Salut !
Je reprends une publication normale (une fois par semaine) à partir d'aujourd'hui. ^^
Peut-être que la semaine prochaine se sera un peu plus compliqué en revanche : je dois soutenir mon mémoire puis déménager. Mais j'essaierais quand même de publier. ^^

Bonne lecture !


CHAPITRE XL : LUCIANO

Le 22 juillet au soir, ils reçurent du courrier venant de Druitt. Il s'agissait de leurs fiches de paie. Une fois arrivés à l'appartement, ils trouvèrent Alexander dans un rare état de fébrilité.

« Il est là, il est là ! s'exclama-t-il joyeusement en les voyant arriver.

-Qui est là ? demanda Richard.

-Le bébé !

-Un bébé ? Quel bébé ?! s'écrièrent à l'unisson Emma et Clémence.

-Il y a un bébé à l'appartement ?

-Mais qui a eu un bébé ? Personne n'était enceinte...

-Tch... Il n'y a qu'un seul enfant dont la naissance était attendue. Je parlais du futur roi d'Angleterre. Le prince George Alexander Louis est né à exactement seize heures vingt-quatre, heure locale. Et oui, j'ai l'immense privilège de porter le même prénom que notre futur souverain.

-Ah... fit Emma déçue. Dommage.

-Pfff... souffla Clémence. Moi qui pensais qu'on avait un bébé...

-Mais arrête avec les gosses ! grogna Ronald.

-OOOH ! Il est là ! s'écria Richard en se précipitant vers la télévision pour voir l'enfant royal à la BBC.

-Exact. Et tu as perdu ton pari, c'est un garçon, comme tu peux t'en rendre compte à son prénom, George Alexan...

-C'est bon, on a compris Alex ! coupa Richard en s'installant dans le canapé. Tu as le même prénom que le prince d'Angleterre, tant mieux pour toi. Maintenant, j'aimerais regarder en paix ce qu'ils disent.

-Alexander ! reprit-il. Tu n'oserais tout de même pas appeler de la sorte son altesse ! Alors ne me appelle pas ainsi.

-Premièrement, rétorqua vertement son frère, ce n'est que son second prénom ! Secondement, puisque tu es si attaché à la noblesse : tu n'es que cadet de famille et je suis le comte de Phantomhive ! Alors, s'il te plaît, ferme-la et arrête de fanfaronner ! Je te donnerais ce que je te dois, ne t'inquiète pas. Maintenant, laisse-moi écouter le reportage sur le petit prince ! »

Pendant ce temps, les autres ouvraient leurs fiches de paie et virent qu'ils touchaient mille deux cents cinquante euros. Jusqu'à ce qu'ils voient Emma complètement abasourdie et muette de surprise en fixant la sienne.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? s'inquiéta Clémence. Un problème ?

-Re... Regarde... »

Elle lui tendit la feuille, lui désignant le montant inscrit en bas. Huit mille euros. Elle allait toucher huit mille euros. Par mois. Donc seize mille euros pour l'été.

Il y avait d'ailleurs un petit cœur à côté de la somme et un dessin bleu qui devait sûrement représenter un homard. Un petit mot avait été glissé dans l'enveloppe et Clémence le lit à voix haute :

Ma tendre et belle fleur de coquelicot,

Voici un modeste gage de l'amour éternel que je vous porte. Si vous désirez être payée plus, n'hésiter pas à m'en faire part, je partagerais avec vous avec bonheur tout ce que je possède en ce bas monde. Je vous aime !

N'oubliez pas que ma demande en mariage est toujours valide. Si vous êtes trop timide pour me répondre, ô belle fleur des champs, n'hésitez pas à me le dire par écrit !

À bientôt, belle Emma, avec tout mon amour,

Warren Redmond, vicomte de Druitt

« Au moins, conclue Clémence hilare, tu sais pourquoi il te paie autant...

-Je vous jure ! Cet homme est absolument indécent et abominable ! pesta William. Comme si Emma pouvait céder à ses avances contre de l'argent ! Pour quoi te prend-il ? Vraiment ! »

.oOo.

« Ah ! Ma chère petite fleur des champs ! Mon doux et tendre mignon coquelicot ! se lamenta Druitt devant Emma. J'aimerais tant que vous restiez pour dîner ! »

Si seulement William avait pu lui témoigner autant d'intérêt que le vicomte, la brune aurait la plus heureuse des femmes... Mais elle ne se faisait pas d'illusion : il n'y avait qu'à voir comment le Shinigami avait rejeté Grell pour qu'elle n'ait pas le moindre espoir.

« Nous ferions préparer un romantique pique-nique que nous prendrions au milieu d'un champs de fleurs tout aussi rouge que votre robe écarlate et votre rouge à lèvres flamboyant ! Mais votre beauté immortelle illuminerait ces doux pétales d'une saison ! »

Réflexion faite, si William faisait cela, elle reverrait complètement la vision qu'elle avait de lui et demanderait à le faire interner en hôpital psychiatrique avant de tout faire pour l'oublier...

« Je ne viendrais pas et vous le savez parfaitement ! grogna-t-elle.

-Mais je ne vous verrais pas du week-end, ma douce !

-Tant mieux... »

En effet, ses employés avaient leur week-end de libre et il avait pris d'autres personnes pour faire le travail à leur place.

« Ah ! Je ne désespère pas pour autant ! Un jour, je me coifferais du homard bleu de l'amour ! Ne l'oubliez pas !

-Vous m'excuserez, nous devons allez faire les courses... »

Emma remonta la vitre de la voiture d'Éric pour ne plus entendre le vicomte déblatérer ses âneries habituelles. Le conducteur, à moitié mort de rire, démarra et regarda Druitt envoyer ses baisers volants à la brune.

« C'est vraiment incroyable d'être débile à ce point... marmonna-t-elle.

-Bah, on finit par s'y habituer... sourit Ronald.

-Pas moi, répondit-elle.

-Moi non plus ! s'exclama Richard. J'ai eu la pire idée du siècle en acceptant le poste... Remarquez, je ne sais pas qui est le pire : Alex ou Druitt ?

-Tout dépend du point de vue, je crois, réfléchit Clémence.

-Un week-end en amoureux nous fera le plus grand bien... déclara Ronald en enlaçant les épaules de celle qu'il aimait. Ne supporter ni Alex, ni Druitt... Le rêve !

-Vous allez où ? demanda d'un ton envieux le comte.

-À Niolon, on a réservé une chambre, répondit Clémence. On va pouvoir se baigner tout le week-end dans un cadre magnifique.

-Et ce n'est pas très loin en plus ! renchérit Ronald. Vingt minutes de Marseille, tout au plus... On y sera en trois quart d'heures.

-Une heure, plutôt, contredit-elle. C'est complètement de l'autre côté par rapport à Aix-en-Provence.

-Vous ne voulez pas m'emmener dans vos valises ? tenta Richard.

-Non seulement le patron ne serait pas d'accord, mais en plus, ce ne serait plus un week-end en amoureux !

-J'aurais essayer au moins... »

Le portable de Ronald sonna à ce moment. Il décrocha pour entendre la voix de William. Après une courte discussion, l'Écossais raccrocha et déclara à son ami blond :

« Éric, le patron voudrait qu'on se dépêche de rentrer. Apparemment, on va avoir un dossier en plus et un membre en plus dans l'équipe. Il voudrait qu'on se dépêche d'arriver pour être là quand il arrivera.

-Un dossier en plus ? grommela le conducteur. Lequel ? Tjinmin ?

-Sûrement.

-Une personne en plus ?! désespéra Emma. Mais... Il dormira où ?

-On trouvera bien, assura son amie. Quand les filles étaient là, à la Japan, on était beaucoup plus et on a bien trouvé.

-Je me demande comment sera le nouveau... fit Éric.

-Un Traqueur paraît-il, répondit Ronald. Prétorien, bien sûr.

-Ça va Richard ? » interrogea Emma.

Celui-ci approuva d'un air sombre. Il pensait surtout qu'avec un membre en plus et surtout un membre du Prétoire, les chances pour qu'Undertaker et Kayden continuent à leur échapper allaient en s'amenuisant.

.oOo.

À dix-huit heures trente précises, quelqu'un toqua à la porte de l'appartement 308. Les employés de Druitt venait tout juste d'arriver. William se leva et alla ouvrir, sachant pertinemment qu'il s'agissait du nouveau membre de leur équipe.

« Bonjour, William T. Spears, chef du secteur des Bouches-du-Rhône et chef d'équipe vacataire de l'Ordre des Traqueurs.

-Enchanté, monsieur. Luciano Surafel Eshetu, Traqueur et membre de la Garde Prétorienne. »

Luciano décela une soudaine méfiance à son égard dans le regard pourtant stoïque de son nouveau supérieur. Il se mordilla la lèvre inférieure et détourna les yeux, tandis que William remontait ses lunettes. Pouvait-il être au courant de l'identité de son père ?

De son côté, le chef de secteur avait parfaitement reconnu le nom que lui avait donné Grell, Ronald et Clémence. On lui avait ''refilé le jeune blanc bec''. Il détestait penser cela de quelqu'un, surtout d'un Prétorien. Si son équipe n'était déjà pas la meilleure qui existe, il n'osait pas penser ce qui se passerait si jamais les femmes et le seul employé sérieux qu'il avait ne pensaient plus qu'à observer la plastique du nouveau venu. Et il n'aimais pas vraiment l'idée qu'Emma s'intéresse à lui de trop près.

Il chassa rapidement cette pensée stupide de sa tête, elle faisait bien ce qu'elle voulait après tout.

« Eh bien, Sarufel Essetu...

-Surafel Eshetu, reprit le métis dans une légère grimace. Et c'est Luciano, s'il vous plaît.

-Vraiment... Je n'ai pas pour habitude d'appeler mes employés par leur prénom, rétorqua froidement William.

-Moi non plus, monsieur, soupira Luciano. Mais il se trouve que je suis Éthiopien. Nous ne portons pas de nom de famille. Surafel est le prénom de mon père et Eshetu celui de mon grand-père. C'est ce qui figure sur mes papiers officiels, comme pour tous les Éthiopiens, mais ce n'est pas mon nom. Je n'en ai pas. Je... Je suis juste Luciano.

-Bien, je comprends le problème. Mais venez, entrez donc, le reste de l'équipe attend dans le salon. »

William guida le jeune Shinigami. Quand ils entrèrent dans la pièce à vivre, il y eut diverses réactions. Les femmes et Alan offrirent leur plus beau sourire au nouveau venu alors que Ronald le darda d'œil assassin, tout comme Éric quand il comprit de qui il s'agissait.

« Je vous présente Luciano. Luciano, vous connaissez déjà Ronald Knox, Clémence Curiel et Grell Sutcliff. Voici le reste de mon équipe, Alan et Éric Slingby-Humphries. Emma Acquaviva est notre hôte avec Miss Curiel qui a été transformée par desmos. Voici enfin le comte de Phantomhive, Richard, et son frère, Alexander. Ce sont les deux âmes que nous protégeons de Sebastian Michaelis et sa contractante, Amber Phantomhive, leur demi-sœur.

-En plus de faire le travail des Traqueurs de déserteurs, vous faites celui des Traqueurs de Démons ? s'étonna Luciano.

-Il se trouve que ces deux Humains ont un étroit rapport avec Undertaker et Tjinmin. Undertaker, tout du moins, a été leur protecteur et ils le protègent en retour.

-Je ne protège personne ! se défendit Alexander. Il n'y a que mon frère qui s'entête à ne pas comprendre que nous avons changé de protecteur et que nous devons vous aider... D'ailleurs... Êtes-vous assez qualifié pour nous protéger du Démon ?

-A... Assez qualifié ?! » s'indigna Luciano.

Il était un prodige qui avait sauté un cycle académique. Il ne s'était pour autant pas reposer sur ses lauriers et s'était acharné à travailler toujours plus que les autres, à être le premier de sa promotion, à n'avoir que des AAA. Dès qu'il avait été Faucheur, il s'était employé à avoir toujours les meilleurs résultats, espérant se faire remarquer par la Garde afin de réaliser son rêve et de devenir Traqueur. En même pas une décennie, il avait réussi l'exploit de devenir le meilleur Faucheur de son secteur. Une vingtaine d'année après, il était reconnu comme l'un des meilleurs de son Secrétariat. Il avait ensuite réussi à être présélectionner pour devenir Prétorien malgré son très jeune âge. Il avait tant travaillé pour être pris qu'il avait passé avec brio tous les examens les plus compliqués et avait fini premier, à son plus grand étonnement. Après tout, les autres Faucheurs à passer l'examen étaient tous bien plus expérimentés que lui... Il avait donc pu choisir dans quel domaine de la Garde il voulait entrer et avait aussitôt choisi la Traque. Sa formation de cinquante ans avait été dure, mais il y était parvenu.

Tout ça pour qu'un Humain même pas majeur vienne lui demander s'il était assez qualifié.

« Non, parce que vous comprenez, continua Alexander d'un ton supérieur, je ne fais pas confiance à un semi-Nègre... C'est juste impossible. »

Un violent coup l'arrêta dans sa tirade raciste, venant comme toujours de Richard.

« Peut-être que je protège un déserteur, déclara le comte, mais au moins, je n'insulte personne !

-Mais reconnais la vérité ! insista Alexander en se massant l'arrière du crâne. Nous sommes entourés de dégénérés ! Deux sodomites, un homme qui a décidé de devenir une femme, un dépravé sexuel... Maintenant un semi-Nègre ! Nous n'en sortirons pas vivants !

-Ah mais c'est pas croyable ça ! s'emporta son frère. Je ne sais pas ce qui me retient d'appeler Amber ! Tu es la pire engeance qui puisse exister sur Terre ! Présente immédiatement tes excuses !

-Pourquoi faire ? On nous a encore attribué un nul et... »

Excédés, les Shinigami allaient intervenir. Aucun n'eut le temps. Avant que personne ne comprenne ce qui s'était passé, Alexander avait la pointe d'une immense et superbe faux sous la gorge. La Faux de la Mort réservée aux Prétoriens. Matérialisée en un instant et mise exactement à l'endroit qu'il fallait dans la même fraction de seconde.

« Je n'ai pas à me justifier de quoi que se soit envers vous, Alexander. Mais je vais mettre les choses aux claires : si vous étiez un Démon ou un déserteur... Vous seriez mort. La démonstration est-elle suffisante ou dois-je vous envoyer mon CV ? »

Alexander déglutit difficilement et suivit des yeux le fil de la lame d'iridium en croissant de lune et remonta le long du manche d'ébène, puis vers le visage de Luciano. Il tenta de soutenir son regard mais le détourna vite avant de balbutier quelque chose d'incompréhensible.

« Cette seule aigle aux deux Faux devrait vous assurer de mes qualités, déclara le métis en montrant son insigne. J'espère avoir été assez clair. Maintenant, le sujet est clos. »

Il dématérialisa sa Death Scythe. Richard se retenait de rire, visiblement content que quelqu'un est enfin donné une bonne leçon à son frère. Une leçon qu'il n'était sûrement pas près d'oublier.

Apparemment, au vu des sourires des autres, tous pensaient la même chose que lui.

.oOo.

Tous ensemble, ils étaient allés faire les courses à l'hypermarché le plus proche, dans la zone commerciale de la Pioline, à cinq minutes de chez eux. Ronald et Clémence partiraient en week-end juste après.

Luciano discutait travail avec William. Les deux hommes s'étaient clairement trouvés un point commun. Même si l'Anglais surveillait de près les réactions d'Emma vis à vis de l'Éthiopien, ils parlaient depuis un bon moment et paraissaient plutôt bien s'entendre. Ils s'accordaient à merveille en ce qui concernait notamment l'importance pour les Prétoriens de connaître le Code divin aussi bien que n'importe quel avocat ou juge. Luciano n'en revint pas quand William lui raconta les déboires d'Alan et de Clémence à la B.I.S.

« Je vous avoue que je ne suis pas forcément pour des Traqueurs vacataires, expliqua Luciano. Mais je pensais que tout le monde connaissait l'article 18 508 bis...

-Je vois que nous sommes d'accord. Je suis content de voir que vous connaissez cet article. De nos jours, les jeunes Shinigami s'intéressent de moins en moins à tout cela alors que c'est primordial...

-Pour les Faucheurs, tempéra Luciano, seuls les Dix Règles sont importantes et ils les connaissent tous. C'est le minimum.

-J'espère que vous saurez convaincre mon équipe. Knox en a tout de même briser trois des six plus importantes. Et Sutcliff nous a déjà prouvé qu'elle n'avait aucun scrupule à briser la numéro cinq.

-En parlant de Sutcliff... fit Luciano à mi-voix. Je croyais que c'était un homme... Jack l'Éventreur...

-Sutcliff est une transsexuelle et je vous conseille fortement de la considérer dès et à présent comme une femme.

-Bien monsieur.

-Au fait, je suis désolé pour l'incident de tout à l'heure avec Phantomhive. Ce garçon est particulièrement exaspérant et si la première règle n'était pas en jeu, je le laisserais volontiers se débrouiller seul. Il vous faudra faire preuve de patience.

-Je l'avais compris, soupira le métis. Je ne pensais pas qu'il puisse exister des personnes aussi insupportables.

-Chez les Humains, c'est malheureusement le cas. Son ancêtre, le comte Ciel, était un peu du même genre, à part qu'il avait vendu son âme à une de ces maudites bêtes sauvages... Sutcliff, Curiel ! Où allez-vous comme ça ?

-Aux chaussures ! On vous rejoint tout à l'heure ! Hu hu hu !

-Pensez à prendre des boules Quies ! rappela Clémence. Sinon ceux qui dorment avec Alex ne dormiront pas.

-Je m'appelle Alexander ! »

Tandis que les deux femmes s'éloignaient vers le rayon chaussures, ils se dirigèrent tous vers les boules Quies, Alan poussant le fauteuil d'Emma avec qui il parlait. Dans le rayon, une vendeuse les accueillit avec un grand sourire.

« Bonjour ! J'ai le plaisir de vous annoncer que c'est en ce moment la semaine des grandes promotions sur toutes les marques de préservatifs, de toutes tailles ! Moins trente pour cent sur tous les articles ! Ce serait dommage de ne pas en profiter, n'est-ce pas ? »

Visiblement, elle prenait Alan et Emma pour un couple. Voyant cela et en riant, Éric s'immisça dans la conversation avant même que son mari ne puisse démentir. Il prit ce dernier par la taille et mit la main sur l'épaule de la jeune femme.

« Mais comme c'est intéressant tout cela ! Ça sera parfait pour nous ! C'est tout ce qu'il nous faut...

-Oui, avec tout ce qu'on passe en préservatifs, ça nous arrangera ! déclara Ronald en venant lui aussi au grand dam d'Alan et d'Emma, sans leur laisser le temps de dire quoi que se soit. N'est-ce pas ?

-Mais qu'e... commença la brune.

-En même temps, en étant trois hommes, ça va vite, assura Éric avec sérieux sous le regard halluciné de la vendeuse.

-Mais tu... tenta Alan, rouge de honte.

-Quatre ! N'oublie pas Luciano ! coupa Ronald en attrapant le Prétorien qui venait de les rejoindre pour le tirer vers eux.

-Quatre quoi ? demanda ce dernier qui n'avait puis suivi la conversation.

-Quatre hommes ! répondit Éric. À l'appartement.

-Mais... Il y a monsieur Spears aussi... fit Luciano en fronçant les sourcils, ne comprenant toujours pas de quoi ils parlaient. Ainsi que le comte et son frère...

-Oui, mais monsieur Spears, c'est le patron et le comte et son frère sont un peu jeunes... Surtout le frère... Ils ne comptent pas vraiment.

-Vous comprenez, fit Éric à la vendeuse, les deux jeunes, on les forme.

-Qui formez-vous à quoi ? se méfia William qui venait d'arriver.

-Si... si je comprends bien... fit la vendeuse qui tentait de reprendre ses esprits pour rester commerciale. Il vous faudra beaucoup de boîtes...

-Une boîte de quoi ? demanda Luciano complètement perdu.

-Qu'avez-vous encore raconté ? demanda le chef de secteur.

-Oh, trois fois rien...

-STOOOOP ! s'écria le pauvre Alan, livide. Ne les croyez pas mademoiselle ! Monsieur, je suis sincèrement désolé, ils nous ont empêché de parler.

-Je te jure, William, assura Emma, je n'ai rien à voir dans leur délire. Ils m'ont fait passer pour une polyandre... En couple avec vous tous...

-C'est une blague, j'espère ? demanda William en regardant sévèrement Éric et Ronald.

-Ah non ! Ce n'est vraiment pas possible ! » s'emporta Luciano.

Il se dégagea violemment de l'Écossais. Il paraissait furieux.

« Et vous vous étonnez que vous n'ayez aucun résultat ! Je comprends mieux, maintenant ! Vous êtes tellement... désinvoltes... Vous rendez-vous seulement compte de l'importance de cette affaire ?!

-Calmez-vous ! tenta d'apaiser Alan tandis que la vendeuse opérait un replis stratégique vers de nouveaux clients. Je sais qu'ils ne sont pas bien malins, que je vais moi-même en mourir de honte, mais il ne faut pas le prendre mal... Ils ne voulaient faire qu'une petite blague...

-Oui enfin... grogna Emma dans sa barbe. Faut pas exagérer non plus... Je les tuerais bien lentement en rentrant.

-Une... petite blague ?! Vous êtes en service ! s'énerva Luciano. C'est avec ce genre d'attitude que l'on laisse s'échapper des dissidents ! Vous avez de la chance de ne pas faire partie de la Garde... Je n'arrive même pas à comprendre pourquoi on vous a laissé une telle affaire. »

Il fit volte-face et les laissa en plan, sans qu'ils ne comprennent pourquoi.

« Patron... fit Éric en se tournant vers William.

-Je n'ai rien dit, Slingby... Je ne peux pas m'empêcher d'être plutôt d'accord avec lui.

-Enfin, ce n'est rien ce qu'on a fait... déclara Ronald. S'il n'a pas le moindre humour, nous n'y pouvons rien.

-Pas d'humour ?! s'exclama Emma. Parce que vous trouvez ça drôle ?

-Allez, ça va ! C'était trop tentant ! rit Éric.

-Et ce n'est pas comme on le faisait durant un combat ou la fauche, continua Ronald.

-Encore heureux... Je vous jure...

-On le rattrape, monsieur ? demanda Alan.

-Finissez les courses, soupira William. Je vais m'en charger. »

Leur supérieur les quitta et partit dans la direction où s'en était allé Luciano. L'Écossais soupira et se tourna vers Emma :

« Elle aime quel genre de goût, Clémence ?

-Pardon ? s'abasourdit la brune. Quel est le rapport ?

-Aucun, mais réponds-moi s'il te plaît...

-Euh... Le chocolat... Elle en mange tout le temps... Qu'est-ce que tu fais ?

-Je prépare mon week-end romantique... Vu les promotions, autant en profiter ! » rit-il en s'emparant d'une boîte de préservatifs parfumés.

.oOo.

William retrouva rapidement Luciano. Celui-ci était si puissant que le chef de secteur n'avait pas eu de mal à le localiser sur le parking du centre commerciale, celui qui se trouvait sur le toit.

Le jeune Prétorien observait la zone commerciale et, au-delà, la montagne Sainte-Victoire qui se détachait clairement dans le ciel d'azur de la mi-août. Sa main gauche tenait la rambarde et sa droite était étroitement serrée sur un petit objet.

William s'approcha de lui et mit sa main sur son épaule.

« Luciano ? »

À sa grande surprise, ce dernier sursauta. Le chef de secteur s'était attendu à ce qu'il ait senti sa présence. Quand Luciano se tourna vers lui, il pensait le voir en colère mais ne décela dans son regard phosphorescent que de l'angoisse et de la détresse. Le métis détourna bien vite le yeux.

L'Anglais se sentit aussitôt mal à l'aise. Il n'aimait pas ce genre de situation. Il ne savait jamais comment réagir. Il aurait voulu qu'Emma soit là pour le guider, mais il allait devoir se débrouiller seul.

Il fronça les sourcils. Quelque chose manquait. Quelque chose n'allait pas. Son regard se perdit sur la poitrine de Luciano. Il comprit. Le jeune Traqueur avait retiré son insigne prétorienne, ce qui l'étonna. C'était bien la première fois qu'il voyait un Garde enlever son aigle aux deux Faux.

Luciano suivit machinalement son regard et se mordit la lèvre inférieure. Il desserra sa main droite et remit en place les armoiries du Prétoire. William le regarda faire, détaillant malgré lui la broche. Elle était ancienne.

Très ancienne.

Trop, en vérité.

Elle aurait dû être flambante neuve, mais non seulement l'or était patiné par les siècles, contrairement à l'iridium qui ne pouvait être altéré d'aucune manière, mais en plus le style et le dessin étaient dissemblables de ce qui se faisait de leurs jours.

Même si cela différait de très peu et que l'aspect général était exactement le même, William voyait des différences dans la manière dont les détails étaient traités. Les finitions étaient complètement différentes.

D'ailleurs, le système de fermeture tenait bien plus de la fibule que de la broche moderne.

Quand il eut fini de l'accrocher à sa veste, Luciano ne releva pas les yeux vers William, préférant continuer à fixer le bijou.

Le silence s'éternisait entre eux, aucun des deux n'osant le briser en premier. L'Anglais se repassait en boucle tous les conseils d'Emma pour parler à quelqu'un qui avait visiblement des problèmes, mais il n'arrivait pas à faire le premier pas. Il aurait donné cher pour que la jeune femme soit là. Il aurait largement préféré trouver Luciano dans une colère noire, comme il s'y attendait. Cela aurait été tellement plus simple...

Craquant de par le silence et le malaise qui s'était installé, il finit cependant par se lancer avec le premier sujet qui lui vint à l'esprit :

« Votre insigne à l'air ancienne. »

Luciano releva enfin les yeux vers lui, mais les détourna presque aussitôt pour les porter sur les voitures qui roulaient sur le parking du rez de chaussé, puis recommença à se mordiller la lèvre inférieure.

William redressa ses lunettes.

« Oui, murmura enfin son interlocuteur. Elle... Elle était... Elle est dans ma famille depuis longtemps. »

L'Anglais fut impressionné. Ainsi donc, Luciano faisait parti de ces quelques familles où le Prétoire était quasiment une institution où le fils aîné devait en faire parti au même titre que le père, le grand-père et les ancêtres. Généralement, la tradition de ces rares familles voulait que l'insigne soit remise au fils quand il devenait Prétorien, le père en recevant alors une nouvelle. William le savait parfaitement puisqu'il n'était pas rare qu'un Spears devienne Garde et qu'ils avaient eux-même adopté cette tradition.

Le silence s'installa à nouveau. William se répétait en boucle les conseils d'Emma pour réconforter les gens.

Premier point : savoir exactement ce qui arrivait à la personne.

Il se lança, il était bien obligé d'avoir des réponses et maintenant qu'il était là, il ne pouvait plus reculer et partir comme si de rien n'était. Même s'il aurait préféré largement cette solution.

Premier point, donc.

« Que se passe-t-il, Luciano ? »

Voilà, il avait posé la question. Le reste ne serait sûrement pas si compliqué. Emma lui avait assuré que plus la personne était proche, plus c'était compliqué. Or, Luciano était quasiment un inconnu : il ne le connaissait que depuis une heure. Ce serait donc certainement très facile.

Mais voilà que le métis décida de ne pas lui faciliter les choses, à son plus grand dam. Vraiment... Pourquoi Emma n'était-elle donc pas présente ? Et pourquoi lui avait-elle dit que ce serait plus simple ?

« Rien. » répondit Luciano d'une voix éteinte, sans le regarder.

En plus, il osait lui mentir effrontément. William n'était peut-être pas à l'aise dans les relations aux autres, mais il savait tout de même reconnaître une personne qui avait un problème. À part peut-être Sutcliff, mais elle était trop bonne actrice pour qu'il sache vraiment dans quel état d'esprit elle se trouvait.

« Ne me dites pas rien... insista-t-il, pensant que c'était le mieux qu'il avait à faire.

-Rien qui ne vous regarde, monsieur.

-Bien sûr que cela me regarde ! Je vous jure... Vous êtes désormais dans... »

Deuxième point : ne pas tout rapporter au travail. Il marqua donc une pause, mais il était partie sur sa lancée et il n'avait rien d'autre à faire.

« … dans mon équipe. Je reconnais que cette dernière n'a pas été d'une grande intelligence, mais on en prend l'habitude. J'aimerais simplement savoir pourquoi vous avez réagi de la sorte. »

Le troisième point ? Ah oui... Tact, douceur et subtilité... Il replaça ses lunettes sur l'arrête de son nez.

« Je sais parfaitement que vous aviez raison, assura-t-il de son habituel stoïcisme. Ils n'ont pas à se comporter ainsi durant leur service. Cependant, et je sais que vous êtes à même de le percevoir mieux qu'aucun de nous, il n'y avait pas le moindre danger, ils ne se sont pas éloignés du comte et de Phantomhive. Nous n'avons à leur reprocher que leur bêtise et leur mauvais goût. J'aimerais donc comprendre pourquoi vous avez réagi de la sorte. Je pensais qu'il s'agissait simplement d'un... hum... ''choc'' des cultures entre la rigueur de la Garde et la désinvolture de mes hommes. Mais je crois qu'en vérité, il y a bien plus que cela. Je me trompe ? »

Il sut aussitôt qu'il avait touché juste. Luciano se cramponna à la rambarde pour masquer le léger tremblement de ses mains et se mordit les lèvres. William soupira et remonta une énième fois ses verres.

« Étant donné que vous êtes un Prétorien, même en tant que chef de secteur, je n'ai pas accès à autre chose qu'à vos notes de l'Académie et qu'à votre dossier de Faucheur. Dossier, bien entendu, où ce qui peut être compromettant pour la Garde est soigneusement retiré. Je ne sais donc rien de vous, au contraire de toute mon équipe.

« Il est certain que je ne fais confiance à aucun d'eux pour être sérieux et faire correctement leur travail, hormis Humphries. Certes, Slingby et Knox sont d'excellents Faucheurs, mais ils n'entreront jamais dans la Garde et je doute qu'ils veuillent un jour monter plus en grade. Quant à Sutcliff... Elle m'insupporte au plus haut point à toujours vouloir me coller, il est impossible de savoir ce qu'elle a en tête, mais je sais qu'elle n'est pas bête et qu'elle est capable de travailler plutôt correctement quand c'est son intérêt. Elle non plus, je doute qu'elle aille bien plus loin et qu'elle en est l'ambition. Cependant, je les connais tous très bien. Je sais comment ils travaillent, je sais ce que je peux leur demander de faire ou non, qui je peux mettre avec qui.

« De vous, Luciano, je ne sais rien. Vous êtes Éthiopien, vous êtes un Prétorien, le plus jeune depuis plus de deux milles ans. J'en déduis donc que vous êtes un véritable prodige, que vous êtes exceptionnellement doué et puissant. Et c'est tout. Je n'en sais pas plus. J'ai besoin de vous connaître un peu mieux. Je sais que je peux vous faire confiance pour le travail, vous êtes un Garde, mais nous vivons vingt-quatre heures sur vingt-quatre ensemble.

« Je sais que je suis très mal placé pour dire cela : mais j'aimerais que vous soyez capable de vous intégrer à mon équipe. Ayant moi-même du mal à communiquer parfois, je sais que c'est compliqué. Cependant, depuis quelque temps, il y a un semblant d'ordre et de calme qui règne. Slingby et Sutcliff ne cherchent plus à s'entre-tuer, même s'ils continuent à se chamailler Knox a trouvé de la stabilité auprès de Curiel et a compris qu'il ne devait plus faire passer les femmes avant sa mission l'état de santé d'Humphries s'améliore, du moins, il n'a plus fait de crise grave depuis longtemps avec les progrès de la médecine, et cela s'en ressent sur son moral le comte semble se tenir tranquille en ce qui concerne Undertaker depuis qu'il fréquente cette jeune femme du nom de Céline son frère, certes, est toujours aussi pénible, mais nous avons pris l'habitude de l'ignorer et le comte se charge de le remettre en place... Quant à moi-même... Je le reconnais, grâce à Emma, j'ai commencé à comprendre comment je devais mener mes hommes et je sais lâcher un peu la bride de temps en temps puisque je vis désormais avec eux.

« Ce que je veux vous dire, Luciano... C'est que vous avez beau être un Prétorien et sûrement promis à un bel avenir dans la Garde au vu de votre âge, mais je ne veux pas que vous fassiez éclater le semblant d'équipe que j'ai réussi à créer. Pour la première fois depuis 1889, nous arrivons à nous entendre. Plus ou moins, mais nous y parvenons. Il est hors de question que vous veniez gâcher cela. Je vous aiderais à vous intégrer, s'il le faut, même si je ne suis sûrement pas le plus indiqué pour cela...

« Voilà pourquoi je vous le répète : que se passe-t-il ? »

Maintenant, William avait tendu la perche à Luciano. C'était à lui de s'en saisir, il ne pourrait pas faire plus. L'Éthiopien se tourna vers lui avec un sourire clairement forcé et s'obligea visiblement à le regarder dans les yeux.

« Je suis désolé, monsieur. Cela ne se reproduira plus. Je... C'est ma première affaire, elle me tient à cœur, je voudrais que tout soit parfait. C'est tout. J'ai eu tendance à me couper des autres pour concrétiser mes rêves et entrer dans la Garde. Je... J'ai énormément travaillé et je suis un peu trop perfectionniste. Du coup, j'ai déjà du mal avec les gens en général, mais je ne supporte pas que l'on puisse ne pas prendre son travail au sérieux, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

-Je vois... Si je peux vous donner un conseil... Encore une fois, je ne suis pas le mieux placé pour vous dire cela... Mais vous devriez essayer de vous détendre un peu, de vous détacher de votre travail. Vous êtes dans un état de stress rarement vu.

-Ça se voit tant que ça ? souffla Luciano, visiblement mal à l'aise.

-Oui... Je pense comprendre ce que vous vivez. Je ne suis peut-être pas aussi doué que vous, mais je suis l'héritier d'une grande famille de la gentry, les Spears, et mon père était chef du secteur londonien avant de devenir Secrétaire d'État. Et j'ai quelques capacités au-dessus de la norme. Dès mon plus jeune âge, on a mis de grands espoirs en moi, on m'a mis la pression pour que je fasse honneur à mon nom.

-La... La gentry ? demanda Luciano. Qu'est-ce que c'est ?

-La noblesse anglaise non-titrée, expliqua William. Je sais ce que c'est, le stress. Malgré mes facilités, j'ai voulu travailler plus que les autres, je tenais à avoir les meilleurs résultats possibles. Tout comme vous, je me suis moi-même mis la pression. J'ai ensuite eu des postes à responsabilité, je suis devenu chef de secteur, puis on m'a nommé Traqueur vacataire et chef d'équipe. Alors, en effet, je connais bien le stress. Quand on est confronté à une équipe comme la mienne qu'il faut surveiller comme des enfants, on y est obligé... »

Luciano eut un maigre sourire, ne sachant trop s'il s'agissait d'une plaisanterie de William ou non.

« Je sais que je suis quelqu'un d'extrêmement anxieux... avoua-t-il à mi-voix.

-Ça se voit... Vous êtes au bord de l'implosion et sûrement pas très loin de la dépression. Vous devriez vous calmer un peu et lâcher prise de temps en temps. Vous ne tiendrez pas longtemps à ce rythme-là. »

.oOo.

Grell et Clémence rejoignirent les autres aux voitures et les aidèrent à ranger les courses dans les coffres. Ronald tenta de jeter un coup d'œil curieux dans le sac de sa petite-amie, mais elle l'en empêcha, lui déclarant qu'il s'agissait d'une surprise pour le soir-même, quand ils seraient qu'eux deux dans leur chambre d'hôtel en bord de mer.

« J'ai hâte d'y être alors...

-C'est quoi ? demanda Emma.

-Une nuisette rouge et courte, sourit l'ancienne Humaine.

-On l'a choisie ensemble ! chantonna leur amie en gloussant. Et moi, j'ai pris des chaussures !

-Oh ! Et moi, j'ai pris un vernis ! déclara la brune en le sortant. Il est trop beau ! »

Elle leur montra un superbe prune très foncé, presque noir. Elle songea au nom, William, tell me about OPI. Elle ne l'avait vraiment pas fait exprès, pensa-t-elle en rougissant.

Heureusement, il n'y avait qu'elle qui savait qu'elle avait rougi. Cela avait été tellement imperceptible grâce à son fond de teint que personne ne s'en était rendu compte. Ni Grell, ni Clémence ne pensèrent à regarder le nom du vernis, au plus grand bonheur de Emma qui se souvenait encore du Ronnie Red.

À ce moment, William et Luciano les rejoignirent. Ce dernier paraissait particulièrement abattu. Il s'avança vers eux en se mordillant la lèvre :

« Je suis désolé pour tout à l'heure. Je n'aurais pas dû m'emporter de la sorte.

-Ce sont des imbéciles, sourit Alan. Ils n'auraient pas dû vous mêler à leur bêtise, mais c'est plus fort qu'eux.

-Merci, grogna Éric en prenant son époux par les épaules pour l'attirer contre lui, j'aime ta considération. Mais c'est vrai qu'on y a été un peu fort. »

Il l'avait rajouté la dernière phrase en voyant le regard plein de menaces d'heures supplémentaires de William. Ronald fit de même. Grell et Clémence demandèrent ce qui s'étaient passés. Richard s'empressa de leur expliquer.

Pendant que les autres finissaient de ranger les courses, le chef de secteur prit Emma à part :

« Pourquoi m'as-tu dit qu'il était plus simple de réconforter quelqu'un que l'on connaissait peu ?

-Cela dépend du degrés de connaissance de la personne...

-Oui, mais si je te suis bien, moins on connaît la personne, plus c'est simple.

-Non, pas forcément ! Avec qui tu as parlé ? Luciano ?

-Bien sûr ! Or, c'est un quasi inconnu, cela aurait dû être simple.

-C'est un inconnu justement ! insista Emma d'un air désabusé. Personne ne va se confier à quelqu'un qu'il ne connaît pas, surtout si ça va mal.

-Tu aurais tout de même pu me le préciser avant, râla-t-il. Cela aurait été plus simple pour moi.

-C'était tellement logique de mon point de vue... »

.oOo.

Clémence, Grell, Ronald et Richard étaient dans la voiture de la première et discutaient du nouveau venu.

« Vous savez quoi ? fit tout à coup la rousse avec un large sourire. Il faudrait qu'on case Emma avec lui.

-Pourquoi ça ? demanda Clémence.

-Eh bien... Imagine : ils tombent fous amoureux, ils créent un desmos et Emma reste avec nous pour l'éternité ! Hu hu hu ! C'est DEATH, non ?

-Parce que tu crois sincèrement créé un tel lien de la sorte ? soupira Ronald.

-C'est quoi, un desmos ? interrogea Richard. Et pourquoi ça ferait qu'Emma resterait avec nous pour l'éternité ?

-Pas avec toi, gloussa Grell. Avec nous, les Shinigami. Et laisse tomber, tu n'aurais même pas dû entendre ce mot en tant qu'Humain.

-Merci, je sais que ça veut dire lien en Grec Ancien... J'étais à Weston, je vous rappelle...

-Tu vas quand même oublier ce que j'ai dit ! Par contre, tu peux nous aider à caser Emma avec Luciano...

-Je rentre pas dans tes combines foireuses...

-Moi oui ! Ça peut être marrant...

-Après ce qui s'est passé au supermarché, grogna Ronald, vous vous débrouillez seules... Il n'a absolument aucun humour. Vous allez vous faire incendier.

-Vous, les mecs, vous êtes pas drôles...

-Au fait, Grell, pourquoi tu ne te le réserves pas pour toi ? interrogea Clémence.

-Trop sérieux... J'ai décidé d'oublier Will, alors je ne veux pas avoir un homme ayant le même état d'esprit que lui, même s'il est beau comme un Dieu... »

La véritable raison, c'était bien entendu qu'elle était folle amoureuse d'Undertaker, qu'elle se damnerait pour lui, et qu'il était donc hors de question d'avoir une relation avec un autre homme, même si celui qu'elle aimait ne lui rendait que de la haine.

« C'est orange ! fit Grell en montrant un feu à Clémence. Tu dois ralentir !

-Merci, je sais, j'ai mon permis, soupira la jeune femme en s'arrêtant tandis que le feu passait au rouge. Tu passes quand le code ?

-Vendredi prochain ! Hu hu hu ! J'ai hâte ! Après, je commence la conduite ! En plus, je suis allée à Alfa Romeo, ils m'accordent un crédit de quarante-huit mois ! gloussa-t-elle, heureuse. DEATH ! Je vais chercher ma Giulietta mercredi !

-Mais tu es folle ! s'écria Ronald. Tu achètes la voiture avant d'avoir le permis, toi ?!

-Mais c'est qu'une formalité ! Je l'aurais à coup sûr ! Hu hu hu ! »

Bientôt, ils arrivèrent au Domaine des Milles. Par une manœuvre habile et discrète des deux femmes, Luciano se retrouva à porter Emma dans les escaliers pour la monter au troisième étage. William, qui s'occupait du fauteuil de la brune, lança un regard meurtrier au nouveau membre de son équipe, sans même s'en rendre compte.

Une fois que tout fut rangé, malgré les chiots qui leur firent des fêtes en sautant de partout, Clémence et Ronald souhaitèrent un bon week-end à tout le monde puis partirent pour leur séjour romantique à Niolon.

La jeune femme avait confié avant de s'en aller l'idée du couple à Alan qui avait aussitôt été emballé. Il s'entendait très bien avec Emma et était partant pour essayer de lui faire trouver l'amour. D'autre part, peut-être que Luciano se détendrait un peu. Grell et lui entreprirent alors un plan pour essayer de les mettre ensemble.

Personne ne comprit pourquoi Luciano poussa soudainement un cri de surprise :

« Vous avez senti ?

-Senti quoi ? » demanda William.

.oOo.

Undertaker rentrait tranquillement chez lui, à l'appartement du Domaine des Milles d'où il pouvait surveiller sans crainte d'être surpris. Sa perception allait bien au-delà de celle de William. Il avait passé la journée avec Yuki à essayer de trouver une trace de Sebastian et Amber. Apparemment, ils avaient complètement disparu de la circulation depuis l'affaire du faux kidnapping. C'était à la fois bien et mal. Bien, car ils pouvaient avoir disparu pour un bon moment et les laisser tranquilles quelques temps. Mal, car Undertaker ne verrait pas arriver leur prochaine attaque.

Yuki ne lui avait pas laissé le choix et rentrait avec lui. Il avait décidé qu'il avait bien droit à quelques vacances bien méritées selon lui. Il exultait déjà de joie à l'idée de se lover pour la nuit contre Undertaker. De se vautrer sur un lit confortable et bien moelleux. En tout cas, il avait intérêt à l'être. Une personne de son rang n'avait pas à dormir dans quelque chose d'inconfortable.

Tandis qu'il papillonnait joyeusement autour d'Undertaker en se frottant contre lui, ce dernier ne lui prêtait aucune attention, réfléchissant à comment retrouver Sebastian.

Tout à coup, il releva la tête, comme électrisé. Yuki tourna ses yeux phosphorescents vers lui, intrigué.

« Ça va ? » s'inquiéta-t-il aussitôt en le voyant pâle comme la mort.

Undertaker fixait un point au loin, en direction de l'immeuble Daguerre, invisible de l'endroit où il était. Il semblait en état de choc. Ses lèvres se mirent à trembler. Il déglutit avec difficulté.

« Mais qu'est-ce qui se passe ?! insista Yuki.

-Non... Impossibile... murmura-t-il en Latin. Luci...

-VITE ! hurla soudainement son compagnon. IL FAUT DISPARAÎTRE ! »

L'équipe de Traqueur venait d'entrer dans son propre champ de perception. En un instant, Yuki avait compris le trouble d'Undertaker, mais ils ne pouvaient pas rester là au risque de se faire prendre de la manière la plus stupide. Il effaça complètement les traces de sa présence.

La disparition soudaine de Yuki de sa perception sembla ramener l'argenté sur terre qui comprit aussitôt la situation dans laquelle il se trouvait. À cette distance, même Grell devait sentir sa présence.


Aha ! Je suis sûre que vous me maudissez pour cette fin abrupte... XD
Prochain chapitre : "Un étrange voisin"
Au programme : Mmh... Je me contenterais de dire, "de gros problèmes pour Undertaker"... XD
Oui, vous pouvez me traiter de sadique.

A la prochaine !