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Elle sentit son cœur manquer un battement, des bras forts encercler sa taille et la tirer violemment. Le fiacre stoppa sa course, laissant les gravillons glisser sous ses roues. Le cheval haleta et des passants poussèrent des cris de surprise. Julia, elle, s'était arrêtée de respirer et refusait d'ouvrir les yeux.

-Madame, murmura une voix grave et enroué contre son oreille, madame répondez-moi.

Julia ouvrit les yeux doucement et elle reprit son souffle. Un homme la tenait dans ses bras et elle comprit aussitôt qu'il venait sans doute de lui sauver la vie. Elle le regrettait, amèrement. Une larme glissa sur sa joue et elle regarda les alentour,s toujours étroitement tenue par cet inconnu. Sur le trottoir un peu plus loin se tenait l'image de William, souriant. Juste une seconde avant qu'il ne disparaisse au souffle du vent.

-Ne perds pas espoir mon amour, résonna la voix de son époux dans son esprit, je suis là.

Elle ferma les yeux quelques instants et le vent caressa sa peau. Elle pouvait sentir le parfum de William et son cœur se serra une fois encore dans sa poitrine.

-Madame, murmura encore l'inconnu qui la tenait toujours par la taille, êtes-vous blessée?

Julia reprit ses esprits et elle consentit enfin à accorder son attention à l'homme qui l'avait sauvé. Elle se redressa un peu en croisant son regard, ce regard sombre qui lui rappelait celui de William. A cet instant, le temps s'était suspendu, plus rien ne comptait autour d'elle. Il n'y avait que la caleur de cet homme qui la tenait étroitement contre lui, que son regard, son souffle tiède. Elle s'éloigna de lui et il retira alors ses mains d'elle.

Julia regarda les alentours pour voir le fiacre reprendre sa route, entendant un juron passer par les lèvres du conducteur, la foule lui jeta un regard inquiet et les murmures reprirent. Mais la jeune femme ne s'en soucia pas. Elle leva les yeux vers l'homme qui se trouvait près d'elle et elle le regarda avec intérêt. Il était légèrement plus grand qu'elle, les cheveux gris ondulants jusque sur ses épaules, une moustache grise, vêtu tel un gentleman, un chapeau haut de forme, une canne. Elle lui sourit poliment et plongea son regard dans le sien. Elle en était encore une fois troublée en voyant à quel point les yeux de cet inconnu étaient identiques à ceux de son défunt époux. Il avait la même façon tendre de la regarder, la même étincelle. Elle sentit alors son souffle lui manquer et une délicieuse chaleur gagner son corps. Elle remarqua qu'il lui tenait toujours la main et elle se pinça les lèvres, baissant les yeux vers leurs mains. L'homme en fit autant et une seconde plus tard, il la lâcha, se raclant la gorge.

-Je...je ne suis pas blessée, bredouilla Julia, merci.

-Ce fiacre aurait pu vous heurter, dit-il d'une voix grave et enrouée.

-Je ne l'ai pas vu, je...

-Etes-vous certaine que tout va bien Madame?

-Oui, oui, s'empressa de répondre Julia en le regardant à nouveau, tout va bien. Encore merci Monsieur. Je vais tâcher d'être plus prudente à l'avenir.

Elle lui tourna le dos pour reprendre sa route et il la regarda emprunter le trottoir quelques instants avant de se diriger vers elle.

-Madame, attendez, dit-il pour la faire se retourner et arriver à sa hauteur, je ne pourrai vous laisser seule dans un pareil moment. Vous semblez...chamboulée.

-Je ne vous connais pas Monsieur et bien que je vous suis reconnaissante, je crains que...

-Avez-vous déjeuné? Je connais un très bon restaurant à deux pas de là.

-Je souhaiterai déjeuner seule.

-Je vous en prie, insista l'homme presque suppliant, en ce qui me concerne je déteste le faire.

-Je suis flattée de l'intérêt que vous me portez Monsieur, mais je viens de perdre récemment mon époux et cela ne serait pas approprié.La solitude m'est plus agréable en ce moment.

-Voila la raison pour laquelle vous n'aviez pas vu le fiacre, n'est-ce pas?

Julia ne répondit pas et baissa les yeux quelques instants avant de reprendre la parole.

-Au revoir Monsieur, dit-elle simplement avant de lui tourner le dos et de reprendre sa route.

Il inspira profondément et secoua la tête de gauche à droite doucement.

-Oh Julia, murmura-t-il pour lui-même, je suis désolé, tellement désolé si tu savais. Je t'aime.

La jeune femme continua sa route et après quelques mètres, elle sentit un autre souffle de vent faire tournoyer ses cheveux et le parfum de William lui chatouilla les narines.

-Je t'aime Julia, murmura William au creux de son oreille, vis mon amour.

Son instinct lui cria de se retourner, sans même qu'elle ne sache pourquoi. Elle le fit alors doucement pour croiser une fois encore le regard de cet inconnu qui lui avait sauvé la vie et qui restait simplement debout sur le trottoir un peu plus loin. Une douce chaleur la gagna une fois encore et sans s'en rendre compte, elle lui sourit tendrement. Il en fit autant et elle acquiesça. Il n'en fallut pas davantage pour qu'il s'approche d'elle et ne lui tende le bras. Julia le prit et ils marchèrent alors d'un même pas.

-Je manque à tous mes devoirs, murmura l'homme, je ne me suis pas présenté. James Newport.

-Docteur Julia Ogden Murdoch, répondit Julia en croisant son regard.

-Je suis ravi de vous avoir rencontré Docteur. Quelque chose me dit que nous devions le faire.

-Eh bien si tel n'avait pas été le cas, je ne serai sans doute plus en vie à cet instant.

-Ainsi, je me félicite d'avoir été là, répondit-il en souriant.

Julia ne répondit pas et regardant droit devant elle alors qu'il lui accorda un autre tendre regard, puis, ils marchèrent tranquillement quelques minutes, en silence avant d'arriver au restaurant au coin de la rue et de se mettre à table.


Ils avaient passé de longues minutes à discuter. Ils avaient fait connaissance et pourtant, Julia avait le sentiment de connaitre cet homme. Ils avaient bavardé comme de vieux amis de longue date qui ne s'étaient plus revus depuis longtemps. Ce repas fut le premier repas qu'elle avait engloutit depuis longtemps. Depuis la disparition de William , elle n'avait que très peu mangé, mais ce jour là, l'appétit lui était revenu. Elle se sentait en paix avec cet homme, en confiance. Il y avait quelque chose en lui qui la rendait incroyablement sereine.

A la fin du repas, il insista pour la raccompagner à l'asile. Elle n'avait pas l'habitude d'accorder sa confiance à des inconnus de la sorte, mais lui en revanche, c'était bien différent. Elle accepta et il la quitta sur le trottoir devant les grandes grilles sombres.

-Au revoir Madame Murdoch, dit-il doucement en déposant un baiser sur sa main, faites attention à vous.

-Au revoir Monsieur Newport, merci infiniment pour ce déjeuner.

-Ce fut un réel plaisir.

Ils se sourirent tendrement et la jeune femme s'éloigna à nouveau de lui sans un mot. Le cœur de cet homme se gonfla de joie, cela faisait quelques temps qu'il ne s'était plus sentit aussi vivant. Depuis qu'il avait quitté Julia des semaines plus tôt, depuis qu'il ne l'avait plus tenu dans ses bras, embrassé et plongé son regard dans le sien. Sous ce masque son épouse ne l'avait pas reconnu, sous ce masque il pouvait passer du temps avec elle, sans la mettre en danger. William se félicitait de son idée de se déguiser de la sorte, car ainsi, il pouvait espérer la revoir et lui parler. Pour l'instant, il n'en demandait pas davantage.


Le Docteur Ogden avait eu bien du mal à se concentrer sur son travail cette après-midi là. Son esprit était embrumé. Elle ne savait plus quoi penser. Elle voyait le journal dans un coin de son bureau et elle se souvenait de ce que l'on disait sur elle, elle regardait la photo de son mariage et la tristesse la gagnait, elle pensait à l'homme qu'elle venait de rencontrer et un timide sourire se dessinait sur ses lèvres. Julia ne savait plus quoi ressentir, elle était perdue, tout simplement. Et alors que le travail avait toujours été son échappatoire, son refuge, ce jour là, elle ne parvenait pas à s'y plonger. Elle prit alors une feuille de papier et une plume et elle commença à écrire.

" Mon Cher William,

je t'écris cette lettre que tu ne liras jamais. Mais je t'écris car j'ai besoin de le faire, j'ai besoin de mettre en mots ce que je ressens. Aujourd'hui, je suis perdue. Je t'aime, je t'aime tellement qu'il m'est impossible de dire à quel point s'en est le cas. Je ne veux pas oublier tout ce que nous avons vécu, je veux être auprès de toi à cet instant. Je veux être dans tes bras, te couvrir de baisers, te dire à quel point je t'aime mais cela m'est impossible. Nous sommes séparés aujourd'hui. Et j'ai tenté de te retrouver, mais une personne m'en a empêché. Je suis en colère contre cet homme, car s'il n'avait pas été là, à cet instant je serai peut être auprès de toi. Il n'y a plus rien pour moi ici. J'ai longtemps cru que je pouvais changer le monde, faire bouger les choses et j'ai sacrifié tant de choses pour cela. J'ai même sacrifié notre amour et aujourd'hui je le regrettes, je le regrettes tellement. Si je pouvais te dire tout ce que je ressens à cet instant, je le ferai sans le moindre hésitation. Je suis en colère William. En colère contre ce foutu destin, en colère contre toi, contre moi. Et pourtant tout ce que je souhaite c'est d'être auprès de toi. Plus rien d'autre ne compte aujourd'hui.

L'homme qui m'a sauvé m'a fait penser à toi. Il a ton regard. J'en ai été profondément chamboulée et je m'en veux. Je m'en veux de ressentir cela pour un homme que je connais à peine alors que je viens de te perdre. Au fond de moi je sais que tu n'approuverai pas que j'ai voulu mettre fin à mes jours. Je sais que tu voudrais que je vive. Mais ce n'est pas une vie, je ne vie plus, je survie simplement. Et si je vivais à nouveau et que je trouve la force qu'il me faut auprès d'un homme tel que Monsieur Newport je ne pourrai m'empêcher de penser à toi. Je ne suis pas prête à le laisser toucher mon cœur, pas encore, il est bien trop tôt.

Je suis perdue William, totalement perdue. Si seulement tu étais là. "


à suivre...