Et voilà le dernier chapitre de la journée ! J'espère qu'ils vous auront tous plu ! ^^
Bonne lecture !
CHAPITRE XLV : RETOUR EN EREBE
Grell exultait de joie dans la voiture de Clémence. Les trois femmes allaient au concessionnaire Alfa Roméo pour chercher la Giulietta de la rousse après leur travail chez Druitt. Cependant, la rousse n'accordait pas un seul mot à Emma, s'en voulant toujours autant d'avoir failli l'assassiner pour rien.
Quant à la brune, elle était persuadée que Grell la détestait pour lui avoir pris William alors qu'elle était folle amoureuse de lui depuis tant de siècles. D'ailleurs, elle avait forcément un desmos avec lui... Aimer quelqu'un de la sorte depuis aussi longtemps, sans avoir regardé un autre homme... C'était bien trop fort pour que Grell n'ait pas formé un de ces liens sacrés envers William, sans que celui-ci ne le lui rende.
Cela devait être atroce.
Emma n'osait même imaginer ce que Grell devait ressentir. Maintenant qu'elle était avec William, qu'elle savait ce qu'était le desmos, elle se rendait compte de la douleur que devait éprouver la rousse. Elle avait perdu l'unique amour de sa vie.
Emma n'en pouvait plus de cette situation compliquée et tendue entre elles. Elle décida de se lancer prudemment, coupant ses deux amies dans leur délire shakespearien roulant en Alpha Romeo :
« Grell ?
-Mmh ? répondit la rousse.
-Ça va ?
-Pourquoi ça n'irait pas ? fit-elle brusquement.
-Écoute, répondit la brune avec prudence en s'imaginant déjà éventrée, il y a forcément quelque chose... Tu ne me parles plus depuis... Depuis lundi.
-Ah. »
Clémence se concentra sur la route, espérant passer inaperçue et ne pas être mêler à la conversation. Grell avait perdu sa bonne humeur et s'était renfermée sur elle-même, assombrie. Emma était persuadée qu'elle allait se faire massacrer.
« Grell, s'il te plaît ! Je n'en peux plus de cette situation. Est-ce que ma relation avec William te dérange ? Je sais que tu l'aimes... Est-ce que je peux faire quelque chose pour que les choses s'arrangent ? »
Grell serra les dents, se sentant encore plus mal qu'avant. Elle avait failli assassiner Emma pour rien et c'était cette dernière qui culpabilisait. Si seulement elle pouvait leur parler de son amour fou pour Undertaker, tout serait plus simple... Mais c'était impossible.
« Rien, c'est bon, souffla-t-elle.
-Mais enfin...
-Non, ça va Emma, coupa-t-elle. C'est juste que... enfin, comment dire... Je m'en veux parce que je t'en ai voulu, que je n'ai pas pu me réjouir simplement de votre bonheur. Je m'en veux pour ça et... je me sens mal vis à vis de toi.
-Mais tu n'as pas à t'en vouloir parce que j'ai pris l'homme que tu aimes. C'est normal que tu m'en veuilles, non ? demanda Emma avec l'impression de creuser sa propre tombe.
-C'est compliqué, marmonna la rousse.
-Alors explique-moi, s'il te plaît... Tu n'as pas à te sentir coupable de quoi que se soit.
-C'est bon, je te dis : on n'a pas à se prendre la tête avec ça. Tout va bien.
-Tout va bien ? répéta la brune. La preuve : tu ne me parles pas !
-Eh bien maintenant, c'est bon, on s'est expliqué, tout va bien, j'arrête de culpabiliser, je suis contente pour vous deux, point à la ligne. D'accord ?
-Tu appelles ça des explications ?
-Oui.
-Tu sais, je comprends tout à fait que tu m'en veuilles, je te l'ai dit. Tu es folle amoureuse de William depuis l'Académie et il te repousse depuis toujours, moi j'arrive et nous créons un desmos... Ce qui signifie pour toi que le desmos que tu as pour lui...
-Qui te dit que William est mon âme sœur ? s'étonna en toute franchise Grell. Que j'ai un desmos avec lui ? »
La rousse se mordit la lèvre, se rendant compte que les mots avaient dépassés sa pensée. Elle avait parlé trop vite.
Emma et Clémence restèrent bouche bée. Depuis quand Grell Sutcliff ne clamait plus haut et fort son amour pour William T. Spears ? Depuis quand ne se réclamait-elle plus être son âme sœur ? Ne se voilait-elle pas plutôt la face pour essayer de ne plus penser à ce lien indestructible ?
« Grell, enfin... souffla Clémence en sortant pour la première fois de son mutisme. C'est William... Tu as toujours été folle amoureuse de lui... Un amour aussi long, qui résiste à toutes les épreuves... pour une Shinigami... Je veux dire, c'est... C'est forcément un desmos...
-Elle a raison, approuva Emma. Tu n'as regardé que lui pendant des siècles, comment veux-tu qu'il soit autre chose que...
-William n'est pas mon âme sœur, je n'ai pas de desmos avec lui, assura Grell. Je l'ai compris il y a peu, je sais que l'amour pour son âme sœur est bien plus profond. Je... »
La rousse soupira et décida d'enrober un peu la situation pour qu'elles ne se rendent pas compte de ce qu'elle éprouvait pour le déserteur. Heureusement, elle n'avait qu'à dire la vérité en en omettant simplement une partie.
Une grosse partie.
Mais tant pis.
« Je me suis attachée à William pendant des années, des siècles, c'est vrai. Mais c'était comme à une bouée de sauvetage... Il m'a permis de me maintenir à la surface, de ne pas sombrer irrémédiablement. Il... Il était le seul, après la mort de mon parrain, qui m'acceptait et qui n'avait rien à faire du fait que je sois un homme ou une femme. Il ne me jugeait pas, même s'il n'arrivait pas à me comprendre avec son esprit trop cartésien. La seule chose qu'il n'ait jamais jugé, c'est mon travail. Ça... Ça me faisait un bien fou de me rattacher à lui.
« Je vous l'ai dit : même s'il n'en a aucune idée, et j'aimerais qu'il ne le sache jamais, c'est parce qu'il a été là que je n'ai pas refait de tentative de suicide. Et je ne suis pas bête : je sais parfaitement que je ne suis pas quelqu'un de très équilibré. À travers lui, j'arrivais à trouver une certaine stabilité, celle qui me manquait. Je me sentais moins seule et je n'avais plus l'impression d'être une moins-que-rien.
« Mais aujourd'hui, tout a changé pour moi. Je me suis fait opérer et je suis devenue une femme. Même si je ne peux toujours pas avoir d'enfants, ça m'a fait un bien énorme : j'ai enfin l'impression que mon corps et mon âme sont en adéquation. Les gens qui me regardent voient une femme, me parle comme à une femme... Et puis... Il y a vous deux. Vous êtes les seules amies que j'ai jamais eu. Je n'ai plus besoin de l'attention de William pour exister et ne pas me sentir seule. J'ai trouvé la stabilité par moi-même.
« Alors avec tout ça... Aujourd'hui, je me rends compte que non, William n'est pas mon âme sœur, que je n'ai pas de desmos avec lui. C'est simplement mon premier amour. Tu n'as pas à t'inquiéter, Emma. Je veux de toute façon passer à autre chose. William aura été très important dans ma vie, mais maintenant, j'ai besoin d'avancer et ça commence par l'oublier. Peut-être que comme ça je pourrais enfin trouver ma véritable âme sœur... »
Il y eut un long silence durant lequel Clémence se gara devant le concessionnaire Alfa Romeo. Emma finit par brise le silence, peu sûre d'elle :
« Donc... Tu ne m'en veux vraiment pas ?
-Non, certainement pas, répondit Grell avec une tentative de sourire en pensant qu'elle avait déjà trouvé son âme sœur.
-Dans ce cas... Pourquoi ne plus me parler ?
-Je te l'ai dit... Je... Je me sens coupable de t'en avoir voulu. Je... Je n'arrivais pas à te reparler, c'est tout... »
Mieux valait passer sous silence qu'elle avait voulu l'assassiner et se suicider ensuite. Emma ne le lui pardonnerait jamais.
« Ne t'en veux pas, conclut la brune. Tu n'y es pour rien. »
Les trois femmes sortirent de la voiture pour aller chercher la Giulietta. Ce serait Clémence qui la conduirait, avant que Ronald ne la ramène pour reprendre sa voiture. Après tout, Emma ne pouvait pas conduire, n'ayant toujours pas de lunettes adaptées à sa nouvelle vue de Shinigami...
Grell retrouva sa bonne humeur, contente d'avoir cette discussion avec son amie et de savoir qu'elle allait enfin avoir la voiture de ses rêves.
.oOo.
Le samedi arriva. La veille au soir, ils avaient fêté le dernier jour de travail chez Druitt et l'obtention du Code pour Grell. Ils en avaient profité pour essayer de remonter le moral de Richard. Même Éric avait été d'une humeur extrêmement joyeuse : certes, ils célébraient en partie quelque chose pour la rousse, mais surtout la fin du calvaire. Il détestait avoir dû travailler pour le vicomte, encore plus être jardinier. C'était une libération pour ce pur citadin. Ils avaient également fait de nombreux projets pour leur week-end à Londres et l'anniversaire du comte qui se profilaient bientôt.
Le seul qui avait été un peu distant était Luciano. Il ne savait visiblement pas vraiment comment réagir avec le reste de l'équipe. Celle-ci était formée depuis longtemps et il avait du mal à réellement s'y intégrer. Il était resté plutôt sur le côté et avait discuté surtout avec William. Ces deux-là, aussi perfectionnistes et amoureux de leur travail l'un que l'autre, se découvraient plusieurs points communs.
Si on exceptait la jalousie de l'Anglais qui ne supportait pas qu'Emma ait pu dire un jour qu'elle trouvait beau l'Éthiopien, ils avaient tout pour s'entendre.
Ainsi, le samedi, tout le monde décida de faire la grasse matinée, ce qui signifiait se lever à huit heures du matin pour le chef de secteur et pour le Prétorien.
Quand ce fut au tour d'Emma de se réveiller, elle trouva le lit vide. En grognant, elle se leva et rejoignit celui qu'elle aimait dans le salon et qui s'était lancé dans une passionnante discussion sur le problème du port des lunettes avec Luciano. William n'arrivait pas à comprendre que ce dernier n'en porte pas, même s'il s'escrimait à lui expliquer que cela favorisait la perception.
« Je n'en porte que pour me reposer la vue, quand je lis ou quand je suis sur un ordinateur, affirma le métis.
-Mais... C'est impossible de travailler sans lunettes ! s'offusqua l'Anglais.
-Bien sûr que si ! Et puis, ce n'est pas comme si je n'en avais pas l'habitude. Mes toutes premières lunettes ont été celles de l'Académie, pour mon internat, et je les mettais très rarement.
-Vos parents ne vous en ont pas fait faire ?! C'est complètement inconscient... Personnellement, j'ai eu les miennes, j'avais une vingtaine d'années...
-Mes parents n'étaient pas inconscients, rétorqua Luciano. Je n'ai même pas le souvenir d'avoir vu une seule fois mon père en porter : il était contre. C'est grâce à ça que je peux être aussi précis dans la perception.
-Votre père était contre ? »
Luciano baissa le regard et se mordilla la lèvre, le cœur battant d'avoir laissé échapper quelque chose sur son père, pendant que William remontait ses verres, comme par peur qu'on les lui enlève à tout jamais.
« Je ne comprends pas que l'on puisse être contre les lunettes... C'est primordial dans notre métier. Comment votre père pouvait-il travailler ? Et... Et vous d'ailleurs ! Comment faites-vous ?
-La perception.
-Ce n'est pas assez précis, nota le brun d'un ton buté. Ah ! Emma, tu es réveillée...
-Oui, répondit-elle en le rejoignant pour s'asseoir à côté de lui après lui avoir embrassé le haut du crâne. D'ailleurs, j'aurais bien aimé me réveiller à tes côtés, c'est la première fois qu'on pouvait. Tu es d'un romantisme...
-Je me suis réveillé tôt, se justifia-t-il, je ne voulais pas te déranger...
-Tu ne m'aurais pas dérangé, grogna-t-elle. Et puis... Franchement, vous ne pouviez pas rester un peu plus au lit ? Je ne sais pas, vous pouvez lire, non ? Dans le salon, y a tout le monde qui dort et vous venez y discuter...
-Nous n'avons réveillé personne, déclara Luciano en montrant Grell, le couple homosexuel et les Phantomhive.
-Oui, mais je n'aimerais pas me réveiller au milieu de personne discutant dans ma chambre comme si de rien n'était...
-Au fait, Emma, proposa William, cela te dirait d'aller au restaurant puis au Grand Théâtre voir l'Orchestre de la Monnaie dirigé par le chef Ludovic Morlot, ce soir ? Je sais que tu aimes les orchestres symphoniques, je me suis dit que cela te plairait sûrement.
-Avec qui ? demanda-t-elle, peu sûre de la réponse, mais très enthousiaste à l'idée de passer cette soirée avec son homme.
-Avec moi, voyons ! Avec qui d'autre voulais-tu y aller ?
-Oh ! Oui, bien sûr ! accepta-t-elle avec joie. Et peut-être qu'on y allait avec tout le monde, je voulais juste savoir.
-Non, seulement toi et moi.
-Tant mieux ! »
Bientôt, le reste de l'appartement se leva. Le comte était toujours aussi sombre et malheureux de sa rupture. Il n'avait pas eu l'ombre d'un sourire depuis, même s'il avait essayé de faire bonne figure la veille.
William annonça bientôt à Emma et Clémence qu'elles avaient rendez-vous le lundi à dix heures avec un ophtalmologue puis l'opticien après pour faire leurs lunettes de l'Académie.
« Mais j'en ai déjà... nota la plus jeune.
-Non, les lunettes font parties de l'uniforme et vous devrez avoir tous les mêmes.
-Cela n'a rien à voir, intervint Luciano, mais je viens d'y penser : vous n'aviez pas des recherches à faire sur un Démon ?
-Alrune ? Nous n'avons rien pu trouver sur elle, le dossier est au Prétoire et le livre qui aurait pu un peu nous renseigner est en restauration.
-J'irais au Palais de la Nuit, proposa le Garde, pour consulter le dossier et voir ce qui peut nous intéresser. »
.oOo.
Le soir, William emmena Emma dans un excellent restaurant en plein centre d'Aix-en-Provence. Elle pensait qu'elle allait prendre sa voiture, mais ce fut le chauffeur Shinigami qui vint les chercher.
« Bonsoir mademoiselle ! fit-il d'un ton enjoué en lui ouvrant la porte. Lucien Verdiet.
-Enchantée, Emma Acquaviva, répondit la brune, tout aussi enthousiaste.
-Dépêche-toi de monter, pria William en fusillant du regard son chauffeur qui avait osé être avenant envers celle qu'il aimait. Nous avons tout juste le temps d'arriver pour l'heure de la réservation... »
Heureusement, Emma n'avait pas remarqué le coup d'œil assassin du brun et s'installa à l'arrière de la voiture, bientôt rejointe par celui-ci.
« C'est drôle, nota-t-elle. On a un Luciano dans l'équipe et maintenant un Lucien !
-C'est normal, expliqua William. Ces prénoms, ainsi que leurs dérivés ou leurs féminins sont très donnés chez nous, en hommage au précédent Préfet du Prétoire qui se prénommait Lucius.
-Celui qui a été assassiné par un déserteur ?
-Oui, c'est cela.
-Il y a d'autres prénoms qui sont à la mode ?
-Virgile, Adam, Eve... Parfois, on trouve en Occident les prénoms des archanges puisque souvent ceux que les Humains ont pris pour des anges ou des archanges étaient en vérité des Kami ou des Dieux.
-J'aime bien, Eve. C'est doux. »
Bientôt, le chauffeur les laissa sur le Cours Mirabeau et ils s'empressèrent de gagner un restaurant sur une petite place prise en grande partie par une fontaine.
« OOOOH ! s'écria Emma en voyant le restaurant provençal et chaleureux dans lequel il l'emmenait. On va Chez Grand-Mère !
-En effet, sourit-il légèrement. Il paraît que tu l'aimes beaucoup...
-Et comment ! Je sais déjà ce que je vais prendre : chèvre et salade puis leur excellente côte de veau...
-Eh bien, quelle organisation... C'est très bien. Moi-même, je ne sais pas encore ce que je vais prendre. »
Emma eut un petit sourire en coin et n'osa pas lui dire qu'elle connaissait déjà la carte par cœur étant donné que c'était son restaurant préféré.
Ils prirent place l'un en face de l'autre et commencèrent à discuter. Le sujet fut bientôt sur l'Académie. Emma était très inquiète à propos de la Pratique. Elle suivait une formation encore plus accélérée que celle de Clémence et n'arrivait pas à la moitié des exercices que William lui demandait. Quand son amie l'avait vu essayer de sauter sur les arbres, elle avait bien ri à son tour.
« Et tu as dit qu'il y avait des uniformes en plus des lunettes ?
-Oui, bien entendu, confirma William. J'ai commandé le tien, il sera parfait, tu verras. Knox s'est occupé de celui de Curiel.
-Merci de t'en être occupé ainsi que de l'inscription.
-C'est normal. »
Il y eut un silence. Le brun finit pas le rompre :
« Je te sens préoccupée ces derniers temps. C'est à cause de l'Académie ?
-Non, avoua-t-elle. C'est... C'est Grell...
-Que se passe-t-il encore avec elle ? soupira-t-il.
-Ne soupire pas comme ça ! Elle est tellement attachée à toi... expliqua-t-elle tristement. Elle nous a dit qu'elle avait pris conscience qu'elle n'avait pas de desmos avec toi mais... elle t'aime depuis si longtemps que je culpabilise d'être avec toi.
-Tu n'as pas à culpabiliser. Tu es mon âme sœur et elle ne l'est pas. Elle la trouvera un jour.
-Je sais mais... je te l'ai dit, elle t'aime depuis l'Académie, tu représentes beaucoup pour elle, dit-elle sans trahir les secrets de son amie.
-Veux-tu que j'aille lui parler pour mettre les choses au clair ?
-Merci, c'est gentil, mais ce n'est pas la peine. Nous nous sommes expliquées et elle me reparle. Je ne préfère pas remuer le couteau dans la plaie.
-Fais attention à toi, Emma, conseilla William avec une inquiétude non feinte. Je sais que tu considères Sutcliff comme une amie et que tout ce qui s'est passé en 1888 est quelque chose de lointain voire de fictif dans ton esprit, mais ce fut une réalité. Elle est Jack l'Éventreur. Ne l'oublie pas. Elle a sauvagement assassiné ces Humaines parce qu'elles pouvaient avoir ce qu'elle n'avait pas. Elle n'hésitera pas à te tuer.
-J'y ai cru. J'ai vraiment pensé qu'elle voulait me tuer quand on a discuté. Mais je sais qu'elle ne le fera pas. Elle l'aurait fait depuis longtemps si c'était dans ses intentions.
-Mmh... Je préférerais tout de même que tu sois sur tes gardes. N'hésite surtout pas à m'en parler si jamais tu te sens menacée de quelques manières que se soit. »
.oOo.
Pendant ce temps, une grande discussion avait lieu dans l'appartement : Emma, en devenant une Shinigami, restait-elle nécrophobe ou pas ?
Les dieux de la Mort pensait que non. C'était impossible. Mais Clémence leur disait le contraire. Pour elle, ce n'était pas quelque chose qui pouvait se modifier, cela faisait parti du caractère d'Emma, pas de sa nature.
« Oui, mais il est de la nature même d'un Shinigami de ne pas avoir peur d'un cadavre, répondit Alan. Tu imagines sinon ?
-Peut-être, mais elle est profondément nécrophobe. On ne peut pas le changer. Elle est comme ça. Ce n'est pas parce que je me suis transformée que je n'ai plus peur des araignées.
-Mais un Shinigami peut tout à fait avoir peur des araignées, nota Ronald. Ce n'est pas comme un cadavre : c'est dans notre nature d'en voir.
-Il suffit de lui demander, fit Éric. Elle nous dira si ça lui fait toujours peur ou non.
-Non, réfléchit le métis. Elle a quelque part l'habitude d'en avoir peur. Que ça ait changé ou non pour elle, elle ne s'en rendra compte.
-Alors il faut vérifier !
-Tu as l'intention de faire quoi, Éric ? s'inquiéta Clémence en le voyant se lever.
-Je vais l'attendre et vous prouvez qu'elle n'a plus peur des morts, rit-il en sortant des glaçons du congélateur. Avec ça, même elle comprendra qu'elle n'en a plus peur... »
Il mit la glace dans un plat et y trempa ses mains afin de les refroidir et imiter la température d'un cadavre. Quand il entendrait la clef, il se les essuierait afin qu'elle ne soit pas mouiller. Emma serait guérie de sa nécrophobie.
« Mais arrête ! défendit Clémence. Tu es complètement fou ! C'est hors de question que tu fasses ça !
-Mais si, tu verras, ça va marcher !
-Si elle t'en met une, ne viens pas pleurer, parce que tu t'en reprendras une... prévint Alan. Je la soutiendrais ! »
.oOo.
Emma et William rentrèrent vers minuit. Ils eurent la surprise de voir que la lumière du couloir ne s'allumait pas et que tout l'appartement était plongeait dans le noir, sans le moindre bruit.
« Je vous jure... Que se passe-t-il encore ? Il y a quelqu'un ? »
Personne ne répondit. Râlant contre son équipe et se demandant ce qu'elle pouvait bien faire à cette heure-ci, il se dirigea à tâtons vers le salon.
« Ne fais pas trop de bruit... murmura Emma. Ils doivent dormir et y a sûrement eu une panne de courant. Je vais le remettre. »
Elle se retourna vers le compteur afin de trouver le bon fusible. À ce moment, elle sentit des mains froides contre son cou et un souffle contre son oreille. Une voix grave lui susurra à l'oreille...
« Hey... The tea smells good... »
Emma se mit à hurler à pleins poumons. Elle se débattit violemment. Ce qui l'attaquait cria de douleur.
Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle frappait ni où elle le frappait.
La chose tomba. Elle continua à donner des coups de pieds, sans faire attention aux cris de douleur. William revint en courant, sa Faux de la Mort en main, près à embrocher l'étrange poupée. Quand il allongea son élagueur, il sentit sa lame riper sur une autre et il y eut un bruit de métal s'entrechoquant.
« Arrêtez ! s'écria la voix de Luciano.
-Mais qu'est-ce que... ?
-Arrêtez, c'est juste Slingby et sa bêtise !
-Oui ! s'exclama Éric. C'est moi ! Emma, arrête s'il te plaît ! »
Interdite, la brune se recula jusqu'à sentir le bois de la porte dans son dos. Elle ne comprenait plus rien à ce qui se passait. L'électricité revint bientôt, remise par Luciano.
« Je vous jure ! Qu'est-ce qui se passe ici ?
-C'EST PAS BIENTÔT FINI TOUT CE BOUCAN ?! hurla le voisin en tapant sur le mur mitoyen.
-Désolé, lui répondit Alan, on arrête ! »
Ronald, qui avait laissé avec Clémence la chambre pour la nuit au couple qui n'en avait pas, était explosé de rire sur le pas de la porte du salon, tout comme Grell qui était au bout du couloir. Éric était à terre et en sang. Emma lui avait cassé le nez en se débattant. Alexander pestait contre le boucan et Richard regardait la scène d'un air détaché et toujours aussi sombre.
Alan paraissait dans une fureur noire et inquiet à la fois pour Éric. Il se précipita à ses côtés pour voir comment il allait et s'il ne s'était pas pris un coup de Death Scythe.
Clémence, en revanche, qui avait été réveillée en sursaut comme les autres, était en colère.
« Tu es complètement malade ! s'écria-t-elle à l'adresse de l'Anglais. Je t'avais dit de ne pas le faire !
-Mais je ne pouvais pas savoir qu'elle allait me casser le nez !
-Vous casser le nez ? s'étrangla Luciano, hors de lui. Si seulement ! Je viens de vous sauver la vie ! M. Spears allait vous tuer sans savoir que c'était vous ! »
Éric se releva avec l'aide de son mari. Mais lorsqu'il fut debout, Alan le gifla violemment à la surprise générale.
« La prochaine fois, tu m'écouteras peut-être ! s'emporta-t-il en Anglais. Je te l'avais bien dit, non ?!
-Alan, je...
-NON ! J'ai eu la peur de ma vie ! cria-t-il, toujours dans la même langue. Qu'est-ce que j'aurais fait si tu t'étais fait tuer par Mr Spears ?! Et tu te rends compte de ce que tu as fait à Emma ?!
-Désolé... marmonna-t-il dans sa langue maternelle.
-Je peux savoir ce qui se passe ? » tonna William.
Tout le monde se retourna vers lui. Il s'approcha d'Emma qui tremblait de tout son corps, incapable de bouger, recroquevillée par terre. Les images du cadavre de Jérôme resurgissaient en elle et la tétanisaient complètement. William la prit dans ses bras et elle s'y blottit par réflexe, y cherchant la sécurité. Elle enfouit son visage dans sa veste pour se rassurer.
« Alors ? insista-t-il avec colère. J'attends. »
Alan, toujours furieux, et Luciano entreprirent de lui expliquer l'idée d'Éric tandis que celui-ci nettoyait le sang de son visage. Le chef d'équipe jeta un regard assassin vers la salle de bain. Sans un mot, il souleva Emma, encore tétanisée par la peur, et l'emmena dans leur chambre, prévenant qu'il s'expliquerait avec son employé le lendemain. En attendant, il fallait qu'il calme la brune.
.oOo.
Lundi arriva. Ils se préparèrent tous pour aller en Érèbe. William et Ronald accompagnaient Emma et Clémence à leur rendez-vous médical. Grell était la seule à ne pas s'y rendre, ayant son rendez-vous hebdomadaire chez le psychologue. Comme chaque fois qu'elle devait y aller, elle poursuivit William en lui répétant sans cesse qu'elle n'en avait pas besoin et qu'elle voulait savoir quand est-ce qu'elle allait arrêter, jusqu'à ce qu'il la mette à la porte en la menaçant de la faire assigner à résidence si elle n'y allait pas immédiatement. Il n'aurait qu'à dire qu'elle était incapable de se contrôler et trop dangereuse pour rester libre, ce qui n'aurait aucun mal à passer auprès d'un juge.
Éric, qui avait écopé d'une montagne d'heures supplémentaires monstrueuses après sa petite blague, ne pourrait même pas accompagner Alan à sa visite médicale et devrait garder les Phantomhive à la B.I.S. Ils avaient exceptionnellement reçu l'autorisation d'emmener des Humains en Érèbe tant qu'ils ne passaient pas le seuil de la bibliothèque et ne partaient pas se balader n'importe où dans l'antichambre de la Mort.
Quant à Luciano, il allait en profiter pour fouiller dans les archives du Prétoire pour consulter le dossier Alrune P-AAA-905(AUC)-16.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le hall des Portes, dans la B.I.S, ceux qui ne l'avaient jamais vu ne surent plus où donner de la tête. Emma avait terriblement envie de suivre Éric et les Phantomhive vers l'intérieur, mais William ne lui laissa pas le choix et la tira vers la sortie. Alexander ne dit rien mais fut véritablement impressionné par l'endroit et son gigantisme. Richard, dont l'esprit scientifique avait repris le dessus, cherchait à comprendre comment de simples portes pouvaient mener vers un autre monde et élaborait de nombreuses théories tout à posant sans cesse des questions à Éric. Celui-ci, qui était son guide, avait beau lui dire qu'il n'en savait rien et ce que c'était de la simple magie divine, le comte en demandait toujours plus.
Luciano quitta le petit groupe sur le parvis de la bibliothèque, prenant un cheval Mallet pour rejoindre le Palais de la Nuit.
Alan était déjà en scelle et regarda Ronald aider Clémence à monter derrière lui, pendant qu'Emma observait les équidés aux yeux jaunes et phosphorescents. Avec un grand sourire rieur, elle se tourna vers William :
« Ils ont des yeux radioactifs pour éclairer comme ça ? Ça doit être pratique dans la nuit ! Des chevaux avec des phares intégrés ! »
Son amie, le blond et Alan éclatèrent de rire. William soupira un vraiment ! puis lui expliqua ce qu'étaient les chevaux Mallets. Il lui demanda ensuite si elle savait tenir à cheval. Elle lui répondit que non, bien qu'elle le sache très bien, afin de pouvoir passer un peu de temps contre lui, à l'instar de Clémence avec Ronald. William tomba dans le piège, malgré le sourire entendu d'Alan à Emma, et tendit galamment la main à la jeune femme pour qu'elle s'installe derrière lui.
Ils prirent alors la direction opposée au Palais de la Nuit et se dirigèrent vers la Grande Ville.
Emma rêvait déjà au shopping qu'elle pourrait y faire mais Clémence la fit vite déchanter : elle y était déjà allée avec Ronald, ainsi que le père et le cousin de ce dernier, et il n'y avait pas le moindre magasin, à part pour des uniformes du monde entier. On y trouvait que des épiceries, des poissonneries, des boucheries... Il y avait aussi quelques restaurants et hôtels.
Ils arrivèrent bientôt à une immense place au centre de laquelle une belle fontaine se trouvait. Il s'agissait bien plus d'un vaste forum entouré d'un péristyle sous lequel se pressaient restaurants et hôtels sur les face Est et Ouest. La Ville était organisée comme une cité romaine, en suivant l'axe du cardo et du decumanus. La partie Nord était occupée par un superbe bâtiment, dans lequel une longue arche faisant face à la voie venant du sud avait été aménagée, pour pouvoir quitter le forum par le cardo. L'architecture, typiquement romaine, était magnifique. Le rouge des tuiles et les couleurs vives décorant le tympan et les feuilles d'acanthe des colonnes contrastaient avec le blanc des murs. Une inscription en cuivre était encastrée à la place de la frise et indiquait en Latin Quinta Ministeria. Les Cinq Ministères.
Du côté Sud, le cardo s'éloignait de la place par une porte monumentale encadrait par deux bâtiments parfaitement symétriques qui reprenait exactement l'architecture romaine eux aussi. Sur l'un d'eux, il était écrit Occhiali. Sur l'autre, Fabricae, la forge d'où venait chaque Faux de la Mort.
« Occhiali ? lut Clémence en voyant qu'ils se dirigeaient vers là. Ce n'est pas du Latin, ça veut dire quoi ?
-Lunettes en Italien, sourit Ronald. C'est là où Père travaille. Seulement, lorsque les lunettes ont été inventé, il n'y avait pas de mot en Latin, d'où le fait que le fronton a été écrit en Italien.
-Cette place est superbe ! commenta Emma. On se croirait vraiment sur un forum romain !
-C'est le cas, confirma William. Nous sommes dans la vieille ville, en plein centre et rien n'a changé depuis l'Antiquité.
-Le bâtiment des lunettes servaient à quoi avant, alors ? interrogea Clémence.
-Je crois que c'était les archives ministérielles. Maintenant, elles sont à la B.I.S, expliqua le brun.
-J'ai hâte de voir l'intérieur ! s'exclama Emma.
-Je vais vous laisser, je continue vers l'hôpital. À tout à l'heure ! » les salua Alan avant de continuer.
Le vœux d'Emma fut bientôt exaucé. Les deux femmes n'arrivaient plus à savoir où donner de la tête pour voir tous les détails de l'architecture romaine. Leurs hommes durent les traîner de force vers l'ophtalmologue qui allait les ausculter. William ne comprenait pas pourquoi elles ne se dépêchaient pas. Après tout, il avait toujours adoré aller voir ce docteur et l'opticien ! Ces premières lunettes avaient été une telle joie...
Quand il pensait que Luciano n'en portait qu'occasionnellement...
Bientôt, ils arrivèrent devant la porte d'un cabinet sur laquelle était affiché le nom du médecin qui allait les recevoir.
Le Dr. Fouet.
Emma, Clémence et Ronald éclatèrent de rire.
« Je vous jure ! lança William, exaspéré.
-Il est SM, rit Clémence. Si on porte pas nos lunettes, il va nous punir ! »
Ils entrèrent et une secrétaire médicale les fit patienter un instant, le temps que l'ophtalmologue les reçoivent. Ce furent Emma et William qui rencontrèrent le Dr. Fouet en premier.
Quand il eut fini de faire passer tous les tests visuels à la brune, il s'exclama :
« Mais vous avez une excellente vue !
-Vous appelez ça une excellente vue ?! Je ne vois pas à deux mètres !
-Non, en effet, votre vue porte à un mètre. Mais je n'ai jamais vu cela chez un Shinigami ! C'est impressionnant !
-Est-ce que la vue peut s'améliorer ou se détériorer ?
-Oui, votre myopie pourra bouger, mais pas de beaucoup. Ne vous attendez pas à ce qu'elle s'améliore beaucoup par exemple. Chez les Humains, c'est surtout dû au fait que leur presbytie compense la myopie. Mais chez les Shinigami, c'est complètement impossible.
-D'accord, merci beaucoup ! »
Clémence passa ensuite. Sa myopie en tant qu'Humaine était déjà telle que sa vue n'avait absolument pas bougé lors de sa transformation.
« Pourquoi les Shinigami n'y voient rien ? demanda-t-elle.
-C'est tout simple, expliqua-t-il. Nos pupilles sont faites avant tout pour voir les Lanternes cinématiques. Elles sont faites pour voir ce qu'aucune autre ne peut voir. De ce fait, nous ne pouvons pas voir clairement le reste. Il s'agit d'un œil divin. Seuls les Dieux Orcus et Vanth peuvent bénéficier d'une pupille absolument parfaite qui leur permette de voir parfaitement le visible et l'invisible. Vous comprenez ?
-Oui. C'est logique, en fait. »
.oOo.
Ils retrouvèrent bientôt Alan à l'hôpital où les deux déesses de la Mort allaient devoir passer des examens médicaux afin de savoir si tout allait bien après leur transformation.
Le Shinigami atteint des épines de la Mort était scotché à son téléphone à expliquer en détail à Éric que les médicaments expérimentaux étaient très efficaces et avaient arrêté complètement l'avancée de la maladie. Il n'était certainement pas guéri et ne devait pas faire d'efforts superflus au risque de faire une nouvelle crise et d'en mourir, mais pour le moment, les épines ne progresseraient pas d'elles-mêmes.
C'était la première fois qu'Éric ne l'accompagnait pas à une visite médicale et il ne supportait pas d'avoir dû attendre pour en savoir plus.
Pendant qu'Alan lui racontait toute la visite en long, en large et en travers, Clémence et Ronald virent le médecin en premier. Il commença par lui demander si elle avait noté des changements au niveau de sa santé, outre le fait qu'elle soit devenue immortelle.
« Mes règles sont complètement déréglée, réfléchit-elle. Je peux ne pas les avoir pendant longtemps puis les avoir deux fois d'affilées à quelques jours d'intervalles...
-C'est tout à fait normal, rassura le docteur en notant quelques mots dans son carnet. C'est ce qui arrive à toutes les Humaines qui se transforment.
-Vous en avez vu beaucoup ? s'étonna Ronald.
-Je me suis renseigné avant que vous veniez et mes anciens collègues qui ont eu la chance d'en rencontrer l'ont tous notés. Il faut un temps d'adaptation assez long pour que le corps s'habitue et, comme les cycles hormonaux shinigami et humains ne durent pas du tout le même temps, il va falloir qu'il fasse le basculement. Pour l'instant, c'est impossible de savoir vers quoi votre corps va tendre, mais soit vous allez reprendre vos menstruations humaines, soit vous aurez celles shinigami. Dans le premier cas, vous devez savoir qu'un jour où l'autre, vous serez ménopausée. Cela ne sera se fera sûrement pas aussi rapidement que pour une humaine Humaine, mais vous devez le savoir si vous voulez avoir des enfants.
-Ce n'est pas grave, nous n'en voulons pas, assura Ronald à la place de Clémence.
-Ah non ! Toi tu n'en veux pas ! rétorqua-t-elle. Mais moi si ! Ne réponds pas pour moi, s'il te plaît ! Pour l'instant, je ne me vois pas avec un enfant, certainement pas tant que je n'ai pas fini mes études et que je n'ai pas un travail, mais après, je sais que j'en voudrais absolument.
-Oui, ben on verra, je n'en veux pas. Tu n'arriveras pas à me convaincre.
-On a le temps de toute façon, d'ici là.
-Si je puis me permettre, intervint le docteur, vous ne prenez pas la pilule ?
-Non, on utilise des préservatifs, répondit Clémence en rougissant légèrement.
-Bien, je vais vous en prescrire une, ça vous aidera à réguler vos cycles. Il faudra que vous la preniez exactement comme je vous l'expliquerais, parce que je vais vous faire faire une transition entre vos cycles humains et Shinigami s'ils se font. Ensuite, en tant qu'Humaine, votre santé était comment ?
-Fragile, je dirais. Je tombais très souvent malade.
-Des allergies ?
-Énormément ! confirma-t-elle. Aux cèpes, à certains cosmétiques, à pas mal de médicaments... Et une dont on ne sait rien, on a jamais su à quoi elle était dû, mais parfois, j'ai un œil qui gonfle.
-Bien, je vais vous faire une prise de sang et on saura si vous les avez gardées ou non.
-Oh, je ne pense pas ! En étant Shinigami, je ne devrais plus en avoir...
-Détrompez-vous. D'après ce que j'ai pu lire des gens qui ont vécu la même chose que vous, autant les hommes que les femmes gardaient certaines caractéristiques humaines. Il n'y a pas de règles, ça peut être n'importe quoi. Il vaut mieux savoir ce que c'est et vous pourrez mieux aborder votre nouvelle vie.
-Et... au niveau de mes nouvelles capacités... Je suppose qu'en étant transformée, je ne peux pas être très puissante, mais est-ce que j'aurais toutes celles d'une Shinigami normale ?
-Oui, ne vous inquiétez pas pour ça ! rassura le médecin. Et vous devez savoir quant à votre puissance, qu'elle est exactement l'égal de celle de votre âme sœur. Si M. Knox est puissant, vous le serez.
-D'accord.
-D'autres questions ?
-Non, je ne crois pas.
-Bien dans ce cas, je vais vous faire une prise de sang. Je vous rappellerais dès que j'aurais les résultats pour vous dire ce qu'il en est.
-Merci beaucoup docteur !
-Par contre, je vais avoir besoin de vous prendre beaucoup de sang. Nous allons en profiter pour voir votre temps de régénération sanguine. Si vous avez celui des Shinigami, vous vous remettrez vite. »
.oOo.
Emma et William virent sortir Clémence et Ronald au bout d'un long moment. La jeune femme paraissait pâle et fatiguée. Elle se contenta de dire à son amie qu'elle saurait bien vite de quoi il s'agissait.
William et Emma s'installèrent en face du médecin qui lui reposa la même question : avait-elle remarqué des changements au niveau de sa santé ?
« Je ne sais pas, je ne me suis transformée que depuis une semaine... avoua-t-elle.
-Bien... Alors tout d'abord, vous devez savoir que vos règles vont être anarchiques pendant quelques temps. D'autant qu'il n'est pas exclu que vos cycles changent pour se caler sur les cycles des femmes shinigami qui sont beaucoup plus longs.
-D'accord, de toute façon, j'ai des problèmes hormonaux et elles ont souvent été irrégulières. Si mes cycles changent, avoir des enfants sera-t-il plus compliqué ?
-Cela risque d'être pire. De toute façon, je vais vous faire une prise de sang, comme à votre amie, et nous ferons tous les examens nécessaires. Si vos cycles changent et s'allongent, vos périodes d'ovulation seront aussi plus espacées. Les occasions de tomber enceinte seront en effet moins fréquentes. Quant à votre fertilité, je ne peux pas vraiment vous renseigner tant que vous n'avez pas tenté de tomber enceinte, mais les Shinigami sont bien moins fertiles que les Humaines et avoir un bébé peut être très compliqué et très dangereux. Essayez-vous en ce moment d'avoir un enfant ?
-Non, pas pour le moment, nous ne sommes pas ensemble depuis assez longtemps pour y avoir réfléchi. Je sais que je veux absolument devenir mère un jour, mais la question ne s'est pas encore posée. La prise de sang est-elle nécessaire ? s'inquiéta la brune.
-Oui, bien sûr ! Pourquoi ?
-Je... J'ai peur des piqûre... marmonna-t-elle.
-En plus des cadavres, tu as peur des piqûres ? s'étonna William.
-Euh... Oui, avoua-t-elle à mi-voix. Je me suis faite opérée étant petite et l'infirmière a raté trois fois ma perfusion, j'ai eu le poignet tout bleu pendant des jours alors que d'ordinaire, je ne marque jamais. J'ai aussi peur de tout ce qui se trouvent dans l'eau, ou qui flottent, comme les bouées et les bouées sifflantes que l'on trouve en mer, depuis que mon grand-père m'a jetée dans la piscine quand j'avais deux ans pour m'apprendre à nager et que j'ai vu la bonde une fois au fond de l'eau. J'ai aussi peur des souris, des rats... Des serpents aussi... Et du vide !
-Comment peut-on avoir peur d'autant de chose à la fois ? soupira le brun. Ce ne sont que des choses totalement inoffensives...
-C'est comme ça, je n'y peux rien...
-Pour les piqûres, sourit le médecin, je ferais attention. En attendant, n'hésitez pas à me consulter si vous rencontrez à l'avenir des problèmes pour concevoir, répondit le médecin en regardant le couple.
-Bien docteur, répondit William.
-D'accord...
-Et ne vous en faites pas pour la prise de sang Mademoiselle, c'est simplement pour voir ce que vous avez gardé comme caractéristiques humaines. Tout se passera bien, sourit-il. Vous verrez. Sinon, avez-vous remarqué de vous-mêmes des caractéristiques humaines que vous auriez gardées ?
-Je suis sensible aux changements de températures contrairement à Clémence. C'est normal ?
-Oui, c'est différent d'une personne à l'autre.
-Sinon, j'ai de problèmes au niveau des globules rouges qui sont trop petits et à cause de ça, j'ai un manque de fer. Du coup, je suis facilement fatiguée. Cette semaine, je l'ai été...
-Nous le vérifierons aussi, répondit le docteur en notant quelques mots dans son carnet. Il est aussi possible que votre fatigue soit due à la transformation. Vous aviez d'autres problèmes en tant qu'Humaine ?
-Oui... J'ai la peau très sensible au Soleil.
-Vous avez eu un coup de soleil depuis ?
-Je me protège toujours, alors non.
-Je vais vous mettre sous une lampe UV, nous saurons vite.
-Euh... Toute entière ? Je ne veux pas brûler complètement...
-Non, un bras seulement, ça suffira. Je vous ferais la prise de sang de l'autre côté en même temps. J'en profiterais également pour vous prescrire une pilule qui vous permettra de réguler vos cycles et de faciliter leur transition. »
.oOo.
Pendant ce temps, Alan avait rejoint Clémence et Ronald qui patientaient à leur tour. Ils lui demandèrent des nouvelles et il leur répéta ce qu'il avait déjà dit à Éric.
« On rentre après ? demanda-t-il.
-Nous non, sourit mystérieusement Ronald.
-Comment ça ? s'étonna Clémence. On ne rentre pas ?
-Non, j'ai une surprise pour toi. Ça va te plaire.
-J'ai hâte ! s'exclama-t-elle.
-Si tu veux venir, Alan, invita l'Écossais, tu peux. Emma et William aussi.
-Eh bien oui ! Pourquoi pas ! Après ce qu'à fait Éric à Emma, il pourra bien m'attendre... »
Et voilà ! J'espère que ça vous aura plu ! ^^
Prochain chapitre : "Boules de poil et cheminée".
Au programme : des pigeons, des recherches aux archives de la Garde et un cadeau !
A bientôt !
