Disclaimer : Les personnages ne m'appartiennent pas.
Genre : Humor/Family
Note de l'auteur : (pour ceux qui ne sont absolument pas fan de monologue plutôt long et inutile d'auteur passionné, vous pouvez passer cette note, je n'en voudrais à personne)
Comme je sature beaucoup sur l'illustration du livre de ma collègue, j'ai décidé de ne pas perdre mon temps en attendant de trouver une idée de réinterprétation de son dessin dont je dois conserver au maximum l'atmosphère. Il va sûrement falloir que je relise le livre (dont ma lecture personnelle date quand même d'il y a trois ans, dure de conserver encore nettement ce qui se dégage du récit en tête tout ce temps sans avoir chômer), mais pour le moment autant continuer la rédaction de cette fanfic'. Sur ce chapitre, j'ai enfin (mais alors vraiment ENFIN) retrouvé mes marques et ma facilité à écrire. Ce qui m'embêtaient, c'était que la situation pour Edward et sa mentalité ne pouvait pas beaucoup évoluer, et même maintenant il ne se laisse pas entraîner par des vagues de sentimentalisme et garde beaucoup de sang-froid pour préserver le secret de qui il est vraiment devant Roy. Total ça a longtemps piétiné et tourné en rond (et même après, si je ne se fait pas succéder les éléments avec plus de cadence, je vais encore avoir un mal fou à faire avancer cette fic'). Cependant, si j'avais tendance à beaucoup me répéter à mon avis sur les précédents chapitres, je pense que celui-ci est beaucoup plus fluide et que la succession d'émotions contradictoire, de la colère à la joie, de la tristesse à la surprise, contribue à faire de ce chapitre un tournant décisif à l'histoire. Même s'il m'est un peu difficile de me mettre à la place d'Edward et de pouvoir exprimer à travers lui toute l'importance des événements sur sa relation avec Roy, je pense que je ne m'en suis pas trop mal sortit pour donner un ton dramatique à ce qui va suivre et pour composer avec ses doutes et ses peines comme avec son bonheur et ses espoirs. C'est quand on écrit que l'on commence à réaliser la complexité des sentiments humains, vous ne trouvez pas ?
chapitre VIII : HAPPINESS AND TRAGEDY
Edward donna des coups de pieds rageurs dans le moindre caillou qui passait à sa portée. Non mais il avait vraiment besoin de sortir un truc pareil maintenant celui-là ? D'un certaine façon, il se sentait trahis. C'est vrai qu'il n'est pas sensé savoir... Mais quand même ça fait mal... L'ironie spontanée qu'il avait manifesté quand il avait s'agit du Fullmetal contrastait de façon choquante avec la gentillesse paternelle qu'il avait affiché à la petite fille. Et c'était cela qu'Edward ne pouvait accepter. Il se laissa tomber dans l'herbe alors que des gouttes d'eau salées commençaient à couler silencieusement sur ses joues. Pourquoi il est si cynique quand je suis Edward et tout miel quand je suis Edwige ? Parce que je suis sensé être la nièce de Maes ? Ça paraît un peu gros... Je suis quoi pour lui en fait ? La réponse vint d'elle-même, évidente, douloureuse, implacable. Une fille. C'est vrai. Dans les deux cas, il était un enfant. A des âges différents, bien sûr, mais un enfant tout de même. La différence était que l'un était un garçon, et l'autre une fille.
-Sexiste va...
-Edwige !
Ed se releva. Roy accourut vers lui en l'appelant. Edward se remit maladroitement sur ses jambes et chercha à s'enfuir. Roy parvint à l'attraper par le bras avant qu'il n'y parvienne.
-Lâche-moi, lâche-moi !
Ed se débattit violemment, le visage strié de larmes, furieux contre le colonel et contre la faiblesse de son corps actuel qui ne lui permettait même pas de se sauver. Mustang avait beau essayer de le calmer, de l'arrêter, c'était de pire en pire. Edward finit par le pousser avec une force dont il ne se serait pas cru capable dans des buissons de ronces cachés par de fragiles aster 'Blue Wonder'. Roy y tomba sans pouvoir se raccrocher à quoi que ce soit et en s'écorchant abondamment. Le sang coulait de ses plaies frôlant les orties qui y était et il gémissait de douleur. La haine d'Edward s'évanouit aussitôt et il courut immédiatement l'aider.
-Attends ne t'agites pas !
Par bonheur, Edward portait un tee-shirt à manches longues qui le protégeait en partie des épines et des mauvaises herbes qui le gênaient. Il glissa son corps entre les branchages afin de pouvoir atteindre le colonel. Il parvint à lui prendre la main en s'écorchant la sienne au passage et le remonta, l'émotion lui tenant lieu de puissance. C'est exténué qu'ils regagnèrent la maison, tel des blessés revenant d'une guerre des tranchées. En poussant la porte-fenêtre, Edward s'aperçut qu'il n'y avait plus personne dans la cuisine.
-Ils sont partis ?
-Quelques minutes après que tu sois sorti dans le jardin...
-D'accord c'est pas grave.
Ed aida le colonel à s'asseoir dans un fauteuil. Il évalua l'importance de ses plaies. Que du superficiel, mais des écorchures et des plaques rougeâtre en grand nombre. Comment ils peuvent laisser de tels buissons alors qu'ils ont une enfant chez eux ? Ils vont jamais dehors ou quoi ? Laissant de côtés ces interrogations somme toute irrésolvable pour le moment, il partit faire l'ascension des placards pour trouver pansements et sparadraps. Il revint bien vite auprès de Roy avec tout le nécessaire pour s'occuper de ses blessures.
-J'espère que tu es courageux, parce que ça va piquer.
Le colonel grimaça légèrement.
-Tant pis, j'ai pas le choix de toute façon.
Ed se mit debout sur le canapé et commença à nettoyer activement les entailles au niveau du visage de Roy, les seules à avoir été épargnées par les orties. Le colonel ne tarda pas à engager la conversation.
-Tu peux m'expliquer ce qui s'est passer tout à l'heure ?
-...Non je ne peux pas.
-Pourquoi ?
-Parce que tu ne comprendrais pas.
Roy se tourna vers lui, négligeant les soins qu'il lui prodiguait.
-Je suis sûr que si. Explique-moi.
Edward le considéra un instant sans mot dire.
-Non. Et arrête de bouger sinon je n'aurai jamais fini de te panser.
Il posa sa main sur sa joue et lui tourna brusquement la tête d'un quart de tour pour continuer sa besogne. Le problème était que Roy pouvait parfois être aussi têtu que lui. Il le regarda à nouveau dans les yeux. Il n'eut pas le temps de placer une phrase qu'il se prenait une claque. Edward fut satisfait de constater que le résultat était le même que la technique précédente.
-Moi à ta place, j'arrêterais d'essayer de comprendre.
Roy s'indigna :
-J'ai quand même droit à une explication ! Je n'ai pas subit tout ça pour du vent !
-Mais à quoi ça servirait d'expliquer ? Tu t'en fous de toute façon !
Ed lui balança le coton avec lequel il tentait vainement de le soigner à la figure. Mustang se leva dans un mouvement de colère.
-Si je m'en foutais, je ne serais pas parti te chercher dehors alors qu'il fait déjà pas si chaud que ça !
-Quel effort, voyez-moi ça ! Chercher une gamine dont on est responsable au bout du jardin, c'est surhumain, bien sûr !
Edward avait tablé sur l'ironie mais les sanglots n'étaient pas très loin derrière. Il les refoula avec résignation, refusant de montrer le moindre signe de faiblesse devant celui qu'il avait considéré comme un père quelques minutes auparavant. Cependant, Roy, s'il n'était pas doué de beaucoup de discernement face à une petite fille espiègle, il savait reconnaître le chagrin chez n'importe qui. Il se savait aussi parfaitement incapable de rester insensible devant la petite Edwige. Son visage abandonna toute trace de contrariété pour entraîner Edward dans une étreinte douce et protectrice. Ce dernier serra avec l'énergie du désespoir son colonel et pleura, pleura, des minutes, des heures, il n'aurait pu le dire et il s'en moquait. Il était là et il le soutenait, avec cette chaleur paternelle qui par son absence l'avait tant fait souffrir, il n'y avait plus que cela qui comptait.
Quand ses larmes parvinrent à se tarir, Roy lui murmura :
-Tu sais, tu me rappelles le Fullmetal.
Ed n'eut pas le temps de s'inquiéter de ses paroles que déjà il poursuivait :
-Le même caractère espiègle, impertinent parfois, colérique aussi, mais toujours un côté adorable et fragile qui donne envie de le serrer dans ses bras, dans la fatalité comme dans la mélancolie, pour qu'il s'y repose... Juste un instant...
Edward releva la tête avec une expression d'espoir et d'hébétement que le colonel ne releva pas, perdu dans ses pensées.
-Mais pour ça, je doute vraiment qu'il soit d'accord.
-Pourquoi ?
Le ton d'Edward avait monté d'un cran de déception et de surprise.
-Parce que je ne penses pas qu'il accepte ça de la part de son supérieur hiérarchique.
Roy paraissait triste et nostalgique en disant ces mots. Edward réagit avec vivacité :
-N'importe quoi ! Pourquoi ça empêcherait quelque chose que vous soyez colonel ou pas ? Lui aussi il a besoin d'affection, comme tout le monde !
Il ajouta, dans un rappel réaliste de la situation :
-Enfin je crois...
Puis dans une nouvelle vague impétueuse :
-Nan pas je crois, c'est certain !
Roy lui répondit avec un léger sourire :
-Peut-être, mais il se la joue toujours insensible. Il ne veut jamais montrer ses émotions, de peur de paraître vulnérable. Le fait que l'on ressente sa détresse, que l'on cherche à le réconforter lui donnerai une impression d'échec et de fragilité qu'il rejette. Il est hors de question que je lui donne plus de tourment qu'il n'en a déjà.
Il avait tenu ces propos davantage pour lui-même que réellement pour se faire comprendre d'Edwige. Après avoir tendu une oreille attentive à ce qu'il venait de dire, Edward se dit qu'il avait besoin de réfléchir un peu à l'écart pour éclaircir dans sa tête ce qu'il venait d'apprendre.
-Je vais mouiller des linges pour soulager tes brûlures.
Il partit lestement à la recherche de grands carrés de cotons et les humidifia de façon mécanique tout en songeant aux dernières paroles qu'il avait écouté. Il n'a pas tord, dans d'autres circonstances, j'aurais repoussé n'importe quel forme de compassion de la part de toute personne autre que mon frère. Ou la vieille Pinako à la rigueur. Il releva pensivement la tête tout en tordant les linges trempés pour éviter qu'ils dégoulinent. Mais là... Ce n'est plus pareil. Enfin, c'est toujours le colonel, et moi... Edward encore. Moins la contrainte d'être le Fullmetal Alchemist... Tout était là. Ce que le Fullmetal Alchemist ne pouvait se permettre, Edwige en avait le droit. Cette différence qu'il avait tant blâmé tout à l'heure pouvait lui être profitable finalement. Mais alors, tout à l'heure, quand il se moquait de moi devant Hughes... Qu'est-ce que ça voulait dire ? Il y avait là-dessous quelque chose qu'il ne saisissait pas. Absolument pas. Bizarrement, il ne pressentait aucune mesquinerie dans cette signification inconnue, seulement quelque chose qu'il n'avait pas compris, ou pas remarqué. Abandonnant l'idée de se torturer l'esprit à trouver des hypothèses, il finit sa besogne et posa le tout dans une grande bassine en métal qu'il transporta vaillamment au salon. Roy n'avait pas bougé du canapé, visiblement trop épuisé par tout ce qui venait de lui arriver pour s'agiter à tout va. Edward posa le baquet sur la table basse et sortit avec précaution les larges compresses afin de ne pas tremper les coussins, ce qui aurait immanquablement attisé le courroux de Gracia. Il les appliqua sur les irritations du colonel. Roy soupira d'aise en sentant la douleur refluer.
-Merci beaucoup !
-De rien, par contre j'ai une question.
-Je t'écoute.
-Pourquoi tu soulignes toujours le problème de taille du Fullmetal Alchemist ?
Rien qu'exprimer la chose, c'était quand même difficile. Il n'avait pas pû se résoudre à employer des termes plus cru comme l'aurait fait une petite fille de son âge. Tant pis, il se dira qu'elle est précoce et puis voilà. Roy afficha un sourire amusé, se rappelant sûrement quelques épisodes cocasses associés à cette question.
-La raison est simple. Chacun de nous, entre collègues, à sa particularité. Riza Hawkeye a un caractère strict et des moyens de persuasion de mercenaire, Maes est un papa poule fêtard sur les bords, moi-même je suis considéré comme le coureur de jupons par excellence. Edward, lui, est le petit jeune caractériel qui fait l'animation du bureau. Dans un sens, c'est une façon de prouver qu'il fait parti de l'équipe. Même si c'est sûr qu'il le prend pas comme ça.
Il adressa un regard pétillant à Edward.
-En tout cas, Ed constitue un véritable éclat de vie pour nous tous. Ça, ça ne changera jamais.
Edward était profondément troublé par cette débauche d'éloges venant de son colonel. Conscient qu'il ne devait surtout pas montrer sa joie à celui-ci, il baissa la tête et camoufla son visage avec ses cheveux. Il n'aurait pas compris. Il s'appliqua avec ardeur à guérir ses plaies. Il semblait tant absorbé par sa tâche que Roy opta pour un mutisme quasi religieux pour ne pas le déranger. Il fit bien, car Edward était repartit dans ses réflexions et ne l'aurait, de toute façon, pas entendu. En fait, c'est pas si dramatique que ça d'avoir été transmuté en fille. Bon, c'est clair que j'aimerais pas y rester pour des temps indéfinis, mais ça reste une bonne expérience qui permet de voir l'envers du décor. Je ne sais pas combien de temps ça durera encore, mais j'ai le droit d'en profiter un peu tant que ça se prolonge. A condition de faire attention à mes actes, évidemment !
-C'est fini. Après, tu sais quelle pommade on peut mettre dessus ?
-D'habitude pour ça je me fit à l'infirmière.
-O.K., ça nous avance.
Ed entreprit donc la fouille systématique des ouvrages médicinales de la maison. Il compara tout les baumes de la pharmacie de la salle de bain et trouva finalement les onguents appropriés au fin fond du petit placard. Bon sang, c'est quoi cette manie familiale de planquer les choses les plus utiles derrière toutes celles qui ne servent quasiment à rien ? A moins qu'ils attrapent tout les jours la varicelle... Jugeant le cas comme peu probable, Edward s'affaira d'abord à réorganiser correctement les produits avant de revenir s'occuper de Roy. Pendant qu'il étalait doucement les crèmes sur les lésions, Mustang s'exclama :
-J'y pense ! Je te laisse me soigner depuis tout à l'heure mais toi, tu n'es pas blessée ?
-Hm ?
Edward releva la tête et se concentra un petit peu sur son corps pour une fois. Sa main gauche le picotait désagréablement mais pas au point qu'il s'en formalisa.
-J'ai une estafilade sur le dos de la main mais rien de grave.
-Montre quand même.
Ed lui tendit donc son bras. Roy examina la blessure à la forme plutôt unique. Elle était constituée de trois traits rouges de longueurs croissantes, formant une diagonale du début du poignet jusqu'entre le majeur et l'index, dans une légère courbe s'élevant vers l'extrémité de ses doigts.
-En effet, elle n'a rien d'inquiétante. Mais passe-moi quand même l'alcool et les cotons que je désinfecte ça. Tu as pu effleurer des plantes et ramasser des bactéries au passage.
Edward se dit qu'il aurait très bien pu faire ça tout seul, mais il tendit toutefois de bonne grâce coton et désinfectant. Il eut donc tout le loisir de constater que le colonel ne savait ABSOLUMENT PAS être délicat pour s'occuper de la moindre coupure. Comme il savait qu'il y mettait beaucoup de bonne volonté, Edward s'abstint de tout commentaire, mais de tout cri aussi. Il fut enchanté de n'avoir pas été davantage éprouvé par le buisson de ronces, parce qu'il n'aurait alors pu eu qu'à changer d'épiderme. Sa main avait viré d'un joli teint de pêche à une formidable rouge cerise. La blessure s'y confondait presque. Ed remercia tout de même le colonel, toujours aussi consciencieux des règles de tact presque diplomatique qu'on lui avait enseigné. Il ne regretta pas quand il vit quel sourire cela déclencha chez son soigneur maladroit.
-Bon, et que fait-on maintenant ? Ils en ont pour l'après-midi ?
-Elle n'est pas hospitalisée dans un centre tout proche, ils ne reviendront que très tard dans la soirée.
-...C'est long.
-Oh, on devrait pouvoir se débrouiller pour trouver quelque chose à faire !
-Le problème, c'est de savoir quoi.
A peine avait-il prononcé ces mots qu'Edward bailla à s'en décrocher la mâchoire, ce qui ne manqua pas de faire rire Roy.
-La sieste ?
-Eh oh, j'ai plus deux ans hein !
En même temps ce serait pas inutile, je me sens fatiguée d'un coup...
-Et puis c'est ta faute aussi, c'est quoi cette lubie de téléphoner à tonton Maes à six heures du matin ? C'est pas le bureau des plaintes ici !
-Parce que ça t'as réveillé ?
-Ouais, c'est même moi qui ai décroché parce que ça a réveillé personne d'autre.
-Alors c'était toi au téléphone ?
-Oui, c'est dérangeant ?
-Dérangeant, non. Cependant ma mémoire me fait rarement défaut donc je me souviens très bien que tu avais parlé de Maes comme si c'était ton père.
Et zut... Pour trente secondes que je baisse ma garde, je plonge à pieds joints dans la galère...
-Pas envie de tout expliquer à peine réveillée, te faire croire que j'étais Elysia était beaucoup plus simple.
-Et l'histoire du parc ? Un prétexte, vu que vous n'avez pas bougé de la maison.
Je joue serré là...
-...
-Alors ?
Edward se sentait acculé, et cette fois la porte de sortie n'était pas si flagrante. Qu'est-ce que je peux répondre à ça ? J'ai rien de concret à lui soumettre, et il a pas l'air près de lâcher prise. Qu'est-ce que je peux faire ? Il répugnait à s'enfuir vilement et à s'enfermer dans quelques coins reculés de la maison, la situation ne s'y prêtait pas.
-...Je ne voulais pas que tu viennes, c'est tout.
-Ça je l'aurais deviné. Et après ?
Après casse-toi, tu me feras des vacances.
-Je vois pas de quoi tu parles.
Nier n'était peut-être pas la meilleur façon de s'en tirer, mais Edward n'avait rien de mieux sous le coude. En face de lui, le colonel paraissait de plus en plus sceptique, ce qui renforçait son sentiment de mal être sentant le piège de ses propres mensonges se refermer sur lui, inexorablement.
-Jusqu'à quand comptes-tu te défiler ?
-Je me défiles pas !
Ed s'était relevé et avait renversé la table basse au passage faisant tomber la bassine dans un vacarme métallique. Clairement, ils n'étaient plus en discussion de père affectueux à petite fille heureuse mais de supérieur à subordonné, exactement comme quand Roy lui faisait sermon. Edward avait faillit se mettre de nouveau en colère, contrit comme il l'était, risquant de faire voler en éclat sa couverture déjà bien mince. Chaque emportement réduisait son emprise sur la situation, les facteurs de contrariété s'accumulant, il devait faire des efforts draconiens pour garder son calme. Voir Mustang le jauger, d'un regard impénétrable et quelque peu froid ne l'y aidait certainement pas. Le silence était tombé comme une chape de plomb sur le salon. Lourd et chargé d'électricité au possible. Fortuitement, le téléphone sonna à cet instant là. Edward partit d'un pas martial répondre, trop content d'être délivré même pour quelques minutes de l'interrogatoire du colonel.
-Allô ?
-Edward, c'est bien toi ?
Le lieutenant Hawkeye ? Comment elle sait que je suis là ?
-Si c'est toi, le lieutenant-colonel Hughes m'a prévenu de tout, et surtout de la présence de notre colonel national. Il m'a demandé de t'appeler pour savoir si tout allait bien.
-Ouf... Oui c'est bien moi, mais...
Il se mit à chuchoter, ne voulant pas être entendu par ledit colonel.
-...ici c'est l'horreur, j'entasse faute sur faute, à l'heure où vous m'appelez, je suis dans l'impasse.
-Un mensonge qui a mal tourné ?
-Ouais, on peut dire ça comme ça...
-Je m'en doutais. Je viens te tirer d'affaire, je suis à deux rues de la maison des Hughes. Je devrais être là dans cinq ou dix minutes.
-O.K. Merci, je vous revaudrai ça lieutenant.
Il raccrocha, soulagé mais encore un peu anxieux. Il allait devoir tenir dix minutes devant le colonel sans perdre pied. Au train où allait l'échange, il n'y avait pas loin à parier qu'il ne tiendrait pas si longtemps. Inspirant et expirant à fond une bonne fois pour toutes, il retourna dans l'arène. Roy avait croisé les bras et s'était négligemment adossé à l'accoudoir. Il lança un regard appuyé à Edward.
-Qui était-ce ?
-Une erreur téléphonique il faut croire.
-Vraiment ?
-Non, mais ça vous regarde pas de toute façon.
-Comment ça ?
-C'est pas vos oignons.
L'expression de son visage avait changé, elle paraissait à Edward plus dangereuse encore tant elle devenait inquisitrice.
-Je voulais dire comment ça « vous » ?
-Vous quoi ?
-Tu m'as vouvoyé à l'instant.
J'ai fait ça moi ? Il revint sur ce qu'il avait dit et pu ainsi le constater. Ah oui, pour m'enfoncer un peu plus, fallait que je le vouvoie... Le contexte était tout de même assez perturbant. Depuis presque vingt-quatre heures, il ne côtoyait que des personnes qu'il ne voyait jamais que dans le cadre de leur fonction. Pour l'aider, le naturel était revenu au galop.
-Hm... Peut-être parce que j'ai dis « vous » à la personne du téléphone.
Le coup de téléphone salvateur, indéniablement.
-D'accord, pour ça je veux bien te croire.
Quoi ? Il veut déjà remettre le questionnaire sur le tapis ?
-Traite-moi de menteuse tant que tu y es !
Il mit les poings sur les hanches dans une indignation souveraine parfaitement orchestrée. Il faut à tout prix que je joue la comédie et que je tire parti de tout ce que j'ai fais depuis ce matin, il n'y a que comme ça que je vais m'en sortir.
-Pas à ce point mais...
-Il n'y a pas de mais ! On est menteuse ou on l'est pas, il y a pas de juste milieu ! Soit tu me crois soit tu m'accuses de mensonge, alors t'as intérêt à faire attention à ce que tu vas dire !
Faut croire aussi que l'on peut pas se supporter plus de quelques minutes, ça finit toujours en dispute avec lui.
-Bon très bien je te crois.
-C'est l'âge qui te fait renoncer ?
Moderato Edward, tu y mets un peu trop du tiens dans ta prestation là.
-Non, c'est de voir à quel point tu es bornée et lâche.
La réplique était cruelle, très cruelle. Toute la sympathie qu'avait si difficilement acquis Edward envers son colonel s'effondra, en même tant que sa résolution, ses illusions et tout ce qu'il se donnait tant de mal à cacher depuis qu'il était là. Ces deux mots pourtant moins blessant que la plupart était, dans le cas d'Ed, autant de coups de poignards enfoncés en plein cœur et lui déchirant l'abdomen de part en part. C'en était trop.
-Comment pouvez-vous me traiter de lâche alors que j'ai toujours pris mes responsabilités, envers et contre tout, quitte à ramper dans la boue, à me faire rouer de coups de pieds et cracher au visage ? Vous ne pourrez jamais les voir, mais les blessures sont bien là, lancinantes et pénibles, jamais elles ne partiront de toute façon ! Mais vous, vous les méprisez, vous vous moquez que les autres puissent souffrir puisqu'il n'y a que vos ambitions qui comptent ! Tous, vous les traînerez à vos pieds, rien que pour satisfaire vos idéaux, égoïstement, encore et toujours, et après ? Que va-t-il advenir d'eux ? Peu importe hein, ils ne comptent pas, bien sûr.
Roy était médusé par la tirade d'Edward, mais au-delà de la haine, il y avait du dégoût, de la répugnance pour lui dans ses yeux. Il ne semblait pas en avoir fini avec lui d'ailleurs.
-Et dire que j'ai cru que vous pourriez être un père pour moi. Tss... J'étais vraiment à côté de la plaque. J'ai vraiment eu beaucoup de chance de me rendre compte avant que vous n'étiez qu'un beau salaud !
Au même instant, Riza entrait dans la maison pour voir Edward partir en courant dans la rue et en pleurant à gros sanglots. Passé le premier moment de surprise, elle lui courut après mais le perdit aussi vite de vue. Elle revint dans le hall et referma la porte derrière elle. Le colonel n'avait pas fait un mouvement, trop abasourdi pour réalisé ce qu'il venait de se passer. Le bruit très caractéristique du gun qu'on charge le ramené un peu à la réalité.
-Qu'est-ce que vous avez encore fait colonel ?
P.S.: Roy, où comment rendre un situation dramatique encore pire qu'avant. Tout un art. Je me demande si cette fanfic' ne va pas finir par mériter un genre de plus...
J'ai comptabilisé dans mon petit classeur, et cette fic' me prend déjà 98 pages de manuscrits. Je n'ose même pas imaginer ce que ce serait devenu s'il n'y avait pas eu QUE trois éléments à recadrer dans l'histoire...
