Note : Merci pour votre présence, pour vos lectures et pour vos reviews, ça me fait vraiment plaisir de savoir que vous apprécier mon histoire et ses personnages (qui sont, pour la plupart, devenus mes bébés. Je vous avoue que l'idée de devoir tous (ou presque) les tuer me déchire d'avance. Pour l'instant, les morts sont prévues jusqu'à la 12ème, pour la moitié restante, rien n'est joué, alors n'hésitez pas à continuer de voter à chaque chapitre ) Pour ce chapitre, j'ai principalement donné la voix aux tributs qui n'avaient encore jamais eu leur petit pov :)
Je m'excuserai auprès de toutes celles (ou tous ceux ?) n'étant pas très branché(e)s mode ou vêtements en général, je dois avouer que je me suis fait plaisir, et vous pouvez lire en diagonale la partie de Diego si cela vous ennuie :)
Je ne sais pas si vous avez tendance à lire sur fond musical, mais voici les chansons que j'ai écouté pour écrire ce chapitre : The xx – intro Kina Grennis - Sweater weather (cover) (partie Evy), Lasse Boman – Long Long Summer.
Chapitre IV – Le spectacle
Nimue Zethar, district 3, l'astronomie.
Je sais qu'ils ne me comprennent pas, qu'ils me croient tous folle : mais c'est parce qu'ils ne savent pas ce que moi je sais. Je ne peux pas mourir, je suis l'élue des cieux. Vous voulez savoir comment je le sais ? Parce que je n'ai jamais ressenti la douleur. Ce mot est d'ailleurs étranger pour moi « douleur », « souffrance », ce ne sont que des mots que je ne comprends pas. Je ne saurais même pas les imaginer ! Je peux saigner, je peux brûler, mon corps reste un nuage. C'est parce que je viens de Pluton, mes vrais parents m'ont envoyé à bord d'une étoile. Je ne sais pas pourquoi, la vie ici est particulièrement pourrie. Mais je vais gagner, parce que je ne suis pas comme vous, je ne suis pas de chair et de nerf, je suis infatigable et invincible, je suis comme le soleil, je suis faite de vapeur.
- Nimue ?
Assise sur le lit, je tourne la tête vers Nekael.
- C'est ma chambre, dit-il avec gêne.
- Je suis tout, je suis l'eau et la terre, je suis partout, je ne suis rien. Tout est à moi, alors c'est ma chambre.
- Non, ta chambre, c'est à côté, reprend-il.
- Oui, c'est aussi ma chambre, les deux sont ma chambre. L'étage entier est ma chambre.
Il soupire et sort : il doit savoir que j'ai raison.
Evy Blake, district 1, la sécurité
Le réveil n'est pas difficile. A vrai dire, je n'ai presque pas dormi de la nuit tant je suis excitée à l'idée de défiler devant tout le peuple : c'est mon moment de gloire. J'essaie d'imaginer quelles tenues ils nous ont concocté cette année. Jusqu'à maintenant nous sommes approximativement passés par tous les uniformes de l'ancien temps, des policiers aux militaires en passant par les pompiers. J'espère qu'ils auront un peu plus d'imagination cette année.
Hier, j'ai annoncé ma tactique à mon père, mais il n'a pas l'air convaincu. Je ne veux pas d'alliés, lui ai-je expliqué. Je ne veux pas dépendre de quelqu'un et devoir rester sur mes gardes sans cesse. J'observe Victor depuis des années maintenant, je suis persuadée qu'il serait capable de me tuer dans mon sommeil. Mon père veut que je lui fasse croire que nous sommes alliés, même si je le laisse derrière moi dans l'arène : il faut que je le connaisse, que je sache ses points forts comme ses faiblesses. Je pense savoir comment gagner la confiance de mon co-tribut.
D'habitude, je m'attache toujours les cheveux en queue de cheval afin de ne pas être dérangée par des mèches rebelles lors de mes entrainements. Cette fois-ci, je laisse retomber ma crinière en cascade sur mes épaules. J'enfile un simple peignoir, qui m'arrive à peine à mi-cuisse et sors de la chambre.
Je toque trois coups sur la porte de Victor, sans qu'aucune voix ne me réponde. Je tape à nouveau : silence. J'essaie d'actionner la poignée et celle-ci s'ouvre sans problème : c'est qu'il est donc dans sa chambre. A peine suis-je entrée que j'entends l'eau couler. Le rideau de velours rouge est fermé. J'hésite : est-ce que j'attends étendue sur son lit pour le surprendre à sa sortie, ou bien est-ce que j'ouvre le rideau et me joins à lui ?
Je fais quelques pas et le ruissellement de l'eau s'arrête. J'entends la friction d'un tissu et le rideau s'ouvre. Victor, nu, se dresse devant moi du haut de ses deux mètres. Son corps est aussi parfait que son visage, de ses bras musclés à ses abdos dessinés en passant par… vous voyez ce que je veux dire.
En me voyant, il s'arrête un instant, d'abord hébété, puis un sourire se dessine sur ses lèvres.
- Je ne crois pas t'avoir invitée, dit-il gentiment.
- Je voulais simplement parler stratégie, dis-je en me cachant les yeux à la manière d'une fille prude et choquée.
Lorsque je retire ma main, une serviette est nouée à sa taille.
- Je reviendrais plus tard, je lui lance avec un sourire en quittant sa chambre.
Avec toutes les conquêtes que je lui connais, il est hors de question qu'il m'ait aussi facilement que les autres. Jouons un peu avant.
Jeremy Morgan, district 5, Joaillerie et pierres précieuses
- Je ne comprends pas, s'exclame ma mère.
- Je me suis juré de la protéger.
- Mais, ce sont les Hunger Games ! Il n'y a pas de « je protège quelqu'un », il ne faut penser qu'à toi Jer !
Ma mère tourne en rond dans ma chambre et parle toute seule en murmures inaudibles. Je ne l'avais jamais vu aussi paniquée que cela, elle semble avoir pris dix ans et tout le poids du malheur du monde sur le dos. Elle s'arrête brusquement et se tourne vers moi, le visage soudain illuminé.
- En fait, c'est une très bonne idée.
Elle s'approche de moi, enthousiaste et excitée. Elle jette un coup d'œil aux caméras, voit qu'elles sont éteintes et s'assit à mes côtés.
- Il a des supports pour tout type de tributs : les supports qui s'intéressent à ceux sans pitié, mais aussi les supports qui apprécient les bonnes âmes. Si tout le monde sait que Leïa a un cancer mais que tu veux quand même la protéger, petite et fragile comme elle est, tu vas monter dans les sondages !
Elle saisit mon visage entre ses deux mains et je vois dans ses yeux un soulagement étrange.
- C'est une idée géniale ! Ce soir, lors du défilé, tu la prendras par l'épaule et tu déposeras un baiser sur son front, il faut que tu apparaisses comme un grand frère protecteur, oui, oui, un grand frère, on ne va pas leur ressortir le couplet de l'amour maudit, c'est bon, ils en ont eu assez.
- Maman, je la coupe alors qu'elle ne cesse de débiter un flot infini de paroles, je ne veux pas jouer avec ça ! Je ne veux pas profiter de son cancer.
Le regard de ma mère change soudain. Elle replace ses cheveux blonds derrière ses oreilles et ses lèvres s'étirent dans un sourire crispé.
- Oh que si, mon chéri, tu vas le faire. Je ne me suis pas battue à dix-sept ans contre tout, je ne me suis pas déchirée l'âme à tuer cinq pauvres gamins pour que tu me sois enlevé maintenant.
Matthias Anderson, district 7, la sidérurgie.
Je n'ai pas vu le père de Biba depuis hier, lorsque nous étions dans l'aérotrain, mais elle ne semble pas s'en préoccuper. Dans le district 7, même si sa mère a essayé de faire croire à un accident, tout le monde sait que c'est Biba qui a failli le tuer en le frappant avec une poêle. Mais personne ne sait pourquoi, même si chacun y va de son opinion. J'espère qu'elle n'est pas au courant de toutes les rumeurs qui circulent sur elle.
Je suis dans ma chambre, assis sur le canapé, avec ma co-tribute et mon père. Il a étalé sur la table basse les fiches plastifiées de tous les tributs, afin que nous commencions à réfléchir à des plans d'attaque. Notre alliance s'est fait tacitement, sans que nous ne prononcions les mots, ni l'un, ni l'autre.
- Je pense qu'il serait déjà préférable d'en éliminer de la liste, dit mon père. Les plus faibles notamment.
Je le vois retirer les photos des deux districts 2, 3, 5, 8, 9 et 11. Il retire également la fille du 6. La table semble désormais bien plus vide.
- Voilà ceux avec lesquels il serait plus avantageux de faire une alliance. C'est risqué de prendre les deux tributs d'un même district, car au final vous serez en deux contre deux, mais par exemple, les carrières restent toujours ensemble. Un tribut fort n'est jamais seul, il est bien souvent sollicité par tous les autres.
Il place les photos des deux tributs du district 1 devant nous. Ils sont tous les deux sportifs et charismatiques. Le garçon pourrait m'écraser le crâne entre ses mains et la fille a un sourire carnassier.
- Ce sont ces deux-là qu'il faut que vous visiez. Les tributs du district 1 ne restent jamais seuls, à deux, ils ne pourraient pas garder la corne d'abondance. Et de tous les autres tributs, vous êtes de loin les plus forts : il faut que vous les approchiez au buffet de ce soir et que vous fassiez vos preuves au centre d'entrainement : il vaut mieux les avoir avec vous que contre vous.
Biba semble d'accord, alors j'acquiesce également. Les carrières me font peur, mais après tout, je soulève des tonnes de métaux chaque jour, je peux rivaliser. Je peux aussi leur exploser le crâne entre mes doigts.
14 heures sonnent. Les stylistes arriveront bientôt afin de nous préparer pour le défilé.
Bertha Laroux, district 8, l'informatique et la technologie
La styliste m'emmène avec ses deux acolytes. Je les vois se retourner vers moi et pouffer de rire. De quoi se moque-t-il ? c'est parce que je suis maigre ? c'est parce que je suis petite ? c'est parce que j'ai des dents de lapins ? Je presse mes mains contre mes lèvres. Vite, vite, qu'ils se dépêchent d'en finir avec moi, j'aime pas qu'on me touche, j'aime pas qu'on m'approche. On arrive dans la salle de préparation, il y a une longue table, un lavabo de coiffeur et plein de placards, plein d'étagères remplies de plein de produits. Un homme aux cheveux bleus s'approche de moi et m'emmène jusqu'au lavabo. Il fait une grimace, je le dégoute ? Pourtant je ne suis pas dégoutante, pour sûr, c'est sûr, je me lave les dents une fois par semaine comme dit papa et je me lave les cheveux une fois par mois comme dit maman. En fait, ils ne le disent pas, c'est moi qui l'invente parce qu'ils ne me parlent pas, p'tete qu'ils m'aiment pas. Le styliste fait couler l'eau sur mes cheveux pendant des minutes si longues que je m'ennuie. Qu'est-ce qu'il attend ? Je m'ennuie. Il touche enfin mes cheveux, mais c'est du bout des doigts seulement, il y a un liquide froid qui coule sur mon crâne. Il met du produit dans mes cheveux ? N'importe quoi, les cheveux ça se lave à l'eau. Après trente minutes au moins on part du lavabo, il m'emmène sur une chaise et me coupe les cheveux puis les sèche. Il coupe mes cheveux ! il a coupé mes cheveux ! Mais non, mais non, fallait pas les couper, j'avais mis des années à les avoir si longs. Je me mets à pleurer mais il ne dit rien. Après, il m'installe sur la longue table et me demande de me mettre en sous-vêtements. Ça va pas ! Haha, il est fou c'lui là. Des gardes entrent et me forcent à me déshabiller. Je pleure à nouveau. J'veux pas, j'veux pas. L'homme me fait m'allonger sur la table et m'y attache avec des sangles. J'suis pas folle ! J'suis pas folle ! Il sort un pot et la torture commence, il m'arrache lentement la peau : les jambes, entièrement, le pubis, les aisselles, le pubis, tout y passe. Je pleure à nouveau.
- Bon sérieusement, arrête de pleurer, sinon on ne sera pas en mesure de te maquiller.
- Mais j'en ai marre, je lui réponds, je veux que ça s'arrête.
Il rigole.
- Attends d'être dans l'arène, t'en fais pas va, ça s'arrêtera bientôt.
Diego Lonefer, district 11, la haute couture
Je monte dans notre char, aux teintes rouges et dorées. Je me tiens droit dans mon smoking sur mesure. Cette année, notre styliste – le père de Wanda – a voulu rester traditionnel. Pourtant, avec notre nom de district, il aurait pu tout se permettre. Je souris à mon amie, qui resplendit dans sa longue robe dorée qui lui colle à la peau, épousant parfaitement chaque courbe de son corps. Elle me répond timidement : je la sens distante depuis hier et je ne sais pas quoi y faire. Je tente de lui prendre la main, mais elle se dérobe subtilement, agrippant le rebord du char, le regard perdu sur nos concurrents.
Une grosse horloge indique 17h57, plus que trois minutes et les chars partiront s'exhiber sous les yeux avides des habitants du nouveau régime. A côté de nous, les districts douze sont silencieux. Avec un thème comme l'agriculture, leur styliste aurait vraiment pu mieux faire : la fille est affublée d'une robe de paysanne verte fade avec un tablier grisâtre, ses cheveux blonds sont enroulés dans un chignon rigide. Le garçon, quant à lui, porte une chemise rouge à gros carreaux et un pantalon en jean délavé. Ils se tiennent droits, solennels, et ne laissent rien percevoir sur leurs visages.
A 18h00 pile, la voix de Gaël Gridmann résonne dans les hauts parleurs du stade.
- Bonjour à tous et à toutes ! Bienvenue pour cette 100ème édition des Hunger Games ! J'imagine que vous êtes tout aussi excités que moi à l'idée de découvrir nos chers tributs au plus haut de leur forme, prêts à nous éblouir ! Cette saison recèle de véritables trésors, pour la plupart déjà connus de nous tous par la gloire de leurs parents, ces anciens vainqueurs ! Ainsi, s'ouvre la 100ème édition des Hunger Games ! Et découvrons tout d'abord nos deux tributs volontaires du district 1, Victor Emesis et Evy Blake.
Leur char part devant mes yeux. Victor et Evy portent une tenue cousue dans le même tissu au coloris militaire, de ce kaki taché de brun et de vert. Lui est dans une combinaison marcel-pantalon, dardée d'armes de corps à corps sur les côtés. Elle porte un minishort et une brassière qui lui couvre à peine la poitrine sur laquelle tombe sa chevelure dorée, un poignard coincé dans une jarretière noire qui contraste avec la peau claire de sa cuisse. Ils lèvent les bras et sourient, heureux comme jamais.
- Découvrons maintenant nos amoureux des arts, Epelonias Van Witer, le célèbre comédien et chanteur, ainsi que Sidney Schmitt, une peintre très douée pour son âge.
Epelonias est affublé d'un chapeau blanc orné d'une longue plume rouge, et d'un costume tout aussi immaculé. Sidney, quant à elle, est ravissante dans une robe rouge de cabaret dont les froufrous cachent sa minceur. Ses stylistes ont rajouté des extensions brunes à ses cheveux courts qui lui vont à ravir.
- Voilà le district 2 : Nimue Zethar et Nekael Harper sur la piste, je vois que leur styliste a été jusqu'au bout du thème !
La foule lance des « aaah », des « oooooh ! ». Le couple ne porte pas de costume, seulement des sous-vêtements. Leur styliste a peint à même la peau tout une galaxie, des étoiles, des comètes. Je dois reconnaître que le travail est magnifique.
- Ah, voilà le petit préféré du Centre ! Seith Helfryn et sa partenaire, Lilly Meyer, du district 4.
Leurs tenues sont splendides : tout argentées, elles emprisonnent les rayons de soleil et leurs porteurs sont tout bonnement illuminés, ils brillent tellement que j'en suis presque ébloui. Ils partent sous les acclamations du public qui semble déjà tout acquis à leur cause.
- Je vous présente les deux tributs du district 5, Jeremy Morgan et Leïa Gabin.
Ils portent tous les deux la même tunique d'or sur laquelle sont brodés des arabesques de pierres précieuses : rubis, saphir, diamants. Une broche rayonne dans les cheveux bruns de la petite Leïa.
- Et voici le district 6, représenté par Exodus Keepling et Mary Littlebig qui n'a, de son nom, que le nom !
Il rigole seul de sa blague et le couple part devant moi. Pour le coup, le styliste s'est vraiment trompé. Ils portent des tenues affreuses : sur la robe blanche de Mary, en forme de cloche sous le bustier, sont accrochés des tubes transparents dans lesquelles on voit s'écouler doucement de l'eau. Si le principe me semble appréciable, la réalisation est franchement douteuse. Le costume blanc et fluide d'Exodus reprend le même principe. Néanmoins, le blanc lui va très bien, en contraste avec sa peau noire.
- Ah, nous avons déjà pu apprécier la moitié de nos tributs, et je ne sais pas lesquels vous préférez cher public, mais j'ai moi-même déjà choisi ! Les tributs sont tous plus beaux les uns que les autres.
J'ai envie de rire, moi qui ai vécu toute ma vie dans le milieu si sélectif qu'est la mode. Ce n'est pas la beauté qui me fera gagner, bien que je les surpasse tous, la beauté ne servira à rien, dans l'arène.
- Et voici, tout en muscle, Biba Clarke et Matthias Anderson, du district 7.
Leur styliste ne s'est pas foulée : ils portent tous les deux un uniforme noir sur lequel brillent en rougeoyant ce qui semble être des coulées de métaux liquides.
- Ah, le district 8, Dwayne Nichols et Bertha Laroux.
A leur départ, je suis étonné par le manque d'applaudissements dans le public, c'est un silence presque religieux dans l'arène, même si j'entends des gens hurler le nom de tributs déjà passés « Evy ! », « Seith ! ». Leurs tenues sont faites de matériaux récupérés dans des ordinateurs, il me semble. Pas facile à porter : ils sont encombrés et peuvent à peine esquisser un geste vers le public qui les ignore toujours.
- Elijah Wingles et Ella Farenz sont là pour le district 8 !
Elijah et Ella portent tous les deux un uniforme de serveur, la petite Ella, rondelette, ne semble pas savoir ce qu'elle fait là. Elle regarde encore le sol lorsque son char s'élance.
- Ah, que serait cette édition sans les tributs du district 10, voici Vright Luciah et Aiko Li !
Vright est torse nu et porte un pantalon qui semble avoir été réalisé en pièce de monnaie dorées, il me lance un sourire amical avant de disparaître. Aiko, la tête encadrée de longs rubans de cheveux noirs, porte une longue robe à traîne argentée sur laquelle sont cousus des centaines de pièces d'argent.
- Oh, voici nos chers mannequins si célèbres ici, Diego Lonefer et Wanda Jones, pour le district 11.
Et notre char s'élance. Les chevaux trottent dans le sable et j'en reçois dans les yeux. Je dois faire un effort considérable pour ne pas me les frotter et continuer à saluer cette foule qui me connait, celle foule qui m'a vu des centaines de fois sur des affiches placardés dans leur belle cité. Cette foule qui se réjouit désormais de m'envoyer mourir. Notre char s'arrête enfin à côté de celui du district 10, j'essaie discrètement de retirer ces grains de sable qui me piquent les yeux lorsque Gaël s'exclame :
- Cela faisait vingt-et-un ans qu'un tribut, autre que dans le district 1, ne s'était porté volontaire. Merci de faire une ovation à Nonam Rodriguez et son partenaire du district 12, Jarod Black !
Et alors que leur char s'élance, ils se prennent la main et les tendent bien haut, un sourire victorieux sur leur visage, eux qui ne sont rien d'autres que des enfants de renégats dans des tenues à trois sous. Soudain, ils se lâchent les mains et arrachent leurs vêtements qui se retirent en un clin d'œil. Je reste bouche bée et un murmure bourdonnant s'élève de la foule. Les voilà, étincelants dans des combinaisons près-du-corps, noires et brillantes, qui semblent être faites de poussières d'étoiles. Ils portent des bijoux, fins pour elle et larges pour lui, tout le long de leurs bras. Un autre bijou, tel un serpent doré, s'entortille autour de leur cuisse droite puis de leur hanche et remonte jusqu'à leur cou et semble se planter dans leur chair. Leurs cheveux longs, châtain pour lui, blonds pour elle, sont libérés, s'envolent et se mêlent dans le vent. Ils ne respectent même pas leur thème, mais qui s'en préoccupe ? Le public les acclame déjà.
Fin du chapitre IV
