Salut tout le monde !

Voici un nouveau chapitre dont le titre est tiré du deuxième James Bond, avec Sean Connery, From Russia with love, soit Bon baisers de Russie. Ce chapitre se situant à Londres étant empli d'amour et de bisounours (comme d'hab' quoi ! XD ), j'ai gardé le titre en Anglais. ^^
Bref ! Je vous joints un nouveau fanart réalisé cette fois par ma bêta-lectrice, Momo0302.

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Bonne lecture !


CHAPITRE XLVIII : FROM LONDON WITH LOVE

Le samedi matin, tous se levèrent tôt, le sourire aux lèvres. Ils allaient passer un week-end à Londres pour fêter l'anniversaire de Richard et prendre deux jours de vacances avant l'Académie, pendant que les déménageurs emportaient tous leurs cartons.

« Joyeux anniversaire Richard ! chantonna Clémence.

-Merci, répondit-il d'un air sombre.

-Qu'est-ce qu'il t'arrive ? s'étonna Éric en le voyant aussi déprimé. Tu n'es pas content qu'on t'emmène à Londres pour ton anniversaire ?

-Si si... Mais... Je... Enfin, je... J'aurais voulu que... que Céline soit là... »

Le blond détourna les yeux pour cacher ses larmes. Éric lui serra l'épaule en guise de réconfort.

« Allez ! Essaye de ne plus penser à elle ! Peut-être que tu rencontreras quelqu'un à Londres...

-Je rencontrerais jamais plus personne.

-Mais si ! Profite du week-end, ça te fera du bien, tu verras ! »

Le comte haussa vaguement les épaules puis déjeuna avec les autres, malgré le peu d'appétit qu'il avait.

« Au fait, déclara William en se tournant vers Emma, je vais profiter de notre voyage à Londres pour te présenter à mes parents. Nous mangeons et dormons chez eux ce soir. »

Emma pâlit aussitôt en entendant ces mots.

« Tu... Enfin... C'est... Je... Tu ne crois pas que... que c'est un peu tôt ?

-Pourquoi donc ? Je connais déjà tes parents et tu es mon âme sœur. Il n'y a aucune raison de te cacher : nous allons passer l'éternité ensemble.

-Oui mais... je n'ai pas pu me préparer psychologiquement... Et ce n'est pas pareil avec mes parents, nous n'étions pas ensemble.

-Eux ne le savaient pas.

-Peut-être, mais quoi qu'il se serait passé, ça ne m'aurait pas gênée...

-De toute façon, il faudra bien que tu les rencontres un jour où l'autre. »

Emma finit rapidement de déjeuner puis fila revoir ce qu'elle avait mis dans sa valise afin d'y mettre quelque chose d'approprier pour une rencontre avec les Spears. Elle eut la surprise de voir Alan la rejoindre.

« Qu'est-ce qui se passe ? demanda-t-elle.

-Je ne sais pas si tu es au courant, mais tu as tout intérêt à prendre les affaires les plus classes que tu possèdes...

-Sous-entendu, je ressemble à une souillon ? fit-elle mi-stressée mi-amusée.

-Absolument pas, mais tu n'as pas l'air de savoir qui sont les parents de Mr. Spears...

-Ah ?

-Ce soir, tu as rendez-vous avec Lord Spears, le Secrétaire d'État de Grande-Bretagne... »

Emma dut s'asseoir, plus stressée que jamais. William ne lui avait dit jamais que son père était l'un des plus hauts dignitaires Shinigami. Encore moins le plus important d'Angleterre. Il ne lui avait tout simplement jamais parlé de sa famille.

« Et... Et il y a d'autres choses que je devrais savoir sur les Spears ?

-Allez, calme-toi, sourit Alan en s'asseyant à ses côtés pour la réconforter. Je suis certain que ça se passera bien. Sinon, puisque tu me le demandes, j'espère que tu aimes les pigeons... C'est l'emblème de leur famille et ils en ont tous un comme Kami.

-Mais... Mais ma Gessie alors ? s'inquiéta-t-elle en prenant aussitôt sa chienne sur ses genoux. Ils ne vont pas la vouloir ? C'est pour ça que William n'était pas pour que je la prenne ?

-Non, je ne pense pas. Il n'y a aucune raison pour qu'ils la refoulent ! C'est juste qu'ils aiment les pigeons et que les pigeons les aiment... »

Gessie couina joyeusement et se mit sur ses pattes arrières, celles de l'avant sur la poitrine d'Emma. Elle lui léchouilla le cou en remuant la queue avec bonheur. Elle semblait lui dire qu'il n'y aurait aucun problème avec les Spears et qu'elle saurait les conquérir.

« Tu vois ? Même ta chienne est d'accord avec moi !

-Wif ! Wif ! »

Alan rigola et caressa la tête de la Kami qui lui lécha amicalement la main. Juliet réclama alors elle aussi une attention de la part de son maître.

.oOo.

Il était midi sur Hyde Park à Londres. Ils s'étaient tous installés dans l'herbe, la plupart d'entre eux au soleil, les Phantomhive, Emma et Grell à l'ombre. Non que la Shinigami, malgré sa peau opaline, craignait le soleil, mais elle détestait les tâches de rousseur qu'il lui faisait et elle était obligée de se métamorphoser tout le temps ensuite.

Ils déjeunèrent en discutant de la Tour de Londres, qu'ils avaient visité dans la matinée. Alexander ne put s'empêcher de raconter comment un de ses ancêtres, appelé aussi Alexander et qui était l'arrière-grand-père de Ciel, avait retrouvé le diamant Koh-i-Nor, alors qu'il avait été volé le 21 mars 1850 alors qu'il devait être présenté à la reine Victoria le 3 juillet à l'occasion des deux cents cinquante ans de la Compagnie anglaise des Indes Orientales. Il vanta les mérites de son ancêtre qui avait fait un fabuleux travail de chien de garde de la reine et avait travaillé dans l'ombre la plus totale, sans que personne ne sache qu'un joyau de la couronne avait été dérobé. Son enquête, longue et dangereuse, l'avait mené dans les tréfonds de l'Angleterre et il avait risqué sa vie pour la reine.

« Tu sais que ce n'est qu'une légende qui court dans la famille ? soupira Richard qui en avait assez de l'entendre déblatérer de la sorte.

-Tch... Bien sûr que non. Personne n'est au courant, car il ne fallait pas que cela se sache, mais cela ne veut pas dire que ce n'est pas la vérité... »

Richard leva les yeux au ciel : il n'avait pas envie de se prendre la tête avec son frère pour son anniversaire.

Lorsqu'ils eurent finirent de manger, ils chantèrent un joyeux Happy birthday to you à Richard. Seul Luciano n'y mit pas autant de cœur, mais il n'avait pas beaucoup parlé depuis leur départ, hormis pour dire à William qu'il n'aimait pas vraiment Londres quand le chef de secteur lui avait demandé si tout allait bien.

Le plus jeune Phantomhive tint absolument à donner en premier son cadeau et tendit un petit écrin à son frère. Il s'agissait de boutons de manchettes très classes, en platine et ornés d'un saphir chacun.

« Ainsi, ils seront assortis à ta chevalière, expliqua-t-il.

-Merci beaucoup Alex !

-Alexander, mais je t'en prie Richard !

-Tsss... Même pour mon anniversaire, tu ne peux pas t'empêcher de m'embêter avec ton prénom...

-Mais je m'appelle Alexander, pas Alex !

-Oui, ça va, on a compris...

-Bon ! intervint Emma. Voici notre cadeau ! On s'est tous cotisés pour te l'offrir, à part ton frère qui voulait faire bande à part.

-Je n'allais tout de même pas vous donner de l'argent...

-Merci ! » répondit le comte sans faire attention à son frère.

Il prit l'enveloppe que lui tendait la brune, intrigué. En l'ouvrant, il tomba sur la photographie d'un télescope sur le balcon de l'appartement. Il poussa un cri de surprise et de joie.

« Merci ! Merci, merci ! Vous l'avez laissé à l'appartement, je suppose ?

-Oui, rit Éric. Nous n'allions pas le transporté ici, ça n'aurait été ni pratique, ni discret !

-C'est Emma qui en a eu l'idée, expliqua Clémence. On a tous été aussitôt d'accord !

-Merci beaucoup en tout cas ! »

Il s'arrêta un instant, avant de penser à quelque chose :

« Comment va-t-on faire ? Je veux dire... On déménage cette semaine et... Enfin, il est prévu qu'Alex et moi...

-Alexander !

-Qu'Alex et moi, reprit le comte, on va tourner entre les uns et les autres, on ne sera jamais chez les mêmes personnes... Comment je vais faire avec mon télescope ? Est-ce que je... »

Il hésita, mais le désir de rester avec son instrument optique dans les meilleures conditions possibles était plus fort que tout :

« Est-ce que je pourrais l'installer dans l'appartement qui sera le mieux exposé pour observer le ciel ? Et est-ce que je pourrais y rester ?

-Pourquoi ? Vous pourrez observer les étoiles autant que vous voudrez quand vous serez dans cet appartement, comte...

-Mais pour observer les phénomènes cosmiques, il faut bien les regarder tous les soirs sans interruption ! Pour bien voir leur évolution... Sinon, c'est inutile !

-Nous verrons, soupira William, nous verrons. »

Quand ils eurent tous finis de manger que le gâteau d'anniversaire, Grell demanda, toute excitée, s'ils pouvaient enfin aller faire les boutiques. Ils avaient en effet prévu de faire du shopping cette après-midi là, et elle voulait absolument faire découvrir à ses amies ses boutiques préférées.

.oOo.

Alors que les bras des trois femmes débordaient de sac de shopping et qu'elles en avaient confié autant aux hommes, Emma s'arrêta devant une nouvelle boutique, intriguée.

« Qu'est-ce qui t'arrive ? lui demanda Grell.

-T'as vu ? C'est un tatoueur.

-Et alors ?

-J'ai toujours rêvé d'avoir un petit tatouage. Ça fait très longtemps que j'y pense...

-Hu hu hu ! Maintenant que tu en parles, j'ai toujours trouvé qu'une rose rouge sur la cheville, c'était beau et sexyyyyyy ! gloussa-t-elle. Allez ! On se le fait ! Cette boutique est très réputée en plus ! Autant pour ses dessins que pour son hygiène ! »

Elle attrapa le bras de son amie et l'entraîna dans la boutique.

« Hey ! interpella William. Où allez-vous ? »

Déjà chez le tatoueur, les deux femmes ne l'entendirent pas. Inquiet, il les suivit, tout comme les autres hommes et Clémence.

« Qu'avez-vous l'intention de faire ?

-Un tatouage ! chantonna la rousse.

-Emma, tu ne vas...

-Tut tut tut ! coupa Grell. Toi, tu sors et tu nous laisses faire ! Fais un peu confiance à Emma.

-Ne t'inquiète pas, rit la brune. Je vais me faire quelque chose de discret ! Juste tout le bras et ça remontera jusque derrière l'oreille ainsi que toute la jambe... Je vais sûrement en profiter aussi pour un ou deux piercings : toute l'arcade sourcilière, la langue, les oreilles, le nez... Et un écarteur de narine aussi, qu'est-ce que tu en dit Will ? Tes parents devraient adorer, non ? Tu aurais une photo de toi s'il te plaît ? J'aimerais me faire tatouer ton portrait dans tout le dos... »

William était devenu pâle comme un cadavre et ne savait visiblement plus quoi dire, horrifié.

« Ah non ! se souvint-elle tout à coup. J'en ai une dans mon portable, celle avec le homard bleu, tu sais ? Maintenant que je ne vais pas devenir toute vieille et toute fripée, je peux me le permettre...

-M... Mais... Vraiment... Emma... Tu... Enfin... Je vous jure... Tu ne vas pas...

-Mais ne t'inquiète pas, pouffa-t-elle en le voyant ainsi. Ça te plaira.

-Je doute que cela me plaise ! répliqua-t-il en retrouvant l'usage de la parole.

-Fais-moi confiance... » sourit-elle en l'obligeant à se baisser et en se mettant sur la pointe des pieds pour l'embrasser du bout des lèvres.

Il remonta nerveusement ses lunettes, alors que Grell le mettait à la porte du tatoueur. Pendant ce temps, Ronald essayait de convaincre Clémence de se faire un tatouage dans le creux des reins. Il insistait tant que cette dernière finit par s'énerver en lui disant qu'elle n'en voulait pas, que c'était son corps et qu'elle faisait ce qu'elle voulait. Que si ça ne lui plaisait pas, c'était pareil. Il insista un peu plus, disant qu'il trouvait ça très sexy.

« J'te jure ! s'emporta Clémence devant son entêtement. Tu donnerais mal à la tête à un doliprane ! Non, c'est non ! »

L'Écossais fit alors un repli stratégique vers l'extérieur, la jeune femme restant avec ses amies. Éric embrassa son époux sur le front et lui dit de faire un tour avec les autres.

« Tu en veux aussi ou quoi ? s'amusa Alan.

-Surprise ! »

Son mari se mit à rire et l'embrassa tendrement avant de sortir. Éric rejoignit Emma qui regardait le book de chaque tatoueur pour choisir celui qui le lui ferait. Elle tenait absolument à être sûre de ce qu'on allait lui faire et avait elle-même vérifier l'hygiène. Après tout, Grell était une Shinigami et n'avait jamais eu à se soucier des infections... Tout lui avait paru bien sur ce point-là.

Le blond se pencha par dessus son épaule et regarda avec elle, pour choisir son tatoueur. Pendant ce temps, Grell avait pris le premier qui passait et lui expliquait en détail ce qu'elle voulait. Une ronce de rosier partant d'au-dessus de la cheville et descendant sur le haut du pied. Une belle rose écarlate sur le bout supérieur et des plus petites en dessous, jusqu'à un petit bouton.

« Je savais pas que tu voulais un tatouage, nota Éric en regardant Emma.

-Si, confirma-t-elle dans un sourire. Comme je l'ai dit à Grell, ça fait longtemps que j'y pense. J'en voudrais un sur le poignet, un brin de muguet avec une petite coccinelle et Il était une fois écrit contre la tige.

-Ça va être mignon.

-Oui, c'est sûr, approuva Clémence. Ça sera joli.

-Et toi, taquina l'Anglais, toujours pas décidée pour ton Ronnie ?

-Oh, ça va, hein... Et toi, tu veux quoi ?

-La Mort n'arrête pas l'Amour, sourit-il. Mais en Japonais, avec des kanji sur l'omoplate droite. Et sur l'épaule, je voudrais des branches de cerisiers en fleur, travaillées comme sur les vieilles estampes. C'est pour Alan, vu qu'il est Japonais... Depuis qu'il est malade et qu'on est ensemble, je pense à faire quelque chose de ce genre, mais je n'ai jamais franchi le cap. Tenez ! Regardez ! Ce tatoueur fait de très beaux lettrages pour les kanji, je trouve...

-Oui, je confirme ! affirma Clémence.

-C'est vrai ! Et même pour l'alphabet latin, c'est très beau. Je vais lui demander de faire ma phrase.

-Ok ! Je vais demander au gérant. Tu ne parles pas anglais, non ? demanda le blond.

-Comme une vache espagnole, grogna la brune sous le regard goguenard de Clémence.

-Je vais m'en occuper alors ! rit Éric.

-Merci. »

Le blond s'approcha du gérant qui lui sourit et lui expliqua en Anglais ce qu'il voulait et quel tatoueur il avait choisi.

Emma se tourna vers Clémence pour qu'elle lui traduise ce qui se disait. Quand le gérant avait répondu à Éric, ce dernier s'était énervé et il pestait désormais tout ce qu'il pouvait. La jeune femme se mit à rire puis se tourna vers son amie pour lui expliquer :

« Grell a pris le premier qui lui passait sous la main et c'est celui qu'Éric voulait... Alors tu le connais, il s'énerve contre elle.

-C'est pas vrai, celle-là alors ! râla le blond en revenant vers les deux femmes. Elle peut pas s'empêcher de faire n'importe quoi ! Elle pouvait pas vérifier avant de choisir un tatoueur ?! Non mais sérieux ! Elle a rien dans le crâne cette chieuse !

-Allez, tenta de l'apaiser Emma, tu peux te faire faire les branches de cerisiers en attendant. Je vais demander pour le muguet.

-Je m'en charge, sourit Clémence. Viens.

-Je peux le faire aussi, grogna Éric.

-Tu es tellement en colère contre Grell que tu boufferais le premier tatoueur qui passerait à ta portée, rit Clémence.

-Pff... N'importe quoi ! »

.oOo.

Clémence avait passé un peu de temps avec chacun de ses amis. Désormais, ils avaient tous finis, et attendaient les autres devant la boutique. Grell et Éric s'étaient violemment disputés et refusaient maintenant de se parler, ce qui n'était pas plus mal pour Emma et Clémence. La brune admirait d'ailleurs son tout nouveau tatouage et admirait ses pouvoirs de shinigami. Elle avait déjà cicatrisé.

« Et ça ne t'a pas fait trop mal ? demanda son amie.

-Bah si, ça ne fait pas du bien, mais bon... Faut souffrir pour être belle ! plaisanta-t-elle.

-Rien que pour ça, je ne m'en ferais jamais, n'en déplaise à Ronald... »

Emma se mit à rire.

C'est alors que Grell remarqua le reste du groupe qui arrivait. Bientôt, l'Écossais tendit un paquet cadeau à Clémence pour se faire pardonner de son insistance. Intriguée, elle l'ouvrit pour trouver deux rouges à lèvres de MAC Cosmetics. Le So Chaud qui lui fait lever les yeux au ciel devant le nom et le Dubonnet. Elle se retint de grimacer en voyant la couleur orange du premier et n'osa pas lui dire qu'elle ne l'aimait absolument pas. Déjà qu'elle détestait les simples rouges ou roses orangés sur les lèvres, des couleurs qu'Emma portait souvent... En revanche, elle adora aussitôt le deuxième, un rouge foncé tirant sur le marron. Typiquement rétro. Elle s'extasia dessus et le fit voir à Grell, mais celle-ci déclara que, même s'il était sympa, elle préférait largement porter un bel écarlate sur les lèvres.

William, de son côté, inspectait Emma pour voir tous les tatouages qu'elle avait fait et fut rassuré de voir qu'elle n'en avait qu'un discret sous le poignet. Il lui fit cependant tout un speech à propos des dessins corporels : elle ne pourrait pas métamorphoser cette partie du corps qui resterait à jamais tatouée, au contraire des cicatrices qui pouvaient être modifiées. Il commença à lui expliquer pourquoi, de manière très scientifique, sous le regard passionné de Richard.

« J'aurais voulu te dire tout ça avant que Sutcliff me mette à la porte, tout à l'heure... expliqua-t-il. Pour que tu sois bien au courant, vois-tu...

-Mais... Il te plaît au moins ? demanda-t-elle, un peu intimidée.

-Oui, il est plutôt mignon en vérité, très délicat. Tiens, quand Knox a voulu acheter des cosmétiques à Curiel, je me suis dit que ceux-ci te plairaient. J'ai cru comprendre que tu adorais les rouges à lèvres. »

Il lui tendit un paquet de la même marque que les produits de Clémence.

« J'ai bien aimé les noms, déclara-t-il pendant qu'elle découvrait également des rouges à lèvres.

-Ah oui... Pink Pigeon... »

Elle n'avait même pas à ouvrir le tube pour savoir que ce rose était particulièrement immonde, mais elle ne voulut pas le blesser.

« Le nom est très joli, en effet...

-Rrou ! » roucoula Augure joyeusement.

Emma se décida à l'ouvrir. Visiblement, à leur mine dégoûtée, ni William ni son Kami n'avaient pensé à regarder la couleur.

« C'est particulier... nota la brune qui ne savait pas trop quoi dire.

-Je n'aime pas du tout, soupira celui qu'elle aimait. Comment peut-on appeler quelque chose d'aussi atroce du nom d'un si noble animal ? Je vous jure...

-Tu sais, en le mixant avec d'autres rouges à lèvres, je suis certaine qu'on peut faire quelque chose de joli, tenta-t-elle.

-J'espère surtout que les deux autre seront mieux.

-Tu... Tu n'en as regardé aucun ? s'abasourdit-elle.

-Non, mais les noms me plaisaient. »

Celui qu'elle ouvrit ensuite s'appelait Retro et elle le connaissait aussi déjà. Très bon choix au moins pour ce nude rosé... Elle comprit aussitôt pourquoi William avait choisi le dernier. Il avait certainement réussi à trouver le seul rouge à lèvres au monde qui s'appelait Faux... Même si c'était sûrement à l'origine pour désigner le contraire de vrai et non une Death Scythe, elle trouva cela mignon.

Ayant un peu peur du résultat, elle se rassura en voyant un vieux rose très clair.

« Merci beaucoup en tout cas, ça me fait très plaisir.

-Je t'en prie, sourit-il très légèrement, mais ce Pigeon est absolument horrible. Ce n'est pas digne d'Augure, n'est-ce pas ?

-Rrrrou ! approuva ce dernier.

-Je comptais pourtant le mettre chez tes parents.

-Je suppose que cette fois encore, c'est une plaisanterie, n'est-ce pas ? se renseigna-t-il. Comme tout à l'heure.

-Bien sûr ! Quand même... Je ne le mettrais pas chez eux. Et tu sais, je fais souvent des blagues et de l'ironie, comme ça... Il ne faut pas prendre tout au pied de la lettre.

-Je tâcherais de m'en souvenir. »

Augure lui jeta un regard désabusé avant de s'envoler de son épaule pour se poser sur Gessie qui couina de bonheur en remuant la queue. Cookie fit quelques fêtes à l'oiseau.

En revanche, Mortuaire et Skyfall eurent la même idée. Le chiot et le chaton voulurent sauter sur le volatil pour l'attraper. Augure s'envola et l'animal et le Kami se percutèrent en retombant sur la pauvre Gessie qui se retrouva ventre à terre en couinant.

« SKYFAAAAALL !

-Morty !

-Oh ! Ma Gessinou ! »

Les trois femmes se précipitèrent vers leurs animaux respectifs. Le chaton feula en faisant le gros dos à l'intention de Mortuaire, alors que Clémence le prenait par la peau du cou. Le chiot grogna un peu mais se réfugia rapidement entre les jambes de Grell. Il avait très vite appris à craindre le petit Kami. Ce dernier se prit une claque sur la cuisse.

« Skyfall ! Tu n'as pas à attaquer ainsi les autres ! Tu es un Kami, non ? Tu peux comprendre tout ça !

-Miiii... tenta-t-il en faisant un grand regard triste.

-Mais oui, railla Clémence, j'allais te le dire ! Maintenant, tu vas arrêter tes bêtises ou je te jure que tu dormiras dehors cette nuit !

-Miii ? répliqua-t-il en se voulant le plus mignon possible.

-Arrête, c'est inutile ! Une miaulement de plus et tu passes la nuit sur le balconnet de notre chambre d'hôtel !

-FFFSSSHHHH ! »

Peu content de voir que ses tentatives d'attendrissement ne marchaient pas, il feula à nouveau, mais pour Clémence. La jeune femme n'hésita pas et lui claqua de nouveau la cuisse. Skyfall allait bel et bien dormir dehors.

.oOo.

Emma ne s'était jamais sentie aussi nerveuse de sa vie. Elle n'était en couple avec William que depuis quinze jours et il la présentait déjà officiellement à ses parents. Décidément, il ne s'embarrassait pas des détails... Elle était son âme sœur, il la faisait donc entrer chez les Spears. Point.

Cependant, elle ne se sentait pas encore d'affronter de telles présentations. Surtout si ces parents étaient comme lui. Sans parler du fait que son père était le Secrétaire d'État de Grande-Bretagne...

Stressée comme jamais, elle vit à peine le somptueux et immense jardin à l'anglaise qu'elle traversait dans la voiture avec chauffeur qui était venue les chercher. Bientôt, elle descendit avec l'aide galante de William en faisant attention à ne pas froisser sa robe vaporeuse. Elle l'avait achetée exprès pour l'occasion. Ou plutôt, William la lui avait achetée, puisqu'il l'avait emmenée dans l'un des plus grands magasins de Londres. Elle lui arrivait juste au-dessous du genoux et était faite de dentelles blanches et formaient un col qui remontait sur le cou. La doublure était d'un vieux rose assez pâle.

Pour la première fois, elle leva les yeux et fit réellement attention à ce qui l'entourait. Elle se trouvait devant des marches menant à un sublime et immense château médiéval. William lui prit le bras et la mena vers la porte où il actionna la cloche qui se trouvait là, afin de prévenir de leur arrivée. Ils n'eurent pas longtemps à attendre et un majordome vint leur ouvrir. Emma eut la surprise de voir qu'il s'agissait d'un Humain mais ne dit rien.

« Bonsoir et bienvenu, monsieur Spears, salua-t-il. Mademoiselle...

-Bonsoir Harold, répondit William. Pouvez-vous signaler notre présence à mes parents, s'il vous plaît ?

-Bien sûr, monsieur. Veuillez me suivre s'il vous plaît. »

Le brun entraîna Emma à la suite du majordome qui les mena à travers un long couloir vers le premier étage, avant de s'arrêter devant une porte. Le serviteur entra dans un vaste salon d'été d'aspect coquet et chic.

Le majordome s'avança à l'intérieur, William et Emma restant sur le palier. Bientôt, il revint et les invita à entrer. Nerveuse, la brune n'eut d'autre choix que d'obéir, même si elle n'avait qu'une envie, fuir.

Un couple se trouvait au milieu du salon. Tous les deux bruns et grands, ils possédaient le même air sérieux et digne que William. Ce dernier ressemblait d'ailleurs beaucoup à la femme qui paraissait avoir une quarantaine d'année en apparence. C'était sûrement sa mère. En revanche, il tenait sa taille, sa carrure et ses cheveux de son père, même si ce dernier les avait plutôt poivre et sel. Sûrement une métamorphose permanente pour paraître un peu plus âgé que ses semblables. Une chose était sûre, ne put s'empêcher de penser Emma, William tenait sa beauté autant de l'un que de l'autre.

Un pigeon noir était posé sur l'épaule du Secrétaire d'État. Augure roucoula en le voyant et l'autre lui répondit de la même manière.

« Bonsoir père, bonsoir mère. » salua le chef de secteur en Français.

Visiblement, William avait prévenu ses parents que sa bien aimée ne parlait pas un mot d'Anglais.

« Bonsoir Junior, répondit son père en étonnant au passage Emma d'entendre celui qu'elle aimait être appelé ainsi.

-Bonsoir, continua sa mère.

-B... Bonsoir... murmura timidement la jeune femme.

-Père, mère, je vous présente Emma Rosalia Maria Acquaviva, mon âme sœur, ainsi que sa Kami, Gessie. Emma, voici mon père, William Tobias Spears Senior, le Secrétaire d'État de Grande-Bretagne, et ma mère, Irene Rose Spears, ainsi que le Kami de mon père, 1398-WTS. Il est le cousin d'Augure.

-Enchanté Emma, sourit légèrement Senior. William nous a beaucoup parlé de vous. Je suis heureux de vous rencontrer enfin.

-Moi de même, monsieur...

-Je vous souhaite la bienvenue chez nous, déclara Irene. J'espère que vous vous sentirez à l'aise.

-Merci de votre accueil...

-Wilfried et oncle Phillip ne sont pas là ? s'étonna William.

-Ton frère et ton oncle ont refusé de rester, s'exaspéra Senior. Ils ont préféré sortir entre eux plutôt que de rencontrer Emma. Selon eux, et je les cite, ils ne veulent pas d'une énième Hortense de Boimond-Châtelain et ils auront largement le temps de la rencontrer à un moment ou un autre de l'éternité. De toute façon, que les choses soient claires : Emma est ton âme sœur, Junior, que ça leur plaise ou non. Ils devront s'y faire, qu'elles leur plaise ou non. Elle est la future maîtresse de la maison des Spears. »

Emma se sentit aussitôt mal en voyant que sa présence était indésirable pour certains membres de la famille et ne releva pas son nouveau statut. Le père et le fils s'énervèrent ensemble contre leurs frères respectifs, sous le regard approbateur de la mère.

Bientôt, le majordome revint, annonçant l'arrivée de Mrs Bradford, de son époux et de leurs deux filles. Emma rencontra alors la sœur aînée de William, Kathleen, son mari, Garett, et leur deux filles. L'aînée, qui avait soixante-six ans, soit l'équivalent d'environ une treizaine d'années, se prénommait Melody et paraissait douce et calme, même si on sentait derrière cette apparence beaucoup de caractère et d'entêtement, tout comme Kathleen qui était une pure Spears, à l'instar de William.

Elle était tout de même moins froide que lui et Emma comprit vite en discutant avec elle qu'elle n'avait pas de problème d'intégration et de relations comme son frère.

En revanche, la cadette, qui n'avait certainement pas plus de cinq ans aux yeux d'Emma, poussa un cri de joie en voyant la nouvelle venue et tira la manche de Kathleen.

« Mère ! Mère ! C'est la dame gentille de la B.I.S ! Celle qui va tout peindre en rose ! Avec des nounours, des princesses et des parterre tout doux ! Même qu'on aura des jolies Death Scythes ! Des fausses bien sûr ! Et aussi, la méchante bibliothécaire va partir ! Et la dame gentille, ben vous savez quoi, mère ?

-Non Olivia. Quoi donc ? sourit la mère.

-C'est la chérie d'oncle William ! chuchota-t-elle comme si c'était le scoop du siècle. Elle lui a même fait un bisou sur la bouche ! »

Emma sourit légèrement de gène. Elle était encore plus embarrassée qu'avant. Heureusement, son fond de teint avait masqué son petit rougissement. Elle n'était pas la seule à se sentir mal, William ne savait plus quoi dire à ses parents.

Garett expliqua alors à sa fille que ce genre de chose ne se disait pas, particulièrement en présence des concernés.

« Mais c'est vrai père !

-Non, ton père a raison, intervint Irene. Bien, si nous passions à table maintenant ? Emma, j'espère que vous aimerez. Nous avons préparé un repas typiquement anglais spécialement pour notre rencontre.

-Merci beaucoup madame, c'est la première fois que je viens en Angleterre. J'avais hâte de découvrir le pays natal de William.

-Je vous en prie.

-Au fait Olivia, je ne t'ai pas vu lorsque nous étions à la B.I.S, nota le chef de secteur.

-Je me cachais de la méchante dame, expliqua-t-elle avec un grand sourire coquin.

-Olivia ! s'écria Garett. Je t'ai déjà dit de ne pas faire cela ! Tu seras punie ! »

Emma suivit ensuite les Spears vers la salle à manger, restant aux côtés de William qui discutait travail avec son père.

« C'est étonnant que Schreiber ou Sørensen ne t'ait pas encore proposé d'entrer dans la Garde Prétorienne, Junior. Quand ils t'ont demandé ce travail de vacataire, je pensais que tu y rentrerais.

-C'est vrai père, répondit le concerné, mais je pense être de toute façon trop jeune pour cela. Ceux qui sont sélectionnés sont biens plus âgés et ont bien plus d'expérience.

-Luciano est plus jeune que toi, pourtant, nota Emma.

-Luciano ? répéta Senior. Luciano Surafel Eshetu ?

-Vous le connaissez ? s'étonna William.

-Bien entendu ! C'est le f... »

Senior s'arrêta soudainement dans sa phrase et se reprit :

« … Le petit génie de la Garde.

-Vous le connaissez, père ? se méfia William en comprenant que son père lui cachait quelque chose.

-Oui et non. Monsieur le Préfet m'a parlé de lui. Et à vrai dire, il fait partie d'une famille importante du Prétoire, un peu comme nous. C'est une excellente recrue. Tu as beaucoup de chance de l'avoir dans ton équipe, c'est un véritable surdoué. Lorsqu'il aura pris de l'expérience, il aura tout pour aller très loin et devenir l'un des plus puissants Shinigami de son temps.

-En effet, il est prometteur. Sa perception va extrêmement loin déjà.

-On n'en attendait pas moins du plus jeune membre de la Garde depuis la Génération des Enfants, déclara Senior.

-Qu'est-ce que la Génération des Enfants ? demanda timidement Emma, sentant qu'il s'agissait d'une partie importante de l'Histoire shinigami.

-Oh ! C'est vrai que vous étiez Humaine avant de former un desmos avec mon fils... se souvint Senior. Eh bien, autrefois, de 534 à 795 Ab Urbe condita, a eu lieu une guerre contre les Démons.

-219 av. J.-C. à 42 av. J.-C, précisa William. Quand nous parlons d'Histoire antique, nous donnons souvent les dates par rapport à la fondation de Rome.

-En effet. Durant cette guerre, la Garde Prétorienne fut décimée à de nombreuses reprise. Particulièrement à la Bataille d'Actium qui ne fut pas qu'une bataille entre Humains. Ainsi, la Garde a dû être reconstituée de nombreuses fois et ses membres étaient toujours de plus en plus jeunes. Ce sont eux que l'on a appelé la Génération des Enfants de la Guerre. Certains étaient extrêmement jeunes. Ainsi, le précédent Préfet du Prétoire n'avait que deux cents quarante-huit ans quand il a accédé à ce poste.

-Il le méritait, intervint Irene. Il était le plus grand d'entre tous.

-C'est celui qui a été assassiné ? demanda Emma, en se souvenant de ce que leur avait raconté un jour William.

-C'est exact, confirma Senior, assassiné par un de ses proches, Marius Artorius Serius.

-Aujourd'hui, continua celui qu'aimait la brune, une telle ascension aussi fulgurante serait impensable. Que Luciano ait été sélectionné est un exploit de sa part.

-C'était un autre temps, commenta Garett. La guerre faisait rage, les nôtres mourraient vite sur le champ de bataille. Certains n'étaient pas encore majeurs lorsqu'ils étaient envoyés au front.

-Comment cette guerre a été déclenchée ? ne put s'empêcher de demander l'ancienne étudiante en Histoire.

-Ce serait très long à expliquer, sourit Garett. Mais peut-être que Melody pourrait vous le résumer. C'est ce qu'elle voit en ce moment en Histoire, à l'Académie.

-Avec plaisir père, sourit-elle joyeusement. Eh bien, en fait... Ces parasites de Démons étaient très désorganisés. Il y avait pas de roi ou de prince de l'Enfer comme aujourd'hui. Mais ils étaient tous d'accord que nous, les Shinigami, nous les empêchions de dévorer des âmes humaines comme ils voulaient. Ils ont commencé à nous attaquer directement, pas seulement quand ils voulaient manger une âme et qu'on les en empêchait... La Garde avait beaucoup de travail, mais ce n'était pas vraiment une guerre et les diables étaient facilement contrôlables parce qu'ils n'étaient pas unis. C'est un Démon en particulier, Lucifer, qui les a fédérés derrière lui pour mener une vraie guerre. C'était plus une union de circonstance, parce que les Démons ne s'entraident pas autrement. Mais ils voulaient vraiment nous éliminer pour dévorer autant d'âmes qu'ils le souhaitaient. C'est comme ça que la guerre a commencé. C'était bien ?

-Très bien, félicita Senior.

-Merci grand-père !

-Si je comprends bien, les Démons ont réussi à prendre plus de puissance en s'unissant...

-C'est cela, confirma Senior. Après tout, l'union fait la force comme on dit.

-Comment s'est finie la guerre ?

-Les Démons ont perdu à la Bataille de Carthage. La plupart ont été décimé, expliqua Irene. Lucifer s'est retiré en Enfer, mais il a été assassiné peu de temps après avoir signé le traité de paix et les conditions, par son bras droit, Belzébuth. Ce dernier n'attendait que cela pour prendre le pouvoir. Il était plus puissant que Lucifer et attendait son heure. C'est d'ailleurs lui qui avait mené la Bataille d'Actium et qui avait décimé la Garde... Il est ensuite devenu le roi de l'Enfer et des Démons.

-Et... Et maintenant ? Qui est le roi ?

-Toujours lui, répondit William. De toute façon, c'est parce que c'est lui qui occupe ce trône que les Démons sont plus ou moins unis. Ces parasites ne sont que des bêtes sauvages, incapables de se sociabiliser... Ils n'ont pas de relations entre eux, ne sont pas civilisés... Ils sont très individualistes. Leurs petites personnes passent en premier au détriment de leur société et ils n'hésiteront pas à s'entre-tuer s'il le faut. Bélzébuth est très puissant. C'est la seule raison pour laquelle les autres Démons lui obéissent. Il les tient par la peur. »

.oOo.

Pendant qu'Emma discutait Histoire avec les Spears, le reste de l'équipe s'était retrouvée dans une pizzeria pour le dîner. Alexander avait refusé de manger quoi que se soit dans un restaurant aussi bas de gamme, mais la faim l'avait rattrapé et, selon ses dires, il avait consenti à goûter à l'alimentation du peuple afin de comprendre ce que celui-ci mangeait, et d'apprécier encore plus une véritable nourriture digne de ce nom.

Apparemment, le peuple s'alimentait bien au vu de l'appétit du cadet des Phantomhive.

Les autres discutaient et riaient tous ensemble, tandis que Richard et Clémence s'étaient lancés dans une passionnante discussion sur la possibilité de la vie ailleurs que sur Terre.

Seul Luciano ne parlait pas. À vrai dire, hormis pour sa commande, il n'avait pas prononcé le moindre mot depuis que William lui avait demandé si tout allait bien. Visiblement enfermé dans des pensées sombres et dans des angoisses connues de lui seul, il fixait son assiette qu'il avait à peine touchée, en tripatouillant sa fourchette et mordillant sa lèvre inférieure.

« Tout va bien ? demanda Alan en se tournant vers lui.

-Mmh mmh... répondit-il simplement.

-Allez ! sourit Éric. Ne le prenez pas comme ça ! Détendez-vous ! On est à Londres, l'une des plus belles villes du monde...

-Je déteste Londres, marmonna Luciano plus pour lui-même et sans quitter des yeux sa pizza. Je hais profondément cette ville...

-Quoi ?! s'exclama Éric en pur londonien. Mais comment peut-on...

-Cela ne vous regarde pas, coupa-t-il sans lever le regard.

-Hu hu hu ! gloussa Grell à côté de lui et en s'agrippant à son bras. Mon Lulu ! C'est Rhea qui te manque ? »

Luciano réagit violemment. Il se dégagea et planta un regard angoissé dans celui de Grell qui le détourna.

« Comment connaissez-vous Rhea Silvia ? s'exclama-t-il.

-Euh... Ben, c'est ta formatrice qui l'a mentionnée, expliqua-t-elle. C'est ta copine, n'est-ce pas ?

-Qui elle est ne vous regarde pas ! s'écria-t-il en se levant. Tout comme le reste de ma vie privée !

-Hey ! Mais ça va, c'était juste pour savoir !

-Fichez-moi la paix ! »

Luciano sortit de table sans avoir mangé et quitta le restaurant.

« Grell...

-Oui Clémence ?

-On avait dit : tact et douceur.

-Je pouvais pas savoir qu'il allait partir comme ça !

-Bravo Sutcliff, railla Éric. Vraiment, bravo ! Tu es la championne de la connerie !

-Toi, répliqua-t-elle avec acidité, je ne t'ai pas sonné !

-Tsss... Non mais c'est bien, tu fais fuir le dernier membre de l'équipe ! Tu voyais pourtant qu'il n'était pas dans son assiette ! De toute façon, ce n'est pas nouveau, tu fais fuir tous les hommes qui croisent ton chemin...

-Éric ! » s'exclama Alan.

La rousse se sentit blessée en entendant cela, lui rappelant tous les abandons qu'elle avait vécu. Loin de montrer que l'insulte l'avait personnellement touchée et lui avait fait mal, elle s'emporta un peu plus et rétorqua violemment :

« Moi au moins, je ne couche pas à droite et à gauche en attendant mon âme sœur ! D'ailleurs, c'est même étonnant que tu réussisses à rester fidèle ! Parce que quand on ne sait pas si on préfère les hommes ou les femmes, ça doit être dur de rester qu'avec un homme, je me trompe ?

-Grell ! reprit Clémence.

-Ah ! Tu peux parler, toi ! ricana le blond. Tu ne connais même pas ton sexe ! »

La dispute continua, malgré Alan et Clémence qui tentaient de calmer l'un et l'autre. Ronald et Richard se contentèrent de se jeter des coups d'œil désabusé, n'ayant aucune envie de se battre contre des moulins à vent après la journée qu'ils avaient eu. Quant à Alexander, il avait décidé de rester loin au-dessus du tumulte du bas peuple et de finir la pizza de Luciano.

Bien entendu, il ne s'agissait que de ne pas gaspiller de la nourriture. Il n'aimait certainement pas l'alimentation de la plèbe. Non, pas du tout. Vraiment pas.

.oOo.

Il était convenu qu'Emma et William dormiraient au château des Spears. Bien que la brune ait été bombardée de questions par la famille, la soirée avait été bien moins redoutable que ce qu'elle craignait. Certes, la nourriture avait été immangeable, mais elle n'avait rien dit et la présence rafraîchissante d'Olivia avait été très agréable. Elle repartait même avec un dessin de la fillette et était officiellement devenue Auntie Emma en quelques heures.

Dans les appartements de William, qui étaient gigantesques, la brune se démaquillait en repensant à sa soirée. Celui qu'elle aimait, qui avait enlevé son gilet et sa veste, entra dans la grande salle de bain pour se brosser les dents quand il remarqua qu'Emma avait déjà revêtu son pyjama écru. Il était bimatière, l'une ressemblant à de la soie. De la dentelle recouvrait les épaules en formant des manches courtes puis courait le long du col rond, ainsi que sur le bas du pantacourt qui arrivait au-dessus du mollet.

« Tu n'aurais pas quelque chose d'un peu plus... comment dire... couvert ?

-Couvert ? s'étonna Emma. Mais... Je suis couverte !

-Le bas est tout de même très court, nota-t-il. Et la dentelle laisse bien entrevoir ton corps...

-Oui, mes épaules.

-Ce serait mieux quelque chose de plus long, non ?

-Je vais mourir de chaud et je ne pourrais pas dormir !

-Oui, mais quelqu'un pourrait te voir dans cette tenue...

-Tu as honte de moi c'est ça ? Ce n'est tout de même pas la nuisette ultra courte de Clémence ! Si tu ne m'aimes pas comme je suis...

-Si, rassura-t-il, c'est justement pour cela que je ne veux pas que tous les hommes profitent de la vue que tu peux leur offrir. Tu ignores comment ils peuvent être, Emma.

-Euh... Je n'ai pas l'intention de sortir comme ça... Il n'y a que toi ici qui peut me voir.

-Certes, approuva-t-il. Cependant, imagine qu'il y ait le feu et que l'on doive sortir ainsi... D'autres hommes te verront. »

La brune soupira :

« Ça ne me gêne pas de sortir ainsi. Ce n'est pas une nuisette ultra courte et transparente ou là, je préférerais mourir brûlée. Ma tenue de nuit est décente, je peux sortir comme ça. Au pire, si cela te gêne, je mettrais mon kimono.

-Tu ne peux pas mourir brûlée...

-Enfin, tu m'as comprise.

-Tu es inconsciente, Emma. Tu ne sais pas ce dont sont capables les hommes. Ce n'est pas toi le problème, mais eux.

-Ça va, j'ai vingt-quatre ans ! Je suis grande, je sais ce qu'ils veulent quand même. Et ce que je veux moi. Je peux tout à fait prendre soin de moi et faire attention. Mais ça me touche beaucoup que tu sois aussi protecteur envers moi, sourit-elle.

-S'il t'arrivait quelque chose alors que j'aurais pu t'en prévenir, je m'en voudrais à jamais. »

Emma rougit légèrement et se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser, alors qu'il se baissait vers elle, puis elle se cala amoureusement contre lui. Il était si grand que sans ses talons, la jeune femme lui arrivait à peine au haut du torse. Il baissa la tête de manière à enfouir son nez dans les boucles brunes d'Emma et à respirer son parfum, puis la serra un peu plus contre lui avant de caresser tendrement son dos.

« Je t'aime, lui chuchota-t-il.

-Moi aussi, Will. »

Elle frotta avec douceur sa joue contre la chemise de son âme sœur. Elle était tellement bien, dans ses bras, en sécurité... Elle était tellement amoureuse de lui... Elle releva le visage vers et il en profita pour embrasser son front. Elle trouva alors ses lèvres et y scella les siennes. Leur baiser se fit alors plus long et plus langoureux. Il passa avec douceur sa main sous son haut de pyjama. Elle frissonna en sentant sa main toucher la peau de son dos. Il mit fin au baiser et l'interrogea du regard, ne sachant trop si elle voulait aller plus loin ou non.

Elle lui sourit et l'embrassa à nouveau en passant les bras autour du cou de William, lui faisant comprendre qu'elle en voulait plus.

« Viens, murmura-t-il, nous serons plus à l'aise dans le lit.

-D'accord... » rougit-elle.

Elle se laissa emmener dans la chambre et ils s'assirent sur le matelas. Remettant une mèche derrière l'oreille de la brune, William passa une main amoureuse sur sa joue puis sur sa nuque, avant de capturer à nouveau ses lèvres. Son autre main partit se balader avec tendresse sur le flanc de la jeune femme.

Ne sachant trop quoi faire, elle s'allongea en entraîna William avec elle et ferma les yeux pour se concentrer sur les sensations. Le brun glissa des baisers dans le cou de la jeune femme et remonta ses doigts vers sa poitrine. Quand il la lui effleura, elle eut un soupir qui paraissait presque comme un léger gémissement.

Les joues empourprées, elle se laissa faire quand il lui retira avec douceur son haut, mais cacha sa poitrine.

« Tout va bien ? lui demanda-t-il en voyant qu'elle ne prenait pas la moindre initiative et qu'elle rougissait autant.

-Oh euh... Eh bien, tu vois... C'est... Je n'ai jamais été amoureuse avant... Alors je... Je n'ai jamais eu de copain et... enfin, tu vois...

-Ah... Tu... Tu es vierge...

-Oui... Mais ça ne me gêne pas, c'est juste que... je... Je ne sais pas trop quoi faire... »

Sans un mot, William se releva et repartit dans la salle de bain. Emma le regarda faire, ne comprenant pas ce qui se passait. Elle voulut le suivre, oubliant même qu'elle était à moitié nue, mais il s'était enfermé à double tour.


Prochain chapitre : "Révélations".
Au programme : Un Kami en grève, des disputes (pour changer un peu... Mais que voulez-vous, certains sont incapables de ne pas se disputer...) et surtout William apprenant une partie de la vérité sur Luciano.

A bientôt !