Exceptionnellement, une suite aujourd'hui ( et un peu plus longue que d'habitude!) Bonne lecture et encore merci ;)
Le Docteur Ogden traversa le hall d'entrée du Queens Hotel qu'elle connaissait bien. Elle jeta un œil à toutes les personnes qui s'y trouvaient, pour voir James Newport emprunter l'escalier menant aux chambres. Elle se figea sur place, se demandant comment elle allait pouvoir en apprendre davantage sur lui. Et l'idée lui vint presque par miracle. Elle sourit timidement et se dirigea vers le bureau derrière lequel se trouvait le réceptionniste. Tout en marchant dans sa direction, elle déboutonna un peu sa chemise et replaça une mèche rebelle derrière son oreille. Elle avança d'un pas décidé jusqu'au meuble en bois sombre et elle y posa un coude, laissant danser entre ses doigts une boucle blonde.
-Madame? Demanda le jeune homme timidement en perdant son regard vers sa poitrine.
Julia sourit malicieusement, remarquant à quel point ce stratagème fonctionnait toujours sur les hommes.
-Bonsoir, dit-elle d'une voix tendre, je suis navrée de vous déranger mais voyez-vous je me trouve dans une position fort regrettable et je pense que vous êtes l'homme qui peut m'aider.
-Que...puis-je pour vous? Bredouilla-t-il en tentant de se concentrer sur son visage plutôt que sur toute autre partie de son corps.
-Voyez-vous je suis venue ici, hier soir, avec un homme, mais il n'est pas mon époux. Nous avons passé un moment fort agréable et je suis partie très tard, comblée, ajouta-t-elle en souriant, mais malheureusement je n'ai pas perdu que mon sang froid cette nuit là.
-Qu...qu'avez-vous perdu?
-Une boucle d'oreille, mon époux me l'a offerte et il serait furieux s'il savait dans quelle circonstance je l'ai perdue. Vous me comprenez.
-J'ai bien peur de ne pouvoir vous aider Madame.
-S'il vous plait, murmura Julia en posant sa main sur celle du jeune homme qu'elle caressa quelques instants, nous étions dans la salle à l'arrière, peut être pourriez-vous y jeter un œil pour moi? Je saurai me montrer reconnaissante, dit-elle en plongeant son regard dans le sien avant de se mordre les lèvres.
Le jeune homme déglutit péniblement et acquiesça simplement avant de reprendre a parole.
-Je vais voir, ne bougez pas.
Elle lui sourit une fois encore jusqu'au moment où il disparut derrière le rideau menant au salon privé qui se trouvait au rez-de-chaussée de l'hôtel. Une seconde après, elle attira vers elle le registre des clients. Elle laissa glisser son doigt sur les noms pour arriver à celui de James Newport, chambre 206. Le cœur de Julia se serra dans sa poitrine, cette chambre était celle que William demandait toujours pour leur anniversaire de mariage. Elle regarda les lettres penchées écrites de la main de celui qu'elle fréquentait depuis quelques temps et une fois encore elle sentit son corps réagir. Cette écriture, elle la connaissait dans les moindres détails, elle l'avait lu et relu des centaines de fois.
-Non, murmura-t-elle, ça ne peut pas...il...
Elle écarta d'elle le registre violemment et elle s'éloigna rapidement du meuble pour se diriger vers l'escalier sans même jeter un regard ni à gauche, ni à droite. Elle monta les deux étages à une vitesse fulgurante pour se tenir devant cette porte close. Elle avait la respiration saccadée et elle tremblait de la tête aux pieds. Elle ferma alors les yeux quelques secondes pour reprendre son souffle. Elle serra le poing et le leva vers le bois, pourtant, elle ne frappa pas. Elle resta là, de longues et interminables secondes, immobile.
-Toutes les réponses dont tu as besoin sont derrière cette porte Julia, murmura la voix de William dans sa tête, il est temps de l'ouvrir. Il est temps de savoir.
Julia déglutit péniblement et l'instant d'après elle frappa deux petits coups, sentant son souffle se couper.
Il n'y eut aucun bruit pendant quelques temps et la porte s'ouvrit sur James Newport. Il avait retiré son chapeau, sa veste et sa cravate et ouvert sa chemise. Il se figea sur place en croisant le regard de Julia, ce qui ne dura que quelques secondes avant que la jeune femme ne le baisse vers son torse dont les muscles se dessinaient parfaitement sous son T-shirt blanc. Elle fronça les sourcils, se demandant comment un homme de cet âge là pouvait avoir encore un corps parfaitement sculpté de la sorte. Elle remonta doucement le regard vers son visage et vit à la base de son cou une boursouflure qui en faisait tout le tour.
-Madame Murdoch, bredouilla William prit au dépourvu, que...me vaut l'honneur de votre visite et comment savez-vous ou je loge? Je...
-Qui êtes-vous? Coupa Julia pourtant avec douceur alors qu'il voyait ses yeux lui jeter des éclairs de colère. Qui êtes-vous vraiment?
-Je vous l'ai dit, James New...
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'elle s'engouffra dans la pièce en un bond pour venir prendre une photographie se trouvant sur la petite table un peu plus loin. Elle la regarda avec attention avant de lever les yeux vers lui.
-Où avez-vous eu cette photographie? Dit-elle en lui montrant celle-ci, là où elle se tenait au bras de William lors d'un bal donné de nombreuses années auparavant.
William soupira alors profondément et referma la porte avant de s'approcher d'elle.
-Je peux tout vous expliquer. Mais je vous en prie, vous devez garder votre calme.
-J'aimerai que vous le fassiez en effet. Vous semblez connaitre beaucoup de choses à mon égard, mes amis également, cette photo appartenait à mon époux, vous...
-Julia, coupa tendrement William en prenant sa main, je dois te dire la vérité. Tu sais au fond de toi qui je suis, James Newport n'est qu'un nom d'emprunt, écoute ton cœur.
Elle resta silencieuse quelques instants avant de plonger son regard dans le sien. Il n'en fallut pas davantage pour qu'elle comprenne enfin. Tous ces détails, tous ces signes, ces points communs. Son regard, sa voix, son corps, ce qu'elle ressentait auprès de lui, cette sensation de bien-être, l'impression qu'elle avait de le connaitre depuis des années. Tout était clair à présent.
-Tu n'as pas osé me faire ça? Murmura-t-elle. Dis-moi que tu n'as pas fait ça.
Il ne répondit pas et baissa les yeux vers le sol. Les larmes glissèrent alors sur les joues de Julia et elle s'éloigna de lui violemment.
-Quel est votre nom Monsieur?
-Tu le connais, répondit William en la regardant à nouveau.
-Je veux te l'entendre dire, dis-le moi.
-Murdoch, soupira William, mon nom est William Murdoch et je ne suis pas mort.
Elle resta silencieuse quelques secondes, le souffle court, le cœur battant à tout rompre dans sa poitrine. Elle sentait une fois encore cette longue lame aiguisée la transpercer de part en part. Elle porta sa main à sa poitrine et reprit son souffle, légèrement penchée en avant. William avança alors vers elle pour poser tendrement sa main sur son épaule. Mais elle se redressa violemment et s'éloigna aussitôt.
-Ne me touche pas!
-Julia je...
-COMMENT AS-TU PU ME FAIRE CA ? Cria-t-elle.
-Je l'ai fait pour te protéger.
-ME PROTÉGER? Tu m'as fait croire que tu étais MORT ! Et en plus de cela tu t'es déguisé en un autre homme pour me torturer.
-Je veillais sur toi de cette façon et j'avais besoin de toi.
-Besoin de moi? Lança Julia à bout de souffle. Mais moi aussi j'avais besoin de toi William! Pendant des semaines je t'ai pleuré, j'ai cru que j'allais mourir de chagrin, j'ai failli perdre la vie pour TOI et j'aurai donné ma vie pour te retrouver. Et pendant ce temps là, tu étais en vie, tu me mentais, tu m'espionnais.
-Je ne voulais pas te faire souffrir, je te le jure.
-Eh bien, voila qui est très aimable de ta part chéri, mais J'AI SOUFFERT et je souffre encore de voir que tu ne m'aimes pas assez pour m'avoir mis dans la rends-tu compte de l'enfer que j'ai traversé et de la supercherie que tu as mis en place? Ils sont tous au courant n'est-ce pas? Brakenreid, Emily, George, ils savent, ils ont toujours su et ils ne m'ont jamais rien dit? Je n'étais qu'une idiote dans votre petit jeu?
-C'était l'idée de l'Inspecteur, je ne l'ai pas approuvé en premier lieu et...
Julia rit d'un rire sans joie.
-Oh, vraiment? Je suis étonnée de voir qu'il a su te forcer la main.
-C'était la meilleure des solutions, ma tête est mise à prix, tu était en danger toi aussi, s'emporta à son tour William, Si j'étais mort nous avions une chance de nous en sortir. Et après quelques mois tout serait redevenu comme avant.
-Comme avant, soupira Julia avec amertume, crois-tu vraiment que tout peut redevenir comme avant?
-Je t'aime Julia. Je regrettes que se soit passé de cette façon, mais je t'aime infiniment.
Celle-ci ne répondit pas et les larmes coulèrent doucement sur ses joues.
-Je t'ai vu mort William, murmura-t-elle dans un sanglot, j'ai vu ton corps à la morgue et ton cœur ne battait plus, co...comment?
-Le Docteur Grace m'a fait une injection d'hydrate de chloral, cela m'a plongé dans le coma. Je savais que tu aurai demandé à voir mon corps et que si je n'avais pas été dans un tel état tu aurai remarqué que je n'étais pas vraiment mort.
-L'hydrate de chloral aurait pu te tuer pour de bon, murmura Julia.
-C'était un risque à prendre, mais Emily a bien veillé sur moi et elle m'a ranimé avec une faible dose de citrate de caféine.
-Alors tu avais savamment prévu ce plan, pendant des jours avant ton départ tu savais ce qu'il allait se passer. Tu as cherché à passer du temps avec moi pour cette raison, parce que tu savais que nous allions être séparés.
-Oui, avoua William.
Julia secoua la tête de gauche à droite et elle se dirigea vers la porte sans ajouter un mot.
-Où vas-tu? Lança William lorsqu'elle posa sa main sur la poignée.
-J'ai besoin de réfléchir, j'ai besoin...d'être seule.
Elle sentit alors William dans son dos et il posa sa main sur la porte pour l'empêcher de l'ouvrir.
-Reste, murmura-t-il au creux de son oreille, je t'en prie.
-Je ne ...peux pas William, sanglota Julia sans le regarder, tu m'as trahi.
-Pardonne-moi, continua-t-il contre sa peau, je t'en supplie mon amour. Je te demande pardon pour le mal que je t'ai fait, pardonne-moi, répéta William avant de déposer un baiser dans ses cheveux.
Elle resta silencieuse un long moment, pleurant en silence alors que William se tenait toujours dans son dos, si proche d'elle qu'elle sentait son souffle contre sa peau et la chaleur qui s'émanait de son corps. Une fois encore elle était totalement perdue, entre la joie de l'avoir retrouvé, la douleur d'avoir été trahie, la tristesse de n'avoir pas su le reconnaître. Elle n'avait jamais pu penser qu'il la mettrait hors de sa vie de cette façon, elle ne pouvait avoir cru que William avait été capable d'un tel stratagème. Il disait l'avoir fait pour la protéger, mais elle avait tellement souffert de sa perte qu'elle ne pouvait chasser de son cœur la colère qu'elle avait à son égard. Pourtant, comme souvent, lorsqu'il se trouvait près d'elle, elle ne ressentait que de l'amour pour lui.
-Je t'en prie, sanglota Julia, laisse-moi partir William. Laisse-moi.
-A condition que tu me le dise en me regardant dans les yeux, répondit aussitôt William, retourne-toi.
Il se passa encore quelques secondes avant que Julia ne le fasse à contre cœur. Elle pleurait toujours et il sentit son cœur saigner dans sa poitrine, il essuya ses larmes du bout des doigts sans pour autant quitter son regard pendant quelques secondes.
-Je t'en prie, supplia Julia en fermant les yeux, s'il te plait William, embrasse-moi.
Une seconde plus tard les lèvres de William prirent possession des siennes. Elle sentit son époux la serrer tout contre lui. Elle posa une main sur son torse, là ou se trouvait son cœur qui battait la chamade, et l'autre dans sa nuque. La langue de William vint goûter la sienne alors que les mains du jeune homme encerclaient son visage encore ravagé par les larmes. Elle s'accrocha alors désespérément à lui, de toutes ses forces. Ce fut lors de cette langoureuse et sensuelle danse qu'elle se sentit revivre enfin. Personne ne l'avait jamais embrassé comme William le faisait, jamais personne ne savait lui faire naître cet infinie sensation de bien être comme William. Elle su à cet instant qu'il était bien l'homme caché sous ce masque, l'homme qu'elle avait toujours aimé et qu'elle continuait d'aimer plus que tout au monde.
Ils se séparèrent à bout de souffle quelques secondes plus tard et Julia laissa sa main caresser la joue de William, regardant avec intérêt ce visage qu'elle ne connaissait pas.
-Retire ce masque, murmura-t-elle, s'il te plait, j'ai besoin de te voir.
William acquiesça et il s'éloigna à peine d'elle pour enlever sa perruque et retirer le masque en silicone qu'il mettait depuis des semaines dès qu'il quittait la chambre. Julia toucha sa peau du bout des doigts,redessinant les contours de son visage pendant un long moment qu'il passa les yeux fermés, puis, elle se blottit simplement dans ses bras.
-William, murmura-t-elle.
-Je suis là, je serai toujours là.
à suivre...
