te voir mourir ?! Qu'on ne s'est pas attachée à toi ?! Ceux qui te rejettent simplement parce que tu es transsexuelle sont que des abrutis ! Quant à William, il ne te mérite pas ! Emma a raison ! Je suis sûre qu'un jour tu trouveras quelqu'un de bien qui saura t'aimer comme il se doit ! »
Elle ne put se retenir plus et éclata en sanglot à son tour sous le regard blasé de la brune. Cette dernière s'énerva alors :
« Oh, tu vas pas t'y remettre toi ! Franchement, c'est pas en te mettant à pleurer que tu vas arranger les choses, secoue-toi un peu ! Grell a besoin de soutient, pas d'une fontaine ! Va te calmer dans la salle de bain et ne reviens que quand tu auras les idées en place !
-Mais c'est pas drôle pour moi non plus, sanglota Clémence. Ronald va me quitter, une amie parle de se suicider... Et... »
Elle capta le regard assassin de sa colocataire qui tenait toujours Grell dans ses bras pour la réconforter. D'ailleurs, cette dernière donnait raison à Emma. Elle pleurait encore plus depuis que Clémence s'y était mise. Inutile de la désespérer plus qu'elle ne l'était déjà.
La jeune Humaine se leva donc et partit s'enfermer dans la pièce d'eau. Emma frotta doucement le dos de la rousse.
« Clémence est peut-être trop sensible pour son propre bien, mais sur le fond, elle a plutôt raison. Crois-moi, ça ne vaut pas le coup de se suicider pour un homme. Ils n'en valent vraiment pas la peine, surtout William qui est complètement asocial. »
Emma ne pensait pas réellement cela du chef d'équipe. Certes, il était souvent à côté de la plaque en ce qui concernait certains sujets, mais il avait beaucoup de bons côtés également comme son honnêteté et sa droiture d'esprit. Cependant, elle n'allait certainement vanter les qualités du brun alors qu'elle tentait de remonter le moral de Grell afin qu'elle ne se suicide pas. Elle ignorait en effet complètement que la rousse avait tourné la page et que c'était d'un autre homme dont elle parlait depuis le début, tout comme elle ignorait le problème du desmos.
« Et puis franchement... Il serait dommage de mourir maintenant que tu t'es fait deux amies, non ? »
La rousse chuchota un léger merci douloureux tout en continuant de pleurer.
« Allez, calme-toi, murmura Emma. Ça ira, on est là désormais, Clém' et moi. On te soutiendra quoi qu'il arrive. On va t'aider à remonter la pente, d'accord ?
-D'a... D'accord...
-Et si jamais tu as encore des idées suicidaires, tu nous en parles avant tout.
-Mh...
-Tu me le promets ?
-Oui... »
Emma continua à lui parler un petit moment, sentant qu'elle s'apaisait lentement. C'est alors que la porte de la chambre s'ouvrit brusquement, faisant sursauter les deux femmes.
« Je vous jure ! Peut-on savoir ce qui se passe ici ? Miss Curiel m'a réveillée parce qu'elle pleurait dans la salle de bain.
-William ?! s'exclama la brune.
-Vraiment... Je vois que Sutcliff n'est pas dans un meilleur état que Miss Curiel. Est-ce toi qui t'amuse à faire pleurer tout le monde Emma ?
-Hein ? Mais au contraire ! protesta-t-elle avec véhémence. J'essaye de faire en sorte qu'elles arrêtent !
-Ah ? Je suis désolé de t'avoir accusée dans ce cas, s'excusa le chef d'équipe. J'espère que vous ferez un peu moins de bruit. Bonne nuit. »
Il s'apprêta à faire demi-tour quand il se ravisa et se tourna vers Grell :
« Je vous conseille demain de sortir un peu Sutcliff. Ça vous fera du bien.
-On ira faire du shopping, proposa Emma tandis qu'il sortait.
-Pou... Pourquoi du shopping ? interrogea Grell d'une voix faible.
-Parce que c'est chouette non ?
-Moi je veux bien allez faire du shopping, fit sombrement Clémence en rentrant.
-Tu t'es calmée toi aussi ? interrogea suspicieusement la brune.
-Oui, ça va. Désolée d'avoir réveillé William et... Je voulais pas pleurer, mais c'est plus fort que moi. Je suis vraiment désolée. Sans parler que je stresse complètement à cause de Ronald. Je ne sais pas ce qui va lui arriver. En plus, je suis sûre qu'il va me quitter et il aura bien raison puisque c'est à cause de moi qu'il est assigné à résidence.
-Dis pas ça, tu n'en sais strictement rien, rassura Emma.
-Ah tu crois ? Je suis pas complètement aveugle, même si je suis folle amoureuse de lui... Il... Il ne m'aime pas. Je sais très bien que c'est un séducteur patenté, qu'il aime les femmes et que... que je suis... qu'une conquête... de plus...
-Si tu te remets à pleurer, remarqua Grell d'une voix tremblante, je crois que je vais me remettre à pleurer aussi... »
Voyant qu'elles allaient sangloter à nouveau ensemble, Emma s'exclama :
« Ah non ! Personne ne va pleurer cette fois où je commets un meurtre ! Franchement ! Je peux comprendre que ce soit dur pour vous mais je ne vais jamais pouvoir en consoler deux à la fois. Et avec qui je vais rire en plus ? Il me faut bien de l'aide pour échafauder des plans machiavéliques contre Alex ! »
Sa boutade fit rire Clémence et Grell eut un léger sourire triste.
.oOo.
Le lendemain matin, Emma se réveilla en premier. Elle jeta un coup d'œil à Grell qui dormait encore à poings fermés. Ses joues portaient encore la trace de ses larmes et son visage ne reflétait pas la sérénité d'une personne qui dormait. Elle était vraiment très éprouvée par sa nuit...
La brune jeta un coup d'œil à Clémence qui se réveillait.
« Ça va ? murmura-t-elle.
-Mh, mh... fit la plus jeune en guise d'acquiescement. 'Me réveille... Et Grell ?
-Elle dort encore.
-Il est quelle heure ?
-Onze heures et demi. On s'est endormie à je ne sais quelle heure, répondit Emma.
-Elle m'a vraiment fait peur, soupira Clémence en regardant la rousse.
-Moi aussi. J'espère que ça ira mieux ce matin. »
Bientôt, la Shinigami se réveilla à son tour. Les Humaines s'empressèrent de lui demander comment elle se sentait. Elle haussa les épaules :
« Fatiguée... J'ai pas vraiment dormi cette nuit.
-Je crois que c'est pareil pour nous, commenta la brune.
-J'avoue, confirma sa colocataire.
-Est-ce... Est-ce que vous pourriez éviter de dire que je... que je vous ai sérieusement parlé de... me suicider ? C'est pas forcément bien vu pour des Shinigami qui... sont sensés représentés la Mort...
-Tu croyais vraiment qu'on allait le dire ? se contenta de dire Clémence.
-Ne t'inquiète pas, ça restera entre nous.
-Merci... »
Les trois femmes se levèrent enfin et les deux valides aidèrent Emma à s'installer dans son fauteuil roulant. Quant elles entrèrent dans le salon, Éric s'écria :
« Pas trop tôt ! Depuis le temps qu'on attend pour prendre nos Faux et nos Death tablets...
-Éric... soupira Alan. C'est bon, nous n'avons d'âmes à faucher avant cette après-midi.
-Pour une fois, je ne peux malheureusement qu'être d'accord avec lui, renifla de mépris Alexander. Ce n'est pas une heure pour se lever...
-J'y crois pas ! En plus d'être un traître, tu es d'une mauvaise foi... s'emporta Richard. C'est pas toi qui nous a fait toute une scène, la dernière fois, parce que tu devais te lever tôt ?! Et je te rappelle que pendant les vacances, au manoir, tu ne te lèves jamais avant onze heures !
-Onze heures, pas onze heures et demi. Et je ne suis pas un traître, grogna l'adolescent. Je vais simplement là où sont mes intérêts. »
Richard préféra ne rien répondre ou il risquait de lui blesser l'autre joue tout aussi violemment. Il ne lui avait toujours pas pardonné d'avoir trahi Undertaker. D'ailleurs, Alexander portait encore son sparadrap par-dessus sa joue qui tournait désormais au violacé. Il aurait certainement une belle cicatrice.
« Si elles se lèvent si tard, commença William, c'est qu'elles... »
Il capta le regard parfaitement meurtrier des trois femmes et changea la fin de sa phrase pour ne pas dire que deux d'entre elles pleuraient à chaudes larmes durant la nuit.
« C'est que Miss Curiel et Sutcliff n'allaient pas très bien et qu'Emma a dû les réconforter jusqu'à assez tard dans la nuit. »
Il s'attira un regard encore plus noir de la part de Grell qui ne supportait pas qu'on la sache fragile et qui détestait encore plus l'idée qu'Éric le sache. William passa cependant outre.
« Vous mangez ici ? leur demanda-t-il.
-On va déjeuner, expliqua Emma, puis on ira en ville et on mangera sûrement dans un resto ou une crêperie.
-Celle du Sous-sol ? sourit Clémence.
-Bien sûr !
-Le Sous-sol ? s'étonna Grell qui était toujours en colère contre William.
-Oui, dans le passage souterrain vers la Rotonde, il y a une supère crêperie. On l'a appelée le Sous-sol, expliqua la jeune femme.
-Pourquoi ? interrogea Alan.
-Bah, elle est sous terre, tout simplement. » fit Emma en haussant les épaules.
.oOo.
Après avoir été visité diverses boutiques de cosmétiques où Emma avait dépensé une fortune, plusieurs magasins de vêtements de chaussures dans lesquelles Clémence avait augmenté significativement sa collection de souliers et de robes et le manga café qui devrait refaire son stock de yaoi suite au passage de Grell, les trois femmes se dirigèrent vers la fameuse crêperie du Sous-sol.
« Je vais prendre une crêpe au Nutella, commanda la rousse.
-Tu prends pas une crêpe salée, Grell ?
-Non, j'ai plus envie de sucré, là.
-Moi, une Bergère, s'il vous plaît, continua Emma.
-Mmh... réfléchit Clémence en fixant le panneau. Épinard et chèvre, s'il vous plaît. Y a quoi dans la tienne ?
-La Bergère ? Épinard, champignon et chèvre.
-Elle a l'air sympa, nota Grell.
-Pas s'il y a des cèpes, bougonna Clémence. J'y suis terriblement allergique.
-Ah bon ?
-Une petite lamelle me rend malade pendant trois jours. Je peux même pas quitter mon lit, à part pour aller aux toilettes et vomir...
-C'est ça qui est cool quand tu es Shinigami, soupira la Kami. Ni allergie, ni maladie. »
Après avoir reçu leurs repas, elles remontèrent du côté du Cours Mirabeau pour s'installer sur un banc de pierre et manger tranquillement, leurs multiples sacs à leurs pieds. Regardant sans un mot les passants et les platanes, elles mangèrent les crêpes avec appétit. Ayant fini la première, Grell s'essuya avant de sortir un petit miroir de poche et son rouge à lèvres pour retoucher ce qui était parti. Elle ferma les yeux et releva légèrement le visage, laissant le vent caresser sa peau et soulever légèrement sa longue chevelure rousse.
« C'était la première fois que je faisais les magasins avec d'autres personnes... murmura-t-elle tout à coup en rouvrant les paupières. Avec Madame Red, ça compte pas, je la suivais en tant que majordome et je ne pouvais donc rien acheter... Merci, c'était très agréable.
-Je t'en prie ! fit Clémence.
-De rien ! On recommence quand tu veux !
-Et merci beaucoup pour cette nuit... Je ne sais pas du tout ce que j'aurais fait sinon...
-Tu veux en reparler ? interrogea Clémence.
-Je ne veux pas vous embêter avec mes problèmes.
-On est là pour ça, tu sais, encouragea Emma. Tu nous embêtes pas.
-En fait, oui, avoua la rousse, j'ai encore terriblement besoin de parler... J'ai jamais pu parler à personne depuis la mort de mon parrain et j'étais très jeune...
-Tu avais quel âge ? interrogea Emma.
-C'était peu de temps avant mes soixante-dix-huit ans... L'équivalent d'un peu plus de quinze ans pour vous... Parce que ce n'est certainement avec ma famille que je pouvais discuter. Ni à personne d'autre d'ailleurs. Surtout à l'époque...
-C'est sûr que ça devait être dur... commenta Clémence.
-Dur ? Tu rigoles ? ironisa la Shinigami. C'était juste atroce. Tu n'as qu'à voir comment on est traité aujourd'hui, alors imagine quand j'étais jeune... Je suis née fin XVIIième, j'ai fait mes études milieu du XVIIIième... Je ne pouvais pas être moi-même. Pour me faire accepter des autres, il fallait que je me conduise en garçon et je n'ai jamais su comment on faisait. Mais je ne me sentais vraiment pas bien parce que ce n'était pas moi. Ou alors j'assumais ce que j'étais mais tout le monde me rejetais et beaucoup plus violemment qu'aujourd'hui.
-Et t'as choisi quoi ? interrogea Emma.
-Comme j'ai toujours été assez... provocatrice, ça a été la seconde solution. Mais j'étais considérée comme une moins-que-rien, la honte de la famille... Vous savez, la chose qu'on cache et dont on ne parle pas de peur que le monde découvre son existence parce qu'elle peut réduire à néant votre réputation d'homme respectable... Ben c'était moi. De telle manière qu'après la mort de mon parrain qui me protégeait, j'ai été foutue à la porte.
-Quoi ?! s'horrifia Clémence. Mais tu avais quinze ans ? Enfin, l'équivalent ?!
-J'avais soixante-dix-huit ans, oui. Je venais à peine de les avoir, répondit-elle d'une voix douloureuse.
-Et tu t'es retrouvée à la rue alors ? interrogea Emma.
-Oui... Enfin, ça n'a pas duré longtemps. Je savais que le directeur de l'Académie avait son logement de fonction dans l'enceinte de l'école alors j'y suis allée le jour-même, après avoir repris plus ou moins mes esprits. Je lui ai demandé asile. Il a accepté que je reste, même si on était en été. De toute façon, je n'avais nulle part où aller...
-Heureusement que tu étais dans la même ville, commenta Emma.
-Non, l'Académie anglaise est à Londres et j'habitais à Southampton. Je n'y ai plus jamais remis les pieds d'ailleurs...
-Sou... Southampton ?! s'écria Clémence. Comment tu as pu faire le chemin entre Southampton et Londres en une journée ?!
-Bah avec les Portes, comment veux-tu que je fasse ? »
Devant l'air de profonde incompréhension qu'affichèrent ses amies, elle se rendit compte qu'elles ignoraient ce qu'étaient les Portes et entreprit de leur expliquer. Il s'agissait de portes spéciales installées dans les locaux de chaque secteur. Elles communiquaient avec le secteur de la capitale qui, lui-même, en possédait une donnant sur la B.I.S et donc sur l'Érèbe. Cela permettait d'aller très vite d'un secteur à l'autre. D'ailleurs, il était possible, par la bibliothèque, de se rendre d'un pays à l'autre et ainsi de voyager dans le monde avec facilité.
« Les Démons ont un peu le même système mais en beaucoup moins perfectionné, rajouta-t-elle. Il n'y en a pas partout et ce sont des points très spécifiques sur Terre depuis l'Enfer. On les appelle les Ponts de l'Enfer. Généralement, ils sont connus des Humains pour abriter des phénomènes étranges comme Bugarach en France, le Loch Ness en Grande-Bretagne, une petite île du Triangle des Bermudes, la forêt d'Hei Zhu Gou en Chine et pleins d'autres encore... On les surveille le plus possible, mais bon...
-Bugarach ? réfléchit la brune. C'est pas le village de la Fin du Monde de 2012 ?
-Si, grogna la rousse. Tous les Traqueurs se trouvant en France, que se soit des déserteurs ou de Démons, et les Faucheurs de l'Aude ont été réquisitionné pour surveiller ce maudit Pont au cas où il prenne l'envie à des Démons de venir sur Terre dévorer les âmes de ceux qui étaient présents. Et y en a eu, mais heureusement, ce n'était pas de très puissants. Plus des imbéciles et des débutants qui n'avaient pas imaginé qu'on protégerait le village et tous les Humains présents. Ça a été un beau bordel. Je n'ai vraiment pas hâte d'être à votre prochaine Fin du Monde ! C'est toujours un boulot monstre et des heures sup' en plus.
-Euh... Mais si ce n'est pas la Fin du Monde, tu n'as pas à faucher toutes les âmes existantes... nota Clémence. Ça n'en fait pas plus qu'à l'ordinaire.
-Parce que toi, tu n'es pas stupide au point d'y croire et de te suicider à son approche, soupira Grell.
-Je te préviens, la prochaine est pour 2029, sourit la jeune Humaine. Et celle d'après est en 2036.
-Géniaaaal, ironisa Grell. Enfin, on a quelques années pour se préparer. »
Il y eut un long silence que la rousse finit cependant par rompre d'un air douloureux :
« C'est... Enfin quand... quand je suis arrivée à l'Académie, j'allais vraiment mal... J'étais absolument au fond du gouffre. J'avais absolument tout perdu, particulièrement la seule personne qui m'ait jamais témoigner de l'affection... Alors je... »
Elle ferma les yeux et pinça ses lèvres. Elle retira son gant droit et leva la métamorphose permanente qu'elle appliquait à son poignet pour dévoiler une ancienne cicatrice qui avait dû être profonde.
« J'ai... la même de... de l'autre côté...
-Tu... Tu as déjà tenté de te suicider alors ? » demanda Clémence.
Les paupières toujours closes, elle approuva lentement avant de faire à nouveau disparaître l'estafilade tout en remettant son gant.
« Ça va aller, Grell ? s'inquiéta Emma en voyant une larme couler sur le visage de son amie.
-Oui... renifla-t-elle en essuyant sa joue et en prenant une grand inspiration pour se calmer avant de rouvrir ses yeux. C'est juste que... C'est la première fois que j'en parle alors forcément...
-Comment tu t'en es sortie ? interrogea la brune.
-Le directeur m'a tout simplement trouvée à temps. Après, j'ai remonté la pente très lentement, mais je l'ai fait. Plus ou moins. Ça a été en partie grâce à William, même s'il n'en a pas la moindre idée. Le directeur a fait en sorte que ça ne figure pas dans mon dossier parce que j'étais très jeune et que ça ne valait pas la peine de pourrir mon avenir pour ça.
-Et William a fait quoi pour toi ?
-C'est juste qu'à l'Académie, on peut avoir des cours durant les vacances, deux heures par jours. Il était bien le seul à les suivre... En tout cas dans notre classe. Moi, comme j'étais là, j'y suis allée. On était que tous les deux et je suis tombée amoureuse de lui. Même s'il ignorait tout et qu'il ne l'a jamais su. Pour ma tentative, je veux dire. Mais il m'a aidée pour les cours étant donné qu'on était seuls avec les profs. Même s'il était déjà aussi froid et que c'était qu'un rapport ''professionnel'', il ne m'a jamais jugée sur ma sexualité et ça me faisait un bien fou. En fait, je crois qu'il n'en jamais rien eu à faire que je sois un homme ou une femme, mais que son esprit trop cartésien ne pouvait tout simplement pas comprendre que je sois une femme dans un corps d'homme. C'était pas méchant, comme les autres. »
Il y eut à nouveau un silence. La rousse finit à nouveau par y mettre fin avec un sourire un peu forcé :
« Bon, je ne veux pas que vous pensiez que je raconte tout ça pour attirer votre attention ou votre pitié, c'est juste que j'avais besoin d'en parler. Ça m'a fait du bien mais... On pourrait pas se changer les idées ? »
Les Humaines comprirent que Grell, s'étant dévoilée pour la première et n'en ayant pas l'habitude, ne risquait pas d'en dire plus ni de recommencer de sitôt. Ça faisait beaucoup d'un coup. Emma eut tout à coup un grand sourire et ricana en regardant Clémence :
« Je connais quelque chose qui nous changera à tous les idées ! Il faut bien avouer qu'avec les derniers événements, on en a tous besoin. Ça vous dirait qu'on aille tous au bowling ?
-Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda sa colocataire.
-Parce que j'adore te voir jouer au bowling. Ça me donne l'impression d'être un génie !
-T'ai-je déjà dit que je te détestais ?
-Moi aussi je t'aime ! éclata de rire la brune.
-Tu es si mauvaise que ça ? s'étonna Grell d'une vois encore un peu tremblante.
-Et plus encore... rit Clémence. Mais d'accord, ça me va. On pourra bien s'amuser.
-J'appelle les autres alors ! Ça va Clem' ? »
Sa colocataire avait en effet porté sa main à son front.
« Oui, ça va, juste un léger mal de tête. Ça passera... »
Prochain chapitre : "Changements".
Un gros mal de tête, une partie de bowling tournant au ridicule pour certains, une importante prise de conscience et la Garde persuadée de l'arrestation d'Undertaker.
A bientôt !
