Merci beaucoup pour tous vos messages! Voici la suite, j'espère qu'elle vous plaira tout autant!

Julia R.


La lueur du jour éclairait la chambre à coucher encore calme. Le soleil brillait et un rayon frappa directement le visage de Julia. Elle fronça les sourcils avant de pousser un faible grognement de mécontentement. Elle avait une migraine indescriptible et ses paupières étaient lourdes. Tout son corps était endolori et elle ne parvenait pas à bouger un doigt. Pourtant Julia bougea un peu la tête sur le coté. Aussitôt le parfum de son époux lui vint à ses narines. Elle laissa glisser sa main sous les couvertures pour sentir ses doigts se refermer sur le tissu à côté d'elle. Les événements de la veille, lui revinrent brutalement en mémoire et elle se redressa en un bond, le souffle court.

-William, dit-elle en sentant son cœur se serrer dans sa poitrine.

Elle regarda tout autour d'elle pour remarquer la pièce calme et rangée, telle qu'elle l'avait laissé la veille. Son cœur manqua un autre battement et la tristesse la gagna totalement une fois encore. Ce qu'elle avait vécu n'était pas un cauchemar, William était bel et bien mort et elle se trouvait seule dans leur lit, portant la chemise de son époux, déboussolée, incroyable vide et brisée de l'intérieur. Elle soupira profondément en fermant les yeux. Puis, elle se laissa tomber sur l'oreiller à nouveau. Elle en huma l'odeur, regardant d'un air absent une cravate de William posée un peu plus loin. Instinctivement, elle resserra la couverture dans ses bras, en silence, pensant à celui qui l'avait quitté. Eh puis, elle sentit une larme glisser sur sa joue avant de sursauter en entendant un bruit au rez-de-chaussée. Elle se redressa rapidement à nouveau avant de se lever. Elle fut prise d'un vertige une fois debout, mais elle se dirigea vers la chaise où elle avait posé sa robe de chambre qu'elle enfila avec hâte. Elle quitta la pièce en titubant, pour emprunter l'escalier et descendre jusque dans la cuisine d'où les bruits venaient.


Elle se figea sur place en voyant la jeune femme s'afférer dans sa cuisine. Margaret débarrassait la table qu'elle avait mise la veille pour elle et son époux. Elle la vit mettre dans la poubelle la tasse ébréchée que William ne voulait pas jeter depuis des mois. Elle se souvenait du jour où ils l'avaient cassé, le jour il était rentré plus tôt pour passer la soirée avec elle, le jour où ils avaient pique-niqué dans le jardin, le jour où il avait écarté le plateau un peu trop violemment pour lui faire l'amour sur le gazon, sous un ciel parsemé de milliers d'étoiles. Julia regardait cet objet insignifiant qui pourtant lui rappelait de si bons souvenirs, avant qu'elle ne se dirige en un bond vers Margaret pour reprendre cette tasse. Elle la fit glisser entre ses doigts et leva les yeux vers son amie qui la regardait avec incompréhension.

-Pas celle-ci, murmura Julia avant de regarder l'objet une fois encore.

Margaret acquiesça et prit une autre tasse pour mettre la table alors que Julia restait perdue dans ses pensées. Puis, Mrs. Brakenreid revint à sa hauteur et posa tendrement sa main sur son épaule.

-Venez Julia, dit-elle doucement, vous devez manger quelque chose.

-Je n'ai pas faim, répondit-elle en sentant sa voix s'étrangler dans sa gorge, j'apprécie ce que vous faites Margaret, mais je souhaite rester seule et...

-Il en est hors de question, coupa tendrement son amie, vous avez besoin de compagnie Julia. Vous ne pouvez pas rester seule ici, vous ne ferez que ruminer encore et encore. Vous avez besoin de parler, de...

-J'ai besoin de William, Margaret, lança Julia en retenant ses larmes, j'ai besoin qu'il me prenne dans ses bras, qu'il me dise qu'il sera toujours là, j'ai besoin de sentir son souffle dans ma nuque. J'ai besoin d'entendre sa voix, de l'entendre prononcer mon prénom, j'ai besoin de voir son sourire et de savoir qu'il ne l'accorde qu'à moi. J'ai besoin de plonger mon regard dans le sien, je veux sentir ses baisers et ses caresses. J'ai besoin d'être en paix contre lui, d'entendre son cœur battre contre le mien. Il est la seule personne sur cette terre dont j'ai besoin, il est tout ce dont j'ai besoin, continua Julia avant étouffer un sanglot, lui et personne d'autre. Il peut bien y avoir le monde entier auprès de moi, je ne veux que William, rien que William et il n'est plus là. Je ne le reverrai plus jamais alors tout le reste n'a plus la moindre importance.

Margaret resta muette quelques instants en face d'elle avant de s'approcher doucement. Elle lui prit la tasse des mains qu'elle posa sur le plan de travail avant de venir prendre Julia contre elle. La jeune femme resserra ses bras autour de son amie et elle laissa simplement ses larmes couler.

-Ca va aller Julia, ça va aller, dit-elle en caressant ses cheveux défaits.

-Non Margaret, sanglota Julia, il me manque, il me manque tellement. Je n'arriverai pas à vivre sans lui, mon cœur est brisé en deux. J'ai l'impression de sentir une lame aiguisée traverser ma poitrine à chaque respiration.

-Lorsque le chagrin sera passé, vous irez mieux, vous reprendrez goût à la vie. Cela prendra peut être du temps, mais vous verrez vous y arriverez. Vous êtes forte Julia.

Julia ne répondit pas et continua de pleurer dans les bras de son amie. Elle n'avait besoin que de cela, de pleurer, encore et encore, et à chaque fois qu'elle croyait ne plus en avoir la force, les larmes coulaient malgré elle. Son cœur se serrait une fois encore, sa respiration était saccadée et elle pleurait, encore.

Ainsi les deux amies restèrent de longues minutes enlacées, en silence, avant qu'elles ne se séparent. Margaret guida Julia jusqu'à la table où elle prit place, puis, elle s'assit en face d'elle. Elle burent du thé et mangèrent un peu avant que Margaret ne convainc Julia de regagner sa chambre pour s'habiller. Elle le fit sans lutter, retirant la chemise de William qu'elle laissa sur le lit pour se rendre dans son boudoir et passer ses vêtements sombres. Elle mit quelques minutes à se coiffer tan bien que mal, à se maquiller pour se donner bonne figure, tentant de rester concentrer sur sa tâche. Puis, après quelques minutes, les deux jeunes femmes quittèrent la demeure des Murdochs à pied, afin de se rendre au poste de police. En fermant la grille du jardin, Julia lança un regard à la maison au bout de la petite allée pavée. Son cœur manqua un battement. Elle voyait sa carrure sur le perron, ses cheveux sombres, son sourire, son regard, le signe de la main qu'il lui adressait. Il se tenait à l'endroit exact où il s'était tenu la veille au matin lorsqu'il l'avait regardé partir pour l'asile.

-A ce soir mon amour, avait-il murmuré avec tendresse dans le creux de son oreille, je tâcherai de rentrer tôt.

-Du moment que tu fais attention à toi Inspecteur, avait-elle répondu sur ses lèvres, tu peux rentrer à l'heure que tu le souhaites.

-Tu me connais, je tiens beaucoup trop à mon épouse pour risquer de la mettre en colère, dit-il avant de l'embrasser langoureusement, bonne journée, avait-il ajouté en caressant sa joue.

-Bonne journée, avait répondu Julia en souriant avant de quitter ses bras et d'emprunter l'allée pour se retourner une dernière fois en fermant la grille sombre et le voir la saluer sur le pas de la porte.

-Julia? Lança Margaret à côté d'elle.

Elles échangèrent un regard et Julia acquiesça simplement, empruntant le trottoir à côté d'elle, jetant un dernier regard vers la maison où la silhouette de William avait disparu.


Aussitôt arrivées au poste de police numéro quatre, Julia se précipita dans le bureau de William. Elle n'avait voulu parler à personne, elle n'avait pas voulu croiser leurs regards tristes et compatissants, elle avait juste voulu se retrouver dans ce bureau, cet endroit qui l'apaisait. Personne ne vint la déranger pendant de longues minutes avant que deux officiers ne lui apportent des caisses en bois vides. Et une nouvelle épreuve se dessina devant elle. Elle devait prendre toutes les affaires de son époux, ses inventions, ses livres, ses photographies, tout ce qu'il avait mis depuis des années dans son bureau. George se joignit à elle et finalement la tâche fut moins douloureuse avec le jeune homme à ses côtés. Elle se prit à sourire à plusieurs reprises, surtout lorsqu'elle vida le bureau de son époux, l'endroit le plus intime. Il y gardait quelques papiers et fournitures sans intérêt, mais aussi des souvenirs. Une ammonite, un ticket de théâtre lorsqu'ils avaient été voir une pièce bien des années plus tôt ensembles, mais aussi un vieux morceau de papier sur lequel il avait inscrit sa demande en mariage, celle qu'il n'avait pas pu lui faire parce qu'elle était montée dans le train pour Buffalo. Julia sourit en voyant tout ce qu'il avait gardé depuis tant d'années, y compris une photo d'elle qu'elle ne se souvenait pas lui avoir donné. Eh puis il y avait ce petit carnet blanc sur lequel se trouvait dessinée une rose rouge. Une fois encore Julia n'avait pas souvenir d'avoir vu William avec ceci. Par curiosité, elle se mit à le lire. En arrivant à la page cinq de sa lecture, elle sentit le rouge lui monter aux joues. Cette nouvelle émoustillante, elle avait le sentiment de la connaître dans les moindres détails, excepté le passage sur les liens de soie encerclant les poignets de la jeune femme, tout correspondait à certaines nuits où elle avait laissé William mener comme il le souhaitait leurs ébats.

-Oh, Madame, vous...vous ne devriez pas...lança George avec embarras.

Elle leva les yeux vers lui et elle lui montra ce qu'elle tenait entre ses mains.

-George, connaissez-vous ceci?

-Eh bien...

-George?

-Nous l'avions trouvé pour une affaire il y a quelques années, c'est une nouvelle je dirai...

-Érotique, lança Julia à sa place.

-Eh bien...oui, mais je crois que l'Inspecteur ne l'a pas lu vous savez, il a simplement dû le mettre dans son tiroir et oublier qu'il l'avait.

Julia rit doucement avant de baisser les yeux vers le carnet à nouveau.

-Croyez-moi, il l'a lu, murmura-t-elle avant de le fermer et de se lever pour la mettre dans le bac en bois qui se trouvait à côté d'elle.

-Je crois que nous avons terminé Madame, lança George en regardant tout autour d'eux, ooh non les lunettes pour voir dans le noir, ce serait dommage de les oublier, dit-il en les prenant, vous...

-Gardez-les, coupa Julia, tout comme le rétro-projecteur, je suis certaine que vous en ferez bon usage et que William l'aurait souhaité.

-Vraiment?

Julia acquiesça simplement en souriant et il en fit autant avant d'appeler des hommes pour prendre les affaires et leur demander de les charger sur une charrette qui attendait à l'extérieur. Lorsque tout fut bien attaché et vérifié par Madame Murdoch afin que rien ne tombe, celle-ci s'apprêta à monter dans un fiacre.

-Julia, attendez, lança la voix d'Emily.

Elle se tourna vers elle et la jeune femme approcha d'elle rapidement.

-Tenez, dit-elle en lui tendant une chaînette en argent au bout de laquelle se balançait une petite croix, je crois qu'elle vous revient.

Julia la prit dans la paume de sa main et sourit tendrement.

-Il ne la quittait jamais, murmura-t-elle, merci Emily.

Elles se sourirent et l'instant d'après Julia monta dans le fiacre dont elle ferma la porte derrière elle avant qu'il ne quitte la petite cour à l'arrière du poste de police. Julia resta de longues minutes à contempler le bijou qui reposait dans sa paume, cette croix que William avait toujours autour du coup et qu'elle avait fait danser un nombre inculcable de fois entre ses doigts, effleurant le torse de son époux au passage.


à suivre...