Salut tout le monde !
Ça fait un moment que j'avais publié ! J'espère que ce chapitre vous plaira !
Bonne lecture !
CHAPITRE IXXX : AU NOM DES PHANTOMHIVE
« Alors, c'était comment là bas ? »
William, ayant été désigné par le juge Zhang pour s'occuper de la mise à l'épreuve de Ronald, avait accompagné ce dernier et Grell à la faculté pour la protection de Richard qui avait rendez-vous avec Céline. La rousse avait d'ailleurs remarqué qu'il voyait cette fille de plus en plus souvent mais le comte n'avait rien répondu. Alexander était au collège, tout comme Éric et Alan. Emma et Clémence étaient donc seules à l'appartement en ce mercredi après-midi, installées dans le canapé acheté par le jeune Phantomhive, et la brune demandait des précisions sur l'Érèbe visité la veille à son amie, lui reparlant réellement pour la première fois depuis sa transformation. Cette dernière, qui avait eu beaucoup de mal à accepter son immortalité et l'idée de voir mourir tous ceux qu'elle aimait, n'avait fait que pleurer et déprimer. Puis, avec le retour de Ronald, elle avait été complètement accaparée par lui, toujours collés l'un à l'autre. Heureusement, il lui avait remonté le moral, même si elle avait encore des difficultés à se dire qu'elle était devenue Shinigami.
« Ça doit être sombre, non ?
-Non, au contraire, répondit Clémence. C'est vraiment très beau. Ça ressemble beaucoup à l'Italie en fait. Je n'y suis jamais allée, mais c'est l'idée que je m'en fais. Il fait très bon d'ailleurs. Beaucoup plus chaud qu'ici, le Soleil est radieux, la campagne magnifique... Et la plupart des bâtiments sont superbes, comme dans la Rome antique.
-Il devait y avoir des morts de partout, non ? trembla Emma.
-Des morts ? Pourquoi veux-tu qu'il y ait autant de morts ?
-Tu es allée dans le monde des morts ! Il y en avait forcément !
-Ah ! Non ! L'Érèbe en est seulement l'antichambre. On ne peut pas accéder à l'Au-Delà, il est protégé par le Triple Mur d'Airain. On ne peut même pas voir ce qu'il y a. En fait.. Je.. Je n'ai vu qu'un seul mort.
-Quoi ?! fit la brune d'une voix suraiguë. Mais... C'est horrible !
-Oui... C'était l'exécution d'un déserteur.
-QUOI ?! » hurla Emma en fondant en larmes à cause de sa nécrophobie.
Clémence haussa un sourcil étonné de la voir dans cette état.
« Ça... Ça va ?
-C'est plutôt à toi qu'il faut le demander ! sanglota-t-elle. Oh mon dieu, Clémence ! Comment te sens-tu ? Tu tiens le coup ? Tu ne fais pas trop de cauchemars depuis que tu as vu ça ?
-Bah... Non. Ça m'a vraiment choquée sur le coup et j'avoue que c'était assez dur : le bourreau lui a planté sa Faux de la Mort dans le cœur, mais... Enfin j'en ai parlé hier avec Ronnie et ça va.
-C'est atroce ce qu'il lui ont fait ! pleura Emma. Il le méritait vraiment ?
-Il a tout de même tenté d'assassiner le Secrétaire d'État polonais avant de déserter, nota Clémence. Et de toute façon, tout le monde le sait : la désertion est punie de mort chez les Shinigami. Et ce n'est même pas comme si on ne pouvait pas démissionner...
-Ah... D'accord... continua-t-elle à pleurer d'angoisse.
-Enfin, ce sont les lois, on y peut rien. Et...
-Et tu as vu un cadaaaaaaaavre ! Y a rien de pire ! »
Clémence soupira et entreprit de réconforter et de calmer sa colocataire en pleine crise de panique.
Ce fut à ce moment qu'elles entendirent une clef dans l'un des trois verrous de la porte d'entrée. Bientôt, Ronald, Grell et Richard rentraient, William étant retourné au bureau pour gérer son secteur, d'autant qu'un fantôme avait été repéré à Pélissane, près de Salon-de-Provence. Quand il avait appris qu'une âme n'avait pas été fauchée, il était entré dans une colère noire et avait aussitôt convoqué plusieurs Faucheurs, d'autant que, d'après les rumeurs humaines, l'endroit été hanté depuis longtemps.
Quand il avait reçu l'appel le prévenant de cela, les deux membres de son équipe et le comte se trouvaient avec lui, mais aucun n'avait osé dire quoi que se soit. Un fantôme relevait de l'incompétence-même des Shinigami et William détestait quand des âmes erraient sur son secteur, laissées en pâture à ces bêtes sauvages qu'étaient les Démons.
Il avait donc ordonné à Grell et Ronald de rentrer avec Richard, même s'il rechignait à laisser l'Écossais sous la garde de la rousse pour sa mise à l'épreuve.
Clémence se leva et rejoignit le blond qui l'enlaça et l'embrassa.
« Il vous arrive de vous décoller parfois ? ricana Grell.
-Quand je suis à la fac, on l'est, non ? sourit Ronald.
-De toute façon, on va être obligé de l'être maintenant aussi, expliqua Clémence. Il faut que je calme Emma qui est en pleine crise d'angoisse.
-Qu'est-ce qui lui arrive ? s'inquiéta aussitôt Richard.
-Je lui ai parlé de cadavres. »
Elle déposa un baiser sur les lèvres de Ronald avant de le lâcher et de retourner dans la chambre de la brune pour la réconforter. Les trois autres la suivirent.
« Tu sais, fit tout à coup Grell, un cadavre ne te fera rien. Je ne vois pas pourquoi tu en as peur.
-Elle a raison, continua Ronald. Une fois que c'est mort, c'est mort. Ça ne bouge plus, il n'y a plus d'âme dedans... C'est absolument inoffensif.
-En plus, c'est voué à se décomposer et à disparaître en poussière, acheva la rousse. Faut que tu te dises que ce n'est qu'un objet sans âme comme les autres.
-C'est vrai ! Tu vois, ce n'est pas si effrayant que ça ! »
Sous le regard désabusé de Richard et celui meurtrier de Clémence, ni l'un ni l'autre des Shinigami ne comprit pourquoi Emma se mit à pleurer encore plus et à trembler de tout son corps. Elle bafouilla quelque chose entre ses sanglots terrifiés. Ils comprirent que ça parlait de cadavres en mouvement.
« Mais non, ça ne bouge pas un cadavre... contredit Grell.
-ET LES ETRANGES POUPEES ! hurla Emma, complètement paniquée.
-Ah oui, c'est vrai ! Bah, il suffit de leur défoncer le crâne et... »
Ronald ne put finir sa phrase, Clémence lui balançant à la figure un coussin pour le faire taire et chasser les deux dieux de la Mort de la chambre. Ils obtempérèrent, bien qu'ils ne sachent toujours pas quels griefs leur été imputés. Ils n'avaient voulu qu'aider Emma... Les Humains pouvaient parfois être étranges.
Grell changea alors de sujet en se tournant vers Richard :
« Et au fait ! Céline... Elle a l'air de bien te plaire, hein ?
-Mais... Mais non ! rougit-il tout à coup. C'est juste une amie !
-C'est ça, oui ! À d'autres ! Hu hu hu ! Après Clémence et Ronald, c'est toi qu'on va caser ! Tu vas voir ! »
Richard soupira d'un air se voulant exaspéré, mais les Shinigami virent parfaitement que ce n'était que pour cacher son embarras. Grell ne put s'empêcher alors de déclarer en riant :
« Ou alors, il en a après Emma... Céline et elle se ressemblent un peu : toutes les deux brunes et bouclées, le visage rond, les yeux foncés... Et comme il ne peut pas avoir Emma, il se rabat sur Céline ! Hu hu hu !
-N'importe quoi... soupira Richard.
-D'un côté, c'est vrai qu'elles se ressemblent un peu, confirma Ronald.
-Peut-être, mais je n'ai pas le moindre sentiment pour Emma ! »
Les Shinigami se regardèrent puis se mirent à rire. Le comte rougit alors, se rendent compte de ce qu'il venait de dire.
.oOo.
Pendant ce temps, au collège d'Alexander. La récréation battait son plein, les plus jeunes s'amusant encore, quand les plus âgés discutaient dans un coin ou se bécotaient en cas de couple.
Cette agitation malsaine énervait le frère du comte. Tout cela était vraiment ignoble, d'une parfaite vulgarité. Tandis que le bas peuple s'occupait de frivolités, du pain et des jeux voilà tout ce qui intéressaient ces manants, lui lisait tranquillement dans un coin tranquille, au soleil. Le Guépard de Guiseppe Tomasi di Lampedusa était une lecture des plus passionnantes, relatant la chute de la noblesse italienne. Certes, le sujet était quelques peu triste, mais Alexander appréciait particulièrement la manière de le traiter. Il lui rappelait sans cesse qu'il ne serait jamais comme Tancrède à épouser cette péronnelle d'Angelica, femme n'ayant même pas l'ombre d'une moitié d'un quartier de noblesse.
Alors qu'il se disait que sa future épouse, une Anglaise de préférence, devrait avoir au moins une lignée noble remontant au roi Richard Cœur de Lion, une ombre obscurcit sa lecture. Il soupira et releva ses yeux outremer vers trois garçons de son âge, dont celui qui était connu pour être la brute du collège. Des muscles sans cerveau, selon la définition d'Alexander. Selon lui, même une étrange poupée pouvait être plus intelligente que ce gorille, malgré son absence totale d'âme. Après tout, l'une d'elle avait dirigé Weston School sans le moindre problème durant plusieurs mois et...
Mais voilà que l'esprit de l'adolescent s'égarait. Il redescendit sur terre et se décida à accorder quelques mots à ces gueux :
« Veuillez, je vous prie, vous pousser, vous me cachez la lumière et je ne peux plus lire. »
Les trois garçons ricanèrent sans qu'il ne comprenne pourquoi. Le chef de la petite bande s'empara du livre d'Alexander et le jeta par terre. Le blondinet soupira, comme s'il avait à faire à un enfant turbulent et stupide, et voulut se baisser pour ramasser son bien.
Mais la brute l'en empêcha en le prenant par le col de sa veste.
« Bastien, c'est ça ? fit-il en l'obligeant à se lever.
-Veuillez me lâcher, s'il vous plaît.
-Ouais, ouais, c'est ça... Tu vas nous refiler du blé d'abord ! Je suis sûr que t'es pété de thune et que t'es du genre à en avoir toujours plein sur toi !
-Du blé ? Je ne possède aucun champ et... »
Un coup de poing dans le ventre le fit taire sur le coup. Le souffle coupé, il tomba à genoux. Ses agresseurs se mirent à rire, surtout quand il leur jeta un regard meurtrier. Oser porter la main sur un Phantomhive...
« Vous le regretterez... » menaça-t-il.
Le rire redoubla.
« OUH ! Qu'est-ce qu'on a peur d'un minus comme toi ! se moqua l'un des attaquants.
-Allez, assez rit, file-nous ton fric et on te laisse tranquille. Bien sûr, faudra nous en ramener demain. »
Alexander serra les dents et de la haine pure traversa son regard saphir. On offensait pas de la sorte un Phantomhive impunément. Ces trois-là goutteraient bientôt l'âpre saveur de l'humiliation...
Le meneur poussa violemment le frère du comte avec son pied qui se retrouva par terre, dos au banc. Il eut une grimace de douleur en se cognant le cou contre le bord. Tout se passa alors très vite. L'autre se pencha pour le brutaliser à nouveau, le cognant surtout au visage et au ventre. Le jeune noble, qui se protégeait de sa main, réussi à donner un coup de pied dans le tibia de son assaillant. Rapide comme l'éclair, il sortit un couteau de sa poche. D'un large geste, il obligea son agresseur à se reculer pour ne pas se prendre un coup. Les trois garçons firent un bon en arrière, surpris par la résistance de leur victime. Alexander se remit lestement debout dans une position de défense naturelle pour lui qui avait tant fait d'escrime, malgré la douleur.
« Vous riez moins, n'est-ce pas ? » railla-t-il.
Ce fut à ce moment qu'Alan attrapa la main du blond et lui enleva son arme blanche. Il paraissait dans une colère noire.
« Vous m'accompagnez tous immédiatement chez le principal, ordonna-t-il. Et pourrais-je savoir ce que ce couteau fait ici ?!
-Ils m'ont agressé ! protesta Alexander tandis qu'il se faisait traîner vers le bâtiment administratif en marchant avec difficulté à cause des coups reçus. Je n'ai fait que me défendre !
-Ça, je l'ai vu. Mais il n'y a aucune raison pour emmener un couteau au collège !
-C'est bien vrai ça ! » approuva un des trois agresseurs.
Le Shinigami pila net et se retourna vers l'adolescent.
« Vous n'avez strictement rien à dire ! Peut-être qu'il n'avait pas à emmener une arme blanche ici, mais vous l'avez tout de même agressé ! Alors je vous conseille de vous taire. »
Le Traqueur entraîna à nouveau à sa suite les adolescents vers le bureau du principal, furieux contre eux, particulièrement contre le jeune Phantomhive. Un couteau... Il avait emmené un couteau au collège... À quoi espérait-il que cela lui serve ?! À part à se faire remarquer alors qu'il devait impérativement rester dans l'ombre pour ne pas se faire repérer puis tuer par Sebastian sur l'ordre d'Amber. En plus, il ne pouvait même pas fermer les yeux pour ne pas perdre leur couverture.
Quand Mr. Spears allait apprendre ça... pensa-t-il.
« Et j'espère que cela ne se reproduira pas ! Je vous jure... Un fantôme ! Comment avez-vous pu oublier de faucher une âme et la laisser en pâture aux Démons ?! Sans parler que même les Humains connaissent sa présence depuis les années 1560 ! Comment avez-vous pu passer à côté d'une telle chose ? Pourquoi n'êtes-vous pas allés la faucher ? Et n'osez surtout pas me dire que vous n'étiez pas au courant ! Vraiment ! Quelles bandes d'incapables ! D'autant que ce n'est pas le genre d'apparition difficile à avoir ! Elle n'apparaît pas durant un créneau horaire particulier un certain jour de l'année, n'est pas agressive envers les Humains, ce qui signifie qu'elle n'est pas vengeresse et ne donnera pas les épines de la mort à celui qui la fauchera en cas de contact ! J'ignore qui était chargé de récolter cette âme, mais vous auriez pu vous y intéresser plus tôt ! Maintenant, messieurs, vous avez une semaine pour récolter cette âme ou je vous jure que vous serez interdit de terrain pour les dix prochaines années à venir ! Non mais vraiment ! »
Les Faucheurs qui avaient été convoqué par William approuvèrent, la gorge sèche et la tête basse. Leur supérieur leur ordonna de sortir immédiatement et de se mettre au travail sans plus tarder. Quand il fut seul, il s'installa à son bureau et commença à regarder ses dossiers. Augure se percha sur son épaule, lisant également les documents que traitait son maître, par dessus l'épaule de celui-ci.
Heureusement qu'il était parfaitement organisé, se dit William en voyant la pile qu'il devait traiter en tant que chef de secteur. Entre ce poste qui lui demandait beaucoup de temps, son travail de Traqueur qui était clairement primordial sur le reste, la mise à l'épreuve de Knox et les quelques heures d'enseignement qu'il avait à l'Académie par semaine, il avait du mal à s'en sortir parfois.
Une chose était sûre, il avait de la chance d'avoir une secrétaire efficace, contrairement à quand il dirigeait le secteur savoyard. Ici, il pouvait compter sur elle pour lui faciliter le travail et le lui avancer.
Toujours aussi énervé contre ces incapables de Faucheurs, il sursauta en voyant son portable posé sur son bureau vibrer tout à coup. S'attendant à une nouvelle catastrophe au sein de son équipe, il s'en empara aussitôt pour voir un message d'Alan. Il appuya sur une touche. Il haussa un sourcil : pourquoi était-il revenu à l'écran d'accueil ? Il commença à enfoncer toutes les touches possibles et accessibles, s'énervant un peu plus à chaque échec. Sans vraiment savoir comment il avait fait, il réussit à changer l'heure et à modifier complètement la présentation de son menu principal, le perdant un peu plus, mais fut incapable de trouver comment lire le sms.
« Je vous jure ! Je leur ai pourtant dit de ne pas m'envoyer de message ! C'est trop dur de passer un appel téléphonique ?! »
Augure, toujours sur son épaule, paraissait beaucoup s'amuser de la situation. Cependant, voyant que William ne parvenait toujours pas à lire ce que voulait lui dire Alan, il s'envola et prit des mains de son maître le portable.
« Je m'en occupe, soupira par télépathie l'esprit animal, je crois qu'il vaut mieux...
-Vraiment ! Tu n'y arriveras pas plus que moi, c'est cette chose qui est hors service... »
En quelques coups du bout de ses griffes, le pigeon ouvrit le sms sans le moindre problème.
« Et voilà !
-Je savais très bien comment il fallait faire. »
Augure préféra s'envoler plutôt que d'avoir à faire à la mauvaise foi de William. Ce dernier lut enfin le message d'Alan.
« Un problème au collège ? » pensa-t-il à voix haute.
S'il s'agissait de Michaelis, l'alerte rouge aurait été déclenchée...
« Je vous jure... » s'exaspéra-t-il.
Il appela Alan. Bientôt, la voix du Shinigami americano-japonais lui répondit :
« Allo ? Mr Spears ?
-Humphries, que se passe-t-il avec Phantomhive ?
-Monsieur vous... Vous parlez japonais ? demanda Alan dans cette langue.
-Je vous demande pardon ? s'étonna William en Anglais. Si je parle Japonais ?
-Oui...
-Très mal à vrai dire, mais je peux plus ou moins comprendre. Au pire, je vous demanderais de répéter. Mais pourquoi me parler en Japonais ?
-Parce que je ne peux pas parler librement de l'affaire. Il y a des profs à côté de moi, dont plusieurs d'Anglais.
-Je comprends... Allez-y, mais parlez lentement s'il vous plaît.
-Bien, commença Alan en Japonais, alors voilà : Alexander a emmené un couteau au collège et...
-Quoi ?! Répétez, je crois que j'ai mal compris...
-Si vous avez compris qu'il a emmené un couteau au collège, vous avez parfaitement compris, monsieur...
-Il l'a utilisé ?
-Oui, pour se défendre contre trois racketteurs. Il l'a juste sorti, il ne les a pas blessé, mais c'est tout de même interdit.
-Non mais je vous jure ! s'emporta William. Quelle idée a-t-il eu encore ! Il est sensé rester dans l'ombre la plus totale et lui se fait remarquer !
-Il y a... un autre problème monsieur.
-Quoi ?!
-Oui, le collège veut convoquer ses parents. Étant donné que vous vous êtes fait passer pour son père lors de l'inscription et que vous avez mentionné sa mère, vous devrez y aller avec une femme...
-Je n'ai pas compris la dernière partie de la phrase, Humphries. »
Alan répéta, d'une autre manière et plus lentement, afin que William comprenne mieux. Ce dernier soupira alors, plus exaspéré et en colère que jamais. Après les salutations d'usage, ils prirent congé l'un de l'autre. Le brun composa le numéro de l'appartement où il résidait avec rage. Au bout de quelques sonneries, la voix de Clémence retentit à l'autre bout du fil.
« Allo ?
-Allo, Miss Curiel ? C'est William T. Spears.
-Que se passe-t-il ?
-Un problème au collège de Phantomhive. Pourriez-vous me passer Emma s'il vous plaît ?
-Oui, pas de problème. »
Quelques secondes plus tard et il avait la brune au bout du fil.
« William ? Qu'est-ce qui se passe ?
-Je voudrais te demander de te faire passer pour la mère de Phantomhive quand je me ferais passer pour son père. Il a emmené un couteau au collège qui va me contacter d'ici peu, vu que nous l'y avons inscrit avec le numéro de mon bureau et l'adresse des locaux du secteur. Bref, je vais devoir y aller avec une femme et je voudrais, si possible, que se soit toi.
-Euh... Si tu veux... Mais pourquoi moi ?
-Je ne fais aucunement confiance à Sutcliff pour ce genre de chose : elle risque non seulement d'approuver le fait d'emmener un couteau dans un collège mais va sûrement en profiter pour se coller à moi de manière indécente. Quant à Curiel, elle pense plus à rester dans les bras de Knox qu'à autre chose en ce moment. Et puis... Nous nous sommes déjà fait passer pour un couple, je te fais confiance pour jouer le jeu.
-Ok, si tu veux.
-Je te tiendrais au courant de l'heure et du jour de la convocation. À tout à l'heure Emma.
-À tout à l'heure ! »
Ils raccrochèrent. À ce moment, la secrétaire de William le prévint qu'il avait un appel provenant d'un collège humain. Il lui dit de lui passer le correspondant.
.oOo.
Le lendemain, alors qu'Emma achevait un maquillage la vieillissant, William entra dans sa chambre rapidement :
« Nous allons devoir y aller avec Humphries. Tiens, je suis allé acheter ce-ci afin de nous faire passer pour les parents de Phantomhive. »
Intriguée, elle regarda ce qu'il lui tendait. Il s'agissait d'une alliance toute simple. Il avait déjà la sienne à son annulaire gauche.
« Quand tu es prêtes, nous pourrons y aller.
-Je mets juste mon rouge à lèvres et c'est bon. »
Elle s'empara d'un vieux rose et l'appliqua d'un geste sûr et net.
« C'est b... WILLIAM ?! s'écria-t-elle, ébahie.
-Vraiment ! Nous n'avons pas le choix, nous sommes sensés être les parents de Phantomhive. Étant donné que tu ne peux pas te métamorphoser, je m'en charge. »
La chevelure brune du Shinigami était désormais aussi blonde que celle d'Alexander et ses yeux avaient pris une teinte aussi bleu que possible, malgré une nuance de vert impossible à dissimuler complètement.
Revenue de sa surprise, elle lui fit remarquer que sa tenue ressemblait plus à celle d'un P.D.G envoyant son enfant en école privée qu'à celle d'un simple employé dont le fils irait dans le collège d'un quartier modeste.
« Et comment crois-tu que je devrais m'habiller ? s'étonna William. Je n'ai que cela de toute manière...
-Tu n'as pas de tenues plus décontractées ? Quand tu es chez toi, tu es comment ?
-Eh bien... Je ne sais pas... Normalement.
-C'est quoi que tu appelles normal, toi ? se méfia Emma.
-Je ne mets pas forcément mon gilet ni ma cravate. Et... Et généralement, je mets une simple chemise...
-Ah... Quand même...
-Oui, je sais, avoua-t-il, c'est plutôt décontracté et vous n'avez pas l'habitude de me voir ainsi, mais...
-Non, non... contredit la brune dans un léger sourire. Je pensais que tu étais plus décontracté que ça quand même... À mon avis... Une chemise et un pull, ça sera très bien. Un jean aussi et voilà.
-J'ai bien un pull, mais je n'ai pas de jean, répondit-il.
-Bon, eh bien nous ferons sans alors, soupira-t-elle. De toute façon, nous n'avons plus le temps d'aller en acheter un. »
William poussa le fauteuil d'Emma hors de sa chambre afin de pouvoir se changer tranquillement. Elle discuta deux minutes avec les autres qui se moquaient gentiment de Clémence et Ronald qui ne semblaient plus pouvoir faire un pas l'un sans l'autre depuis que Ronald s'était déclaré. Clémence était d'ailleurs assise ce jour-là sur ses genoux et s'était blottie contre lui, la tête sur son épaule, tandis qu'il la serrait dans ses bras.
« Vous êtes tous jaloux en fait... rit-elle.
-Certainement pas ! railla Emma. Ça fait vraiment niais...
-Ouais, j'avoue ! ricana Éric.
-Oui, alors toi tu peux parler ! » répliqua Ronald.
Alan ne put s'empêcher de rire. Installés sur le canapé à côté de l'Écossais et de sa petite-amie, ils étaient étroitement enlacés. Le plus jeune s'était à moitié allongé sur le blond et sa tête reposait sur le torse de ce dernier. Éric le tenait amoureusement et ils avaient entrelacé leurs doigts.
« Nous, on est pas tout le temps collés à s'embrasser ! rétorqua le blond. On peut très bien être séparés sans que... Mais arrête de rire Alan !
-E... Excuse-moi... Mais... Mais on est tout le temps ensemble justement... pleura de rire celui-ci. On... On a pas... pas été séparé une seule fois... de... depuis qu'on est en couple !
-Mais... Mais non... Enfin... Si... Si, c'est vrai, finit par reconnaître Éric en bougonnant.
-Bien sûr que c'est vrai... » sourit Alan.
Il se retourna et se releva légèrement pour embrasser son amant, sous les regard hilares des autres. Quand ils se séparèrent, le plus jeune reprit sa place initiale avant de pousser un grand cri de surprise. Tout le monde se retourna vers ce qui l'avait à ce point choqué et d'autres cris de surprise suivirent. C'était William, blond aux yeux bleus, avec un simple pull comme haut.
« Vraiment ! s'écria-t-il. Il ne s'agit que d'une simple métamorphose afin de pouvoir me faire passer pour le père de Phantomhive... Je vous jure... Quelle réaction puérile...
-Il faut dire que ça vous change vraiment, monsieur, avoua Alan.
-C'est clair... confirma Clémence qui n'en revenait toujours pas.
-On ne vous aurait jamais reconnu si on n'avait pas su que c'était vous, patron... continua Ronald.
-C'est sûr que c'est... surprenant... rajouta Éric.
-AH MON WILLOU ! désespéra Grell. Tu es tellement mieux au naturel ! Un brun ténébreux est teeeeeellement mieux que tout le reste ! Mais tu resteras toujours dans mon cœur, quelle que soit la couleur de tes cheveux ! Juliette aurait continué à aimer Roméo même s'il avait teint sa chevelure en vert !
-Je vous jure...
-Alors heureusement qu'on a pas les cheveux verts dans ma famille ! » éclata de rire Richard.
William leva les yeux au plafond puis demanda à Alan et Emma s'ils pouvaient y aller. Le Shinigami châtain approuva et quitta les bras de son amant à regret, après que celui-ci l'ait embrassé malgré les moqueries de Ronald.
.oOo.
Dès qu'ils étaient arrivés au collège, ils avaient été menés au bureau du principal devant lequel patientaient Alexander et les trois adolescents qui l'avaient agressé, ainsi que les parents de l'un d'eux. Moins d'une minute plus tard, ceux des deux autres couples arrivèrent et directeur du collège les invita à entrer, avec M. Sarez et les professeurs principaux des élèves.
« Bien... Je pense que nous savons tous pourquoi nous sommes là. Bastien Flavet a utilisé un couteau contre Kevin Rivel, Maxime Cassion et Hugo Loiseau qui ont tenté de le racketter.
-Non, non ! protesta Mme Cassion. Maxime est un ange, il ne fait jamais de bêtise ! Ce que vous dites est impossible ! C'est forcément ce délinquant qui les a attaqués tous les trois ! I... Il avait un couteau au contraire de mon fils !
-Ignoble... répliqua Alexander. Comme si je m'abaissais à b...
-Je vous jure ! coupa William avec une froide colère continue. Je v... te conseille de ne pas rajouter quoi que se soit ! Madame, vous m'excuserez, mais c'est votre enfant et ses complices qui ont attaqué et contraint le notre à lui remettre de l'argent contre son grès ! Il est vrai que je n'approuve pas le comportement de Ph... Bastien et nous n'en resterons pas là, mais reconnaissez au moins les tords de votre progéniture !
-Je ne vous permets pas ! répliqua M. Cassion. Mon fils...
-Votre fils n'est qu'une petite brute ! trancha Mme Rivel. Depuis que Kevin traîne avec lui, il ne fait que des bêtises !
-Maxime ne ferait pas de mal à une mouche !
-Ça suffit ! s'exclama Emma. Comment voulez-vous que vos enfants se comportent bien avec leurs camarades en voyant leurs parents se crêper le chignon dans le bureau de leur proviseur ?! D'après ce que j'ai compris, Bastien était en train de lire un livre dans la cours, à l'écart. Vos enfants sont arrivés et ont voulu faire leur loi. Bastien s'est défendu après avoir reçu divers coups. Le constat est simple, ce sont vos enfants qui ont commencé ! Et ils n'ont pas à semer la terreur dans la cours du collège !
« À mon avis Monsieur, poursuivit-elle en se tournant vers le proviseur, il y a clairement un problème de discipline, aussi bien au sein de ces trois familles que dans le collège ! Bastien est bien évidemment en tord, tu n'aurais pas dû apporter ce couteau et encore moins le sortir ! mais il ne l'a fait que pour se protéger, c'est de la légitime défense et il ne l'aurait certainement pas utilisé pour attaquer, conformément à ce que nous lui avons appris.
« Et puis regardez-le ! Il a son visage couvert de bleu ! Les tords sont donc partager ! Il est hors de question que Bastien soit le seul à être sanctionné alors qu'il était tranquillement en train de lire ! »
Après être intervenue, elle regarda chaque personne présente dans la pièce, excepté William, en s'attardant d'avantage sur les deux mères furieuses, les trois garçons et le proviseur, à qui elle adressa un regard lui signifiant clairement qu'il n'avait pas intérêt à punir qu'Alexander. Le directeur se tourna vers Alan :
« Hikaru, c'est vous qui êtes intervenu. Qu'avez-vous vu ?
-Mme Flavet a bel et bien raison. Son fils lisait tranquillement à l'écart, répondit professionnellement Alan, quand les trois autres élèves ici-présents sont venus pour l'attaquer afin de lui voler de l'argent. Alors qu'ils commençaient à le frapper, il a sorti un couteau afin de se défendre.
-Et pourquoi avais-tu un couteau sur toi ?
-Tch... Cela me semble des plus évidents... souligna Alexander. Je souhaite pouvoir me défendre si le besoin se présente. La preuve, cela m'a servi. Je serais à l'hôpital sans cela, car il est évident que jamais je n'aurais cédé à de tels gibiers de potence... »
Emma, qui était à côté de son ''fils'' lui mit un coup derrière la tête, comme en avait l'habitude Richard. Il allait se mettre à protester quand il croisa le regard glacial de William :
« Vraiment... Je te conseille vivement de ne pas rajouter quoi que se soit... »
Alexander se tut aussitôt.
La réunion continua encore et encore, jusqu'à ce que le principal déclare que les quatre adolescents seraient exclus provisoirement du collège, durant une semaine et devrait effectuer plusieurs mercredi de colles. Tous allaient prendre congé quand, le directeur retint William, Emma et Alexander.
« Que se passe-t-il ? interrogea la brune, intriguée.
-Je souhaiterais, avec M. Sarez, le C.P.E, vous parler de l'attitude de votre fils.
-Son attitude ? s'étonna le faux blond.
-C'est exact monsieur. Elle est des plus déplorables : Bastien est insolent, méprisant, il prend tout le monde de haut... Il répond sans cesse, remet tout le temps en cause les programmes de l'Éducation Nationale, les méthodes d'enseignement de nos professeurs... Il a été tout de même jusqu'à dire à son professeur d'Histoire, quand ils ont abordé la Révolution Française, que c'était la pire chose qui soit arrivée à la France... Alors, vous avez tout à fait le droit d'être royalistes, mais je tiens à rappeler qu'on ne peut pas afficher ses convictions politiques à l'école. D'autant que votre fils n'hésite pas à remettre complètement en cause les fondements-même de notre République... Parce que franchement, clamer haut et fort qu'il est contre la liberté et que l'égalité ne devrait être qu'un privilège accordé par un souverain, c'est tout simplement inadmissible.
« Tout comme les propos homophobes qu'il a sorti durant un cours d'Éducation civique où il y a eu un débat sur le mariage homosexuel. Je ne dis pas qu'il n'a pas le droit d'être contre, mais il y a des limites ! Il a quand même dit que les homosexuels sont de dangereux criminels qu'il faudrait enfermer dans un hôpital psychiatrique ! Et j'allais oublier sa misogynie totale qui l'a poussée à déclarer à sa professeure d'EPS qu'elle ferait mieux de laisser ce métier à un homme et d'aller s'occuper de ses enfants !
« Sans parler qu'il refuse complètement de s'intégrer aux autres. Pour lui, ce ne sont que des moins que rien et il lui ait hors de question de les côtoyer. Je ne me permettrais pas de remettre en question la manière dont vous l'avez élevé, mais je pense tout de même qu'il y a un problème et qu'il faudrait le résoudre au plus vite... »
Il y eut un long silence. Un silence qui s'éternisa encore et encore. Emma tourna la tête vers William qui, lui, observait Alexander. Ce dernier fixait le principal qui oscillait entre les deux ''parents''.
Le Shinigami finit par lentement se tourner vers le directeur.
« Je suis on ne peut plus d'accord avec vous, monsieur. Croyez bien que cela ne se reproduira plus. Je ne comprends même pas comment cela est possible, surtout lorsque l'on voit son frère qui est son contraire exact...
-Tch... persifla Alexander. La famille ne disait pas cela la dernière fois, quand c'est moi qui ai dit toute la vérité qu'il voulait cacher... »
Comprenant qu'il faisait référence à sa trahison, William lui lança un regard froid et allait lui rétorquer quelque chose quand Emma le devança :
« Nous n'allons pas remettre ça sur le tapis ! »
Elle se tourna alors vers le principal :
« Je suis sincèrement désolée du comportement de mon fils, dans tous les domaines. C'est son grand-père paternel qui est monarchiste et très traditionaliste. Il lui bourre le crâne avec ses idées... Mais je veillerais personnellement à ce qu'il est une punition adéquate à la maison. Il nous nettoiera les W.C. à l'éponge pendant un mois... »
Alexander leva les yeux au plafond, persuadé que ce n'était qu'une menace en l'air, mais un nouveau coup derrière la tête venant d'Emma le rappela à l'ordre.
« Ah ! Encore une chose madame... Votre fils a imité votre signature et votre écriture...
-Non ! protesta le blondinet. C'est elle qui...
-Tais-toi un peu, toi ! ordonna Emma. Je vous écoute monsieur le principal.
-Merci. Je disais donc, il a voulu sécher le cross annuel du collège en faisant croire qu'il avait ses règles. Vous pensez bien que cela à échouer... »
William soupira et remonta ses lunettes. Ils avaient entendu parler de cette histoire en long, en large et en travers, Alexander ayant crié à l'injustice d'Emma contre sa pauvre petite personne pendant des jours entiers.
.oOo.
Une fois de retour à l'appartement, William se tourna vers Alexander, une lueur de colère dans ses yeux phosphorescents :
« Je n'ai guère eu le temps de parler avec vous, Phantomhive. Mais que vous a-t-il donc pris d'emmener un couteau au collège ?!
-Eh bien, cela me semble évident, non ? Je n'étais pas loin de la vérité tout à l'heure : non seulement je savais que cette école regorgeait de criminels, mais en plus, je souhaits avoir une arme pour me défendre au cas où Amber et son majordome me retrouvent.
-Non seulement je vous avais prévenu de ne pas vous faire remarquer de quelque manière que se soit, mais en plus mon équipe est là pour vous protéger...
-Eh bien parlons-en de votre équipe ! railla Alexander. Je ne lui fais pas confiance, à votre équipe... J'ai le choix entre des sodomites, un transsexuel et un dépravé... C'est un miracle que je sois encore en vie... »
Avant que n'importe qui ne puisse réagir, Clémence le gifla violemment, à la surprise de tout le monde, particulièrement de Grell et Richard qui s'apprêtaient à faire de même.
« Non mais tu te prends pour qui ?! s'énerva-t-elle. Tu n'as vraiment aucune leçon à donner à qui que se soit ! Tu n'es absolument personne ! Si on ne vous avait pas accepté, tu serais dans la rue à l'heure qui l'est ! Tu fuirais sans cesse, d'hôtel en hôtel ! Tu crois vraiment que les Shinigami ont que ça à faire ?! S'occuper de ta petite personne ?! Tu leur crées plus d'ennuis et d'heures supplémentaires qu'autre chose ! Tu insultes tout le monde, sans arrêt, mais tu oublies que se sont eux qui t'ont sauvé la vie à la Japan ! Tu as une dette Alex ! Tu leur dois ta vie et ton âme ! Alors arrête de cracher sur tout le monde et de nous casser du sucre sur le dos ! Je ne sais pas ce qui me retient de te massacrer sur place !
-Sûrement le fait qu'un Shinigami ne peut pas tuer d'Humain ? supposa William.
-Mais je ne suis pas... ! s'écria-t-elle. Ah... Oui... Fichue transformation... Je m'y ferais jamais...
-Si tu as besoin d'aide Clém', ricana Grell qui tenait dans sa main un couteau de cuisine, je suis tout à fait partante pour t'aider à le tuer... On pourra même lui enlever quelques organes, je sais comment on fait... Mais vivant bien sûr, c'est plus drôle... »
Alexander pâlit en l'entendant parler ainsi mais préféra s'en sortir par un regard méprisant.
.oOo.
La pluie frappait les rues de Londres et seules trois personnes brisaient le silence de la nuit. Une femme à la chevelure châtain foncé et bouclée marchait rapidement, se retournant régulièrement. Son visage trahissait son angoisse. Elle s'arrêta soudainement, inquiète.
« Richard, Alexander... murmura-t-elle dans un Français à l'accent suisse. Vous... Vous avez entendu ? »
Les deux frères stoppèrent à leur tour et se tournèrent vers elle.
« Mère, pressa le jeune comte dans la même langue, nous ne devrions pas nous arrêter... La gare de Charing Cross n'est plus très loin, nous devons absolument prendre ce train !
-Je suis sûre d'avoir entendu quelque chose... soutint la comtesse de Phantomhive en cherchant à percer de ses yeux noisettes la nuit.
-Raison de plus pour nous dépêcher. Venez mère ! supplia Alexander.
-J'arrive. »
Leur mère les rejoignit rapidement, sortant une arme à feu. Soudain, une voix à la fois grave, suave et amusée retentit :
« Chloé, Richard et Alexander Phantomhive... Voilà qui satisfera ma maîtresse... »
Alexander poussa un cri de terreur en voyant apparaître de l'ombre deux yeux au couleur du sang. Chloé pointa aussitôt son arme contre Sebastian Michaelis, se mettant entre lui et ses fils.
« Tu n'auras pas nos âmes ! affirma-t-elle courageusement en Anglais.
-Je suis désolé, my lady, mais mademoiselle Amber m'a pourtant ordonné de les prendre. Je me dois d'obéir à ma maîtresse. Je ne suis qu'un diable de majordome après tout...
-Je ne laisserais pas cette... cette... garce nous tuer ! » s'exclama-t-elle, appuyant l'insulte en Français.
Sebastian fit un geste vers elle. Chloé tira. Il reçut la balle en plein cœur.
« COUREZ ! » hurla-t-elle à ses fils.
Richard attrapa la main de son frère et se mit à courir. Leur mère les suivait. Ils voulaient mettre le plus de distance entre le Démon et eux, sachant très bien que la balle ne le retiendrait que quelques minutes. Avec un peu de chance, Sebastian perdrait leur trace...
Alors qu'ils allaient arriver à la gare, Richard s'effondra tout à coup. Il n'arrivait plus à respirer. Une toux sèche l'avait en plus pris. Ses poumons le faisaient souffrir le martyr. Il ne pouvait même plus parler.
« Non, non ! s'exclama Chloé, paniquée. Ce n'est pas le moment de faire une crise d'asthme ! Alexander ! Ne reste pas là ! Cours ! »
Mais le blondinet ne put faire un seul mouvement, pétrifié de terreur, regardant sa mère fouiller les poches de Richard qu'elle maintenait assis, tandis qu'il s'étouffait de plus en plus. Elle trouva le bronchodilatateur de son aîné et lui fit inspirer une large dose.
« Alexander ! Je t'ai dit de partir de là ! »
Le cadet se réveilla enfin :
« Mais mère, vous...
-File d'ici ! Va au train !
-Je crains que ce ne soit trop tard, madame la comtesse. Si le morveux fait un pas, je l'abats comme un chien. »
Chloé leva son visage vers une jeune femme rousse qui se tenait à quelques pas d'eux et qui les tenait en joue. Un de ses yeux outremer était caché par sa frange.
« Mère... souffla Richard.
-Ne parle pas mon cœur... »
Elle passa une main maternelle dans sa chevelure bouclée et l'embrassa avant de se relever, sachant pertinemment qu'il n'était pas en état de bouger. Elle pointa son arme vers Amber.
« Tu ne tueras pas mes fils.
-Ça, j'en doute. Tu n'es pas en état de négocier, Chloé. Tu ne pourras pas me toucher avec ton arme, mon majordome me protégera... Sebastian !
-Oui, mademoiselle ? »
Le Démon apparut enfin derrière elle.
« Tu en as mis du temps ! invectiva-t-elle avec rage.
-Je suis désolé, mademoiselle, mais les revolvers d'aujourd'hui sont d'une autre qualité qu'autrefois et...
-Mais bon sang que fais-tu avec cette boule de poile puante ?! » s'écria-t-elle.
Visiblement, en cours de route, Sebastian avait trouvé un petit chat tigré gris dont la bouille toute ronde faisait ressortir ses grands yeux d'ambre. Ce n'était plus un petit chaton, mais il n'était certainement pas encore adulte.
« Je suis désolé, mademoiselle, mais il était tellement mignon ! Je vous jure qu'il ne me gênera pas durant mon travail et...
-Et moi je te jure que si tu ne t'en débarrasses pas de suite, je lui colle une balle dans la tête ! » s'énerva Amber en pointant son arme sur le félin.
Horrifié que l'on puisse faire du mal à un être aussi chou et innocent, Sebastian déposa à terre le chat avec regret. Il fallait bien lui sauver la vie.
Tout se passa extrêmement vite. Chloé profita de ce moment inattention pour tirer sur Amber. Sebastian protégea sa maîtresse en attrapant la balle. La rousse tira sur la comtesse sous le bras de son majordome. Alexander et Richard hurlèrent.
« MEEEERE ! »
Chloé tomba dos à terre, mortellement touchée à la poitrine. Sebastian se jeta sur elle à la vitesse de l'éclair. Les Humains n'eurent pas le temps de bien voir ce qui se passait. Un Shinigami fut projeté contre le mur de la gare, avant même que sa Faux touche la mère.
« Sale bête sauvage... jura-t-il. Saleté de... Tu ne vas pas t'en tirer à si bon compte... »
Le Faucheur tint fermement sa Death Scythe. Il attaqua le Démon, bien décidé à protéger l'âme de Chloé Phantomhive.
Alexander ne s'intéressa pas au combat et se précipita vers sa mère et son frère. Ce dernier, complètement affaibli par sa crise d'asthme, pouvait à peine bouger et avait dû s'allonger sur l'asphalte.
« Mère, non ! » éclata en sanglot le cadet qui tomba à genoux auprès du corps de sa mère.
Chloé avait été tué sur le coup. Tremblant de haine et de douleur, il ne pouvait se détacher de la vue de sa mère. Puis, soudain, il releva la tête et regarda sa demi-sœur droit dans les yeux.
« JE TE TUERAIS AMBER ! s'égosilla-t-il, entre ses larmes. JE TE JURE QUE JE TE TUERAIS ! JE LE JURE SUR LE NOM DE PHANTOMHIVE ET SUR NOTRE BLASON ! JE TE TUERAIS, TU ENTENDS ?! »
Sa sœur éclata de rire en l'entendant.
« Et comment feras-tu, pauvre Humain que tu es, alors que j'ai un Démon à mes côtés ?
-Alex... Non... » souffla Richard qui, bien que respirant plus facilement, ne pouvait toujours pas se relever.
Alexander avisa la main de sa mère qui tenait toujours son revolver. La sienne était juste à côté. Extrêmement rapide, il s'en empara. Visa. Tira.
Il fut projeté brutalement sur le côté. Sa balle ne put toucher Amber. Sebastian avait poussé l'enfant avant. Celui-ci se cogna la tête sur le sol. Grimaçant de douleur, il se releva légèrement. Le Faucheur avait été tué par le Démon. Ce dernier se tourna vers sa maîtresse, regrettant l'accroc fait à ses habits par la Faux du dieu de la Mort.
« Quels sont vos ordres, mademoiselle ?
-Toujours les mêmes. Dévore l'âme de Chloé puis occupe-toi de Richard et Alexander.
-Yes, my lady. »
Sebastian se pencha vers le corps sans vie de la comtesse, sous les yeux impuissants de ses fils. Richard ne pouvait toujours pas se relever et savait qu'il serait le prochain. Alexander était encore bien trop sonné pour faire quoi que se soit.
Le Démon entrouvrit la bouche de Chloé, déposa ses lèvres dessus puis aspira son âme. À peine celle-ci entra-t-elle en contact avec lui qu'il referma ses canines pointues dessus, lui retirant tout espoir de se sauver.
Tout à coup, il se pencha en arrière, sans desserrer les dents. Il évita de peu une longue Faux de la Mort sculptée en squelette et couronnée d'épines. L'âme de Chloé fut complètement arrachée. Une forme blanchâtre et vaporeuse semblait se débattre et vouloir se séparer de Sebastian. Mais celui-ci la tenait fermement entre ses crocs.
« Qu'est-ce que... ? fit Amber.
-Je te conseille de lâcher cette âme... » intimida le nouveau venu.
Le Démon eut un sourire ironique. Le temps sembla suspendu un instant. Alexander regarda l'inconnu. Une longue chevelure d'argent, des habits noirs, des cicatrices au cou et au visage... Et un regard vert-jaune phosphorescent et déterminé...
« Undertaker... comprit aussitôt Richard dans un murmure inaudible.
-Tu ne me feras rien, nargua le Démon sans entrouvrir les canines. Cela fait longtemps que j'ai compris que tu ne cherchais pas à me tuer.
-N'en sois pas si sûr... »
Le Shinigami voulut sauter sur lui, sa lame en avant. Sebastian aspira l'âme au moment-même où la pointe de la Death Scythe effleurait ses lèvres.
« NON ! s'exclama Alexander.
-Il me semble que tu pourras rajouter cette médaille funéraire à ta petite collection... Ça te fera un troisième Phantomhive, en plus de Claudia et de Ciel... »
Un goutte de sang perla sur la babine inférieure du Démon, qu'il lécha d'un air provocateur. Un sourire moqueur apparut sur les lèvres d'Undertaker.
« Le passé, c'est le passé... On apprend de ses erreurs... Je ne chercherais plus à sauver une âme pactisante. Certains des tiens et toi me l'avez bien fait comprendre. Je te laisse Amber en pâture bien volontiers. En revanche, ces garçons sont désormais sous ma protection et tu devras faire une croix sur leurs âmes.
-Sebastian ! s'exclama alors la rousse. C'est un ordre ! Tue ce Shinigami ! »
Le Démon jeta un coup d'œil surpris à sa maîtresse. Il savait très bien qu'il n'était pas de taille face à Undertaker. L'ayant combattu plusieurs fois, il savait qu'il pouvait se sauver, mais pas le tuer. Et Amber, ayant lu elle aussi les carnets de Ciel Phantomhive, le savait forcément aussi. Cependant, un ordre était un ordre et un majordome devait y obéir quoi qu'il arrive.
« Yes, my lady. »
.oOo.
Alexander se réveilla en criant, le visage en sueur, les joues en larmes.
« Qu'est-ce qui se passe encore ? grogna Éric, toujours de mauvaise humeur quand il était réveillé en sursaut.
-C'est quoi ce... ? marmonna Alan qui dormait paisiblement, un instant auparavant, dans les bras de son amant.
-Alex ? » coupa Richard qui dormait à nouveau à ses côtés.
Étonné, il vit son frère éclater en sanglots. Surprenant plus que jamais Richard, Alexander se jeta dans ses bras, lui qui détestait les démonstrations d'affection. Le comte l'enlaça, sans trop savoir ce qui lui prenait.
« Qu'est-ce qui t'arrive Alexander ?
-M... Mère... sanglota-t-il. Elle... me manque... Père aussi... »
L'aîné des Phantomhive se mordit les lèvres pour ne pas pleurer également, sentant les larmes monter à ses yeux à l'évocation de leurs parents. Tous les griefs qu'il avait contre son frère, son comportement ou sa trahison, s'envolèrent aussitôt. Il le serra contre lui et le réconforta, sous les regards gênés d'Éric et d'Alan qui se sentaient de trop.
Alexander finit par se calmer et se détacha de Richard. Son regard délavé et rouge, il déclara :
« Tout ça, c'est la faute de la famille Ferro. Si Pasquale Ferro n'avait pas décidé de faire exécuter père, tout cela ne serait pas arriver...
-Il n'y a aucune preuve que...
-Arrête ! Tu sais aussi bien que moi que Salvo Venere est son homme de main ! Sctoland Yard l'a arrêté parce qu'il devait porter le chapeau pour son patron, mais c'est Ferro l'instigateur de ce meurtre. Si Amber nous a collé un Démon aux trousses, c'est de sa faute. Parce que Lester McMillan est mort avec père.
-Si tu commences à aller aussi loin, soupira Richard, tu peux alors dire que tout est de la faute de père : s'il n'avait pas été un parrain de la pègre, il n'aurait pas été exécuté par Venere et donc Lester ne serait pas mort. Non, mieux : tout est de la faute de Claudia Phantomhive. Si elle n'avait pas maudit les mâles de notre famille, nous n'en serions pas là. Vincent et Rachel n'auraient pas été assassinés, Ciel n'aurait pas eu à ne penser qu'à la vengeance jusqu'à ''trahir'' la reine Victoria en refusant d'accomplir une mission au profit de sa vendetta et en se servant des forces de l'ombre pour ça. Elle n'aurait donc pas eu à ôter les privilèges des Chiens de Garde en punition. Vincent, notre arrière-grand-père, ne se serait pas alors retrouvé avec tout un réseau de l'ombre qui n'attendait qu'à être utilisé. Il n'aurait pas eu alors la tentation de s'en servir à son propre profit, se sentant trahi par la royauté. Il... Il ne serait pas devenu un parrain de la mafia londonienne et n'aurait pas transmis cet héritage jusqu'à notre père ni ne serait entré en concurrence avec la famille Ferro. Et puis, Alexander, pourquoi ne pas aussi imputer la faute à Guillaume le Conquérant dans ce cas ? Après tout, c'est lui qui a fait de notre ancêtre Alexandre le premier comte de Phantasma et le tout premier Chien de Garde du roi. Si cela n'avait pas été le cas, il n'y aurait pas eu le monde de l'ombre entrant dans notre famille et donc pas de mafia aujourd'hui. Père serait toujours en vie, Lester aussi et Amber ne voudrait pas se venger. Alors tu vois, Alexander, tu ne peux pas imputer la mort de mère aux Ferro. Seule Amber et sa folie sont responsables. Même Sebastian ne l'est pas réellement : il suit les ordres de sa maîtresse. Il n'aurait jamais dévoré l'âme de mère s'il n'en avait pas reçu l'ordre. »
Il y eut un long silence que le cadet mis à profit pour essuyer ses larmes. Il finit par le rompre dans un murmure :
« Les Ferro paieront aussi. Amber paiera le meurtre de mère et les Ferro celui de père.
-Tu as l'intention de tuer tout le monde Alex ? soupira Richard. Tu n'as pas fini alors, et ce sera sans moi. »
Le plus jeune haussa les épaules.
« Comme tu veux. »
.oOo.
Quelques jours passèrent sans nouveau problème. Alexander s'était fait plus sociable, ou du moins le tentait, et tout le monde avait été étonné en voyant qu'Éric et Alan étaient ceux qui le supportaient le plus en-dehors de Richard. Ils n'avaient dit à personne ceux qu'ils avaient vu et entendu durant la nuit et l'adolescent leur en était reconnaissant.
Le mardi suivant, un vingt-trois avril, tout le monde était plus ou moins fatigué. Clémence avait appris qu'en tant que Shinigami, elle devrait entrer à l'Académie à la rentrée prochaine pour devenir Faucheuse. Au vu de son âge, elle serait directement intégrée en dernière année, mais devait donc rattraper au maximum son retard, particulièrement en Pratique. Elle qui n'était pas sportive se voyait obligée de suivre des entraînements intensifs. Ce jour-là, elle dormait debout.
Alors qu'ils regardaient les informations françaises à la télévision, elle s'était endormie contre Ronald alors qu'ils n'avaient pas encore soupé. Alan se lavait, Grell et Emma s'amusaient avec les chiots, Mortuaire étant clairement le plus excité de tous, William faisait des heures supplémentaires dans la chambre à cause des dossiers à remplir sur le fantôme de Pélissane qui avait enfin été fauché, Richard et Alexander jouaient au poker. Le plus jeune pensait avoir une chance de gagner car il se disait que ce n'était qu'un jeu de hasard et de bluffe, mais il avait oublié que son frère était tout à fait capable de compter les cartes mentalement. Ses calculs des probabilités tombant toujours juste, Richard l'emportait haut la main pour le moment, raison pour laquelle leur prochain jeu serait le pharaon qui reposait cette fois entièrement sur la chance. Éric et l'Écossais étaient les seuls à regarder la télévision. Ronald avait mis sa tête sur celle de Clémence, faisant ricaner Éric, mais ce dernier s'était fait rappelé à l'ordre par son ami qui lui avait fait remarqué qu'il faisait la même chose avec Alan.
La présentatrice annonça le tout premier reportage du journal, l'événement du jour ayant fait le une.
« Mesdames et messieurs, bonjour et bienvenus dans ce 19-20 du mardi 23 avril 2013. Aujourd'hui, l'Assemblée Nationale a voté l'autorisation du mariage gay. Le débat... »
Éric s'était tout à coup figé et n'écoutait absolument pas la suite. Il se leva soudainement, sous le regard narquois de Ronald et étonné des autres, et se précipita vers la salle de bain. Il frappa à la porte comme un fou.
« Alan ! AAAAALAN !
-Quoi ?! s'exaspéra ce dernier de l'autre côté. Je me lave Éric ! Je suis encore sous la douche !
-Alan, ça peut pas attendre ! Le... Le mariage gay a été autorisé en France ! Ça te dit qu'on se marie ? »
Il y eut un silence. Puis Alan explosa de rire de l'autre côté.
« Euh... Pourquoi tu rigoles comme ça ?
-C'est tellement romantique comme demande... ricana Grell depuis le salon.
-Ah toi, la ferme ! Alors Alan ?
-Grell a... a raison... Je me serais attendu à autre chose ! rit celui-ci, toujours dans la douche.
-C'est pas une réponse ! grogna Éric. Tu en dis quoi du mariage ?
-Bien sûr que oui ! »
AAAH ! Un peu d'amour dans ce monde de brute ! Ça fait du bien... ;-)
Prochain chapitre : "Mariage".
Je pense que vous vous doutez de quoi il sera question... Mais au programme, une petite rencontre avec les familles respectives des deux mariés, un discours interminable et des Kami qui ne manquent pas de caractère...
A la prochaine !
