Chap.8
La nuit s'était installée sur la ville depuis une bonne heure, faisant changer celle-ci de visage. Peu importe où se posait le regard, les néons, lampes et lampadaires tentaient de repousser les ténèbres. Les lumières se reflétaient sur la carrosserie de la moto et les deux casques de Zorro. Sanji était accroché derrière lui, il filait sur la voie rapide, comme s'il n'y avait personne d'autre.
Cela faisait quelques minutes qu'ils roulaient, et la pression des bras du blond autour de sa taille allait en se raffermissant. Il avait fourré ses mains dans la veste en cuir du chasseur et jusqu'à présent, il était resté sage, même si Zorro subodorait qu'il n'allait pas tarder à le chercher, d'une manière ou d'une autre. Avant de partir, Sanji lui avait bien fait comprendre qu'il le désirait, son langage corporel et ses baisers brûlants étant bien plus explicites que les mots.
Et son estimation ne mit pas longtemps à être vérifiée ; dans sa poche droite, la main de Sanji se plaqua à son torse et caressa doucement le tissu. Un geste qui aurait pu déconcentrer beaucoup de monde. Mais pas Roronoa Zorro. Il soupira, mi amusé, mi exaspéré, et continua à conduire comme si de rien n'était, malgré les mains plus pressantes contre lui.
Le manoir du maitre n'était plus très loin.
OoOoO
Arrivé devant un grand manoir de style colonial à tendance légèrement victorienne, Zorro arrêta le moteur de sa moto près du perron de marbre blanc. Sanji descendit de la cylindrée, faisant crisser le gravier sous ses semelles. Il retira son casque et le posa sur le siège, tandis que le chasseur faisait de même. Autour d'eux se trouvaient des véhicules, que ni l'un ni l'autre ne reconnurent. Des lampadaires d'époques illuminaient le perron ainsi que les parterres de fleurs et les arbustes alentours. De nombreux arbres étaient disséminés sur l'impeccable pelouse aux abords du manoir.
Sanji fit un tour sur lui-même, enregistrant le paysage dans sa tête, puis il se glissa ensuite contre la cuisse de Zorro, toujours en selle. Celui-ci le regarda en haussant un sourcil interrogatif. L'expression sérieuse et légèrement angoissé du vampire lui fit poser une main sur sa joue et lui relever le visage, pour plonger ses yeux dans les siens. Sanji lui rendit son regard… puis céda à toute supposée virilité et se pressa contre lui, enfouissant son visage dans son cou.
Zorro, surprit, passa un bras autour de ses épaules.
_ Un vampire ne devrait pas se cacher ainsi, tu le sais ? lui murmura-t-il calmement.
_ La ferme, lui répondit-il doucement, le visage toujours contre ce cou si chaud et vivant. Je ne sais pas ce qu'il va faire… Il pourrait me punir pour le meurtre de l'une d'entre nous.
_ Ça, t'aurais pu y penser avant.
Il passa une main dans ses cheveux et lui recula la tête, s'assurant de bien avoir son regard dans le sien.
_ Tu es déjà mort, que voudrais-tu qu'il t'arrive ?
Le blond allait protester, mais le chasseur le repoussa doucement et descendit de sa moto avant de s'avancer vers le perron. Le vampire resta planté à côté de la puissance mécanique, fixant le verdoyant qui s'éloignait. Il eut un petit sourire moqueur et le rejoint devant la double porte de bois blanc.
_ Tu couches avec un cadavre, hein…
Zorro approcha son visage du sien.
_ Et j'ai jamais autant prit mon pied, murmura-t-il au creux de l'oreille du blond, qui frissonna et plongea son regard dans celui ébène. Il n'eut pas le temps d'esquisser un geste vers le chasseur, que celui-ci utilisa le heurtoir en forme d'Oni japonais.
Ils n'attendirent que quelque secondes avant que la porte ne s'ouvre sur une servante humaine, dont le cou était largement dévoilé et … bien entamé. Ses cheveux noirs étaient remontés en une haute queue de cheval, son maquillage charbonneux mettait l'accent sur son regard vert pâle enivré, et sur sa bouche, rouge et pulpeuse. Elle portait une robe en latex si serrée que sa poitrine menaçait d'en sortir au moindre mouvement ; le vêtement laissait très peu de place à l'imagination. Ses poignets également étaient bien entamés, et ruisselaient encore de sang. De haut talons terminaient de compléter l'ensemble, rendant les jambes de la jeune fille interminables.
Elle eut un sourire extatique et les invita à entrer en se glissant sur le côté. Zorro entra le premier et fronça légèrement le nez, en levant la tête vers le grand escalier double en face de lui, sur lequel plusieurs corps se mouvaient. L'odeur du sang et du sexe saturait l'atmosphère, affolant ses sens. La pleine lune était proche, pourvue qu'il n'y ait pas d'incident d'ici là…
Le hall d'entrée était éclairé par un immense lustre de Crystal, les murs de boiseries blanches étaient recouverts par endroits par des tapisseries et des draperies représentants des scènes de chasses vampiriques, ainsi que de nombreux tableaux. Les escaliers étaient recouverts en leurs centres par un tapis luxueux, qui avait dû être changé récemment, car il ne portait pas encore les traces de passages incessants sur ses motifs. Ses rambardes étaient faites de fers-forgés noir aux courbes et vrilles du plus bel effet. Le tout respirait la classe, l'élégance, le luxe et la luxure.
Sanji le suivit de près. Le battant à peine passé, les pupilles du vampire s'ouvrirent du double de leurs tailles habituelles. Il déglutit. La chair de tous ces humains semblait l'appeler, irrésistiblement. Tant de veines battantes, de sang offert, de victimes consentantes... Zorro le ramena à lui par une petite tape derrière la tête et un regard en coin, lui demandant calmement d'apaiser ses ardeurs. La servante humaine devança la question du chasseur.
_ Il vous attend à l'étage, suivez-moi, je vous prie, demanda-t-elle avec un rire extasié, avant de tourner les talons et de monter l'escalier, comme si elle marchait sur un fil.
Le lycan lui emboita le pas, suivit par Sanji, dont les crocs le démangeaient. Zorro sentait son désir jusque sur sa peau, les poils de sa nuque s'en dressèrent de compassion. Quoi de plus frustrant pour un être affamé que la vue d'un pareil banquet ? Qui bien sûr n'attendait qu'une chose : se faire dévorer. Il ressentait en lui-même la concentration et le dilemme du blond. Il lui jeta un léger coup d'œil, rencontrant son œil visible, dilaté et débordant d'envie. Il le supplia du regard.
Il lui aurait bien donné de son sang, mais pas devant autant de monde : le sang de lycan est particulier et facilement reconnaissable à l'odeur.
Arrivé à l'étage, aux côtés des corps offerts, la tension sexuelle monta d'un cran. Une jeune brune aux yeux bleu hypnotiques -pourtant pas vampirique- se pencha vers Sanji, lui offrant une très jolie vue sur son décolleté et ses clavicules vierges. Elle lui caressa le bras d'une manière si suggestive, que le blond ne put s'empêcher de tendre vers elle, le désir aux bords des lèvres. Sanji se sentait encore plus affamé à la vue de cette peau si blanche et appétissante. Ses crocs le démangeaient, sa faim le submergeait. Comme une sorte d'écho à son manque, ses veines se mirent à battre contre ses tempes, une chaleur s'installa sur son front. Il détourna les yeux vers Zoro, qui continuait à marcher, comme si ça l'indifférait… S'en ficha-t-il vraiment ou couvrait-il ses arrières ? Mordre quelqu'un, quand on y pensait était un acte relativement intime… Le chasseur lui en voudrait-il de le faire en sa présence ? … C'était pourtant ainsi qu'il devait se nourrir. Il ne pourrait pas se retenir très longtemps devant une aussi belle femme, qui s'offrait à lui de la sorte. Il déglutit…
Le chasseur n'eut pas besoin de se retourner pour savoir que les crocs de son… « Protégé » allaient bientôt se planter dans la chaire de la jeune femme. Il s'arrêta et attendit qu'il finisse son affaire. Plusieurs regards s'attardèrent sur lui, jaugeant son corps à travers ses vêtements. Il sentait presque des mains le peloter. Une vampire le fixait intensément, tentant de l'envouter. Il poussa le vice jusqu'à la regarder dans les yeux et lui sourire. Elle eut un sursaut en se rendant compte que son hypnose n'avait pas d'emprise sur lui.
Sanji venait d'en terminer avec la jeune femme et s'approcha du chasseur en s'essuyant les lèvres. Ses pupilles s'étaient étrécies et ses joues avaient pris de belles couleurs, signe qu'il était désormais rassasié. Ils échangèrent un bref regard, et ce fut Zorro qui se détourna le premier, une expression neutre sur le visage, bien que ses yeux désapprouvent malgré lui. Sanji s'empêcha de justesse de baisser la tête.
La servante reprit son chemin, de sa cadence extasiée, les menant devant une grande porte de bois aux nuances complexes. Elle ne prit pas la peine de toquer et ouvrit la porte, leur laissant le passage. Zorro prit à nouveau les devants et entra.
Le bureau ovale avait ses murs couvert d'étagères en bois sombre, remplit de livres, de manuscrits, de classeurs tous plus épais les uns que les autres. De lourds rideaux pourpres cachaient sans doute une grande fenêtre, au fond de la pièce. Sur le côté gauche, une grande cheminée trônait royalement. Au centre de la pièce se trouvait un assortiment de canapé et de fauteuil du meilleur goût, à l'aspect extrêmement confortable, le tout dans des tons chaud tels que le cuir, le brun et le rouge.
Sur ses fameux canapés, deux magnifiques créatures y étaient sensuellement déposées, comme si un artiste les y avaient mise ; l'une rousse-rouge, l'autre à la chevelure blonde presque blanche.
Enfin, un imposant bureau se trouvait de biais sur le côté droit, derrière lequel se tenait un homme, assit sur un grand fauteuil.
De flamboyants cheveux rouges mi longs encadraient son visage, balafré de trois griffures sur l'œil gauche. De vifs yeux rieurs se posèrent sur eux, les enveloppant dans un regard chocolat. Une barbe de quelques jours lui mangeait les joues et entourait sa bouche habituée à sourire. Il portait une chemise blanche à moitié ouverte sur un torse bronzé et artistiquement sculpté.
Il leur sourit.
_ Zorro, le chasseur le prime ! Ta réputation te précède tu sais ?! J'en entends beaucoup sur toi, énonça-t-il sur un ton jovial en leurs indiquant les canapés. Mettez-vous à l'aise ! Je vois que notre nouveau-né s'est déjà nourrit, n'hésite pas si tu as encore soif, elles se feront un plaisir de te nourrir.
Le rire des deux créatures sonna comme du Crystal après la déclaration. La rousse jeta son dévolu sur Sanji, elle se leva avec grâce et se rapprocha du vampire d'une démarche féline, comme si désormais, c'était elle la prédatrice. La blonde détailla Zorro en se mordant les lèvres d'envie, mais ne s'approcha pas pour autant, tâtant le terrain à distance. Cette mine sérieuse et ce corps musclé l'excitait.
Le chasseur jeta un rapide coup d'œil à Sanji, qui se forçait à ne pas loucher sur le décolleté affolant de la rousse qui lui tournait autour. Il ferma les yeux une demi seconde puis reporta son attention sur l'homme.
_ On me le dit souvent, dit-il calmement en décroisant les bras et en fourrant ses mains dans ses poches. J'ai également entendu pas mal de choses sur toi, Shanks. Étant bras droit du maitre de la ville, c'est un peu normal, ceci dit. Tu sais pourquoi nous sommes là ?
Le roux sourit et remit son dos confortablement contre le dossier de son fauteuil.
_ J'en ai une petite idée, oui. Cependant, il faudrait que je m'entretienne avec Sanji en privé. Je sais que tu fais office de garde du corps, aussi rassure toi : ici, le plus dangereux, c'est lui.
_ Eh bien comme ça les nouvelles vont vites, fit Zorro un peu amer. Bien.
Il se détourna et se dirigea vers la sortie. Sanji posa sa main sur son avant-bras quand il passa à côté de lui, cherchant son regard. Il lui glissa un coup d'œil calme et assuré, un peu moqueur sur les bords. La dépendance à sa pseudo-sécurité en sa présence l'amusait. Il aurait bien poussé le vice jusqu'à lui embrasser la tempe mais pas devant le maitre 2.0. Ça pourrait leurs porters préjudice. Il sortit donc, laissant son protégé avec Shanks et les deux monstres de luxures.
OoOoO
Quand il passa la porte du bureau, Zorro put voir à la tête de Sanji que ça n'allait pas.
Il se redressa du mur où il était adossé et le rejoint. Il chercha son regard fuyant, se demandant ce qu'il avait bien put se passer dans cette salle pendant les deux dernières heures. Ils étaient relativement proches, sans pour autant se toucher. La tension sexuelle entre eux étaient présente, bien que moins vive, à cause de la situation. Que c'était-il passé dans ce bureau ?... Zorro inspira profondément et prit la direction de la sortie sans un mot, rapidement suivit par le vampire. Les questions seraient pour plus tard.
Minuit était proche. La lune éclairait presque comme en plein jour, à la limite du plein. Le chasseur s'arrêta sur le perron et frissonna profondément en entrant dans la lumière de l'astre nocturne. La nuit suivante, il se transformerait, irrévocablement. Il le sentait au plus profond de lui-même ; sa bête se mouvait dans les tréfonds de son corps, commençant son ascension.
Il descendit et rejoint Sanji à côté de la moto, qu'il enfourcha rapidement sous le regard bleu-vert troublé, pour une raison qu'il ne connaissait pas encore.
A suivre…
