Heya !
Me revoilà avec la troisième partie de cette fiction qui, plus j'avance, aura une taille indéterminée. Imagination, quand tu nous tiens...
Comme précédemment, cette partie aurait dû être différente, mais après une certaine idée qui m'a encore changé la longueur de cette histoire, certains éléments n'apparaîtront que dans les parties suivantes.
Je dédicace encore une fois cette fic à ma bien-aimée Illheart. Cœur sur toi petit poisson !
Et toujours une dédicace à L.S., sans qui cette histoire n'existerait pas.
Merci encore à Aurore Heart et Illheart pour leurs reviews !
Sur ce, bonne lecture.
Ici, le monde est paisible.
Partie III
— A en juger ta tête, j'en déduis que tu as terminé ton affaire.
— Je ne me lasserai jamais de son petit cul.
Un ricanement sinistre résonne.
— Et qu'importe ce que je lui fais, il en redemande toujours.
— … T'as pris un prostitué ?
— Non, même pas. C'est ça le meilleur dans l'histoire. Un petit cul qui m'est entièrement soumis pour que dalle.
— Voilà ce qui s'appelle un coup de chance. Mais pendant que tu t'envoyais en l'air, tu as raté ça.
— Je croyais que vous ne lisiez pas le Petit Pointilleux ?
— Et quelle autre feuille de chou veux-tu que je lise ? Un bel acteur comme moi doit s'adapter.
— Un article des Snicket ? Je ne vous suis plus.
— Ton peu de neurones fonctionnels est-il si amoché après ta séance de jambes en l'air ?
— Mais vous haïssez les Snicket…
— Effectivement, c'est le cas. Tu me fais perdre mon temps. Ce torchon me permet de connaître leurs plans pendant que tu ne penses qu'avec ton service trois pièces.
— Je…
— Quoi qu'il en soit, il est temps d'appeler la Vénérable et Défendue Compote.
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— Que peux-tu me dire sur les volontaires ?
Tu dévisages Kaku comme s'il vient de dire une énormité. Cette question te paraît stupide, mais qu'importe ton air effaré affiché sur ton visage, il n'ajoute rien d'autre. Il attend.
Après le repas, il t'a conduit à travers les couloirs du manoir jusqu'à un bureau. À nouveau, tu as pu te perdre brièvement dans la contemplation des lieux. Le faste des lieux t'a encore étonné, même si tu n'en as fait aucun commentaire à ton guide. Tu t'interroges sur le financement de cette étrange organisation. Peut-être que les Sferzeney sont leurs mécènes, mais tu trouves cela étrange. Quelque chose ne colle pas avec cette hypothèse, alors tu l'as balayée.
Installé derrière le secrétaire, il t'a fait signe de t'asseoir. Cependant, sa question a réveillé ta méfiance et tu restes donc debout, une main crispée sur le dossier.
Cette demande respire le piège à plein nez. À coup sûr, il doit s'agir d'une autre épreuve, comme celle avec le bruit. As-tu réellement l'esprit d'un volontaire ? Voilà ce que Kaku cherche à déterminer en cet instant.
Alors tu prends ton temps. Tu restes silencieux, tu réfléchis. Tu mets de l'ordre dans tes pensées, tu tries tes idées. Pour toi, ce n'est pas qu'une histoire de répondre juste ou faux. C'est avant tout la clef de ton avenir. Maintenant que tu t'es décidé à les rejoindre, tu ne peux te permettre de te faire recaler. Tu refuses d'avoir cru en cet espoir pour finalement chuter avec brutalité.
Tu ignores si le monde est paisible, comme te l'a affirmé avec conviction Kaku, mais tu as envie d'y croire. Et pour cela, il faut que tu puisses rester ici.
— Vous êtes membres d'une même organisation, dont ce manoir doit être un quartier général. Le tatouage que tu as à la cheville en est le symbole, qu'on retrouve d'ailleurs à plusieurs endroits à Villeneuve-des-Corbeaux.
Peut-être que cette trappe que tu as un jour découverte dans ce hangar cache quelques secrets uniquement accessibles aux volontaires. Cela te semble logique, ce pourquoi tu n'as pas réussi à l'ouvrir. Tu n'avais pas la clef.
— Vous fonctionnez beaucoup avec des codes. Le simple mot volontaire, la citation de Jacquelyn Scieszka, la phrase avec le bruit qui permet de choisir les nouvelles recrues.
Et d'autres t'ont sûrement échappé, mais tu ne t'en préoccupes pas. Tu cherches d'abord à présenter tout ce que tu as réussi à comprendre en à peine une journée.
— Vous éteignez les feux, à la fois métaphoriquement que littéralement. J'en déduis que vous luttez contre les incendies, mais aussi contre le crime en tout genre.
Tu as au départ été sceptique avec cette phrase, mais à force d'y réfléchir, cette réponse a fini par t'apparaître. Avec leur manie de placer des codes dans leurs propos, tu t'es douté que cette déclaration n'y échappait pas.
— Vous ne vous souciez pas de la vie passée des volontaires. Tant qu'ils partagent les valeurs de l'organisation et qu'ils passent avec brio vos tests, ils peuvent vous rejoindre. Qui ils étaient avant ne vous intéressent pas. Cette organisation permet de débuter une nouvelle vie à qui le souhaite. C'est pour cette raison que vous acceptez des personnes d'horizons différents.
Pour cela, les dires de Robin – si tu te souviens bien du nom de cette brune – ont été des plus explicites. C'est d'ailleurs quelque chose qui te plaît et t'attire. De cette manière, tu peux te défaire des entraves familiales qui te freinent.
— Mais même si personne n'a entendu parler de votre organisation, du moins, pas de manière officielle, vous avez tout de même des moyens. Entretenir un tel manoir ne se fait pas sans un minimum d'argent. Donc, qu'importent vos activités, vous avez une source de revenus. Légale, je présume, autrement vous seriez vous-mêmes un feu à éteindre. Ou alors vous disposez de mécènes, mais j'en doute assez.
Tu as beau tourné sans arrêt cette hypothèse dans ta tête, tu as toujours du mal à croire à l'existence de mécènes. Ou alors, ce sont des volontaires fortunés qui fournissent les fonds nécessaires à l'organisation. Autrement, ça ne collerait pas à cette image secrète.
Tu observes Kaku, gardant le silence. Tu penses n'avoir rien oublié. À présent, les dés sont jetés. Tu attends le verdict.
Toujours assis, son menton posé sur ses mains jointes, il te fixe, silencieux, imperturbable. Impossible de savoir à quoi il pense.
Puis il sourit, et c'est un poids qui s'ôte de tes épaules.
— En à peine une journée parmi nous, tu as su repérer l'essentiel. C'est excellent. Rare sont ceux qui comprennent la métaphore des feux.
Il te tend la main. D'abord un brin hésitant, tu balaies tes doutes et tu la saisis en le regardant droit dans les yeux.
— Tu es désormais officiellement un volontaire, Pedro. Bienvenue parmi V.D.C.
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Kaku ne t'a laissé aucun répit après son dernier test. Il t'a aussitôt entraîné à sa suite, et à présent, il te fait visiter les locaux. Du moins, c'est ce que tu as cru au départ. En vérité, il te conduit en un lieu précis, et il en profite pour t'expliquer l'agencement du manoir. Ton guide se montre efficace et ne se perd pas en explications alambiquées. Chaque salle a une fonction spécifique, et nul besoin d'en savoir davantage.
Vos pas vous ont menés jusqu'à l'infirmerie, une pièce lumineuse et claire au rez-de-chaussée, proche d'une entrée. Il t'a suffi d'un regard en sa direction pour comprendre ses intentions. Après plusieurs mois passés à la rue, ta santé n'est plus ce qu'elle était, alors il te pousse à te rendre chez le médecin de votre organisation secrète.
Tu avoues que tu ne l'aurais sans doute pas fait de toi-même. En tant que paria, tu crains ces personnes qui soi-disant pratiquent la médecine. Tous des charlatans, qui cherchent à t'extorquer la moindre pièce de monnaie que tu parviens à récupérer durement. Tu les repérais de loin, avec tout leur attirail censé prouver leur prestige.
Tu n'es donc pas très confiant, mais tu sens aussi que Kaku ne te laisse pas le choix. Tu entres dans l'infirmerie, sur tes gardes, avant d'être soufflé par la vue d'un adolescent en train de faire des points de suture à une jeune femme. Il n'a pas l'air une seule seconde stressé, comme si ce n'était qu'une formalité. Tu ne lis que de la concentration sur son visage.
Dès qu'il a terminé, il échange quelques mots avec sa patiente toute souriante avant de relever la tête dans votre direction. Lorsqu'il aperçoit Kaku, il sourit et se précipite vers vous, tandis que la femme quitte l'infirmerie en vous saluant poliment.
— M'sieur Kaku !
L'adolescent l'observe de toutes parts, une lueur inquiète dans les yeux.
— Vous n'avez rien au moins ? s'enquit-il avec précipitation.
— Non, ne t'en fais pas Chopper. Je viens voir Law.
Le dénommé Chopper te jette brièvement un regard avant de reposer son attention sur ton guide. Tu ne saisis pas vraiment ce qui sont ces personnes, bien que tu supposes que l'adolescent soit l'assistant ou l'apprenti du médecin compte tenu de son jeune âge.
— Le docteur Trafalgar n'est pas encore rentré… Il a parlé de la Vertu Déshonorée de la Charité. Je crois.
Le nom Trafalgar semble t'évoquer quelque chose, comme un vague souvenir, mais tu n'en as pas la certitude. Alors tu laisses couler, cela n'a sans doute aucune importance.
— Tu sais quand il rentrera ?
— Non, il n'a rien dit. Mais ça fait déjà plusieurs heures qu'il est parti, alors il ne devrait plus tarder… Je pense.
Chopper te paraît peu sûr de lui, alors que ces gestes pour faire les points étaient assurés. Ce contraste t'étonne un peu, mais tu gardes le silence. Tu préfères ne pas intervenir, de peur de commettre un impair.
Kaku se tourne alors vers toi, un léger sourire dessiné sur ses lèvres. Il a senti ton malaise, alors il te rassure.
— Pedro, je te présente Chopper, l'apprenti de Trafalgar Law, le médecin de V.D.C.
L'adolescent t'observe, méfiant, avant que finalement son visage s'illumine de joie et de curiosité.
— Alors c'est vous la nouvelle recrue ? M'sieur Pedro, c'est ça ? Enchanté !
Encore une fois, son brusque changement d'attitude te surprend, mais tu essaies de ne pas t'attarder dessus. Au contraire, cela lui donne un air touchant.
— Pourquoi vous êtes venus d'ailleurs, M'sieur Kaku ? C'est uniquement pour voir le docteur Trafalgar ?
— Pedro a besoin de faire un check-up sur sa santé afin que son intégration parmi V.D.C. soit aux normes.
— Bien sûr ! Je m'en occupe.
Soudainement sérieux, Chopper te fait signe de t'asseoir sur une table d'auscultation et d'enlever ton haut. Tu le dévisages alors, hésitant, jettes un coup d'œil à ton guide. Même si ce n'est que te montrer torse nu, tu es assez gêné par cette idée. Tu connais l'état de ton corps après ces mois de privation, et ce n'est pas fameux. L'idée d'écoper de remarques à ce sujet ne t'enthousiasme guère.
Pourtant, tu finis par obtempérer. Si tu as choisi de rejoindre V.D.C., ce n'est pas pour rester coincé dans ton passé. Tu dois accepter les faits, et aller de l'avant.
Le jeune apprenti demeure d'ailleurs silencieux. Il griffonne des notes sur un cahier, prend quelques mesures te concernant, observe avec attention ton corps, mais aucun mot déplacé ne lui échappe pas. Il respecte ta gêne en s'abstenant de tout commentaire. Le professionnalisme de l'adolescent t'épate.
La porte de l'infirmerie qui s'ouvre et se referme coupe court à ton admiration, et tu relèves la tête.
— Docteur Trafalgar !
Le médecin en question balaie d'un regard la pièce sans un mot. L'espace d'une demi-seconde, ses yeux d'acier te transpercent, avant qu'ils ne se portent sur Kaku.
— Fallait vraiment que tu viennes aujourd'hui ?
Son ton acerbe détonne avec la question, et relève davantage du reproche. Le rouquin, visé, garde le silence.
Il s'avance ensuite sans rien ajouter de plus, rejoint la fenêtre qu'il entrouvre en boitant légèrement. Il s'allume alors une cigarette, tira la première bouffée qu'il expire dehors.
Tu en profites pour l'étudier un peu. Sans que tu ne saches l'expliquer, une aura sinistre se dégage de lui. Ses cheveux noirs désordonnés contribuent à cette impression, au même titre que les cernes qui soulignent ses prunelles orageuses. Les tatouages que tu devines sous ses vêtements n'aident pas non plus à alléger cette tension qui gravite autour de lui. Il te file froid dans le dos, et si ça ne tenait qu'à toi, tu te rhabillerais vite fait pour déguerpir dans la foulée.
Puis, soudain, l'évidence te frappe. Trafalgar. Pourquoi n'y as-tu pas pensé plus tôt ? Voilà pourquoi ce nom ne t'est pas inconnu. Tu te souviens encore de cette sombre histoire qui a fait le tour des médias pendant plus d'une semaine. Le couple Trafalgar, de célèbres médecins de Villeneuve-des-Corbeaux, avait été brutalement assassiné, et les coupables couraient encore dans la nature, introuvables. Cependant, tu ignorais qu'ils avaient un fils.
Tu n'oses pas poser la question, alors tu t'efforces d'oublier ce détail. En vain. Cela t'intrigue trop, même si tu te souviens des dires de Robin. La vie passée des volontaires importe peu.
Kaku s'est rapproché du médecin, un peu amusé de le voir fumer.
— Un médecin qui fume, ce n'est pas un peu contradictoire, Law ?
Il n'écope que d'un regard noir, peu enclin à la plaisanterie.
— Je t'en pose des questions, Kaku ?
— Tu sais que tu n'es pas obligé de faire ça.
— Vraiment ? crache le médecin. Je l'aurais pas cru sans toi.
Chopper s'est éclipsé hors de l'infirmerie alors que tu es perdu. Tu ne sais pas si tu dois rester ou leur laisser une certaine intimité pour parler de choses qui ne te concernent pas. Et que de toute façon tu ne comprends pas.
— Je suis sérieux, Law.
— Oh, parce que tu crois que vous allez pouvoir dénicher vos infos par vous-mêmes ? Me fais pas rire.
— Tu ne nous laisses aucune chance de faire autrement.
— Parce que vous n'arriverez à rien sans la Vertu Déshonorée de la Charité. C'est aussi simple que ça.
Ce code te tire un frisson, même si tu en ignores la signification. Cela ne te dit rien qui vaille, et tu attends des éclaircissements – qui ne viendront sans doute jamais.
— Law, arrête. Il n'y a que toi qui appelle ça comme ça.
— Oh, pardon, c'est vrai. Les autres ne le nomment pas. J'oubliais. Ils préfèrent fermer les yeux.
— Law, tente d'apaiser Kaku. Tu n'es vraiment pas…
— Pas quoi ? Pas obligé ? Parce que choisir entre ça et une balle, tu appelles ça un choix ?
La colère irradie du médecin. Tu as beau te tenir à l'écart, tu la sens malgré tout. Ses propos te glacent les sangs. Le terreur de la rue que subissent les parias te revient en tête, et tu crains qu'elle ne te rattrape, même ici où tu te sens pourtant à l'abri.
— Ce n'est pas…
— Abandonne tes idéaux stupides, Kaku, et grandis ! le coupe Trafalgar avec froideur. Le monde n'est pas paisible. Le monde est un putain de brasier, et même V.D.C. n'y peut rien.
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Sans ajouter un mot à l'intention du médecin, Kaku t'a précipitamment entraîné hors de l'infirmerie. Tu ne saisis pas vraiment la situation. La précédente conversation, emplie de sous-entendus incompréhensibles pour toi, t'échappe.
Tu l'interroges du regard, mais aucune réponse ne vient. Il reste silencieux, et tu ne déchiffres pas la moindre émotion sur son visage. Rien. Il demeure maître de lui-même. Visiblement, il existe des choses que tu dois ignorer, malgré ton intégration parmi V.D.C.
— Ne fais pas attention aux propos de Law, finit-il par lâcher.
Tu le dévisages, perplexe. Comment veut-il que tu ignores de tels dires ? Les mots du médecin ont été violents, poignants. Kaku perçoit ton trouble car il reprend rapidement.
— Certains faits altèrent son jugement, et il se montre depuis assez vindicatif à ce sujet. Il traverse une période difficile.
— Et…
— Pedro, te coupe-t-il brusquement. S'il te plaît. Ne pose aucune question.
Il te sourit pour te rassurer.
— C'est de l'ordre personnel. Law me tuerait s'il savait que je te raconte sa vie.
Un léger rire ponctue ses mots, et tu consens à acquiescer d'un hochement de tête. Cela fait certes très peu de temps que tu connais Kaku, mais tu as déjà appris à reconnaître les moments où il se ferme comme une huître.
Tu n'obtiendras rien de lui, alors autant ne plus y penser et oublier cette rencontre sinistre.
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Tu observes sous toutes les coutures cette lorgnette que t'a remise Kaku. Tu n'as jamais vu un instrument d'une telle complexité, et plus tu l'étudies, plus tu as l'impression de n'avoir encore rien découvert. Cette sensation est à la fois étrange et fascinante.
Armé d'un livre, tu apprends à t'en servir comme il se doit, que ce soit pour regarder au loin, pour lire des codes dissimulés dans les sous-titres d'un film, pour t'éclairer, ou encore pour produire une lumière chauffante. Cette lorgnette est le compagnon de vie de tout volontaire, et c'est donc tout naturellement que tu as reçu la tienne.
De couleur bleu nuit, tu as aussitôt reconnu cet œil qui n'en est finalement pas un. Lorsque tu en as demandé la signification à Kaku, celui-ci a ri, puis t'a expliqué qu'il s'agissait des trois lettres de votre organisation : V.D.C.
Et réflexion faite, tu remarques effectivement que le V forme le sourcil, que le D forme l'œil, et le C la pupille. Cet agencement permet de tromper tous les non-initiés, et tu es tombé dans le piège sans même t'en rendre compte.
Ton mentor ne t'a d'ailleurs toujours pas expliqué la signification de ce sigle et malgré toutes tes hypothèses, tu n'en as pas encore découvert le sens. Tu ne pourras sans doute pas le trouver par toi-même.
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Ton ancienne vie de paria te semble des plus lointaines. La faim, le froid, la douleur… Toutes ces sensations ont désormais disparu de ton quotidien. Aussi étrange que cela puisse te paraître, tu te sens comme un roi chaque jour que tu te lèves. Tu manges à ta faim dans un environnement chaleureux, et tu ne subis plus les coups de la meute. Tu peux enfin respirer sans craindre qu'un moment d'inattention ne t'envoie brutalement à terre. Même les sifflets de la milice te paraissent un vieux souvenir qui s'estompe, voire un mauvais rêve dont tu ne distingues plus que difficilement les bords.
Cela fait à peine cinq jours que tu as rejoint V.D.C, mais ton existence semble s'être soudainement métamorphosée. Les propos incendiaires que ton père t'a crachés au visage le jour où il t'a renié s'effacent face aux sourires qui ponctuent tes journées dans le manoir. Personne ne se soucie de qui tu es. Tu es un volontaire, voilà tout ce qui importe.
Parfois Fai Sferzeney t'interpelle et essaie de te poser quelques questions sur ton ancienne famille, mais la chance tourne alors toujours en ton sens et te permet de les esquiver sans le moindre problème. Le passé des volontaires n'importe pas. Il est aussi essentiel que la poussière que l'on balaie.
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Comme Kaku est ton mentor, il est tenu de rester à tes côtés pour t'expliquer tout le fonctionnement de votre organisation. À présent que tu es un volontaire, tu dois en apprendre les codes, les us et les coutumes, sans en oublier ne serait-ce qu'un seul. Tu ne rechignes pas face à tous ces enseignements qui s'enchaînent, au contraire. Tu es plutôt avide d'en savoir davantage.
Tu ne détestes pas non plus la présence de Kaku, que tu trouves même agréable après tous ces temps de solitude. Il ne se renseigne jamais sur ton passé, te laisse prendre à ton rythme tes habitudes, se montre clair et précis dans toutes ses explications. Chaque heure passée en sa compagnie est appréciable, une bouffée d'air frais qui détruit un peu plus tes errances de paria.
Tu n'as pas l'impression qu'une semaine se soit déjà écoulée. À dire vrai, tu n'es même plus certain de ta perception du temps. Il te semble à la fois être là depuis des mois, et n'être arrivé que la veille. Cette sensation est déroutante, mais pas non plus dérangeante. En fait, pour la première fois depuis longtemps, tu te permets enfin de croire que tu as la vie devant toi.
Petit à petit, tu commences à comprendre pourquoi ici, le monde est paisible.
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— Le schisme ?
Tu n'es pas certain de ce que veut entendre par là Kaku. Ou plutôt, plusieurs hypothèses se dessinent dans ton esprit sans que tu ne sois complètement convaincu. Tu as l'impression que cette affaire est plus compliquée que de prime abord, alors tu attends ses explications. Ce sera plus sûr que de partir dans des théories hasardeuses.
Ton mentor semble réfléchir un instant, assis de l'autre côté du secrétaire. Ce bureau est quelque peu devenu l'un de vos endroits de rendez-vous de prédilection, là où personne ne vient vous trouver, pas même Jyabura. Tu en es d'ailleurs bien soulagé, car cet autre volontaire peut se montrer bien insistant quant à votre relation.
Tu chasses aussitôt cette pensée gênante de ton esprit pour te reconcentrer sur cette histoire de schisme.
— Il y a quelques années, V.D.C. a été secouée par une crise majeure entre ses membres, et l'organisation n'en est pas ressortie indemne, finit-il par exposer calmement.
— D'où le schisme ? cherches-tu à comprendre. V.D.C. s'est séparée ?
— Il y avait deux camps. Nous, qui essayons d'éteindre les feux et les autres, qui souhaitent plutôt combattre le feu par le feu. Communément, nous les appelons désormais les V.D.C. scélérats.
Tu hoches la tête. En d'autres termes, il s'agit d'anciens volontaires qui ont succombé aux affres du crime. De nouveaux feux que vous vous devez éteindre. Tu songes que ces « scélérats » complotent peut-être contre l'organisation qui les a reniés.
— Et quelle est la cause de ce schisme ?
— … C'est assez compliqué, finit-il par te répondre après une hésitation. La cause est assez floue, certains prétendent que c'est un meurtre, d'autres un vol.
— Et personne ne s'attend à ce que cela revienne sur le tapis ?
Tu ne poses pas de questions supplémentaires sur les raisons derrière ce schisme. Même si Kaku n'a pas l'air d'être le volontaire le plus renseigné à ce sujet, tu devines sans peine que cela est plus complexe encore, et également sensible. Les deux parties de l'organisation ont autant de choses à se reprocher l'une que l'autre. Tu as vécu suffisamment longtemps dans la rue pour ne pas croire en une vision manichéenne des évènements.
— Oh si, c'est même l'une de nos principales menaces, te confirme-t-il simplement. La plupart des volontaires lutte contre les scélérats qui ne cessent d'allumer de nouveaux feux. Cependant, ce n'est pas encore un sujet qui te concerne. Tu dois d'abord finir ta formation.
Tu n'insistes pas, comprenant que la discussion autour du schisme est close. Tu en connais à présent les grandes lignes, et cela suffit selon les grandes pontes de V.D.C.
Néanmoins, cela ne t'empêche pas d'être dubitatif. Les plus anciens volontaires doivent connaître les véritables raisons autour de ce schisme. Cette ambiance de secrets cache à coup sûr une culpabilité certaine de la part des responsables de cette scission.
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— La Vertu Déshonorée de la Charité commence à se rebeller.
— Ce n'est pas un problème. Rappelez-lui simplement les possibles conséquences de ses actes. Cela suffira à le calmer.
— Cela sera fait.
— Et où en êtes-vous avec la Véritable Dentelle Certifiée, Madame Lulu ?
— Olaf n'agit pas selon nos prédictions.
— Vous pensez qu'il a percé à jour notre plan ?
— C'est une possibilité.
— Voilà qui est étonnant. D'ordinaire il aurait foncé tête baissée sur cet appât.
— Il y a peut-être une fuite avec le Petit Pointilleux.
— Peut-être. De toute façon, Morgans commence à prendre trop de libertés avec le journal. Il menace de renvoyer nos rédacteurs, les Snicket.
— C'est ce qui arrive lorsque le directeur du journal n'est pas un volontaire.
— Et le sucrier ? Des informations à son sujet ?
— Des nouvelles plutôt inquiétantes, j'en ai peur. Les forces d'Olaf s'organisent dans l'ombre. Il ne doit pas avoir abandonné son objectif.
— Cet acteur raté est trop têtu pour renoncer en cours de route. Prévoyez notre riposte, mobilisez les volontaires. Maintenant que le schisme ne nous est de plus aucune utilité, il est grand temps d'éteindre ce feu une bonne fois pour toute. Définitivement.
Et les informations continuent d'affluer ! Petit à petit, on découvre dans quoi s'est engagé Pedro, et on rencontre aussi de nouveaux personnages. Il faudra néanmoins attendre les parties suivantes pour comprendre tous les enjeux dissimulés par certaines conversations.
Concernant la suite, j'ai un planning assez chargé pour cet été, alors il faudra attendre un peu ! Dans tous les cas, j'édite mon profil pour tenir aux courants de mes avancées.
N'oubliez pas que la review est l'alimentation principale des auteurs, alors n'hésitez pas à en poster une !
See ya !
