Note : Hello hello, me voilà pour notre rendez-vous hebdomadaire, un peu plus rapide que prévu. Plus que quelques chapitres avant l'entrée en arène ! (concrètement, l'examen, les entrevues et les prémices de l'entrée dans l'arène) J'essaie d'égaliser les prises de paroles de chacun, et je vous avoue que je ne sais même pas encore précisément qui mourra dans le bain de sang, rah, ce n'est vraiment pas agréable de tuer ses personnages x).

Je crois que c'est l'un des chapitres que j'ai préféré écrire.

Vous pouvez à nouveau voter sur ce chapitre pour attribuer un point à votre personnage préféré.

Sachez que tous vos votes comptent, et que plus un personnage a de votes, plus il a de chance de survivre longtemps...


Chapitre VI – Le premier entraînement

Dwayne Nichols, district 8, informatique et technologies

J'comprends pas. On m'a enfermé dans une salle minuscule et blanche. C'est le SAS avant la partie ? Mais j'ai même pas pu choisir mes coéquipiers… J'comprends pas. Si on était immunisé là-bas, si on avait pas le droit d'y aller avec les poings, pourquoi est-ce qu'ils n'ont pas inséré un code pour qu'on soit contraint dans nos mouvements ? J'comprends pas.


Victor Emesis, district 1, la sécurité

On quitte la splendide salle du repas après quelques heures de spectacle. Evy marche devant moi sans m'adresser la parole, mais elle accentue les mouvements de ses hanches à chaque pas. Je ne peux pas lui faire confiance, je ne peux avoir confiance en personne et elle particulièrement : elle pue la manipulation.

Le dîner est toujours le meilleur moment pour observer nos adversaires et ils sont pour la plupart totalement quelconques, faciles à tuer. Mais les tributs du 7 sont taillés dans la roche, ils sont habitués au dur labeur et surtout, leurs muscles sont tout aussi développés que les miens. Il vaut mieux les avoir avec nous. Le garçon sera facile à entourlouper, il est trop gentil. La fille, un peu moins.

Nous prenons l'ascenseur pour nous rendre au premier étage – le nôtre – et lorsque la porte de métal s'ouvre, nos mentors se trouvent devant nous.

- Suivez nous, nous ordonne Varus Blake.

Au lieu de prendre à gauche en sortant pour nous rendre dans nos appartements, nous tournons sur notre droite. J'aperçois alors une porte que je n'avais pas remarquée. Mon oncle l'ouvre et entre en premier. Il s'agit d'un petit salon constitué d'une table en pierre entourées de six chaises et de trois canapés tournés vers un écran. Nos mentors nous invitent à nous asseoir.

- Votre entraînement commencera dès ce soir, annonce mon oncle.

Je ravale un hoquet de surprise. Sérieusement ? Ils veulent donc commencer par tester notre résistance dès maintenant. Après la journée éprouvante que nous avons vécue, la grande majorité des tributs n'inspire sans doute qu'à se coucher. Je souris. Moi, je suis encore en pleine forme, prêt à tous les écraser.


Nekael Harper, district 3, l'astronomie

Nimue et sa grand-mère n'ont même pas pris la peine d'ouvrir leur enveloppe, elles commentent une photographie prise au début de la nuit, et déblatèrent sur la signification de la place des étoiles. Mon frère, Fabulus, me tend un bout de papier avec l'air désolé qu'il arbore depuis que j'ai été choisi.

- Arrête de faire la gueule, je lui lance.

Il ne répond rien et j'ouvre l'enveloppe pour en sortir la liste des différents ateliers de l'entraînement et lis à voix haute :

- Survie, escalade, nage, apnée, course, corps à corps, orientation dans l'obscurité, pièges, boxe, camouflage, armes lourdes, lancer de couteaux. Ça fait douze ateliers différents.

- On a eu la liste hier, m'annonce mon frère.

- Nage, je reprends, donc il y aura de l'eau.

Cela faisait longtemps qu'il n'y avait pas eu d'eau dans une arène. Mes bains de minuit sous les étoiles me serviront à quelque chose finalement.

- Ça devrait aller pour toi à ce niveau-là, confirme mon frère. L'entrainement de ce soir a pour but de tester votre résistance face à la fatigue, à l'épuisement. Il ne faut pas oublier que rien n'est plus dangereux que la nuit en arène, dormir sans protection équivaut à une mort certaine. Et je suis persuadé que ce soir comptera pour votre note finale. Il faut que tu choisisses un atelier qui ne te fatigue pas trop. D'autres feront l'erreur de vouloir épater les autres dès le début et seront vite épuisés.

- Tu vois que tu as tout de même des conseils à me demander, dis-je avec un sourire.

Il rougit avant de reprendre :

- Etant donné que tu passes tes journées dans la nature, j'imagine que la survie serait un bon choix pour toi.

J'acquiesce d'un mouvement vif de la tête, j'aimerais bien que Wanda se joigne à moi.


Elijad Wingles, District 9, le service.

Ma sœur m'a donné ma tenue en même temps que la liste des ateliers. Nous portons tous une combinaison noire près du corps avec des rayures bleues sur les côtés pour les garçons et magenta pour les filles. Vous dites clichés ?

Nous entrons dans la salle d'entraînement et je ne peux m'empêcher d'essayer, par habitude, de tripoter des lunettes désormais inexistantes. Ma styliste m'a donné une boîte remplie de lentilles éphémères pour les entraînements, la vue qu'elles me donnent est tout bonnement parfaite.

Je me l'étais imaginer plus petite, mais c'est un véritable stade dans lequel nous pénétrons. Une immense piscine se trouve tout à droite, trois rings sont à ma gauche devant une piste de course, une serre fermée est accessible par le mur d'en face, seul le stand de piège ne prend que quelques mètres carrés.

Une lumière s'allume sur le mur d'en face, juste au-dessus de la serre. Dans une alcôve protégée par une vitre se tiennent les différents juges, confortablement installés dans des fauteuils de cuir marron. Je remarque qu'une dizaine d'écrans se trouvent sur chaque mur de leur petite salle, montrant plus précisément chaque atelier. Ces lentilles sont vraiment exceptionnelles.

Un homme avec de longs cheveux blancs s'approche de la vitre et je reconnais avec stupeur le haut-juge qui ne nous avait pas encore été révélé : il s'agit de celui qui avait mis en place la dernière session du repentir. Mon ventre se noue : cet homme est d'une cruauté sans pareille. Il n'avait pas hésité à brûler vive une jeune adolescente qui refusait de se mouvoir dans l'arène, de lancer des mutations sur ceux qui ne tuaient pas assez vite leurs alliés à la fin. Il avait même interdit l'envoi de parachute, et un garçon était mort, purulent de gangrène, en agonisant pendant plusieurs jours. On dit même qu'il avait mené le jeu du début à la fin par ses choix d'actions dans l'arène, amenant toujours de nouvelles proies à Varus Blake afin que celui-ci marque d'un record sanglant son édition spéciale.

- Bienvenue à tous et toutes pour votre première séance d'entraînement, nous lance-t-il enfin à travers les haut-parleurs. Vous avez accès à tous les ateliers où des instructeurs spéciaux vous accompagneront. Sachez que vous êtes libres de quitter cette salle dès que vous le souhaiterez afin d'aller vous coucher, un garde vous emmènera à vos appartements.

Les tributs se répartissent assez rapidement : les tributs des districts 1 et 7 se dirigent vers une salle vitrée dont l'intérieur semble être fait de tapis de protection. Je lis « armes lourdes » sur une pancarte au-dessus de la porte. Ella, ma co-tribut, suit Sidney et Epelonias au stand de camouflage. Les districts 4, 5 et 10 ainsi se dirigent vers la piscine. Wanda et Nekael prennent le chemin de la serre qui correspond à l'atelier survie. Je choisirai mes coéquipiers quand ils auront fait leur preuve dans l'entrainement, quand je saurais qui est digne de se tenir à mes côtés.

Je jette un coup d'œil autour de moi pour prendre un atelier où personne n'est encore, afin d'être seul sur l'écran des juges, qu'ils ne voient que moi. Les tributs du district 12 sont déjà en train de s'affronter sur l'un des trois rings qui est consacré au combat corps-à-corps. Je m'avance vers une grande femme rousse qui fabrique des nœuds de corde.

- Bonjour, me dit-elle en posant des yeux noirs en amande sur moi. Tu veux apprendre à poser des pièges ?

Il n'y a personne ici.

- D'accord, je lui réponds en m'asseyant sur un tabouret. Mais je ne veux pas faire de pièges pour attraper des animaux, la chasse ne m'intéresse pas. Je veux des pièges à taille humaine.


Mary Littlebig, district 6, la science.

J'ai déjà fait trois tours de piste quand les nageurs sortent des vestiaires et rentrent dans l'eau. Et bien Lilly, c'est quoi ces poignées d'amour ? Un point de côté m'oblige à m'arrêter et je continue mon tour en marchant. Je ne comprends pas ces gens. Comment peuvent-ils faire copain-copain ainsi alors qu'ils devront s'entretuer dans une semaine ? Je ne veux parler à personne : dans l'arène, il n'y aura que ma peau à sauver. Je vois Exodus marcher vers moi. Oh non, pas lui. J'ai accepté l'alliance pour faire bonne figure, mais ma sœur m'a bien dit, lorsque que nous étions seules dans ma chambre, qu'il fallait le trahir dès que l'occasion se présentait et ne pas se le traîner comme un fardeau.

Exodus me rejoint alors.

- Tu ne devrais pas t'essouffler comme ça.

- Je ne suis pas essoufflée, je lui crache au visage avec méchanceté, vexée.

- Le but est de tenir le plus longtemps dans la nuit, me rappelle-t-il.

Je hausse les épaules. Notre styliste lui a rasé le crâne, comme l'avait prévenu sa mère. Il n'a absolument plus la même tête qu'avant maintenant : il semble bien plus vieux.

- Si les juges voient que je peux courir cinq kilomètres en une heure, je pense qu'ils n'en ont strictement rien à faire que je sois capable de rester éveillée toute une nuit en ne faisant rien.

Mon point de côté s'étant calmé, je reprends ma course. Allez, plus qu'une heure, et je pourrais aller me reposer : hors de question que je ne dorme pas au moins sept heures par nuit, j'aurais une mine terrible.


Vright Luciah – District 10, la finance.

Je suis assis au bord de la piscine, mes jambes trempent dans l'eau chauffée à 30°. Un instructeur suit Aiko en marchant, elle en est déjà à sa huitième longueur. Cette fille me semble redoutable : elle est aussi agile que gracieuse, aussi rapide qu'endurante. Pour l'instant, je fais figure basse : ne pas me faire remarquer me permettra peut-être de survivre plus longtemps dans l'arène. Leïa, Jeremy et Seith nagent doucement côte à côte.

Lilly réapparait à la surface deux minutes après être descendue à plusieurs mètres de profondeur. Elle ondule jusqu'à moi, ses cheveux mouillés lui retombent sur les yeux.

- Tu ne nages pas ?

- Pas pour l'instant, je prends un peu la température.

Elle rigole légèrement et remonte sur le rebord, à peine essoufflée par sa performance.

- Comment tu fais pour autant rester sous l'eau ? je demande.

- Mes parents travaillent dans une centrale d'énergie hydraulique située au bord d'un lac. J'ai toujours eu l'habitude d'aller me baigner quand l'école était finie, en les attendant. On s'ennuie rapidement à simplement nager, alors j'ai commencé à tester mes limites, voir combien de temps je tenais, et à force d'entraînement, je suis devenue assez bonne.

- Ah, d'accord.

Elle semble s'attendre à ce que je relance la conversation, mais j'ai tendance à m'attacher aux autres bien trop vite, alors je me tais. Il ne me faut pas d'amis ici, ce n'est pas le but. Elle baille.

- Est-ce qu'il y en a qui sont déjà partis se coucher ? demande-t-elle.

- Seulement Matthias du 7 et Mary du 6, la nuit va être longue.

La petite blonde se lève et va prendre une serviette contre le mur avant de s'enrouler dedans.

- Moi, je vais y aller.

- Ils nous testent.

Je devrais être content qu'elle parte, qu'elle ne montre pas son obstination à rester éveillée, à se battre jusqu'au bout contre la fatigue. Ça en fera une de moins contre laquelle résister.

Elle pointe du doigt la salle dans laquelle se trouvent les juges.

- Je n'ai rien à leur prouver. Bonne nuit !

Elle me sourit amicalement et s'éloigne jusqu'aux vestiaires.

Je me lève, finalement, je n'ai rien à faire dans cet atelier, pas ce soir du moins, je suis trop fatigué. Je ne suis ni le plus fort, ni le plus intelligent, mais je dois rester debout, je dois me battre. Je vais jusqu'aux vestiaires et je me change en entendant l'eau des douches couler. Je sors et fais le tour des ateliers : Jarod et Nonam sont encore en train de s'entraîner au corps à corps. Je vois Evy emprisonner Biba dans un filet, un trident à la main. Sidney peint Ella et celle-ci ressemble comme deux gouttes d'eau à une dune de sable. Exodus est au dernier niveau des murs d'escalade. Bertha n'apparait nulle part, elle doit être dans le souterrain conçu pour l'orientation dans le noir. Et enfin Diego met coup sur coup chaque couteau qu'il lance dans sa cible. Je m'approche de lui.

- Hey, c'est fatiguant ?

Le jeune homme se tourne vers moi, faisant virevolter ses longs cheveux noirs.

- Non, rester concentré me permet de ne pas m'endormir.

- Je peux ?

Il accepte d'un coup de menton. Je saisis un couteau et essaie de reproduire son mouvement. La lame rencontre le mur et tombe sur le sol dans un bruit aigu de métal.

- Coupe ta respiration et contracte tes muscles lorsque tu lances, me conseille Diego.

Je l'écoute et cette fois-ci, lorsque ma lame est lancée, elle se plante dans le bras de la cible à forme humaine.

- Pas mal ! me complimente Diego. J'espère que je ne suis pas en train de te montrer comment me viser dans l'arène…

Je l'espère également.


Leïa Gabin, district 5, joaillerie et pierres précieuses.

J'ai fait à peine trois longueurs que je dois m'arrêter. Je remonte sur le rebord et tousse un peu en grelottant. Je voulais simplement suivre Jeremy, mais ce n'était sans doute pas le plus intelligent à faire, c'est vrai. Mon partenaire s'arrête au milieu de sa longueur et se retourne vers moi. Je lui souris, lui faisant signe de continuer mais il se met à nager dans ma direction.

Une fois arrivé à mon niveau, il croise ses bras sur le rebord.

- J'ai pas réfléchi avant de t'emmener là, comme Seith et Lilly voulait faire cet at…

- Ça va, je le coupe gentiment. De toutes façons je vais aller me coucher, Lilly vient de partir dans les vestiaires, je ne serai pas tombée la première !

Il se hisse en dehors de l'eau et va prendre une serviette contre le mur qu'il m'amène. Je la prends et manque de rougir en frôlant sa main puis je le remercie.

- N'attrape pas froid, me dit-il, qu'est-ce que je ferais avec une coéquipière qui a un rhume ?

Je vais prendre une douche brûlante tandis que Jeremy retourne nager. Lorsque j'arrête l'eau, celle de Lilly coule toujours. Je me sèche, me rhabille, et sors. Tous mes adversaires sont occupés dans leurs ateliers, certains se donnent à fond comme Victor et Evy et d'autres, plus réfléchis, y vont doucement, préférant conserver leur énergie pour résister à la fatigue.

Je rejoins ma chambre, accompagnée d'un garde de la sécurité qui mesure au moins deux mètres.

Ma chambre est trop grande, je n'ai jamais aimé avoir autant d'espace, je m'y sens… perdue. Je retire la combinaison trop serrée et enfile le short et le tee-shirt de coton qui me servent de pyjama avant de me glisser sous l'édredon chaud de mon lit. Le matelas est tellement confortable que je m'endors en quelques secondes.

Je me réveille en sursaut dans la fraicheur de la nuit. Je crois que j'ai crié et des larmes ruissellent sur mes joues.

Lorsqu'on vous dit que l'on ne peut pas souffrir dans un rêve, c'est faux. Notre corps est particulièrement habile pour imaginer la douleur. Et je sens à nouveau la lame s'enfoncer dans mon ventre, et je vois à nouveau le visage sans expression de Victor. Je me recroqueville sur moi-même en pleurant silencieusement. J'ai accepté la mort, mais je suis encore terrifiée à l'idée de mourir.

Un frappement sourd retentit contre ma porte. Je me lève pour aller ouvrir, en essayant de sécher mes larmes avec mon avant-bras. Je m'attends à voir ma mère qui aurait été alertée par les caméras placées dans ma chambre, mais c'est Jeremy qui apparait lorsque la porte s'ouvre.

- Hey, ça ne va pas ?

Je secoue la tête négativement, refusant de parler pour ne pas le laisser entendre mes sanglots.

- Je t'ai entendue crier. Moi aussi j'ai fait un cauchemar la nuit dernière, j'imagine que maintenant, même nos sommeils ne seront plus paisibles.

Je hausse les épaules, soudainement réellement incapable de parler. J'ai mal au ventre, mais je ne saurais dire si c'est à cause du coup imaginé de Victor, ou si c'est parce que Jeremy est là, torse nu, devant moi. Je n'ose rien dire, je n'ose rien demander.

- Tu veux que je reste avec toi ? me propose-t-il.

Des fourmis grouillent dans mon estomac qui se tord, qui se noue. Je surmonte ma timidité et accepte d'un geste embarrassé. A mon grand étonnement, il ne se dirige pas vers le canapé de ma chambre, mais grimpe directement sur mon lit, se glissant sous la couverture. Je me rejoins avec gêne et nous nous retrouvons tous les deux allongés côte à côte, sur le dos.

- Ma mère veut que je joue avec toi, lance-t-il.

- ah ? est tout ce que je peux demander.

- Elle veut que je profite de la situation, de ta maladie, pour me faire voir comme le chevalier servant et attentionné.

Mes poings se crispent. Cette femme est vraiment prête à tout.

- Et qu'est-ce que tu vas faire ? j'ose demander.

- Je m'étais déjà promis de te protéger, mais pas de cette façon, pas pour me faire bien voir.

Les papillons naissent aux creux de mon ventre.

- Tu m'as redonné de l'espoir en l'humanité, dit-il en se tournant vers moi avec un sourire. Allez, tu peux te rendormir maintenant.

Incapable de fermer mes yeux sous les siens qui me scrutent, je lui tourne le dos, remplie de toute sorte d'émotions, avant de réussir à finalement m'endormir.


Nonam Rodriguez – district 12, l'agriculture.

Des heures qu'on est là.

De longues et interminables heures.

Je suis habituée à l'ennui, je suis habituée à la fatigue, mais ça commence à devenir difficile de résister : je sens tous mes membres s'engourdir progressivement.

Je regarde autour de moi, nous ne sommes plus que quatre survivants : Nimue est dans la piscine, elle semble virevolter sous l'eau, ne réapparaissant que rarement à la surface. Nekael et Wanda sont au camouflage : ces deux-là ont trouvé la bonne technique, ils ont passé deux heures sur chaque atelier non-fatigant, la survie, l'orientation, les pièges et maintenant le camouflage. L'écoute et l'apprentissage les gardent éveillés. Tous les autres sont tombés peu à peu comme les pièces d'un échiquier, même Jarod n'a pas tenu le coup, il s'est avoué vaincu i peine une heure.

L'horloge indique 5 :00 lorsque Nekael et Wanda s'éloignent de leur dernier atelier, ils me jettent un coup d'œil, je vois leurs lèvres bouger, puis le garçon aux cheveux cuivrés me fait un signe de la main auquel je ne réponds évidemment pas et ils s'en vont enfin.

Ah, plus que toi et moi Nimue.

J'essaie de rester concentrée, de réfléchir à quelque chose pour ne pas me laisser envahir par la fatigue. Alors je me rappelle la révolte de mon père. Nous étions dans le district 12 depuis toujours, parce que mon arrière-grand-père était le secrétaire de cabinet de Snow. Mon père, mon oncle, ma mère, mes deux grands frères et mon frère jumeau avaient commencé à rallier d'autres familles pour réaliser un soulèvement. Tous les soirs, ils se rendaient chez nos voisins pour qu'ils nous rejoignent, leur sortant de long discours sur nos conditions de vie, sur nos droits, sur les autres districts, sur cette fatalité injuste qui nous tombait dessus. Ils avaient tout prévu : ils devaient se réunir le 9 juillet et attaquer l'un des murs de notre enceinte afin de rejoindre un autre district car l'on racontait que l'on pouvait accéder à la liberté par le district 1. C'était risqué, mais tout ça semblait en valoir le prix.

Une nuit, je me suis réveillée en sursaut suite à un vacarme terrifiant. Je dormais avec James mon frère jumeau et Gaïan mon petit frère. Gaïan a poussé un cri, on a entendu des voix, des ordres, des fracas. James s'est mis devant nous et j'ai poussé mon petit frère dans la trappe cachée sous mon lit. « Tu te tais, tu ne dis rien, tu ne bouges pas », je lui ai dit. Trois gardes de la sécurité sont entrés dans notre chambre et nous ont violemment tirés de nos lits pour nous réunir dans la cuisine.

Un homme au torse largement décoré nous a présenté son insigne « Varus Blake ».

- Vous êtes accusés de trahison et de tentatives de rébellion, ainsi que de réunions illicites, vous subirez un tirage au sort après lequel l'un de vous sera condamné à mort, avait-il dit.

Mon cœur s'était arrêté, mon corps s'était figé.

- Je sais que vous avez un jeune fils, j'imagine que vous l'avez caché, avait-il repris, peu importe, seuls les personnages âgés de plus de dix ans peuvent être condamnés.

J'avais déglutis avec difficulté, le souffle court et la nausée au bord des lèvres. Le général nous avait tendu un sac dans lequel nous avions pioché une pierre gardée dans nos poings fermés. J'étais à une couleur de la mort. Mais dans nos mains ouvertes, c'est la chair de ma chair, le sang de mon sang, qui avait écopé du blanc. James tremblait, les yeux figés sur sa pierre.

Alors que le général pointait son arme sur le front de mon frère, ma mère s'était interposée, et la balle lui avait explosé le crâne, des morceaux de son cerveau giclant sur mon visage. Mon père rugissait, mes frères hoquetaient et je restais coi.

- Ah, la, la, avait soupiré le général. Aucune mort ne remplace une condamnation.

Et il avait tiré une nouvelle fois, cette fois-ci directement entre les deux yeux de mon frère jumeau.

Il est 6 : 50 quand Nimue ressort des vestiaires de la piscine et vient me voir.

- C'est l'heure du lever de soleil, me dit-elle.

- Et alors, je lance en luttant de toutes mes forces contre le sommeil.

- Alors il faut que j'y aille, je ne manque jamais le lever du soleil. Tu as de la chance, je ne dors que deux fois par semaine d'habitude.

Et sur ce, me laissant bouche bée, elle s'en va. Je regarde autour de moi, la salle est vide.

Voilà.

Voilà ma première victoire.

Fin du chapitre VI.