Note : En ce qui concerne les caractères, je sais que certaines choses vont sembler clichées, au niveau des relations entre personnage par exemple. Rappelez-vous néanmoins que les différents tribus d'un même district se connaissent, de près ou de loin, pour vivre dans le village des vainqueurs, donc peuvent avoir un passé antérieur assez fort. (sachant qu'au niveau de la moisson, celle-ci n'ayant eu lieu qu'au sein des familles de vainqueurs (et de 15 à 20ans) , il n'y avait pas plus de 10 candidats à chaque fois)

Je tiens également à annoncer que j'avais prévu la plupart des morts et notamment pour le bain de sang. Je remets tout à 0 et m'inspirerai totalement de vos votes (jusqu'au 4 derniers survivants du moins), tout est donc encore à jouer ! - enfin, vos votes enregistrés jusqu'à maintenant sont toujours valables, je vous rassure. Continuez d'attribuer votre point à un jour par review a chaque chapitre :)

Worz : Ahaha, Jarod tu voulais, Jarod en voila. Par contre, ne pense pas voir mes préférés dans le nombre de passage dédié, pour simple exemple, Leïa en fait partie et n'avait encore jamais eu droit à la parole :p C'est dur de trouver l'espace de faire parler 24 personnes, j'essaie de faire de mon mieux x3 (ça sera déjà plus simple quand la liste sera raccourcie, dans l'arène – je me sens ignoble à dire ça comme ça, j'ai presque l'impression qu'ils sont vivants T_T). En tout cas, ravie que ça te plaise jusqu'ici :D

Playlist : Leïa + Ella ( Houses – a quiet darkness) Bertha (Gunshot – Lykke Li) Jarod (Kongos – Come with me now) Epelonias ( Sail – Awolnation) Haut Juge Hans Kraädchman (Let it go – the neighbourhood)

Petit recapitulatif des tributs :

1 – Victor et Evy

2 – Epelonias et Sidney

3 – Nekael et Nimue

4 – Seith et Lilly

5 – Jeremy et Leïa

6 – Exodus et Mary

7 – Matthias et Biba

8 – Dwayne et Bertha

9 – Elijah et Ella

10 – Vright et Aiko

11 – Diego et Wanda

12 – Jarod et Nonam


Chapitre V - Le repas

Leïa Gabin, district 5, joaillerie et pierres précieuses

Après le défilé, nous sommes amenés par notre ordre de district dans une immense salle. De grands miroirs habillent les murs et lui donnent l'impression d'être encore davantage spacieuse. De gigantesques lustres de cristal tombent au-dessus d'une large table à vingt-quatre couverts sur laquelle repose de grands plats d'argent remplis de toute sorte de victuaille. C'est une galerie des glaces et je m'y sens minuscule. Cela me rappelle la salle des fêtes dans laquelle on avait fêté les vingt ans de ma sœur, il y a deux ans. J'étais une véritable peste à l'époque : toujours jalouse des autres, toujours envieuse et désagréable. Tout a changé lorsque j'ai appris pour ma maladie. Au début, j'étais tellement énervée contre le monde entier que j'étais un monstre incontrôlable, remplie de larmes et d'injustice. J'avais envie d'arracher les yeux de tous ceux que je croisais, de hurler au monde entier toute ma haine, de lui cracher ma colère et mon malheur. J'étais un fantôme sans vie, sans âme, sortie de ce corps dont j'étais prisonnière. Jamais encore je ne m'étais sentie si étrangère à moi-même, si victime de mon enveloppe.

Puis j'ai accepté l'évidence. J'ai accepté la fin et la mort. J'ai accepté de perdre tout ce que j'avais.

Je m'assieds à la place qui m'est attribuée, entre Jeremy et Exodus du district 6. Ce dernier me regarde avec un espèce de sourire condescendant, presque moqueur. Je sais que je suis petite, que je suis maigre, que je suis malade et fragile. Je sais que je n'ai aucune chance, mais après tout il faut mourir, tôt ou tard. Ce sera, hélas, tôt. J'essaie de ne rien laisser paraître, j'essaie d'être forte et mature mais je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer toute la nuit. Je savais que j'allais mourir, ce n'est pas ça le problème. La mort n'est qu'une nouvelle voie. J'espérais simplement pouvoir fermer les yeux dans les bras de ceux que j'aime. Les faire sourire une dernière fois, les faire rire, leur rappeler que ce n'est pas grave, qu'on se reverra bientôt, que je serai toujours avec eux même si mon corps est sous terre.

J'essaierai d'aider Jeremy, de tout mon corps, de toute mon âme. Il mérite de rentrer. Il ne le sait pas, mais je l'observe depuis des années maintenant. Je l'observe du bout des yeux, j'observe ses sourires, j'observe ses yeux lorsqu'il est perdu dans ses pensées, j'observe l'éclat de ses cheveux quand il est assis sous les rayons du soleil. Il ne connaissait pas mon nom mais je savais le sien depuis des années. Il ne m'a pas senti frissonner lorsqu'il a entouré mes épaules de ses bras lors du défilé. Il ne m'a pas vue rougir lorsqu'il a déposé un baiser sur mon front.

- eh, Leïa, me hèle une voix à ma gauche.

C'est Lilly, la fille du 4, qui me regarde avec un grand sourire, par-dessus Jeremy qui se sert du ragoût d'agneau.

- Magnifique ta robe ! me complimente-t-elle gentiment.

Je la remercie avec un sourire. Jeremy aura besoin d'alliés pour gagner, et j'ai entendu le peuple acclamer leur char. Je donne un léger coup de coude à mon coéquipier.

- On peut échanger de place ? je demande.

Jeremy me regarde, perplexe et réticent, puis me fait un signe du menton pour désigner Exodus. Puis il se tourne vers Lilly.

- Je veux bien échanger avec toi.

La fille accepte et prend place à côté de moi, commençant à complimenter le feuilleté au fromage dont elle reprend une part tandis que Seith amorce la discussion avec mon partenaire.


Bertha Laroux, district 8, informatique et technologies

Manger, manger, ils veulent m'engraisser. Je ne mange pas, je ne suis pas une oie. Je ne mange rien. Puis je vois mon péché mignon, la seule chose à laquelle une fille comme moi ne peut pas résister : un morceau de fromage. Un beau morceau à la croûte bien épaisse, bien dure. Un morceau laiteux et fondant, crémeux et coulant. Je pourrais me nourrir seulement de ça. C'est pour ça qu'ils m'appellent le rat ! Les misérables. Misérables insectes répugnants. Il y a plein de gens autour de la table, plein de gens qui me regardent, qui me fixent de leurs petits yeux porcins sans expression. Ils n'ont pas de vie, ils n'ont pas d'âme, je les rongerai tous jusqu'à la moelle. Il faut tuer qu'ils ont dit, tuer, tuer, tuer. Je peux tuer, j'ai déjà tué : des souris, des chats, un chien même une fois. Mais ce n'était pas pour tuer ! C'était pour observer, pour voir comment c'était dedans, voir comment ça vivait. Je connais les circuits, les écrans, mais ça, c'était fait de chair et de sang. J'ai senti leur cœur battre, puis plus rien, tout s'était arrêté, plus de vie. J'ai essayé de les redémarrer, de changer les pièces à l'intérieur, mais ça ne marchait jamais. Alors si je ne tue pas pour tuer, je peux bien tuer pour tuer. Il y en a un, en face de moi, qui me parle, j'le regarde pas, j'veux pas qu'il me parle. Je ne parle à personne, pas si je dois les tuer. Il faut que je les vois comme des souris. Des petites choses à étriper pour voir comment c'est fait dedans. Alors je les regarde tous, je leur jette un coup d'œil, et leurs oreilles d'allongent, leur nez aussi, de longues moustaches leur poussent. Voilà, ce sont des souris.


Ella Farenz, district 9, le service

J'ai une boule dans la gorge. Ils se remplissent tous l'estomac comme si de rien n'était, mais dans une semaine nous n'aurons plus rien. Moi qui ai toujours mangé à ma faim – ma rondeur le montre d'ailleurs – je dois commencer dès maintenant à m'habituer à cette sensation désagréable de ventre vide.

Je suis la première à me lever de ma chaise – on ne pourra pas rire de la petite grosse qui s'empiffre à l'écran. Ils ont installé des coins similaires à chaque angle de la pièce : de confortables fauteuils bordeaux disposés en rond autour d'une table basse sur laquelle se trouvent des assiettes remplies de friandises. Je vais m'asseoir dans l'un d'entre eux et résiste aux bonbons en me sachant observée : les coins sont toujours exagérément fournis en caméra, les organisateurs savent très bien que c'est là que débutent les premières alliances.

Quelques minutes plus tard, une fille me rejoint. Je reconnais la tribut du deux par ses cheveux châtains et courts. Elle s'assied à côté de moi.

- Salut, moi c'est Sidney commence-t-elle. Je suis venue te voir parce qu'on a le même âge, alors je me suis dit…

- T'as bien fait, je lui réponds. Je m'appelle Ella.

- Je sais, répond-t-elle avec un sourire. C'est un peu dur de se retrouver seule ici, non ?

Je regarde autour de moi : tout le monde s'est levé de tables et des groupes se forment lentement. Je remarque que les deux carrières discutent avec les tributs du 7. Le garçon du 3 est avec la fille du 11 et le garçon du 11 est avec ceux du 10. Je ne connais pas encore leur prénom à tous, mais je ne sais même pas si j'ai envie de le savoir. De réaliser que ce sont bien des personnes avec des identités qui leur sont propres. C'est plus simple de les voir comme ça : « des tributs ». C'est plus neutre, plus détaché, pour peut-être réussir à me convaincre que je pourrais les tuer. Le garçon du 2, le co-tribut de Sidney est debout, tout seul, appuyé contre un mur.

- Tu n'as pas fait d'alliance avec le tribut de ton district ? je lui demande.

Elle secoue la tête négativement.

- Il est insupportable et c'est une vraie poule mouillée. Je le connais bien, c'était mon voisin dans le village des vainqueurs. Pas vraiment quelqu'un sur qui tu peux compter, il serait du genre à te pousser vers l'adversaire pour pouvoir prendre ses jambes à son cou pendant qu'on s'occupe de toi, si tu vois ce que je veux dire. Et toi ?

- Elijah ne m'a même pas adressé la parole une seule fois.

- On est gâté, s'exclame Sidney. A vrai dire je suis venue te voir parce qu'il s'est plaint à table du fait que tu étais trop gentille et que tu étais sans doute incapable de tuer quelqu'un. Tu as l'air sympa. On pourrait s'aider dans l'arène : faire profil bas au début – je suis vraiment bonne en peinture – et puis après on pourra jouer stratégie et puis… on verra.

- Oui, ce serait bien, j'acquiesce avec un sourire sincère.


Jarod Black, district 12, l'agriculture

Qu'ils sont ridicules, tout autant qu'ils sont. J'ai le sourire au coin des lèvres en observant leur spectacle d'hypocrisie. Ils se rencontrent, se parlent, s'apprécient, mais en tête ils n'ont rien de moins que leur peau à sauver. Ils racontent leur misérable vie précédant la moisson pour montrer leur humanité, pour dissuader leurs adversaires de les tuer. Et ça marche ! Souvent, ça marche. Mais derrière leurs visages d'anges, ce sont tous des monstres d'égoïsme. Ils espèrent simplement que quelqu'un d'autre sera là pour tuer leurs alliés, pour ne pas salir leurs jolies mains précieuses.

- Eh, où est-ce qu'on voit vos caractéristiques ?

Je me tourne vers la voix qui vient de parler et dévisage, incrédule, le garçon roux du district 8 qui s'impatiente.

- Faut bien choisir nos coéquipiers, alors elles sont où vos putain de caractéristiques ?

Ce garçon a l'air totalement cinglé. Je ne prends même pas la peine de répondre et me tourne à nouveau vers mon assiette, appréciant toute cette nourriture qui vient de mon district et pour laquelle tous ces privilégiés ne sont même pas reconnaissants. Une main me saisit par le col et me tire violemment de ma chaise. Le garçon du 8 m'agrippe et me soulève légèrement du sol.

- Tu vas me répondre, bordel !

Je me marre. S'il pense qu'il me fait peur, il se trompe grossièrement. J'ai vu bien pire que lui dans mon district, je vis avec bien pire que lui. Ça m'étonne que des gardes ne soient pas encore intervenus, mais un peu d'action arrange les audiences.

- Dwayne, c'est ça ?

- Non, moi c'est Holtyzon.

- Holtyzon, je répète avec un rictus moqueur. Mes caractéristiques sont juste ici.

Et je soulève allégrement mon majeur. Le cinglé sert son poing et j'esquive son coup en lui assénant un coup de pied dans le tibia. Une sirène résonne. Il me lâche mais revient à la charge, la tête en avant, comme un rhinocéros. Je me dérobe au dernier moment et explose violemment mon coude dans son dos au moment où les gardes entrent. Je m'écarte immédiatement, les mains en l'air.

- Vous savez très bien que c'est lui qui a commencé, dis-je en m'adressant aux caméras.

Les gardes emmènent le tribut du 8 qui se débat comme un beau diable, vociférant contre moi et contre les « éditeurs du jeu » pour reprendre ses mots. Tous mes adversaires sont tournés vers moi. Je remets de l'ordre dans mes vêtements et les salue.

- Le spectacle est fini… pour l'instant.

Puis je me rassoie au côté de Nonam qui n'a rien avalé de la soirée.

- J'ai pas à m'en faire pour toi au corps à corps, lance-t-elle.

- T'as pas à t'en faire pour moi tout cours, je lui réponds avec amertume. A part le district 1 qui se prépare pour ça depuis des années, aucun d'entre eux ne fait le poids contre nous, ils ne connaissent ni la rudesse de la vie ni les apprêtés de la nature. On passe toutes nos journées sous le soleil à cramer pour qu'ils bouffent comme il faut. On trime comme des bêtes pour des fautes commises par nos ancêtres. J'adhère pas trop au concept.

Je prends mon verre et en sirote un peu le contenu. A la brûlure habituelle qui coule dans ma gorge je devine qu'ils ont mis de l'alcool dans nos cocktails : quoi de mieux pour délier les langues, révéler les vraies intentions de chacun, d'ôter le peu de contrôle à ceux déjà prêt à tout : la rousse du 6 a laissé tomber les bretelles de sa robe jusqu'à ses coudes et révèle déjà une poitrine opulente tandis qu'elle se frotte exagérément à Victor sous les yeux menaçants d'Evy.

- Tu es prêt alors ? me demande Nonam.

Je la fixe, l'air interrogateur.

- Pour le plan dont je t'ai parlé, c'est d'accord ?

Je reprends une nouvelle gorgée et répond :

- Ouais, c'est d'accord.

Je suis prêt à tuer, je suis prêt à mourir.


Epelonias Van Witer, district 2, les arts

Aucun ne me regarde, aucun ne prête attention à moi. J'ai envie de pleurer, je pense à papa, je pense à maman. Aucun ne sera là pour m'aider et même mon mentor n'en est pas un, mon grand-père ne m'aidera jamais, je ne suis pas assez bien pour lui. Pas assez féroce, pas assez violent, pas assez viril. Mais s'il savait à quel point je veux vivre, il ne tiendrait pas le même discours. Je suis capable de les avoir, tous, les uns après les autres, je peux les faire tomber. Qui aurait peur de moi ? Qui se méfierait du petit Epelonias Van Witer qui ressemble tant à une fille ?

La première à trinquer, ce sera Sidney. Elle n'a même pas essayé de me parler, elle s'est ruée sur cette Ella. Et bien ce sera la seconde. Je les tuerai tous sans qu'ils ne se rendent compte de rien. Et enfin, enfin, on me reconnaîtra, on reconnaîtra Epelonias Van Witer, le cruel, le vaillant, le courageux.

Je ne veux juste pas mourir, je suis trop jeune pour mourir.

J'avance vers les tributs du district 1, mais ceux-ci n'ouvrent même pas leur cercle. Je les entends parler avec Matthias et Anderson des poids qu'ils portent tous les jours pour se muscler. Des brutes sans cervelle, j'espère. Mary, qui s'est fait éconduire par Victor, traîne avec Exodus et Elijah, l'air renfrogné. Bertha est seule à table, à quelques places de Jarod et Nonam qui observent les autres. Elle tapote ses doigts entre eux et marmonne quelque chose. Cette fille est flippante, je préfère ne pas l'approcher. La seule autre tribut à être isolée est Nimue, du 3. Elle est assise en tailleur, par terre, en face d'un miroir dans lequel elle se regarde.

Je m'approche doucement. Si je veux gagner, il va falloir que je joue le rôle de ma vie : celui du gentil.

- Je peux m'asseoir ?

- Nimue accepte.

J'hésite à repartir immédiatement, mais si je peux avoir un coéquipier qui me servirait de bouclier, pendant le bain de sang, ça m'arrangerait.

- Moi c'est Epelonias.

- On dirait le nom d'une étoile, me répond-t-elle en continuant de se regarder.

- Qu'est-ce que tu fais ?

- J'invoque la déesse Galyna du système de Pluton pour qu'elle m'offre sa protection.

- Je… je reviendrais plus tard, dis-je alors en me relevant.

Il me faut quelqu'un d'influençable, de maniable, de naïf. Pas une folle dans la lune qui n'en ferait qu'à sa tête. Et là, je les vois, toutes les deux. Sidney et Ella qui rigolent dans leur coin. Garde tes ennemis proches de toi, disait mon grand-père. Bien, mettons en œuvre son conseil, faisons de ces deux bécasses mes petites poupées d'un théâtre de marionnettes.

Je me dirige vers les filles et m'assieds sur l'un des fauteuils de velours rouge, à côté d'Ella. Les deux filles se taisent en me voyant. Sidney me jette un regard noir tandis que l'autre semble gênée.

- Bonjour Ella, je lance avec un grand sourire à la fois triste et adorable.

- Bon..Bonjour, bredouille-t-elle.

Et là, je m'élance, je lui raconte à quel point je suis triste, que je m'en fiche d'aller à ma mort car personne ne compte sur mon retour, que mon grand-père ne m'a jamais aimé et qu'il préfèrerait me laisser mourir plutôt que de m'aider. Je lâche deux larmes avant de reprendre et d'annoncer que ma sœur a toujours été la préférée dans ma famille, que personne ne me voyait, qu'ils devaient être bien contents que ce soit moi qui ait été tiré au sort.

L'expression d'Ella se fait compatissante et j'arrive même à obtenir une moue désolée de la part de Sidney. C'est ça, les filles, tombez dans le panneau.

- Mais je ne veux pas vous embêter avec mes problèmes, dis-je pour finir.

- Tu ne nous embêtes pas ! me rassure Ella.

Trop gentille, trop stupide.

- Tiens, j'ai une idée, je lance avec un sourire soudain, et si je chantais une chanson pour détendre l'atmosphère un peu ?

Les deux filles acceptent et je me lance : d'une voix cristalline, veloutée et sans fausse note, je chante un air d'opéra qui retourne tout le monde sur moi. Oui, moi, Epelonias Van Witer, me voilà.


Le Haut-Juge, Hans Kräadchman

La table est remplie de croquis. Nous avons encore une petite semaine pour mettre au point tous les pièges et les recoins de l'arène. Bien que déjà construite, il me faut encore des remous pour la rendre splendide. J'observe un dessin de requin mécanique sur une grande feuille blanche.

- Vous voulez en mettre dans l'eau ? je demande.

- Et bien, réponds l'un des designers, Ils seraient comme de vrais requins au niveau de l'apparence, mais leur cerveau est robotique et vous pourriez les diriger comme bon vous semblera.

Je passe une main avisée dans mon bouc blanc.

- Intéressant, intéressant. Ça changerait des mutations génétiques qu'on a l'habitude de voir.

Je place le croquis des requins dans une case rouge, celle des projets acceptés, et me dirige vers l'écran géant. Il y a vingt-cinq ans, j'avais dirigé la dernière édition du repentir. Quarante-huit tributs, cela avait été magistral. Un véritable massacre, les plus grandes audiences de tous les temps avait couronné ma gloire. Mais j'avais regretté de ne pas avoir pu m'attarder sur les tributs, de les rendre attachant ou surprenant, d'avoir joué sur leurs phobies, sur leurs faiblesses : Quarante-huit, c'était beaucoup à gérer. Cette année, ce sera mon plaisir avant tout.

Je regarde le déroulement du repas sur l'écran géant. C'est une bonne récolte cette année, les personnalités sont différentes, complémentaires. Dwayne est intenable, j'aurais aimé ne pas avoir à faire à un moissonné aussi perturbé que lui, mais au vue sa violence, son œuvre dans l'arène pourrait être amusante. Evy est imperturbable, je suis fier de voir la fille de l'homme que mes jeux avaient mené à la victoire. Je ne parierai pas sur Ella Farenz ou Sidney Schmitt. J'aurais aimé que Leïa Gabin rejoigne leur groupe mais l'alliance qu'elle mène entre son partenaire et les deux tributs du 4 sera intéressante, si la petite malade qui fait déjà pleurer les chaumières doit affronter en finale le préféré du peuple, l'amant de Gavyn Helfryn, cela serait magistral.

Je continue à tous les observer minutieusement, les uns après les autres. Je m'attarde sur leurs yeux, sur leur façon de se tenir, j'essaie de déceler l'anxiété ou l'acceptation, j'essaie de trouver la peur ou la colère. Ces jeux seront exceptionnels, et voilà qu'ils font leurs premiers pas sur mon échiquier.

Fin du chapitre