Chap. 5
Assis sur ses talons, posté l'un des toits en verres d'un bâtiment d'industrie désaffecté, Zorro scrutait de ses yeux sombres le ballet des voitures de polices et des camions de pompiers. La fumée, noire et épaisse, s'envolait des quelques fenêtres du bar, dans une aube déjà bien levée. L'altercation avait provoqué un beau bordel dans l'enceinte du bar. L'explosion de la porte, le bruit du lance-flammes et enfin les détonations avaient réveillés le voisinage des chambres. Sur les brancards, il vit quelques victimes de balles perdues, plus ou moins gravement blessées. Deux corps carbonisés sortirent également, couvert de draps et entourés de policiers. Il se rendit compte qu'il retenait sa respiration quand il lâcha un soupir de soulagement. Cet enfoiré de vampire s'en était sorti.
Pour qui étaient t'ils venue ? Lui ou le vampire ? ... Personne ne savait où le trouver en général, c'était lui qui trouvait les gens. Sanji... Ils avaient fait vite... trop vite. On ne mettait pas plusieurs chasseurs sur la même proie, surtout dans le milieu. Parce que niveau fric, ça chiais des bulles. Une fois un contrat accepté, on était le seul à l'avoir. Ce crétin de blond devait en avoir fait de belles pour se retrouver avec autant de monde aux fesses. ... Sans sous-entendue pervers, même s'il avait goûté à ses ... charmes. Il se redressa et se massa la nuque. Il était noir de fumée et n'aspirait qu'à deux chose: une douche et son lit.
OoOoO
De retour à son appartement, il se dirigea vers la salle de bain, semant ses affaires dans le couloir. Il garda tout son attirail à portée de main. On ne sait jamais. Il n'attendit pas que l'onde se réchauffe pour se glisser en dessous. L'eau froide se répandit sur lui, se chargeant de la noirceur du carbone pour ensuite disparaitre dans la bonde. L'odeur de la fumée lui restait dans le nez, désagréable. Ses fringues étaient bonnes pour la poubelle. Tête basse, il resta un long moment sous l'onde relaxante qui s'était réchauffée, jouant légèrement de ses muscles pour les détendre. La nuit avait été longue.
Un sourire en coin fleurit sur ses lèvres au souvenir de cet idiot de blond, avec qui il avait partagé la soirée.
S'ils n'avaient pas été vampire, lycanthrope, tueur à gages et proie, ils auraient pu être amis. Voire même amants... Cette pensée le laissa songeur. Il porta une main à ses lèvres, sur lesquelles il essaya de retrouver son goût. Seule l'âpreté de l'incendie lui parvint. Il retira vivement sa main en se rendant compte de son geste,- pas viril du tout à ses yeux. Il fixa le carrelage d'un regard noir après lui avoir assené un coup de poing. Il soupira, lasse. Il se frotta rageusement. Il était fatigué et n'avait plus envie de penser.
Ayant mangé sur le chemin détourné menant à son appart, il put rejoindre son lit une fois séché. La tête sur l'oreiller, le flingue et les couteaux à porter de main, il put se laisser aller. Le sommeil ne fut pas long à venir, il sombra, le visage de Sanji derrière les paupières.
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Son appart était silencieux. Alors pourquoi s'était-il réveillé soudainement ?... L'engourdissement du sommeil le quitta précipitamment. Il empoigna son Taurus 99 et se concentra sur son ouïe. Il y avait quelqu'un dans son appartement. Il se redressa lestement et se positionna derrière la porte de sa chambre tel une ombre. Il l'ouvrit et se glissa dans le couloir, en direction du salon-salle-à-manger-cuisine. Pieds nue sur le lino, il ne fit aucun bruit. Tous ses sens à l'affût, son corps entier était tendu, parcourut par l'adrénaline. Il reconnut l'odeur de l'intrus et poussa la porte en soupirant.
_ Ace, qu'est-ce que tu fous ici ?
Le jeune brun se retourna et lui fit un charmant sourire derrière ses taches de rousseur. Sa main était posée sur la porte ouverte du frigo.
_ Bonjour à toi aussi. Tu veux manger quelques choses ? Je meurs de faim.
Zorro le fixa un moment, puis soupira et ut un rictus.
_ Pousse toi et laisse-moi faire, je n'ai pas envie que tu crame ma cuisine.
_ Surtout après la nuit que tu viens de passer.
Zorro tiqua.
_ Ace… ?
_ Hum ?
_ Comment sais-tu ? Le ton amical avait laissé place à un ton professionnel neutre, à la limite du froid.
Le brun cligna des yeux, puis sourit et se gratta l'arrière de la tête.
_ ... Je sais que tu affectionne particulièrement le saké, et que très peu de bars en ville en vendent du bon. Ce bar, si. Il fait également du commerce vampirique… et Mihwak m'a appris que tu avais un contrat. J'ai juste fais le lien.
_ Tiré par les cheveux ton lien. A t'entendre, on croirait que j'attire les emmerdes, dit-il avec un sourire en coin, tout en prenant sa place devant le frigidaire, toujours ouvert. Tu es venu pour voire l'étendue des dégâts ?
Ace sourit et s'installa à la table, plaçant son long manteau noir sous lui correctement.
_ Te connaissant, il faudrait plus qu'un lance-flammes pour te tuer. La presse s'est emparée de l'affaire, d'où le fait que je sois au courant, ne me regarde pas comme ça.
Zorro sourit et sortit d'un des compartiments des filets de poulets. Il sortit ensuite d'autres ingrédients et une poêle en reprenant.
_ Et que dit-elle, cette presse ?
_ Qu'il s'agirait d'un règlement de compte frauduleux et surnaturelle : une chambre vampirique a brulée, donc ils ont tirés une conclusion rapidement. La police a mis sur l'affaire le département spécial là, tu sais ? Plein de trous-du-cul incapables d'agir sur le terrain.
_ Le DTCS (Le grésillement de la viande dans la poêle se fit entendre).
_ Hein ?
_ Le Département du Traitement des Crimes Surnaturelles.
_ ... Oui, eux. Je l'ai es vue sur le terrain, c'est à pleurer ! Ils ont gueulés comme des fillettes quand les goules les ont attaquées, la dernière fois. Pas foutue d'utiliser leurs flingues pour les faire fuir... Affligeant de conneries...
_ En gros, tu ne les apprécie pas.
_ Je leurs chie dessus oui. M'enfin bon... Ce n'est pas ça que tu voulais savoir je suppose. Si ça n'avait été qu'un petit règlement de compte, ça serait passé crème, mais là... Je ne sais pas comment tu t'y es pris, mais il y avait deux cadavres carbonisés.
_ ... J'étais avec ma cible. D'autres chasseurs ont débarqués et ont essayés de nous tuer. Enfin de le tuer j'imagine, puisqu'ils pensaient qu'il était seul…
_ Tu as été pris dans le feu de l'action sans le vouloir en fait.
_ Ouais c'est un peu ça...
Les filets de poulet étant bientôt prêt, il réchauffa les spaghettis restants, y ajoutant une sauce tomate de sa confection. Ace se leva et mit la table, sachant déjà où se trouvait quoi. Ils s'installèrent et commencèrent à manger. Zorro ne s'inquiétait pas trop pour les traces d'ADN qui recouvraient la chambre avant l'arrivée du lance-flammes : elles avaient brulées. Quant au registre de « l'hôtel »… s'il existait, il devait être désespérément vide ou plein de Mr Smith et Mme Jones.
_ On ne mets pas plusieurs chasseurs sur une même proie, on est d'accord ?
_ Evidemment ! Ça risquerait de tourné en conflit d'intérêt et de dégénéré en bain de sang… Il a fait quoi ton vampire pour en arriver là ?!
Zorro sourit en coin et finit d'avaler sa bouchée de pâtes.
_ Après sa transformation, il a tué un Maitre Vampire, qui apparemment postulait pour devenir Maitre de la Ville…
_ Rien que ça…
_ Hum… Il s'est mis à dos les autres vampires, qui vraisemblablement aidaient celle qu'il a tuée. Oui parce que c'était une femme.
_ Eh beh … t'es vachement renseigné dis-moi, remarqua-t-il avec un sourire en coin en prenant son verre remplit de Coca. T'étais juste avec ta cible ou bien … ? Toi qui dis qu'amadouer ses proies est une manière vile de les approcher…
_ Je continue à le penser ! Lui c'est … autre chose …
_ Différent hein…
_ Ce n'est pas ce que tu crois ! Il sait que je dois le tuer !
_ Oh que si ! Je ne t'ai vue comme ça qu'une fois, crois-moi, ça en ai que tu le veuille ou non ! Et alors ? Qu'es ce que ça empêche ?!
Zorro le foudroya du regard, ne trouvant rien à répliquer et continua à manger. Jouer avec les sentiments, il détestait ça. D'où l'intérêt qu'il n'approche pas ses proies de manière licencieuses ou amical. Une balle dans la tête tirée par un inconnu était, à ses yeux, plus supportables que tirée par une personne en qui on avait confiance.
_ Ça empêche quelque chose d'important. Mihwak est là aujourd'hui ?
_ Quoi un avenir ? Eh mec, t'es chasseur de primes, tueur à gages ! On ne peut pas fonder de famille ou avoir un avenir déterminé au-delà de quelques jours !
_ Je sais ! T'es venu pour me faire la morale ?! Tu peux te casser : je ne veux pas t'entendre !
_ Non je termine mon assiette !... Zorro… Je peux comprendre ce qui t'arrive mais fais pas le con.
Zorro leva brusquement les yeux. Ace pâlit en voyant son air glacial et ses yeux ténébreux le fixer.
_ Tu sous-entends que je peux le baiser et le tuer sans me prendre la tête et ensuite tu me dis de ne pas faire le con ?! DEHORS ! Embarque l'assiette et casses-toi !
_ Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Tu m'écoute au moins !? Si tu n'as pas d'avenir avec lui, tu peux vivre au jour le jour !
_ C'est ça, essaye de te rattraper ! Sa tête est mise à prix ! Je vais devoir le tuer !
_ Sauf si tu résilie le contrat… Ok je m'en vais !
Il prit l'assiette, la fourchette et déguerpit. Mieux valait rester loin d'un Zorro en colère. Surtout quand on désir rester en vie.
Zorro respira lentement pour reprendre son calme. Il se concentra sur sa respiration, faisant le vide autant que possible. Résilier un contrat signifiait deux choses : soit la cible était trop difficile à trouver et l'on considérait que le chasseur n'était plus à la hauteur. Retraite forcée donc, et très souvent courte, car peu de chasseurs reste en vie une fois qu'ils ont quittés le milieu. Soit… corruption… et là, c'était pire. Pour des sentiments, -on ne dirait pas comme ça, mais quand on suit une personne pendant plusieurs mois, on finit par s'y attacher-, l'argent, qui est l'une des plus communes raisons, et dans le pires des cas… corruption par une boite concurrente. Et là, on pouvait être sûr qu'une fois trouvé, on ne reverrait jamais le soleil en étant vivant.
Il se remit à manger lentement tout en réfléchissant. Son cas était légèrement différent : vu qu'ils étaient plusieurs sur le même contrat, s'il résiliait par « politesse professionnel » ça pourrait passer. Bien que ce ne soit pas lui le fautif… Il expliquerait à Mihwak. Mais ça risquait de ne pas passer, lui qui terminait tous ses boulots… Il trouverait bien une raison.
Quand il se leva pour faire sa vaisselle, il se rendit compte de l'état dans lequel le mettait cet imbécile de vampire, avec qui il n'avait passé qu'une nuit. Merde alors ! Il fit rageusement sa corvée, exaspéré par l'idée qu'Ace ai pu avoir raison. Ça ne pouvait, ça ne devait pas être ça. Il reçut un message de lui d'ailleurs, l'informant que Mihwak était là aujourd'hui.
Il inspira profondément et se prépara pour y aller. Croix d'acier – et oui, l'argent, sa peau n'aimait pas beaucoup ça-, eaux bénites, couteaux à lames d'argent et Taurus 99, le tout y était. Il aurait bien emmené un chapelet mais … ces petites billes bénites réagissaient à son contact. L'ail étant un gros fake, il n'emmena qu'un pieu de poche. Il prit les clés de sa Kawasaki ninja noire et blanche, son casque et sortit.
Sur le palier de son appartement, il croisa sa voisine, Mme Cumbrian, une veuve d'une cinquantaine d'années, très au fait des activités du voisinage. Zorro fixa sa serrure et retint un soupire d'exaspération. Pourquoi ne l'avait-il pas sentit ou entendue avant bon sang !? Le cavalier King Charles tira immédiatement sur sa laisse, jappant, glapissant, la queue battant frénétiquement l'air malgré les protestations de sa maîtresse.
_ Suprême ! Laisse donc Mr Roronoa tranquille ! Il vous adore vraiment vous savez ? assura-t-elle avec un petit sourire satisfait, comme être aimé de son chien vous rendait spécial.
Il prit son sourire le plus… avenant et se retourna.
_ Oui les animaux m'adorent.
Il se pencha pour poser sa main sur la tête du chien qui se calma aussitôt et s'assit, la queue toujours frétillante. Fallait avouer que c'était attendrissant comme bestiole, mais trop petit et braillard à son goût. Il se redressa tandis que sa voisine engageait la discussion sur un tas de banalités affligeantes, lots commun des ménagères qui n'ont que ça à faire. Il écourta la discussion unilatérale poliment puis partit. Il soupira à nouveau dans l'escalier. Il espérait ne pas finir comme elle. Une balle lui semblait même préférable.
OoOoO
La moto passa les battants du portail et s'arrêta devant le perron. Le gravier blanc crissa sous les roues et la semelle de ses baskets. La cour était légèrement assombrit par le feuillage des arbres, situé tout autour de celle-ci. Il retira son casque et constata qu'il n'allait pas être seul : deux Audi noir étaient garées sur la gauche, ainsi qu'une Jeep et deux moto. Il ne vit pas la Harley Davidson d'Ace. Rangeant son casque, il s'avança vers la double-porte d'entrée aux vitrés ornées de fers forgée, et la franchit.
L'odeur familière des livres à reliures de cuir, l'ambiance particulière et apaisante l'entoura instantanément, le faisant imperceptiblement sourire. Il aimait venir ici, même si parfois, il savait qu'il allait en prendre plein la figure. Devant lui, au bout du petit couloir qui menait au salon, il reconnut les voix de Trafalgar, Kidd et de ce connard de Smoker. Il irait saluer plus tard. Il gravit le grand escalier de marbre recouvert d'un tapis vieux et usé, à la rambarde de bois ouvragée. Arrivé en haut, il prit le couloir de droite, en direction du bureau de Mihwak. Il s'arrêta devant une porte en bois sombre à la poignée de cuivre… et respira lentement. Une sorte de trac le prenait à chaque fois qu'il s'apprêtait à le voir. Avant même qu'il ne toque, la voix de Mihwak traversa la porte, grave, assuré, neutre.
_ Entre Zorro.
Il déglutit et tourna la poignée.
A suivre…
Review ? :)
