Salut tout le monde !

Voici comme promis le nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira. C'était un chapitre que nous avions hâte de vous livrer, Momo0302 et moi. :-P

Bonne lecture !


CHAPITRE XXXVI : PREMIÈRES AVANCÉES ?

Alan rejoignit bientôt Clémence et lui demanda ce qui se passait. Elle lui montra le mot qu'il lut avec attention.

« LCP doit renvoyer au précédent Préfet du Prétoire... Les deux autres, je n'en ai aucune idée, peut-être que SS désigne Svend Sørensen... Le MA... Je ne sais pas, sûrement un membre quelconque de la Garde sans importance.

-Comment ça se fait qu'ils aient laissé un mot ?

-Oh ça ! Je suis sûr que si tu cherches à d'autres Démons, tu trouveras des mots similaires. Cela arrive dans ce livre. Il y a deux sortes de personne qui le consulte : ce qui font des recherches sur les Démons pour mieux les connaître et ceux qui sont confrontés à eux et qui veulent en savoir plus sur leur ennemi. Dans le second cas, ils peuvent ainsi savoir qu'un dossier est ouvert sur le diable qui les intéresse par les Traqueurs et ils peuvent leur signaler tout ce qu'ils savent, comme l'endroit où ils l'ont vu pour la dernière fois, ce genre d'informations. La date d'écriture est toujours indiquée et, si jamais le dossier est fermé, c'est inscrit.

-Donc celui qui nous intéresse ne l'est pas... en conclut Clémence. Mais pourquoi en Français ? Je suppose que le mot en Anglais est en rapport avec la querelle entre Forester et les Traqueurs dont nous a parlé William donc je comprends mais... Le Français...

-C'est logique, sourit Alan. C'est toujours écrit dans la langue internationale du moment. C'était encore le Français à cette époque. En tout cas, la classification du dossier nous donne des indications précieuses sur Alrune, outre que c'est un Démon.

-Une Démone, contredit Clémence. Du moins, d'après le texte d'Opiter. C'est à peu près tout ce qu'il raconte d'ailleurs. On sait juste que c'est une femme et qu'il ne peut pas y avoir la moindre description d'elle parce qu'elle peut changer de forme à volonté. Personne n'aurait vu sa véritable apparence.

-Une Démone ? s'étonna-t-il. Étrange... J'en étais venu à penser qu'il pouvait peut-être s'agir du vrai nom de Sebas-chan.

-Avec un prénom pareil ? Ce n'est pas très masculin...

-On ne sait jamais, répondit-il en haussant les épaules. Les Démons ont parfois des noms un peu étrange pour nous.

-Et tu disais que la classification donne des infos sur elle ?

-Oui, c'est la classification typique des dossiers démoniaques prétoriens. Tu vois le P ? C'est l'abréviation de publice qui signifie officiel en Latin. Alrune est donc son vrai nom et non celui donné par un pactisant. Ensuite, le triple A est un ordre de grandeur pour indiquer la dangerosité du Démon selon divers critères. C'est comme les notes à l'Académie...

-Donc, je suppose qu'elle est très dangereuse pour avoir un AAA ?

-Exact. Autant te dire que cette classification est extrêmement rare... Je me demande bien quel est son lien avec Undertaker et Sebas-chan...

-Moi aussi. Et pour le reste de la classification ? demanda-t-elle.

-Le 905 est l'année où on a découvert son nom pour la première fois. Seulement, ce n'est pas 905 ap. J.-C. parce qu'il y a le AUC derrière. Cela n'existe que pour les très vieux dossiers. C'est l'abréviation de Ab Urbe condita.

-La fondation de Rome... En 753 av. J.-C... Il faut donc ce référer au calendrier romain antique.

-Tu as tout compris ! félicita Alan. Cela fait donc... 152 ap. J.-C.

-Et quand la date est d'après la naissance de Jésus, elle est notée comment ?

-Une date simple. On ne note que le AUC.

-Du coup je fais quoi ? Je note le dossier et on va le consulter ?

-Le consulter ?! s'étonna Alan. Comment veux-tu qu'on fasse ? Il se trouve dans les archives du Prétoire ! Personne ne peut les consulter hormis les Prétoriens... Non, nous allons noter tout ce qui nous intéresse et nous préviendrons Mr Schreiber que le nom d'Alrune est sorti. Il le transmettra à Mr Guibérand, le Chargé des Démons.

-Mais en tant que Traqueurs vacataires, vous devez bien pouvoir regarder, non ?

-Bien sûr que non ! Il faut porter l'insigne pour cela. Je retourne regarder le manuscrit, le magasinier ne devrait plus tarder à me le sortir. Je te rejoins là où est le livre en Français que tu as trouvé.

-Il est dans le département enfance, mais je ne sais pas où c'est.

-Je vais t'y emmener alors. »

Lorsque Clémence pénétra pour la première fois dans le département enfance de la B.I.S, elle crut qu'ils s'étaient trompés d'endroit. Contrairement à toute bibliothèque humaine où la partie pour les enfants était aménagée en conséquence, rien ne différait du reste. Les vieilles bibliothèques étaient aussi hautes qu'ailleurs, accompagnées d'échelles, et seul le mobilier comme les chaises et les tables étaient plus petits mais exactement semblables aux autres départements.

Autant le côté rétro et ancien, digne d'Oxford, était absolument magnifique et impressionnant dans les autres salles, que cela semblait complètement déplacé pour des enfants, sans la moindre couleur autre que celle de la pierre et du bois. Elle prit rapidement une photo pour Emma, imaginant déjà ce que cette dernière dirait, elle qui rêvait de travailler un jour en bibliothèque avec les enfants.

Alan l'emmena dans la section française puis la laissa faire ses recherches tandis que lui retournait au département de conservation des plus anciens documents. Quand y il arriva, le magasinier ne s'était toujours pas occupé de son cas.

« Désolé, s'excusa-t-il, mais c'est toujours pareil à cette période de l'année, nous sommes en sous-effectifs avec les examens de l'Académie qui approche... Vous allez devoir patienter encore un petit moment...

-En fait, tenta une nouvelle fois Alan, je suis Traqueur et je suis normalement prioritaire.

-Oh ! Je ne l'avais pas compris ! Vous n'avez pas votre insigne ?

-Je suis Traqueur mais je ne fais pas partie de la Garde, soupira-t-il pour la deuxième fois de la journée. Je suis vacataire. »

Le magasinier éclata de rire, croyant à une blague mais voyant le sérieux d'Alan, il arrêta aussitôt :

« Ah, c'est vrai ? Non, c'est pas possible... Aucun Traqueur n'est vacataire, c'est stupide...

-C'est pourtant la vérité.

-Et vous avez au moins une Faux de la Garde ?

-Non, ni Faux, ni insigne, je ne suis pas Prétorien, mais je suis bel et bien Traqueur.

-Vous m'excuserez, c'est tellement inédit comme situation... Je préfère contacter ma supérieure ou j'aurais des ennuis avec elle. Je vous demanderais de patienter un peu, elle est présidente de salle aujourd'hui.

-Mais je...

-Vous ne la connaissez pas, elle m'étriperais sur place si je ne le faisais pas.

-Ça se voit que vous ne connaissez pas le mien ! » s'exclama Alan.

Le magasinier prit le téléphone et composa un numéro.

« Allo ? Jan Mottiez à l'appareil... Pourrais-je parler à Mlle de Boimond-Châtelain s'il vous plaît ? »

Bientôt, Mottiez déclara qu'elle arrivait et qu'elle était visiblement en colère. Alan souffla un oh non ! désespéré en voyant arriver celle qui supervisait la salle des ordinateurs. C'était la responsable du département recherche de la B.I.S... Et elle était accompagnée d'un coréen, lieutenant du Prétoire, et de ses deux hommes assignés ce jour-là à la sécurité de la bibliothèque.

« Encore vous ! s'écria la Française. J'en étais sûre ! Cela ne vous a pas servi de leçon à ce que je vois !

-Mais puisque je vous dis que je suis Traqueur !

-Écoutez monsieur, intervint le lieutenant, arrêtez avec cette histoire, elle est complètement stupide et inutile. La Garde n'emploie pas de vacataires.

-Il peut arriver que les Traqueurs fassent appel à des Faucheurs, même si c'est extrêmement rare ! se défendit Alan.

-Vous savez ce qu'il peut vous en coûter de vouloir vous faire passer pour un Prétorien ?

-Je ne veux pas me faire passer pour un Prétorien. Mais je suis réellement Traqueur, je suis assigné au dossier D-1837-21A, qui concerne le déserteur Undertaker.

-Il est très facile de connaître les classifications, nota sèchement Mlle de Boimond-Châtelain. Maintenant, veuillez immédiatement quitter la B.I.S et ne plus y remettre les pieds. »

Les Gardes allaient reconduire Alan dans le hall des Portes quand il leur demanda de contacter son chef d'équipe.

« Je vous en supplie, quand vous l'aurez vu, vous jugerez pas vous-même...

-D'accord, mais faites vite. »

.oOo.

William, Augure sur son épaule, leva la métamorphose qu'il était obligé d'utiliser pour sortir de l'appartement depuis l'histoire de l'enlèvement, deux jours plus tôt. Pour le moment, Undertaker n'avait toujours rien fait pour les aider mais sûrement que cela prenait du temps. De toute façon, il ne voulait pas compter sur un dissident et cherchait un moyen de régler le problème.

En plus, Alexander était obligé de rester désormais à l'appartement et il avait été convenu que les autres lui donneraient des cours à tour de rôle mais le blondinet ne facilitait pas les choses. Ainsi, quand le chef de secteur entra, le jeune Phantomhive râlait contre Emma dans le salon :

« Vous avez eu la chance de revoir les Bourbon sur le trône de France et vous vous êtes empressés de refaire une révolution pour réinstaurer une République... Ignoble. Qu'est-ce que les Français ont donc dans la tête ?

-Il y a vraiment qu'un noble privilégié comme toi pour râler ! répliqua Emma. Nous, ça nous arrange !

-Comme si demander son avis au peuple était intelligent...

-Ah oui ? Et sans le peuple, tu ferais quoi ? S'il était pas là pour travailler pour toi, c'est toi qui t'y collerais !

-Oui, mais vous êtes là pour cela justement.

-Tu pourrais au moins être reconnaissant... Et pour ta gouverne, je suis moi aussi issue d'une famille noble...

-Toi ?

-Cela suffit maintenant, Phantomhive, intervint William. On ne vous demande pas votre avis mais d'apprendre l'Histoire de France. Emma, tu t'en sors avec lui ?

-Oui, ça peut aller. Au pire je ferais de l'archéologie expérimentale grandeur nature avec lui. Il jouera le rôle de Louis XVI et moi du bourreau... »

Le téléphone de William sonna alors. Il décrocha.

« Allo ?

-Mr Spears ! s'exclama la voix d'Alan sur un ton soulagé. Si vous saviez comme je suis content de vous avoir !

-Vous avez découvert quelque chose sur Alrune ?

-Pas grand chose en fait, on nous empêche d'avoir accès aux documents et là, la Garde veut m'expulser de la B.I.S avec interdiction d'y revenir... J'ai vraiment besoin de vous monsieur, ils...

-Slingby-Humphries ! s'offusqua William. Qu'avez-vous donc fait pour en arriver à de telles extrémités ? Vous êtes pourtant le membre de plus sérieux de cette équipe et je pensais pouvoir vous faire confiance... Que Sutcliff se fasse expulser de la bibliothèque, je veux bien, mais vous...

-Hey ! intervint Grell en l'entendant tandis qu'elle lisait le dernier yaoi qu'elle avait acheté. J'ai jamais été virée de la B.I.S ! De cours oui, mais pas de la B.I.S !

-Taisez-vous donc un peu Sutcliff, ordonna William, je n'ai pas compris ce que Slingby-Humphries m'a dit... Slingby-Humphries, vous disiez donc ?

-Nous n'avons rien fait de mal, c'est juste que l'on nous accuse de vouloir nous faire passer pour des Prétoriens pour passer plus vite alors que nous tentons juste de leur expliquer que nous sommes Traqueurs vacataires, expliqua Alan.

-Je vous jure... Ne bougez pas, j'arrive de suite. »

William raccrocha et interpella Éric pour lui demander de l'emmener aux locaux du secteur pour se rendre à la B.I.S.

« Que se passe-t-il ? s'étonna alors le chauffeur improvisé.

-Votre époux a un problème et...

-QUOI ?! »

Éric pâlit aussitôt et pensa au pire :

« A... Alan... Il a fait une crise c'est ça ?! Comment il va ? Quelqu'un l'a pris en charge ? Qu'est-ce que...

-Calmez-vous, pria William en replaçant ses lunettes avec sa Death Scythe. Ce n'est qu'un problème administratif, il n'a absolument rien. »

.oOo.

William, Éric et Augure arrivèrent sur place. Clémence avait rejoint Alan, les Prétoriens et la présidente de salle, ayant fini de consulter son livre. La blonde au chignon se retourna en les entendant arriver et resta légèrement bouche bée, une expression de franche surprise sur son visage, lorsqu'elle vit le chef de secteur.

Ce dernier s'arrêta net, stupéfait, en croisant son regard. Augure eut un roucoulement furieux.

« Patron ? Ça va ? interrogea Éric.

-William ? souffla la bibliothécaire.

-Hortense ? répondit-il.

-Vous vous connaissez ? s'étonna le lieutenant.

-Cela ne m'étonne guère de ta part, déclara William d'un ton sec à la femme sans écouter le garde. Je vois que tu n'as pas changé en un siècle et demi... »

Clémence, Alan et Éric regardèrent d'un air abasourdi leur supérieur. La seule personne qu'ils l'avaient jamais entendu tutoyer était Emma depuis qu'ils avaient dû se faire passer pour un couple et qu'il en avait pris l'habitude.

« Quant à toi, toujours avec ton pigeon... Sache que je ne fais qu'appliquer le règlement et tu le sais très bien, répliqua de la même manière Hortense. Ce n'est pas ma faute si tes hommes ne sont pas capables de le respecter. Tu ferais mieux de les tenir un peu mieux, surtout pour quelqu'un disant vouloir se consacrer à son travail...

-Vraiment ! s'exaspéra-t-il. Quant à toi, pour quelqu'un voulant faire appliquer le règlement à la lettre, tu ferais peut-être mieux d'apprendre nos lois avec plus de circonspection. Tout comme vous, messieurs les Gardes. Je m'étonne que vous ne connaissiez même pas l'article 18 508 bis du Code divin stipulant que l'Officier de l'Ordre des Traqueurs peut faire appel à des Faucheurs, avec autorisation du Préfet du Prétoire, comme vacataires. D'ailleurs, l'article 18 508 ter stipule que les Chargés peuvent en faire la demande auprès de l'Officier.

-Je n'ai jamais entendu parler d'une telle chose ! répondit le lieutenant.

-Eh bien vous n'avez qu'à ouvrir n'importe quel exemplaire du Code et vous verrez que je dis vrai.

-Toi non plus tu n'as pas changé : tu dirais n'importe quoi pour ne pas reconnaître que tu as tord, déclara froidement Hortense.

-Comme si j'avais l'habitude de dire n'importe quoi, surtout lorsqu'il s'agit du travail... Je vous jure... Vérifie un Code divin comme je l'ai suggéré. »

Ils se toisèrent un instant l'un l'autre. Tous les autres étaient mal à l'aise face à leur joute verbal et, maintenant qu'ils s'affrontaient du regard, ils auraient préféré être n'importe où sauf ici. Seul Augure, perché sur l'épaule de son maître, semblait n'avoir jamais été aussi heureux face à une situation tendue. Le coréen avait sorti sa Death tablet et vérifiait les informations de William. Il trancha alors le silence en déclarant que cette loi existait bien, puis stipula qu'elle relevait de mesures exceptionnelles. Quand il nota qu'il n'en avait lui-même jamais entendu parler, le brun se détourna enfin d'Hortense pour lui et fut sans appel :

« Il est inadmissible qu'un Prétorien ne connaisse pas le règlement de la Garde, ne pensez-vous pas ?

-Je sais tout ce que j'ai à savoir pour mon métier, se défendit avec véhémence le lieutenant. Je n'ai pas à connaître un article complètement oublié qui n'est absolument jamais utilisé. Je ne sais même pas si elle l'a déjà été.

-Durant la guerre contre les Démons, très régulièrement, répondit William.

-Rrou ! roucoula d'un ton affirmatif le Kami.

-La dernière fois qu'elle l'a été, c'était en 1066, continua Éric machinalement.

-Tsss... persifla Hortense. Et qui nous prouve que vous avez raison ? Peut-être que vous avez pris cette excuse pour passer plus vite. »

William lui jeta un regard assassin qui aurait liquéfié n'importe qui sur place, même les Dieux Orcus et Vanth, mais elle le soutint. Plus en colère que jamais, il s'empara de son portable et chercha dans son répertoire un numéro et l'appela. Il ne réussit pas à l'avoir du premier coup et recommença quatre fois avant que quelqu'un lui réponde.

« Mr Schreiber ! s'exclama-t-il, passablement énervé mais parfaitement maître de lui-même. C'est William T. Spears, dossier...

-Je sais qui vous êtes Spears ! Et je vous prierais de ne plus m'appeler autant de fois d'affilée ! répliqua vertement le Chargé des déserteurs. Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, je suis votre supérieur et non le dernier stagiaire de l'Académie ! Si je ne répondais pas, c'était que j'étais en réunion avec Herren Sørensen et Vespillo ainsi que Fürst Orcus et Dame Vanth. Vous avez intérêt à avoir une excellente raison pour me sonner comme un laquais !

-Oh euh... Veuillez m'excuser, mais nous sommes face à un énorme problème que nous pose la bibliothécaire Hortense de Boimond-Châtelain. Elle refuse de reconnaître que nous sommes Traqueurs vacataires et veut nous faire expulser de la B.I.S par des Gardes alors que nous tenons peut-être une piste et que nous devons faire d'importantes recherches pour en savoir plus.

-Passez-la moi s'il vous plaît. »

Avec une lueur triomphante dans le regard, William tendit son portable à Hortense. Elle écouta un moment ce que le Prétorien avait à lui dire avant de lui demander ce qui lui prouvait qu'il était bien Markus Schreiber et qu'elle avait autre chose à faire que de s'occuper des menteurs qui voulaient passer avant tout le monde. Quand elle eut rendu le téléphone au brun, l'Autrichien, à son tour en colère par l'impertinence de la bibliothécaire, demanda le nom du lieutenant présent.

« Chang In-Su, se présenta alors le coréen. Mais pourquoi vous...

-Chang In-Su, Mr Schreiber, répéta William.

-Merci. D'ici une dizaine de minutes, un quart d'heure au pire, la situation sera réglée. Vous viendrez me voir demain à dix heures et demi, je signerais un papier pour chaque membre de votre équipe afin que vous puissiez faire vos recherches dans des conditions normales. À demain, Spears.

-À demain Mr. Schreiber. »

Il raccrocha et déclara qu'ils devraient patienter un peu. Hortense et lui se dévisagèrent sans faire attention au silence qui régnait autour d'eux. Éric se risqua alors à redemander s'ils se connaissaient, même si c'était clair que c'était le cas.

« Je vous présente Hortense de Boimond-Châtelain, si tel est toujours son nom...

-C'est le cas, confirma-t-elle. Je ne suis pas mariée.

-On se demande bien pourquoi... ricana par télépathie Augure à William par le lien les unissant.

-Elle est moi, nous nous sommes fréquentés un certain temps. » déclara le brun sans faire attention à ce que pensait son pigeon.

Eric, Alan et Clémence le regardèrent avec un air ahuri. William T. Spears, en couple ? Cela semblait tellement improbable !

« Un certain temps ? s'offusqua Hortense. Nous sommes restés ensemble cinquante ans.

-Quarante-neuf ans, crut bon de rectifier sérieusement William.

-Quoi ?

-Nous sommes restés ensemble quarante-neuf ans, pas cinquante. Les précisions sont extrêmement importantes.

-Ah oui, ironisa son ex, quarante-neuf ans. Quarante-neuf ans réduits à néant par un stupide pigeon et parce que tu as décidé de te consacrer à son travail !

-Je t'interdis d'insulter mon Kami ! défendit William avec force tandis que l'intéressé ébouriffait ses plumes de colère. Il est vrai qu'Augure et toi aviez quelques désaccords, mais...

-Augure ? Il a un nom maintenant ? Ce n'est plus simplement 1697-WTS ?

-Bien entendu ! Emma m'a fait comprendre que c'était mieux pour lui et comme il était d'accord pour porter ce prénom...

-Rrrrou ! approuva Augure.

-Emma ? coupa-t-elle. C'est qui celle-là ? La pauvre femme qui doit te supporter au quotidien maintenant ?

-Vraiment ! Emma est l'hôte humaine qui a accepté de nous accueillir, mon équipe et moi, chez elle, avec sa colocataire, Miss Curiel ici présente.

-Et tu l'appelles par son prénom ?! Toi ?! Et elle a le droit de donner un nom à ton rat volant ?

-Augure n'est pas un rat volant ! Je vous jure ! s'énerva William en remontant ses lunettes. Je t'interdis de parler de lui de la sorte ! De toute façon, tous les prénoms que tu lui trouvais étaient plus ridicules les uns que les autres ! Vraiment... Il était hors de question que je l'appelle Ingebald ou Ramulf ! Comme il aimait le prénom d'Augure, j'ai accepté de le garder !

-Ah oui ! J'oubliais que M. William T. Spears n'écoutait que sa saleté de Kami ! Comme il ne me supportait pas, tu t'es empressé de me quitter !

-C'est faux, s'étonna William, nous nous sommes séparés d'un commun accord... »

Hortense jeta un regard des plus meurtriers au chef de secteur et s'énerva un peu plus :

« Un commun accord ?! Tu te moques de moi j'espère ?! Tu ne m'as jamais demandé mon avis !

-Mais tu ne m'as jamais dit que tu étais contre ! Et tu semblais bien contente également.

-Je n'ai jamais été contente ! À part peut-être de me débarrasser de ton horreur à plumes !

-Je t'ai dit d'arrêter d'insulter Augure ! siffla William.

-Toi, continua Hortense, tu es arrivé un beau soir en me disant que tu voulais te consacrer à ton travail, que ton pigeon me supportait pas, que tu ne voulais plus vivre avec moi et...

-Et je t'ai demandé si cela te gênait ! s'offusqua le brun. Tu m'as dit non et que c'était la vie ! J'ai pensé que tu étais d'accord avec moi ! Si tu ne voulais pas rompre, tu n'avais qu'à me le dire.

-Peuh ! Comme si ça aurait changé quoi que se soit ! Mais bon, peut-être que tu préférais ce roux qui te courrait après... railla-t-elle Comment s'appelait ce fou furieux déjà ? Sutcliff, c'est ça ?

-Non mais vraiment ! s'exclama William. Sutcliff ne m'a jamais attiré et tu le sais bien ! Elle n'est qu'une relation professionnelle, un membre de mon équipe et...

-Parce que tu parles de lui au féminin maintenant !

-Grell est... » tenta Clémence.

Mais il était impossible de s'immiscer dans leur conversation. Aucun des deux ne faisaient attention aux autres et leur joute verbale était si rapide que c'était d'autant plus compliqué.

« Bien entendu ! coupa le brun sans faire attention à elle. Sutcliff est une femme, que cela te plaise ou non ! Non seulement elle s'est fait opérer, mais en plus elle est reconnue ainsi administrativement ! Tu peux demander à n'importe qui de mon équipe ! »

Clémence s'empressa d'approuver et Alan confirma également. Éric grogna que lui-même était obligé de le reconnaître aussi.

« De toute façon, tu as Emma maintenant, trancha durement Hortense. Même si c'est une Humaine, je suis sûre que si ton poulet l'apprécie, tu dois bien l'aimer aussi, n'est-ce pas ? Sûrement une jeune écervelée, une fille facile qui n'en a qu'après ton argent... »

Avant que quiconque ait pu réagir, Augure s'envola et l'attaqua en la piquant de son bec. Elle eut un cri de douleur. William cria le prénom de son Kami mais celui-ci s'enfuit à tire d'aile vers la sortie de la B.I.S.

C'est alors que le téléphone du lieutenant Chang se mit à sonner. Il décrocha et eut une sacrée surprise en ayant Sørensen au bout du fil.

« Vous êtes bien le lieutenant Chang ?

-Oui monsieur l'Officier.

-Spears et son équipe sont toujours là ?

-Oui monsieur.

-Je vous confirme qu'ils sont Traqueurs vacataires et qu'ils ont l'autorisation d'être prioritaires sur les autres, comme n'importe quel Traqueur de la Garde. Ça va, vous allez croire que je suis bel et bien Svend Sørensen ? déclara ce dernier, légèrement exaspéré par la situation. Ou il faut que vous parliez au Préfet du Prétoire ? Ou à Orcus ou Vanth, ils sont tous à côté de moi en ce moment-même.

-Je suis sincèrement désolé monsieur, s'excusa Chang. À vrai dire, c'est Mlle de Boimond-Châtelain qui refusait de croire M. Schreiber...

-Oui, c'est ce que j'avais compris. Vous pouvez d'ailleurs lui dire qu'elle ne va pas tarder à avoir un coup de téléphone de Yudishtira Singh. Sur ce, j'espère que la situation est débloquée et que vous ne gênerez plus mes hommes ou je serais obligé d'en parler à Ó Ceallaigh.

-Je vous assure monsieur l'Officier qu'il n'y aura plus le moindre soucis avec vos hommes.

-Merci, c'est tout ce que je voulais. Au revoir Chang.

-Au revoir monsieur... »

Le coréen raccrocha et inspira un bon coup. Se mettre à dos l'Officier de l'Ordre des Traqueurs n'était pas la meilleure chose pour une carrière, surtout au sein du Prétoire. Il se tourna alors vers Hortense et lui répéta ce que le danois lui avait assuré.

« Qui est Singh ? interrogea Clémence à mi-voix.

-Le directeur de la B.I.S, répondit Eric sur le même ton. Il fait également partie de la Garde. »

Le portable d'Hortense sonna à cet instant.

.oOo.

Quand ils rentrèrent à l'appartement, Emma, sur laquelle était posé Augure, et Grell s'amusaient avec les chiots. Mortuaire courait de partout avec ce qui était désormais un morceau de chiffon en lambeau dans la gueule, tandis que Cookie et Juliet étaient sur les genoux de la brune et jappaient de bonheur devant les bisous et les chatouilles qu'elle leur prodiguait. Cependant, quand Alan arriva, la chienne noire se précipita vers lui en lui faisant des fêtes. Ronald accueillit Clémence en l'embrassant. Elle éclata de rire sans qu'il comprenne pourquoi :

« Juliet fait des fêtes à Alan et toi tu m'en fais à moi... rit-elle.

-Tu sais que t'es stupide parfois ? grogna-t-il.

-AHA ! Enfin je t'attrape ! Allez, donne ! Donne Mortuaire ! »

Le chiot grognait pendant que Grell tentait de reprendre en le secouant le chiffon qu'il avait entre ses crocs.

« Ah ! William ! fit Emma en voyant ce dernier. Je ne sais pas ce qui se passe avec Augure, mais il est revenu seul et visiblement bouleversé. Depuis, il refuse de me quitter et...

-Parce qu'il sait certainement ce qui va lui arriver pour ce qu'il à fait à la B.I.S... déclara sobrement le brun en dardant d'un œil meurtrier son pigeon.

-Rrou ! protesta celui-ci.

-Nous en parlerons tout à l'heure Augure. Pour le moment, j'aimerais assez que l'on face le point sur les découvertes de Humphries et Curiel. »

Tout le monde s'assit dans le canapé et sur les chaises. Alan commença par expliquer la trouvaille du dossier Alrune P-AAA-905(AUC)-16. William resta un moment silencieux avant de déclarer qu'il préviendrait Schreiber dès la première heure le lendemain.

« Pourquoi vous ne regardez pas ce fameux dossier ? interrogea Emma. Vous en sauriez aussitôt plus, non ?

-Tu n'y penses pas ! s'insurgea le chef d'équipe. Les archives du Prétoire ne sont ouvertes qu'aux Gardes ! Nous n'en sommes pas !

-Mais vous êtes tout de même Traqueurs... nota Richard.

-Mais nous ne sommes pas des Prétoriens, trancha définitivement William. Curiel, vous avez découvert autre chose à part ce dossier ?

-Le livre disait qu'on ne pouvait pas faire de description parce que c'était une changeuse de forme. C'est quoi ?

-Un Démon chez qui le pouvoir de métamorphose est décuplé, expliqua Ronald. Normalement, c'est un don qui n'existe que chez les Kami. Les Démons sont capables de l'utiliser qu'au moment où ils passent un Pacte avec un Humain pour prendre l'apparence qui sera la leur durant ce temps du contrat. Et encore, ils ne peuvent pas modifier leur yeux, ou la forme générale de leur visage. Cependant, les changeurs de forme peuvent modifier leur apparence à volonté et complètement. Certains, parmi les plus puissants, peuvent même se transformer en n'importe quel animal.

-La seule chose qui leur est impossible, c'est de changer de sexe, conclut Grell. Il n'y a qu'une seule manière de le faire, et je suis bien placée pour le savoir...

-Alors... Ils pourraient se faire passer pour des Shinigami ? s'inquiéta aussitôt Richard.

-Non, rassura Alan dans un sourire. Si vous voulez vérifier notre nature, regardez nos yeux. Si nous ne pouvons pas totalement les métamorphoser, personne ne peut prendre leur couleur phosphorescente. Sinon monsieur, j'ai toutes les raisons de penser qu'Alrune a participé à la guerre contre les Démons.

-Vraiment ?

-Même si je n'ai pas pu y avoir encore accès, son nom est mentionné dans Daemonicorum Bellum d'Opiter. Avec un nom pareil, le sujet est clair comme de l'eau de roche...

-Je vois... De toute façon, si le dossier est aussi ancien, cela ne m'étonne pas. Curiel, vous avez dit que vous avez trouvé un autre livre ?

-Oui, mais... euh... c'est un livre pour enfant, La Grande encyclopédie des Lutins et autres petites créatures de Pierre Dubois, un Humain...

-Vous n'avez rien trouvé de mieux ? soupira d'exaspération William.

-Bah non, malheureusement...

-Et ça dit quoi ? interrogea Éric.

-En fait, Alrune n'est pas considérée comme une Démone mais comme un peuple. Les Alrunes sont des mandragores qui doivent être nourries, logées et habillées. En retour, elles prédisent l'avenir.

-C'est impossible de prédire l'avenir, railla Alexander.

-Bien sûr que si, c'est un don très répandu, contredit William. Chaque Shinigami en est capable : nous prévoyons par exemple la mort des gens un mois à l'avance. Sinon, notre travail serait impossible. Certains Démons en sont parfaitement capables. Même des Humains ont prouvé qu'ils le pouvaient.

-Comment on fait ? » s'intéressa Clémence.

William se lança dans d'interminables explications. Tout venait de Vanth, au moins pour les Shinigami. S'il y avait deux Dieux à leur tête, ce n'était pas par hasard. Si Orcus était la Mort, Vanth était bien plus la Fatalité de la Mort. Elle était le Destin. En cela, elle présidait à la destinée des mortels. Ceux qui pouvaient entrevoir l'avenir étaient ceux qui étaient capables de comprendre et de deviner ses desseins. De rares Humains choisis par elle le pouvait. Les Démons n'auraient jamais dû posséder cette capacité mais l'un d'eux avait réussi, à travers le Pacte avec un médium mortel, à apprendre à démêler les fils du destin et à comprendre l'avenir. Il l'avait alors enseigné à d'autres Démons qu'il avait jugé capable d'en faire autant qui avait alors fait de même.

De ce fait, Alrune pouvait tout à fait entrevoir l'avenir, même si aucun Démon ne voyait la Mort. Seuls les Shinigami avaient ce don.

« Et vous regardez souvent l'avenir ? demanda Emma.

-Jamais si ce n'est pour connaître les décès un mois à l'avance et il y a un service chargé de ça, répondit Ronald. De toute façon, seul l'avenir des mortels est visible et on ne peut pas le divulguer. Mais bon, ce n'est pas comme si ça nous intéressait de toute manière...

-Pourquoi seul celui des mortels ? s'étonna Clémence.

-Parce qu'ils sont mortels justement... La Fatalité ne touche qu'eux. C'est aussi simple que ça.

-Mais nous nous éloignons du sujet, reprit William. Rien d'autre ?

-Non, rien, malheureusement. Je ne sais pas si c'est une bonne piste, soupira Alan. Je n'arrive pas à faire de rapport entre Sebas-chan, Undertaker et cette Alrune.

-Nous n'en savons pas assez sur cette Alrune et sur Undertaker de toute façon, soupira Éric. Et lui, il en sait bien plus que nous.

-Bah... C'est peut-être une Démone qu'il a combattu par le passé. Avec l'âge minimum qu'il a et la date du dossier Alrune, c'est tout à fait possible... supposa Ronald.

-Et c'est peut-être une amie de Sebastian, réfléchit Richard.

-Les Démons n'ont pas d'amis, contredit William. Ce ne sont que des bêtes sauvages qui n'ont que des alliés de circonstance. Même entre eux ils sont incapables de se lier. »

Lorsqu'ils eurent épuisé le sujet, le brun partit s'enfermer avec Augure dans la chambre d'Emma, Clémence et Grell partirent faire la cuisine, Alexander reprit sa lecture de History of Rasselas, Prince of Abissinia, de Samuel Jonhson et les autres mirent la télé pour regarder les informations. Le portrait d'Amber et Sebastian apparurent à l'écran, interpellant tout le monde. Visiblement, Undertaker avait tenu parole. Rester à savoir ce qu'il avait fait. Ils appelèrent ceux qui n'étaient pas dans la pièce pour qu'ils assistent au reportage.


Alors, vous vous attendiez à ce qu'Hortense soit l'ex de Willou ? XD

Prochain chapitre : "Trois étoiles"

Au programme : Une hystérique, des truffes et des réflexions dans un lieu... hautement philosophique (hem...)

A la prochaine !